Elle sera la première Française à retourner dans l’espace depuis Claudie Haigneré, il y a 25 ans. Dans un peu plus d’un mois, le 15 février, Sophie Adenot décollera vers la Station spatiale internationale depuis la base de Cap Canaveral, en Floride, pour une mission scientifique de huit mois en apesanteur. Lundi 5 janvier, à Cologne, où elle s’entraîne, l’astronaute a livré ses ultimes impressions et évoqué celles et ceux qui travailleront à ses côtés au cours de sa mission. Médecins, instructeurs, astronautes : tous veilleront, d’une façon ou d’une autre, sur elle lorsqu’elle sera à bord de l’ISS.
C’est une tradition à laquelle chaque astronaute européen se plie avant de décoller vers la Station spatiale internationale (ISS) : planter un petit arbuste à quelques pas du Centre européen des astronautes, à Cologne. Symbole d'une exploration européenne au service de « la science » et des « futures générations », cet arbre rappelle aux astronautes « d'où nous venons et ce que nous avons la responsabilité de protéger », résume la Française dont le décollage vers l’ISS est prévu le 15 février prochain.
Dans moins de 40 jours, Sophie Adenot réalisera son rêve d’adolescente. Et à l’approche du départ, la Française affiche toujours autant de tranquillité face aux caméras et micros : « Je ressens principalement de la sérénité, confirme-t-elle. Je suis très bien préparée, grâce à toutes celles et ceux qui m’ont transmis leur flambeau. Je leur adresse un merci spécial. »
Trois années d’un entraînement intensif partagé entre Cologne et Houston s’achèvent pour l’astronaute. De quoi partir l’esprit serein à 400 kilomètres au-dessus de nos têtes, dans l’ISS, où elle ne sera jamais vraiment seule. De fait, les équipes au sol suivront de près le déroulé de sa mission, nommée Epsilon.
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Des soucis de santé les premiers jours
À commencer par Bimba Hoyer, médecin allemande, en charge du suivi de l’état de santé de la Française durant l’intégralité des huit mois que durera sa mission. Les diagnostics se feront nécessairement à distance, en télémédecine. « Nous savons que de petits soucis médicaux vont survenir au cours des premiers jours de mission, développe la praticienne. Elle pourrait éprouver des vomissements les premiers jours, car en apesanteur, votre perception de l’espace est modifiée, donc c’est assez fréquent. Je serai en contact renforcé durant les premiers jours avec Sophie, puis nous établirons un diagnostic une fois par semaine. » Bimba Hoyer tient tout de même à nous rassurer : tous les voyants médicaux sont au vert, « elle est au top ! », glisse-t-elle d’un léger sourire.
Le suivi médical sera renforcé si la Française réalise une sortie extravéhiculaire, en combinaison spatiale, pour mener des opérations de maintenance à l’extérieur de l’ISS. C’est l’un des moments les plus critiques d’une mission d’astronaute. « Il faut toujours être attaché par deux sangles pour éviter d’être perdu dans l’espace comme dans le film Gravity », image Hervé Stevenin, qui dirige l'unité d'entraînement aux activités extravéhiculaires du Centre des astronautes européens à Cologne.
Répondre à ses interrogations
Il a entraîné Sophie Adenot à cet exercice périlleux dans un immense bassin d’eau de dix mètres de profondeur au Centre européen des astronautes. « Si elle fait une ou plusieurs sorties extravéhiculaires, je les suivrai de très près, explique l’instructeur. Je serai attentif à la façon dont les tâches sont réalisées par rapport à ce qui est demandé, quelles sont les difficultés et comment elles sont gérées. Il y a l'intérêt de voir tout ce qu’on lui a appris et comment cela est mis en place. Et puis je serai très fier car j’ai contribué à sa formation, donc pour moi, c’est la récompense ultime. » Une récompense sans interaction directe avec l’astronaute. Hervé Stevenin sera surtout spectateur de la mission et n’entrera pas en contact avec Sophie Adenot.
Rosemary Coogan, en revanche, interagira avec la Française. Cette Britannique fait partie de sa promotion mais ne connaît pas encore sa date de départ vers l’ISS. Alors en attendant, elle guidera Sophie Adenot dans la réalisation des expériences scientifiques. « Notre formation d’astronaute est très générale. Nous n’avons pas la connaissance spécifique de chaque expérience. Donc tous les matins et tous les soirs, nous aurons une réunion avec Sophie pour répondre à d’éventuelles questions comme : "Pouvez-vous m’indiquer la température à laquelle tel élément doit être maintenu ?" ou "À quelle vitesse dois-je le placer dans ces conditions ?" Des questions très pratiques, de la plus générale au plus petit détail. »
Sophie Adenot est la première de sa promotion européenne à décoller vers l’ISS. Ses questions et ses retours d’expérience seront donc précieux. Ils permettront à ses camarades astronautes de préparer au mieux leurs propres missions spatiales.
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