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Or


« Mon espoir est que les portes de l’éducation soient ouvertes aux filles, que chaque fille puisse étudier et choisir un bon et juste chemin pour sa vie. »
Aïcha Sana s’adresse à nous depuis la ville de Laghman, à 150 km à l’est de Kaboul. Elle nous dit son espoir de reprendre le chemin de l’école.
Depuis le retour des Talibans au pouvoir en 2021, l’éducation des filles au-delà du primaire est de nouveau interdite, et les écoles secondaires pour filles restent fermées. Selon l’Unicef, plus de 2.2 millions d’Afghanes sont exclues des salles de classe.
Mais comment la génération de Sana vit-elle cette privation d’accès à l’éducation ? Et quelle mémoire gardent de l’école les femmes de la génération de sa mère et de sa grand-mère ? À quand remonte la première scolarisation des filles en Afghanistan et comment s’est développée l’éducation pour toutes et tous sous la période communiste ?
Autant de questions posées par ma jeune consœur Najeba Arian à celles et ceux qui ont accepté de nous livrer leur témoignage en langues farsi et pachto, pour nous raconter un siècle d’éducation dans leur pays.
À l’école des femmes afghanes, c’est un nouvel épisode documentaire de La marche du monde.
À découvrir également, le podcast « Africaines Queens », l’histoire des femmes africaines racontée par elles-mêmes.
À l’école des femmes afghanes
Un siècle après l’ouverture des premières classes en Afghanistan, les filles rêvent toujours de pouvoir étudier. Et pourtant, la question de l’éducation des filles a été posée dès les années 20 par Sa majesté le roi Amir Amanullah Khan Gazi. Lorsqu’il accède au pouvoir, l’une de ses premières mesures est de créer les conditions nécessaires pour permettre aux filles d’étudier et de travailler.
Trois femmes pionnières — Son Altesse Sarwar Sultan (mère d’Amanullah), son épouse la reine Soraya Tarzi, et Asma Rasmia (mère de la reine Soraya épouse de Mahmoud Tarzi, Premier ministre à l’époque d’Amanullah) — vont ouvrir pour la première fois en 1921 une école primaire pour filles, appelée « Maktab-e Mastourat » (École des jeunes filles).
Par la suite, cette école primaire a été transformée en lycée, et une école d’infirmières a été ajoutée. Des membres de la famille royale y ont étudié. Cette école a ensuite été renommée « Lycée Malalai ».
Cependant, cette initiative a suscité l’opposition de certains milieux conservateurs religieux. Des soulèvements, notamment dans les régions du Sud et de l’Est, ont éclaté sous la direction de God Mullah, le mollah boiteux.
Des révoltes ont également eu lieu à Kaboul, qui finirent par aboutir à l’insurrection dite « saqawie ».
L’un des principaux arguments avancés contre les réformes d’Amanullah était que le roi serait devenu « mécréant » et qu’il envoyait des jeunes filles afghanes à l’étranger. Pourtant, les familles des jeunes filles envoyées à l’étranger avaient elles-mêmes insisté et donné leur consentement pour partir étudier.
Durant la période saqawie, le règne d’Habibullah Kalakani, non seulement les écoles de filles ont été fermées et les départs vers l’étranger interdits, mais des changements ont été également imposés à l’éducation des garçons. Dans une déclaration d’Habibullah Kalakani, la physique, la chimie, les mathématiques et même la géométrie sont qualifiées de matières « impies », et le programme scolaire des garçons a lui été aussi restreint.
Si la période saqawie a été une période de réaction conservatrice, le règne d’Habibullah Kalakani a été très court, de janvier à octobre 1929. Et lorsque Sa Majesté Nader Shah lui a succédé, l’espace éducatif a été réouvert…
Le début des années 30 est considéré comme le temps du renouveau en Afghanistan. Non seulement des écoles sont créées à Kaboul, mais au-delà dans les provinces… une période dorée pour l’éducation ! Dans la famille de Tahera Shams, née en 1937 à Kaboul et ancienne élève du Lycée historique Malalaï fondée en 1921 à l’initiative de la reine Soraya, l’éducation des filles était une priorité.
« Ma mère disait toujours : Lisez, apprenez quelque chose. Moi je suis restée sans instruction, mais vous devez devenir instruites. »
Pour Tahera Shams, grande figure de l’activisme communiste afghan, l’époque du roi Mohammad Zaher Shah, entre 1933 et 1973, n’est absolument pas comparable avec la période des Talibans. À cette époque, la plupart des familles faisaient des efforts pour que leurs enfants aillent à l’école et réussissent dans la vie.
« Pendant le règne du roi, j’allais normalement à l’école et les femmes étaient libres. Bien sûr, dans les zones rurales il y avait des problèmes, mais à Kaboul la vie était normale, malgré des difficultés économiques. »
Ayant démarré sa scolarité à l’âge de 15 ans, Tahera entre à l’Université de Kaboul en 1965. Elle a tout juste 28 ans. Elle veut étudier la médecine, mais sa famille ne le lui permet pas, sachant qu’une femme médecin peut être amenée à travailler la nuit. Finalement, Tahera étudie la littérature persane.
