Le grand invité Afrique

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By RFI
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  • Trois ans de guerre au Soudan: «les combats continuent pratiquement dans toute la partie sud du pays»

    Cela fait trois ans, aujourd’hui, que la guerre au Soudan a démarré. Une guerre pour le pouvoir entre deux camps : celui des SAF, les Forces armées soudanaises dont le commandant est le général al-Burhan et les FSR, les Forces de soutien rapide… Des paramilitaires dirigés par le général Hemedti. Depuis près d’un an la capitale Khartoum a été récupérée par l’armée, mais le conflit s’enlise dans les montagnes du sud du pays. Cette guerre est considérée comme la pire crise humanitaire du monde par les Nations unies. Marie-Hélène Verney est la représente de l’UNHCR au Soudan, l’Agence des Nations unies pour les réfugiés.

    RFI : Trois années de guerre ici au Soudan. Est-ce que vous pourriez nous dire où en est la situation ? 

    Marie-Hélène Verney : Donc, très rapidement, un point sur ce qui s'est passé en trois ans. Un quart de la population déplacée. Il reste maintenant environ 13 millions de Soudanais en situation de déplacement, 4,5 millions plus ou moins dans des pays voisins, 9 millions déplacés internes. Et malheureusement, les combats continuent. Les combats continuent pratiquement dans toute la partie sud du pays, donc, au Darfour. Des combats très intenses dans les trois États du Kordofan, et dernièrement également dans l’État du Nil bleu, la frontière avec le Soudan du Sud.

    Une évolution que l'on voit depuis le début de l'année, c'est une utilisation beaucoup plus systématique des bombardements aériens, des attaques par drones, etc., de manière vraiment répétée et qui ne fait aucune différence ou très peu entre les infrastructures militaires et les infrastructures civiles. On a vu récemment plusieurs attaques sur des hôpitaux.

    Cette année a été marquée par la tragédie d'El-Fasher. Cette ville qui a été finalement récupérée par les Forces de soutien rapide (FSR). Pouvez-vous nous parler un petit peu de ce qu'il s'est passé et de la situation là-bas ?

    Oui, c'est très documenté. Il y a eu plusieurs rapports qui sont sortis, notamment du Haut-Commissaire des Nations unies pour les droits de l'homme, qui ont parlé de ce qui s'est passé dans les 3 à 5 jours qui ont suivi la chute d'El-Fasher. Des conclusions parlent de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et ciblés contre certaines ethnies. Il y a eu des meurtres systématiques maison par maison, et aussi pendant le déplacement. C'est-à-dire que même les gens qui fuyaient ont été attaqués. Moi-même, j'ai entendu des témoignages, vraiment… Peut-être parmi les pires témoignages que j'ai entendus en 25 ans au HCR, de femmes qui nous expliquaient comment elles ont marché 500 kilomètres pratiquement pour quitter le Darfour et sur le chemin des violences sexuelles, pratiquement systématiques à tous les checkpoints.

    Une femme m'a dit :« Voilà, ils nous ont arrêtés, ils voulaient violer ma fille qui a dix ans. Je leur ai dit : "bah non, violez-moi à la place" ». Et effectivement, c'est ce qui s'est passé. Aussi, très systématiquement, tous les hommes et les garçons qui essayaient de se déplacer étaient retenus en leur disant « Non, de toute façon, ceux-là, si on les laisse passer, ils vont rejoindre l'ennemi, ils vont se battre contre nous ». Et une des femmes qui avait perdu son mari m'a dit : « On a dû déguiser le petit qui a neuf ans en fille pour qu'ils ne le prennent pas ». Il y a un vrai problème d'impunité. Au Darfour, c'est une impunité qui dure depuis plus de 20 ans.

    Est-ce que ces pratiques, ces violences sexuelles sont le résultat de troupes incontrôlées ou est-ce qu'elles sont véritablement une arme de guerre ?

    Je pense qu'il y a un mélange, qu'il y a effectivement dans certains cas des troupes ou des milices incontrôlées. Mais je pense, et c'est d'ailleurs ce qui ressort du rapport des Droits de l'homme, c'est qu'au niveau auquel ça se passe et le nombre de cas que nous voyons - par exemple, El-Fasher, etc…- , je pense que c'est clairement une arme de guerre.

    Aujourd'hui, Khartoum reprend vie, doucement, très doucement. Mais les gens rentrent, les commerces rouvrent. Est-ce que vous pouvez nous expliquer un petit peu où on en est dans la situation des populations déplacées et réfugiées, et retournées maintenant ?

    C'est extrêmement fluide. Les zones où les gens rentrent, c'est quand les combats finissent et quand le SAF, l'armée nationale, reprend le contrôle du territoire. Donc, ça a commencé par Al-Jazirah, Sinnar, qui sont en fait deux États du pays, qui sont des États où il y a beaucoup d'agriculture, etc, et ensuite Khartoum. Donc, il y a à peu près 4,5 millions de Soudanais qui ont essayé de rentrer dans ces endroits. Et à Khartoum, on estime à 1,5 million ceux qui sont rentrés.

    Alors quand ils rentrent à Khartoum, il n'y a plus de combat. Khartoum a été miné, beaucoup miné. Il y a tout un travail de déminage qui a commencé mais qui doit continuer. Mais Khartoum a été détruit. Vraiment… Il y a eu des combats extrêmement intenses. Donc, l'infrastructure a été détruite, beaucoup de ponts ont été détruits, la grille d'électricité a été détruite, l'assainissement. 90 % des hôpitaux ne fonctionnent plus, 100 % des écoles ne fonctionnaient plus, et ça recommence petit à petit. Je pense qu'il y a encore plus important, c'est de reconstruire le tissu de la société dans un pays qui est en guerre depuis trois ans, qui, avant 2023 était déjà très divisé, où il y avait énormément de tensions pour essayer de ramener un gouvernement civil. Et évidemment, avec le conflit, il y a des tensions entre les régions du pays qui sont ressorties, il y a une hausse de la xénophobie.

    Pour le HCR, pour être clair, nous ne pensons pas que les conditions sont en place pour faciliter des retours. Mais vu que les gens rentrent parce qu'ils n'ont pas assez d'assistance où ils sont, parce qu'il y a une certaine pression pour qu'ils rentrent, je pense qu'il est vraiment très urgent d'intervenir pour reconstruire, non seulement l'infrastructure et les services de base, mais aussi vraiment une espèce de cohésion sociale. 

