Questions d'environnement

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By RFI
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Questions d'environnement episodes

  • Films catastrophe et climat, le cinéma avait-il tout prévu?

    De Soleil vert au Jour d'après, en passant par Interstellar ou Waterworld, la crise climatique inspire Hollywood : des films à grand spectacle qui s'appuient plus ou moins sur la science. 

    C’est le genre de films qu’on ne voit pas dans la sélection officielle du festival de Cannes, qui se termine samedi. Ce sont d’ailleurs des films d’un genre nouveau, la « Cli-Fi », la fiction climatique, un néologisme apparu avec la crise climatique, comme il y a la « Sci-Fi », l’abréviation de science-fiction. Des films catastrophe, parce que le changement climatique est une catastrophe.

    Le chef-d'œuvre du genre, le premier grand film à avoir marqué les esprits, dans les années 70, est Soleil vert (Soylent Green), de l'Américain Richard Fleischer. Une dystopie étouffante dans une mégalopole grise et surpeuplée, New York. La canicule, c'est toute l'année. L'eau est rare, les plantes et les animaux ont quasiment disparu et New York est devenue presque invivable. « Eh bien, allons dans une autre ville », propose l’un des personnages. « Pour quoi faire ? Elles sont toutes comme celle-ci. » « À la campagne ? » « Pas le droit d'y aller. Les fermes sont de vraies forteresses. Ils gardent les bonnes terres comme ils gardent les bateaux qui recueillent le plancton dans la mer. »

    Soleil vert et algues vertes

    Le plancton sert à fabriquer la seule nourriture disponible, des galettes qu'on appelle Soleil vert. Une piste défendue aujourd’hui par des chercheurs : les algues pourraient nourrir l'humanité. Mais dans Soleil Vert, la mer est en train de mourir et des pénuries de Soleil vert déclenchent des émeutes, que la police règle à coups de « dégageuses », des pelleteuses – on n'est pas très loin de la réalité actuelle.

    Attention, « spoiler », passez au paragraphe suivant pour éviter de connaître la fin du film, qui signe aussi un peu la fin de notre humanité : on finirait tous anthropophages. Soleil Vert, sorti en 1974, se déroule en 2022. Ouf, on n'en est pas encore là.

    Interstellar : coloniser l'espace

    Le réchauffement climatique est le point commun à beaucoup de ces films catastrophe, avec une montée en puissance à partir des années 2000, à mesure que la crise climatique se précise. Interstellar, de Christopher Nolan, sorti en 2014, raconte la Terre en 2067, une Terre devenue poussière où plus rien ne pousse. Des astronautes sont alors envoyés dans l'univers pour trouver une autre planète habitable, pour « échapper à l’extinction ». « Je reviendrai », dit le héros à sa fille. « Mais quand ? », lui répond-elle. « On trouvera un moyen. On a toujours trouvé. » Pas sûr.

    Le film a peut-être inspiré Elon Musk et ses projets de coloniser l'espace. Mais c'est irréalisable pour l’organisme humain. Il n'y a pas de planète B. Dans le genre sécheresse ultime, on peut aussi citer Mad Max : Fury Road. Les pénuries d'eau provoquent des guerres de l'eau – et on n'en est pas si loin, au Proche-Orient par exemple.

    Le Jour d'après l'effondrement du Gulf Stream

    Le dérèglement climatique engendre toujours des catastrophes majeures, comme dans Le Jour d'après, qui met en scène un climatologue (carrément) réveillé au milieu de la nuit par une catastrophe mondiale. « Allo ? » « Pardon de vous appeler si tôt. Vous vous souvenez de votre intervention à New Delhi sur la fonte de la calotte polaire qui pourrait perturber le courant Atlantique-Nord ? Je crois que c’est ce qui passe. »

    Le Gulf Stream, essentiel dans la régulation du climat, s'est effondré, la planète devient un immense glaçon. Dans la réalité, le GIEC, les experts internationaux du climat, le risque d’un dérèglement du climat provoqué par un affaiblissement du Gulf Stream est réel, mais ça ne se passerait pas aussi brutalement, en deux heures et quatre minutes. Le Jour d'après a eu un immense succès, et un véritable impact. Les spectateurs qui l'avaient vu disaient se préoccuper davantage de la crise climatique, incités à agir. Le cinéma sert aussi à cela.

    Science et spectacle

    Tous ces films catastrophe reposent sur une base scientifique, en tout cas un phénomène concret : le réchauffement climatique. Mais tous ces films sont à grand spectacle, et du côté d'Hollywood on n'a pas trop le sens de la nuance, comme dans Waterworld, où Kevin Costner fait du jet-ski sur la planète Mer : le niveau des océans a monté de plus de 7 000 mètres. C'est à peine exagéré : dans son pire scénario, les experts internationaux du GIEC prévoient une hausse du niveau de la mer de deux mètres, ce qui serait déjà énorme et toucherait plus de 200 millions de personnes. Et la montée des océans se poursuivrait encore pendant des siècles. À Hollywood, on n'a pas peur d'exagérer, on n'a pas peur de faire peur. Mais on peut aussi se faire peur en lisant le dernier rapport du GIEC, certes moins divertissant.

    4 min
  • Pourquoi le Vanuatu, l'un des pays les plus menacés par la crise climatique, risque de disparaître?

    Les Nations unies se prononcent sur un projet de résolution porté par le Vanuatu sur la responsabilité climatique des États. L'archipel du Pacifique risque d'être englouti par la montée des océans, deux à trois fois plus importante que dans le reste du monde.

    Il pourrait bien disparaître, effacé de l’humanité, alors il réagit. Un an après une décision historique de la Cour internationale de Justice, le Vanuatu poursuit le combat pour sa survie en présentant aujourd’hui à l’Assemblée générale des Nations unies un projet de résolution, soumis au vote, sur l'obligation des États à respecter leurs engagements climatiques.

    80 îles menacées

    Le Vanuatu est l’un des pays les plus menacés par le réchauffement climatique ; ce sont plus de 80 îles de l’archipel qui risquent un jour d'être totalement englouties, peut-être dès la fin du siècle, si la trajectoire climatique n'est pas inversée à temps. La hausse du niveau des océans, dans cette région du Pacifique ouest, est en effet deux à trois fois plus importante que la moyenne mondiale.