« Nous manifestions depuis l’Université de Kaboul. À cette époque, les autorités n’emprisonnaient pas les filles comme aujourd’hui. Les Talibans emprisonnent, torturent et violent les femmes, mais cela n’existait pas à notre époque. »
Depuis le retour des talibans en 2021, il est impossible pour les jeunes filles de poursuivre leurs études au-delà de l’école primaire. Une décision justifiée par une interprétation passéiste du Coran, afin de contrôler la vie des femmes et de les séquestrer au sein de leur maison. Mais l’histoire de l’Afghanistan est longue et dans la mémoire collective des Afghanes, dans les récits transmis de grand-mère en petite fille, et de mère en fille, la figure de la femme éduquée existe. Depuis la reine Soraya à l’initiative de la première école pour fille jusqu’aux femmes médecins, ingénieures, professeures ou artistes sous les communistes.
« L’esprit général était qu’il n’y avait aucune différence entre les hommes et les femmes, et que les droits des femmes et des hommes étaient presque égaux. Les possibilités d’études étaient très étendues. Les élèves qui obtenaient de bonnes notes étaient envoyés à l’étranger dans le cadre du mouvement des pionniers, en particulier vers les pays de l’Union soviétique. À leur retour, ils étaient ensuite employés en Afghanistan. »
Homira Sabawoon est née en 1971. Lorsque l’Union Soviétique envahit l’Afghanistan en Décembre 1979, elle est une petite fille de huit ans. Mais l’occupation n’est pas la guerre et elle garde un souvenir heureux de sa scolarité sous influence soviétique. 10 années pendant lesquelles la résistance intérieure et extérieure des moudjahidines s’organise. Homira Sabawoon a 19 ans lors de la prise de Kaboul le 1er Janvier 1990. Alors qu’elle se prépare à suivre des études dans le domaine des beaux-arts, de la littérature et de la musique, sa vie bascule.
« Beaucoup d’histoires de moudjahidines hantent notre mémoire, la plus emblématique est celle de Nahid, la martyre. Lorsque les milices de Abdul Rashid Dostom, célèbre chef de guerre du nord de l’Afghanistan, sont arrivées dans le quartier de Makrorayan pour piller les maisons, ils ont tenté d’agresser sexuellement Nahid. Elle s’est alors jetée du cinquième étage de sa maison. »
Loin de Kaboul, les femmes subissaient moins frontalement la violence des exactions menées par les moudjahidines et leurs milices dirigées par des chefs de guerre jusque-là unis contre les communistes au pouvoir et leur soutien soviétique. Des femmes qui ont été massivement scolarisées et émancipées depuis les années 50 comme le rappelle notre spécialiste de l’histoire culturelle afghane, l’écrivain Abdul Ghafoor Liwal.
« En 1971, les progrès ont été tels que, dans une province conservatrice comme Kandahar, des jeunes filles ont participé à des compétitions internationales de basketball et remportèrent même une coupe de victoire. En l’espace de trois décennies, il s’agissait d’un progrès considérable. »
Ghafoor Liwal est devenu un très grand poète de langue pachto. Dans ses textes, il n’oublie pas d’évoquer la condition terrible de ses sœurs afghanes privées d’éducation par ce qu’elles sont des femmes.
« Lorsque les talibans arrivent au pouvoir en 1996, la guerre sous sa forme précédente a cessé, mais pour notre plus grand malheur, les talibans se sont immédiatement attaqué à l’éducation moderne. Les écoles existaient, mais pour les filles, toutes les possibilités ont disparu. Même l’éducation primaire a été interdite aux filles ; Seuls les garçons allaient à l’école, portant le turban, dans un contexte très difficile après une longue guerre civile. »
Pendant cette première période talibane, la liste des interdictions faîtes aux femmes est infinie. Interdiction d’aller à l’école, interdiction de sortir sans être entièrement recouverte par le hijab et sans être accompagnée d’un homme de la famille, interdiction de travailler et de voter, sans compter les lapidations à mort en place publique pour celles qui selon les Talibans ne respecteraient pas la loi islamique de la Charia. Homira Sabawoon est alors une jeune citadine de Kaboul âgée de 25 ans, grandie dans une famille à l’état d’esprit ouvert et progressiste. Elevée dans l’idée qu’une femme ne peut être véritablement indépendante que si elle possède une autonomie économique, et qu’une femme économiquement autonome ne peut être victime de personne. Homira a toujours cru en la liberté des femmes, convaincue que si elles étudiaient, elles pourraient travailler à l’avenir. C’est ainsi qu’elle crée l’école secrète, d’abord chez elle à Kaboul puis doit s’éloigner de la capitale trop dangereuse pour Laghman où la solidarité des voisons lui a permis d’éviter d’être arrêtée par les talibans.
