Le grand invité Afrique

Le grand invité Afrique

By RFI

Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'e

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  1. Number 1: «La SADC est devenue quasi impuissante», selon Al Kitenge, expert en stratégie économique et en innovation

    La SADC peut-elle encore peser sur les crises qui secouent l'Afrique australe ? Cette organisation régionale, qui réunit seize pays du sud du continent, tient son sommet des chefs d'État ce lundi 17 août à Durban, en Afrique du Sud. Alors que le conflit dans l'est de la République démocratique du Congo a profondément mis à l'épreuve sa capacité à agir militairement et diplomatiquement, quel rôle peut-elle encore jouer face aux crises de la région ? Al Kitenge, expert en stratégie économique et en innovation, répond aux questions de Clothilde Hazard. RFI : Ce lundi se réunissent les chefs d'État de la SADC, l'Organisation régionale d'Afrique australe. Ces dernières années, la région a été secouée par de nombreuses crises importantes. La plus importante dans l'est de la RDC. Mais la SADC semble peiner à apporter des réponses efficaces à ces crises. Est-ce qu'elle est devenue impuissante ? Al Kitenge : Effectivement, la SADC est devenue quasi impuissante parce qu'elle n'a pas été en mesure de régler le problème géopolitique. Et cela a un impact complet sur tout le reste. Et les questions économiques et les questions de politique générale. Pour ce qui est de la crise à l'est de la RDC, comment vous expliquez l'échec de la SADC ? L'échec de la SADC est de n'avoir pas été en mesure de régler de manière frontale les questions qui opposaient ses propres membres. Donc, il est inacceptable que des questions d'instabilité se soient fait remarquer dans la région et que la SADC n'ait pas été en mesure de prendre des dispositions correctes. L’Angola a essayé, mais c'était des échecs successifs. Et le cas de la RDC est un cas non isolé. Quels sont les autres cas ? Le cas du Burundi avec le Rwanda, les grandes difficultés que l'on a aujourd'hui en Afrique du Sud avec les questions d'immigration. Comment vous expliquez que la SADC, justement sur le plan géopolitique, n'arrive pas à trouver des solutions ? La SADC n'est pas organisée pour régler ces situations. À la première épreuve, on s'est rendu compte qu’elle est extrêmement faible. Et ça, on le remarque également quand vous regardez les échanges commerciaux. Il n'y a aucune préférence d'échanges commerciaux entre les pays de la SADC et aujourd'hui, c'est la plus grosse faiblesse. On a les faiblesses géopolitiques, on a des faiblesses économiques. Ces pays n'ont pas les mêmes intérêts financiers. Lorsque vous regardez les pays anglophones, ils sont tournés vers le Royaume-Uni et les pays francophones sont tournés vers la France et la Belgique. Et cette dissension, justement, fait que dans les échanges commerciaux, les intérêts ne sont pas les mêmes. Regardez la question énergétique qui aurait pu être une question qui pouvait être réglée de manière claire. La SADC n'a pas de politique intégrée qui puisse être en mesure de résoudre les choses. Comment faire pour que les intérêts soient convergents justement ? Faire un petit peu ce qu’a échoué l'Union africaine, s'assurer que, du point de vue de l'intégration économique, les pays soient plus proches. En ayant une intégration économique, on peut avoir l'intégration politique et géopolitique. Il faudrait avoir une mutualisation d'un certain nombre d'éléments, en l'occurrence les infrastructures, les transports et l'énergie. Mais il y a quelque chose de très simple qu'il faudrait être en mesure de regarder. Aujourd'hui, nous avons le grand choc lié au détroit d'Ormuz. Et on se rend bien compte que, comme des gens sans intelligence collective, nous avons tous perdu. Et ce qu'il faut regarder aujourd'hui, c'est que, nous devrions avoir la possibilité de développer des solutions locales - quand je dis locales, ça veut dire régionales. Et cette question de Covid qui nous a pratiquement bousculé, la guerre entre l'Ukraine et la Russie, même chose, mais nous sommes en troisième choc frontal exogène qui aurait bien pu nous questionner. Mais si les gens ne se questionnent pas, ce sera très difficile qu'ils aient des résultats conjoints. Concrètement, est-ce qu'on parle de corridors ? Est-ce qu'on parle de politiques communes ? Quelles sont les marges de manœuvre de la SADC ? Les seules