Reportage France

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By RFI
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  • À Paris, des balades dans les parcs pour identifier des plantes sauvages comestibles

    Le week-end du 19 septembre, la France fêtera les Journées du patrimoine, l'occasion de découvrir ou redécouvrir des bâtiments historiques, mais aussi des jardins, des parcs et des forêts. Alors que, selon l'institut de statistiques Insee, environ 80 % des habitants en France habitent dans des espaces urbains, les visites guidées dans des espaces verts seront nombreuses cette année. À Paris, des balades sont organisées dans le parc des Buttes-Chaumont pour découvrir des plantes sauvages comestibles.

    Autour d'un arbre, une vingtaine de personnes regardent avec intensité des petits fruits rouges. Ils écoutent Christophe de Hody, qui tient un fruit dans sa main. « La graine à l'intérieur, si j'en mange plusieurs, je meurs… La seule partie qui se mange, c'est la partie rouge qui entoure la graine, mais la graine est mortelle, vous avez compris les enfants ? » Les enfants, assis dans l'herbe, le regardent avec de grands yeux. Autour d'eux, le groupe est composé de personnes de tous âges. Ils sont venus l'écouter pour apprendre à identifier les plantes sauvages comestibles dans un parc au milieu de Paris.

    La balade fait partie du programme gratuit du Chemin de la nature, l'entreprise de Christoph de Hody, qui propose des formations sur la biodiversité en France. Il y a seulement une ou deux générations, savoir reconnaître les plantes faisait partie du quotidien. « La transmission de génération en génération s'est un peu arrêtée, et c'est ce qui marchait le mieux finalement pour répandre la connaissance, pointe-t-il. C'est un savoir qui se perd de plus en plus au niveau de la population, de moins en moins de gens vont connaître des espèces, savoir les identifier, connaître leurs usages, les cueillir, les consommer. »

    Et mieux connaitre peut aussi dire mieux savoir protéger notre environnement, poursuit Christophe de Hody. « Plus on connaîtra la nature – identifier les espèces, connaître leurs usages, et donc leur valeur directe pour l'humain, en plus de leur valeur pour les écosystèmes –, plus on la comprendra, plus on saura comment la protéger, comment l'utiliser sans l'abîmer, argumente-t-il. Toutes ces connaissances-là mèneraient forcément à vouloir la préserver, à vouloir qu'elle aille de mieux en mieux, parce que finalement, on en fait partie. »

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    Cueillir des plantes sauvages

    Au pied d'une petite colline baignée de soleil, Christophe de Hody montre des carottes sauvages puis fait passer une fleur. Lisa a 26 ans, elle découvre pour la première fois la flore sauvage à Paris. « Moi, je trouve ça super génial de comprendre un petit peu plus le monde qui nous entoure, de voir que même en plein milieu de Paris, de voir qu'il y a quand même des plantes consommables, c'est surprenant », s'enthousiasme la vingtenaire.

    Les plantes que l'on peut manger dans Paris, pour Kira aussi c'est une surprise. Mais en France, il y a plus de 6 000 espèces végétales. Alors pour éviter celles qui sont toxiques, il faut être sûr de soi quand on identifie une plante. Pour apprendre, Christophe de Hody a fait plusieurs formations de botanique. Mais une fois l'apprentissage effectué, il faut pratiquer sur le terrain. « Un bon lieu pour cueillir, c'est déjà un lieu où c'est autorisé : pas chez quelqu'un et pas dans les parcs de Paris. Et c'est un lieu qui n'est pas dans un endroit dont on sait qu'il est pollué. Pas au bord de la route, pas dans une décharge, pas autour d'une usine. pas trop dans les champs cultivés non plus, liste Christophe de Hody. Et donc c'est un endroit qui est éloigné de ces zones. »

    Pour cet amoureux de la nature, le meilleur avantage de son métier, c'est son bureau au milieu des plantes. Aujourd'hui aussi la journée se termine sous les branches d'un grand arbre, avec une liqueur de camomille sauvage pour le groupe.

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  • Protoxyde d’azote: face à la hausse des intoxications, des adolescents sensibilisés aux dangers

    Familièrement appelé proto, gaz hilarant ou ballon, le protoxyde d'azote fait des ravages en France. Sa consommation fait partie des infractions dites « du quotidien », contre lesquelles le gouvernement entend lutter avec son projet de loi RIPOST, adopté cet été. Son usage détourné sera davantage encadré et considéré comme un délit. Les mineurs représentent 10% des signalements alors même que la vente leur est interdite. À Paris, un centre de loisirs, géré cet été par des policiers dans le cadre des Journées républicaines de la jeunesse, a sensibilisé les adolescents à ces dangers.

