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Au Sénégal, le candidat d’opposition Bassirou Diomaye Faye remportait la présidentielle dès le premier tour avec 54 % des voix il y a un an jour pour jour. Un an plus tard, où en est la rupture promise par le parti Pastef et quels sont les principaux changements revendiqués par le président Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko ? Ayib Daffé est le secrétaire général du parti, dont il est aussi député et chef du groupe parlementaire. En ligne de Dakar, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Ayib Daffé, quels sont, pour vous, les premiers changements tangibles que le Pastef a apportés au Sénégal ?
Ayib Daffé : Les premiers changements tangibles sont d'abord dans la gouvernance. Conformément à son engagement, le président de la République Bassirou Diomaye Diakhar Faye a inscrit la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption comme une priorité de sa politique en transmettant une lettre aux fonctionnaires du pays, pour les exhorter à la ponctualité, au respect du bien public, à l'efficacité et au respect de la hiérarchie. Donc, sur ce plan-là également, il a eu à organiser des assises de la justice sur la modernisation et la réforme de la justice au Sénégal. Et par ailleurs, il a eu aussi à publier tous les rapports des corps de contrôle qui étaient transmis à son prédécesseur depuis près d'une dizaine d'années et qui n'étaient pas publiés, contrairement aux textes qui les encadrent. Il a eu également à faire un audit sur la gestion des finances publiques par son prédécesseur, notamment à la période entre 2019 et 2024. Et c'est cet audit qui a permis de révéler une situation très peu reluisante de nos comptes publics avec un déficit à 12% du PIB, alors que les chiffres qui étaient présentés parlent d’un déficit à 5%. Donc, une véritable catastrophe budgétaire, si on peut parler ainsi, et ça a permis d'avoir une situation réaliste. Donc, en très peu de temps, il a eu à concrétiser sa vision et à développer la stratégie de développement.
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Suite au dernier rapport de la Cour des comptes, vous dites que l'ancien président Macky Sall, qui vit actuellement au Maroc, va être convoqué par la justice sénégalaise, mais celui-ci, dans une interview à Jeune Afrique, réplique qu'il n'est responsable d'aucune falsification et que tout ceci est ridicule.
Bon, je pense que la Cour des comptes est une institution. Donc, c'est la parole de Macky Sall contre celle de la Cour des comptes. Et la Cour des comptes, c'est la loi qui lui confère cette mission-là. Donc, je ne vois pas comment on peut remettre en cause un rapport de la Cour des comptes. Ce n'est pas sérieux, ce n'est pas crédible. Maintenant, il est dans son rôle d'homme politique de défendre son bilan, son mandat, mais la réalité est qu'il y a un désastre budgétaire, il y a un désastre financier. On parle vraiment d'une catastrophe sur le plan budgétaire. Parce que, par exemple, on nous a révélé qu’il y a plus de 2500 milliards de francs CFA qui ont été empruntés auprès des banques de la place, alors que l'Assemblée nationale n'a pas donné d'autorisation, l'Assemblée nationale n'a jamais été informée. Donc, cette dette cachée et beaucoup d'autres irrégularités sont aux antipodes de la bonne gouvernance. Sa responsabilité politique est effectivement engagée. Bon, maintenant, je n'ai pas entendu dire qu'il sera convoqué par la justice, parce que, comme vous le savez, la Constitution stipule que le président de la République ne peut être poursuivi que pour haute trahison et devant la Haute Cour de justice. Donc, cela n'est pas encore le cas. Et si cela devait l'être, ce serait conformément à la Constitution, aux lois et aux règlements du Sénégal.
Oui, mais le porte-parole du gouvernement, Moustapha Ndjekk Sarré, a dit sur RFM qu'inévitablement, le président Macky Sall fera face à la justice ?
Effectivement, il a eu à le dire, mais lorsqu'il le disait, il a eu à préciser que, quand il le disait, il ne s’agissait pas de la version du gouvernement, mais il parlait en tant qu'homme politique.
À votre arrivée au pouvoir, Ayib Daffé, vous avez promis que les accords du Sénégal avec les compagnies qui doivent exploiter le gaz et le pétrole offshore seraient réévalués. Mais un an plus tard, toujours rien. Si jamais les contrats ne sont pas renégociés, est-ce que vous ne risquez pas de décevoir vos électeurs ?
Je pense que le travail de renégociation des contrats, c'est un processus qui est entamé. Ce n'est pas un travail qui se fait du jour au lendemain. Et en accord avec les compagnies, il y a des négociations qui se déroulent et qui devraient aboutir bientôt à des résultats.
Avec BP, British Petroleum ?
C'est tous les contrats qui sont concernés, parce qu'il y a une revue des contrats qui est faite par le ministère de l'Énergie. Et maintenant, pour BP, le contrat concerne aussi bien le Sénégal que la Mauritanie. Et je pense que le Premier ministre, Ousmane Sonko, a eu à faire plusieurs voyages en Mauritanie, et le ministre de l'Énergie également. La Primature a mis en place un comité pour la renégociation de tous ces contrats stratégiques. Mais d'abord la revue et ensuite la renégociation.
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Depuis quelques jours, le Niger est sur tous les fronts. Le 14 mars, Niamey a expulsé trois dirigeants chinois de sociétés pétrolières et le 17 mars, il a décidé de rompre avec la Francophonie. Une décision relayée ensuite par le Mali et le Burkina Faso. Pourquoi cette offensive souverainiste de la part du général Abdourahamane Tiani ? Quels sont les dessous de ces deux choix politiques de Niamey ? L’économiste français Olivier Vallée a été conseiller technique au Sahel, notamment au Niger, où il a gardé de contacts. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Pour expliquer leur rupture avec la francophonie, les trois pays de l'AES affirment que l'OIF est un « instrument politique téléguidé », sous-entendu par la France. Pourquoi ont-ils attendu jusqu'à 2025 pour rompre ?
Olivier Vallée : Ce qui s'est passé, c'est que les trois pays de l'AES ont essayé, via l'OIF, de rétablir des relations plus paisibles avec Paris et qu'à chaque fois, ça a été, en particulier vis-à-vis du Niger, un refus catégorique. Deuxième facteur, en grande partie sous l'influence de l'Élysée, l'OIF a été peu à peu remplie à un certain nombre de postes de Franco-Sahéliens et les Franco-Sahéliens qui étaient dans l'OIF ont plutôt milité ouvertement contre les pays de l'AES.
Est-ce que la réintégration dans l'OIF de la Guinée Conakry, c'était en octobre dernier, a provoqué un mécontentement chez les pays de l'AES ?