marges de manœuvre sont financières et économiques. Je donne un exemple très simple : l'Union africaine a échoué, en tout cas dans les dix dernières années, à mettre en place le centre d'échange financier. Rien qu'à cause de ça, nous sommes toujours sur le swift, qui est un élément qui ne permet pas des échanges locaux. C'est ce genre de choses qui auraient pu être des soudures entre les pays. Et tant que nous n'en sommes pas encore là, tant que nous n'avons pas les mêmes intérêts économiques et financiers, il est très difficile que le déséquilibre politique ou géopolitique d'un pays intéresse les autres. Est-ce que vous pensez que la SADC aujourd'hui s'attelle justement à régler ce problème d'intérêts différents ? Les citoyens de ces pays sont en train de regarder. Ce qui se passe en Afrique du Sud est une honte générale. Et si on n'arrive pas à résoudre toutes ces questions en même temps, la SADC aura perdu son crédit. Oui, le sommet a lieu à Durban, en Afrique du Sud. Les tensions anti-migrants dans le pays touchent directement plusieurs pays de la SADC, puisque beaucoup des migrants concernés viennent des pays voisins. Est-ce que c'est justement un dossier sur lequel l'organisation pourrait davantage intervenir et sur lequel elle pourrait discuter à l'occasion de ce sommet ? Déjà, pour qu'ils aient la capacité de se regarder droit dans les yeux, il faudrait qu'ils règlent et qu'ils parlent de manière frontale de la question et qu'elle soit traitée. Parce que le vivre ensemble des populations engendre les échanges commerciaux et les échanges des biens des personnes. Vous vous rendez bien compte, par exemple, pour le Congo : une grande part de Sud-Africains travaille dans le secteur minier. Imaginez que du jour au lendemain, on commence à chasser ces personnes. Ce sera la catastrophe la plus générale. Est-ce qu'aujourd'hui on a quand même des exemples de corridors de ces infrastructures partagées ? Si on prend des exemples concrets ? Le corridor de Lobito est en train d'en devenir un. Il part de Johannesburg, il passe par la Zambie, il va jusqu'en Angola. C'est une première opportunité. Et la deuxième opportunité, c'est le développement des nouvelles infrastructures. En RDC, par exemple, tout ce qui est Moanda et la RN1. Le corridor de Lobito sert des intérêts connus qui sont les intérêts des États-Unis, qui ont investi à la fois dans les infrastructures en Zambie, en Angola, même en termes de production d'énergie, mais également en termes de rail. Et cela voudrait justement aider la Zambie et la RDC à augmenter leur capacité de production en métaux stratégiques pour être en mesure d'alimenter le marché international. Ça touche la Zambie, ça touche la RDC et ça touche l'Angola, qui sont trois pays de la SADC. Et la capacité à résoudre des problèmes conjoints peut permettre justement que nous soyons en mesure de pouvoir consolider à la fois les relations pour que les uns et les autres soient interconnectés. La seule chose qui peut mettre les pays ensemble, ce sont leurs intérêts.

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  2. Number 2: Mali: «avec l'intelligence artificielle, la désinformation russe passe à l'échelle industrielle», explique Bakary Sambe

    Au Mali, l'intelligence artificielle (IA) est de plus en plus sollicitée par les belligérants, dans la guerre de propagande, mais aussi dans la guerre des drones. C'est ce que révèle un rapport du Timbuktu Institute publié ce mercredi 9 septembre. Pourquoi l'intelligence artificielle risque-t-elle de faciliter le recrutement de jeunes Sahéliens dans les rangs jihadistes ? Bakary Sambe est directeur du Timbuktu Institute et enseignant-chercheur à l'université Gaston Berger de Saint-Louis du Sénégal. RFI : Vous dites qu'au Mali, les belligérants investissent le champ informationnel et s'approprient de nouveaux outils technologiques. Que leur apporte l'intelligence artificielle ? Bakary Sambe : Ce qu'on observe, c'est que l'intelligence artificielle générative est en train de devenir un nouveau front de la guerre de l'information au Mali. Chacun s'approprie l'outil à sa manière, selon ses moyens, son niveau de sophistication technique et ses objectifs. Avec l'intelligence artificielle sur ce front malien, on passe d'un usage assez artisanal, chez les groupes jihadistes par exemple, à une véritable machine professionnelle du côté des Russes. Du côté des jihadistes du Jnim, vous dites