    Assis en demi-cercle, une vingtaine d’adolescents âgés de 12 à 17 ans écoutent avec un grand intérêt la présentation sur les dangers du protoxyde d'azote. Certains passent tous leurs étés dans ce centre gratuit où le directeur Zakaria Fosso, brigadier-chef de police, leur propose des activités sportives, des voyages, mais veut aussi les protéger des dangers comme le protoxyde d’azote. « On sait que c’est encore un peu tôt pour pouvoir consommer ce produit, mais le but pour nous, la prévention, c’est que si un jour ils sont amenés à le rencontrer, ils se disent : le policier qu’on connaît m’en a parlé. Je sais quel est le risque derrière, explique le directeur. On cherche à planter cette petite graine qui fait que plus tard, ils auront ce message-là. Quoi qu’il arrive. »

    Attirés par les effets euphorisants du produit, les consommateurs s’exposent à d’autres effets moins désirables, comme un manque d’oxygène ou une perte de connaissance et, à plus long terme, des troubles de la mémoire ou encore une perte de sensibilité. Après avoir bien intégré ces risques, chaque enfant se munit d’un casque de réalité virtuelle immergé dans une soirée a priori banale. Ce garçon de quatorze ans est dans la peau d’un personnage. Il doit prendre des décisions : « Alors soit je reste à la soirée, soit je rentre. La personne, elle est bourrée, c’est elle qui conduit. Pour moi, c’est risqué, mais j’ai envie d’essayer pour voir ce qui se passe quand quelqu’un conduit avec du protoxyde. Et donc là, j’ai pris la voiture. Celui qui conduit, il est en train de prendre du protoxyde. »

    Malheureusement, tous les choix mènent à une issue tragique : « On s’est fait écraser parce qu’il pouvait plus utiliser ses pieds. Il était complètement paralysé. Le camion nous a foncé dessus », poursuit l'adolescent.

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    Un jeune sur dix a déjà inhalé du protoxyde

    C’est Maxence Berthon, de la Fondation VINCI Autoroutes, qui propose cette expérience. Il insiste sur une réalité : un jeune sur dix parmi les moins de 35 ans a déjà inhalé cette substance. Et parmi eux, la moitié était au volant d’une voiture. « L'idée, c'était de pouvoir faire prendre conscience aux jeunes à travers ce film, de jouer un peu sur leurs émotions aussi et de faire en sorte que, en sept minutes top chrono, ce qu’est la durée du film, ils repartent vraiment avec le sentiment d’avoir été sensibilisés, insiste Maxence Berthon, et aussi peut-être qu'ils se sentent porteurs de message auprès d’autres camarades qui pourraient soit prendre du protoxyde d’azote, soit être tentés à l’occasion d’une soirée. »

    L’atelier a convaincu ce groupe de filles. « Moi, je trouve que c’était bien, c’était bien fait et c’était vraiment réaliste, approuve l'une. Je n’ai jamais testé, ça m’a juste fait réaliser que c’est dangereux, on peut être paralysé, on peut mourir. » L'atelier l'a convaincue de ne jamais en prendre. « La ville où j’habite, par exemple, je vais passer le soir avec ma sœur en voiture vers 23 h et je les vois dans un coin, dans des parcs où il y a des enfants et tout, raconte une autre. Moi, ça me dégoûte, c’est dégueulasse. On les voit, ils marchent comme ça et tout. On dirait des zombies. »

    Même si la vente est interdite aux mineurs, il est relativement facile pour n’importe qui de détourner l’usage de ce produit, que l’on trouve notamment dans les siphons de chantilly. En 2022, le nombre d’intoxications a triplé sur l’année et continue d’augmenter. Alors, la vigilance du directeur Zakaria Fosso ne s’arrête pas à cette matinée de prévention. « C’est un fléau où, pour certains, une fois qu’ils sont dedans, ils ne s’en rendent pas compte, souligne-t-il. Nous, notre rôle aussi, quelque part, c’est de dire : si jamais il y a des questions, si jamais il y a des interrogations, s’il y avait un problème, on est là pour vous. »

    En cas d’urgence, il est crucial d’être pris en charge rapidement. Le gouvernement conseille de contacter les secours ou le numéro d’aide Drogues Info Service : 0 800 23 13 13. Le volet protoxyde d'azote de la loi RIPOST prendra effet le 1ᵉʳ février prochain.

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  • La fusée Vega-C envoie deux satellites dans l'espace pour analyser le changement climatique

    C'est un lancement réussi pour la fusée Vega-C, au port spatial européen à Kourou, en Guyane française, un lancement qui a eu lieu dans la nuit du lundi 14 septembre. Vega-C emportait avec elle deux satellites. Le premier est chargé de surveiller la santé des plantes, l’autre doit observer les océans et les terres émergées.

    De notre envoyée spéciale à Kourou,

    Ces satellites sont désormais en orbite basse, à 815 km au-dessus de nos têtes. Alors que le changement climatique s’aggrave, les données fournies par les satellites sont devenues essentielles pour comprendre notre impact sur la planète et réagir face aux catastrophes qui se multiplient. 

    À quelques minutes du lancement, la tension était palpable sur la terrasse du centre de contrôle Jupiter. Et le ciel nocturne s’est soudain illuminé sous le feu du propulseur de la fusée. Vega-C s’est élancée au-dessus de la forêt tropicale. « La fusée a été tellement rapide ! Je ne m’attendais pas à ça !, s'exclame Marco Celesti, l’un des scientifiques de la mission. Et quand vous entendez "le bang sonique", là vous réalisez que ce n’est pas juste une lumière qui s’élève dans le ciel mais une fusée qui transporte des satellites tout là-haut ! C'est vraiment incroyable. Fabuleux. »

    Cela fait 13 ans qu’il travaille sur ce projet et dans quelques jours, les satellites enverront les premiers relevés. « Et c’est là que commencera le vrai voyage pour les chercheurs : analyser les données et faire les découvertes scientifiques qu’on espère avec cette mission », s'enthousiasme le chercheur.