Non, pas vraiment. C'était simplement la manifestation de plus qui tendait à prouver que les proscrits de la francophonie n'étaient pas les ennemis de la démocratie, mais plus spécialement ces trois pays de l'AES.
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Le Niger est aussi dans une relation exigeante avec son partenaire chinois, puisqu'il vient d'expulser trois Chinois responsables de la gestion de sa filière pétrolière. Pourquoi cette mesure d'une grande fermeté ?
En matière pétrolière, les grands accords sur l'ensemble de la filière - que ce soient le pipe qui est géré par une filiale sino-béninoise, Wapco, la raffinerie Soraz qui est à Zinder, qui est une filiale sino nigérienne, et l'extraction même du pétrole, qui est assurée par la compagnie chinoise Cnpc -, ce sont des accords qui ont été passés principalement par l'administration Issoufou. Et pour ce qui est de Wapco, par un ministre du Pétrole qui s'appelle Bazoum, qui va devenir ensuite, on le sait, président. Donc je crois qu'il y avait un litige, ou plusieurs litiges, sur tous les contrats qui ont été signés pendant l'administration Issoufou et l'administration Bazoum, et que des incidents récents lors de la convocation de dirigeants chinois des filiales nigériennes auprès du ministre du Pétrole ont été d'une certaine façon la goutte de pétrole qui a fait déborder le baril et qui a poussé le gouvernement du Niger à cette décision d'expulsion dans un cadre juridique. Maintenant, le dossier est confié au ministre de la Justice qui va demander plusieurs audits, et en particulier un audit sur le fonctionnement de Wapco.
Donc en fait, ce n'est pas une mesure individuelle contre ces trois cadres chinois, c'est une mesure contre l'État chinois qui ne verse pas assez de royalties et qui ne paye pas assez d'impôts ?
C'est certainement un des éléments qui devraient apparaître à la suite des audits et de la révision des contrats. Et on est un petit peu dans le cadre de la reconquête du contrôle des ressources minières qu'on observe dans les autres pays de l'AES. Ce qui est plus particulier dans le cas nigérien, c'est que toutes les clauses des contrats passés avec les administrations précédentes sont restées secrètes et n'ont pas été transmises au gouvernement actuel du Niger. Donc l'identification du manque à gagner ou du déficit fiscal qu'aurait subi le Niger n'est pas encore établi. Et ces trois responsables chinois n'ont pas fait l'objet d'emprisonnement, de menaces de rétention. Ils ont été expulsés par une décision motivée.
Le Niger a trop besoin de la Chine pour pouvoir jeter en prison des ressortissants chinois ?
Je pense qu'il y a deux choses. Il n'est pas nécessaire pour le Niger d'arriver à une relation aussi tendue avec la Chine qu'avec la France et, deuxièmement, la prison, en particulier pour des ressortissants étrangers, ne fait pas partie des habitudes du Niger.
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Retour sur l’élection hier jeudi de Kirsty Coventry à la tête du Comité international olympique. La double championne olympique de natation zimbabwéenne l'a emporté dès le premier tour (avec un total de 49 voix sur 97 votes exprimés) et s'est imposée face à six autres candidats. Comment a-t-elle été élue, pourquoi, et qu’est-ce que cela signifie pour l’Afrique ? Jean-Loup Chappelet est professeur émérite à l'Université de Lausanne. Grand spécialiste du mouvement olympique, il répond aux questions de Christophe Jousset.
RFI : Vous observez la vie du mouvement olympique depuis plus de 50 ans. Quelle a été votre réaction en apprenant la victoire de Kirsty Coventry ?
Jean-Loup Chappelet : Ça a été un peu une surprise, effectivement, parce qu'avec sept candidats, tout le monde attendait plusieurs tours de scrutin et elle a gagné au premier tour au-delà de la majorité absolue, c'est quand même un exploit. Et c'est une très bonne nouvelle, je trouve, pour le CIO, pour toutes sortes de raisons.
On citait deux favoris supposés Juan Antonio Samaranch Junior, qui obtient 28 voix, Sebastian Coe se contente de huit voix… La surprise est effectivement considérable ?
Oui, Sebastian Coe était vu comme un favori surtout par les médias et les médias britanniques, en particulier, parce qu'il a fait une campagne orientée sur les médias et sur les réseaux sociaux. Mais ceux qui votent, ce ne sont pas les journalistes, ce ne sont pas les gens qui regardent les réseaux sociaux, ce sont les membres du CIO. Et il y a la moitié des membres qui sont des femmes aussi. Et il y a une incontestable poussée des athlètes parmi les membres et des personnes assez jeunes aussi. Je pense que l'âge a joué un rôle. Autrefois, pour être président du CIO, il fallait avoir environ 60 ans. Aujourd'hui, Kirsty Coventry a 41 ans.
On continue de voir le CIO comme un mouvement plutôt conservateur. On se trompe ?
Oui, je pense que depuis longtemps, le CIO a évolué. On n'est plus au temps de Coubertin, on est au XXIᵉ siècle et au XXIᵉ siècle, le pouvoir des athlètes est de plus en plus important. Kirsty Coventry a quand même gagné sept médailles, dont deux d'or, ce qui fait d’elle la première présidente du CIO qui est autant médaillée.
Quel a été le poids du soutien du président sortant Thomas Bach dans la victoire de Kirsty Coventry, selon vous ?
Je pense qu'il a été essentiel. Je pense qu'il a déjà incité Kirsty Coventry à être candidate, en tant qu'athlète, en tant que présidente de la Commission des athlètes à un moment donné, en tant qu'africaine aussi. Je pense qu'il a favorisé cette candidature parce qu'il y a vu un plus pour le CIO, un coup de jeune, si j'ose dire, pour le CIO.
On dit que Kirsty Coventry avait le programme le moins concret des sept candidats, elle a été habile ?
Je ne crois pas que ce soit vrai. Il y a des choses très intéressantes dans ces manifestes. C'est sûr que présider le CIO doit tenir compte des évolutions de la société et des changements. Et on ne peut pas prendre de position absolue sans tenir compte de ce qui se passe dans le monde. Par exemple, l'élection de Donald Trump aux États-Unis, parce que le premier défi de la présidente du CIO, ça sera d'avoir des Jeux olympiques en 2028 à Los Angeles et de gérer la question des athlètes féminines. Le président des États-Unis tient à ce que, à juste titre d'ailleurs, des femmes puissent participer à la catégorie féminine.