« Je me suis heurtée au problème du manque de livres. Même si je faisais beaucoup d’efforts pour enseigner au tableau. J’avais aussi des élèves qui avaient déjà terminé l’école mais ne voulaient pas perdre la possibilité d’apprendre. Je donnais les cours deux fois par jour : le matin de 10 h à 12 h et le soir après le dîner. Comme toutes les étudiantes étaient soit de jeunes enfants soit des femmes, venir le soir ne leur posait pas de problème. »
L’arrivée de la République a été comme « ouvrir la porte de la cage pour un oiseau » se souvient Homira : soudain, la liberté s’est offerte et les femmes ont beaucoup progressé. Un avantage de son enseignement clandestin pour sa propre famille a été que, lors de l’arrivée de la République, sa fille a passé l’examen et a été directement admise en quatrième année, car elle avait reçu un enseignement rigoureux et régulier avec sa mère. Pendant 20 ans, des efforts intenses ont été faits par la République afghane. Tout d’abord, des établissements scolaires ont été construits dans tout le pays, ce qui constitue un grand acquis. Des milliers d’écoles ont été ouvertes afin que des millions de filles et de garçons puissent aller à l’école et à l’université, afin de recevoir un enseignement de haut niveau. Un énorme capital humain pour l’Afghanistan, construit sur plusieurs décennies.
Lorsque les Talibans prennent à nouveau le pouvoir, ils trouvent un pays avec un système éducatif fonctionnel et un capital humain.
« Malheureusement, cette fois encore, ils ont privé les filles de l’éducation. Cependant, les filles peuvent recevoir l’enseignement primaire jusqu’à la sixième classe, mais au-delà, elles sont exclues. C’est sans aucun doute un recul très dangereux et une injustice majeure contre les filles afghanes. »
Une injustice majeure contre les filles afghanes et contre l’Afghanistan tout entière. Quel est l’avenir d’une nation qui détruit ses propres femmes, ses propres mères ? L’écrivain, poète, chercheur et ancien ambassadeur d’Afghanistan en Iran, Abdul Ghafoor Liwal nous rappelle combien les arguments des talibans n’ont aucune validité religieuse ou culturelle.
« Le premier argument prétend que l’éducation des filles est interdite par la religion. Cet argument est invalide, car des milliers de savants religieux l’ont rejeté et de grandes institutions religieuses n’ont pas accepté ce récit. L’Islam n’interdit pas l’éducation des filles.
Le second argument est culturel : ils disent que la culture afghane ne permet pas l’éducation des filles. C’est faux. Dans la culture afghane, l’éducation des filles a toujours existée, avec des conditions de sécurité et de protection. »
Les femmes afghanes sont tributaires des lois féminicides talibanes. Mais comment notre témoin artiste et chanteuse Homira Sabawoon réussit elle à faire face à tant de violence et de négation de sa propre personne ? Pendant combien d’années ses études ont-elles été interrompu et comment a-t-elle trouvé la force de les reprendre en 2015, après la première période talibane, pendant la République ?
« Au début, la musique me paraissait un simple passe-temps, mais ces 26 années de pause ont changé mon point de vue. J’en suis venue à penser que la musique est une nécessité pour une société, elle est la nourriture de l’âme, un besoin social et le meilleur moyen de transmettre un message. »
Le retour des talibans au pouvoir est très décourageant pour les femmes afghanes. Cependant, Homira n’a pas baissé la tête, en s’appuyant sur ses expériences de résistances passées, à l’époque des moudjahidines, des premiers talibans et maintenant de leur retour.
« Les talibans ont fermé les portes des écoles aux femmes en Afghanistan, ils leur ont interdit de travailler… et bien si l’oxygène était sous le contrôle des talibans, les femmes n’auraient même plus le droit de respirer. Mais comme le dit le poète Ghani Khan « Même si je vais au paradis, la vérité est que mon chemin est différent de celui du mollah. »
En Afghanistan, l'exclusion des femmes de l’espace publique prive d’éducation plus de deux millions de filles. Le régime taliban met ainsi en péril le destin de toute une nation mais les femmes afghanes résistent et s’organisent à l’intérieur et à l’extérieur, avec notamment l’école secrète. Comme nous l’a delà dit la jeune Sana, il s’agit d’envisager l’avenir et de garder espoir.
« Mes chères sœurs, ne soyez jamais découragées. Dieu a apporté cette situation et Dieu l’améliorera. Nous ne devons pas perdre notre espoir, car perdre notre espoir, c’est perdre l’espoir de la société, puisque la société se construit grâce aux femmes ».
Photographié par Malick Sidibé, un couple gesticule joyeusement dans un club à Bamako. Nous sommes dans les années 60 et pour la première fois, la jeunesse bamakoise s’émancipe des codes traditionnels. Mais, elle n’est pas la seule. À Dakar, Ouagadougou ou Abidjan, les transistors diffusent les chansons des idoles des jeunes, de Johnny Halliday à Boubacar Traoré en passant par Aretha Franklin. Urbaine et scolarisée, la génération yéyé danse pour s’émanciper !