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  • Serge-Éric Menye: «Aucun pays au monde ne peut prétendre avoir été développé par les diasporas»

    Elles sont souvent présentées comme un moteur économique et un levier diplomatique pour transformer le continent : les diasporas africaines sont célébrées et courtisées, à la fois par les pays d’origine, les institutions internationales, les autorités françaises. « Une illusion », tranche l’essayiste et consultant Serge-Eric Menye. Dans son récent livre Le mythe des diasporas africaines, il rejette l’idée d’une « solution miracle » et appelle à une mobilisation plus structurée.

    RFI : La diaspora a été qualifiée par l'Union Africaine de « sixième région de l'Afrique ». Qu'est-ce que vous pensez de cette expression ?

    Serge-Eric Menye : Je me dis qu'il y a des gens qui ont essayé de produire quelque chose de pas très pertinent, parce qu'en réalité, ça ne veut rien dire. C'est un slogan qui n'a pas de réelle profondeur. Ça fait quelques années que c'est sur la table et aucune action n'a suivi derrière.

    En substance, dans votre livre, vous dites que les diasporas ne sont pas un moteur économique pour le continent. Pour vous, le rôle et l'influence de ces diasporas est surévalué ?

    Totalement, aucun pays dans le monde ne peut prétendre avoir été développé par les diasporas.

    Est-ce que c'est leur rôle ? C'est le rôle des gouvernements…

    C'est justement ça. Ce n’est pas aux diasporas de développer un pays. Les diasporas ont décidé de partir pour vivre ailleurs, ou sont nées ailleurs après que leurs parents aient décidé de partir. Il est inconcevable que ce soient ces personnes qu'on désigne comme étant la solution aux problèmes du pays, de leurs parents ou de leur pays précédent.

    Vous dites que les diasporas africaines ne sont pas un levier de développement pour les pays d'origine. Pourtant, le montant des transferts est important : 54 milliards de dollars d'envoi de fonds en 2023, ce n’est pas rien ?

    Oui, il y a même mieux. Il y a certaines années où on a atteint des records d'envoi de fonds. 100 milliards, c'est le record que l'Afrique a reçu en une année. Mais c'est un chiffre qui cache beaucoup de choses. Déjà, si on considère que cette somme ne sert qu'à alimenter les populations qui ont un contact vivant à l'étranger ou un lien familial qui lui permet de se nourrir, se vêtir, de se loger, etc.

    Mais pas pour des projets structurants, c’est ça ?

    C'est ça. Ça veut dire que si on commence à penser au développement sur cette base, il faudrait demander à ces personnes-là de se séparer de cette manne qui leur permet de survivre. La deuxième chose, c'est que ces sommes sont très mal réparties entre le Nigeria, l'Egypte et l'Ethiopie : il y a quasiment plus de 50 % à 60 % des sommes qui disparaissent déjà entre trois pays seulement. Et puis reprenons l'exemple de 100 milliards de dollars par an. Il y a 1 milliard 300 millions d'Africains actuellement vivant sur le continent. Ça veut dire que ça représenterait 77 $ par personne par an. Ce n’est pas sérieux.

    Vous épinglez avec une certaine acidité dans votre livre des personnalités célèbres, médiatiques, parfois des stars, qui annoncent de grands projets dans les pays d'origine. Pour vous, c'est de la poudre aux yeux tout ça ?

    Je prends l'exemple d’Akon [chanteur et producteur américano-sénégalais, NDLR] au Sénégal qui a fait miroiter monts et merveilles « avec Akon City ».

    Le Wakanda, une grande cité du futur…

    Voilà le Wakanda d'Afrique, le Singapour africain avec sa propre monnaie, son bitcoin, les trains qui volent, etc. En réalité, il ne s'est rien passé. Il y a beaucoup de communication, il a vendu du rêve à pas mal de gens, ça a déçu beaucoup de gens qui y croyaient vraiment. C'est-à-dire qu'on a lancé comme ça un ballon marketing qui existe en réalité depuis très longtemps. Ça fait des centaines d'années maintenant qu'on attend que les diasporas transforment l'Afrique. Ça ne s'est jamais produit. C'est aussi de mode maintenant que certaines stars s'affichent en Afrique avec des passeports de pays africains…

    Que les autorités leur octroient…

    Voilà. Donc c'est une connivence du rien, du vide, parce que je ne vois pas le lien entre le développement d'un pays et faire des photos avec une star qui reçoit un passeport. Je ne sais pas, mon Dieu, d'où sort cette idée ? Mais c'est à la mode !

    Qui entretient selon vous cette « mythologie des diasporas », comme vous l'appelez ?

    Il y a l’essor assez puissant des nouveaux systèmes de communication ou les réseaux sociaux où on partage de très belles histoires. Et ça a été récupéré par les institutions internationales. Il y a le FMI et la Banque mondiale qui se sont dit « effectivement, on s'est rendu compte que c'est à peu près 50 milliards de dollars qui va vers le continent africain, c'est supérieur à ce que l'Afrique reçoit au titre de l'aide au développement ». Oui, mais le montant de l'aide au développement n'est pas un critère d'appréciation sur l'efficacité d'un comportement d'un groupe ou pas. Et puis il y a le président Macron qui est venu effectivement clôturer tout ça pour en faire un levier en disant « moi, je ne parle plus avec les dirigeants africains, je traite directement avec les populations, donc les diasporas ».

    Comment mieux mobiliser les diasporas selon vous pour qu'il y ait un véritable impact ?

    La seule chose que je vois, c'est qu'il y ait une espèce de banque africaine qui soit créée soit par pays, soit une banque pour toute l'Afrique où effectivement les diasporas mettraient leur argent dessus, rémunéré. L'Afrique a un taux de croissance moyen entre quatre et 5 % par an depuis 20 ans. On peut assez facilement proposer des taux entre 7% et 9 % annuels.

    Et qu’est-ce qui se passe avec cet argent ?

    Les pays africains, plutôt que d'essuyer des refus et d'escalader des montagnes à chaque fois pour emprunter de l'argent ailleurs, pourraient directement s'adresser à ce guichet pour financer l'économie locale.

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  • Tournée africaine du pape Léon XIV: «Le dialogue inter religieux est capital dans la mission chrétienne»

    Ce lundi 13 avril le pape débute une tournée en Afrique. Léon XIV se rend d’abord en Algérie, puis au Cameroun, en Angola et enfin en Guinée Équatoriale. Onze jours de visite, 18 000 kilomètres et 7 messes… Il s'agit de sa première grande tournée internationale, après son voyage en Turquie et au Liban fin 2025, sur un continent où vivent aujourd’hui plus de 20% des fidèles catholiques du monde. Une priorité pour le Vatican selon Pierre Diarra, docteur en théologie, histoire des religions et anthropologie religieuse.