À propos de l'accès des athlètes transgenres aux Jeux olympiques de Los Angeles, Kirsty Coventry a dit « Nous ne dérogerons pas à nos valeurs de solidarité ». C'est un bras de fer qui s'annonce avec Donald Trump ?
Je ne pense pas. La solidarité, elle doit être avec les athlètes qui sont femmes, c'est-à-dire qui sont biologiquement avec le chromosome X X. Et ça, c'est quand même la première solidarité pour que ces athlètes puissent concourir de façon sûre et avoir une chance de gagner une médaille.
C'est la première fois que l'Afrique se retrouve à la tête du Comité international olympique. Est-ce que pour 2036, qui sont les prochains Jeux d'été à attribuer, ça peut être décisif ? Ça peut être une première pour l'Afrique ?
Ça peut l'être, mais c'est loin d'être certain parce qu’il n'y a pas pour l'instant de candidature africaine aux Jeux de 2036. Alors peut être la décision d'aujourd'hui créera des candidatures, par exemple en Afrique du Sud, par exemple au Maroc ou ailleurs en Afrique. Mais il y a aussi des candidatures en Asie et il y a une rotation des continents. Après donc l'Europe avec Paris 2024, les Etats-Unis avec Los Angeles 2028, l'Australie avec Brisbane 2032, ça peut être aussi le tour de l'Asie ou de l'Afrique.
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Ils avaient accepté de rencontrer les rebelles du M23 dès le mois dernier à Goma... Aujourd'hui, les religieux catholiques et protestants de la République démocratique du Congo se félicitent que le pouvoir de Kinshasa leur emboîte le pas. Et ils veulent aller plus loin. Ils lancent le projet d'un Forum national des Congolais. Mercredi 19 mars, à Paris, ils ont été reçus par le président Macron. Et ce matin, deux d'entre eux, un prélat catholique, monseigneur Fulgence Muteba, qui préside la Cenco [Conférence épiscopale nationale du Congo], et un prélat protestant, le révérend André Bokundoa, qui préside l'Église du Christ au Congo, répondent aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Maintenant que Félix Tshisekedi et Paul Kagame se parlent directement, est-ce que votre initiative de paix a encore un sens ?
Mgr Fulgence Muteba : Bien sûr. Notre initiative consiste justement à mettre les gens autour d'une même table pour qu'ils puissent se parler. Nous saluons cette rencontre entre le président Félix Tshisekedi et le président Paul Kagame. Ça montre que le chemin que nous avons proposé à notre population du Congo et aux populations de l'Afrique des Grands Lacs, c'est un chemin qui commence à être emprunté par les uns et les autres. Les deux sont des acteurs majeurs. S’ils se parlent, c'est une très bonne chose et notre souhait, c'est qu'ils continuent de se parler.
Voulez-vous dire que vous avez un peu montré la voie ?
Révérend André Bokundoa : Oui, notre travail, c'est aussi de montrer la voie aux gens pour qu'ils nous suivent. Et comme l'a dit Monseigneur, notre souhait, ce n'est pas que les deux présidents se parlent. C'est que nous, les Congolais, nous puissions nous parler pour des problèmes qui fâchent au Congo et ils sont nombreux.
Alors, l'une des nouveautés depuis quelques jours, c'est que le président Tshisekedi a donné son accord pour un dialogue direct avec les rebelles du M23 que vous aviez rencontré il y a déjà quelques semaines. Comment vous réagissez ?
Mgr Fulgence Muteba : Très positivement, parce que ça fait des semaines que nous demandons qu'il y ait ce dialogue parce que nous ne croyons pas du tout à une solution militaire à notre problème. Vous savez, la violence engendre la violence, comme on dit. Et pour nous, il faut que les Congolais puissent se retrouver autour d'une table, qu'ils puissent retrouver le consensus national, la cohésion nationale. Et ça, ça demande que chacun puisse se dépasser. C'est pourquoi nous saluons la décision du président Félix Tshisekedi et il s’est dépassé, même si autour de lui, il y a des gens qui ne sont pas d'accord. Mais là, il a pris ses responsabilités et nous l'encourageons à aller plus loin. Parce que le dialogue ne doit pas seulement se limiter entre une délégation du gouvernement et ceux qui ont pris les armes, mais il faut que ça soit, comme le révérend l'a dit tout à l'heure, un dialogue entre les Congolais, qui soit le plus inclusif possible, le plus transparent, et qu'on puisse aborder tous les problèmes qui fâchent de telle manière que, fort de cette cohésion au plan interne, nous puissions aller au niveau de la sous-région pour poser les problèmes qui nous divisent avec les pays de la sous-région. De cette manière, nous pensons qu’on peut poser les bases d'une paix durable.
Alors, parmi les problèmes qui fâchent, il y a la question du maintien au pouvoir du président Tshisekedi, dont l'AFC-M23 demande le départ. Comment Félix Tshisekedi pourrait négocier avec des gens qui demandent son départ ?
Révérend André Bokundoa : Écoutez, si nous connaissons le problème au Congo, c'est surtout à cause de l'exclusion. Nous ne croyons pas que, pour qu'il y ait la paix au Congo, il faut exclure certains et garder les autres. Je crois que nos biens aimés vont revenir dans le bon sens de voir comment nous pouvons aller jusqu'à la fin de son mandat et organiser des bonnes élections pour l'avenir de notre pays. Mais demander le départ de quelqu'un qui a un mandat, nous croyons que ce n'est pas une bonne chose.
Alors maintenant que Félix Tshisekedi accepte que son gouvernement rencontre les rebelles du M23, est-ce que votre « pacte social pour la paix » a encore une utilité ?
Mgr Fulgence Muteba : Bien sûr, il a davantage d'utilité parce que notre pacte consiste à organiser un dialogue entre les Congolais en vue de consolider la cohésion nationale.
Et ce forum, vous pensez qu'il pourrait avoir lieu à quelle date ?
Révérend André Bokundoa : Bon, nous sommes encore dans les pourparlers avec les autres et c'est lorsque nous aurons terminé qu'on va voir comment fixer la date pour le forum. Mais aussi, il faut tenir compte du gouvernement, parce que, jusque-là, les vues ne sont pas encore au point avec ceux qui sont au pouvoir. Il y a encore des doutes quant à notre initiative.
Donc ce forum consoliderait les négociations directes à venir entre le gouvernement et le M23, c'est ça ?
