Pour battre la droite et l’extrême droite aux élections municipales, les alliances à gauche se sont multipliées, quitte à ignorer les consignes nationales, quitte à ignorer aussi les propos de Jean-Luc Mélenchon que le Parti socialiste avait qualifiés d'« antisémites ». À Nantes, la maire PS sortante Johanna Rolland s'est alliée avec William Aucant, candidat LFI, pour le deuxième tour des municipales prévu le 22 mars. Car même si la ville est plutôt de gauche, la droite progresse. En face, Foulques Chombart de Lauwe, le candidat de droite, compte sur l'effet repoussoir que cet accord peut avoir pour certains électeurs.
Sur le marché de Talensac, à Nantes, les échanges citoyens s'enchaînent. Le candidat de droite à la municipalité (33,77% au premier tour), Foulques Chombart de Lauwe, mène campagne depuis plus de deux ans dans cette ville très ancrée à gauche. « Vous ne comptez pas revenir en arrière sur les mesures qui ont été faites pour le vélo ? », lui demande un passant. « Pas du tout, vous savez, moi je suis écolo de droite », répond-il.
Il aborde du tac au tac tous les sujets. « On a eu 62 fusillades l'année dernière et les Nantais nous attendent là-dessus. Ils jugeront Mme Rolland », complète Foulques Chombart de Lauwe. Il se dit revigoré par l'accord conclu entre la maire sortante et La France insoumise pour le second tour des municipales 2026 :
« Ça me donne une énergie folle. Mettez le mot « LFI » et vous perdez 4 ou 5 points. Et 4 ou 5 points ça suffit, c'est nous qui gagnons. Je pense que c'est ce choix qui va la faire perdre. Ma réserve de voix, elle est plutôt effectivement au centre gauche, chez les républicains universalistes démocrates qui refusent cette alliance avec l'inacceptable. Et elle est aussi dans la mobilisation des gens de la droite du centre, même les gens plus conservateurs que moi, le Rassemblement national. Personne n'est propriétaire de ses électeurs. Nous, nous avons été très clairs sur nos alliances. Le socle de nos alliances est resté le même au premier qu'au second tour. Voilà comment on va gagner. »
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Union de la gauche pour le second tour
Gisèle est une électrice de gauche très contrariée : « Jamais je ne voterai pour LFI. Ce que la maire a fait est honteux. » Plus loin avec ses enfants, Stéphanie fait son marché. Elle a voté pour le candidat LFI au premier tour. Et elle défend cette union entre Johanna Rolland (35,24% au premier tour) et William Aucant (11,20% au premier tour) : « Je la trouve plutôt judicieuse, c'était le moment de faire preuve d'union à gauche. J'ai trouvé que les consignes données par Olivier Faure n'étaient pas judicieuses, encore une fois de mon point de vue. Et je suis bien contente que dans plusieurs localités, enfin communes, les unions se fassent quand même. »
Pour cette dernière ligne droite, il n'y a plus qu'un seul tract à gauche défendu par l'insoumis William Aucant : « Depuis l'accord de lundi soir, on m'arrête dans la rue pour me remercier. Ce front-là ne vaut pas dilution. Il est clair que la future opposition de gauche à la mairie, c'est nous. »
«
C'est une forme de respect [...] de leur permettre d'être représentés »
Dans le camp socialiste, Johanna Rolland tente de reprendre la main depuis ses résultats décevants. Les chiffres du premier tour étaient bien plus serrés que prévu, alors que la maire sortante était donnée favorite : elle n'a recueilli que 1 784 voix de plus que le candidat de droite (42 599 contre 40 815 pour Foulques Chombart de Lauwe). Des scores qui ont déclenché une onde de choc dans le camp de la liste de la gauche unie, fruit de l'union du Parti socialiste, de Place publique, du Parti radical de gauche, du Parti communiste français et du groupe écologiste local, pilier depuis 2014 de la majorité municipale.
Johanna Rolland le répète depuis dimanche 15 mars : « L'heure est à la mobilisation générale. » Elle assume sa volte-face, minimisant l'entrée du mouvement de Jean-Luc Mélenchon sur sa liste :
« Une triangulaire, c'était prendre le risque de laisser cette ville à une droite dure. Et ça, je crois que les Nantaises et les Nantais ne nous l'auraient pas pardonné. Cet accord, c'est un accord dans la clarté. La liste que je conduisais au premier tour est arrivée en tête. Il m'appartenait donc de créer les conditions pour que Nantes reste à gauche. C'est le choix que les Nantais avaient exprimé majoritairement. Et puis, il y a un Nantais sur cinq qui avait fait le choix d'une autre liste de gauche que la mienne. C'est donc une forme de respect et de considération que de leur permettre d'être représentés demain au conseil municipal. »
Si les Nantais choisissent Johanna Rolland, 10 conseillers de La France insoumise seront aussi élus. Mais ils siégeront dans l'opposition.
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