    Des villages déjà déplacés

    « Pour le Vanuatu, cela veut dire, depuis le début des enregistrements satellitaires, entre 5 et 11 millimètres par an, soit 10 centimètres en une dizaine d'années, détaille Marine Hermann, océanographe au Legos, le laboratoire océanographique de Toulouse. Pour un archipel où 80 îles culminent à quelques mètres de haut, l'impact est déjà visible : des villages ont déjà été évacués. » Des villages déplacés, une érosion des plages, et de l'eau de mer, de l'eau salée, qui pénètre dans les cultures : l'avenir du Vanuatu n'est pas très brillant.

    Le niveau monte

    L’océan monte plus vite dans la région du Vanuatu d’abord en raison de la dilatation de l'eau : où il fait chaud, l'eau se dilate davantage, prend plus de volume et le niveau monte. Pas plus que la Terre n'est plate, l'océan n'est pas plat et n’est pas au même niveau partout. Deux phénomènes sont à l'œuvre. « Un océan froid et salé va être moins élevé qu'un océan chaud et peu salé, explique Marine Hermann, également conseillère scientifique pour le littoral et l'océan à l'IRD, l'Institut de recherche pour le développement. Ensuite, il y a aussi les courants qui vont avoir un effet sur l'élévation du niveau de la mer. Par exemple, quand vous avez un fort El Niño, les courants vont changer. Le transfert d'eau entre l'océan Pacifique et l'océan Indien, qui passe par les détroits indonésiens, est normalement ralenti mais dans ce cas plus d'eau va s'accumuler dans le Pacifique. » Avec El Niño, il pleut aussi davantage dans la région, ce qui fait aussi monter le niveau de l'océan.

    Le Vanuatu s'enfonce

    Comme si cela ne suffisait pas, le Vanuatu se trouve aussi près de la ceinture de feu du Pacifique, ce qui veut dire des séismes, sur une zone tectonique très active, et un lent affaissement du sol. Et même si ce sont quelques millimètres par an, à la fin on compte en centimètres... 

    Cyclones virulents

    Enfin il y a les cyclones, de plus en plus virulents avec le changement climatique. Leur impact est encore plus fort sur des territoires déjà vulnérables. « Un cyclone qui arrive au Vanuatu va conduire à une élévation temporaire du niveau de la mer, en raison d’une très faible pression atmosphérique, des vents et d’une submersion côtière, souligne Marine Hermann, de l'IRD. Si vous êtes dans une situation où le niveau de la mer a déjà augmenté de 20 centimètres, l'effet du cyclone va être encore pire. »

    Rayés de la carte

    Le pire est à venir : si on ne réagit pas davantage, le pire pour toutes ces îles, tous ces États insulaires du Pacifique et de l'océan Indien (comme les Maldives), des paysages, des cultures et des habitants qui seront un jour rayés de la carte. Et cette fois l'expression ne sera pas galvaudée.

    3 min
  • Fallait-il sauver Timmy, la baleine échouée en Allemagne?

    La baleine à bosse, relâchée en mer, a été retrouvée morte quelques jours après au large du Danemark. La pression des réseaux sociaux et des médias a rendu inaudible la parole des experts qui estimaient impossible le sauvetage du cétacé, vu son état de santé. Les opérations n'ont fait qu'accroître les souffrances de l'animal. 

    La question peut paraître un peu brutale, surtout au regard de l'émotion que le sort de la baleine a suscitée : fallait-il sauver Timmy ? L’histoire de cette baleine à bosse échouée sur une plage de la mer Baltique a tenu en haleine l'Allemagne pendant plus d’un mois, et même le monde entier – on en a parlé sur RFI. La baleine, entravée dans des filets de pêche, était devenue la star des médias, des réseaux sociaux, on venait sur place pour la voir, il y avait même des caméras branchées sur elle en permanence... Et le 2 mai dernier, la « libération » de Timmy faisait la une du journal de la ZDF. « Le moment tant attendu est enfin arrivé. La baleine à bosse est libre », annonçait le présentateur de la deuxième chaîne de télé allemande.

    Pression populaire

    Mais sa liberté n'a pas duré bien longtemps. Transporté sur une barge jusqu'en mer du Nord, où le cétacé a été relâché, Timmy a été retrouvé mort quelques jours plus tard, au large du Danemark. Et depuis, des experts pointent la pression médiatique et populaire dans la responsabilité de cet échec. « Il y a eu une grosse influence de la part des réseaux sociaux, estime Aurore Morin, chargée de campagne Conservation marine pour IFAW, le Fonds international pour la protection des animaux. Beaucoup se prenaient un petit peu pour des experts sans l'être vraiment et exigeaient que des mesures soient prises pour venir en aide à l'animal et essayer absolument de le ramener au large. Il y a donc eu une sorte de pression exercée par des non-experts et cela a un petit peu dicté la prise de décision. Malheureusement, cela a un peu influé du mauvais côté. »

    Soins palliatifs

    Ne fallait-il quand même pas tenter de sauver Timmy ? Son sort était malheureusement scellé. De nombreux experts l'avaient dit mais ils n'ont pas été entendus. Leur message n'était pas audible au milieu de toute cette émotion. En fait, l'opération de sauvetage n'a fait qu'aggraver les souffrances de Timmy. « Dans certains cas, un sauvetage soigneusement planifié peut aboutir à la survie de l'animal, mais dans d'autres cas, et en particulier lorsque l'animal est gravement affaibli comme c'était le cas de Timmy, toute intervention supplémentaire ne peut qu'accroître les souffrances de l’animal et accélérer son déclin vers sa mort. En fait, il aurait été mieux de continuer à lui donner des soins palliatifs en attendant que sa mort survienne dans des conditions naturelles », juge Aurore Morin. 

    « Sauvez Willy »

    Ce n'est pas la première fois que des opérations de sauvetage spectaculaires se soldent par des échecs. On avait ainsi entendu beaucoup de critiques au moment d'une baleine blanche, un béluga dans la Seine près de Paris. L'animal finalement était mort. On peut aussi parler de Keiko, l'orque du film Sauvez Willy. « L’acteur » vivait en captivité dans un parc d’attraction, et après le succès du film une énorme campagne avait abouti à sa remise en liberté. Mais Keiko était morte quelques années après.

