Invité culture

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Invité culture episodes

  • La chanteuse vénézuélienne Rebecca Roger Cruz, le chant des oiseaux et de l'âme

    La chanteuse et musicienne Rebecca Rogez Cruz a été l'un des temps forts du festival Babel Music XP, à Marseille, dans le sud de la France. Née à Caracas, bercée par la chanson latino-américaine et initiée au jazz et aux musiques traditionnelles, elle déploie un paysage musical unique et inclassable à la croisée du baroque, de la chanson populaire, du flamenco et du rock. Sa voix transporte aussi bien au cœur des cérémonies vénézuéliennes que directement dans la nature entourée d'oiseaux.

    RFI : Votre parcours va de Caracas au conservatoire classique, du flamenco au rock psychédélique. À quel moment avez-vous senti que vous trouviez votre identité ?

    Rebecca Roger Cruz : Cela a commencé de manière assez naturelle puisque j'écoute plein de genres de musique. Je viens d'une ville et d'un pays multiculturels, où la musique est omniprésente. Sans m'en rendre compte, j'étais déjà imprégnée de plusieurs styles. Avec le temps, cela s'est cristallisé dans la manière dont j'écris la musique, la manière dont je compose. C'était assez naturel d'inclure tous ces outils et inspirations.

    En live, vous utilisez des graines, des cordes, des bambous. Comment choisissez-vous les textures sonores, par rapport à des instruments plus conventionnels ?

    Les percussions sont des instruments qui font partie de traditions du Venezuela, notamment les bambous comme les quitiplas, des instruments qui viennent de la région de Barlovento. Au Venezuela, les maracas sont aussi très présentes. Pour nous, c'est un instrument virtuose. C'est un instrument qui est soliste et qui est connecté avec le son des graines. Il y a beaucoup de choses qui viennent finalement de la nature : les tambours qui sont faits avec le bois qui est à disposition, les graines, etc. Il y a un côté naturel, organique, connecté avec la nature de mon pays, mais aussi avec ses sonorités musicales.

    J'ai voulu écrire un album pour cordes, ce qui n'est pas tout à fait traditionnel. J'avais l'envie de faire une musique de chambre, quelque chose d'intime, quelque chose d'intérieur, comme si on était dans un salon. Les cordes sont des instruments qui vont bien avec la voix, mais aussi avec les percussions. On pense que c'est une association pas très fréquente, mais cela marche bien.

    Dans votre musique, vous évoquez les rites ancestraux du Barlovento. Comment transpose-t-on la dimension sacrée collective d'un rite sur une scène de concert moderne ?

    Ce qu'on garde à l'intérieur, c'est l'émotion que ça nous fait ressentir. Cette tradition est vivante en moi, elle est ancrée dans ma voix et elle m'inspire aussi beaucoup pour écrire des chansons. Je ne revendique pas de faire une musique traditionnelle dans ce concert ni d'amener les gens dans une carte postale, dans quelque chose de folklorique ou d'exotique. Cette musique est un pont pour me connecter avec des sentiments qui sont nécessaires en ce moment, pour se reconnecter avec soi, mais aussi avec les autres, avec notre environnement. Plutôt que dire qu'on va vivre une expérience sacrée, c'est peut-être essayer de créer, le temps d'un concert, une petite cérémonie collective.

    Vous aviez brillé auparavant dans plusieurs groupes. Qu'est-ce que votre premier album solo vous a permis de dire que vous ne pouviez pas exprimer entièrement dans le collectif ?

    Cet endroit de douceur, de vulnérabilité personnelle. Dans Parranda La Cruz, c'est une rencontre forte entre deux cultures lointaines, La Réunion et le Venezuela. Géographiquement, c'est loin, mais on s'est rendu compte à quel point on était proches par notre histoire commune, par un répertoire, la force et la puissance des tambours, des voix. J'ai envie de pouvoir me connecter avec la contemplation. Cet album a permis de guérir beaucoup de choses et être plus en lien avec ma douceur.

    7 min
  • Bérangère McNeese filme de lumineuses et courageuses «Filles du ciel»

    Les amateurs de séries connaissent Bérangère McNeese pour avoir joué dans la série à succès HPI (le personnage de Daphné, la jeune enquêtrice data analyste). La comédienne belge passe à la réalisation avec un premier long-métrage remarqué, sorti ce mercredi 25 mars sur les écrans français. Les Filles du ciel met à l'honneur la sororité à travers la relation de quatre jeunes filles marginales qui composent une famille de substitution.