que l'usage de l'intelligence artificielle reste artisanal, mais que celle-ci nourrit quand même des campagnes de propagande ? Absolument. Si je devais résumer, je dirais que l'intelligence artificielle ne crée pas de nouvelles fractures au Mali. Elle amplifie celles qui existaient déjà. Par exemple, comme vous le dites, avec le Jnim, c'est l'usage le plus rudimentaire : des affiches de propagande générées par l'intelligence artificielle diffusées par sa branche médiatique sur Telegram et sur Signal. Donc un peu à l'image de ce qui se faisait déjà du côté de l'État islamique, il y a quelques années, à des fins de propagande et de recrutement. Dans leurs vidéos, les jihadistes du Jnim s'exprimaient jusqu'ici en arabe classique. Qu'est-ce que peut changer l'intelligence artificielle ? C'est vrai que le vrai danger, c'est la personnalisation à grande échelle des profils ciblés pour le recrutement djihadiste. Aujourd'hui, avec la traduction automatique par l'intelligence artificielle, un groupe comme le Jnim décline un message de recrutement en une quinzaine de langues du Sahel : le fulfulde, le bambara, le wolof, le tamasheq. Surtout, on peut adapter le discours selon le public visé. C'est-à-dire : un message sur la fierté pastorale pour les jeunes Peuls, un message sur la dignité sociale pour les jeunes urbains marginalisés... Et avec le doublage vocal, aujourd'hui, on peut même toucher des populations qui ne savent ni lire ni écrire, qui étaient jusqu'ici hors de portée de la propagande écrite. Du côté des indépendantistes du FLA, le Front de libération de l'Azawad, vous dites que l'intelligence artificielle permet de créer des personnages synthétiques. Quels personnages, par exemple ? Oui, le Front de libération de l'Azawad, lui, joue plutôt la carte de la décentralisation. On trouve des personnages entièrement synthétiques sur TikTok, par exemple, comme ce fameux compte « Azzghim ». Ces comptes sont relayés et amplifiés par tout un réseau de comptes, qui se renvoient la balle pour humaniser la cause de l'Azawad. Comment ces personnages synthétiques s'invitent-ils dans les faits de guerre de ces dernières années ? On pense, par exemple, à la bataille de Tinzaouatène en juillet 2024. Ces personnages sont utilisés selon les objectifs des belligérants. Par exemple, durant cette bataille de Tinzaouatène, il y avait des personnages manipulés, des personnages qui peuvent crier victoire, des personnages qui peuvent donner l'impression que la bataille était gagnée. Cela se fait du côté du FLA. Mais la propagande, elle, est encore d'une autre ampleur si l'on se penche sur le cas de l'Africa Corps russe. Du côté des Forces armées maliennes, les FAMa, et des paramilitaires russes de l'Africa Corps, qu'apporte l'intelligence artificielle de plus à des acteurs qui font déjà une propagande très sophistiquée sur Internet depuis plusieurs années ? Le cas de l'Africa Corps est sans doute le cas le mieux documenté de toute l'étude. L'Africa Corps s'appuie sur un relais médiatique African Initiative qui a été identifié comme le sous-traitant d'une opération baptisée « AI-Freak ». Un rapport conjoint a été publié par le renseignement britannique, mais aussi le service extérieur européen. Cette opération a notamment utilisé récemment des modèles OpenAI pour inventer de toutes pièces un faux commentateur universitaire censé diffuser un narratif pro-Kremlin sur le Mali. Le fil remonte jusqu'au réseau de l'ex-chef de Wagner, Evgueni Prigojine. Ce n'est pas un cas isolé du tout. On parle de 19 campagnes de désinformation russes qui ont été recensées depuis 2018 au Mali, au Burkina Faso et au Niger, produites, je cite, à une échelle industrielle. Avec l'IA, la désinformation russe change complètement d'échelle. On passe de l'artisanat à l'industrie, avec le déni plausible en prime. L'intelligence artificielle permet-elle aux paramilitaires russes de l'Africa Corps de transformer la défaite militaire de Kidal, le 25 avril dernier, en victoire informationnelle sur Internet ? Absolument. C'est ce qui s'est passé. Avec des deepfakes qui sont documentés, avec des campagnes coordonnées. Passant sous silence certaines choses comme la négociation entamée par les Russes de l'Africa Corps lors de l'offensive du FLA et du Jnim, lors des offensives comme à Tessalit, etc. C'est tout un autre narratif fondé sur la création de personnages, la diffusion de deepfakes, de la part de l'Africa