    RFI : Pierre Diarra, en choisissant le continent africain pour cette tournée qui s'annonce très dense, quel est le message du Vatican ?

    Pierre Diarra : Ce sera évidemment un message important pour les Africains, à savoir que le continent africain a fait un accueil généreux, j'ai envie de dire, au christianisme, et c'est important que le premier responsable des chrétiens puisse aller leur rendre visite. Donc, je pense qu’on est dans la continuité du pape François, de Jean-Paul II, de Benoît XVI.

    Est-ce que c'est un continent que connaît le pape Léon XIV ?

    Oui, en tant que responsable des Augustiniens, il y est déjà allé. Il veut prendre le temps de discuter avec les Africains, de prier avec eux et de délivrer un certain nombre de messages.

    La première étape, c'est donc l'Algérie. C'est la première visite d'un pape dans ce pays où l'islam est religion d'État, les catholiques y sont très minoritaires. Pourquoi ce choix ?

    Ce choix est important dans la mesure où le dialogue interreligieux est capital, j'ai envie de dire incontournable, dans la mission chrétienne. Et puis c'est un pays qui est important du point de vue de l'histoire du christianisme. Saint-Augustin a vécu entre 354 et 430. Augustin a été évêque d'Hippone, Annaba dans l'actuelle Algérie.

    Pour cette étape algérienne, le programme à ce stade ne prévoit pas un déplacement à Thibérine, là où sept moines avaient été enlevés puis assassinés il y a 30 ans.

    Non, mais c'est sous-entendu dans la mesure où le dialogue inter religieux, c'est aussi tout un message à apporter à tout un peuple, par rapport à une construction d'un pays où tout le monde, toutes les forces sont invitées pour que les choses se passent le mieux possible, aussi bien dans les relations à l'intérieur du même pays, à l'intérieur des groupes sociaux, dans les familles, mais aussi au niveau international.

    Deuxième étape : le Cameroun, avec notamment un déplacement sous haute sécurité à Bamenda, dans le Nord-Ouest anglophone. C'est l'épicentre du conflit qui oppose le gouvernement aux forces séparatistes. C'est un signal symbolique de la part du pape Léon XIV, ou politique ?

    Oui, c'est symbolique et politique à la fois. Parce que le Cameroun, c'est un pays, j'ai presque envie de dire, qui rassemble toute l'Afrique symboliquement, dans la mesure où le Cameroun a été d’une certaine manière, et pour faire court, colonisé par les Allemands, les Anglais et les Français. Et il y a la division qui peut s'opérer. Il y a une multitude de langues, on pourrait dire une multitude de peuples au Cameroun.  Et donc, il est important qu'il y ait une certaine unité et qu’ensemble, ils forment le même pays et qu'ils travaillent pour l'avenir de ce pays.

    Donc, aller sur un lieu où on a l'impression que c'est la division qui prime, ou en tout cas les difficultés de conciliation et de réconciliation qui priment, eh bien c'est symboliquement fort. Et le message du pape, effectivement, pour le Cameroun, ce sera l'unité, l'unité de tous ceux qui travaillent pour l'avenir du Cameroun.

    Alors, en ce qui concerne l'Angola, là ce sera plutôt sur des thématiques sociales que le pape est attendu, autour des ressources, des inégalités. C'est un thème cher à Léon XIV ?

    Oui, c'est un thème cher, mais ça renvoie aussi, il me semble, du point de vue de l’histoire à cette partie de l'Afrique avec le Congo et l'Angola qui ont été évangélisés, figurez-vous, dès le XVᵉ siècle. Et puis, en Guinée équatoriale, il va aussi probablement être question d'espérance. Comment, dans un pays où il y a des difficultés socioculturelles, est-ce que le christianisme aide les populations à transformer leur quotidien et à vivre avec un peu plus d'espoir, un peu plus d'espérance ?

    Certaines voix se sont élevées pour dire : « Attention, cette visite du Pape pourrait être instrumentalisée politiquement, certains pourraient s'en servir de caution ». Comment le pape peut-il éviter cette possible récupération selon vous ?

    Alors, évidemment, partout où le pape va, chacun essaie de voir ce qu'il peut prendre comme profit. Je pense qu'il ne vient pas simplement pour une population, il vient pour tout le monde. Et si chacun sait lire entre les lignes et écouter attentivement le pape, il va savoir qu'il y a des efforts à faire dans sa vie personnelle. Et au niveau des premiers responsables du pays, évidemment, eux aussi seront interpellés, d'autant plus qu'ils sont chrétiens. Donc, je ne pense pas que le pape va aller approuver l'une ou l'autre chose. Il va proposer des défis à relever auprès des pauvres, auprès des petits, auprès de ceux qui sont défavorisés, et faire comprendre aux premiers responsables qu'il y a des choses à faire si on veut que le pays et les biens du pays servent au bien commun. Ce sont des défis à relever et j'ai presque envie de dire que chacun va en avoir pour son grade et chacun va être interpellé par l'Évangile que le pape va venir proposer.

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    6 min
  • Guillaume Bisimwa, fondateur du festival Amani en RDC: «Faire de la musique un acte de résistance»

    «Faire de la musique un acte de résistance», c’est l’ambition des organisateurs du festival Amani. Organisé à Goma en 2024, l’évènement culturel majeur de la sous-région allait vers une annulation à la suite des combats dans la zone. Mais après dix ans de lutte pour faire vivre cet évènement, après une première délocalisation en 2023, le festival Amani - la paix en swahili - a bien lieu. Et il se tient ce week-end (10-12 avril) à Lubumbashi. Guillaume Bisimwa, le fondateur d’Amani est notre invité Afrique ce samedi.

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  • Dr Tidiane Ouattara (Agence spatiale africaine): «L'Afrique est le prochain eldorado des affaires spatiales»

    Bientôt le retour sur Terre pour l’équipage d’Artémis 2, après leur mission autour de la Lune. Les quatre astronautes - Etatsuniens et Canadien - doivent amerrir ce vendredi 10 avril au soir, au large de la Californie après un vol historique et des photos inédites. Une mission suivie de près par Tidiane Ouattara, président du conseil de l’Agence spatiale africaine, organe de l’UA. Le continent ambitionne de monter en puissance dans les programmes spatiaux. Pas pour marcher sur la Lune, mais pour des applications très concrètes de communication, de sécurité ou de prévisions météo. Depuis Le Caire où siège l’agence, Tidiane Ouattara est l’invité de RFI.

    RFI : Docteur Tidiane Ouattara, vous avez suivi la mission Artemis 2, qu’est-ce qui vous a marqué ?