Révérend André Bokundoa : Oui. Pas seulement avec le M23, mais avec tous les Congolais, même ceux qui ne sont pas dans le M23. Parce qu'il y en a qui sont à l'extérieur du pays, qui ne sont pas au Congo. Il y en a qui sont au Congo mais qui ne disent rien publiquement. Mais nous savons qu'il y a des frustrations un peu partout.
Il y a quelques jours, le prix Nobel de la paix, le docteur Mukwege, a lancé un appel pour une grande conférence internationale pour votre pays. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Mgr Fulgence Muteba : Je soutiens cette initiative et pour nous, justement, ce sera le deuxième pas, après avoir consolidé la cohésion nationale à travers un forum que nous appelons le Forum des Congolais. Il faut maintenant que nous puissions aller au niveau de la sous-région. A ce niveau, on devra organiser une grande conférence internationale sur la paix en Afrique des Grands Lacs. Comme ça, les recommandations qui viendront du Forum national vont servir pour que nous puissions finalement vider toutes les questions qui nous opposent aux pays qui nous font la guerre.
Vous sortez de l'Élysée, qu'est-ce que vous attendez du président Macron dans cette double initiative que vous proposez ?
Révérend André Bokundoa : Nous attendons son soutien parce que la France, ce n'est pas n'importe quel pays. Et nous attendons qu'il puisse soutenir notre initiative, que cette initiative soit reconnue au niveau national et mondial. Il a des entrées et c’est en ce sens-là que nous croyons qu'il peut intervenir pour que notre initiative amène la paix au Congo.
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Coup de théâtre au Qatar, où le Congolais Félix Tshisekedi et le Rwandais Paul Kagame se sont rencontrés secrètement hier. Les deux chefs d'État ont décidé de « poursuivre les discussions entamées hier pour établir les bases solides d'une paix durable », dit le communiqué final. Jusqu'à présent, on croyait que l'Angola faisait médiation entre les deux pays en guerre. Mais après la rencontre d'hier, tout est en train de changer. Trésor Kibangula est analyste politique l’Institut congolais de recherches sur la politique, la gouvernance et la violence. En ligne de Kinshasa, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Est-ce que vous êtes surpris par cette rencontre au Qatar ?
Trésor Kibangula : Oui, comme tout le monde. C'était une grande surprise, en tout cas dans la forme, mais pas totalement dans le fond. Parce qu'on sait que Doha a longtemps voulu jouer un rôle dans la médiation entre la RDC et le Rwanda. On se souvient encore d'une tentative en 2023 déjà, mais jusqu'ici, Kinshasa s'y montrait toujours réticent, notamment parce que le Qatar est perçu par les autorités congolaises comme proche de Kigali, notamment avec des investissements au Rwanda et la construction d'un aéroport au Rwanda. Mais au regard des blocages dans les autres formes de médiation, je pense que cette rencontre offre quand même un progrès sur un point essentiel : elle permet aujourd'hui aux deux chefs d'État de se parler directement. Et c'est la première fois depuis des mois que Tshisekedi et Kagame se retrouvent face à face dans un cadre, où ils peuvent discuter sans intermédiaires régionaux.
Il y a trois mois, une rencontre entre les deux présidents était déjà prévue, c'était à Luanda, mais à la dernière minute, Paul Kagame avait renoncé à y aller. Pourquoi ça a marché hier ?
Plusieurs éléments ont évolué depuis décembre. Les contextes militaires et diplomatiques ont basculé. En décembre, Kinshasa refusait encore totalement l'idée de négocier avec le M23. Kigali, de son côté, a posé comme condition sine qua non des négociations directes entre le gouvernement congolais et les M23, ce que Tshisekedi refusait. Donc beaucoup de choses ont évolué. Les rapports de forces ont changé sur le terrain. Fin janvier, le M23 a pris le contrôle de Goma. Puis en février, Bukavu est tombé aussi. L’armée congolaise n'a pas réussi à reprendre l'initiative et, aujourd'hui, le M23 continue à consolider ses positions. Et sur le plan diplomatique, Kinshasa a finalement accepté l'idée de ce dialogue direct avec le M23. Et de l'autre côté, on voit aussi toutes ces sanctions qui tombent sur le Rwanda. Donc, je pense que, face à cette situation, les deux parties avaient finalement plus d'intérêt à parler aujourd'hui qu'en décembre.
Dans le communiqué final d'hier soir, les deux chefs d'État insistent sur le processus conjoint, le processus fusionné, que l'organisation EAC des pays d'Afrique de l'Est et l'organisation SADEC des pays d'Afrique australe ont mis en place le mois dernier à Dar es Salam en faveur de la paix au Congo. Pourquoi cette attention particulière ?
Je pense que l'initiative de Luanda n'avait pas vraiment réussi à avoir la confiance de Kigali. Elle était portée par l'Angola de manière plus ou moins isolée. Et aujourd'hui, Doha ne cherche pas à créer un énième format parallèle de médiation. Parce que, lorsqu'on lit les communiqués qataris, on voit très bien effectivement que ce sont les discussions sous l'égide de l’EAC et de la SADEC qui sont encouragées, ce qu'on appelle aujourd'hui les processus fusionnés. Je pense que ces choix peuvent s'expliquer par plusieurs facteurs parce que, un : il correspond aux préférences de Kigali qui a toujours misé sur ces processus fusionnés pour gérer la crise, parce que Kigali a une certaine influence sur l’EAC. Deuxième chose, c'est que ce choix de Doha de préférer les processus fusionnés permettent d'éviter un affrontement entre plusieurs initiatives concurrentes. Parce qu'on était un peu dans une cacophonie d'initiatives de médiation. Avec Doha, maintenant, on essaie de proposer une ligne et c'est le choix des processus fusionnés.
Est-ce à dire que les premières négociations directes entre le gouvernement congolais et le M23 n'auront pas lieu à Luanda sous l'égide de l'Angola, mais quelque part ailleurs en Afrique, sous l'égide de ce processus fusionné entre l’EAC et la SADEC ?
Ça devient vraiment très difficile d'envisager que la médiation angolaise puisse reprendre la main, à cause de ce déficit de confiance, surtout du côté du M23 et de Kigali. Mais comme les deux parties doivent se parler et qu'il y a eu un progrès avec la rencontre de Paul Kagame et de Félix Tshisekedi à Doha, on pense que le processus pourrait continuer, peut-être en marge des discussions EAC/SADEC qui se tiennent dans le cadre de ces processus fusionnés.