Corps, qui montrent toujours l'Africa Corps dans une bonne posture, pour montrer bonne figure, pour ne pas perdre la face dans cette bataille. Vous dites que les paramilitaires russes convoquent l'intelligence artificielle pour affirmer que la France et l'Ukraine ont soutenu et équipé les assaillants du Jnim et du FLA pendant la bataille de Kidal du 25 avril ? Absolument. C'est tout le narratif sur l'implication de forces extérieures qui veulent nuire au Mali, en citant la France et l'Ukraine, pour montrer qu'il y a un complot extérieur contre le Mali, en relayant le discours officiel sur le terrain, mais aussi en rajoutant ce narratif qui permet de justifier la présence de l'Africa Corps comme un groupe paramilitaire qui est là pour protéger le Mali et protéger, en plus, les régimes de l'Alliance des États du Sahel. Vous dites que l'intelligence artificielle est utilisée dans la guerre informationnelle. Mais n'intervient-elle pas aussi dans la guerre tout court, dans la guerre qui tue, dans la guerre qui fait des morts et notamment dans la manipulation des drones kamikazes ? Absolument. On a vu récemment, rien que dans la récente crise au Niger, l'importance des drones kamikazes dans le dispositif sécuritaire dans ces pays. Aujourd'hui, la manipulation des drones prend toute une autre tournure avec les possibilités qu'offre l'intelligence artificielle sur le plan technologique, mais aussi sur le plan informationnel. Parce que la guerre ne se passe pas sur le champ de bataille, mais se passe par cette guerre des algorithmes. Vous dites qu'avec l'intelligence artificielle, il est plus facile, notamment pour les paramilitaires russes, de repérer des cibles dans le Nord-Mali et de faciliter les attaques des drones ? Absolument. L'intelligence artificielle permet aux paramilitaires de doubler leurs forces, de repérer des cibles, mais, hélas, a aussi causé beaucoup de bavures et beaucoup de dégâts. Notamment dans les massacres de certaines communautés, y compris parfois contre des non-combattants et contre les populations civiles. Pourquoi dites-vous que l'intelligence artificielle est un multiplicateur de forces ? C'est un multiplicateur de forces, notamment de forces communicationnelles. C'est-à-dire que, par exemple, le jihadisme de demain ne va plus recruter en masse. Il va recruter personne par personne et sur mesure, ce que n'offraient pas les canaux de communication officiels, avec le doublage des messages via les différentes langues du Sahel. C'est un multiplicateur de forces communicationnelles, mais aussi avec le ciblage, l'usage des drones, cela devient un multiplicateur de forces sur le plan militaire. À lire aussiMali: le Timbuktu Institute analyse l'intégration de l'intelligence artificielle dans la guerre informationnelle

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  3. Number 3: Guinée: l'UFDG «existe» et continuera à s'opposer à «la violation des droits de l'homme», prévient Cellou Dalein Diallo

    En Guinée Conakry, beaucoup sont choqués par la découverte le 24 août, près de Forécariah, d'une fosse commune avec six corps qu'on a retrouvés les mains ligotées et les yeux bandés. S'agit-il d'exécutions extrajudiciaires ? Saura-t-on un jour la vérité ? L'ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo, contraint à l'exil, préside toujours l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), malgré sa dissolution officielle, en mars dernier, par le régime du président Doumbouya. De passage à Paris, le principal opposant guinéen répond aux questions de RFI. RFI : Vive émotion en Guinée et à l'étranger après la découverte le 24 août près de Forécariah d'une fosse commune où se trouvaient six corps, les mains ligotées et les yeux bandés. Mais cette semaine, la commission défense et sécurité, qui dépend directement de la présidence guinéenne, a promis que toute la lumière serait faite. Est-ce que cela vous rassure ? Cellou Dalein Diallo : Cela ne me rassure pas dans la mesure où il y a eu beaucoup de cas déplorables qui appelaient des enquêtes sérieuses pour identifier les auteurs et commanditaires des crimes. Il y a eu les disparitions forcées. Le procureur a été saisi. La justice a promis de faire la lumière sur ces cas. Jusqu'à présent, on n'a aucune information. Donc aujourd'hui, les disparitions forcées, il y a au moins une douzaine de jeunes, de citoyens portés disparus et jusqu'à présent, on n'a pas de