    Des milliers de baleines tuées

    La pression sociale, la médiatisation, peuvent parfois faire plus de mal. Mais toute la médiatisation autour de Timmy pourrait aussi être utile pour alerter sur le sort des baleines. Car il n’y a pas que Timmy : des milliers de baleines meurent chaque année dans des filets de pêche, dans des collisions avec des bateaux, ou en raison de la pollution sonore. « Le sort d'une baleine va plus toucher que le sort, par exemple, d'un concombre de mer ou d'une petite espèce de poisson un peu moins connue ou un peu moins emblématique ou charismatique. Mais la baleine est ce qu’on appelle une espèce parapluie. Donc en protégeant la baleine, on protège une foule d'autres animaux qui peuvent aussi souffrir des mêmes menaces qui affectent les baleines aujourd'hui », souligne Aurore Morin, d'IFAW. On n'a pas sauvé Timmy, mais on peut encore sauver les océans et ceux qui y vivent. 

    4 min
  • Au Congo-Brazzaville, les fourmis légionnaires pourraient servir à détecter et identifier les virus

    Des recherches sont actuellement menées sur des fourmis légionnaires pour identifier les virus dont elles sont porteuses après avoir ingéré des proies. Elles pourraient permettre la mise en place d'un système de surveillance sanitaire.

    Ils font décidément la une de l'actualité. Juste après la crise du hantavirus, qui vient de tuer trois personnes sur un bateau de croisière, le virus Ebola est officiellement de retour en Afrique centrale, et il a déjà tué 91 personnes dans l’est du Congo-Kinshasa, et deux autres en Ouganda, de l’autre côté de la frontière. Comment se prémunir de tous ces virus, comment mieux les détecter ? Des fourmis pourraient bien rendre service à l’espèce humaine.

    Armées de fourmis

    Il s’agit de la fourmi Dorylus, qui fait partie de ce qu'on appelle les fourmis légionnaires : de véritables armées mobiles qui peuvent compter des millions d'individus et qui dévorent tout sur leur passage, grâce à leurs grosses mandibules. « Elles sont nomades, ce qui veut dire qu'elles vont changer de nid souvent. Elles prédatent en colonie et vont couvrir des portions de la surface gigantesque, explique Léo Blondet, qui travaille sur ces fourmis légionnaires en deuxième année de thèse au Cirad, le Centre français de recherche agronomique pour le développement. Elles vont laisser peu d'espace pour que les proies s'échappent et vont ainsi échantillonner leur environnement d'une manière efficace, tout ce qu'elles pourront trouver sur leur passage. » Y compris des virus, portés par leurs proies.

    Chauves-souris et virus

    Pour les étudier, les fourmis sont prélevées dans des grottes du Congo-Brazzaville, où vivent des chauves-souris – et il est plus facile de récupérer des fourmis que des chauves-souris. « Lors de leur passage, les fourmis légionnaires Dorylus vont ingurgiter des particules virales issues de l'hôte, la chauve-souris, qui a été en amont infectée par le virus, vu que les chauves-souris sont connues comme étant des réservoirs d'un grand nombre de virus. La fourmi pourrait donc représenter une véritable sentinelle dans ces écosystèmes », détaille Amour Mounda, qui prépare lui aussi une thèse sur le sujet, à l'École des sciences chimiques et biologiques pour la santé de Montpellier et à l'université Marien Ngouabi de Brazzaville.

    Des virus contre des plantes

    Mais il y a aussi des virus sur les plantes, outre les virus portés par des animaux (et qui peuvent transmettre des maladies aux humains). Il est tout aussi important de détecter ces virus qui s'attaquent aux plantes. « Ce que les gens oublient, c'est que les virus sont responsables d'épidémies dévastatrices de cultures dans de nombreuses zones en Afrique et en Amérique du Sud, souligne Philippe Roumagnac, chercheur au Cirad et à l'Institut de santé des plantes de Montpellier, où il dirige la thèse de Léo Blondet sur les fourmis légionnaires et les plantes. Ces épidémies sont moins visibles, mais elles ont probablement autant, voire plus, d'importance localement avec la destruction de systèmes de culture, comme le manioc. Cela nous renvoie au concept de "One Health" : il paraît maintenant important de regarder la santé dans un cadre beaucoup plus large que la santé humaine en intégrant la santé animale et la santé des plantes. »

    La météo des virus

    Les premiers travaux de recherche des virus grâce aux fourmis légionnaires ont déjà permis de découvrir des virus inconnus jusqu'ici, ce qui n'est pas très étonnant : il y a des milliards de virus sur Terre et on n'en a identifié que 1 %. Les fourmis permettraient ainsi de cartographier les virus quasiment en temps réel. « Cela nous donne une image de tous ces virus qui sont présents à un temps T et qui permettent de faire une veille scientifique et technique d'abord, et puis sanitaire potentiellement après. C'est vraiment ça le concept : avoir un premier animal qui va permettre d'être préventif et de savoir avant ce qui se passe », insiste Philippe Roumagnac. Un jour, peut-être, grâce aux fourmis légionnaires, on regardera la météo des virus.

    4 min
  • Alimentation: pourquoi tout le monde mange du poulet?

    La volaille est la viande la plus consommée dans le monde : 3 000 kg de poulet sont avalés chaque seconde. L'industrialisation du poulet et la génétique ont permis de multiplier par seize la production en soixante ans, avec des prix défiant toute concurrence.

    C’est l'espèce animale, chez les vertébrés, la plus nombreuse sur Terre. À n’importe quel moment sur la planète, on peut compter, même si cela prendrait un peu de temps, quelques 25 milliards de poulets. Chaque année, environ 80 milliards de poulets sont tués dans le monde pour notre alimentation. Le poulet est ainsi la viande la plus consommée, mais cela n’a pas toujours été le cas.