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Quel est l’impact de la coupure de l'USAID pour la sécurité alimentaire en Afrique ? Est-ce que la décision de Donald Trump de cesser la quasi-totalité de l'aide humanitaire des États-Unis peut provoquer une crise alimentaire dans certains pays africains ? « Le choc peut être résorbé si chaque pays africain mobilise efficacement ses ressources nationales », répond Ibrahim Assane Mayaki, qui a été le Premier ministre du Niger de 1997 à 2000 et qui est aujourd’hui l’envoyé spécial de l’Union africaine pour les systèmes alimentaires. De passage à Paris, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : En 50 ans, le déficit alimentaire de l'Afrique est passé de 10 à 25 %. C'est-à-dire que le continent africain est obligé d'importer 25 % des produits alimentaires qu'il consomme. Comment répondre à ce défi ?
Ibrahim Assane Mayaki : Alors, on est obligé de reconnaître que, malgré les progrès qui ont été faits pour accélérer la productivité et la production agricole, on s'est heurté à une croissance démographique qui est quasi unique dans l'histoire de la démographie.
Une croissance très rapide de la population…
Absolument. Et la situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui, c'est que nous sommes importateurs net de produits alimentaires. La FAO chiffre cela à à peu près 100 milliards de dollars par an. Ces 100 milliards de dollars proviennent de la poche de consommateurs africains. Et s'ils pouvaient être réalloués ou alloués dans la transformation des systèmes agricoles, on importerait beaucoup moins de produits alimentaires.
Alors, pour produire plus de biens alimentaires, il faut évidemment investir dans l'agriculture. Il y a un peu plus de 20 ans, en 2003, à Maputo, les quelque 55 pays de l'Union africaine se sont engagés à investir 10 % de leur budget national dans l'agriculture et le développement rural. Aujourd'hui, où est-ce qu'on en est ?
Il n'y a pas beaucoup de pays qui ont atteint ces 10 %. On peut estimer à une dizaine de pays le nombre de ceux qui ont atteint ces 10 %. La courbe est positive, mais le nombre est quand même faible.
Oui, 10 sur 55…
10 sur 55. Alors, il faut dire qu'aujourd'hui s'est développé un débat sur le contenu de ces 10 %. Ce qui est au cœur de la question, c'est que nos investissements publics dans le secteur agricole doivent être beaucoup plus importants qu'ils ne le sont et évidemment 10 %. Deuxièmement, ces investissements publics ne sont pas suffisants. Il faut attirer des investissements privés. Et une chose que la plupart des gens ne savent pas, c'est que les premiers à financer l'agriculture africaine aujourd'hui, ce sont les petits agriculteurs.
Eux-mêmes ?
Eux-mêmes.
Et il faut investir dans quoi ? Dans les cultures vivrières ? Dans les engrais ? Dans quoi ?
Alors, l'approche « système alimentaire », à travers le terme « système », met l'accent sur une dimension multisectorielle. C'est-à-dire que, pour transformer l'agriculture, on a évidemment besoin d'intrants…
Les engrais donc ?
Voilà, des engrais, on a besoin de semences, on a besoin de routes rurales, on a besoin de formation, on a besoin de capacités digitales, on a besoin d'énergie, on a besoin de tout un tas de facteurs qui relèvent de secteurs différents. Et c'est la coordination des investissements dans tous ces secteurs qui fait système. Et c'est là que se pose la question en termes de planification. Alors, il faut investir sur l'appui aux producteurs et cet appui aux producteurs doit être aussi un appui financier. Le deuxième type d'investissement qui doit être fait, ce sont les investissements dans les infrastructures.
Les routes…
Les routes… Et c'est comme ça d'ailleurs que l'Ethiopie a réduit son problème de famine parce qu’il y avait des régions excédentaires et des régions déficitaires. Et quand Meles Zenawi connecte les deux régions à travers les infrastructures, ça permet à l'Ethiopie de réduire ses problèmes de famine.
Le 25 janvier, Donald Trump a décidé de suspendre l'USAID pour trois mois. Or, l'aide humanitaire des États-Unis, c'est 60 milliards de dollars par an. Quel est l'impact pour l'Afrique et notamment pour sa sécurité alimentaire ?
Le premier signal, et j'en parle depuis quelques années, c'est qu'il est important pour les pays africains d'anticiper sur la disparition de l'aide publique au développement. Et deuxièmement, ça entraîne évidemment une mobilisation des ressources nationales. Si nous avons des stratégies de mobilisation de ressources nationales beaucoup plus efficaces, nous serons à même de faire face à ce manque de ressources. Lorsque j'étais Premier ministre [du Niger], nous avions fait un calcul rapide sur nos recettes douanières et nous nous étions rendu compte que, si nous augmentions de trois points nos recettes douanières, ça pouvait être équivalent quasiment à l'aide publique au développement. Donc, nous avons des efforts de gouvernance interne très importants à faire. Donc il faut prendre cela comme un choc. Mais ce choc doit être résorbé par la définition de capacités internes et la mobilisation de nos ressources internes.
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Candidate à la présidence du Comité international olympique, à l’occasion de la 144ᵉ session à Costa Navarino (Grèce) le 20 mars, la Zimbabwéenne de 41 ans, double championne olympique du 200 m dos en 2004 et 2008, membre de la Commission exécutive du CIO et ministre des Sports depuis 2018, détaille à RFI ses positions sur les grands enjeux auxquels l’institution est confrontée.
RFI : Vous êtes la plus jeune candidate à cette élection, la seule femme et la première représentante d’Afrique à briguer la présidence du CIO. Êtes-vous le meilleur symbole de ce que devrait être le CIO au XXIe siècle ?
Kirsty Coventry : J’espère que c’est ce que ressentent les membres du Comité, mais je veux aussi être la meilleure personne pour le poste, pas seulement en raison de mon genre ou de mon origine. Je veux que les membres sentent qu’ils peuvent avoir confiance en moi et qu’ils pensent que je serai la meilleure pour diriger notre incroyable organisation, en particulier dans cet avenir qui change si rapidement.
En tant qu’ancienne sportive de haut niveau et ex-présidente de la commission des athlètes du CIO, vous êtes consciente des défis auxquels sont confrontés les athlètes, en particulier en Afrique, pour atteindre le plus haut niveau international. Quelle devrait être la priorité pour accroître leurs chances ?
