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« En Centrafrique, il n'y aura pas de paix durable sans un dialogue permanent et inclusif entre toutes les parties au conflit », affirme l'ancienne présidente Catherine Samba Panza, qui a conduit avec succès une médiation, de 2014 à 2016, pour mettre fin à la guerre civile de l'époque. Vendredi dernier, l'ancienne cheffe de l'État centrafricain était l'invitée à Paris de la seconde édition de la Fabrique de la diplomatie, organisée par le Quai d'Orsay et la Sorbonne nouvelle. Elle était accompagnée de Monseigneur Dieudonné Nzapalainga, le cardinal-archevêque de Bangui. Tous deux ont répondu aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Catherine Samba-Panza, pourquoi dites-vous qu'une paix négociée au sommet ne sert à rien si la population ne se l'est pas appropriée ? Vous pensez notamment au conflit actuel dans les Grands Lacs et dans l'est de la RDC, où vous êtes impliquée au nom de l'Union africaine ?
Catherine Samba-Panza : Oui, par exemple, tout à fait. Dans le cadre de ma mission de facilitateur, je me bats justement pour que les accords signés à Washington, à Doha, soient vraiment disséminés, pour que les populations puissent être au courant. Qu'est-ce qui a été décidé dans ces accords ? Comment ils vont être mis en œuvre et dans l'intérêt de qui ? Il est important qu'il y ait des relais en faveur des populations.
Mais concrètement, comment les populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu peuvent-elles s'approprier l'accord de Washington du mois de décembre dernier ?
Catherine Samba-Panza : Nous avons prévu, dans le cadre de nos missions de facilitateur, d'avoir des consultations au niveau de Kinshasa, mais également d'avoir des consultations éclatées dans l'est de la République démocratique du Congo, notamment à Goma, à Bukavu, dans l'Ituri, etc. Nous avons prévu des missions de terrain. Mais, en dehors des missions de terrain, il y a des relais de la société civile, il y a également les confessions religieuses, les chefs coutumiers, les femmes, les jeunes qui peuvent faire connaître le contenu de ces accords par les populations.
Pourquoi dites-vous que les femmes sont exclues de beaucoup de négociations de paix ?
Catherine Samba-Panza : Vous savez, quand on regarde les statistiques de l'ONU, des organisations régionales, il y a très peu de femmes qui sont à un certain niveau des processus de paix au niveau formel. Mais les femmes sont présentes dans les processus de paix au niveau local. Ce sont les femmes qui mènent le travail de terrain. Ce sont les femmes qui mènent le travail de médiation avec les groupes armés. Elles sont exclues au niveau formel des processus de médiation, mais elles sont là.
Un accord est plus durable si les femmes se l'approprient ?
Catherine Samba-Panza : Exactement. Toutes les études du monde sont unanimes : un accord n'est durable que si les femmes ou les communautés concernées ou affectées par le conflit sont impliquées.
Monseigneur Dieudonné Nzapalainga, vous êtes également présent à cette Fabrique de la diplomatie à Paris, parce que vous êtes aussi un homme de paix, notamment en Centrafrique. Nous sommes donc à côté de la présidente Catherine Samba-Panza. Peut-on dire qu'entre 2014 et la présidentielle de 2016, quand elle a présidé la RCA, elle a conduit l'un des rares processus de paix qui a abouti à quelque chose de concret ?
Dieudonné Nzapalainga : On peut le dire parce que nous étions à une étape charnière, marquée par une crise où la violence était au sommet. Il a fallu baisser les tensions. Il fallait apaiser les cœurs, faire converger les énergies, mobiliser les gens et leur indiquer une vision commune, aller aux élections. Pendant deux ans, ce travail a été fait de manière méthodique, courageuse, avec abnégation et détermination. Nous avons vu le résultat puisque nous sommes allés aux élections comme si on était dans un pays civilisé, sans tirer un coup de fusil. Les gens étaient alignés les uns derrière les autres. Ils ont voté au premier tour, voire au deuxième tour. Et moi, j'avais les larmes en voyant cette situation. Oui, il est possible que, si les hommes se fixent un destin commun, ils se l'approprient. Ils peuvent aussi tenir des paris. Et on l'a tenu en 2016.
Je crois que le pape a aussi un petit peu aidé, puisque le pape François a visité Bangui un mois avant le premier tour de la présidentielle. Catherine Samba-Panza a-t-elle des qualités de médiatrice particulière qui font que des fois ça marche, des fois ça ne marche pas ?
Dieudonné Nzapalainga : Mais nous sommes allés à la présidence. La présidente avait parlé et le pape a parlé. Le pape a encouragé tout le parterre des hommes et des femmes politiques à pouvoir transcender leur situation pour dire qu'il est temps de nous unir.
Madame la présidente, quel est le message que vous avez retenu de votre rencontre avec le pape en ce jour de novembre 2015 ?
Catherine Samba-Panza : Comme vous l'avez dit, la visite du pape en Centrafrique a été pour beaucoup dans l'apaisement des cœurs. Le pape nous a encouragés à travers son partage de paroles de paix. Les Centrafricains, de manière unanime, ont accueilli les messages de paix qui ont été apportés par le pape. Nous avons bénéficié d'une période exceptionnelle avec l'ouverture de la Porte Sainte à Bangui. Tout cela a apporté une certaine cohésion, une certaine réconciliation nationale.
Il y a le pape, mais il y a votre propre action. Avec le recul, aujourd'hui, quel est, à votre avis, la principale qualité d'une médiatrice ?
Catherine Samba-Panza : Beaucoup d'écoute, beaucoup de disponibilité. Avoir une vision et avoir la volonté de la paix et de la réconciliation nationale. Sans écoute, on ne peut pas savoir ce que l'autre attend de vous. Sans dialogue, on ne peut pas non plus échanger sur les questions essentielles qui divisent. Il est important de dialoguer, d'avoir un consensus sur la plupart des grandes décisions à prendre. C'est ce que j'ai fait pendant la transition, encouragée d'ailleurs par la Charte constitutionnelle de transition qui a prévu toutes ces étapes dans ses textes.
Il y a eu en effet ce moment exceptionnel dans l'histoire de la Centrafrique, cette élection de 2016 gagnée par Faustin-Archange Touadéra. Et puis, quatre ans plus tard, votre pays a replongé dans la guerre civile avec la rébellion de François Bozizé et l'arrivée des troupes russes. Est-ce un cycle infernal ?
Catherine Samba-Panza : Ce n'est pas un cycle infernal, mais je pense qu'après la transition et surtout les grandes orientations qui ont été apportées par le Pacte de paix et de réconciliation, il fallait consolider les acquis de la transition. C'était important. Le Pacte de réconciliation, qui a été adopté lors du Forum national de Bangui, avait tracé les grandes lignes de la conduite du pays pour les dix prochaines années. Les recommandations du Forum national de Bangui devaient constituer la base de toutes les décisions durant les dix prochaines années. C'était le cadre idéal de référence en termes de réconciliation nationale, en termes de développement économique pour la paix et la cohésion nationale. Malheureusement, nous n'avons pas su consolider les acquis du Forum national de Bangui et, évidemment, nous sommes retombés dans le cycle que vous appelez infernal.
Aujourd'hui, beaucoup pensent que, sans l'intervention de troupes étrangères, il ne peut pas y avoir de paix en République centrafricaine. Que leur répondez-vous ?
Catherine Samba-Panza : Les Centrafricains, fondamentalement, veulent la paix et ont confiance dans leur capacité de ramener la paix, de s'unir et de travailler pour le développement de leur pays. Il suffit de leur faire confiance. Mais il suffit également de créer la confiance à tous les niveaux : au niveau des partenaires, au niveau des investisseurs, mais surtout au niveau des Centrafricains eux-mêmes. Si on crée la confiance et que l'on ramène les Centrafricains autour d'une table pour un dialogue inclusif qui prenne en compte toutes leurs préoccupations et les propositions de sortie de crise, nous pouvons y arriver.
Donc refaire la conférence de Khartoum. Que faut-il faire pour ramener la paix ?
Catherine Samba-Panza : Nous n'avons pas besoin de refaire la conférence de Khartoum. Vous savez, il y a eu le dialogue politique inclusif qui s'est tenu il y a quelques années. Vous savez quelles sont les décisions qui en sont issues ? Les participants ont tout renvoyé aux recommandations du Forum national de Bangui. On dit que ce n'était pas la peine de perdre du temps à élaborer d'autres recommandations, alors que nous avons une foultitude de recommandations dans les tiroirs du pays. Je pense qu'on peut envisager cela autrement. Un dialogue permanent, une concertation permanente permettent déjà d'être en contact avec toutes les parties, tous les antagonistes de la crise, et d'essayer de trouver une solution commune à notre situation difficile.
