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Afrique mémoires d'un continent donne la parole aux aînés, femmes et hommes, aux savoirs précieux, pour qu'ils nous racontent l'histoire de l'Afrique et le rapport qu'ils entretiennent avec le continent. Ces grandes voix du continent reviennent sur quatre séquences de leur choix, quatre moments cruciaux qui les ont marqués, travaillés, inspirés.
Avec l’écrivain et essayiste Sami Tchak, Prix Cheikh Hamidou Kane pour « Mélodie pour une douleur » (éd. Continents, Lomé, Togo)
Dans cet entretien, l’écrivain togolais Samy Tchak rappelle d’abord que l’histoire doit être enseignée avec esprit critique, en croisant les traditions orales, les savoirs locaux et les recherches historiques. Il insiste sur l’importance des mythes fondateurs et de la transmission familiale, qui permettent de comprendre le monde avant de s’ouvrir à d’autres cultures. Évoquant la mort de Chaka Zoulou en 1828, il refuse une vision idéalisée du personnage. Pour lui, ce grand bâtisseur fut aussi un dirigeant d’une extrême violence, illustrant la complexité des héros historiques. Il invite à analyser les figures du passé avec lucidité.
Les défis politiques de l’Afrique contemporaineLa deuxième date retenue est le décret ghanéen de 1969 ordonnant l’expulsion des étrangers en situation irrégulière. Samy Tchak explique que cet événement l’a profondément marqué, car il a touché sa propre famille et de nombreux habitants de son village. Il y voit le symbole des tensions liées aux frontières nationales et aux migrations, rappelant que le panafricanisme se heurte aujourd’hui à la réalité des États et des intérêts nationaux. Il craint que ces phénomènes d’exclusion ne se reproduisent à l’avenir. La troisième date, le discours de La Baule prononcé par François Mitterrand en 1990, lui permet de s’interroger sur la démocratisation de l’Afrique. Selon lui, la démocratie ne peut être imposée de l’extérieur ni considérée comme une solution universelle au développement. Il estime que les transitions démocratiques ont parfois conduit à des conflits ou à des désillusions, tout en reconnaissant que les libertés politiques demeurent essentielles.
La littérature africaine comme espace d’émulationEnfin, Samy Tchak choisit l’année 2021, marquée par les nombreux prix internationaux remportés par des écrivains africains. Il se réjouit de cette reconnaissance tout en mettant en garde contre une vision qui ferait dépendre la valeur de la littérature africaine du seul regard des institutions occidentales. Selon lui, ces récompenses sont la confirmation d’une richesse déjà ancienne. Il rappelle que plusieurs auteurs africains avaient été distingués bien avant 2021 et souligne que l’essentiel reste la qualité des œuvres, plus que les prix eux-mêmes.
By RFI5
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Afrique mémoires d'un continent donne la parole aux aînés, femmes et hommes, aux savoirs précieux, pour qu'ils nous racontent l'histoire de l'Afrique et le rapport qu'ils entretiennent avec le continent. Ces grandes voix du continent reviennent sur quatre séquences de leur choix, quatre moments cruciaux qui les ont marqués, travaillés, inspirés.
Avec l’écrivain et essayiste Sami Tchak, Prix Cheikh Hamidou Kane pour « Mélodie pour une douleur » (éd. Continents, Lomé, Togo)
Dans cet entretien, l’écrivain togolais Samy Tchak rappelle d’abord que l’histoire doit être enseignée avec esprit critique, en croisant les traditions orales, les savoirs locaux et les recherches historiques. Il insiste sur l’importance des mythes fondateurs et de la transmission familiale, qui permettent de comprendre le monde avant de s’ouvrir à d’autres cultures. Évoquant la mort de Chaka Zoulou en 1828, il refuse une vision idéalisée du personnage. Pour lui, ce grand bâtisseur fut aussi un dirigeant d’une extrême violence, illustrant la complexité des héros historiques. Il invite à analyser les figures du passé avec lucidité.
Les défis politiques de l’Afrique contemporaineLa deuxième date retenue est le décret ghanéen de 1969 ordonnant l’expulsion des étrangers en situation irrégulière. Samy Tchak explique que cet événement l’a profondément marqué, car il a touché sa propre famille et de nombreux habitants de son village. Il y voit le symbole des tensions liées aux frontières nationales et aux migrations, rappelant que le panafricanisme se heurte aujourd’hui à la réalité des États et des intérêts nationaux. Il craint que ces phénomènes d’exclusion ne se reproduisent à l’avenir. La troisième date, le discours de La Baule prononcé par François Mitterrand en 1990, lui permet de s’interroger sur la démocratisation de l’Afrique. Selon lui, la démocratie ne peut être imposée de l’extérieur ni considérée comme une solution universelle au développement. Il estime que les transitions démocratiques ont parfois conduit à des conflits ou à des désillusions, tout en reconnaissant que les libertés politiques demeurent essentielles.
La littérature africaine comme espace d’émulationEnfin, Samy Tchak choisit l’année 2021, marquée par les nombreux prix internationaux remportés par des écrivains africains. Il se réjouit de cette reconnaissance tout en mettant en garde contre une vision qui ferait dépendre la valeur de la littérature africaine du seul regard des institutions occidentales. Selon lui, ces récompenses sont la confirmation d’une richesse déjà ancienne. Il rappelle que plusieurs auteurs africains avaient été distingués bien avant 2021 et souligne que l’essentiel reste la qualité des œuvres, plus que les prix eux-mêmes.

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