La presse internationale est pour le moins dubitative après l’annonce surprise par le président français d’élections législatives anticipées.
« À première vue, il n’y a guère de logique à convoquer des élections alors qu’on est en mauvaise posture, s’exclame le New York Times. C’est pourtant ce qu’a fait Emmanuel Macron (…). Après que le Rassemblement national lui a infligé une défaite cuisante dimanche lors des élections au Parlement européen, le président français aurait pu ne rien faire, estime le journal. Il aurait pu aussi remanier son gouvernement ou simplement changer de cap en contrôlant plus strictement l’immigration et en renonçant à ses projets contestés de durcissement des règles relatives aux allocations de chômage. Au lieu de cela, pointe le New York Times, Emmanuel Macron a choisi de parier sur le fait que la France, qui a voté d’une certaine manière dimanche, votera d’une autre manière dans quelques semaines. »
« Le risque, relève encore le quotidien américain, est que dans un mois Emmanuel Macron doive gouverner avec Jordan Bardella, 28 ans, qui représente tout ce qu’il déteste. Si le Rassemblement national, nationaliste et anti-immigration, remportait la majorité absolue à l’Assemblée nationale de 577 membres, un scénario peu probable, ou s’il apparaissait simplement comme le parti de loin le plus puissant, ce qui est plus plausible, Emmanuel Macron pourrait être contraint d’avaler son chapeau… »
Trois scénarios
Justement, que peut-il se passer ? « Trois résultats possibles des élections anticipées surprises de Macron », relève le Guardian à Londres. Premier scénario : « Macron récupère sa majorité », improbable, estime le quotidien britannique. « Macron est un artiste (en politique). » Mais « trop d’eau a coulé sous les ponts pour que cela se produise. »
Deuxième scénario, poursuit le Guardian : « le Rassemblement national remporte la majorité », improbable également…
Troisième scénario, le plus plausible : « un parlement dans lequel le parti de Le Pen aurait considérablement augmenté le nombre de ses députés, mais qui ne disposerait pas de la majorité absolue. (…) Macron pourrait alors tenter de rechercher des alliances avec le centre droit ou le centre gauche, mais personne ne sait dans quelle mesure il y parviendrait. » Avec comme résultat : « un Parlement encore plus divisé et, à terme, une impasse. »
Un nouveau « Front populaire »
Facteur important à prendre en compte, note pour sa part El Pais à Madrid : « la gauche française, divisée ces derniers mois par la guerre à Gaza et en Ukraine, ou par le personnalisme de Jean-Luc Mélenchon, s’est unie hier pour appeler à un "nouveau front populaire" afin de disputer les élections législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet. » Une nouvelle donne qui pourrait favoriser l’émergence d’un parlement encore divisé… Et El Pais de citer ce sondage publié hier par le magazine Challenges : « le RN obtiendrait 34% au premier tour, avec un nombre de sièges au second tour compris entre 235 et 265. En deuxième position se trouverait la gauche avec 22% et entre 115 et 145 députés, à condition qu’ils se présentent ensemble. L’actuelle majorité présidentielle arriverait en troisième position : 19% et entre 125 et 155 sièges. Ces chiffres sont à prendre (toutefois) avec des pincettes, note El Pais : avec 577 circonscriptions, deux tours de scrutin et sans connaître les candidats et les coalitions, toute projection est hasardeuse. Mais, à tout le moins, ce sondage montre le caractère risqué de la convocation anticipée de ces législatives. »
Quelle avenir pour notre démocratie ?
Libération à Paris veut croire à cette union des gauches… « D’après les premiers sondages, l’extrême droite pourrait (donc) envoyer 235 à 265 députés à l’Assemblée nationale. Seule l’union des gauches, un Front populaire version 2024, pourra faire barrage à cette vague nauséabonde. En la proposant immédiatement dès dimanche soir, l’insoumis François Ruffin a lancé une dynamique qu’il faut maintenant renforcer et accélérer. (…) Se jouera, les 30 juin et 7 juillet, l’avenir de notre démocratie. Séparée, la gauche se brisera dans les urnes, balayée par une extrême droite liberticide ; unie, elle pourra défendre nos libertés. »
Enfin, Le Figaro prédit un sort funeste à Emmanuel Macron : « mais qu’espère-t-il ? Il est peu probable que les Français changent radicalement d’opinion en un mois. Dans 96 départements sur 101, ils ont placé le Rassemblement national en tête aux élections européennes. (…) En les convoquant à des législatives comme à une session de rattrapage, Emmanuel Macron semble dire aux Français : "J'ai confiance en vous" pour changer d’avis. Mais les Français ont-ils encore confiance en lui ? »
Et Le Figaro de conclure : « à trois ans de la fin de son mandat, il prend un risque immense. Plus dure sera la chute… »