    À écouter dans L'Invité cultureAkinola Davies Jr, réalisateur de «Un jour avec mon père»: «Mon film est 100% Nollywood»

    4 min
  • Akinola Davies Jr, réalisateur de «Un jour avec mon père»: «Mon film est 100% Nollywood»

    Imaginez Lagos en 1993. La ville gronde, les militaires sont dans les rues, le Nigeria retient son souffle après une élection annulée. Notre invité culture, aujourd’hui, Akinola Davies Junior, a filmé ce chaos, vu à hauteur d’enfant. Son premier film «Un jour avec mon père», suit deux enfants, deux frères, qui accompagnent leur père dans la mégapole.

    En mai dernier, il a reçu, au festival de Cannes, une mention spéciale pour la très prestigieuse Caméra d’Or. Il sort ce mercredi dans les salles françaises et Akinola Davies Junior est au micro d’Elisabeth Lequeret.

    4 min
  • «Scènes de la vie conjugale» au théâtre: le couple à nu de Bergman n'a pas pris une ride.

    Scènes de la vie conjugale, c'est ce film mythique réalisé par Ingmar Bergman au début des années 1970. Le réalisateur suédois y décortique la relation de couple, ou c'est plutôt le grand déballage. L'amour se mêle aux reproches, les sentiments au sexe entre désir et répulsion. Un grand moment de vérité qu'adapte sur scène Christophe Perton au théâtre de la Concorde. Une pièce jouée comme un match de boxe par Stanislas Nordey et Romane Bohringer.

    À lire aussi«Dites-lui que je l'aime»: Romane Bohringer filme l'absence des mères

    4 min
  • «Et toi, comment ça va?», le Liban en guerre raconté à travers une correspondance dessinée

    « Et toi, comment ça va ? » : cette question banale ne se pose pas vraiment pour les habitants de pays en guerre. C'est pourtant le titre d'un roman graphique qui vient de paraître chez Casterman. Pendant plusieurs mois, les dessinateurs Charles Berberian, à Paris, et Michèle Sandjofski, à Beyrouth, ont échangé une correspondance dessinée, pour parler du pays bombardé par Israël. 

    À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: au Liban, ceux qui restent à Beyrouth malgré les frappes israéliennes

    4 min
  • Déracinement et reconstruction par le langage dans la pièce «Au bout de ma langue»

    Créée dans le cadre du dispositif 4x4 des Tréteaux de France, la pièce Au bout de ma langue – انا لا اشتكي, écrite par Simon Grangeat, raconte le déracinement, l'attachement à sa terre et la difficulté à se reconstruire dans une nouvelle culture, par un angle bien précis : celui du langage. Un petit garçon, Taym, arrive en France à 9 ans, après avoir fui la violence de son pays. Agressé par une langue qu'il ne comprend pas, incapable de se faire entendre, Taym plonge dans le mutisme jusqu'à la reconstruction. Rencontre avec la metteuse en scène Tal Reuveny. 

    RFI : Tal Reuveny, dans Au bout de ma langue – انا لا اشتكي, vous racontez l'histoire d'un petit garçon, Taym. Il arrive en France à l'âge de 9 ans, sans parler la langue, et s'enferme dans le mutisme comme mécanisme de protection. De quelle manière ce texte a-t-il résonné en vous ? 

    Tal Reuveny : Cela a beaucoup fait écho à ma vie. Moi aussi, je suis arrivée en France il y a dix ans, presque onze maintenant, et je ne parlais pas un mot de la langue. Je me souviens de mon stress la veille de mon départ. J'ai appelé une amie pour lui demander : « Comment on dit ''merci'' ? » (rires). C'était ça, mon niveau de français avant d'arriver. Depuis, je vis ma vie en français, cette langue est entrée dans ma vie. Je me reconnais beaucoup dans l'histoire de Taym, à quel point c'était compliqué de rentrer dans une autre culture, une autre langue ; mais aussi à quel point c'était émouvant et transformatif de traverser cela. Lorsque notre cerveau arrive à faire les deux en même temps, ça ouvre une richesse aussi en nous, en tant qu'humains.

    Un des gros questionnements de la pièce, c'est justement que ce petit garçon a peur de disparaître, comme si cette nouvelle identité allait effacer l'identité syrienne qu'il avait jusque-là. Votre pièce montre qu'en réalité, on peut cumuler les deux : on n'a pas à s'effacer.

    C'est vrai, et j'ai trouvé l'écriture de Simon Grangeat très impressionnante. Simon a vécu en France toute sa vie, il n'a pas traversé lui-même cette expérience. Mais il a réussi à comprendre profondément cette peur de se perdre dans cette expérience d'immigré, dans le fait d'apprendre une nouvelle langue. Cette peur existe, et pour une raison : c'est vrai que quand on cumule une autre langue, une petite partie de nous doit faire de la place. À terme, ces deux réalités peuvent vivre ensemble, mais cela prend du temps. Et dans l'histoire de Taym, c'est encore plus violent : il se retrouve sans repères lorsque sa mère décide d'arrêter de parler en arabe à la maison. Pour lui, c'est ça, le plus violent dans son histoire.