10 ans après la disparition de « l’œil de Bamako », Reporters sans Frontières lui consacre un album. 100% des bénéfices de cet album « Malick Sidibé » financeront les actions de RSF de manière concrète. Chaque album vendu permet à RSF de défendre la liberté de la presse partout dans le monde. Avec : André Magnien, commissaire de l’exposition Malick Sidibé, Une jeunesse moderne ; Ophélie Rillon, historienne spécialiste des luttes sociales et politiques au Mali ; le témoignage de Soro Solo, adolescent à Abidjan dans les années 60, ancien producteur de l’Afrique en Solo sur France Inter.
Et la voix du photographe Malick Sidibé (archives RFI/INA).
- S’informer sur la liberté de la presse avec RSF
- Découvrir les expos Malick Sidibé
- À Paris, Malick Sidibé, Une jeunesse moderne
- À New-York, Idées d’Afrique
- Malick Sidibé, 1936-2016
L’exposition « Shoah » de Claude Lanzmann, les enregistrements inédits propose de découvrir les archives sonores de la préparation du film monument « Shoah », une œuvre devenue une référence dans sa représentation du génocide perpétré par les nazis contre six millions de juifs.
Pendant les nombreuses années de préparation qui ont précédé le tournage, Claude Lanzmann et ses assistantes Corinna Coulmas et Irena Steinfeldt-Levy ont effectué des recherches dans différents pays et mené d’innombrables entretiens préalables, enregistrés sur bande magnétique. Cette collection Lanzmann est conservée au Musée juif de Berlin grâce au don de l’Association Claude et Félix Lanzmann. Ce fonds constitué de 220 heures d’enregistrements audio en huit langues, est inscrit au registre de la « Mémoire du monde » de l’Unesco, tout comme le film « Shoah ».
Comment Claude Lanzmann a-t-il procédé pour préparer ce film dont il a l’intuition qu’il sera très long ? Qui sont les témoins qu’il va souhaiter rencontrer et de quelle façon va-t-il les interviewer ? Quelle est son écoute des victimes juives ? Comment fait-il face aux criminels nazis ? Et pourquoi attendra-t-il si longtemps avant de se rendre en Pologne ? Enfin, à quel moment Claude Lanzmann a-t-il compris que le sujet de son film était l’extermination ?
Avec Tamar Lewinsky, historienne et conceptrice de l’exposition Shoah de Claude Lanzmann, les enregistrements inédits du Musée Juif de Berlin ; Sophie Nagiscarde, responsable des activités culturelles du Mémorial de la Shoah à Paris ; Ania Szczepanska, universitaire à Paris 1 Panthéon Sorbonne et réalisatrice de documentaires. Et avec la participation de Dominique Lanzmann.
- À voir l’exposition « Shoah » de Claude Lanzmann, les enregistrements inédits au Mémorial de la Shoah à Paris.
- À voir l’exposition Claude Lanzmann Les enregistrements au Musée juif de Berlin.
Nous sommes en 1955 et pour la première fois, la radio de la France d’Outre-mer diffuse une œuvre africaine. Il s’agit de l’adaptation du premier roman de Camara Laye « L’enfant noir ». L’auteur guinéen fait la Une de la presse à la sortie de son premier roman en 1953. Et c’est bien « L’enfant noir » que la radiodiffusion d’Outre-mer choisit pour « sa première production authentiquement africaine », comme l’annonce alors son directeur Pierre Schaeffer.
Mais pour quelles raisons les médias de l’empire français jettent leur dévolu sur Camara Laye ou encore sur Fodéba Keïta et ses ballets africains qui signent la bande originale de « L’Enfant noir » version radiophonique. Dans quel état d’esprit évoluent ces artistes et auteurs guinéens dans les années 50, années d’expressions nationalistes où un certain Sékou Touré donne de la voix comme bien d’autres militants indépendantistes ? Comment Camara Laye embrasse les idéaux de la révolution guinéenne ? Pourquoi décide-t-il de fuir pour Dakar en 1966 ? Et surtout, de quelle façon Camara Laye va-t-il s’engager dans l’opération Mar Verde, dont le but était de faire tomber le régime de Sékou Touré ?
Un épisode documentaire de LMDM inspiré par l’enquête passionnante de notre invitée Elara Bertho dans les archives publiques et privées guinéennes.
Les livres d'Elara Bertho, chargée de recherche au CNRS.
Coupures de journaux - Camara Laye - Fodéba Keïta.
Adulé par beaucoup, conspué par certains, le premier Premier ministre de la République du Congo Patrice Lumumba est devenu une référence internationale. La Revue d’Histoire Contemporaine de l’Afrique a consacré son 5ème numéro à Patrice Emery Lumumba afin de comprendre les mécanismes de construction d’une figure politique africaine mondialement connue, notamment en raison de son assassinat, commémoré de Paris à Kinshasa en passant par Pékin ou Accra. (Rediffusion)
« Lumumba est un phénomène », écrivent nos deux invitées historiennes Élisabeth Dikizeko et Karine Ramondy, un phénomène global, imprimé dans les mémoires politiques, populaires et culturelles, transmises à ses héritiers, lumumbistes, artistes et militants, dans le monde entier.
