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Cet été, RFI vous emmène à la découverte des objets de pouvoir, des objets qui sont devenus des symboles de l'autorité de certains hommes d'État ou d'acteurs politiques du continent. Dans cet épisode, nous allons au Kenya pour parler du chasse-mouche, qu’avait adopté Jomo Kenyatta. Il est devenu le premier président du pays le 12 décembre 1964, un an après l’indépendance, et l’est resté jusqu’à sa mort, le 22 août 1978. Les images d’archives le montrent brandissant son chasse-mouche, un accessoire fait à partir d’une queue de vache qui fait sens pour sa communauté, les Kikuyus, mais qui l'aide aussi à affirmer sa position de chef d'État.
De notre correspondante à Nairobi,
Mai 1963, élections générales au Kenya. Jomo Kenyatta est alors le leader de KANU, le parti en tête. Il est photographié jubilant, brandissant son chasse-mouche. « Kenyatta était toujours avec son chasse-mouche, raconte Anaïs Angelo, historienne à l’académie des sciences de l’Autriche, et autrice d’un livre sur l’arrivée au pouvoir et la présidence de Jomo Kenyatta. C’est un objet qu’il apportait avec lui partout où il allait et que l’on retrouve aussi sur toutes les représentations de Kenyatta que ce soit des photos, des statues... Ça fait partie de son personnage politique ».
Cet objet, selon cette historienne, a permis à l'ancien président de renforcer son image d’homme proche du peuple : « Dans sa manière de gouverner, il a un rapport très personnel. Ce n’est pas quelqu’un qui investit énormément par exemple dans les médias. Par contre, il va dans des cérémonies collectives, locales... il visite souvent les gens. Et je pense qu’il faut prendre le chasse-mouche comme quelque chose que tout le monde a, qui est quelque part assez banal, assez traditionnel, mais qui est crédible ».
À lire aussiJomo Kenyatta, défenseur des droits des Kikuyu (1&2)
Dans la culture kikuyu, dont est originaire Jomo Kenyatta, le chasse-mouche permet d'éloigner les insectes, mais il est aussi utilisé pour saluer ou asperger de l’eau bénite lors de cérémonies. Ce sont les hommes qui s’en servent, les plus âgés de la communauté. C'est aussi cet ancrage culturel qu'a voulu montrer Kenyatta, affirme James Nene, secrétaire général du Conseil des anciens Kikuyus : « Traditionnellement, le chasse-mouche permet d’établir un statut d’ancien au sein de la communauté. Aucun ancien ne sortait sans son chasse-mouche. Jomo Kenyatta respectait et suivait la culture kikuyu. Il utilisait donc le chasse-mouche comme un moyen d’identification, à sa culture et à son statut. Cela complétait son image d’ancien et d’homme d’État ».
Une image qu’il a soigneusement construite dès 1938, quand il choisit de s'appeler Jomo Kenyatta. « Jomo Kenyatta a inventé son personnage, il a inventé son nom, remarque Anaïs Angelo. C’était quelqu’un qui n’était pas nécessairement prédit pour faire de la politique. C’était un jeune, dans une société kikuyu qui respecte la séniorité. Pour affirmer son autorité politique, il s’est créé un personnage de sage, d’ancien ».
En plus du chasse-mouche, il adopte également un chapeau traditionnel Luo, une des plus importantes communautés au Kenya. Et celle dont est originaire celui qui deviendra son rival, Oginga Odinga.
À lire aussiKenyatta vs Odinga: début et fin d'une guerre dynastique au Kenya
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Mai 1963, élections générales au Kenya. Jomo Kenyatta est alors le leader de KANU, le parti en tête. Il est photographié jubilant, brandissant son chasse-mouche. « Kenyatta était toujours avec son chasse-mouche, raconte Anaïs Angelo, historienne à l’académie des sciences de l’Autriche, et autrice d’un livre sur l’arrivée au pouvoir et la présidence de Jomo Kenyatta. C’est un objet qu’il apportait avec lui partout où il allait et que l’on retrouve aussi sur toutes les représentations de Kenyatta que ce soit des photos, des statues... Ça fait partie de son personnage politique ».
Cet objet, selon cette historienne, a permis à l'ancien président de renforcer son image d’homme proche du peuple : « Dans sa manière de gouverner, il a un rapport très personnel. Ce n’est pas quelqu’un qui investit énormément par exemple dans les médias. Par contre, il va dans des cérémonies collectives, locales... il visite souvent les gens. Et je pense qu’il faut prendre le chasse-mouche comme quelque chose que tout le monde a, qui est quelque part assez banal, assez traditionnel, mais qui est crédible ».
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Une image qu’il a soigneusement construite dès 1938, quand il choisit de s'appeler Jomo Kenyatta. « Jomo Kenyatta a inventé son personnage, il a inventé son nom, remarque Anaïs Angelo. C’était quelqu’un qui n’était pas nécessairement prédit pour faire de la politique. C’était un jeune, dans une société kikuyu qui respecte la séniorité. Pour affirmer son autorité politique, il s’est créé un personnage de sage, d’ancien ».
En plus du chasse-mouche, il adopte également un chapeau traditionnel Luo, une des plus importantes communautés au Kenya. Et celle dont est originaire celui qui deviendra son rival, Oginga Odinga.
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