De ce point de vue, le pouvoir actuel ne fait pas assez pour le dialogue ?
Catherine Samba-Panza : Nous constatons qu'il y a beaucoup de demandes pour un dialogue réel, inclusif. Il y a beaucoup de demandes à ce niveau. Maintenant, il appartient aux autorités légalement mises en place de voir dans quelle direction s'orienter pour un retour réel à la paix et à la relance économique du pays.
Vous avez dit, dans votre discours ce vendredi à Paris, que vous pensiez que la France avait un rôle à jouer dans les conflits militaires en Afrique. Quel rôle la France peut-elle jouer ?
Catherine Samba-Panza : Quand je parle de la France, il n'y a pas que la France, il y a toute l'Union européenne derrière. Vous savez, sans la communauté internationale, sans la France, sans l'Union européenne, notre sortie de crise en 2016 en République centrafricaine ne serait pas allé loin. On a besoin de la communauté internationale. On a besoin des partenaires comme la France pour nous appuyer dans notre démarche stratégique de sortie de crise en termes financiers, en termes d'appui logistique, en termes également de soutien économique. Cela est très important. Nous sommes dans un monde interconnecté et nous avons besoin des uns et des autres pour pouvoir avancer.
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En RDC, le changement ou non de Constitution est au cœur d'une vive polémique entre le pouvoir et l'opposition, car une nouvelle loi fondamentale permettrait au président Félix Tshisekedi de briguer en 2028 un troisième mandat. Aujourd'hui, sur RFI, le Premier vice-président de l'Assemblée nationale, Isaac Jean-Claude Tshilumbayi Musawu, déclare que le peuple congolais va être bientôt consulté sur ce point. Pour ce faire, une nouvelle loi va passer en septembre afin de pouvoir organiser un référendum constitutionnel. De passage à Paris, le numéro deux de l'Assemblée congolaise répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Les rebelles du M23 ne pourront pas participer en tant que composante politique au futur dialogue national, a déclaré le président Félix Tshisekedi. Mais à quoi va servir ce dialogue s'il ne peut pas ramener la paix au Congo ?
Isaac Jean-Claude Tshilumbayi Musawu : Les rebelles du M23 ne sont pas une composante politique. C'est une composante militaire associée à un État étranger qui agresse le Congo. Il y a pour cela un cadre international issu des résolutions du Conseil de sécurité qui a été établi et qui a conduit à l'accord de Washington, mais aussi aux discussions qui se déroulent à Doha. Donc, on ne peut pas aller autour d'une table républicaine, Kalachnikov en main, pour l'utiliser comme moyen de chantage, parce que le dialogue, on le veut républicain.
Est-ce que le premier but d'un dialogue politique, c'est tout de même pas de ramener la paix dans votre pays ?
Oui, mais le débat est de savoir s'il est rationnel de tenir un dialogue républicain, un dialogue politique avec une Kalachnikov en main. C'est la question qui se pose. Il est exclu que l'on vienne s'asseoir armes en main à la table républicaine pour tenter de convertir une brutalité, une sauvagerie en une légitimité politique.
Une autre composante politique est exclue du dialogue national annoncé par le président Félix Tshisekedi, c'est le FCC de l'ancien président Joseph Kabila, lui-même condamné à mort il y a un an pour trahison. Mais le FCC, par la voix de Marie-Ange Mushobekwa, réplique qu'il ne fait pas partie de la rébellion du M23 et qu'il n'a jamais pris les armes.
Il faut faire la part des choses. Une chose est vraie, c'est que, parmi ces individus, il y a une grande partie qui s'affiche très clairement avec le Rwanda et la rébellion, en l'occurrence le chef du FCC lui-même, Joseph Kabila. Il est clair que, parce qu'il est dans cette posture, il ne pourra pas participer au dialogue républicain. Mais s'ils sont de ces personnes qui savent être capables de se désolidariser de cette pratique, de ce recours récurrent aux armes pour revendiquer ce qu'ils estiment être de droit, alors bien évidemment, ils peuvent être invités.
Concernant la condamnation à mort par contumace de Joseph Kabila l'an dernier, une mesure de clémence peut-elle être envisagée au titre des gestes de décrispation que pourrait prendre le président ?
Nous sommes en pleine découverte des fosses communes à Uvira et dans tous les territoires que le M23 avec Joseph Kabila ont fréquentés. Ce n'est pas dans ces conditions et comme cela que les choses vont être réglées. Ce n'est pas en se comportant ainsi que la paix va revenir au Congo.
Donc, pas de mesure de clémence envisagée pour Joseph Kabila ?
J'imagine que c'est l'une des insultes que nous ne devons plus continuer d'administrer à la mémoire de nos morts.
Et les leaders du FCC qui sont en prison depuis l'an dernier : Aubin Minaku, Emmanuel Ramazani Shadary, Dunia Kilanga et plusieurs autres. Ne serait-il pas temps de faire un geste à leur égard ?
Je crois qu'un geste a été posé parce que j'ai appris qu'ils ont été placés devant le parquet qui les poursuit pour des faits que j'ignore, bien évidemment. C'est la meilleure des choses qu'un prévenu puisse avoir, celle de se présenter devant un juge qui va l'entendre. C'est de cette façon qu'il faut trouver une solution au problème.
Au lendemain de l'adresse à la nation du président Félix Tshisekedi, l'opposition de la coalition C64 a dit qu'elle n'irait pas au dialogue national dans les conditions proposées par le pouvoir. Un compromis est-il possible ?
Faut-il que je vous explique que le dialogue n'est pas une institution au Congo ? Il n'y a pas dans notre constitution une institution qui s'appelle dialogue. Si un dialogue est convoqué, il faut le situer dans les compétences du président de la République, agissant comme chef de l'État, parce qu'il est le garant du bon fonctionnement des institutions, mais aussi l'arbitre. C'est de cette façon qu'il appartient à lui seul, l'arbitre, de définir les conditions de déroulement d'un dialogue, et non à l'opposition, à ceux qui ont perdu les élections, de venir fixer leurs conditions.
L'une des causes de la grande méfiance de l'opposition à l'égard de ce dialogue national, c'est la volonté de nombreux cadres de la majorité de changer la Constitution pour permettre à Félix Tshisekedi de briguer en 2028 un troisième mandat. Où en êtes-vous de ce projet ?
Cette volonté qui peut être exprimée est un droit pour tout Congolais d'imaginer que son texte fondamental peut être changé. Changer la Constitution ou la modifier, c'est une fonctionnalité souveraine de tout peuple qui se gouverne. Il s'agira de voir si, au moment venu, cette décision sera prise. Il appartiendra au seul peuple congolais de décider s'il change sa constitution ou pas, comme cela s'est fait ici en France et ailleurs. Nous pensons que ce n'est pas pour cela que l'opposition tente de boycotter le dialogue. Vous savez pourquoi l'opposition tente de boycotter le dialogue ? Parce que le porte-parole de l'opposition, Jean-Marc Kabund, vous l'avez écouté – pas seulement lui, tous les leaders de l'opposition –, ont fait savoir que le dialogue avait pour finalité de partager le pouvoir et de leur permettre d'entrer dans les institutions. Le fait que le président Félix Tshisekedi ait fermé cette porte en disant que le dialogue n'avait pas pour rôle de remettre en question des institutions républicaines et démocratiquement élues les a refroidis. Comment pouvez-vous imaginer que des personnes qui sont allées aux élections, j'en connais qui ont concouru avec moi dans ma circonscription, qui n'ont pas atteint 1 000 voix, viennent prétendre qu'elles doivent accéder aux fonctions du gouvernement, tout simplement parce qu'elles ont parlé sur une chaîne de télévision, et cela au détriment de notre peuple ? Cette porte fermée a verrouillé le principal objectif que l'opposition suivait en réclamant le dialogue, l'entrée dans des institutions. À partir du moment où on leur dit qu'il n'est pas question de partager le pouvoir au dialogue, il n'y a plus d'intérêt pour l'opposition.
Vous confirmez qu'il va y avoir changement de constitution par référendum ?
Si notre peuple le décide ainsi parce qu'il en a le pouvoir, on va changer la Constitution.
Ce qui permettra notamment à Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat ?
Mais si telle est la volonté de ce peuple qui est le seul souverain, comme la Constitution le prévoit, si c'est le peuple qui décide ainsi, vous et moi, qui sommes-nous pour l'en entraver ?
Pour organiser ce référendum, il faut que le Parlement adopte la proposition de loi Ngondankoy. À quand l'adoption de cette proposition ?