    À l'origine, le poulet était d'abord un animal de compagnie, d'apparat, utilisé dans des combats, domestiqué très tard en Asie, plusieurs milliers d’années après le cochon. Et jusqu'au milieu du 20e siècle, les volailles, les poules, on les aimait surtout pour leurs œufs. « La volaille est un animal de ferme qui permet de produire des œufs, donc de la protéine pas chère et d'une qualité assez intéressante nutritionnellement, explique Pierre-Marie Aubert, directeur du programme Agriculture et alimentation à l'IDDRI, l'Institut du développement durable et des relations internationales. Il sert par ailleurs de petite réserve sur pattes pour les occasions. C'est l'origine du poulet du dimanche : pour les grandes occasions, on va se faire un coq ! » En France, c'est la fameuse poule au pot de Henri IV et la volonté prêtée au roi de se soucier du peuple.

    Croissance rapide

    Le poulet est resté un produit de luxe jusqu'à la révolution industrielle agricole. C'est après la Seconde Guerre mondiale que le poulet devient une industrie, inventée aux États-Unis Tout est concentré et standardisé (la volaille s’y prête) pour faire des économies d'échelle. Le poulet est ainsi devenu la viande la moins chère au monde.

    « Le poulet est quelque part la viande la plus proche d'un objet industriel, estime Pierre-Marie Aubert. Son cycle de production est très court : 50 jours il y a 30 ans, 25 jours aujourd'hui, jusqu'à arriver à des coûts de production du poulet qui sont juste délirants, à deux euros du kilo, et même moins de deux euros dans certains pays. Il faut 110 jours pour faire un porc, 36 mois pour faire un bœuf à l'herbe. On voit bien que ce ne sont pas les mêmes ordres de grandeur. C'est juste monstrueux ! » Résultat, entre 1960 et 2020, la production de poulets dans le monde a été multipliée par 16, quand celle du bœuf a seulement doublé – oui c'est juste monstrueux.

    Faible impact climatique

    L'avantage du poulet, c'est aussi sa faible empreinte carbone. L'élevage de volaille représente moins de 10 % des émissions de CO2 de tous les élevages de viande. Un kilo de poulet, c'est 1 kilo de CO2, alors qu'un kilo de bœuf émet 30 kilos de gaz à effet de serre. Un avantage climatique qu’il convient de nuancer. « Le poulet, contrairement à son ami le cochon et encore mieux le bœuf, mange des trucs que nous on pourrait manger. Il y a donc une compétition directe entre l'alimentation humaine et l'alimentation animale qu'on ne retrouve pas dans tout l'élevage bovin, ovin et caprin qui se fait à l'herbe, puisqu'on bouffe pas de l'herbe, jusqu'à preuve du contraire en tout cas », sourit Pierre-Marie Aubert.

    Certes, les humains ne mangent pas d'herbe, mais est-ce encore du poulet qu'on mange ? La question se pose lorsqu’on considère les conditions de production de la volaille industrielle, les performances accomplies notamment par la génétique en quelques décennies. Les gains de production augmentent de 1 % par an, et on n'arrête pas le progrès, si l'on peut dire. « Aujourd’hui, on donne 1,5 kilo d'aliments et on récupère un kilo de carcasse. Certains des généticiens qui travaillent dans la filière poulet estiment qu’on arrivera à faire grossir le poulet également avec des matières liquides. En fait, on arrivera à récupérer autant de viande que ce qu'on donne d'aliments. Le poulet pousse aussi vite parce qu’il ne bouge pas. Il est entassé dans des tout petits trucs et toute la nourriture qu'il mange est utilisée pour grossir. Donc évidemment, ce n'est pas du muscle qu'on mange, c'est un amas cellulaire », constate Pierre-Marie Aubert de l'IDDRI.

    La civilisation du poulet

    Le goût du poulet industriel peut être très discutable. Mais les protéines qu’il offre à un prix imbattable sont la recette de son succès planétaire. Chaque seconde, ce sont 3 000 kilos de poulet qui sont avalés sur la planète. Les États-Unis sont les champions du monde, avec 50 kilos par an et par personne. C'est deux fois moins en Europe, mais c'est encore beaucoup trop, quand la moyenne en Afrique dépasse tout juste les 4 kilos. Quand des archéologues se pencheront sur notre civilisation, ils trouveront du plastique et des os de poulet. 

    À écouter aussiLe poulet, le roi des tables populaires !

    4 min
  • Pourquoi la biodiversité en berne favorise les zoonoses, ces maladies animales transmissibles aux humains?

    La crise de l'hantavirus, six ans après celle du Covid, repose la question des atteintes à la nature provoquées par les activités humaines. Moins de biodiversité, c'est plus de zoonoses.

    Rien de ce que fait l’homme n’est anodin. Quand elle coupe des forêts, quand elle détourne des rivières ou quand elle assèche des zones humides, l'espèce humaine empiète sur la nature, la détruit, et tout un tas de phénomènes sont à l'œuvre. D'abord, on bouleverse un équilibre naturel, ce qui favorise l'émergence de virus que la nature contrôlait. Des animaux sauvages se retrouvent aussi au contact des populations humaines. Enfin, des espèces disparaissent, ce qui n’est pas sans conséquences, comme on peut le voir par exemple avec le paludisme, la maladie transmise par les moustiques.

    « On va en fait déstabiliser les écosystèmes et des groupes d'espèces vont disparaître, décrit Hélène Soubelet, la directrice de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité. La disparition de ces groupes d'espèces entraine aussi la disparition de leurs fonctions écologiques. L’une des fonctions écologiques des batraciens est de manger des insectes. Lorsqu'il y a une déforestation, les populations s'effondrent et à ce moment-là, les proies, qui sont les insectes, n'ont plus de prédateurs ou ont beaucoup moins de prédateurs ; elles vont donc augmenter. Toutes les maladies à transmission vectorielle vont donc être favorisées par ces déforestations. » La déforestation entraîne chaque année dans le monde la perte de plus de 10 millions d'hectares d'espace naturel ; c'est comme si on rayait de la carte la Corée du Sud ou le Bénin.

    L'effet de dilution

    Une nature préservée limite en revanche la propagation des zoonoses, avec un phénomène qu'on appelle « l'effet de dilution ». « Plus il y a de diversité, plus un pathogène va avoir potentiellement du mal à trouver son hôte préférentiel, c'est-à-dire l'animal (ou le végétal d'ailleurs) qui est compétent pour le transmettre. S'il a le choix entre dix espèces animales dont une seule est compétente, il a une chance sur dix en fait de tomber sur cette espèce compétente », explique Hélène Soubelet.

