En France, dans la dernière ligne droite de la campagne du second tour des législatives, les questions économiques ont quasiment disparu des radars. Éclipsées, mais toujours en suspens, elles se rappelleront très vite au souvenir du prochain gouvernement.
Depuis lundi, les sujets qui préoccupent les Français au quotidien sont passés au second plan. Le pouvoir d’achat était par exemple la priorité invoquée dans les intentions de vote. Avant le premier tour, les partis en lice rivalisaient sur ce thème avec des solutions détaillées : hausses des salaires pour la gauche ou la baisse des factures pour tous. Les promesses semblent déjà démonétisées. Terminées également les polémiques d’experts sur la crédibilité des programmes des deux grandes forces d’opposition, le Nouveau Front Populaire pour la gauche et le Rassemblement National pour l'extrême droite.
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Place à la politique, la peur pour les uns, le rêve pour les autres, de voir le Rassemblement National accéder à Matignon, voilà ce qui concentre les énergies focalisées sur les calculs électoraux. Voilà ce qui balaie dans la foulée toutes les questions économiques. Ces questions pourraient rapidement revenir en boomerang au lendemain du second tour.
Premier indice : la réaction de la bourse au lendemain du premier tour
La bourse de Paris a fortement rebondi lundi. En clair, les investisseurs considèrent que le pire s’est éloigné : le pire pour les marchés étant une victoire du Rassemblement National, un parti qui suscite une plus grande crainte que la gauche dans les milieux financiers. Car le RN, c'est le parti hostile à Bruxelles. Une fois au pouvoir, ce parti pourrait compliquer d'éventuelles concessions de l'Union européenne en cas de tempête financière. Le RN est donc un chiffon rouge pour la bourse. Cette peur laisse entrevoir ce qui pourrait se passer si le parti d’extrême droite obtenait la majorité absolue. L'autre scénario qui se profile, l’absence de majorité claire, ne rassure pas vraiment les marchés pour autant.
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La pression des finances publiques
Avec un déficit qui se creuse dangereusement, à plus de 5 % en 2023 et une dette à plus de 3 000 milliards d’euros, l'état des finances publiques fait désormais de la France un pays sous surveillance. De Bruxelles et des investisseurs. Quel que soit le résultat des urnes, le marché de la dette française sera tendu dans les prochains mois, le temps qu'un gouvernement stable présente sa feuille de route pour maitriser les finances publiques. Un sujet absent de cette campagne express. Très aride, c'est vrai, et surtout trop impopulaire pour être endossé par les candidats.
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L’attentisme des entreprises
L’issue du scrutin aura aussi un effet concret sur la vie des entreprises. L'incertitude qui déplait tant aux marchés pourrait paralyser aussi les chefs d'entreprise. Si elle se prolonge, les intentions d’embauche, comme les projets d’investissements, seront probablement ajournées, que ce soient parmi les entreprises françaises ou étrangères, ou du côté des ménages qui envisagent d’acheter une voiture ou un logement. L'activité du privé s'est légèrement contractée au mois de juin, note le cabinet S and P Global, cela donne un avant-goût de ce qui attend l'économie française dans les prochains mois. Elle n'a pas dit son dernier mot !