La loi a déjà été adoptée. Elle a été transmise au chef de l'État pour promulgation. Le chef de l'État, en vertu des pouvoirs et compétences qu'il tient de la Constitution, a souhaité avoir la compréhension ou l'avis de la Cour sur la conformité de la loi à la Constitution par rapport aux débats que cette loi avait soulevés. La Cour a déclaré que la loi est conforme à la Constitution, moyennant quelques réserves qui sont des observations d'interprétation et de compréhension, et la loi est retournée au Parlement pour uniformiser cela, afin que le Parlement puisse conformer la compréhension de certaines dispositions à l'interprétation que la Cour en a donnée. Voilà. À quel niveau se trouve la procédure ? Cela est intervenu pendant que le Parlement était en vacances. Il reprend le 15 septembre et donc les procédures vont continuer.
L'adoption de la deuxième lecture, c'est donc pour le 15 septembre ?
C'est pour la session de septembre. La session est de trois mois. Elle est essentiellement budgétaire. Et parce qu'il y a une loi qui a été retournée pour cette seconde lecture, elle est foncièrement une priorité. Nous allons nous y atteler.
Ce sera dans la deuxième quinzaine de septembre ?
Cela dépendra du calendrier du Parlement et des priorités qui vont être accordées à tout ce que nous avons comme charge pendant cette session.
Le secrétaire général de l'UDPS, votre camarade Augustin Kabuya, vient de déclarer que « pour que Félix Tshisekedi quitte le pouvoir, il faut que Paul Kagame le quitte d'abord ».
Vous savez qu'il y a au Congo un président démocratiquement élu, c'est différent du Rwanda. Un président dont le mandat a été interrompu par cette barbarie diligentée par un État étranger, le Rwanda. Lorsque le secrétaire général dit cela, il n'interprète pas autrement la constitution de la République. Il veut tout simplement signifier que l'on n'éjecte pas le capitaine lorsque le bateau est attaqué.
Si un compromis n'est pas trouvé sur ce dialogue national et si le pouvoir continue de vouloir changer la Constitution, l'opposition annonce une manifestation à Kinshasa le 15 septembre. Au vu de la répression brutale de la manifestation du 12 juin – il y a eu plusieurs blessés, l'ONU parle même d'un mort –, ne craignez-vous pas de nouvelles violences ?
D'abord, tout cela est faux. Je ne sais pas de quelle ONU vous parlez. Qui parle de morts ? Il y a des personnes qui se sont organisées parce qu'elles ne représentent plus rien dans un pays où, de plus en plus, le peuple croit en son chef qui réalise des choses extraordinaires : écoles, routes, universités, électricité, eau, et ce dont le peuple a besoin. Dans ce contexte, une opposition dont la voix ne porte plus n'avait besoin que de monter de tels scénarios pour tenter de s'attirer l'intérêt ou l'attention de l'étranger. Il n'y a jamais eu de répression brutale d'une manifestation en RDC sous le président Félix Tshisekedi, et nous avons rassuré l'opposition : la liberté de manifester dans un État démocratique comme le Congo est absolument garantie. Donc l'opposition va se mobiliser pour marcher. Il arrivera notre tour à nous de mobiliser pour soutenir les politiques publiques menées par le président de la République. C'est cela la démocratie. L'opposition n'est pas interdite de manifester.
En 2016, quand le président Joseph Kabila a décidé de rester au pouvoir au-delà du terme de son deuxième mandat, l'opposition – dont vous-même, Monsieur Tshilumbayi Musawu, l'Église catholique aussi… – est descendue massivement dans la rue, Il y a eu plusieurs dizaines de morts et finalement le pouvoir de l'époque a reculé. Ne craignez-vous pas que le même scénario se reproduise ?
Il faut faire la différence. Nous sommes en 2016, fin de mandat. Il y a un président qui n'a pas organisé les élections, qui ne justifie cela par rien. Il n'y a pas de guerre au pays, il n'y a rien qui empêche qu'il organise les élections. Il décide de ne pas les organiser, de rester au pouvoir. C'est différent d'un président élu démocratiquement en plein mandat électif démocratique. Ceux qui ont perdu les élections choisissent soit de prendre les armes pour l'empêcher de gouverner, soit de faire du bruit pour s'inviter dans la gouvernance par ce qu'ils appellent le partage du pouvoir. C'est différent. Deuxième chose, lorsque le président Joseph Kabila dit qu'il change la Constitution, il fait des subterfuges autour de la loi électorale pour procéder à un changement subtil. La Constitution ne fait nullement allusion au peuple souverain qui en a le pouvoir. Je vous ai rappelé, le président de la République l'a dit à maintes reprises, qu'une telle hypothèse ne peut être envisagée que si le seul peuple congolais est consulté par référendum. Il n'y a pas de comparaison – ou tout simplement la comparaison s'arrête là – lorsqu'il faut parler des manœuvres du président Kabila et de ce qui se fait aujourd'hui.
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Au Soudan, et précisément à Khartoum, dans les années 2000, elle a entrepris un projet photographique, avec une recherche consacrée aux vestiges de la culture cinématographique et aux traces d'une scène du cinéma autrefois florissante. Frédérique Cifuentes, photographe, réalisatrice et commissaire d’expositions, revisite ses archives et en ressort des œuvres imprimées sur textile exposées à l'Institut Goethe à Paris, à l'occasion de la deuxième rencontre du cinéma soudanais.
RFI : Vous exposez des photos que vous avez prises à Khartoum au Festival du film soudanais à Paris. Pour l'occasion, vous avez choisi de présenter des clichés imprimés cette fois-ci sur des tissus. Comment l'idée vous est-elle venue ?
Frédérique Cifuentes : La série photo originale que j'ai commencée en 2004, 2005, 2006, à Khartoum, je l'ai déjà présentée. Je voulais présenter les tirages de l'époque d'une autre manière. Depuis à peu près deux ans, je commence à travailler la photo à travers le textile et pas seulement la photo, mais les archives photographiques.
Dans ces tirages, vous faites référence à deux films présentés dans le cadre de ce festival, à savoir The Dislocation of Amber de Hussein Shariffe (1975) et Tajouj de Gadalla Gubara (1977). Il y a des paroles sur les photos, de la poésie ?
Il y a beaucoup de symbolique sur les panneaux réalisés en référence à ces deux films. Par exemple, pour Tajouj, j'ai pris une partie d'un dialogue en arabe. Tous les appliqués qui reproduisent les dialogues des films ou la poésie qui est récitée dans The Dislocation of Amber, je les ai donc écrits en arabe. Pour Tajouj, j'ai repris un dialogue qui dit : « Nous voyons la beauté du monde à travers ces yeux. » Et ça fait référence aux yeux de Tajouj, qui est l'héroïne du film et qui est une actrice magnifique qui, effectivement, nous fait voir le monde à travers un prisme de la beauté et montre la richesse du pays. En ce qui concerne Dislocation of Amber, c'est un film conceptuel dans lequel il n'y a pas de dialogues, mais un poème du poète soufi du 13e siècle Ibn Al Farid est récité tout au long du film.
Qu'est-ce qui a déclenché l'idée d'aller filmer ces cinémas en plein air à Khartoum ?
Je suis allée pour la première fois au Soudan en 2002 pour un festival soufi, complètement par hasard. J'ai été subjuguée par la beauté du pays, les gens. Venant de France, de Paris, je n'avais jamais vu une luminosité aussi incroyable et une telle richesse culturelle magnifique. J'ai été happée par (la culture soufie) et j'y suis retournée. J'ai continué à faire des recherches sur les soufis pendant plusieurs années. Et puis je me suis aussi intéressée à l'architecture coloniale de Khartoum. Khartoum a été traversée par plusieurs vagues de colonisation. Il y a eu les Turcs, les Anglais à l'époque coloniale britannique ; il y a eu une série de constructions de cinémas en plein air. J'ai rencontré ensuite le cinéaste Gadalla Gubara, un pionnier du cinéma en Afrique et au Soudan. Cela a été aussi un grand projet à long terme que j'ai réalisé. Et puis j'avais envie de le réinterpréter, de le redécouvrir d'une autre façon. Et pourquoi pas le textile? Parce que finalement, avec le textile, on peut explorer d'autres possibilités qui peuvent aider à exprimer d'autres choses et apporter d'autres éléments de la richesse culturelle du Soudan, comme la poésie.
Vous parlez de la fragilité des textiles et aussi de ces lieux dont on ne sait pas aujourd'hui ce qu'ils deviennent.