Les enfants de Patrice Lumumba, dont son fils cadet Roland disparu le 28 janvier 2026, très actif dans les démarches judiciaires visant à faire la lumière sur l’assassinat de son père en 1961, attendent le verdict du procès qui s’est ouvert à Bruxelles. Après des années d’enquête, le parquet fédéral a requis l’ouverture d’un procès pour « détention ou transfert illicite d’un prisonnier de guerre », « privation du droit à un procès équitable » et « traitements inhumains et dégradants. » En Belgique, un seul homme peut encore répondre d'une éventuelle responsabilité pénale, il s’agit de l'homme d'affaires et ancien diplomate Étienne Davignon, 93 ans.
À lire : Revue d'histoire contemporaine de l'Afrique : Global Lumumba. Retours sur la construction d'une icône internationale
La vidéo de La Marche du monde «Global Lumumba» est disponible sur la chaîne YouTube de RFI.
Radio Totchka, c’était la voix du pouvoir, dont la présence sonore s’imposait aux Bulgares dans leur espace privé, mais aussi dans leur espace public, puisque les programmes étaient diffusés dans la rue par des haut-parleurs, mais aussi à la mairie, à la poste, ou encore à l’usine ! Une radio dont la mémoire sonore réactive à la fois les bons et les mauvais souvenirs d’un monde communiste aujourd’hui disparu.
Dans le premier épisode, nous avions suivi les tribulations de l’ethnologue Olivier Givre et du créateur sonore Raphaël Cordray à la recherche de Radio Totchka, petit haut-parleur en plastique importé d’URSS et placé dans les murs des habitations, dont les Bulgares ne pouvaient pas changer la station ! Entre information, musique et propagande, les programmes de Radio Totchka ont marqué plusieurs générations de Bulgares jusqu’à la fin des années 80, la chute du mur de Berlin, l’effondrement de l’Union soviétique et la fin du régime communiste dans leur pays devenu la Bulgarie, aujourd’hui intégrée à l’Europe et à la zone euro.
Dans ce second épisode, nous retrouvons l’ethnologue Olivier Givre et le créateur sonore Raphaël Cordray en Bulgarie à la recherche des anciens animateurs de Radio Totchka, dans l’espoir de retrouver des archives radiophoniques non conservées par l’État. Comment étaient fabriqués les programmes de Radio Totchka, depuis les années 40 jusqu’au fameux « changement » du 9 novembre 1989, date de la chute du mur de Berlin et de l’effondrement du bloc communiste…
Olivier Givre est maître de conférences en Anthropologie à l’Université Lumière Lyon 2 depuis 2007.
Ses travaux concernent principalement l’Europe orientale et les Balkans, et portent sur trois thématiques : les processus patrimoniaux et mémoriels, les dynamiques frontalières et transfrontalières, les recompositions rituelles et religieuses.
Plus récemment, il engage une série de travaux sur les approches sensorielles et la recherche-création.
Membre de l’Institut Universitaire de France
Anthropologie à Lyon2
Nouvelles Écritures de l’Anthropologie
Dernière publication :
Collectif Balkabas, Les Balkans en transformation. Quatre variations : pancarte, passeport, argent, maison, Collection Meydan, Editions Karthala, Paris, 2025
Écoutez LMDM, le premier volet de LMDM avec Olivier Givre.
Vous pouvez écouter en intégralité les trois derniers épisodes de la série ici :
- À LA POURSUITE DE RADIO TOCHKA / Épisode 4 : Entre technique et idéologie
- À LA POURSUITE DE RADIO TOCHKA / Épisode 5 : Les voix de radiotočka
- À LA POURSUITE DE RADIO TOCHKA / Épisode 6 : Voyage au bout d’une mémoire sonore.
Radio Totchka ! J’imagine que tout comme moi, vous n’en avez jamais entendu parler… et pourtant, ce petit poste de radio a accompagné la vie quotidienne de millions de femmes, d’hommes et d’enfants qui ont grandi dans ce que l’on appelait à l’époque le bloc de l’Est. Que ce soit en Union Soviétique ou dans les pays communistes comme la Bulgarie située en Europe du sud-est, dans les Balkans.
À partir de 1947, la Bulgarie s’est massivement équipée en matériel de diffusion radiophonique, sous l’influence de l’Union Soviétique, c’est ainsi qu’apparait radiotočka, ce qui signifie littéralement point radio. Une radio que l’on ne pouvait pas éteindre et dont on ne pouvait pas changer la station. Radio Totchka était présente dans toutes les cuisines des habitations bulgares, ainsi que dans l’espace public, pour diffuser des émissions nationales et des programmes locaux, entre information et propagande.
Dans ce premier épisode, nous partons en Bulgarie à la recherche de Radio Totchka avec pour guide l’ethnologue Olivier Givre et le créateur sonore Raphaël Cordray. Que reste-t-il de radiotočka ? Quelle était sa portée auprès des gens ? De quoi est faite la mémoire sonore du communisme en Bulgarie ?