    Docteur Tidiane Ouattara : Sincèrement, je suis très ému. C'est un signe d'espoir. Artemis 2 annonce un signal clair : on veut résider sur la Lune et il y a beaucoup de développements techniques et scientifiques qui en découleraient. Donc, pour nous qui sommes passionnés de l'espace, nous sommes en joie. Mais au-delà de cela, nous sommes heureux de voir que de nouvelles découvertes scientifiques et technologiques nous permettraient, nous Africains, de sauter des pas ou de faire des pas de géant dans le développement socio-économique en termes d'infrastructures numériques.

    Aujourd'hui, une vingtaine de pays africains disposent de programmes spatiaux. Il y a les pionniers, l'Égypte, l'Afrique du Sud, le Nigéria, le Maroc ou l'Algérie. C'est un secteur qui progresse sur le continent ?

    Oui, tout à fait. Vous avez cité des pionniers. Il y a aussi les nouveaux pays qui sont le Rwanda, l'Éthiopie, le Gabon, le Sénégal, j'en passe. Il y a des nouveaux joueurs, mais la quasi-totalité des pays africains sont de gros consommateurs des produits spatiaux. Donc notre rôle au niveau politique sera de coordonner les programmes spatiaux de telle sorte que ceux qui n'ont pas de programme puissent en bénéficier. L'Afrique est le prochain eldorado des affaires spatiales.

    Quelles sont les applications concrètes de ces programmes spatiaux pour le quotidien ?

    Parfois, quand on est en face des autorités, on nous pose la question : « Nous avons des problèmes d'eau, et vous me parlez d'espace. » Je peux vous dire que l'espace permet de résoudre deux ou trois problématiques en ce qui concerne l'eau. Par exemple, lorsque nous sommes en train de chercher les meilleurs endroits pour creuser des puits, pour quelque chose qui doit prendre cinq ans, avec l’espace on identifie en six mois, un an, les zones potentielles. Deuxièmement, l'espace nous permet de regarder et d'analyser la qualité de l'eau. Troisièmement, l'espace nous permet la gestion de l'eau pour l'irrigation. En termes de sécurité et défense, grâce à l'espace, nous pouvons voir le mouvement des engins, des personnes et des événements. Et quand je parle d'événements, je parle d'inondations, je parle de l'évolution des volcans, et cetera. Donc, l'espace nous permet en un clin d'œil d'avoir de l'information, parce que c'est ce qui est important pour le décideur.

    Mais le spatial, ce sont aussi de gros investissements de long terme. Pour certains gouvernements, face à des besoins sociaux qui sont immédiats, est-ce que ce n'est pas un luxe ?

    Ah non, l'espace n'est plus un luxe. La première raison, c'est que l'espace qui coûtait des centaines de millions de dollars et qui était mené par des gouvernements des pays les plus riches et qui prenait 5 à 10 ans, ce budget est carrément réduit. Vous avez toutes sortes de satellites aujourd'hui, vous avez des CubeSats, vous avez des nanosatellites. Il est important aujourd'hui de dire que ce sont des investissements qui valent la peine. Il y a deux ou trois ans, en Afrique de l'Ouest, par exemple, il y avait des câbles sous-marins qui étaient sectionnés pendant plusieurs jours. Certains pays ont été complètement à l'arrêt. Si nous avions à ce moment un satellite, le satellite viendrait en complémentarité pour réduire ces impacts ou ces pertes. Personne ne peut aborder l'espace seul. Donc, la coopération internationale, la collaboration intra-africaine, voici des éléments à regarder pour pouvoir mutualiser les ressources, que ce soient les ressources financières, que ce soient les ressources humaines.

    Combien de satellites africains sont aujourd'hui en orbite ?

    Pour ce que nous savons, nous, parce qu'il y a aussi des satellites militaires, nous parlons d'une soixantaine parmi des milliers et des milliers de satellites dans l'espace. Ce n'est rien. Mais cependant, au fur et à mesure que les années passent, les Africains commencent à se préparer à lancer plus de satellites.

    La Chine finance des satellites pour plusieurs pays africains. La Russie avait lancé Angosat 2 pour l'Angola, on a vu des accords avec SpaceX de l'Américain Elon Musk, est-ce que l'espace africain est aussi l’espace d’influence géopolitique ?

    Absolument. L'Angola a aussi signé un contrat avec Airbus, hein ! Oui, comme dans tous les domaines. On ne peut pas échapper à la géopolitique. Cependant, ce qui est important pour nous, c’est, qu'est-ce que l'Afrique tire comme profit ? Que ce soit la Chine, que ce soit la Russie, que ce soit l'Europe, que ce soient les États-Unis, l'Afrique est ouverte à tout le monde. Maintenant, il ne faut pas s'attendre à ce que l'Afrique suive un pays par idéologie. Nous attendons que les partenaires nous proposent des choses et que nous aussi, nous puissions faire des contre-propositions dans un système gagnant-gagnant.

    Aujourd'hui, les satellites africains sont lancés depuis l'étranger. Est-ce qu'on peut imaginer, à terme, que le continent abrite une infrastructure de lancement de satellites ?

    Ah oui, voyez-vous, géographiquement nous sommes nantis. La zone équatoriale aujourd'hui est une zone propice pour le suivi de beaucoup de satellites. Nous avons des zones désertiques ou des zones marines qui peuvent facilement permettre le lancement. C'est un de nos rêves.

     ► Entretien à retrouver en intégralité sur rfi.fr

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  • Présidentielle à Djibouti: le chef de l’État sortant «doit sa longévité principalement» au caractère stratégique de son territoire

    À Djibouti, le président sortant Omar Guelleh est en lice pour un 6e mandat, après la suppression par le parlement de la limite d’âge pour se présenter. Le pays organise le 10 avril la présidentielle. Face à lui, un seul concurrent : Mohamad Farah Samatar. Ce petit pays de la Corne de l’Afrique, dans une région instable, a fait de sa position stratégique un atout économique et diplomatique. Il est aussi un carrefour militaire. L’enjeu pour le pays est aujourd’hui de maintenir un équilibre délicat entre intérêts nationaux, régionaux et internationaux concurrents, souligne Sonia Le Gouriellec, maîtresse de conférences à l'Université catholique de Lille, spécialiste de la Corne de l'Afrique.

    RFI : Sonia Le Gouriellec, Ismaïl Omar Guelleh est au pouvoir depuis 1999, quel bilan faites-vous de ses 27 ans à la tête de l’État ?