Effectivement, la fragilité, on peut la percevoir à travers ces formes de tissu. C'est comme un puzzle qui est démantelé. Et cela peut effectivement faire référence au patrimoine architectural du Soudan, qui est certainement maintenant anéanti à cause de la guerre. Mais ce n'est pas parce que physiquement, on ne voit plus les bâtiments que l'âme des bâtiments n'existe plus. C'est aussi cela que je voulais mettre en valeur à travers ce travail. C'est montrer que cela a existé et cela continue à exister dans la mémoire des gens, que cela continue à exister surtout dans le ressenti et les émotions.
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C'est la lune de miel entre la République démocratique du Congo et Israël. Après la visite cette semaine de Félix Tshisekedi dans l'État hébreu, la RDC annonce qu'elle va déplacer son ambassade en Israël de Tel Aviv à Jérusalem, tandis que l'ouverture d'une ambassade israélienne à Kinshasa est à l'étude. Que cherche le président Tshisekedi en se rapprochant d'Israël ? Jason Stearns, directeur de recherches à l'institut Ebuteli et professeur à l'université Simon Fraser à Vancouver, au Canada, répond aux questions de RFI.
RFI : Israël n'est pas toujours bien vu en Afrique. On le voit notamment à l'Union africaine. Pourquoi la RDC fait-elle exception ?
Jason Stearns : Tout d'abord, je pense qu'il faut nuancer un peu ce qui se passait. En lisant de très près le communiqué de presse, ils sont en consultation pour ouvrir des ambassades. Donc, je pense, il n'y a aucun calendrier qui est annoncé. Cela est exprimé d'une façon assez prudente. Par ailleurs, ce n'est pas totalement nouveau. Il y a trois ans, un accord a été annoncé entre entre Félix Tshisekedi et Benyamin Netanyahu, presque identique. Or, jusque-là, rien n'a été fait dans ce sens. Donc, je pense qu'il faut nuancer un peu ce qui s'est passé aujourd'hui. Mais vous avez raison, c'est rare, surtout de déménager son ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem. Je pense qu'il y a seulement dix autres pays qui l'ont fait dans le monde et c'est surtout rare pour l'Afrique. Tshisekedi est parmi les seuls dirigeants africains aussi proches d'Israël.
Je pense qu'il y a plusieurs raisons à cela. Premièrement, ça renforce l'alliance de la RDC avec son allié primaire qui est Washington et Donald Trump, et ça l'aide à se présenter de cette façon auprès des Républicains. Deuxièmement, je pense que, surtout aujourd'hui, la RDC est sous pression militaire de la part du Rwanda, du M23. Et on connaît les capacités d'Israël en cette matière. Donc, je pense que c'est aussi une façon pour Félix Tshisekedi de nouer de nouvelles relations avec une puissance militaire.
Félix Tshisekedi n'a pas caché que dans ces discussions avec Benyamin Netanyahu, ils avaient parlé sécurité et questions militaires. Est-ce qu'Israël a déjà fourni une assistance militaire à la RDC et, si oui, est-ce qu'elle va l'augmenter ?
Je ne sais pas. Il y a eu plusieurs discussions entre une délégation congolaise et ses interlocuteurs israéliens cette semaine. Je suis sûr que parmi ces discussions figurait justement cette question de soutien militaire. Il y a un soutien en termes de renseignement, en termes de drones. C'est surtout ça que, je pense, que les Congolais cherchent. Par le passé, ce n'était pas très transparent ce qu'il se passait en RDC à ce niveau. Il y a eu beaucoup de rapports, mais pas souvent confirmés, d'un soutien - surtout à l'époque de Joseph Kabila, à la garde présidentielle de Kabila - à une sécurité rapprochée pour Kabila et Tshisekedi. Et donc, il est sûr qu’il y avait un soutien militaire pas très clair par le passé. Mais il est clair qu'ils cherchent davantage d'implication.
Félix Tshisekedi est très soucieux de sa sécurité personnelle. Est-ce qu'Israël peut lui offrir une protection ?
Je pense que c'est parmi leurs spécialités. Surtout sur le renseignement en termes de protection personnelle, avec des professionnels qui ne sont pas vus d'un mauvais œil par les Congolais. Il faut dire que Tshisekedi a un problème au sein de sa propre population. Il est difficile d'avoir toujours confiance. Il a mis sous arrêt des dizaines de généraux, des centaines d'officiers supérieurs pour des soupçons de trahison, de corruption. Et donc, c'est dans ce contexte que ça peut valoir la peine de chercher un soutien extérieur comme Israël.
Et est-ce qu'Israël peut fournir aussi des garanties en termes de cybersécurité ?
Oui, je pense que c'est parmi leurs spécialités. Et Tshisekedi a vraiment déplacé le centre de pouvoir sécuritaire vers son agence de cybersécurité à Kinshasa, qui est devenue notoirement connue pour arrêter, pour rechercher, pour faire des investigations. Et c'est surtout cette agence-là, je pense, qui pourrait être renforcée par une aide israélienne en la matière.
Est-ce qu'il y a des agents de sécurité israéliens aujourd'hui à la présidence congolaise à Kinshasa ?
À l'époque de Kabila, ils étaient là. Actuellement, je ne pourrais pas le confirmer, mais ça ne m'étonnerait pas.
Est-ce que cette proximité entre Kinshasa et Jérusalem fait grincer quelques dents dans la classe politique congolaise ?
Je pense que, pour l'instant, Tshisekedi a deux grands combats qu'il est en train de mener. Il a le combat militaire contre le M23 et ses alliés rwandais à l'est, et un combat politique à Kinshasa par rapport à son propre avenir. Il y a les élections de 2028. Il a promis un dialogue national. Il y a une grande pression de la part de sa propre coalition pour changer la Constitution, pour qu'il puisse briguer un troisième mandat. Et donc, je pense que, dans ce contexte-là, ça vaut la peine d'avoir des alliés. Surtout l'allié américain qui est son soutien primaire dans ces deux combats-là, je pense. Et c'est dans ce contexte-là, je pense, qu'il faut également voir Israël.
Le grand paradoxe, c'est que le Rwanda est également très proche d'Israël. Comment peut-on expliquer que les autorités israéliennes soient à la fois amies avec le Rwanda et la RDC, alors que ces deux pays sont quasiment en guerre ?
Je pense que pour Israël, il n'y a pas de contradiction. Israël cherche à étendre son influence en Afrique en général. On le voit très clairement dans la Corne de l'Afrique. Pour eux, il n'y a pas de contradiction. Ils ont des relations étroites avec le Rwanda d'ailleurs depuis très longtemps. Avec la RDC aussi, depuis très longtemps. Donc pour eux, il s'agit seulement de pouvoir trouver des alliés là où ils peuvent. Surtout dans ce contexte mondial où il n'y a pas beaucoup de pays très favorables à Israël. Pour la RDC, je pense que c'est justement cette alliance entre le Rwanda et Israël qui pousse aussi Tshisekedi à chercher un soutien à Tel-Aviv. C'est d'ailleurs parmi les questions que je me pose : est-ce que durant les entretiens avec Netanyahu et son équipe cette semaine, Tshisekedi a justement demandé qu'il y ait peut-être une diminution des relations et du soutien entre Israël et Kigali ? Je ne sais pas... Mais je pense que cela figure certainement parmi les questions que les dirigeants congolais se posent.
On peut imaginer donc que Félix Tshisekedi promette de bouger l'ambassade à Jérusalem ou d'accueillir une ambassade d'Israël à Kinshasa, à condition qu'Israël prenne ses distances par rapport au Rwanda ?
Je pense que si les Congolais ont été malins dans les discussions, ça a dû figurer, je pense, parmi les leviers. Il faut dire que le Rwanda, surtout du point de vue sécuritaire, devient un peu isolé. Il est sous sanctions américaines. Toute leur armée est sous sanctions américaines. Il y a des milliers de soldats déployés à l'est de la RDC. Il faut ravitailler ces soldats. Il faut acheter du matériel militaire pour ces soldats. Il est difficile actuellement de le faire parce que toute transaction en dollars est interdite. C'est très difficile pour le Rwanda de trouver une banque internationale qui pourrait faciliter une quelconque transaction pour leur armée. Donc, je pense que, pour Kinshasa, ça vaut la peine d'essayer d'isoler davantage Kigali.
Et c'était sans doute le premier objectif du voyage de Félix Tshisekedi en Israël ?
C'était parmi les objectifs, je pense. Le premier objectif, pour moi, c'était de renforcer une alliance avec Washington à travers Israël.