La Bulgarie a été occupée par l’Union soviétique à la fin de la Seconde Guerre mondiale, de 1944 à 1947, et devient République Populaire de Bulgarie dès 1946 avec une nouvelle constitution ratifiée fin 1947, calquée sur la constitution soviétique de 1936.
Parti communiste unique et répression des opposants dominent la vie politique de la République Populaire de Bulgarie jusqu’à la chute du Mur de Berlin en 1989 suivi de l’effondrement de l’URSS en 1991… c’est alors que le pays change de nom et devient la Bulgarie, membre de l’Union européenne depuis 2007 et de la zone euro depuis 2026 !
Olivier Givre est maître de conférences en Anthropologie à l’Université Lumière Lyon 2 depuis 2007.
Ses travaux concernent principalement l’Europe orientale et les Balkans, et portent sur trois thématiques : les processus patrimoniaux et mémoriels, les dynamiques frontalières et transfrontalières, les recompositions rituelles et religieuses.
Plus récemment, il engage une série de travaux sur les approches sensorielles et la recherche-création.
Membre de l’Institut Universitaire de France
Anthropologie à Lyon2
Nouvelles Écritures de l’Anthropologie
Dernière publication :
Collectif Balkabas, Les Balkans en transformation. Quatre variations : pancarte, passeport, argent, maison, Collection Meydan, Editions Karthala, Paris, 2025
Vous pouvez écouter en intégralité les trois premiers épisodes de la série ici :
À LA POURSUITE DE RADIO TOCHKA / Épisode 1 : Comment ça, tu ne connais pas radiotočka ?
À LA POURSUITE DE RADIO TOCHKA / Épisode 2 : Radiotočka habitait dans ma cuisine
À LA POURSUITE DE RADIO TOCHKA / Épisode 3 : Les fantômes de radiotočka.
Emmanuel Pelletier dit « Manu » est sauveteur en mer à la station SNSM, Société nationale de sauvetage en mer, de Dunkerque, ville portuaire du nord de la France, d’où l’on peut deviner les côtes anglaises par temps clair. Manu est assis face caméra dans la cabine exiguë du Jean-Bart 2, nom de baptême du bateau dans lequel il a accepté de parler de son expérience en mer face aux migrants.
Sa voix est l’une des voix du documentaire « One by One », réalisé par Camille Guigueno où la parole est donnée à celles et ceux qui ont décidé de s’engager bénévolement dans la plus belle et la plus tragique des aventures : le sauvetage des vies humaines.
Dans le port de plaisance de Dunkerque, le Jean Bart II, nom de baptême du canot de la Société Nationale de Sauvetage en Mer (SNSM), se tient prêt à appareiller à toute heure du jour ou de la nuit. Ses membres d’équipage sont des bénévoles, ils portent assistance aux personnes en difficulté en mer, généralement des marins ou des plaisanciers. Mais depuis les accords du Touquet, signés le 4 février 2003 entre la France et le Royaume-Uni (ensemble de traités bilatéraux qui ont pour objectif de renforcer la gestion conjointe des frontières et le contrôle de l'immigration illégale) de plus en plus de femmes, d’hommes et d’enfants s’embarquent sur des bateaux de fortune pour tenter de franchir le détroit du Pas-de-Calais vers l’Angleterre et le nombre de naufragés exilés augmente.
En mer face aux migrants, comment procèdent les sauveteurs bénévoles ? Depuis combien d’années ? À quoi et à qui font-ils face ? Est-ce leur rôle ? Et quels sentiments les traversent alors qu’ils sont les seuls à intervenir dans le détroit du Pas-de-Calais ? Ce sont les questions auxquelles le film « One by one » tente de répondre, avec sobriété et humanité… en filmant au plus près les visages des sauveteurs.
Un premier documentaire prometteur, une expérience de réalisation émotionnellement éprouvante pour ses protagonistes et ses auteurs, Camille et Vincent Guigueno. C’est aussi une histoire de transmission par le cinéma entre un père et son enfant devenu adulte… comme un rituel de passage dont on sort forcément transformé.
Aux sons des témoignages de leur film, Camille et Vincent nous racontent comment ils ont pu gagner la confiance et partager le quotidien de ces sauveteurs bénévoles qui risquent leur vie tous les jours pour sauver celle des autres. Un récit bouleversant et profondément humain en avant-première sur RFI !
À vos agendas pour les prochaines projections du film One by one
- le 4 février à Saint-Malo en partenariat avec le Musée Maritime
- le 18 février à Paris à la Fondation Maison des Sciences de l’homme
- Une tournée en région Hauts-de-France en avril en partenariat avec les stations SNSM
- Une prochaine diffusion du film à la télévision sur France 3 Hauts-de-France et en ligne sur france.tv en 2026.
Pour connaitre toutes les prochaines projections et diffusions, suivez les réseaux du film : Instagram One by one et Facebook.