résultats. N'oubliez pas que cette fosse commune a été découverte non loin du camp de Kalia, le camp occupé par les forces spéciales. Donc, qu'est-ce que vous espérez ? Nous avons appelé à conduire des enquêtes, mais déjà les premiers signes sont source d'inquiétude dans la mesure où on a enterré à nouveau les corps sans faire d'autopsie, sans avoir cherché à identifier les corps. Donc il y a vraiment aucun signe d'espoir par rapport à ça. Cellou Dalein Diallo, on entend depuis le mois dernier sur les réseaux sociaux une conversation téléphonique que vous auriez eue avec le magistrat guinéen Algassimou Diallo. Est-ce que vous confirmez avoir échangé avec lui au téléphone ? Je confirme que je n'ai pas échangé avec Algassimou, avec lequel je n'ai aucune relation personnelle. Je pense que le souci est d'inventer un complot. Vous savez, la Guinée est habituée au complot permanent. Et de trouver le moyen peut-être de m'inculper puisqu'ils ont tout essayé avec le dossier Air Guinée qui était un dossier bidon. Ils n'ont pas pu. Maintenant peut-être qu'on va me coller un complot pour pouvoir peut-être obtenir une décision de justice, je ne sais pas. Mais moi je ne connais pas Algassimou. Je connais Algassimou à travers les médias mais je ne le connais pas physiquement et je n'ai pas échangé avec lui. Cellou Dalein Diallo, vous êtes aujourd'hui à la tête d'un parti, l'UFDG, qui a été officiellement dissous. Et aux législatives du 31 mai dernier, aucun député de votre camp n'a pu être élu. Est-ce que dans le paysage politique guinéen, vous n'êtes pas désormais hors jeu ? Mais attendez, ne dites pas élu. On n'avait même pas le droit de présenter de liste puisque le parti était dissous avant. Donc le parti ne pouvait pas présenter de candidat. Et moi-même je suis exclu, je suis radié du fichier électoral. Donc est-ce que le parti, malgré la dissolution, existe ? Bien sûr, il existe. C'est une adhésion à des idées, à des principes, à des convictions. Et n'oubliez pas que la moitié des fédérations sont à l'extérieur. En Guinée, compte tenu du climat de terreur, c'est difficile de critiquer. Nous ne sommes pas d'accord avec la confiscation du pouvoir. Nous ne sommes pas d'accord avec la restriction drastique des libertés publiques. Nous ne sommes pas d'accord avec la violation récurrente et massive des droits de l'homme. Donc le parti existe, c'est une revendication, c'est une aspiration du peuple que nous incarnons. Et à l'étranger, étant donné que la moitié des structures du parti se trouvaient à l'étranger, 60 à 70 % de la diaspora guinéenne milite au sein de l'UFDG. Ça donne une force et ça permet au parti de continuer d'exister et de se battre, en commençant par, bien entendu, dénoncer cette folie liberticide. Alors vous contestez fortement le régime du président Doumbouya, mais depuis que celui-ci est au pouvoir, l'argent arrive en Guinée. Et d'après la CNUCED, c'est-à-dire l'ONU, votre pays est en 2025 celui d'Afrique subsaharienne qui a attiré le plus d'investissements directs étrangers, quelque 8 milliards de dollars grâce notamment au projet des mines de fer de Simandou. Oui, c'est une réalité. Le problème, c'est que ce n'est pas le résultat d'une politique judicieuse. C'est la conjoncture internationale favorisée par une demande forte de nos mines. Ce n'est pas le fait d'une politique particulière d'attraction des investisseurs étrangers. Est-ce que ceci, pour l'instant, contribue à l'amélioration des conditions de vie des Guinéens ? Non. Puisqu'entre temps, la Banque mondiale note que la pauvreté s'est aggravée dans le pays. Entre la Russie et l'Occident, le régime du président Doumbouya refuse de choisir. Il y a deux mois, par exemple, il s'est opposé au débarquement à Conakry d'un lot important de matériels militaires russes à destination du Mali. Est-ce que ce n'est pas de sa part une façon habile de s'attirer les bonnes grâces de la France qui du coup hésite à condamner ses dérives ? Je pense qu'il réussit à ménager les uns et les autres. La France ? Oui, c'est peut-être une des raisons pour lesquelles elle ferme parfois les yeux, ou fait des communiqués plutôt timides par rapport à la condamnation des disparitions forcées. Donc je pense que les dirigeants guinéens essayent de ménager toutes les grandes puissances. Donc vous reconnaissez une certaine habileté diplomatique de la part du régime du président Doumbouya ? Oui, je crois que le régime exploite cet intérêt de toutes les grandes puissances par rapport aux mines. Je pense que la junte a braqué un pays riche en minerai notamment. On parle beaucoup du fer de Simandou, mais notre bauxite aussi est la bauxite qui a la plus grande teneur actuellement en aluminium. Donc il joue, je pense, pour que les gens ferment les yeux et essaient de ménager tout le monde. À lire aussiDissolution des partis en Guinée: l’opposant Cellou Dalein Diallo appelle l’opposition à «l’union sacrée»

