Aujourd’hui 6 juin 2024, 80e anniversaire du débarquement allié en Normandie, c’est « le jour le plus ukrainien », s’exclame Libération à Paris en première page.
En effet, souligne le journal, « Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, sera présent sur la côte normande aux côtés de Joe Biden, d’Emmanuel Macron, du roi Charles III et des autres chefs d’Etat, alors que la Russie, dans le camp des vainqueurs en 1945, sera pour la première fois absente des célébrations de ce tournant de la Seconde Guerre mondiale. Tout un symbole. Il est d’importance, pointe Libération. Le leader ukrainien ne se contentera évidemment pas de symboles, et nul doute que les discussions programmées en marge des cérémonies avec Joe Biden ou Emmanuel Macron porteront sur l’impérative accentuation de l’aide militaire occidentale pour permettre à Kiev de ne pas simplement résister aux assauts de l’armée russe, mais de gagner cette guerre. »
En effet, « l’Ukraine et son président s’imposent sur les plages de Normandie aux côtés des leaders occidentaux », relève également Le Figaro en première page. « Depuis deux ans, pointe le journal, l’Ukraine écrase toutes les réunions internationales. Les commémorations du 80e anniversaire du Débarquement sur les côtes normandes n’ont pas échappé à la règle. »
Ruptures et incertitudes…
« De sombres nuages de guerre se forment en Europe », déclaration hier du général Williams, commandant de l’armée américaine en Europe et en Afrique, cité par le New York Times. « Allusion, précise le quotidien américain, à la détermination des alliés à défendre l’Ukraine contre les attaques russes. Ce 80e anniversaire du débarquement est certes une célébration, mais il est obscurci. L’Europe est troublée et inquiète. L’extrémisme ronge ses démocraties libérales. » Et, poursuitle New York Times, « depuis plus de 27 mois, le continent est en proie à une guerre qui a coûté la vie à des centaines de milliers de jeunes Ukrainiens et Russes. La Russie n’a pas été invitée à cette commémoration alors que le rôle de l’Armée rouge soviétique dans la défaite d’Hitler a été déterminant. Il y a dix ans, le président Vladimir Poutine était présent. Aujourd’hui, il parle de guerre nucléaire. Nous vivons une période de ruptures et d’incertitudes. »
L’Occident trop assoupi ?
« Attention à ne pas s’endormir ! » prévient pour sa part le Wall Street Journal. « Les grands sacrifices du jour J et ceux de la Seconde Guerre mondiale sont nécessaires lorsque la dissuasion échoue. Les guerres ne sont pas simplement tragiques ; elles sont la conséquence du refus des sociétés libres de maintenir une défense nationale adéquate. L’Angleterre s’est assoupie dans les années 30, selon l’expression célèbre de Churchill, et les États-Unis ont fait de même, rappelle le quotidien américain. Les isolationnistes dominaient le Congrès, en particulier le parti Républicain, qui a ignoré la montée en puissance d’Hitler et de Tojo, en adoptant les lois sur la neutralité. Le prix en a été payé à Pearl Harbor, puis à Guadalcanal, Anzio, Okinawa et dans les sables d’Omaha Beach. Allons-nous refaire la même erreur ? Il y a des raisons de le penser, soupire le Wall Street Journal. L’Occident a passé les trois dernières décennies à se désarmer. L’Europe, en particulier, a vécu dans le confort de ses États-providence alors que ses armées s’érodaient. L’invasion de l’Ukraine par la Russie a réveillé certains sur le continent, mais pas suffisamment. »
L’Ukraine reprendrait-elle l’avantage ?
Une forme de pessimisme que ne partage pas Die Welt à Berlin. Sur le terrain, les russes n’avancent plus, pointe le quotidien allemand. Die Welt souligne que « l’offensive russe sur Kharkiv est bloquée, et qu’elle a subi des pertes en hommes et en matériels considérables. » En effet, « depuis que les Ukrainiens ont été autorisés à attaquer les systèmes de roquettes et d’artillerie russes sur le sol russe, les bombardements sur Kharkiv auraient considérablement diminué. »
Bref, pour le quotidien berlinois, « l’approvisionnement en munitions, qui fonctionne mieux, la levée des restrictions sur l’utilisation des armes occidentales et des missiles américains ATAC-MS sont autant d’éléments déterminants pour faire pencher la balance du côté ukrainien. »