Pour suivre et soutenir la station de Dunkerque sur Facebook.Le site national du sauvetage en mer.
Pour aller plus loin avec Vincent Guigueno :
L'émission La marche du monde sur RFI « Les maîtres de phare ».
Vincent Guigueno est membre de la section Histoire, Lettres et Arts de l’Académie de marine, ingénieur civil des Ponts et Chaussées, conservateur en chef du Patrimoine, conseiller Culture et Patrimoine maritimes – Direction générale des Affaires maritimes, de la Pêche et de l’Aquaculture, ancien directeur adjoint de la Recherche et de l’Enseignement – musée du Quai Branly, ancien chef du service « Conservation » – musée national de la Marine, lauréat – Médaille 2012, lauréat – Prix Navigation et Sciences associées de l’océan – André Giret.
« L’usage de la force est permis. Mais cet usage de la force doit être encadré par des règles. Sans ces règles, le monde est soumis à la loi du plus fort. » Ainsi s’exprimait Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères français sur France 2 le 4 janvier 2026. 80 ans après la première assemblée générale de l’ONU, les États-Unis, membre permanent du Conseil de sécurité, pratiquent l’ingérence et l’agression envers un autre État, le Venezuela, au mépris des valeurs fondamentales des Nations unies dont la première assemblée générale se déroulait le 10 janvier 1946.
Au son de nos archives, je vous propose de revivre cet évènement fondateur pour la sécurité internationale et le maintien de la paix, afin de revenir à la source d’une utopie dont les États précurseurs se sont faits les fossoyeurs.
« L'intervention américaine a sapé un principe fondamental du droit international », déclarait le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme le mardi 6 janvier, plus de 48h après l’intervention américaine au Venezuela ayant conduit à l’arrestation du président Nicolás Maduro et de son épouse, Cilia Flores. Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, avait pour sa part qualifié les faits de « dangereux précédent ».
Avec la participation de l’historienne spécialiste de l’ONU Chloé Maurel et l’écrivain et ancien officier Guillaume Ancel.
Les livres de Chloé Maurel :
- Les Grands Discours à l’ONU, Paris, éditions du Croquant, 2024, préface de Pascal Ory de l’Académie française, postface de Jean Ziegler.
- Une brève histoire de l’ONU au fil de ses dirigeants, Paris, éditions du Croquant, 2017, 175 p.
- Histoire des idées des Nations unies. L’ONU en 20 notions, Paris, L’Harmattan, 2015, 340 p.
La page de Chloé Maurel sur le site de l'Ecole Normale Supérieure
Chloé Maurel dans La marche du monde sur les grands discours de l’Unesco
Les livres de Guillaume Ancel préfacés par l’historien Stéphane Audouin-Rouzeau :
- Saint-Cyr, à l’école de la Grande Muette, aux éditions Flammarion.
- Un casque bleu chez les Khmers rouges, Rwanda, la fin du silence, Vent glacial sur Sarajevo aux éditions Les Belles Lettres.
Le blog de Guillaume Ancel ⇒ Blog Pour ne pas subir
Pour aller plus loin avec Guillaume Ancel :
À lire aussi« Si tu veux la paix, prépare la guerre »
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Musicien de père en fils, rappeur et producteur, Yewhe Yeton a le gout de l’archive. Passionné par l’histoire musicale du Bénin dont il collectionne les rythmes hérités de la tradition, il nous révèle le sens caché des chants du Dahomey enregistrés en 1931 lors de l’exposition coloniale. (Rediffusion)
Nous sommes à Abomey Calavi, à la périphérie de Cotonou, capitale économique du Bénin. Fils de chanteur, petit-fils de chanteur, chanteur lui-même, Yewhe est venu interroger son héritage familial. Son père lui raconte en langue gun-gbé comment son grand-père a séduit sa grand-mère en évinçant tous ses prétendants : « Il était le chanteur vedette du groupe musical du village ! » Évoquant sa personnalité éloquente et militante, le père et le fils discutent du sens des paroles des chansons au fur et à mesure que je les enregistre. Témoignage de la culture religieuse vodoun, mais aussi critique sociale du pouvoir des puissants.
Son goût de l’archive, il nous révèle à l’instar des chants dahoméens découverts par Cécile Van Den Avenne, enregistrés lors de l’exposition coloniale de Paris en 1931. Qui sont les chanteurs enregistrés, que chantent-ils et d’où viennent les rythmes joués ? Autant de révélations remises en circulation par Yewhe Yeton dans ses boucles musicales où un tirailleur dahoméen nommé Hounsou fait face aux blancs qui ne le comprennent pas, en leur chantant : « Mède Mi Wá. Nous ne sommes pas des prisonniers, nous aussi sommes des hommes ».
À écouter aussiFinaliste Prix Découvertes RFI 2025 : le rappeur béninois Yewhe Yeton
► Un documentaire de Valérie Nivelon avec l’artiste Yewhe Yeton et la chercheuse Cécile Van Den Avenne.