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En Guinée Conakry, beaucoup sont choqués par la découverte le 24 août, près de Forécariah, d'une fosse commune avec six corps qu'on a retrouvés les mains ligotées et les yeux bandés. S'agit-il d'exécutions extrajudiciaires ? Saura-t-on un jour la vérité ? L'ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo, contraint à l'exil, préside toujours l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), malgré sa dissolution officielle, en mars dernier, par le régime du président Doumbouya. De passage à Paris, le principal opposant guinéen répond aux questions de RFI.
RFI : Vive émotion en Guinée et à l'étranger après la découverte le 24 août près de Forécariah d'une fosse commune où se trouvaient six corps, les mains ligotées et les yeux bandés. Mais cette semaine, la commission défense et sécurité, qui dépend directement de la présidence guinéenne, a promis que toute la lumière serait faite. Est-ce que cela vous rassure ?
Cellou Dalein Diallo : Cela ne me rassure pas dans la mesure où il y a eu beaucoup de cas déplorables qui appelaient des enquêtes sérieuses pour identifier les auteurs et commanditaires des crimes. Il y a eu les disparitions forcées. Le procureur a été saisi. La justice a promis de faire la lumière sur ces cas. Jusqu'à présent, on n'a aucune information. Donc aujourd'hui, les disparitions forcées, il y a au moins une douzaine de jeunes, de citoyens portés disparus et jusqu'à présent, on n'a pas de résultats. N'oubliez pas que cette fosse commune a été découverte non loin du camp de Kalia, le camp occupé par les forces spéciales.
Donc, qu'est-ce que vous espérez ?
Nous avons appelé à conduire des enquêtes, mais déjà les premiers signes sont source d'inquiétude dans la mesure où on a enterré à nouveau les corps sans faire d'autopsie, sans avoir cherché à identifier les corps. Donc il y a vraiment aucun signe d'espoir par rapport à ça.
Cellou Dalein Diallo, on entend depuis le mois dernier sur les réseaux sociaux une conversation téléphonique que vous auriez eue avec le magistrat guinéen Algassimou Diallo. Est-ce que vous confirmez avoir échangé avec lui au téléphone ?
Je confirme que je n'ai pas échangé avec Algassimou, avec lequel je n'ai aucune relation personnelle. Je pense que le souci est d'inventer un complot. Vous savez, la Guinée est habituée au complot permanent. Et de trouver le moyen peut-être de m'inculper puisqu'ils ont tout essayé avec le dossier Air Guinée qui était un dossier bidon. Ils n'ont pas pu. Maintenant peut-être qu'on va me coller un complot pour pouvoir peut-être obtenir une décision de justice, je ne sais pas. Mais moi je ne connais pas Algassimou. Je connais Algassimou à travers les médias mais je ne le connais pas physiquement et je n'ai pas échangé avec lui.
Cellou Dalein Diallo, vous êtes aujourd'hui à la tête d'un parti, l'UFDG, qui a été officiellement dissous. Et aux législatives du 31 mai dernier, aucun député de votre camp n'a pu être élu. Est-ce que dans le paysage politique guinéen, vous n'êtes pas désormais hors jeu ?
Mais attendez, ne dites pas élu. On n'avait même pas le droit de présenter de liste puisque le parti était dissous avant. Donc le parti ne pouvait pas présenter de candidat. Et moi-même je suis exclu, je suis radié du fichier électoral. Donc est-ce que le parti, malgré la dissolution, existe ? Bien sûr, il existe. C'est une adhésion à des idées, à des principes, à des convictions. Et n'oubliez pas que la moitié des fédérations sont à l'extérieur. En Guinée, compte tenu du climat de terreur, c'est difficile de critiquer. Nous ne sommes pas d'accord avec la confiscation du pouvoir. Nous ne sommes pas d'accord avec la restriction drastique des libertés publiques. Nous ne sommes pas d'accord avec la violation récurrente et massive des droits de l'homme. Donc le parti existe, c'est une revendication, c'est une aspiration du peuple que nous incarnons. Et à l'étranger, étant donné que la moitié des structures du parti se trouvaient à l'étranger, 60 à 70 % de la diaspora guinéenne milite au sein de l'UFDG. Ça donne une force et ça permet au parti de continuer d'exister et de se battre, en commençant par, bien entendu, dénoncer cette folie liberticide.
Alors vous contestez fortement le régime du président Doumbouya, mais depuis que celui-ci est au pouvoir, l'argent arrive en Guinée. Et d'après la CNUCED, c'est-à-dire l'ONU, votre pays est en 2025 celui d'Afrique subsaharienne qui a attiré le plus d'investissements directs étrangers, quelque 8 milliards de dollars grâce notamment au projet des mines de fer de Simandou.
Oui, c'est une réalité. Le problème, c'est que ce n'est pas le résultat d'une politique judicieuse. C'est la conjoncture internationale favorisée par une demande forte de nos mines. Ce n'est pas le fait d'une politique particulière d'attraction des investisseurs étrangers. Est-ce que ceci, pour l'instant, contribue à l'amélioration des conditions de vie des Guinéens ? Non. Puisqu'entre temps, la Banque mondiale note que la pauvreté s'est aggravée dans le pays.
Entre la Russie et l'Occident, le régime du président Doumbouya refuse de choisir. Il y a deux mois, par exemple, il s'est opposé au débarquement à Conakry d'un lot important de matériels militaires russes à destination du Mali. Est-ce que ce n'est pas de sa part une façon habile de s'attirer les bonnes grâces de la France qui du coup hésite à condamner ses dérives ?
Je pense qu'il réussit à ménager les uns et les autres. La France ? Oui, c'est peut-être une des raisons pour lesquelles elle ferme parfois les yeux, ou fait des communiqués plutôt timides par rapport à la condamnation des disparitions forcées. Donc je pense que les dirigeants guinéens essayent de ménager toutes les grandes puissances.
Donc vous reconnaissez une certaine habileté diplomatique de la part du régime du président Doumbouya ?
Oui, je crois que le régime exploite cet intérêt de toutes les grandes puissances par rapport aux mines. Je pense que la junte a braqué un pays riche en minerai notamment. On parle beaucoup du fer de Simandou, mais notre bauxite aussi est la bauxite qui a la plus grande teneur actuellement en aluminium. Donc il joue, je pense, pour que les gens ferment les yeux et essaient de ménager tout le monde.
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Au Sénégal, après deux ans d’âpres négociations, le Fonds monétaire international et Dakar ont trouvé un accord sur un prêt de 2,2 milliards de dollars pour appuyer le pays, qui se débat avec une dette vertigineuse de plus de 130% du PIB. Alors que la huitième mission du FMI depuis l’élection de Bassirou Diomaye Faye et la révélation en septembre 2024 des dettes cachées par l’administration précédente s’est achevée mardi 1ᵉʳ septembre, Majdi Debbich, le représentant du FMI au Sénégal, décrypte ce nouvel accord de coopération.
RFI : Le Fonds monétaire international s'est mis d'accord avec le Sénégal pour l'obtention d'un nouveau prêt d'un montant de 2,2 milliards de dollars. Ce prêt, c'est une bonne nouvelle pour le Sénégal. Et pourquoi ?
Majdi Debbich : Effectivement, c'est une excellente nouvelle. Cela fait deux ans que nous travaillons avec les autorités sénégalaises, d'abord sur la question du fameux « misreporting » de la dette cachée. En octobre 2025, les autorités sénégalaises ont demandé au FMI un nouveau programme. Aujourd'hui, c'est une étape importante, une première étape dans tout le process qui, in fine, doit conduire à la validation par notre conseil d'administration de ce nouveau programme.
Vous parlez de première étape. Ça veut dire que le Sénégal va devoir attendre encore plusieurs mois avant que les premiers décaissements tombent sur ses comptes ?
Généralement, vous avez donc dans nos process un certain nombre de mois qui s'écoulent entre un accord au niveau des services et la présentation au conseil d'administration du nouveau programme. Puisque les autorités doivent réaliser un certain nombre de mesures avant que l'on puisse présenter ce dossier au conseil d'administration. Généralement, pour vous donner une estimation, sur des programmes typiques, on est sur 2 à 3 mois.
Donc, dans le cas du Sénégal, on peut imaginer des premiers décaissements à partir du mois de décembre.
Ça reste dans le domaine du possible.
Le Sénégal a bénéficié pour la dernière fois d'un financement du FMI fin 2023, il y a près de trois ans. Ces 20 derniers mois, les discussions étaient difficiles, voire quasi inexistantes. Concrètement, qu'est-ce qui a changé pour qu'un accord puisse être trouvé ?