En tant qu’ancienne athlète, la partie la plus difficile de mon parcours a été de devenir championne olympique. C’est là que je pense que nous devrions concentrer un peu plus les programmes dédiés du CIO. Je veux également m’assurer que les voix des athlètes soient toujours entendues, car c’est ainsi que nous savons ce qu’ils attendent de nous, par le biais de la commission des athlètes, en veillant à ce que nous écoutions précisément ce dont les athlètes ont besoin, et comment nous pouvons travailler à leur protection et à leur soutien. En revanche, je ne crois pas aux primes [versées aux médaillés en athlétisme lors des JO de Paris 2024, une mesure annoncée par World Athletics, présidée par Sebastian Coe, autre candidat à la présidence du CIO, NDLR]. Encore une fois, en regardant mon parcours et en parlant aux athlètes autour de moi, la partie la plus difficile, c’est toujours avant de devenir champion olympique ou avant d’être célèbre. Une fois que vous l’êtes ou que vous avez gagné des médailles, beaucoup plus d’opportunités s’offrent à vous. La question est donc de savoir comment nous pouvons aider davantage d’athlètes à devenir champions ou finalistes olympiques. C’est comme ça que nous pourrons concerner davantage d’athlètes.
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Vous êtes très sensible à la place du sport féminin et à la représentation des athlètes féminines dans les médias. Quelle serait la première mesure que vous mettriez en œuvre dans ce domaine si vous étiez élue ?
Au sein du mouvement olympique, nous avons déjà réussi à faire du bon travail pour la promotion de l’égalité des sexes. Il faut maintenant l’étendre. Nous avons besoin d’une meilleure représentation des femmes dans les fédérations internationales et dans les comités nationaux olympiques. On doit voir davantage d’opportunités pour les femmes entraîneurs et l’entourage des athlètes. Au lancement d’un programme ou lorsqu’on essaie de faire avancer quelque chose, les quotas jouent certainement un rôle parce qu’ils aident à changer la culture. Une fois que les gens ont adhéré à cette culture et qu’ils voient la véritable valeur d’avoir plus de diversité autour de la table, et que cela devient vraiment ancré dans la culture d’une organisation, alors les systèmes de quotas peuvent être supprimés. Donc, je pense vraiment qu’ils servent un objectif au début.
La question des athlètes transgenres ou des personnes concernées par une différence de développement sexuel, comme la boxeuse algérienne Imane Khelif, médaillée d’or à Paris 2024, mais visée par des messages haineux sur les réseaux sociaux, reste controversée. Quel est votre avis à ce sujet ?
Je veux m’assurer que nous protégeons la catégorie féminine et je crois que nous devons trouver une voie à suivre en le faisant collectivement avec les fédérations internationales. Le CIO doit jouer un rôle de premier plan et nous devons nous assurer, là encore, que nous protégeons et servons les athlètes. Ce que j’entends par « protéger les athlètes », c’est que lorsque l’une d’elles vit quelque chose comme ce qu’il s’est passé à Paris, ou si vous regardez le cas des athlètes à différence de développement sexuel, comme le cas bien connu de Caster Semenya, ça n’est pas géré avec sensibilité. Nous devrions faire beaucoup mieux, nous devons trouver une voie collective qui ne mette pas un athlète en danger.
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Les Jeux olympiques de Paris 2024 ont été un grand succès populaire et financier pour le CIO. Est-ce désormais le modèle à suivre et comment ce succès peut-il être mis à profit pour engager la jeune génération dans un paysage médiatique en constante évolution ?
Paris 2024 était exactement ce dont le monde avait besoin, surtout après le COVID. C’étaient des Jeux incroyables et extrêmement réussis, et nous devons utiliser cette plateforme en ce moment où tout le monde en parle encore. Le Comité d’organisation de Paris 2024 et Tony Estanguet ont fait un travail incroyable à travers le pays en engageant les jeunes, les écoliers, et en les impliquant dans le sport, et c’est la mission du CIO de construire un monde meilleur grâce au sport. Donc, la question est de savoir comment on peut utiliser ce qui a été fait à Paris 2024 et le répandre à travers le monde.
Les JO devraient-ils être diffusés sur des plateformes telles que Netflix ?
À mesure que nous allons vers l’avenir, Netflix, Apple TV, YouTube, ces entreprises de streaming en ligne, ne font que se renforcer. Et quand on regarde l’Afrique par exemple, dans quelques années, vous aurez plus d’un demi-milliard de jeunes de moins de 35 ans et la plupart d’entre eux auront des smartphones. Donc, si nous ne trouvons pas des moyens créatifs de nous connecter avec eux sur ces plateformes en ligne, ça sera vraiment une occasion manquée.
Êtes-vous favorable au retour des athlètes russes et biélorusses aux Jeux olympiques, à commencer par Milan Cortina l’année prochaine, et sous quelles conditions ?
Malheureusement, dans le monde d’aujourd’hui, nous allons surtout devoir faire face à la question de savoir comment protéger et soutenir les athlètes dans toutes les zones de conflit. Nous constatons de plus en plus de conflits en Afrique, vous en avez en Europe et au Moyen-Orient. Pour moi, nous devons créer un groupe de travail qui élaborera un cadre qui permettra de protéger et de soutenir les athlètes de toutes ces zones de conflit afin de les aider à participer aux Jeux. Au bout du compte, nous devons également nous assurer que tous les athlètes présents aux Jeux seront protégés. Donc, il pourrait être nécessaire de mettre en place différentes réglementations pour garantir que tous les athlètes sont soutenus et qu’il n’y en ait pas qui soient davantage protégés que d’autres.
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Vous êtes actuellement la présidente de la commission de coordination des Jeux olympiques de la jeunesse de Dakar 2026. Le succès de ces Jeux sera-t-il crucial pour la crédibilité de l’Afrique à accueillir un jour les Jeux olympiques ?
Oui, à 100 %. C’est la première fois que le mouvement olympique vient en Afrique et peut découvrir notre enthousiasme, notre énergie, notre culture, et cette opportunité nous excite. Mais cela s’accompagne de beaucoup de responsabilités. Nous travaillons en étroite collaboration avec Dakar 2026 pour nous assurer de donner cette tribune au Sénégal, mais aussi à l’Afrique, pour montrer au monde ce que nous pouvons faire.
En général, pensez-vous que les intérêts du sport africain sont suffisamment représentés au sommet du mouvement olympique et que feriez-vous pour améliorer les choses ?
Il y a toujours des points que nous pouvons améliorer pour nous en assurer. L’une des grandes choses dont j’ai parlé aux membres du CIO serait d’essayer de trouver des moyens innovants de combler le fossé entre les comités nationaux olympiques qui sont très bien soutenus et bien gérés et ceux qui ont besoin de beaucoup plus de soutien, car encore en développement. L’utilisation de la technologie et de l’intelligence artificielle en particulier sera très importante pour combler ce fossé, car une fois qu’il sera un peu comblé, les pays en développement pourront consacrer plus de temps et d’argent à soutenir leurs athlètes, et nous pourrons alors voir plus de médailles gagnées dans le monde entier.