    Sonia Le Gouriellec : Un bilan qu’à la fois Ismaïl Omar Guelleh et son gouvernement vont afficher, qui est une forte stabilité, c'est ce qui est vendu à l'extérieur. Mais cette stabilité implique aussi une forte surveillance sur le territoire national. Vous avez un modèle économique également qui est peu inclusif : Il n'y a pas d'industrie et c'est toute une élite qui va bénéficier de la rente qui arrive sur le territoire, mais il y a très peu d'intégration des marges sociales, une opposition quasi absente, qui pour une partie boycotte le scrutin et une grande partie surtout qui est en exil.

    En face de lui, pour cette élection, il y a Mohamed Farah Samatar, un ancien du parti au pouvoir. Comment est-ce que vous percevez cette candidature ?

    Un peu surprenante. D'une part parce que c'est une candidature d'un personnage qui n'est pas si connu que ça. Il est à la tête du Centre démocrate unifié, donc la CDU. Ce parti est quand même un parti d'opposition plutôt marginal et à la marge du système politique djiboutien. Donc, on a un peu l'impression que c'est une opposition pour la forme, pour que le président ne se présente pas seul, mais ça n'en fait pas pour autant un scrutin ouvert.

    Djibouti occupe une position géographique stratégique et contrôle avec le Yémen le détroit de Bab-el-Mandeb, qui donne accès à la mer Rouge, un point de transit important pour le commerce mondial. Est-ce que c'est sa principale ressource ?

    C'est sa principale ressource, effectivement. Le pays n'a pas beaucoup de ressources sur son sol. Par contre, c'est un cordon ombilical entre l'Éthiopie de 126 millions d'habitants et ce détroit stratégique : l'Éthiopie peut recevoir ses ressources par Djibouti et ce cordon ombilical. C’est tellement stratégique que Djibouti est entrée au cœur des routes de la soie maritime de la Chine. Et Djibouti accueille la première base militaire chinoise sur le continent depuis 2017. Donc effectivement, être sur ce détroit offre une place stratégique pour ce pays et ça permet à de nombreuses bases militaires également de venir s'installer pour pouvoir à la fois être en recul des pays du Golfe, ou à une époque être en recul de l'Afghanistan, du Pakistan d'où pouvaient fuir des terroristes, ce qui en avait fait pour les États-Unis une base importante et stratégique. Donc, Djibouti a su monnayer cet emplacement stratégique. Alors, je ne sais pas si je dois dire que Djibouti a su monnayer, le gouvernement djiboutien a su monnayer ou Ismaïl Omar Guelleh, puisque la politique étrangère est très personnalisée autour de la personnalité d’Ismaïl Omar Guelleh.

    Comment Djibouti est-il impacté dans l'actuel conflit au Moyen-Orient ?

    Alors c'est vrai qu'on en parle peu. L'Iran a dit qu'ils allaient potentiellement attaquer le Bab-el-Mandeb. Donc après avoir bloqué le détroit d'Ormuz, on voit que c'est un autre axe stratégique et à partir de là, il y a eu des attaques Houthis, mais sur Israël.

    Les Houthis qui sont alliés de l'Iran…

    Tout à fait. Alors ce que je trouve assez intéressant, c'est que très rapidement, comme il y a 30 kilomètres qui séparent le Yémen de Djibouti, il y a une base américaine, française, c'est une autoroute maritime majeure, donc je me suis dit : ils vont tenter aussi de bloquer cela. Et j'ai l'impression qu'on peut presque dire que finalement les Chinois nous protègent puisque la présence chinoise, j'imagine, dissuade un petit peu quand même les Iraniens et les Houthis de déstabiliser Djibouti.

    D'autres États du Golfe affichent leur ambition d'étendre leur influence en Afrique de l'Est, notamment les Émirats arabes unis. Comment est-ce que Djibouti compose avec cette concurrence ?

    Les pays du Golfe font un retour en quelque sorte, mais ont toujours été présents dans la Corne de l'Afrique, que ce soit à Djibouti dès l'indépendance, en 77, avec un gros soutien des Saoudiens. Mais c'est vrai que les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite s'affrontent indirectement au Soudan. Les Émirats arabes unis sont très proches du président Abiy Ahmed en Éthiopie… Djibouti essaye de composer avec tout cela. Avec parfois un peu de maladresse puisqu'en 2018, le gouvernement djiboutien a nationalisé le port qu'avait modernisé DP World, la société émiratie, et est en procès depuis avec les Émirats arabes unis, et les Émirats et DP World se sont installés à Berbera au Somaliland. On voit que ces derniers mois, ces dernières années, toutes les manœuvres autour de la reconnaissance du Somaliland sont aussi clairement soutenues par une manœuvre des Émirats arabes unis. Donc on voit que Djibouti est un petit peu étranglé finalement, dans une région particulièrement instable, avec de nombreuses influences étrangères des pays du Golfe, mais aussi de la Chine, des États-Unis, on parle de la Russie, on parle également de l'Iran… Donc c'est un enjeu aussi pour le président qui va se représenter de parvenir à garder Djibouti stable. Et dans une période où va se jouer la succession du président Ismaïl Omar Guelleh, dans les années qui viennent, ça va être tout l'enjeu, finalement, de la situation actuelle.

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  • États-Unis-Afrique: «Les États-Unis sont devenus la première superpuissance voyou de l'histoire moderne»

    Des ressortissants originaires du Mexique, du Vietnam ou du Yémen expulsés par les États-Unis vers le Soudan du Sud, la Guinée équatoriale ou encore l’Eswatini (ex-Swaziland)…Depuis début 2025, plusieurs accords ont été signés entre Washington et des pays tiers, notamment en Afrique, pour accueillir des ressortissants étrangers refoulés des États-Unis. Dernier en date : la République démocratique du Congo. Des accords controversés aux contours flous. Une « politique de pression » de l’administration Trump selon Romuald Sciora, directeur de l’observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’Iris (Institut des relations internationales et stratégiques).

    RFI : Selon un rapport de sénateurs démocrates de février 2026 intitulé « À quel prix », les États-Unis ont versé plus de 32 millions de dollars directement à cinq pays pour accueillir environ 300 migrants. Est-ce que c'est un nouvel instrument diplomatique de l'administration américaine ?

    Romuald Sciora : Oui. C'est pourquoi je dis souvent que les États-Unis sont devenus la première superpuissance voyou de l'histoire moderne, en tout cas qui ont un comportement, je dirais, un petit peu, de racketteur ou de mafieux marseillais. Effectivement, c'est : « Vous prenez ces migrants, on vous les envoie, et en contrepartie nous pourrons avec vous passer tel ou tel accord ». Donc oui, c'est la nouvelle diplomatie ultra bilatérale de cette administration, cette diplomatie de la force, mais que l'on voit d'ailleurs dans d'autres régions du monde.

    L’administration américaine se justifie en affirmant que les pays d'origine refuseraient de reprendre leurs ressortissants. Qu'est-ce que vous pensez de cet argument ?