Les discussions ont été très intenses et nous avons un dialogue très étroit avec les autorités depuis la révélation de la dette cachée. Vous avez eu plusieurs étapes réalisées par les autorités sénégalaises pour traiter cette question de la dette cachée. Nous les avons accompagnées. Avec les autorités, on a convenu d'un package de réformes qui doit être mis en place pour que ce type de situation ne se répète pas. Les discussions sur le nouveau programme ont commencé il y a moins d'un an, donc c'est plus l'aboutissement d'un processus que vraiment un déblocage à court terme.
On a quand même le sentiment que les choses se sont accélérées. Qu'est-ce qui s'est passé ? Le départ d'Ousmane Sonko de la Primature a-t-il aidé ?
Je ne commenterai pas les développements politiques du Sénégal. En revanche, ce que je peux vous dire, c'est qu'on arrive à la fin d'un process. Des développements récents, notamment en matière de réformes menées par les autorités, y ont certainement contribué. Pour vous donner un exemple, la consolidation de toutes les fonctions liées à la gestion de la dette au sein d'un même ministère et d'une même direction générale a grandement contribué à ce qu'on ait plus de visibilité sur l'endettement du pays.
Il y a eu des gages donnés par le Sénégal et lesquels ?
Je ne parlerai pas de gages, mais disons qu'on s'est mis d'accord avec les autorités. D'abord sur un cadrage macroéconomique, sur un diagnostic de la situation, sur leurs besoins de financement à moyen terme, sur les politiques économiques et les grandes réformes qu'ils doivent mener dans le cadre du traitement de la question du « misreporting » ou des dettes cachées. On a d'autres mesures correctives importantes qui ont été mises en place et qui continueront à se mettre en place, notamment dans le cadre du programme.
La dette cachée du Sénégal, c'est la plus importante de l'histoire du FMI. Est-ce que ce n'est pas un drôle de signal que le Fonds monétaire international envoie en accordant un nouveau prêt au Sénégal, alors que le pays a dissimulé ou échoué à déclarer une importante partie de sa dette, au moins 11 milliards de dollars ?
Non, je pense que c'est le contraire. Nous travaillons très étroitement avec les autorités depuis deux ans. On salue la décision qui a été la leur, qui a été une décision difficile en septembre 2024, de révéler cette dette cachée. Et au cours des deux années passées, pour rappel, on a eu trois vagues d'audit : l'Inspection générale des finances, la Cour des comptes et ensuite un inventaire réalisé par le cabinet d'audit Mazars. Donc, je pense que les autorités ont montré qu'elles souhaitent tourner la page de cet épisode et être davantage transparentes. Ensuite, c'est un pays qui connaît une situation économique et financière difficile.
La dette du Sénégal n'est plus soutenable ?
Alors, il est évident, et je pense que c'est un diagnostic partagé avec les autorités, que le fardeau de la dette sénégalaise est considérable. On parle d'un niveau qui avoisine les 130 % du PIB, avec des dépenses d'intérêts qui représentent un quart des recettes fiscales. Ce sont autant de dépenses qui ne sont pas consacrées à des dépenses sociales ou à des investissements qui sont générateurs de croissance et d'emplois. Les autorités ont annoncé qu'elles souhaitent traiter cette dette avec leurs créanciers. Nous en prenons acte, notamment dans le cadre du programme que nous allons accompagner.
Les autorités ont annoncé leur intention de solliciter un traitement de la dette afin de rétablir sa viabilité. Ça veut dire quoi concrètement ? Défaut de paiement et restructuration ?
Ça veut dire que les autorités, effectivement, reconnaissent que le niveau d'endettement qui est celui aujourd'hui du Sénégal est un fardeau qui pèse sur le budget et qu'il est nécessaire de traiter cette dette afin de pouvoir dégager des marges de manœuvre pour des dépenses prioritaires plus importantes.
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« Un dialogue national oui, mais avec tout le monde et à l'extérieur de la RDC ». Voilà en substance la position du Front commun pour le Congo (FCC) de l'ancien président Joseph Kabila, qui vit en exil depuis qu'il a été condamné à mort pour trahison à Kinshasa il y a un an. Jeudi dernier, dans une adresse à la nation, le président Tshisekedi a proposé un dialogue national ouvert à l'opposition, mais à l'exclusion des rebelles du M23 et de « ceux qui agissent au service du Rwanda ». De passage à Paris, Marie-Ange Mushobekwa, porte-parole du FCC, est l'invitée de RFI.
RFI : Dans son adresse à la Nation du 27 août, Félix Tshisekedi a dit que seraient exclus de ce dialogue national ceux qui agissent au service d'une puissance étrangère, en l'occurrence le Rwanda. Et visiblement, il pensait très fort à Joseph Kabila, non ?
Marie-Ange Mushobekwa : Non, il ne l'a pas cité. Il a parlé de l'AFC/M23. Il vous souviendra que le président Joseph Kabila avait dit clairement qu'il n'a jamais fait partie du M23 et que, s'il en faisait partie, la situation serait différente sur le terrain, étant donné qu'il a dirigé la République démocratique du Congo pendant 18 ans, militaire de son état. Il l'a dit et répété plusieurs fois : il ne fait pas partie du M23 et il n'a pas pris les armes contre la République. Et dernièrement, à travers un communiqué, son cabinet a réitéré sa position. Donc, je pense que vous faites une mauvaise analyse. Le président Tshisekedi, en tout cas dans son discours, n'a pas cité le nom du président Joseph Kabila. Il a parlé de l'AFC/M23 dont le président Kabila ne fait pas partie et je continue à l'affirmer jusqu'aujourd'hui.
L'une des raisons de l'échec des rebelles du M23 à poursuivre leur offensive vers Kinshasa, c'est le soutien des États-Unis à Félix Tshisekedi. On l'a vu en janvier dernier lors du retrait de l'armée rwandaise et des rebelles du M23 de la ville d'Uvira au Sud-Kivu. Est-ce que vous n'avez pas intérêt, au niveau du FCC, à en tirer les conséquences stratégiques que le M23 n'arrivera jamais à renverser le régime de Félix Tshisekedi tant que Donald Trump sera à la Maison-Blanche ?
Mais quel rapport entre le FCC et l'AFC/M23 ? Il n'y a pas de rapport. Quelles conséquences devons-nous en tirer ? Il n'y a aucun lien entre le FCC et l'AFC/M23. Et il n'y a aucune conséquence que nous devrions retirer de cette situation. Nous, nous menons un combat politique, démocratique et républicain. Nous résidons à Kinshasa, même si certains de nos camarades, Aubin Minaku, Emmanuel Shadary, Dunia Kilanga et autres sont détenus illégalement.
Vous-même, vous résidez à Kinshasa.
Moi-même, je réside à Kinshasa et je souligne que, le 21 décembre 2025, mes enfants ont été séquestrés, torturés dans la parcelle d'un directeur de l'ANR parce que c’étaient les enfants de Marie-Ange Mushobekwa, ils avaient 18 et 17 ans. Le pouvoir a organisé un procès inique où on a condamné les policiers qui ont reçu l'ordre du directeur de l'ANR de torturer mes enfants. Mais lui, il a été acquitté. Mais j'ai décidé de rester à Kinshasa, aux côtés de plusieurs camarades du FCC qui ont décidé de poursuivre la lutte à Kinshasa. Le FCC est une plateforme politique, républicaine et démocratique. Nous n'avons aucun lien avec l'AFC et le M23.
Pour l'instant, la coalition C64, dans laquelle se trouvent notamment Moïse Katumbi et Martin Fayulu, ne veut pas aller au dialogue national que Felix Tshisekedi a proposé jeudi dernier. Mais si jamais des accommodements sont trouvés, si jamais cette opposition accepte de s'asseoir avec le pouvoir, est-ce que vous, le FCC, vous ne risquez pas de vous retrouver très isolé ?
Je doute fort que la coalition C64 irait participer à ce dialogue parce qu'elle s'est exprimée clairement, qu'elle n'ira pas. Nous, FCC, nous n'irons pas. Même si les autres décidaient d'y aller sans nous, nous resterons campés sur nos exigences. Nous exigeons que le président Felix Tshisekedi prenne des mesures de décrispation politique, comme il l'a promis. Nous exigeons une médiation neutre et indépendante avec l'appui de l'Union africaine ou de l'ONU. Nous exigeons un dialogue inclusif qui accepte que toutes les parties au conflit puissent s'exprimer. Ce dialogue doit se tenir dans un pays tiers. Il ne peut pas se tenir en République démocratique du Congo pour des raisons de sécurité. Toutes les personnalités politiques qui sont en exil ne pourront participer au dialogue que si celui-ci se tient dans un pays étranger. Et pour nous, le FCC, le mandat du président Felix Tshisekedi prend fin le 31 décembre 2028. Il devra organiser les élections et passer la main à son successeur qui sera choisi par le peuple congolais. S'il tente par la force de changer la Constitution, de s'octroyer un troisième mandat, le FCC a déjà dit clairement qu'il participera, aux côtés des groupes laïcs catholiques, à toutes les manifestations pacifiques, mains nues qui vont empêcher l'Union sacrée et le régime en place de changer la Constitution.