    Les deux satellites vont voler en tandem. Si le premier est plus expérimental, le second, Sentinel 3-C, complète une série de satellites d’observation de la Terre déjà en orbite : les satellites du programme européen Copernicus, qui compte d’ailleurs déjà d’autres Sentinel-3.

    Comprendre le changement climatique

    Et c’est Eumetsat, aux côtés de l’Agence spatiale européenne, qui va opérer le satellite pendant tout son séjour dans l’espace et récupérer ses données, essentielles pour comprendre le changement climatique. « La série de satellites Sentinel-3 fournit des observations extrêmement utiles face au changement climatique et à ses conséquences. Cette année, les Sentinel-3 ont été très importants pour observer les feux de forêt, souligne Phil Evans, directeur général d’Eumetsat. Ils montrent où débutent les feux et leur intensité. Et plus tôt les services de secours peuvent détecter ces feux, plus vite ils peuvent déployer les moyens de les éteindre et donc éviter des catastrophes. »

    Sentinel-3 est aussi un champion de l’observation de l’océan. « L’océan joue un rôle central par rapport au changement climatique. C’est lui qui entraîne les évènements météos, poursuit Phil Evans. El Niño, par exemple, est très fort cette année et sera peut-être le plus fort jamais enregistré. Et il se forme par un réchauffement de l’océan Pacifique qui va changer la météo partout sur Terre. Et comme Sentinel-3 mesure la température de l’océan, il peut directement mesurer El Niño. Et il est aussi équipé d’un altimètre, et cela peut être utilisé pour calculer très précisément les courants et les mouvements de l’eau. Sentinel-3 est donc un outil très important pour suivre le développement d’El Niño. »

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    Une quantité énorme de données

    Chaque jour, la dizaine de satellites du programme Copernicus fournit près de 25 térabits de données, toutes en accès libre et gratuit. « On a le système d'observation de la Terre qui est probablement le meilleur au monde, avec une quantité de données énormes qui sont générées par des satellites, se réjouit Mauro Facchini, chef du programme Copernicus à la Commission européenne. C'est très important d'avoir une souveraineté en Europe parce que les choses peuvent changer très rapidement et on doit être maîtres de notre technologie et ne pas être dépendants des autres. Parce que celui qui est un ami aujourd'hui peut ne pas l'être demain. C'est bien de coopérer, mais en même temps, c'est important d'avoir nos capacités propres et une indépendance. »

    Deux heures après leur lancement, les satellites sont arrivés en orbite et ont commencé à prendre le pouls de notre planète.

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  • Le projet d’un méga-incinérateur de déchets fait polémique à Vitry-sur-Seine

    Le projet d’un méga-incinérateur de déchets, baptisé « Thermo-sur-Seine », suscite l’inquiétude des habitants et associations à Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne. Le 16 juillet, ils ont manifesté devant l’Hôtel de Ville pour faire part de leur opposition. L’installation doit contribuer à alimenter en chaleur des logements et des établissements, notamment des hôpitaux, à Paris et en petite couronne. Ses défenseurs estiment que le projet participera « à la décarbonation du réseau de chaleur francilien ». Pour la mairie de Paris, à l'initiative du projet, c'est un « pilier de la transition énergétique du réseau », mais se pose la question de la santé et de l'environnement.

     

    « C’est contre l’incinérateur qu’ils veulent construire… » Dans les rues de Vitry-sur-Seine, Lucie, membre du collectif ACID-Vitry, distribue des tracts aux passants sans relâche : « On souhaite que le maximum de personnes soit au courant, afin qu’elles s’expriment sur le sujet auprès de la mairie, car elle a mis en place une forme de concertation », explique-t-elle.

    Le projet d'incinérateur, porté par la Ville de Paris, est présenté comme un moyen pour « verdir son réseau de chauffage urbain ». L'usine a pour but de produire de la vapeur en chauffant de l’eau pompée dans la Seine en brûlant notamment du bois faiblement traité et des CSR – des combustibles solides de récupération –, comprenez ici des déchets textiles, plastiques ou cartons. Pas de quoi rassurer cette autre habitante de Vitry nommée Lucie : « On ne peut pas me faire croire que les combustibles solides de récupération ne vont pas polluer », raconte-t-elle à la sortie de la gare du RER sur son vélo. « Cela n’a pas de sens, on peut très bien prendre le problème à la racine et réduire nos déchets. Je suis préoccupée par le projet, car cela va impacter la santé de ma fille, c’est sûr et certain ».