    Il y a sans doute du vrai. Il y a de nombreux pays qui refusent pour différentes raisons, de reprendre leurs ressortissants. Mais ce n'est pas pour autant qu'il faut mettre la pression sur d'autres pays. L’administration Trump externalise le fardeau migratoire américain vers l'Afrique. Donc, oui, c'est une politique de pression. De toute façon, les pays à qui cela est imposé n'ont pas véritablement le choix.

    Quelles sont les contreparties pour les pays tiers, les pays d'accueil, du moins pour ce qu'on en sait ?

    Vous savez, aujourd'hui, vous avez, si je ne me trompe pas, 30 pays d'Afrique subsaharienne qui sont désormais soumis à des restrictions de visas et à des taxes comme ils n'en ont jamais connu. Ces pays se voient imposer, car il y a quand même des taxations qui sont imposées, des taxes bien moindres que d'autres pays africains. Des accords sont également conclus sur les matières premières qui ne vont pas uniquement dans le sens des États-Unis. Et puis, il est toujours profitable pour certains pays d'avoir, si je puis dire, certains deals avec les États-Unis.

    N'oublions pas que depuis que Donald Trump s'est retiré en grande partie du continent africain, avec toutes les aides au développement qui ont cessé, il a quand même ouvert en grand les portes de l'Afrique à la Chine et à la Russie. Donc certains pays également jouent sur ces différents tableaux et donc profitent d'accords avec Donald Trump pour tenter d'obtenir plus de la part d'autres partenaires potentiels comme la Russie et la Chine, ce qui est tout à fait normal. Donc, il y a quand même un avantage pour certains de ces pays à passer des accords avec l'administration Trump.

    Il y a beaucoup de flou autour de ces accords. Il y a un manque de transparence sur les compensations. Pourquoi cette opacité ?

    C'est la politique trumpienne habituelle. On n'a qu'à lire son livre The Art of the Deal, qu'il avait publié dans les années 80. N'oublions jamais ce que Trump avait dit à propos de nombreux pays africains : « ces pays de merde » : C'est odieux, c'est raciste...

    Lors de son premier mandat…

    Voilà, on parle quand même d'une administration d'une droite ultra radicale, xénophobe, raciste. Donc il y a chez eux une volonté aussi de tenir en laisse ces petits pays qu'ils disaient être « des pays de merde », qui sont par la force des choses des petits pays plus faibles économiquement, structurellement, militairement bien évidemment. Et donc voilà, il leur impose des conditions qu'ils ne pourraient pas imposer à d'autres partenaires. Et donc tenir en laisse, appâter, donner, jeter quelques miettes quand il le peut et garder la main sur ces pays qu'il méprise, ne l'oublions jamais.

    Le rapport des sénateurs démocrates -qui sont minoritaires-, souligne le caractère dissuasif de ces accords pour les migrants irréguliers aux États-Unis, pour les décourager en quelque sorte. Vous pensez que c'est réellement le cas ?

    Oui. Le grand dada quand même de Trump, c'est évidemment lutter contre l'immigration illégale, mais aussi l'immigration légale en provenance de certains territoires. Donc oui, des mesures comme celles-ci peuvent être dissuasives pour certains migrants, mais ce n'est pas ça qui permettra de réguler les problèmes migratoires aux États-Unis.

    Ces accords migratoires s’inscrivent aussi, selon vous, dans une stratégie de politique intérieure pour Donald Trump ?

    Donald Trump est aujourd'hui en perte de vitesse. Alors attention, il ne faut pas enterrer Donald Trump. C'est un homme qui est soutenu par le parti républicain, qui le suit quasiment comme un seul homme et qui bénéficie surtout, surtout, d'une base, la fameuse nation Maga, qui jusqu'à présent le suivrait jusqu'en enfer. Néanmoins, la guerre en Iran change véritablement la donne. Il est parti sans aucune stratégie dans cette guerre, des soldats américains sont déjà morts. Les Américains ne voient pas l'issue de ces combats. Bref, Trump est fragilisé sur la scène intérieure. Et donc oui, il se sert de sa lutte contre l'immigration afin d'essayer de ressouder sa base électorale, de lui redonner une nouvelle dynamique en vue des élections de mi-mandat. Donc, des migrants qui sont expulsés vers l'Afrique, bien évidemment, ça, ce sont des choses qui plaisent à son électorat.

    ►Romuald Sciora publie le 15 avril le premier tome de la BD documentaire, America 250, une histoire graphique des États-Unis, avec les illustrations de Bastien Bertine, aux éditions Point Nemo.

    9 min
  • Génocide des Tutsis au Rwanda: «J'ai refusé que la souffrance définisse ma vie»

    Au Rwanda, ce mardi 7 avril marque le début des commémorations du génocide perpétré contre les Tutsis en 1994. Un hommage aux plus de 800 000 victimes des massacres commis. Godelieve Mukasarasi est une survivante. Elle est Hutu. Son mari, qui était Tutsi, a été assassiné, ainsi qu’un de ses enfants. Elle a été violée pendant le génocide. Mais depuis 32 ans, elle se bat et accompagne avec son association Sevota les femmes victimes de violences sexuelles, ainsi que les enfants nés de viols. Elle raconte son parcours et son engagement dans un livre qui vient de paraître, La Réparatrice, co-écrit avec la journaliste française Capucine Graby et publié aux éditions Grasset. Godelieve Mukasarasi est l’invitée de Charlotte Idrac.

    RFI : Pourquoi avoir choisi ce titre pour votre livre « La Réparatrice » ?

    Godelieve Mukasarasi : Parce qu'il reflète le rôle que je me suis donné après le génocide. Réparer les vies brisées, les liens sociaux détruits et les blessures invisibles des survivantes. Pour moi, je ne me présente pas comme une victime uniquement, mais comme une personne qui aide à reconstruire la dignité et la mémoire collective du Rwanda. Réparer les femmes, réparer les enfants, réparer le tissu communautaire, mais aussi réparer la mémoire brisée par le génocide.

    Vous avez à travers votre organisation, Sevota, accompagné et réparé plus de 1000 femmes violées et enfants nés de viols. C'est la parole qui est pour vous au cœur du processus de reconstruction ?

    Des survivantes ont été réduites au silence par la honte, la peur ou la stigmatisation. Leur offrir un espace où elles peuvent parler, s'exprimer en toute liberté et être écoutées et reconnues, c'est déjà une forme de guérison. C'est reprendre du pouvoir sur son histoire. Dans nos espaces de paroles, nous constatons que certaines formes d'expression comme la prière en écho, la chanson, la poésie, les sketchs, le théâtre viennent compléter la parole et ouvrir d'autres chemins de guérison : S'accepter soi-même comme femme survivante, accepter son enfant né de violences. Et elles ont inventé une chanson qui signifie « nos enfants sont beaux, sont très beaux pour Le Rwanda, » avec des refrains qui reconstruisent.