    Le changement climatique peut aussi favoriser des zoonoses. Des températures plus élevées et davantage de pluie entraînent souvent plus de nourriture, notamment pour les rongeurs, qui transmettent les hantavirus. « Les populations animales sont très dépendantes des ressources alimentaires. Donc, lorsque la ressource alimentaire augmente, les animaux vont se reproduire davantage, c'est-à-dire avoir plus de descendances, et dans ce cas-là il y aura une augmentation de la transmission des maladies », poursuit la directrice de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité.

    Les leçons du Covid-19

    Six ans après le Covid-19, on retrouve finalement les mêmes problématiques autour de la place de l'homme dans la nature. La crise du coronavirus, issu d'une chauve-souris, avait mis en évidence le déclin de la biodiversité ou encore le trafic des espèces sauvages. Mais les leçons ont été vite oubliées. « Globalement, on n'a pas changé notre façon d'habiter la planète, regrette Hélène Soubelet. On n'a pas changé notre façon de consommer, sauf à la marge. Et c’est vrai que c'est un petit peu dommage parce que tout le monde pensait que ça allait faire un électrochoc. Finalement, on est reparti comme en 40… Mais on le voit aussi pour le climat : quand il y a des grosses crises ou catastrophes climatiques qui traumatisent les gens et qui incitent à changer les modes de vie, ça ne dure pas. » Les humains ont la mémoire courte. Et on pourra refaire cette chronique dans un an – on aura déjà tout oublié.

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  • Sommet Africa Forward: comment l’Afrique peut échapper au colonialisme vert?

    Au sommet Africa Forward, entre la France et l'Afrique, qui se tient les 11 et 12 mai à Nairobi, Emmanuel Macron a déjà annoncé 23 milliards d'investissements et la création de 250 000 emplois, notamment dans le secteur de la transition énergétique. Mais derrière les opportunités économiques, il y a un risque identifié par plusieurs experts de basculer dans une certaine forme de colonialisme environnemental. Ou comment l'Afrique servirait encore les intérêts du Nord sans en profiter.

    Pour l'Afrique, le sommet Africa Forward est l'occasion de signer des contrats : énergies renouvelables, alimentation durable, ou industrialisation verte par exemple, c'est-à-dire des usines qui fonctionnent avec des énergies propres. Des enjeux majeurs alors que le continent africain possède 40% du potentiel solaire mondial, mais que la moitié de la population n'a toujours pas accès à l'électricité, que plus de 20% de la population étaient encore confrontés à la faim en 2024, et que de nombreux pays africains ne disposent pas d’un réel tissu industriel qui pourrait pourtant être pourvoyeur d’emplois. « Un million d’Africains entrent sur le marché du travail chaque mois », rappelle ainsi Elisabeth Hege, de l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI).

    En d'autres termes, le sommet entre la France et l’Afrique est l'occasion de soutenir un développement décarboné et capable de faire face à la crise climatique.

    Système extractiviste et colonialiste

    C'est l'occasion aussi de sortir du système extractiviste mis en place pendant la colonisation et qui perdure, comme c’est le cas avec les minerais africains (lithium, cuivre, cobalt, fer...) essentiels à la transition énergétique des pays développés, pour fabriquer des batteries de voitures électriques, des panneaux solaires ou des éoliennes par exemple.

    « 40% des réserves mondiales de minerais critiques se trouvent en Afrique aujourd’hui. Jusque-là, ça n’a pas toujours servi à développer l’industrie dans les pays. Les minerais, exploités par des entreprises étrangères, sortent en ressources brutes, sont transformés ailleurs, en Chine notamment, et ce ne sont pas les pays africains eux-mêmes qui en profitent », souligne Elisabeth Hege.

    De plus en plus de voix s'élèvent d'ailleurs sur le continent pour développer une industrie locale, capable de transformer ces minerais sur place, et exporter ensuite des produits qui ont plus de valeur ajoutée.

    Pour la France, « il y a là un intérêt stratégique dans la sécurisation d’accès aux minerais critiques pour ses plans de transition et d’électrification », relève la chercheuse. « Le pays pourrait proposer un autre modèle, une autre proposition de partenariat » que celui proposé notamment par la Chine qui domine le secteur. Un partenariat qui soutienne les ambitions africaines, tout en permettant de limiter la dépendance de la France au géant chinois.

    À lire aussiSommet Africa Forward à Nairobi : une deuxième journée plus politique

    L’Afrique est « maintenue en bas de la hiérarchie mondiale »

    L’opportunité est immense : « Le marché africain d'ici la fin du siècle, sera le plus grand marché de la planète, avec quatre milliards de consommateurs », estime aussi Fadhel Kaboub, économiste tunisien. « L'Europe bénéficierait d'un accès privilégié à ce marché, à la main-d'œuvre la plus jeune au monde, avec un véritable développement industriel qui créerait des millions d'emplois, tant pour les Européens que pour les Africains. » Pour le chercheur et enseignant à l’Université de Denison dans l’Ohio aux États-Unis, « il y a donc une formule "gagnant-gagnant" qui peut fonctionner ».

    Après des années de déboires en Afrique. Emmanuel Macron défend d'ailleurs un « partenariat réinventé » avec le continent. « En Afrique, nous ne sommes pas les prédateurs du XXIe siècle » a-t-il déclaré. « De la communication diplomatique », estime pourtant Fadhel Kaboub. Dans les faits, « alors que les lumières de Paris continuent de briller grâce à l'uranium du Niger, l'Afrique reste dans l'obscurité », résume une note qu’il a écrite avec Joab Okanda, expert panafricain en matière de climat, d'énergie et de développement.

    « Quand on examine en détail les investissements des Européens dans l'industrialisation verte du continent africain aujourd'hui, on voit que c'est un mélange de "greenwashing" et d'une vieille relation économique coloniale », poursuit Fadhel Kaboub, qui explique : « Lors de la colonisation, l'Afrique était censée fournir des matières premières bon marché pour le monde industrialisé. C'est encore le cas aujourd'hui. L'Afrique était censée consommer les produits venus du monde industrialisé. C'est encore le cas aujourd'hui. Enfin l’Afrique était censée récupérer les technologies obsolètes, les vieux montages à la chaîne qui n'étaient plus nécessaires au monde industrialisé, sous couvert de développement, de coopération et de partenariat. Et c’est encore le cas aujourd’hui », analyse le chercheur. Pour lui, ce système « a eu pour effet d'enfermer le continent africain en bas de la chaîne de valeur mondiale, en bas de la hiérarchie ».