    Ce projet d'incinérateur n'est pas le premier dans la région. Le département du Val-de-Marne en possède déjà trois, dont un qui a fait l’objet de plusieurs études et où la présence de PFAS – de polluants éternels – proche du site industriel a été notamment démontrée. « Pour certains habitants, c'est une injustice sociale et environnementale de plus », souligne ainsi Amélie, membre du collectif 3R, qui a donné rendez-vous à RFI devant la gare RER des Ardoines. « Ici, c’est une ancienne zone industrielle en pleine reconversion urbaine. Vous pouvez voir les nouveaux bâtiments et également ceux en construction... Ce qu’on dénonce, c’est un phénomène cumulatif car les habitants de Vitry vont respirer non seulement l’air de l’incinérateur de Vitry, mais aussi la pollution de l’incinérateur d'Ivry qui est la ville juste à côté, et également celui de Créteil… »

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    « Nous sommes vraiment très inquiets par ces effets cocktails »

    À ses côtés, Myriam Goujjane, co-présidente de l'association ACID-Vitry, acquiesce : « Ce projet veut se construire sur des terrains qui ont déjà extrêmement souffert, et qui sont déjà pollués. Nous avons peur de "l’effet cocktail", c’est-à-dire le fait de mettre de nouvelles pollutions qu’on ne connaît pas vraiment. On nous fait croire que l’on connaît tout ça, que tout ça est maîtrisé... Mais le CSR concerne des produits relativement nouveaux et il n’y a pas tant de retours d’expérience que ça, alerte-t-elle. Donc on ne sait pas exactement ce qu’on va brûler et ce que ça va faire de brûler ces produits. On va mélanger cette pollution à d’autres pollutions plus anciennes... Nous sommes vraiment très inquiets par ces effets cocktails. »

    Depuis le début du mois de septembre, une période de consultation a été lancée jusqu'à fin octobre. Pour Benoît Guiblin, représentant du projet de Thermo-sur-Seine, cela va permettre de répondre aux inquiétudes des habitants pour « faire connaître le projet ». « D'abord, ce n’est pas un incinérateur d’ordures ménagères, c’est une chaufferie. Elle a pour vocation de produire de la chaleur et de l’eau chaude sanitaire, autrement dit de la vapeur. Deuxième élément : c’est un combustible normé. C’est-à-dire qu’il est trié et qu’il répond à des normes définies par des décrets », a-t-il répondu à RFI. « Donc la concertation est un ensemble de moments où on invite l’ensemble de la population, des citoyens, des parties prenantes et des entreprises à s’exprimer et à faire part de leurs questionnements pour donner toute l’information et toute la transparence sur le projet. Cela va se dérouler pendant les deux prochains mois, mais il y aura également un suivi derrière avec un bilan qui sera établi à l’issue de cette concertation. » Ce 15 septembre, une réunion publique a lieu à Vitry pour informer les riverains et répondre à leurs interrogations. Pas de quoi convaincre pour l'instant celles et ceux opposés au projet.

    À écouter dans 8 milliards de voisinsDéchets urbains : ce que le propre et le sale disent de nos sociétés

     

     

     

     

     

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  • L'engouement pour le sport de rue: derrière les muscles, une quête de bien-être physique et moral

    À l'occasion de la fête du sport, RFI s'intéresse au « Street workout », une pratique qui connaît un vif succès dans le paysage urbain français. Cette discipline, venue des États-Unis, a permis aux sportifs de continuer à entretenir leur corps durant les confinements. Tout se passe dehors, en toute liberté et gratuitement dans des parcs. Les jeunes s'entraident et forment une communauté. Contrairement à ce qui se passe dans les salles de sport traditionnelles, dans lesquelles on soulève de la fonte, le « Street workout » est un mélange de musculation et de gymnastique. Les adeptes de la discipline font des figures spectaculaires avec le poids du corps. Qu'est-ce qui se cache derrière cet engouement ?

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  • Un karaoké géant pour célébrer le retour de Céline Dion a enflammé la scène du Grand Rex à Paris

    Six ans qu’on l’attendait, six ans d’absence marqués par la maladie. Mais Céline Dion est de retour sur scène. La chanteuse québécoise, atteinte du syndrome de l’homme raide, donnera demain son premier concert parisien à la Plénitude Aréna, devant 40 000 spectateurs. Coup d’envoi d’un marathon avec seize concerts d’ici la fin de l’année. Pour les dix autres concerts prévus en mai 2027, les billets se sont arrachés en quelques heures. Les fans affluent du monde entier, avec des retombées économiques considérables. La chanteuse québécoise occupe une place unique dans le cœur des Français : ses chansons accompagnent leurs histoires d'amour, leurs fêtes ou leurs peines. Reportage à Paris, au Grand Rex, où un karaoké géant organisé cette semaine a réuni plusieurs générations de fans.

    Dès les premières notes, toute la salle se lève et chante à pleins poumons. 2 600 fans réunis pour célébrer les grands tubes de Céline Dion dans le plus grand cinéma d’Europe. En robe de paillettes, Oriane, 32 ans, est venue avec ses copines. « Je suis fan de Céline Dion depuis que je suis dans le ventre de ma mère ! », rigole-t-elle. En soirée, ça cartonne toujours, tout le monde chante et danse, ça n’est pas démodé !» 

    Avec sa voix cristalline, Flora, micro à la main, passe le « casting » pour monter sur la scène du Grand Rex ce soir. « L'avantage, c'est qu'elle fait tous les registres. Elle chante depuis tellement d'années que chaque époque a sa chanson ! » Comme beaucoup de personnes venues participer à ce karaoké géant, elles n'ont pas réussi à décrocher de billet pour la tournée de leur idole. « On a essayé, on est restées 8 heures derrière un ordinateur, mais on n’a pas eu de chance. C’est injuste : on avait nos places pour la tournée en 2020, puis il y a eu le Covid, sa maladie… Ça a été reporté, puis annulé. Céline, si tu nous entends, ce n’est pas juste ! »

     Animée par une maîtresse de cérémonie drag queen, la soirée retrace les grandes étapes de la carrière de Céline Dion depuis sa victoire, à 20 ans, de l’Eurovision. « Pendant que la France est en train de tomber peu à peu en amour pour elle, Céline voit plus grand, beaucoup plus grand. Et dans l'ombre, il y a un certain monsieur, René Angélil. Il a un plan très simple en tête : l'Amérique. Alors Céline, elle va bosser son anglais, elle va travailler comme une dingue. Jusqu'à ce qu'en 1993, elle sorte la chanson qui va tout faire basculer. Son premier numéro 1 aux États-Unis… Vous le connaissez ? » Et toute la salle de scander et d’entonner la chanson « The Power of Love ».