    Vous-même, comme femme et mère dans une famille survivante, qu'est-ce qui vous donne la force et ce goût des autres personnes survivantes ?

    Quand j'ai créé Sevota, c'était une promesse que j'avais fait pendant le génocide, lorsqu'on venait tuer mes enfants et mon mari. Et là, dans ma prière, j'avais dit « Si Dieu m'aide à ce que mes enfants soient rescapés, j'allais créer une œuvre charismatique ». J'ai refusé que la souffrance définisse ma vie. Chaque fois que je vois un jeune né de violences sourire ou qu'il a un succès malgré son histoire, chaque fois qu'une mère accepte d'embrasser son enfant né du hasard, alors nous sommes debout. Si nous avons survécu, c'est pour vivre.

    À travers l'organisation Sevota, vous avez donc accompagné ce que vous appelez « les enfants nés du hasard », nés de violences sexuelles, de viols, parfois rejetés par leur mère et longtemps stigmatisés. Mais vous dites que leur image a changé. Dans quel sens ?

    L'image des enfants nés du hasard dans le temps était mauvaise. Ils étaient nommés « enfants du malheur », « enfants de la brousse », « enfants miliciens comme leur père », « Judas » ou « traître ». Aujourd'hui, grâce à l'accompagnement, ils sont aujourd'hui davantage considérés comme des enfants innocents. Ils ne sont plus définis uniquement par les circonstances de leur naissance, sans identité, mais ils sont affirmés par leur talent, leur ambition et leur réussite. En somme, l'image est passée de victimes stigmatisées à jeunes porteurs d'avenir.

    Plus de 30 ans après le génocide commis contre les Tutsis en 1994 au Rwanda, comment le traumatisme se transmet-il dans la société rwandaise, sachant que 70 % de la population est née après ?

    Pour moi, je pense que le traumatisme se transmet aujourd'hui de manière transgénérationnelle. Les jeunes nés après le génocide doivent intégrer un passé qu'ils n'ont pas vécu. Les psychologues soulignent le besoin des tiers qui les accompagnent, c'est-à-dire les enseignants formés, des thérapeutes, le personnel des différentes institutions qui doivent être formés pour aider à transformer ce traumatisme en mémoire constructive.

    Vous évoquez dans votre livre le procès Pélicot en France après les viols répétés subis par Gisèle Pélicot sous soumission chimique. Vous parlez d'un point de bascule. Quel écho, pour vous, a eu ce procès ?

    Le procès de Gisèle Pélicot, en France, a marqué une rupture dans la manière dont la société française et internationale aborde des violences sexuelles. Pour la reconnaissance des victimes et la lutte contre l'impunité.

    12 min
  • Fally Ipupa: «Je lance un message de solidarité, d'amour et de paix à tous mes frères de l'est du Congo»

    C’est un nouvel album très attendu par ses fans : Fally Ipupa sortira XX le 17 avril 2026, pour marquer ses vingt ans de carrière. Avant deux concerts prévus au Stade de France, les 2 et 3 mai. Une consécration pour la star congolaise de la rumba, qui trace sa route depuis ses premiers pas artistiques dans le quartier de Bandal, à Kinshasa, et son premier album solo Droit chemin, en 2006. Fally Ipupa est l’invité de Charlotte Idrac.

    RFI : Pourquoi ce titre de l'album « XX » ?

    Fally Ipupa : « XX » en chiffres romains, c'est 20 donc c'est 20 ans de ma carrière solo. Et puis je trouvais ça artistique de laisser un peu planer le doute. Pourquoi « XX » ? Justement, c'était la raison pour laquelle j'avais vraiment voulu que ça s'appelle « XX ».

    Vingt ans de carrière solo, donc… Est-ce que c'est passé vite ?

    Je ne dirais pas vite, mais rempli quand même. On a fait énormément de choses… Ça, c'est le huitième album studio, ça va…

    Quel message vous voulez faire passer dans cet album anniversaire ?

     L'amour.

    Comme toujours…

    Comme toujours.

    En quoi il se distingue des autres ?

    En termes de chansons, déjà les textes, en termes de vision, en termes de nombre de chansons. Mais artistiquement, je pense que c'est quelque chose. Il y a une nouvelle vision et on a pris un peu plus de risques.

    Dans quel sens ? Même si, forcément, il y a des surprises…

    Il y a des surprises artistiquement, il suffit de regarder mon dernier single qui vient de sortir, ça s'appelle « Cinéma ».  C'est vraiment un mélange ((de))… Voilà, c'est mon univers quoi. C'est vraiment quelque chose de très travaillé et il faut découvrir l'album en tout cas.

    Vous restez fidèle à la rumba quand même ?

    Toujours. Je reste fidèle à la guitare congolaise et au lingala. Et puis à la vision de Fally.

    La participation d'autres artistes est annoncée. Est-ce que c'est important pour vous ces duos, ces collaborations ? On annonce notamment Lokua Kanza…

    Oui, Lokua Kanza c'est exceptionnel parce que pour moi, c'est le plus grand artiste africain. Et puis c'est vraiment quelqu'un que j'aime énormément. L’artiste et l'homme, c'est mon idole. C'est à peu près un prof. Donc collaborer avec lui, c'était avec un grand plaisir. J'ai encore cette émotion de quand je le voyais, quand j'étais encore à Bandal et avoir la chance de collaborer à plusieurs reprises avec lui, c'est moi qui suis heureux.

    Deux dates sont prévues au Stade de France les 2 et 3 mai. C'est une première pour un artiste congolais, pour un artiste africain francophone, sachant que le site a une capacité de plus de 80 000 places. Qu'est-ce que ça représente pour vous cet endroit ?

    Le travail, la résilience, la confirmation, la volonté d'aboutir à quelque chose. C'est des années de travail. Donc pour moi c'est une grosse fête, c'est une fête africaine, une fête mondiale, ça prouve qu'on a travaillé.

    Est-ce que vous le voyez comme une consécration ou une étape de plus dans votre carrière ?

    Une étape de plus, je dirais.

    Est-ce que vous êtes un ambassadeur de la musique africaine, de la rumba congolaise ?

    Non, je ne suis pas ambassadeur, pas officiellement, le pays ne m'a pas octroyé... Non moi je suis un artiste africain d'origine congolaise qui fait de la musique congolaise, de la musique de Fally.