    Gouvernance défaillante

    Est-ce que ce sommet changera cette règle coloniale ? Il faudrait pour cela que les leaders et les entreprises africaines s'unissent. « L’Afrique essaye de se coordonner au niveau régional », note Elisabeth Hege, de l’IDDRI en citant le traité africain pour le commerce Zlecaf ou la création de « hub industriels » comme dans le corridor de Lobito, entre l’Angola, la RDC et la Zambie. « Si ces dynamiques prennent de l’ampleur, elles permettraient d’augmenter le pouvoir de négociation de ces pays ». Fadhel Kaboub prend, lui, pour exemple l’alliance entre la France et l’Allemagne pour former le géant Airbus, capable de concurrencer Boeing. « Aucun des deux pays n'avait la capacité à lui seul de rivaliser. Il fallait créer une industrie commune, à l'échelle européenne, fondée sur le partage des ressources et des compétences, une économie d'échelle et un engagement politique à long terme. » Mais pour l’instant les politiques africaines ne sont pas à la hauteur, « les chefs d'État ont une vision trop nationaliste ».

    Pour échapper au colonialisme vert, le chercheur estime aussi qu’il est primordial pour les dirigeants africains de refuser l'exportation de minerais bruts ou d'énergie verte tant que le continent n'a pas accès lui-même à l'énergie et à ses propres usines.

    Autres impératifs : que la France (comme les autres partenaires) accepte un transfert de technologie vers le continent, que les contrats ne bénéficient pas qu'aux entreprises françaises présentes en Afrique et que ces multinationales (TotalEnergies, Orano, Vinci…) mettent fin à des pratiques contestées pour leurs conséquences sociales et environnementales.

    Enfin, il est nécessaire de réformer le système financier. La dette africaine atteint 1 860 milliards d’euros, avec « des pays qui remboursent aujourd’hui davantage qu’ils ne reçoivent en aide », et l’aide au développement apportée par la France a fortement diminué, s’alarme pour sa part le CCFD-Terre solidaire. L’ONG appelle donc la France à soutenir des annulations de dettes pour les pays en difficulté et à refonder sa relation avec l’Afrique sur une base plus équitable. 

    4 min
  • François Mitterrand, président socialiste, était-il aussi écologiste?

    Quarante-cinq ans après l'élection du premier président socialiste de la Ve République, le 10 mai 1981, quel est le bilan environnemental de ses deux septennats ?

    L'homme a incontestablement marqué la France des années 1980 et 1990. François Mitterrand, élu le 10 mai 1981, il y a 45 ans, fut le premier président socialiste de la Ve République. Mais dans ce siècle finissant, avait-il déjà saisi les enjeux du siècle suivant, un siècle devenu brûlant ? Premier indice, dans un de ses derniers discours de campagne, prononcé à Grenoble, en avril 1981, quelques jours avant le premier tour, dans lequel il rappelle que « l'Homme fait partie de la nature ».

    « Il ne faut pas laisser les choses aller, sans quoi notre oxygène, l'eau de nos rivières, la qualité de nos forêts, les équilibres naturels, nous-mêmes, dans la ville, à la campagne, où que nous soyons, nous serons emportés par le mal. Je veux dire que les socialistes ont besoin de définir une nouvelle philosophie de l'existence autour des nouveaux rapports entre l'Homme et la nature », s'exclame à la tribune le futur président. Tout y est, ou presque : la crise de la biodiversité, qu'on n'appelle pas comme ça encore. La crise climatique, elle, n'existe pas encore.

    À lire aussi1981 - L’année de François Mitterrand 1/9

    Une écologie de la nature

    François Mitterrand est l'homme de son époque, et de ses souvenirs d'enfance à la campagne. « J'étais habitué à avoir une campagne parsemée de haies, par exemple. Il y avait des haies partout. Les oiseaux venaient nicher dans ces herbes, etc. Bon, il n'y a plus de haies. Ça me surprend et j'ai tendance à dire : on a abîmé mon paysage », témoignait-il lors d'une interview sur France 3 réalisée à l'approche de la fin de son deuxième quinquennat, en 1993. L'écologie de François Mitterrand est d'abord une écologie de la nature. Il pointe alors, au début des années 1990, un problème qui s'aggrave encore aujourd'hui.

    Au-delà des convictions, des discours, il y a l'action, et dans le bilan environnemental de François Mitterrand, on peut citer la loi Littoral, majeure, qui a interdit toute construction dans une bande de 100 mètres sur les côtes françaises, une loi portée par son Premier ministre de l'Environnement, Michel Crépeau, le maire de La Rochelle qui avait inventé les vélos en libre-service, 40 ans avant les Vélib'.

    La sauvegarde de l'Antarctique

    Il y a aussi la création de l'Ademe, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, dont l'actuel gouvernement veut remettre en cause l'indépendance. Sur le plan international, on peut signaler la création de l'Observatoire du Sahel et du Sahara, en proie aux sécheresses, ou son combat, gagné contre les États-Unis aux côtés du commandant Cousteau, pour protéger l'Antarctique de toute exploitation.

    La question nucléaire, elle, symbolise parfaitement les ambiguïtés mitterrandiennes. Pour complaire aux écologistes, il promet pendant la campagne de 1981 d'arrêter la construction des centrales nucléaires. Promesse non tenue, ce qui permet à la France aujourd'hui de produire la majeure partie de son électricité décarbonée, mais ce qui a sans doute aussi freiné le développement des énergies renouvelables. 

    L'attentat du Rainbow Warrior

    Et puis il y a le nucléaire militaire, et l'attentat contre le Rainbow Warrior, le bateau de Greenpeace, la première organisation environnementale à l'époque, venue s'opposer aux essais de Mururoa dans le Pacifique, en 1985. Le premier grand scandale des années Mitterrand. « Ce sont des agents de la DGSE qui ont coulé ce bateau, fut contraint d'avouer le Premier ministre Laurent Fabius quelques semaines après l'attentat. Ils ont agi sur ordre. » Et l'ordre venait de tout en haut.