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Au Niger, le régime du général Tiani a été rudement secoué samedi 29 août par la rébellion de plusieurs unités militaires qui ont tenu l'aéroport de Niamey et ont tenté de s'emparer du palais présidentiel. Finalement, le coup a échoué et le régime issu du putsch de juillet 2023 reste en place. Mais la junte du général Tiani n'est-elle pas fragilisée et ne devient-elle pas redevable aux paramilitaires russes d'Africa Corps ? Éléments de réponse avec Yvan Guichaoua, chercheur senior au Bonn International Center for Conflicts Studies, centre international de Bonn pour les études de conflits.
Vous penchez plutôt pour le mouvement d'humeur ou pour la tentative de coup d'État ?
Compte tenu du déroulement des événements et du fait qu’ont été ciblés le palais présidentiel, la télévision nationale et l'aéroport, on pense quand même plutôt à une tentative de coup d'État qu'à une mutinerie qui aurait escaladé.
Alors pourquoi les insurgés ont-ils échoué à s'emparer du palais présidentiel et de la radiotélévision nationale comme ils le souhaitaient ?
Visiblement, il y avait un rapport de force militaire qui leur était défavorable. Le palais présidentiel est bien défendu. La garde présidentielle, qui est l'unité la plus loyale au général Tiani, est bien dotée. Donc s'en prendre à elle était visiblement un trop gros poisson pour les putschistes, et ils se sont cassé les dents sur la résistance de la garde présidentielle.
Dans le cas de la télévision, c'était un petit peu plus ambigu. Il n'était pas évident que ce soit la garde présidentielle qui la défendait. On a parlé plutôt de la Garde républicaine. Et là, il y a eu un petit flou pour savoir, en cours de journée, de quel côté penchait la garde républicaine. Parce qu'on a vécu toute une journée de rumeurs sur le basculement ou non de certains corps d'armée en faveur des putschistes. Et il est évident que dans ces circonstances-là, il y a beaucoup d'hésitants. En 2023, au moment de la chute de Bazoum, c'était déjà un petit peu ce qui s'était passé. L'affaire ne s’était pas jouée en quelques minutes, ça avait pris deux ou trois jours, et on voyait des corps d'armée se rallier du côté des putschistes, sans doute par pragmatisme et opportunisme, en se disant « On mise sur le cheval qui a le plus de chances de gagner ».
Samedi soir, les fidèles du général Tiani ont réussi à reprendre la base militaire 101 sur l'aéroport international de Niamey. Est-ce que l'aide des Russes d'Africa Corps a pu être déterminante ?
Il semble bien que ça ait été le cas. D'ailleurs, il y a eu des déclarations officielles de l'ambassadeur russe au Niger disant qu'il avait été sollicité, que l'aide d'Africa Corps a été sollicitée et que cette aide a été fournie. Quelle forme a pris cette aide ? On ne le sait pas de sources officielles en provenance du régime. On le sait de la part d'observateurs, de sources sécuritaires mais pas forcément déclarées et qui cherchent à préserver leur anonymat. Mais il y a visiblement eu un usage assez intense de drones kamikazes qui auraient décidé les officiers et les soldats rebelles à se rendre parce que ça causait beaucoup trop de dommages dans leurs rangs. Donc il ne me semble pas totalement exagéré de dire que les Russes ont sauvé la mise, ou en tout cas permis de circonscrire cette rébellion, cette tentative de putsch.
C'est la première fois depuis son arrivée au pouvoir, il y a trois ans, que le général Tiani est confronté à une insurrection dans sa propre armée. Est-ce un signe de fragilité ou pas ?
À court terme, il obtient une victoire. On ne peut pas le nier. Il a réussi à préserver son régime et à neutraliser les soldats rebelles.
À plus long terme, même à moyen terme, on voit bien que ça va quand même compliquer un petit peu son affaire pour différentes raisons.
D'une part, l'implication des Russes et leur rôle décisif dans la reprise de la base rendent le régime dépendant des Russes. Tiani a désormais une dette vis-à-vis des Russes. Et, par la suite, on voit bien que c'est la garde présidentielle, c'est-à-dire les soldats loyaux à Tiani qui ont été à la manœuvre, qui ont opéré de manière finalement assez autonome, assez indépendante, main dans la main avec les Russes, sans qu'on sache trop ce que le reste de l'état-major de l'armée pensait.
On n'a pas encore de grande clarté sur la décision de lancer l'assaut contre la base 101, mais toute la journée de samedi, il y a eu des rumeurs selon lesquelles tous les hauts gradés n'étaient pas forcément d'accord avec l'idée d'éliminer ces jeunes soldats qui avaient manifesté leur mécontentement.
Donc, une conséquence probable de la situation, c'est qu'il va y avoir quand même du colmatage à faire dans les rangs pour retrouver un petit peu de cohésion. Alors, d'un côté, on pourrait dire qu'il y a un signal qui est envoyé contre quiconque chercherait à contester le régime et que ça va être certainement un petit peu dissuasif.
De l'autre, on a une sorte de clivage un peu plus net qui s'établit entre la garde présidentielle, les Russes d'un côté, le reste de l'armée de l'autre, et le général Tiani manifeste quand même beaucoup de paranoïa vis-à-vis des interférences étrangères, des risques de déstabilisation. On peut imaginer que cette paranoïa va être encore accentuée et qu'il y aura ce qu'on appelle de plus en plus de coup-proofing, c'est-à-dire de dispositions prises pour la protection du régime. Et comme on est dans un monde à ressources finies, tout ce qui sera mis au service de la protection du régime ne sera pas mis au service de la protection du territoire et de la lutte contre les mouvements jihadistes et contre les rebelles qui se multiplient dans l'est du pays. Donc ça fait beaucoup de défis pour le Niger dans les semaines et mois à venir.
Il fête ses 70 ans ce dimanche. Depuis près d’un demi-siècle, Ismaël Lô fait voyager sa musique bien au-delà du Sénégal, avec des chansons comme « Tajabone » ou « Jammu Africa ». Il revient avec nous sur son parcours, ses chansons et cette envie de continuer à créer. Il répondait aux questions de Clothilde Hazard.
RFI : Ismaël Lô, vous fêtez vos 70 ans ce dimanche, quand vous regardez votre carrière, aujourd'hui, une carrière de près de 50 ans. Quel sentiment avez-vous ?
Ismaël Lô : Un sentiment de satisfaction et de rendre grâce aussi à Allah qui m'a donné cette possibilité d'exister, de continuer à aimer ce que je fais, c'est à dire évoluer dans le domaine de la musique.
Est ce qu'il y a un souvenir qui vous revient en premier quand vous regardez votre parcours ?
Ce qui me vient en premier, c’est mon premier passage à la télévision, le premier jour, j’avais un trac fou. J'étais au studio de la RTS avec Maguette Wade, un animateur de la télévision sénégalaise et l'émission s'appelait Télé Variétés, c'était mon premier passage à la télévision. J'étais juste passé en tant qu'artiste et j’avais très peur à l'époque de passer à la télévision. C'est la musique qui est venue à moi. Parce que, au départ, moi je me fixais comme objectif d’avoir une carrière similaire à mon père qui était un douanier. Je pensais que je serai médecin ou quelque chose dans ce genre. Et finalement, je me suis donné à la musique.
Et au début de votre carrière internationale, quand vous êtes allé à la rencontre du public en dehors du Sénégal, qu’avez-vous avez ressenti vous en souvenez-vous ?
Là, je me plonge vraiment, vraiment très loin à ma première sortie en France, en Europe. J’avais la volonté de rencontrer des gens, de voir le voisin de palier, dire bonjour.
Mais ce n’était pas la même culture. Et ça m'a bouleversé, parce que les gens couraient de gauche à droite. C’était limite, ton voisin tu lui dis bonjour, il ne te répond même pas. En France, on court beaucoup. Et donc j'ai commencé à apprendre à vivre différemment, me dire que si je ne connais pas quelqu’un, je ne lui dis pas bonjour. J'ai tout de suite eu envie de retourner chez moi, parce que là-bas, il y a l'hospitalité, les gens sont ouverts, il y a de l'ambiance. J’ai composé une chanson qui signifiait « j'ai envie de retourner chez moi », Xalat.
Et sur la naissance de ce tube mondial Tajabone. Avez-vous une anecdote ?