    Et comment est-ce que vous voyez la jeune génération ?

    Il y a des talentueux, il y a des talentueuses. La relève, je pense qu’elle est assurée même si on est encore un peu là.

    Vous êtes aussi un artiste engagé avec des actions humanitaires, notamment dans l'est de la RDC, où les violences sont interminables. Quel est votre message face à cette situation ?

    Oh, ça fait longtemps qu'on en parle et je dirais toujours un message de paix, message d'amour, message de solidarité. Moi, avec la Fondation, on a déjà eu à faire pas mal de de choses en Afrique et au Congo, notamment à l'est du Congo. On a envoyé des ambulances médicalisées, on a fait pas mal de choses. Et je dirais aujourd'hui, tout le monde connaît la situation, tout le monde est au courant. Je compatis avec toutes ces personnes qui sont à l'est du pays. En tant que Congolais, en tant qu’Africain, en tant qu'humain, je lance un message de solidarité, un message d'amour, un message de paix à tous mes frères de l'est du Congo.

    Vous êtes parfois surnommé « l'aigle ». Pourquoi ce surnom ? Et est-ce qu'il vous convient ?

    Ce surnom me convient à 100 %. C'est par rapport à ma vision, par rapport à la carrière que j'ai déjà depuis Bandal jusqu'aujourd'hui et par rapport, je pense, à ma manière de se renouveler et de prendre des risques.

    6 min
  • Découverte d’une nouvelle espèce de dinosaure au Niger: «C'est un moment dont on se souviendra»

    Notre Grand Invité Afrique nous emmène ce matin dans le désert nigérien, au nord de Tesker. C'est là qu'une équipe de scientifiques a découvert une nouvelle espèce de dinosaure, qui a vécu il y a 95 millions d'années. Découverte décrite dans la revue scientifique « Science » au mois de février. Son nom : Spinosaurus mirabilis. 12 mètres de long, un museau allongé et cet élément caractéristique : une grande crête sur la tête. Pour en parler, qui mieux que le paléontologue américain qui a dirigé l'expédition, en 2022 ? Paul Sereno, professeur à l'université de Chicago, répond aux questions de Magali Lagrange.

    RFI : Vous avez découvert une nouvelle espèce de dinosaure au Niger. Pouvez-vous nous dire à quoi ressemble le Spinosaurus mirabilis ?

    Paul Sereno : C'est un grand animal. Un grand prédateur avec des caractéristiques un peu particulières au niveau de la tête pour lui permettre d'attraper des poissons. Le Spinosaurus avait une grande épine dorsale. Ce qui fait surtout la spécificité de cette nouvelle espèce, c'est la crête qu'il avait sur la tête. Une crête vraiment spectaculaire, en forme de sabre courbé. C'est l'une des plus grandes jamais découvertes chez un dinosaure prédateur.  

    Que savez vous de cette crête, servait-elle à quelque chose ? 

    Nous pensons que sa crête était ornementale. Étant donnée sa position, juste au-dessus des yeux, il semble difficile qu'elle ait pu servir d'arme. Plusieurs d'entre elles ont aussi des bords un peu fragiles, et sont asymétriques. Toutes ces raisons nous font dire que c'était plutôt décoratif, comme on peut encore le voir chez certains oiseaux modernes. 

    Y a-t-il d'autres dinosaures auxquels on peut le comparer ? 

    Et bien, le Spinosaurus est vraiment à part. D'abord, on ne le trouve qu'en Europe, en Afrique et en Amérique du Sud. Ces dinosaures sont des prédateurs, mais ce sont aussi les mieux adaptés à une vie au bord de l'eau. Ce sont des bipèdes, comme d'autres espèces de dinosaures. Mais le Spinosaurus mirabilis, comme son cousin le Spinosaurus Aegypticus, a ses propres caractéristiques. Par exemple, ses dents s'imbriquent quand il ferme la mâchoire. Ça, c'est une spécificité pour attraper des poissons glissants dans les rivières et sur les berges. 

    Comment réagit-on quand on découvre une nouvelle espèce de dinosaure ? Ça n'arrive pas tous les jours, quelle a été votre réaction quand vous avez compris ?

    Nous avons été surpris. Certains membres de l'équipe ont pleuré. Mais tous, nous étions euphoriques. C'est un moment exceptionnel, quand on travaille dans cette partie du désert, qu'on fait une découverte et qu'on se rend finalement compte de la nature de cette découverte. Avec nos moyens modernes, à l'ère du numérique, non seulement nous avons pu savoir exactement où nous nous trouvions. Mais nous avons aussi été capables de prendre des photos des ossements pour les assembler. C'est ce que nous avons fait. Et donc, on était là, au milieu du Sahara, à regarder ces images sur un ordinateur portable alimenté par un panneau solaire. C'est vrai que c'est un moment dont on se souviendra. 

    Quand vous faites une mission, vous envoyez ce que vous trouvez aux États-Unis pour l'étudier. Ensuite, est-ce que vous renvoyez tout au Niger ? C'est ce que vous allez faire ? Renvoyer les fossiles de ce nouveau dinosaure et le reste au Niger après étude ?

    Oui, mais en plus de renvoyer les fossiles au Niger - d'ailleurs certains ossements du Spinosaurus sont déjà au Niger - nous avons lancé un grand projet pour monter un centre du patrimoine nigérien dans la meilleure université du pays, à Niamey. Il existe aussi des plans très détaillés pour créer deux musées au Niger. L'un en plein cœur de la capitale, pour raconter l'histoire des dinosaures africains et des populations anciennes qui ont peuplé le pays. L'autre à Agadez, dans le nord du Niger. C'est un projet qui suscite beaucoup d'enthousiasme ici. 

    On dit que le désert nigérien est un cimetière de dinosaures. Y a-t-il encore beaucoup de choses à y découvrir ?

    Absolument. Nous avons visité de nombreux sites qui sont incroyables. Mais il y en a encore beaucoup d'autres à découvrir. Quand vous visitez le Sahara, vous avez la sensation de vous trouver sur une autre planète. C'est un sentiment merveilleux : celui d'être dans un lieu en pleine nature, où il n'y a pas de routes, où vous pouvez découvrir des choses, où personne n'a encore marché. Donc oui, il y aura encore beaucoup de découvertes. C'est pour ca que le Niger a besoin d'avoir ses propres archéologues, ses propres paléontologues, ses propres muséographes. Pour pouvoir conserver cet incroyable héritage et le présenter aux Nigériens, mais aussi aux Africains et au monde entier. 

    À lire aussiNiger: découverte d’un nouveau type de dinosaure Spinosaurus qui vivait il y a 95 millions d’années

    5 min

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