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  4. Number 4: Sénégal: un accord avec le FMI basé sur «un cadrage macroéconomique, des politiques économiques et des réformes»

    Au Sénégal, après deux ans d’âpres négociations, le Fonds monétaire international et Dakar ont trouvé un accord sur un prêt de 2,2 milliards de dollars pour appuyer le pays, qui se débat avec une dette vertigineuse de plus de 130% du PIB. Alors que la huitième mission du FMI depuis l’élection de Bassirou Diomaye Faye et la révélation en septembre 2024 des dettes cachées par l’administration précédente s’est achevée mardi 1ᵉʳ septembre, Majdi Debbich, le représentant du FMI au Sénégal, décrypte ce nouvel accord de coopération. RFI : Le Fonds monétaire international s'est mis d'accord avec le Sénégal pour l'obtention d'un nouveau prêt d'un montant de 2,2 milliards de dollars. Ce prêt, c'est une bonne nouvelle pour le Sénégal. Et pourquoi ? Majdi Debbich : Effectivement, c'est une excellente nouvelle. Cela fait deux ans que nous travaillons avec les autorités sénégalaises, d'abord sur la question du fameux « misreporting » de la dette cachée. En octobre 2025, les autorités sénégalaises ont demandé au FMI un nouveau programme. Aujourd'hui, c'est une étape importante, une première étape dans tout le process qui, in fine, doit conduire à la validation par notre conseil d'administration de ce nouveau programme. Vous parlez de première étape. Ça veut dire que le Sénégal va devoir attendre encore plusieurs mois avant que les premiers décaissements tombent sur ses comptes ? Généralement, vous avez donc dans nos process un certain nombre de mois qui s'écoulent entre un accord au niveau des services et la présentation au conseil d'administration du nouveau programme. Puisque les autorités doivent réaliser un certain nombre de mesures avant que l'on puisse présenter ce dossier au conseil d'administration. Généralement, pour vous donner une estimation, sur des programmes typiques, on est sur 2 à 3 mois. Donc, dans le cas du Sénégal, on peut imaginer des premiers décaissements à partir du mois de décembre. Ça reste dans le domaine du possible. Le Sénégal a bénéficié pour la dernière fois d'un financement du FMI fin 2023, il y a près de trois ans. Ces 20 derniers mois, les discussions étaient difficiles, voire quasi inexistantes. Concrètement, qu'est-ce qui a changé pour qu'un accord puisse être trouvé ? Les discussions ont été très intenses et nous avons un dialogue très étroit avec les autorités depuis la révélation de la dette cachée. Vous avez eu plusieurs étapes réalisées par les autorités sénégalaises pour traiter cette question de la dette cachée. Nous les avons accompagnées. Avec les autorités, on a convenu d'un package de réformes qui doit être mis en place pour que ce type de situation ne se répète pas. Les discussions sur le nouveau programme ont commencé il y a moins d'un an, donc c'est plus l'aboutissement d'un processus que vraiment un déblocage à court terme. On a quand même le sentiment que les choses se sont accélérées. Qu'est-ce qui s'est passé ? Le départ d'Ousmane Sonko de la Primature a-t-il aidé ? Je ne commenterai pas les développements politiques du Sénégal. En revanche, ce que je peux vous dire, c'est qu'on arrive à la fin d'un process. Des développements récents, notamment en matière de réformes menées par les autorités, y ont certainement contribué. Pour vous donner un exemple, la consolidation de toutes les fonctions liées à la gestion de la dette au sein d'un même ministère et d'une même direction générale a grandement contribué à ce qu'on ait plus de visibilité sur l'endettement du pays. Il y a eu des gages donnés par le Sénégal et lesquels ? Je ne parlerai pas de gages, mais disons qu'on s'est mis d'accord avec les autorités. D'abord sur un cadrage macroéconomique, sur un diagnostic de la situation, sur leurs besoins de financement à moyen terme, sur les politiques économiques