    Laurent Fabius demanda ensuite des comptes à François Mitterrand, comme le raconte son directeur de cabinet Louis Schweitzer dans un documentaire de France Télévisions : « Il lui a demandé les yeux dans les yeux : "Est-ce que vous avez autorisé cela ?" Et Mitterrand a dit : "Non, absolument." » 

    Un homme, une rose à la main

    Le bilan environnemental de François Mitterrand s'avère finalement contrasté. Les premières alertes climatiques sont ignorées, comme partout sur la planète. L'homme du 10-Mai est un président productiviste, d'avant la crise climatique, qui préfère le béton des Grands travaux et défend l'économie face aux industries polluantes : « On ne peut pas non plus les accabler au point de les forcer à fermer leur usine. Sans quoi alors il y a peut-être moins de pollution, mais il y a plus de chômage. » 45 ans plus tard, le discours n'a pas tellement changé au sommet de l'État.

    François Mitterrand est moins l'homme de la planète que des campagnes et des paysages, symbolisé par son affiche électorale, « La Force tranquille ». Un amoureux de la nature, des arbres et des fleurs. Une fleur en particulier domine les deux septennats de François Mitterrand : la rose, immortalisée dans la chanson Regarde que Barbara avait écrite au lendemain de son élection : « Un homme, une rose à la main / A ouvert le chemin… » 

    La rose était l'emblème que François Mitterrand avait choisi pour le Parti socialiste. « Chaque fois que je le peux, quand je suis en vacances, je m'occupe de mes fleurs, raconte-t-il lors d'une interview télé en 1972. Je ne suis pas un grand jardinier. Et les roses, c'est particulièrement difficile à entretenir. Alors une rose, pour le Parti socialiste, c'est un symbole. C'est pas facile, on s'y écorche les doigts, mais c'est beau. » C'est vrai, les roses c'est beau, mais ça finit par faner.

    À lire aussi«Mitterrand l’Africain»: entre nostalgie et scandales

    4 min
  • Qui est Zack Polanski, la nouvelle coqueluche des Verts britanniques?

    L'ascension fulgurante du charismatique leader des Verts britanniques ne dynamise pas seulement le Green Party dont il a pris la tête récemment. Il bouleverse l'échiquier de la politique britannique, avec un concept : « l'écopopulisme ». 

    Depuis son élection en septembre dernier avec un score stratosphérique, Zack Polanski a propulsé son parti de manière spectaculaire. Longtemps à la marge, le Green Party a gagné plus de 100 000 adhérents en quelques mois grâce à la personnalité de son nouveau chef, pourtant inconnu encore il y a un an. 

    D'abord acteur et hypnothérapeute, cet homme de 43 ans qui se se définit comme « gay, juif et vegan » est arrivé en politique tardivement. Ancien militant du mouvement radical Extinction Rebellion, il s'inscrit d’abord chez les Libéraux-démocrates en 2015 puis chez les écologistes deux ans plus tard. Siégeant à l'Assemblée de Londres depuis 2021, il fait aujourd’hui fureur dans les centres urbains, auprès des jeunes à qui il parle de prix du logement et lutte contre le chômage, d'aide sociale et de services publics, ainsi qu'auprès des électeurs musulmans. 

    Sa méthode est simple : il s'appuie sur son expérience d'acteur pour casser les codes de la politique et investit les réseaux sociaux avec une communication agressive. « Polanski apporte un vent de fraîcheur, car il n’est pas vu comme un politique conventionnel, explique Tim Bale, politologue à l’université Queen Mary à Londres. Ses talents d'acteur sont un atout : il communique avec aisance, il est très dynamique et sait gérer les questions inconfortables des journalistes. Et puis il est plutôt jeune, il a grandi à l’ère du numérique. Sa présence sur internet est donc bien plus impressionnante que celle de beaucoup de politiciens plus âgés. »

    Discours plus radical

    Le message de ce natif de Manchester est aussi plus à gauche. Il défend la justice sociale et veut mettre l'écologie au service des classes populaires. « Je sais que le dérèglement climatique inquiète, mais si les gens ne parviennent pas à se nourrir, à se chauffer, ils ne s’intéresseront pas à ce que nous disons », expliquait le dirigeant du parti lors de son élection en septembre. Alors plus que d’écologie, il parle pouvoir d’achat et inégalités dans un monde où les questions sociales et environnementales se superposent et s'imbriquent. Il propose un plafonnement des loyers et un impôt inspiré de la taxe Zucman.

    Zack Polanski tape également fort sur les riches et les grandes entreprises. Comme dans cette vidéo tournée sur une plage pour dénoncer l’obsession migratoire et les milliardaires : « Depuis le Covid, il y a plus de milliardaires qu'il n'y en a jamais eu, et alors que leur richesse a doublé, la nôtre a été réduite à néant. Pas étonnant que les gens soient en colère ! Les élites ont travaillé, elles ont inondé Westminster de lobbyistes. Elles ont veillé à ce que Farage soit présent dans toutes les émissions télé, répétant jour après jour les mêmes mensonges. » 

    Un discours anti-système, anti-élite, exactement comme le leader de l’extrême droite Nigel Farage, mais à l’autre bout du spectre politique. Il n'a jamais caché son admiration pour la stratégie de communication du chef de Reform UK. « Je méprise la politique de Nigel Farage, mais indiscutablement, il est l’un des politiciens les plus redoutables de l’histoire de ce pays, estime le dirigeant du Green Party. Je déteste le Brexit, mais il a réussi à causer le Brexit, sans même être député, à la force de son storytelling ! À nous de prendre la science, la recherche, la vérité et de raconter, nous aussi, des histoires puissantes ».