Cécile Van Den Avenne, directrice d'études de l'EHESS. Institut des mondes africains - IMAF, Campus EHESS Marseille, CeRCLEs - Centre de recherche sur les circulations, les liens et les échanges. Chaire : Pratiques langagières. Afrique-Europe (XIXe-XXIe siècle)
► Découvrir sa page de recherche
Finaliste du prix Découverte RFI 2025, Yewhe Yeton nous présente son album Loko :Un album entre mémoire collective et vibrations intimes
Loko est une cartographie sonore et intellectuelle, un espace où se croisent les aspirations d’un artiste et les résonances d’un peuple. Yewhe Yeton y explore le passé pour mieux s’inscrire dans l’avenir. Il y affirme avec force une identité plurielle, hybride et insoumise. En mêlant technicité, engagement et profondeur esthétique, il signe une œuvre inaugurale d’une densité interpellante, qui pose les bases d’un parcours musical prometteur. Quels sont les atouts qui font de cet album une œuvre évocatrice et pérenne ?
L’orchestration musicale comme matrice identitaire
Dès les premières mesures de Loko, Yewhe Yeton annonce la couleur : un projet hybride, à la croisée des esthétiques, où les polyphonies africaines se déploient avec une subtile virtuosité et tissent un canevas sonore à la fois ancestral et résolument moderne. Il fait de la fusion musicale une déclaration d’intention : rythmes traditionnels, hip-hop et éclats de rock s’entrelacent dans une alchimie ténue, entraînante, donnant naissance à une imagerie afro-métissée, expressive et méticuleuse. Entre polyphonie et polyrythmies, ce patchwork esthétique se veut être la résultante fusionnelle des chœurs africains dans leur déploiement de masse qui se fait continuité de l’état d’esprit culturel de la consolidation par le lien collectif. En cela, chaque chanson se construit comme une mosaïque, une superposition minutieuse de textures sonores qui illustrent la complexité des héritages culturels que l’artiste porte et réinterprète.
Le message comme mission d’émancipation
Au-delà de la performance musicale, Loko est un manifeste. Les dix titres de l’album résonnent comme un appel à l’autodétermination, une profession de foi inscrite dans le respect des valeurs communautaires ancestrales. Yewhe Yeton inscrit son art dans une tradition orale de transmission de valeurs, à se réapproprier et à réinvestir. Afin de faire de chaque vers ponctué, accentué, cadencé, scandé une passerelle de sens entre les vertus du passé et les urgences de l’avenir. De fait, son propos se porte notamment sur les enjeux de la vie et la nécessité de s’accomplir avec prudence, sur des clés-pratiques du vivre-social, sur la cosmogonie locale, autant que sur les ambiguïtés humaines que l'on peut rencontrer.
C’est aussi un album dans lequel Yewhe Yéton se plaît à se raconter, comme dans un processus.
Les refrains comme portail vers l’intemporel
Les refrains de Yewhe Yeton dégagent un paradoxe fascinant. Ils installent une impression de transcendance, tout en touchant à une forme d’insaisissable. À travers eux, l’artiste convoque une mémoire sensorielle partagée, un relent d’anciennes litanies qui viennent se mêler à la modernité de sa proposition musicale. Cette tension entre ancrage et dépassement donne à l’album une résonance particulière, une capacité à faire vibrer quelque chose de profondément enfoui en l’auditeur. Cette familiarité est combinée à la sensation de toucher à une altérité, à une antériorité qui nous dépasse, qui est profondément ancrée en nous. Dans ce sens, les refrains de Yewhe Yéton parviennent ainsi à créer un paradoxe émotionnel, où le connu et l'inconnu se mêlent pour produire un effet puissant et marquant. Ils opèrent comme des incantations modernes, où la répétition et la mélodie deviennent des vecteurs d’une puissance évocatrice inédite. Cette liaison – entre immédiateté et profondeur mystique – confère à Loko une charge émotionnelle qui pourrait garantir aux œuvres de Yewhe Yéton des statuts de classiques en devenir.
La langue fon comme laboratoire sonore et anthropologique
Le choix du fongbé semble soigné et réfléchi. En plus d’être médium linguistique et marqueur identitaire, il devient un véritable terrain de recherche. Yewhe Yeton joue avec la musicalité intrinsèque de la langue, explore ses aspérités rythmiques, sa plasticité poétique. Son travail sur l’assonance et l’allitération forge un phrasé percussif qui s’imprime dans l’oreille. Ce choix linguistique participe de la volonté d’ancrer Loko dans une continuité patrimoniale, d’autant qu’il choisit d’explorer un fon qui n’est pas usuel pour s’approprier celui qui appartient au registre de langue soutenu, énigmatique, codifié. En l’abordant ainsi, le rappeur dépoussière par une modernité audacieuse. Il en fait le terreau d’une recherche musicale et anthropologique. À travers ce fon quasi-élitiste, il interroge les structures de la pensée, les subtilités de la transmission orale et les sonorités.
► Lien d'écoute sur Sound Cloud
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