et les grandes réformes qu'ils doivent mener dans le cadre du traitement de la question du « misreporting » ou des dettes cachées. On a d'autres mesures correctives importantes qui ont été mises en place et qui continueront à se mettre en place, notamment dans le cadre du programme. La dette cachée du Sénégal, c'est la plus importante de l'histoire du FMI. Est-ce que ce n'est pas un drôle de signal que le Fonds monétaire international envoie en accordant un nouveau prêt au Sénégal, alors que le pays a dissimulé ou échoué à déclarer une importante partie de sa dette, au moins 11 milliards de dollars ? Non, je pense que c'est le contraire. Nous travaillons très étroitement avec les autorités depuis deux ans. On salue la décision qui a été la leur, qui a été une décision difficile en septembre 2024, de révéler cette dette cachée. Et au cours des deux années passées, pour rappel, on a eu trois vagues d'audit : l'Inspection générale des finances, la Cour des comptes et ensuite un inventaire réalisé par le cabinet d'audit Mazars. Donc, je pense que les autorités ont montré qu'elles souhaitent tourner la page de cet épisode et être davantage transparentes. Ensuite, c'est un pays qui connaît une situation économique et financière difficile. La dette du Sénégal n'est plus soutenable ? Alors, il est évident, et je pense que c'est un diagnostic partagé avec les autorités, que le fardeau de la dette sénégalaise est considérable. On parle d'un niveau qui avoisine les 130 % du PIB, avec des dépenses d'intérêts qui représentent un quart des recettes fiscales. Ce sont autant de dépenses qui ne sont pas consacrées à des dépenses sociales ou à des investissements qui sont générateurs de croissance et d'emplois. Les autorités ont annoncé qu'elles souhaitent traiter cette dette avec leurs créanciers. Nous en prenons acte, notamment dans le cadre du programme que nous allons accompagner. Les autorités ont annoncé leur intention de solliciter un traitement de la dette afin de rétablir sa viabilité. Ça veut dire quoi concrètement ? Défaut de paiement et restructuration ? Ça veut dire que les autorités, effectivement, reconnaissent que le niveau d'endettement qui est celui aujourd'hui du Sénégal est un fardeau qui pèse sur le budget et qu'il est nécessaire de traiter cette dette afin de pouvoir dégager des marges de manœuvre pour des dépenses prioritaires plus importantes. À lire aussiLe FMI et le Sénégal reprennent leur coopération, un prêt de 2,2 milliards de dollars en vue pour Dakar

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  5. Number 5: Référendum en RDC: «On ne peut pas être démocrate et refuser une loi qui accorde la parole au peuple»

    En RDC, la proposition de loi sur l’organisation du référendum reste au cœur de la bataille politique autour de l’avenir de la Constitution. Adopté par le Parlement, le texte a été déclaré conforme par la Cour constitutionnelle, mais avec des réserves portant sur treize articles. Félix Tshisekedi a depuis demandé une nouvelle délibération. L’opposition y voit toujours une voie vers un changement de Constitution et redoute une remise en cause de la limitation des mandats présidentiels. Son auteur, le député de la majorité, Paul-Gaspard Ngondankoy, défend au contraire un texte destiné, dit-il, « à encadrer l’exercice de la souveraineté populaire ». Il est interrogé par Patient Ligodi. Pourquoi la RDC avait-elle besoin aujourd'hui d'une loi sur l'organisation du référendum ? Quel problème vouliez-vous régler avec ce texte ? Tout simplement parce que ça fait 20 ans maintenant, depuis la promulgation de la Constitution en 2006, que le pays ne s'est pas encore doté de cette loi, alors que l'alinéa 3 de l'article 5 prévoit que le Parlement adopte une loi fixant les conditions d'organisation du référendum. Et, comme je suis devenu député national seulement en 2023, c’était pour moi le moment qui était le plus indiqué pour régler cette question qui m'intéresse depuis des années : qu'on puisse avoir une loi qui organise ce mécanisme démocratique. Vous avez cité l'article 5, alinéa 3 de la Constitution de votre pays, et votre texte ne se limite pourtant pas à organiser les consultations sur le transfert de la capitale, les questions territoriales ou la révision de la Constitution, comme prévu dans la loi fondamentale. Vous avez aussi prévu un mécanisme permettant d'aller jusqu'à l'adoption d'une nouvelle Constitution. Pourquoi