    Or aujourd'hui, Reform UK et le Green Party pourraient bien redéfinir la scène politique britannique, en pleine polarisation. « D’un côté, on observe un glissement vers la droite sur les questions d’immigration et ce qu’on appelle les "guerres culturelles" ; de l’autre, un glissement vers la gauche sur les questions environnementales et celles liées aux inégalités de richesse, analyse Tim Bale. Il existe toutefois certaines similitudes. Les deux sont considérés comme des populistes dans le sens où ils suggèrent qu’il existe un fossé infranchissable entre le peuple, d’une part, et une élite, d’autre part. »

    Sur le fond, Zack Polanski assume entièrement une approche radicale et populiste pour séduire au-delà des cercles de la gauche traditionnelle, s'autoproclamant « éco-populiste ». L'idée est en substance d'améliorer les conditions de vie des franges défavorisées et de s'en prendre aux plus fortunés, jugés responsables des problèmes sociaux et environnementaux. Une stratégie qui semble fonctionner jusqu'ici, mais qui n'est pas sans danger, souligne Daniel Boy, directeur de recherche émérite à Sciences Po à Paris. « En se radicalisant, la vraie question pour les écologistes, c'est le risque de perdre une partie de leur électorat. Une fraction plutôt au centre, qui n'est pas majoritaire, mais qui existe. »

    Déception à gauche

    Le succès des Verts britanniques ne peut pas être attribué qu'à la seule personnalité de son leader ou à sa stratégie électorale. Zack Polanski se place à gauche comme une alternative à un Labour dans la tourmente, qu'il ne se prive pas d'attaquer férocement avec une ambition affirmée : « Mon message au Parti travailliste est très clair : nous ne sommes pas là à attendre que vous nous déceviez. Nous sommes là pour vous remplacer ». Et pour cause, le Green Party récupère les déçus de Keir Starmer et de son parti. Il n'a, pour cela, pas beaucoup d'efforts à fournir.

    « Les travaillistes, le gouvernement, et le Premier ministre sont très impopulaires, souligne le chercheur Tim Bale. Ils ont déçu beaucoup de leurs adhérents les plus à gauche et ils ont offensé de nombreux musulmans britanniques par leur ambiguïté sur les actions d'Israël à Gaza. Il y a aussi une inquiétude persistante concernant la pollution des rivières et des mers britanniques. Dans les années 1980, nous avons privatisé nos compagnies d'eau et elles ont été exceptionnellement mauvaises en matière de pollution. Et même si le gouvernement travailliste est l'un des gouvernements les plus à la pointe en Europe sur le changement climatique et la décarbonation, il y a encore des gens qui voudraient voir les progrès s'accélérer. » 

    Mais Zack Polanski a aussi des faiblesses. On le dit peu solide sur l’économie ou l’Otan, et comme il tweete plus vite que son ombre, les polémiques se multiplient. Dans la foulée de l'attaque antisémite de Golders Green, où deux hommes juifs ont été blessés mercredi, il a notamment dû s'excuser auprès des forces de l'ordre après un message sur X dénonçant l'interpellation musclée du suspect.

    À lire aussiRoyaume-Uni: le Green Party se dote d'un nouveau chef «éco-populiste» pour concurrencer le Labour

    4 min
  • Pourquoi interdire la publicité pour la viande et les énergies fossiles?

    À Amsterdam, finies les affiches d'hamburgers moelleux, de vols à bas coût vers des destinations de rêve ou de SUV rutilants qui roulent au diesel. La capitale des Pays-Bas interdit désormais dans l’espace public toute publicité pour la viande et les énergies fossiles. Amsterdam emboîte ainsi le pas à une cinquantaine de villes dans le monde qui ont décidé de ne plus promouvoir ce qui nuit au climat et à l'environnement.

    De Sydney à Stockholm, de très nombreuses localités ont fait le choix de bannir la publicité pour les énergies fossiles, d'abord. Et désormais, cette interdiction s'étend également aux viandes. La raison en est assez évidente : l'élevage représente près de 14,5% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, dont environ 9% pour les bovins. Pour ces derniers, les émissions viennent de trois sources : la digestion des ruminants, la gestion du fumier et la production de l’alimentation animale. Le soja brésilien par exemple sert à nourrir les vaches de la planète, mais est également source de déforestation. Par conséquent on peut protéger le climat tout comme notre santé si l’on mange plus de légumes, de légumineuses et plus de fruits à la place de la viande. Et pour y arriver, le premier pas, c'est d'arrêter d'en faire la publicité.

    Amsterdam affiche des pièces de théâtre plutôt que les vols à bas coût

    Bien évidemment on peut toujours acheter et manger des hamburgers à la viande à Amsterdam. Mais les affiches publicitaires qui essaient de vous faire envie d'en manger ont, elles, disparu de tous les espaces contrôlés par la municipalité. Sur les panneaux d'affichage dans les rues, aux arrêts de bus, dans les gares, dans le métro, les habitants voient désormais des promotions pour des événements culturels : des spectacles, des pièces de théâtre, des concerts. Les supermarchés en revanche peuvent continuer à faire de la publicité pour la viande, tout comme les restaurants et les boucheries, mais seulement à l’intérieur de leurs locaux, pas dans l'espace public. L'interdiction ne concerne pas non plus les médias privés et les supports numériques.

    Le but est un changement de comportement

    Le but de l’interdiction de la publicité pour la viande et des énergies fossiles, c'est un changement de comportement. Est-ce que vous vous souvenez encore du cowboy sur son cheval au coucher du soleil, une cigarette au coin de la bouche ? Une image de virilité, de « coolness » à l'américaine qui a accompagné pendant des décennies des visiteurs de cinéma et des téléspectateurs du monde entier.

    La fin des pubs pour le tabac n'a pas été une baguette magique en soi. Mais elle a largement participé à « dénormaliser » ce produit dangereux pour la santé. Et bien, pour la viande et les énergies fossiles c'est pareil : on interdit d'en faire la promotion, ce qui les rend moins visibles, puis moins socialement acceptables, et cela finit par réduire la consommation.

    Nouvelle visibilité pour les alternatives 

    Bannir la publicité pour viande et énergies fossiles de l'espace public a encore une autre vertu : celle de laisser de la place à l'introduction d'alternatives, respectueuses du climat, de l'environnement et de notre santé. C’est par ce chemin qu'on peut espérer à terme, selon les scientifiques, de vrais changements de comportement et donc de vrais pas sur la voie de la transition. D'ailleurs lors de la conférence sur la sortie des énergies fossiles, la semaine dernière à Santa Marta en Colombie, l'interdiction de la publicité pour ces produits est l'une des premières mesures préconisées.

    4 min

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La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin…

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