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    40 ans de carrière et toujours la même ferveur

    Pour Jeanne, la soixantaine, Céline est un modèle de résilience. « C'est quelqu'un d'abordable, de généreux, de simple malgré qu'elle s'habille en tenues haute couture. Mais elle reste proche de ses fans. Elle a un bon mental aussi. C'est quelqu'un de fort parce qu'avec la maladie qu'elle a, vraiment, ça donne du courage aux personnes malades. Comme quoi on peut se relever de tout. » 

    Son mari Jacques admire surtout sa voix d’or : « C'est quand même un mythe parce que c'est une voix qui est hors du commun. Céline Dion est un monument de la chanson. C'est incroyable tout ce qu'elle peut arriver à produire comme sons. Il y a du travail, c'est une perfectionniste, elle n’arrête pas. Parfois, il peut y avoir la technique mais pas l'émotion… Or elle, il y a les deux. Donc c'est vrai qu'il y a une émotion qui va se dégager… Ça relève un petit peu de la magie ».

    Natacha Campana, fondatrice de L'Écran Pop qui organise ces soirées de karaoké géant, estime que Céline Dion est plus qu'une star : elle fait intimement partie de la culture populaire française. « Céline Dion arrive en tête des choix de chansons dans les karaokés… Comme ses chansons sont à peu près inchantables pour quelqu'un qui n'est pas chanteur, vu qu’elles partent dans les aigus et qu’elles requièrent de la puissance, il y a vraiment ce côté libérateur, je pense. On se lâche, on chante ! » Et d’ajouter : « Céline Dion est culte dans le sens où elle réunit plusieurs générations. Il y a au moins trois générations qui ont pu grandir avec elle. Elle fait partie de nos vies finalement. » 

    Chanteuse planétaire aussi célèbre en français qu'en anglais, Céline Dion a vendu plus de 20 000 000 d'albums dans le monde, dont 25 000 000 rien qu'en France. 

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  • Bayeux privée de sa Tapisserie: «C'est comme si on perdait un membre de la famille»

    C'est un signe de confiance et d'amitié entre deux voisins : depuis ce 10 septembre 2026 et jusqu'en juillet 2027, la célèbre Tapisserie de Bayeux, qui raconte la conquête d'Angleterre par les Normands, est exposée à Londres. C'est la première fois que cette broderie traverse la Manche, un voyage rendu possible par un prêt consenti par le président français Emmanuel Macron. À Londres et dans les cercles diplomatiques, on se félicite que le projet ait abouti. Mais à Bayeux, habitants et commerçants se sentent dépossédés. 

    « Quand on est de Bayeux, la Tapisserie, on grandit avec, on va la voir à l'école, tout le monde en parle, et puis on voit les touristes défiler toute l'année. » C'est avec amertume et presque nostalgie que Mathis Laîné, salarié au sein du restaurant du Moulin de la Galette à Bayeux, parle de cette célèbre broderie millénaire. Profitant des travaux nécessaires au musée de la Tapisserie de cette cité normande de 13 000 habitants, le président français Emmanuel Macron a consenti un prêt historique au Royaume-Uni. Conclusion : voilà Bayeux privée de sa tapisserie… et de la précieuse manne financière qu'elle représente. 

    Des commerçants dépités 

    Le restaurant de Mathis Laîné est situé juste en face de la sortie du musée de la Tapisserie. À la fermeture de ce dernier, la sentence a été immédiate : « On a tout de suite constaté une baisse de la fréquentation. Le midi, cela représente 20% de chiffre d'affaires en moins, et le soir, on a une baisse d'au moins 10% », souligne avec inquiétude le jeune homme. Un manque à gagner à court terme, mais aussi pour le reste de l'année. « Depuis toujours, on vit l'hiver avec ce qu'on gagne l'été, soupire Mathis Laîné. C'est en ce moment que ça se joue, pour notre survie pour la suite ! » 

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    À quelques centaines de mètres de là, au bar-tabac et magasin de souvenirs le Balto, même bilan. « On voit bien qu'il y a moins de touristes que d'habitude ! », déplore Marie-Laure Lamare, gérante depuis dix ans de cet établissement, et qui ne décolère pas. « D'habitude, sur les trottoirs, ça parle toutes les langues, l'anglais beaucoup, on se demande même si on est bien en France ! Depuis qu'il n'y a plus la Tapisserie, ça n'a rien à voir, c'est beaucoup plus calme... » Sur son comptoir, les cartes postales et autres magnets à l'effigie de la célèbre broderie prennent la poussière : « J'avais pourtant commandé très peu de souvenirs cette année et, malgré tout, je n'ai quasiment rien vendu. C'est simple : les touristes n'ont pas vu la Tapisserie, ils n'achètent pas ! » 