Apprendrez-vous le français si vous êtes élue au CIO ?
Oui (elle le dit en français, et en riant)… C’est une promesse que j’ai faite aux membres du CIO. C’est quelque chose que je prendrai très au sérieux. Nous avons une école française au Zimbabwe et j’ai déjà fait quelques démarches (rires). Ce serait certainement un grand honneur pour moi de pouvoir parler la langue de notre fondateur, Pierre de Coubertin !
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La Semaine de la langue française et de la francophonie s'ouvre ce samedi 15 mars, sur le thème cette année : « Prendre la parole ! ». Inciter à s'exprimer, à créer, à s'approprier et à jouer avec les mots, c’est justement ce que cherche à faire Lajoya Sène, de son nom d’artiste Maua Ya Jua à Dakar. Cette chanteuse, conteuse, slameuse et poète d’origine congolaise, a co-créé les ateliers des « philo-poètes » pour les enfants de 6 à 15 ans avec une professeure des écoles, Cynthia Sauvain. Les enfants y viennent composer puis déclamer des textes en français, dans un espace dans lequel ils peuvent se reconnecter avec leur riche imagination.
► Festival de la Francophonie
► Semaine de la langue française et de la francophonie
Au Soudan, il y a « un énorme risque de partition du pays », affirme l'Union africaine, après la décision des Forces de soutien rapide (FSR) du général Hemedti de former prochainement un gouvernement parallèle. Presque deux ans après le début de la guerre civile dans ce pays, y a-t-il vraiment un risque de sécession ? Et peut-il y avoir un impact sur la stabilité politique du Tchad ? Décryptage avec Roland Marchal, chercheur à Sciences Po Paris. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Sur le terrain politique, le camp du général Hemedti a signé avec ses alliés une charte constitutionnelle en vue de former un gouvernement parallèle. C'était le mois dernier à Nairobi et aussitôt le secrétaire général de l'ONU a dénoncé un risque de fragmentation du Soudan. Est-ce que les craintes d'Antonio Guterres sont justifiées ?
Oui, il y a ce risque. Et il y a au moins deux scénarios. Le premier vise à dire : les forces d’Hemedti, qui contrôlent une partie du territoire, ont fait des alliances pour agrandir cette zone et puis déclarer une sécession de fait, elle n'est pas de droit aujourd'hui, pour effectivement de ce point de vue-là fragmenter le Soudan actuel. Mais on peut aussi penser que c'est une démarche politique qui vise d'abord à relancer des négociations qui sont dans les limbes.
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Donc la partition n'est pas certaine ?
Non. C'est l’une des dimensions paradoxales de cette guerre. En fait, très peu de dirigeants politiques à l'heure actuelle veulent une partition. Hemedti veut le pouvoir à Khartoum. Et si ça ne change pas à Khartoum, l'idée d'avoir une zone qui serait contrôlée militairement, ça serait une réalité militaire qui peut durer quelques années. On peut penser à la Côte d'Ivoire. Mais cette réalité n'aurait à terme pas de capacité de s'inscrire légalement et internationalement et d’être acceptée par tous les acteurs.
Alors d'un côté, le dirigeant zaghawa, Minni Arcou Minnawi, soutient le camp du général al-Burhan. Mais de l'autre, le président tchadien, Mahamat Idriss Déby, qui est lui aussi d'origine zaghawa, est soupçonné par beaucoup d'être proche du camp du général Hemedti. Est-ce que cela ne risque pas de créer des divisions au sein de la communauté zaghawa ?
D'abord, on peut dire que le président tchadien prétend à une neutralité et nie toute action de soutien au général Hemedti, autre qu'humanitaire. On peut se contenter de cette déclaration. On peut la remettre en cause. Il y a beaucoup de données qui permettent de remettre ça en cause. Mais surtout, ce qu'on voit, c'est que la politique du président tchadien a été une tentative de renationaliser les zaghawas. C'est-à-dire que les zaghawas constitue un groupe ethnique qui est sur la frontière. Et la politique du président tchadien a été d'essayer de montrer aux zaghawas tchadiens qu'il était peut-être de leur intérêt bien compris de se comporter en Tchadien beaucoup plus qu’en élément du groupe zaghawa. Est-ce que ça va marcher ? Il faut voir. Ce qu'on peut pronostiquer sans risque de se tromper, c'est le fait que mécaniquement le Tchad, comme la RCA d'ailleurs, va voir arriver dans les mois qui viennent des combattants armés qui seront de différents groupes arabes, ouaddaïens, zaghawas et autres. Et que ces gens-là vont arriver avec des armes, avec une énorme frustration sur ce qui s'est passé. Et la question qui sera posée, c'est ce que vont faire ces gens en arme ? Est-ce qu’ils vont faire un peu d'insécurité puis finalement retourner à une vie civile plus ou moins précaire ? Est-ce qu'ils vont se restructurer en groupe politico-militaire et régler des comptes ? Ce sont des questions qui sont posées aujourd'hui et qui évidemment devraient interpeller la région et également la communauté internationale.
Le général al-Burhan accuse les Émirats et le Tchad de soutenir les forces de soutien rapide. Est-ce que le chef de l'armée soudanaise peut être tenté de vouloir déstabiliser le régime tchadien ?
C'est un des paris qui est fait par certains opposants tchadiens qui sont allés à Port-Soudan, puisque c'est là où résidait le gouvernement et le général al-Burhan pendant de très longs mois. En espérant se remettre dans la situation des années 2000 où c'est le gouvernement soudanais qui largement finançait l'opposition politico-militaire, comme on dit au Tchad, pour, attaquer le régime au Tchad.
Et quelle est la parade pour le président Mahamat Idriss Déby ?
La première, c'est évidemment d'envoyer des troupes sur la zone frontalière afin de réduire le risque sécuritaire. C'est une option qui ne fonctionne pas forcément très bien, mais qui fonctionne un peu. Ça dépend des endroits de la frontière. Et puis l'autre option, c'est une option politique. C'est-à-dire que le Tchad retrouve une position qui avait été affirmée avec force au tout début du conflit, en avril 2023, de neutralité active. Pas au sens d’aider un camp contre l'autre, mais d'aider à une solution politique qui permettrait aux protagonistes du conflit au Soudan d'obtenir un cessez-le-feu. Ce qui est quand même une des exigences quand on voit la catastrophe humanitaire que représente ce conflit. Et puis d'aller vers des négociations plus politiques. Je crois qu’on en est très loin.