Tajabone, c'est le début de l'année musulmane. Je me rappelle quand nous étions petits, dans le quartier, c'était la fête. Après le couscous, le dîner le soir, on se déguisait. En général, si je me rappelle bien, les hommes se déguisaient en femme, les femmes en homme. Ce sont des choses qui m'ont marqué et donc qui m'ont poussé à écrire une chanson sur ce jour mémorable. Mais aujourd'hui, ce titre me fascine et me dépasse. Parce que la chanson Tajabone est mondialement connue.
Y-a-t-il d'autres morceaux dont vous êtes fier avec le recul ?
Je suis fier de toutes mes chansons. C’est comme si vous me demandiez si je suis plus fier de tel ou tel enfant. Mes compositions sont comme mes enfants. Et donc c'est vrai qu’il y a des enfants qui ont plus de chance que d'autres, mais ça reste quand même mes enfants. Tajabone est sortie du lot, Dibi Dibi Rek est sortie du lot, Diamond Africa est sortie du lot.
Comment l'expliquez-vous qu’elles soient sorties du lot ?
Mais c'est ça, c’est divin. Je ne peux pas l'expliquer. C'est difficile à expliquer parce que quand tu écris, tu écris pour toi d'abord et pour le public après, c'est un partage.
Vous avez aussi souvent utilisé vos chansons pour parler de paix, de tolérance, de justice et de l'Afrique. Pensez-vous que vous avez réussi à faire passer un message ou à faire bouger des choses.
Mais bien sûr, c'est ça mon idéal, c'est ça qui me pousse à écrire. Aujourd'hui, si tu écris, il faut écrire quelque chose avec du sens, qui peut amener les gens à être tolérants, à vivre d'amour et de partage, pas de haine, et que les armes se taisent pour que les enfants puissent grandir dans le bonheur et dans la joie. La chanson contribue à l'apaisement des cœurs, à sensibiliser. Ça vient naturellement. À partir de ce moment-là, tu peaufines, tu réarranges, tu dis non, c'est mieux de dire ça. Ma passion pour la musique est spontanée.
Et à 70 ans. Quels sont vos projets aujourd'hui ?
Je ne sais pas. En tout cas, vous insistez sur mes 70 ans. Quand on me dit que j’ai 70 ans, je dis ah bon, j'ai 70 ans. Dans ma tête, j'ai 35 ans ou 25 ans. Je continue à écrire de nouvelles chansons. J'ai toujours cet amour, cette envie de continuer à écrire de nouvelles chansons, écrire et de sortir un nouvel album, Inch'Allah.
Dans combien de temps on pourra écouter votre album ?
Inch'Allah bientôt. Moi je dis toujours bientôt.
En RDC, la proposition de loi sur l’organisation du référendum reste au cœur de la bataille politique autour de l’avenir de la Constitution. Adopté par le Parlement, le texte a été déclaré conforme par la Cour constitutionnelle, mais avec des réserves portant sur treize articles. Félix Tshisekedi a depuis demandé une nouvelle délibération. L’opposition y voit toujours une voie vers un changement de Constitution et redoute une remise en cause de la limitation des mandats présidentiels. Son auteur, le député de la majorité, Paul-Gaspard Ngondankoy, défend au contraire un texte destiné, dit-il, « à encadrer l’exercice de la souveraineté populaire ». Il est interrogé par Patient Ligodi.
Pourquoi la RDC avait-elle besoin aujourd'hui d'une loi sur l'organisation du référendum ? Quel problème vouliez-vous régler avec ce texte ?
Tout simplement parce que ça fait 20 ans maintenant, depuis la promulgation de la Constitution en 2006, que le pays ne s'est pas encore doté de cette loi, alors que l'alinéa 3 de l'article 5 prévoit que le Parlement adopte une loi fixant les conditions d'organisation du référendum. Et, comme je suis devenu député national seulement en 2023, c’était pour moi le moment qui était le plus indiqué pour régler cette question qui m'intéresse depuis des années : qu'on puisse avoir une loi qui organise ce mécanisme démocratique.
Vous avez cité l'article 5, alinéa 3 de la Constitution de votre pays, et votre texte ne se limite pourtant pas à organiser les consultations sur le transfert de la capitale, les questions territoriales ou la révision de la Constitution, comme prévu dans la loi fondamentale. Vous avez aussi prévu un mécanisme permettant d'aller jusqu'à l'adoption d'une nouvelle Constitution. Pourquoi avoir introduit cette possibilité ?
D'abord, c'est une fausse interprétation de la Constitution de considérer que les matières du référendum sont limitativement énumérées dans la Constitution. La Constitution cite à titre indicatif les matières sur lesquelles il faut absolument consulter le peuple. Mais il n'existe aucune disposition dans la Constitution qui dit qu'il s'agit d'une énumération limitative. D'ailleurs, l'article 5 de la Constitution affirme le pouvoir souverain du peuple. Cet article permet que le peuple puisse exercer son pouvoir sur toutes les matières, parce que le pouvoir lui appartient.
Il y a quand même lieu de vous rappeler que cet article, à son alinéa premier, dit que tout pouvoir émane du peuple, en commençant donc par les pouvoirs constituants, c'est-à-dire le pouvoir d'établir une constitution pour le pays. Et c'est lui qui a le pouvoir d'établir mais aussi le pouvoir de modifier, de réviser, sans aucune limite. Et on sait qu'en droit constitutionnel, le pouvoir constituant est initial, autonome, insubordonné, inconditionné. Et donc, il n'y a aucune limite à la souveraineté du peuple en cette matière-là.
Mais s'il n'y a aucune limite, pourquoi le constituant a prévu des matières bien précises, comme justement les consultations sur le transfert de la capitale, les questions territoriales ou la révision de la Constitution ?
Ça, c'est à l'occasion de l'examen de ces questions-là dans les articles définis dans la Constitution. Ce n'est pas une liste. À l'article 2 de la Constitution, en parlant de la capitale, le constituant a dit que, oui, la capitale, c'est Kinshasa. Mais si vous voulez la transférer à un autre lieu de la République, il faut le consulter. De même, à l'article 214, lorsque le constituant réglemente la question des traités et accords internationaux, il a dit que, lorsqu'il s'agit des traités qui portent cession, qui portent adjonction, qui portent échange et territoire, il faut absolument que le peuple soit consulté. De même, à l'article 218 concernant la révision de la Constitution, c'est-à-dire la modification des matières qui sont autorisées au pouvoir constituant dérivé, le constituant a dit que, lorsqu'il s'agit de réviser ces articles-là, il faut le consulter. Il s'agit là des dispositions qui sont tout à fait éparses dans la Constitution. Vous ne trouverez aucune disposition de la Constitution qui vous dit que ces matières-là sont limitativement énumérées.
Certains opposants vous disent de garder une loi sur l'organisation du référendum comme les textes que vous avez proposés, mais de retirer tout ce qui permettrait de changer la Constitution et notamment de remettre en cause la limitation du nombre et la durée du mandat présidentiel.
Quand ils demandent cela, il faut qu'ils aillent au bout de leur logique. Ça veut dire qu'ils doivent accepter à ce moment-là, qu'on dise que le peuple n'est plus souverain.
La Constitution de 2006 a été soumise à référendum. Donc, la souveraineté du peuple a été déjà manifestée par le vote de ces textes de la Constitution.
Oui, pour le vote de la Constitution. Mais la loi ici, c'est de la compétence du Parlement. Et ce que nous faisons justement, ce n'est pas organiser un référendum constituant. Et c'est là où se trouve le problème. Nous, nous adoptons un cadre général qui prévoit les règles pour pouvoir consulter le peuple. Et le jour où il s'agira de consulter le peuple en matière de changement de Constitution, c'est ce même peuple souverain qui s'est prononcé en 2005, qui se prononcera également à ce moment-là. Donc, on ne peut pas être démocrate et refuser de prévoir une loi qui accorde la parole au peuple. C'est paradoxal.
Je ne pose pas la question au professeur de droit. Je demande votre position politique comme député de la majorité : souhaitez-vous que Félix Tshisekedi puisse être candidat à la présidence après 2028 ?
En tout cas, le président de la République lui-même s'est déjà prononcé. Il a dit qu'il n'est pas demandeur d'un troisième mandat. Mais si le peuple lui demande, il ne dira pas non. Si le peuple lui demande, nous poserons la question au chef de l'État, s'il accepte.
Mais vous, Paul-Gaspar, êtes-vous favorable ou opposé à cette possibilité ?
Moi, je suis député de la majorité. Le jour où le chef de l'État se prononcera clairement sur le sujet à la demande de la population, je me rallierai.
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