    Un symbole en moins pour la ville 

    Mais Bayeux sans la Tapisserie, ce n'est pas qu'un manque à gagner pour la ville : c'est aussi une part de son identité en moins. Dans le centre-ville, des dizaines de touristes écoutent la berceuse chantée par les cloches de la cathédrale. Un petit groupe d'entre eux se réunit devant Estelle Isidor-Leroux, guide-conférencière. « Si je vous dis Bayeux, à quoi pensez-vous en premier ? », interroge celle-ci. Comme de coutume, la réponse est évidente : « La Tapisserie ! » 

    Pour cette native de Bayeux, voir ce morceau du patrimoine partir a été un vrai crève-cœur. « C'est comme si j'avais perdu un membre de ma famille », assume ce personnage pétillant. « Et puis, ajoute-t-elle, en tant que professionnelle du tourisme, il a vraiment fallu réfléchir à l'offre que l'on allait proposer en attendant le retour de la Tapisserie. ​​​​​​​»

    Comment faire vivre la grande absente ? À force de réflexion, une solution a été trouvée : Estelle Isidor-Leroux anime désormais des visites retraçant les pérégrinations de la Tapisserie dans la ville au cours de son histoire ; tandis qu'un des musées locaux propose une exposition sur sa conservation à travers les âges. D'ici l'hiver, la mairie prévoit même de lancer une « expérience immersive » destinée à faire plonger les visiteurs au cœur de la tapisserie. 

    Les institutions locales se montrent confiantes 

    Sourire ultra-bright et chemise impeccable, le directeur de l'office de tourisme intercommunal, Didier Llorca, se montre confiant et jovial. « Évidemment que la fermeture du musée de la Tapisserie a un impact sur les commerces. Et heureusement ! s'amuse-t-il. Sinon, cela voudrait dire que la fermeture d'un lieu qui fait 500 000 entrées par an n'a aucune influence sur la vitalité du centre-ville. Ce serait cela, la véritable anomalie. ​​​​​​​» Mais, pointe-t-il, « ​​​​​​​Bayeux n'a pas mis tous ses œufs dans le même panier. ​​​​​​​»

    Fait rare dans cette partie de la Normandie, son centre-ville a été totalement épargné des bombardements pendant le Débarquement, en 1944. Alors, raconte Didier Llorca, on vient à Bayeux « ​​​​​​​pour découvrir une ville médiévale d'époque ​​​​​​​», en plus de la tapisserie et de la cathédrale, mais aussi « ​​​​​​​et peut-être surtout ​​​​​​​» pour « se rendre sur les plages du Débarquement ​​​​​​​».

    Autant d'éléments qui rendent Didier Llorca serein : « On peut tout à fait supporter, même pendant une période longue de deux ans, la fermeture d'un musée comme celui de la Tapisserie. ​​​​​​​» D'autant que les chiffres avancés par la mairie semblent lui donner raison : d'après la ville, le musée de la Tapisserie ne représente que 20% du tourisme à Bayeux, contre 80% pour la cathédrale et les plages du Débarquement. 

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  • Agriculture et canicule: pour anticiper les fortes chaleurs, les céréaliers expérimentent [3/3]

    Les cultures de maïs européennes ont été ravagées par les sécheresses à répétition de cet été caniculaire. La France est loin d’être épargnée, d’après l’Association générale des producteurs de maïs, presque la moitié de la récolte de maïs en grain est inutilisable cette année. Alors pour anticiper les prochaines canicules, certains céréaliers expérimentent en apprivoisant une plante issue d’Afrique subsaharienne : le sorgho. Mais le chemin est encore long. 

    En Essonne, dans le sud de Paris, les champs de blé et de colza se succèdent presque indéfiniment. Pourtant au milieu des carrés jaunes et or, quatre petits hectares verts et rouges dénotent.

    « Nous voici au milieu d’un champ de sorgho, présente Eudes Coutté, l'un des rares cultivateurs de sorgho en France, on dirait des sortes de petits plants de maïs de 80 centimètres. La caractéristique du sorgho, c’est qu’on a un épi qui va faire des petites boules vertes qui vont rougir. C’est ces billes que l’on récolte entre septembre et novembre en fonction de la météo. »

    Le sorgho est une plante d’Afrique subsaharienne. Elle pousse dans les régions chaudes et sèches. Pour s'épanouir, la céréale a besoin d’une température comprise entre 25 et 35 degrés. S’il y a quelques siècles, elle avait du mal à pousser en France, ces quinze dernières années, de plus en plus de plantations de sorgho se développent. Eudes Coutté s’est intéressé à cette plante il y a 7 ans.

    Il raconte :  « Je me suis installée dans ma ferme il y a dix ans et je me suis dit avec le réchauffement climatique, si on ne prend pas des décisions dès maintenant, on va aller droit dans le mur, on ne pourra pas tenir une carrière de 42 ans sans changement. Donc, j'ai commencé à m'intéresser à certaines plantes, surtout des plantes venant d'Afrique et je suis arrivée sur le sorgho considéré par le WWF et par l'ONU comme une "plante du futur", donc écoresponsable ».