avoir introduit cette possibilité ? D'abord, c'est une fausse interprétation de la Constitution de considérer que les matières du référendum sont limitativement énumérées dans la Constitution. La Constitution cite à titre indicatif les matières sur lesquelles il faut absolument consulter le peuple. Mais il n'existe aucune disposition dans la Constitution qui dit qu'il s'agit d'une énumération limitative. D'ailleurs, l'article 5 de la Constitution affirme le pouvoir souverain du peuple. Cet article permet que le peuple puisse exercer son pouvoir sur toutes les matières, parce que le pouvoir lui appartient. Il y a quand même lieu de vous rappeler que cet article, à son alinéa premier, dit que tout pouvoir émane du peuple, en commençant donc par les pouvoirs constituants, c'est-à-dire le pouvoir d'établir une constitution pour le pays. Et c'est lui qui a le pouvoir d'établir mais aussi le pouvoir de modifier, de réviser, sans aucune limite. Et on sait qu'en droit constitutionnel, le pouvoir constituant est initial, autonome, insubordonné, inconditionné. Et donc, il n'y a aucune limite à la souveraineté du peuple en cette matière-là. Mais s'il n'y a aucune limite, pourquoi le constituant a prévu des matières bien précises, comme justement les consultations sur le transfert de la capitale, les questions territoriales ou la révision de la Constitution ? Ça, c'est à l'occasion de l'examen de ces questions-là dans les articles définis dans la Constitution. Ce n'est pas une liste. À l'article 2 de la Constitution, en parlant de la capitale, le constituant a dit que, oui, la capitale, c'est Kinshasa. Mais si vous voulez la transférer à un autre lieu de la République, il faut le consulter. De même, à l'article 214, lorsque le constituant réglemente la question des traités et accords internationaux, il a dit que, lorsqu'il s'agit des traités qui portent cession, qui portent adjonction, qui portent échange et territoire, il faut absolument que le peuple soit consulté. De même, à l'article 218 concernant la révision de la Constitution, c'est-à-dire la modification des matières qui sont autorisées au pouvoir constituant dérivé, le constituant a dit que, lorsqu'il s'agit de réviser ces articles-là, il faut le consulter. Il s'agit là des dispositions qui sont tout à fait éparses dans la Constitution. Vous ne trouverez aucune disposition de la Constitution qui vous dit que ces matières-là sont limitativement énumérées. Certains opposants vous disent de garder une loi sur l'organisation du référendum comme les textes que vous avez proposés, mais de retirer tout ce qui permettrait de changer la Constitution et notamment de remettre en cause la limitation du nombre et la durée du mandat présidentiel. Quand ils demandent cela, il faut qu'ils aillent au bout de leur logique. Ça veut dire qu'ils doivent accepter à ce moment-là, qu'on dise que le peuple n'est plus souverain. La Constitution de 2006 a été soumise à référendum. Donc, la souveraineté du peuple a été déjà manifestée par le vote de ces textes de la Constitution. Oui, pour le vote de la Constitution. Mais la loi ici, c'est de la compétence du Parlement. Et ce que nous faisons justement, ce n'est pas organiser un référendum constituant. Et c'est là où se trouve le problème. Nous, nous adoptons un cadre général qui prévoit les règles pour pouvoir consulter le peuple. Et le jour où il s'agira de consulter le peuple en matière de changement de Constitution, c'est ce même peuple souverain qui s'est prononcé en 2005, qui se prononcera également à ce moment-là. Donc, on ne peut pas être démocrate et refuser de prévoir une loi qui accorde la parole au peuple. C'est paradoxal. Je ne pose pas la question au professeur de droit. Je demande votre position politique comme député de la majorité : souhaitez-vous que Félix Tshisekedi puisse être candidat à la présidence après 2028 ? En tout cas, le président de la République lui-même s'est déjà prononcé. Il a dit qu'il n'est pas demandeur d'un troisième mandat. Mais si le peuple lui demande, il ne dira pas non. Si le peuple lui demande, nous poserons la question au chef de l'État, s'il accepte. Mais vous, Paul-Gaspar, êtes-vous favorable ou opposé à cette possibilité ? Moi, je suis député de la majorité. Le jour où le chef de l'État se prononcera clairement sur le sujet à la demande de la population, je me rallierai.

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