    Donc cela amène aussi la question de comment faire, ici en France, pour accueillir d'autres langues, d'autres cultures, et pour ne pas obliger les autres à effacer leur identité, qu'on puisse aussi profiter de cette multiculturalité, ici, en France.

    Effectivement, dans le court texte qui accompagne la pièce, vous expliquez qu'arriver dans un pays avec une langue qu'on ne comprend pas, c'est une violence symbolique. De quelle manière ?

    C'est une violence symbolique, mais c'est aussi technique. On ne sait pas ce qui se passe autour de nous. On n'a pas de clés de parole, c'est vrai. Mais on n'a pas non plus les clés de politesse, de l'humour... Et c'est comme si on enlevait une partie de notre personnalité, de ce qu'on était dans notre pays d'avant. On ne peut plus être rigolo, cynique... On perd beaucoup de qui on est. Et on doit, petit à petit, soit réinventer qui nous sommes, soit reprendre ça dans une autre langue, avec une autre culture, avec d'autres références. Donc oui, la violence est symbolique mais aussi technique.

    La pièce parle du silence de ce petit garçon, et pourtant, il y a tout un travail autour des sons, des enregistrements, des voix...

    Pour parler de l'absence de quelque chose, il faut déjà remplir la scène et l'expérience du public des choses qu'après on va enlever. Donc, le silence et puis les chansons ; le silence et puis la parole ; le monologue intérieur de Taym... Oui, cette pièce parle du silence, mais de manière très sonore. Taym a fermé sa bouche, mais pas ses oreilles, et il a beaucoup écouté. C'est pour cela aussi qu'on a choisi de mettre le public dans une position où il doit être vigilant, écouter, ne pas comprendre. Il y a beaucoup de parties en arabe, qui ne sont pas traduites, et c'est fait exprès. C'est une manière de se mettre à la place de Taym, et de comprendre pourquoi ce silence est arrivé en lui.

    On a aussi voulu faire comprendre au public qu'il n'a pas besoin de tout comprendre tout le temps, et de l'inviter à vivre cette expérience joyeuse de projeter, d'imaginer, d'être actif, et de ne pas être toujours baigné dans la langue, le mot, l'explication. C'est même mieux, parfois, de ne pas tout comprendre : on fait attention aux expressions du visage, aux silences... Quand on enlève la langue, on écoute les choses qu'on n'a pas l'habitude d'écouter. 

    Cette pièce est dévoilée dans un contexte politique très particulier en France : montée de l'extrême droite, renfermement sur soi, etc. Quelle importance cela donne-t-il à la pièce ? 

    On vit dans un moment horrible, difficile. On voit des horreurs... Cette pièce, c'est notre petite façon à nous d'essayer de montrer à quel point l'inconnu nous met dans une situation de jugement, et même de préjugé. Cela nous empêche d'approcher l'autre, de mieux le comprendre, de faire les liens. Et donc, évidemment, cette pièce aujourd'hui, c'est une pièce politique.

     

    "Au bout de ma langue," pièce de Simon Grangeat, mise en scène de Tal Reuveny, avec Omar Salem. Les 20 et 21 mars 2026 au Maif Social Club à Paris, puis les 18 et 22 avril au Lavoir moderne parisien, et du 7 au 23 juillet dans le cadre du "off" d'Avignon. 

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  • Cinéma: «La Guerre des prix», plongée dans l'univers «fascinant et effrayant» de la grande distribution

    Derrière les étiquettes des supermarchés se cachent des décisions, des rapports de force. Le film La Guerre des prix nous plonge dans les coulisses de la grande distribution, là où se décident les marges, les stratégies et parfois le sort d'une filière agricole entière. Son réalisateur, Anthony Déchaux, à notre micro, signe ici son premier long métrage et explore un univers rarement montré au cinéma : celui de la grande distribution.

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    D'Istanbul au Caire, Mille manières d'être moderne, le documentaire réalisé par Ilana Navaro et co-écrit avec Karim Miské, a l'ambition de raconter une histoire de l'art depuis le XXᵉ siècle d'une région nourrie certes par l'Occident, mais qui a aussi ses propres courants. En trois épisodes, on suit une riche histoire artistique de l'ex-empire ottoman à nos jours. Un documentaire qui montre comment les artistes ont su tirer les leçons de l'art occidental tout en restant fidèles à leurs cultures, en évitant notamment l'écueil de l'orientalisme et de l'exotisme. Un documentaire rare à ne pas rater, disponible sur Arte.tv.

    Le premier épisode du documentaire est disponible ici.

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Du lundi au vendredi, un journaliste du Service Culture reçoit un acteur de la vie culturelle, pour aborder son actualité et réagir aux initiatives artistiques en France et dans le monde.

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