Pour Samuel Eto'o, c'est la « remontada ». Après une année 2024 très éprouvante, l'ancienne star du football camerounais revient en force cette année. Hier, mercredi 12 mars, au Caire, il a été élu au comité exécutif de la CAF, la Confédération africaine de football. Il devient donc l'un des 21 patrons du football africain. Comment a-t-il réussi ? Jusqu'où peut-il aller ? Le journaliste sénégalais Abdoulaye Thiam, qui travaille à Sud Quotidien, préside la section Afrique de l'Association internationale de la presse sportive. En ligne du siège de la CAF, au Caire, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : L'élection de Samuel Eto'o au comité exécutif de la CAF, c'était loin d'être gagné il y a encore une semaine, comment a-t-il réussi finalement ?
Abdoulaye Thiam : Écoutez, vous avez parfaitement raison. C'est une très belle « remontada » comme d'ailleurs a l'habitude de faire son ancien club, le FC Barcelone. La vie de Samuel Eto'o fils, comme vous le savez aussi, a été parsemée d'embûches, mais il a toujours su tirer son épingle du jeu. Ce n'était pas facile. Il menait une bataille d'abord contre l'ancien président du comité de normalisation de son pays, Seidou Mbombo Njoya, mais aussi contre le ministre camerounais des Sports, mais également contre la Confédération africaine de football, CAF, qui l'avait déclaré inéligible. Mais Samuel Eto'o étant Samuel Eto'o, il a poursuivi l'affaire jusqu'au Tribunal arbitral du sport, le TAS, qui lui a donné finalement raison
Le TAS, qui lui a donné raison, c'est donc le Tribunal arbitral du sport. Mais en janvier dernier, comme vous l'avez dit, la CAF avait refusé qu'il soit candidat en prétextant « qu'il avait gravement violé les principes d'éthique, d'intégrité et d'esprit sportif en acceptant de devenir l'ambassadeur d'une société de paris sportifs ». Comment a-t-il réussi cette remontada finalement ?
C'est tout à fait simple parce qu’il a saisi le TAS, il a amené tous ses dossiers, il a pris de bons avocats, il a défendu son dossier. Le TAS lui a donné raison. Il appartenait à la CAF de prendre une seule mesure, c'est-à-dire d’aller saisir ce qu'on appelle la Cour fédérale suisse. Mais la CAF était obligée, compte tenu de cette situation de fait qui s'imposait à elle, d'accepter cette candidature-là. Et Samuel Eto'o a fini par être élu. Il fallait le voir ici, au Caire, tout souriant, parce qu'il n'avait aucune pression. Il était sûr de passer. Il est passé comme une lettre à la poste.
Et il a été élu par acclamation, c'est ça ?
Absolument. Il a été élu par acclamation, comme plusieurs autres membres aussi de différentes zones. Et quand ils ont projeté la photo de Samuel Eto'o, effectivement, il y a eu quand même beaucoup plus de salves d'applaudissements comparé aux autres candidats. Donc, il reste toujours populaire, plus populaire même que le président de la Confédération africaine de football. Donc c'est de bonne guerre qu'il y ait une salve d'applaudissements quand on a cité le nom de Samuel Eto'o et surtout quand on a projeté son image au niveau de l'écran géant.
Alors, vous l'avez dit, derrière la décision anti Samuel Eto'o du mois de janvier dernier, beaucoup, à tort ou à raison, ont vu la main du ministre camerounais des Sports, Narcisse Mouelle Kombi, et du Camerounais qui siégeait jusqu'ici au comité exécutif de la CAF, Seidou Mbombo Njoya. Mais est-ce que le président de la CAF, le Sud-Africain Patrice Motsepe lui-même, ne manœuvrait pas lui aussi en coulisses contre Samuel Eto’o ?
Je n'irai pas jusque-là. D'autant plus que les organes qui s'occupent de l'éligibilité des candidats sont des organes indépendants. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'au niveau de ces organes, tous ont déclaré Samuel Eto'o fils inéligible. Toutefois, il a poursuivi donc son combat jusqu'au niveau du Tribunal arbitral du sport. Il a obtenu gain de cause. Aujourd'hui, il est là. Reste à savoir maintenant si, dans les quatre prochaines années, il envisagera de briguer la présidence de la Confédération africaine de football et pourquoi pas devenir président, par exemple, là où Michel Platini a échoué en Europe.
Oui. Vous dites qu'il peut viser dans quatre ans la succession de Patrice Motsepe ?
Pourquoi pas ? Parce que c'est quelqu'un qui a beaucoup d'ambition. Quelqu'un qui est courageux. Beaucoup de gens le pensent ici, dans les coulisses. Samuel Eto'o pourrait être candidat. Pourquoi pas en 2029.
Hier, au Caire, ont été élus également les six nouveaux représentants de la CAF au Conseil permanent de la FIFA. Et là, il y a de sacrées surprises, Abdoulaye Thiam ?
Absolument. Il y a de sacrées surprises. D'abord, c'est le fait de voir Amaju Melvin Pinnick du Nigeria qui n'a pas été reconduit. Mais la plus grosse surprise, c'est Me Augustin Senghor, premier vice-président de la Confédération africaine de football, qui termine sixième sur six. Sur 53 voix, il n'a pu en obtenir que treize. Là quand même, il y avait une grosse surprise, d'autant plus que, partout en Afrique, on entend de lui que c'est quelqu'un qui est doté d'une probité intellectuelle et morale sans commune mesure.
Est-ce à dire que, pour être élu, il faut non seulement avoir un bon programme, mais manœuvrer en coulisses, avec peut-être des méthodes pas toujours orthodoxes ?
De toute façon, ce sont des lobbys qui se saisissent de la CAF, de la FIFA, du CIO. Un peu partout, on constate qu'il y a des lobbys. Quand on regardait le dépouillement, on se rendait compte qu’on avait donné une liste à l'avance pour qui voter. Donc il y a trop d'arrangements dans les votes. Mais ça aussi, ce n'est pas l'apanage de la CAF. Je le dis et je le répète, que ça se soit à la FIFA, que ça soit au CIO. Et c'est vraiment dommage, parce que la conséquence immédiate, c’est qu’Augustin Senghor a remis sa démission à Patrice Motsepe, il ne va plus être premier vice-président de la Confédération africaine de football parce qu'il ne bénéficie plus de la confiance de ses pairs.
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