    En effet, le sorgho a besoin de 20 à 25 % d’eau en moins que le maïs et résiste très bien à la sécheresse. Cependant, ce n'est pas non plus une plante miracle et les trois mois complètement secs de cet été ont tout de même altéré certains épis jaunis et desséchés, selon Eudes : « Oui, le sorgho a une capacité à résister un petit peu plus à la sécheresse. Néanmoins, on voit quand même dans le champ qu'il y a certaines parties qui sont un peu plus jaunâtres et qui montrent les effets de la sécheresse et de la canicule successives. »

    Toute la société doit s’adapter

    Ludovic Joiris s’est associé à Eudes Coutté il y a trois ans. L’agriculteur cultive le lin et est très attentif à la culture d’avenir en général. Depuis près de vingt ans, il pratique l’agriculture de conservation des sols, une pratique qui permet de recréer la fertilité naturelle du sol.

    Il faut en général dix à quinze ans pour parfaitement apprivoiser une culture et les deux agriculteurs tâtonnent encore. « Il y a beaucoup d'apprentissage à faire, reconnaît Ludovic. C'est vrai que moi, je ne connais pas suffisamment donc on peaufine, on essaie d'améliorer. Cette année, j'ai eu quelques soucis parce que des limaces sont venues manger les pieds, mais quelque part la partie où il y a moins de pieds se comporte mieux que celle où il y a suffisamment de pieds parce qu'elles ont eu plus d'eau. »

    Mais le chemin est encore long, même une fois que la production sera stable, c’est toute la société qui doit s’adapter. Franck Laborde est agriculteur dans les Pyrénées-Atlantiques et président de l'Association générale des producteurs de maïs (AGPM) de la FNSEA, l'un des grands syndicats d'agriculteurs. Les syndicats regroupent aussi les cultivateurs de sorgho, beaucoup moins nombreux. Si le maïsiculteur trouve l’initiative intéressante écologiquement, il sait que, pour le moment, ce n’est pas viable.

    « Aujourd’hui, il y a 2,5 millions d’hectares de maïs en France et 35 000 hectares de sorgho. Même si le sorgho apparaît comme une bonne option face aux changements climatiques, si, derrière, le consommateur ne suit pas, les agriculteurs ne peuvent pas se permettre de produire plus d’hectares », affirme Ludovic. 

    Sans demande de la part des consommateurs (les éleveurs qui l’utilisent pour nourrir leur bête ou bien des particuliers), sans offre de la part des industriels, Eudes Coutté et Ludovic Joiris ne peuvent, pour le moment, pas vivre de la vente de sorgho. Tous les deux ont des activités alimentaires en parallèle.

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    En France, de nombreuses conséquences d'un été caniculaire se font sentir dans le secteur agricole. Après l'impact des vagues de chaleur sur les élevages de volaille, focus aujourd'hui sur le fourrage qui pourrait venir à manquer cet hiver. Face à des prairies brûlées et à des rendements de maïs en forte baisse, une grande partie des éleveurs ont entamé dès le début de l'été leurs stocks de fourrage prévus pour l'hiver, lorsque les animaux ne pâturent plus. Résultat : il va falloir s'adapter pour passer l'hiver. Reportage au sein d'une exploitation à Roy-Boissy, en Picardie. 

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    C’est une hécatombe silencieuse : des millions d’animaux sont morts en France en raison des canicules à répétition cet été. Les volailles, particulièrement sensibles à la chaleur, ont payé un lourd tribut : 2 % du cheptel national a été touché, notamment en Bretagne. Après cet été meurtrier, les aviculteurs réfléchissent déjà à des solutions d’adaptation pour l’année prochaine.

    « Ça, c’est un lot qui a subi de plein fouet la canicule », commente Antoine Chaumette en ouvrant la porte d’un des poulaillers de son exploitation bio située à Saint-Gildas-de-Rhuys, dans le département du Morbihan. À l’intérieur, une centaine de poules pondeuses délivrent un medley de caquetages et de gloussements. « On en a retrouvé mortes dans le poulailler et sur le parcours, soupire l’aviculteur. Leur corps n’arrivait plus à réguler la température. »

    L’éleveur a perdu 110 volailles sur un cheptel d’environ 3 000. Du jamais vu pour celui qui exerce depuis neuf ans, dans un département – le Morbihan – jusqu’ici peu habitué aux chaleurs extrêmes. « Nos poulets sont régulièrement dehors et la proximité de la mer apporte régulièrement un vent frais, donc les canicules nous préoccupaient assez peu », admet l’exploitant, surpris par l’épisode de juin qui aura été le plus fatal à ses gallinacés. Un épisode qui lui aura toutefois permis « de mieux connaître désormais le seuil de tolérance des animaux par rapport aux fortes températures. »

    Pris de court et peu préparé, Antoine Chaumette a tenté de réagir. Il a opté pour la ventilation naturelle en ouvrant les trappes de ses poulaillers, notamment la nuit, mais au prix d’une surveillance renforcée pour éviter d’aiguiser l'appétit des prédateurs. L’aviculteur espère à terme pouvoir créer des zones d’ombre avec les jeunes pousses d’arbres plantés il y a quelques années sur son exploitation et qui, pour l’instant, n’ont pas atteint leur taille adulte. En attendant, il a fait avec les moyens du bord : « On a tendu deux bâches près des poulaillers pour créer des zones d’ombres. »

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    Des œufs plus petits

    Ces solutions d’appoint ont été efficaces puisqu’aucune perte n’a été enregistrée dans sa ferme lors des épisodes caniculaires suivants. Mais elles n’ont pas permis d’atténuer les conséquences identifiées sur la production. « Le calibre des œufs a diminué », constate Antoine Chaumette. Dans sa main droite, un œuf de taille classique, dans celle de gauche, un exemplaire d’un bon centimètre de moins. La taille de ses poulets a aussi rétréci. Il en pointe un du doigt : « Celui-ci, d’environ 1,2 kilogramme, doit normalement peser 1,5 kilogramme. Il y a jusqu’à un tiers de poids en moins sur certaines bêtes. La surconsommation d’aliment pendant la canicule leur a davantage permis de réguler la température que de produire de la viande », développe l’éleveur.

    Loin d’être résigné ou abattu, Antoine Chaumette perçoit l’été 2026 comme « une leçon » pour les années à venir. D’ailleurs, avec d’autres aviculteurs, il réfléchit déjà à des solutions d’adaptation pour l’été prochain. La priorité : ses poulaillers. Pourquoi pas installer de la ventilation dynamique couplée à des brumisateurs ou repeindre les toits en blanc, comme le font ses confrères maraîchers, pour réfléchir les rayons du soleil au lieu de les absorber et ainsi limiter la fournaise dans ses bâtiments. « Ce sont des investissements, mais ils seront amortis en évitant des pertes les années suivantes. »

    Des volailles sensibles à la chaleur

    La surmortalité des volailles durant l’été a atteint des niveaux records en France. Jusqu’à 2 % du cheptel national a succombé aux fortes chaleurs, soit entre 3 et 4 millions de poulets, « dont 2 à 3 millions pour la seule canicule du mois de juin », précise Yann Nédélec, directeur général de l’Association nationale interprofessionnelle de la volaille de chair. « La précocité de l’épisode, sa durée et le fait que les températures n’ont pas baissé la nuit, ont provoqué des ravages dans certains élevages. »

    Cette surmortalité s’explique par l’inadaptation de certaines fermes à des canicules dépassant les 40 degrés à l’ombre et par le fait que les volailles sont particulièrement sensibles à la chaleur. Elles ne transpirent pas, elles halètent pour réguler leur température. Résultat, leur rythme cardiaque s’accélère et elles meurent le plus souvent d’épuisement ou d’étouffement.

    C’est dans l’ouest de la France, dans les Pays de la Loire et en Bretagne, que cette surmortalité a le plus lourd impact. La région armoricaine représente à elle seule un tiers de la production nationale de volailles. La mortalité y est telle que les entreprises d'équarrissage se sont vite retrouvées débordées face à l’afflux de carcasses d’animaux morts. Au point que certaines préfectures ont exceptionnellement autorisé les éleveurs à enfouir leurs bêtes sur leurs exploitations.

    Brumisation et ventilation

    Si les canicules n’ont épargné aucune branche de l’aviculture, c’est bien dans les élevages intensifs que les pertes ont été les plus importantes. Mais les grosses exploitations sont aussi les mieux équipées. À une centaine de kilomètres plus au nord du Morbihan se trouve le petit village de Mauron, où se situe la ferme familiale de Clément Moy, jeune agriculteur de 27 ans. Ses cinq poulaillers géants sont parfaitement outillés : « Une brume envoie un spray d’eau et en parallèle des ventilateurs sortent l’air vers l'extérieur du bâtiment. Ce courant d’air permet de donner un ressenti de frais », développe l’éleveur au moment où les turbines se mettent justement en marche.

    Ce système lui a permis de passer l’été sans encombre. Aucune perte dans son poulailler qui compte pas moins de 24 000 volailles et où la température n’a pas dépassé les 30 degrés quand il en faisait dix de plus à l’extérieur. « Aujourd’hui, je peux dire que j’ai réussi à traverser cet été sans casse, mais il ne faut pas croire que cela va durer éternellement comme cela », tempère l’agriculteur.

    Un modèle à repenser

    Car Clément Moy en est conscient : plus les étés seront chauds et secs, plus il sera difficile de s’adapter. Il plaide pour des changements plus profonds : « Il ne faut pas davantage de brumisation et de ventilation. Il faut se demander pourquoi notre élevage est aussi sensible à la chaleur. Et là, on en vient à des solutions plus complexes qui demandent des investissements plus difficiles à mettre en place pour investir dans des poulets plus résistants, qui grandissent moins vite, et dans des densités d’élevages moins importantes. Le cœur du sujet, c’est de s'interroger sur notre modèle. »

    Avec ses 120 vaches laitières et ses cinq poulaillers géants, le jeune éleveur pourrait passer pour un ardent défenseur de l'agriculture productiviste. Il prône au contraire la transition agroécologique dans sa ferme. Mais repenser son modèle aura nécessairement un coût : « Un poulet qui grandit moins vite et des poulaillers avec moins d’animaux, c’est une bonne chose. Mais pour nous, les charges restent identiques. Il faudra donc vendre la viande plus cher et le consommateur devra l’accepter. » Mais Clément Moy le concède : sans accompagnement politique et économique, il ne pourra rien faire. La transition est l’affaire de tous, « de tous les acteurs de la filière », conclut-il.

    À écouter dans DécryptageLes droits des animaux, défi démocratique du XXIème siècle ?

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