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Les parlementaires camerounais sont réunis depuis hier, jeudi 2 avril, en congrès pour examiner une révision de la Constitution. Elle porte sur la création d'un poste de vice-président. Une évolution qui interroge étant donné l'âge avancé du président Paul Biya, 93 ans dont 44 au pouvoir, et qui a entamé un 8e mandat fin 2025. Pourquoi cette réforme intervient-elle maintenant ? Quel rôle et quel profil pour ce poste ? Cette réforme peut-elle être contestée ? Stéphane Akoa, analyste politique à la fondation Paul Ango Ela, est notre invité.
RFI : Stéphane Akoa, ce projet d'instituer un vice-président est évoqué depuis longtemps au Cameroun. Pourquoi selon vous le chef de l'Etat passe-t-il à l'action maintenant ?
Stéphane Akoa : c'est toute la question justement, parce qu’il n'y a aucun élément à la fois dans l'environnement politique et dans le contexte institutionnel qui aurait justifié que là, maintenant, ce qui avait été promis, annoncé et espéré depuis longtemps devienne un acte. Lorsque l'on regarde le contenu de la réforme constitutionnelle, en quoi le vice-président apporterait aux institutions de la République un changement, une modification importante ? On ne voit rien de significatif, en tout cas rien qui permette de justifier qu'on ait attendu aussi longtemps pour, au fond, si peu.
Paul Biya est au début de son mandat actuel. Est ce qu'on peut dire que c'est un moyen pour lui déjà de préparer sa succession ?
Oui, indubitablement. C'est vraiment le signe qu'il met en place ce qui pourrait être une suite pour son système, dans la mesure où il nommera ce vice-président. Donc ce sera encore une question de choix très personnel. Donc on peut dire qu'actuellement rien de très neuf n'est arrivé au Cameroun.
Selon ce texte, le vice-président terminerait le mandat en cas de vacance du pouvoir. Donc cela veut dire qu'il l'exercerait potentiellement jusqu'en 2032. C'est une forme de verrouillage des institutions ?
Clairement. Verrouillage, d'autant plus qu'il ne fait pas disparaître dans ce projet de loi, le poste de Premier ministre. Donc, l'armature essentielle continue à fonctionner, ou à dysfonctionner, comme c'est le cas depuis de nombreuses années. Et, bien évidemment, le fait qu'il ait la latitude du choix le laisse, lui, Monsieur Biya, à l'abri d'un certain nombre de surprises. Quelle que soit la qualité de ce qui pourrait arriver dans le paysage politique à venir.
Alors justement, en termes de profil, pour ce vice-président, est-ce qu'on a des indications ? Est-ce qu'il y a déjà des noms qui circulent ?
Il y a évidemment certains qui estiment qu'il devrait plus avoir la charge de l'Économie, d'autres s'occuper des Relations internationales ou de la présence du Cameroun dans les instances internationales, quand le Président de la République ne peut pas y être. Mais étant donné que le Premier ministre est encore là, on peut se demander comment se fera la répartition des responsabilités, des missions, entre ces deux associés qui peuvent être rivaux autour, ou à côté de Monsieur Biya.
Donc, il peut y avoir une sorte de chevauchement des pouvoirs entre la Primature et ce vice-président ?
Et aussi effectivement l'exécutif au sens présidentiel du terme. Le secrétaire général de la présidence de la République. Donc, au lieu de se simplifier la tâche, au lieu de clarifier le fonctionnement des institutions, on a plus l'impression que Monsieur Biya a rendu la lecture du fonctionnement du dispositif, notamment exécutif, plus complexe. Comment va-t-il répartir ces délégations entre ces deux personnalités ? Que va-t-il laisser au Premier ministre ? Ce sont des questions beaucoup plus que des certitudes qui figurent devant nous.
Est-ce que selon vous, cette réforme, elle peut rencontrer des résistances internes, faire naître des dissensions au sein du pouvoir ?
Cela pourrait se faire si la personnalité désignée ne fait pas consensus sur son nom, sur son profil, sur ses états de service. Et bien évidemment, on trouvera toujours quelque chose à lui reprocher, et notamment le fait d'appartenir éventuellement à un camp plus qu'un autre. Donc c'est quelqu'un qui va avoir une période, un état de grâce, relativement courte pour s'installer dans ce poste qu'elle (cette personnalité) doit définir. Donc on peut être sceptique.
Et l'opposition, que peut-elle faire ? Est-ce que vous vous attendez à des mobilisations, à des manifestations ?
Absolument pas. L’Opposition est atone, elle ne sait plus rien dire de ce qui se passe. Les deux figures essentielles que sont Monsieur Tchiroma et Monsieur Kamto ont pour l'instant disparu du paysage politique et donc on ne les entend pas, on ne les voit pas. Et on peut se dire que la nature des changements opérés ne laisse pas à cette opposition grand-chose à dire, puisque ce sont des questions techniques. Beaucoup de Camerounais sont plus préoccupés par leur sort personnel au plan économique, au plan financier. Donc là, on est dans un habillage qui ne concerne que les experts et qui ne fera parler que les docteurs en droit constitutionnel, s'il en existe encore, qui sont capables de s'exprimer sur cette question. Et on est très loin surtout des sujets qui peuvent permettre à l'opposition de trouver là des arguments pour aller à nouveau challenger le système gouvernemental, la majorité présidentielle. Donc, monsieur Biya a gagné un répit à la fois parce qu'il va donner ce poste à un représentant d'une région qui sera satisfaite et qui va s'enthousiasmer, pensant que ce choix est le meilleur pour elle. Il gagne du temps parce qu'il n'y a pas d'élections, il n'y a pas de moment où on pourra discuter, faire de la politique, parler de projets, de concepts, etc. Et puis bien évidemment, il gagne aussi du temps parce qu'il rassure ceux qui étaient inquiets. Donc quelque part, c'est bien joué.
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Ce jeudi paraît un rapport de près de 300 pages, issu de deux ans d'enquête auprès des victimes civiles du Burkina Faso. L'ONG de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch a recueilli des centaines de témoignages de Burkinabè ayant subi entre 2023 et 2025 des attaques terroristes du Jnim, mais aussi la répression des forces armées burkinabè. Répression, notamment, contre la communauté peule. Les 57 incidents documentés par l'ONG illustrent la crise profonde et violente que traverse ce pays, sous la coupe d'une junte militaire qui n'arrive pas à endiguer la vague jihadiste. Une junte qui réprime violemment les supposés complices des terroristes. Avec ce rapport, qui recense 1 800 victimes civiles en deux ans, l'ONG espère une réaction de la communauté internationale, et un début de judiciarisation de ce qu'elle qualifie de « crimes de guerre » et de « crimes contre l'humanité ». Ilaria Allegrozzi, co-autrice de ce rapport, est la grande invitée Afrique Matin de RFI.
RFI : « Personne ne pourra s'échapper », c'est le titre de votre rapport sur les crimes commis au Burkina Faso entre 2023 et 2025. « Personne ne pourra s'échapper », qui dit cela exactement ?
Avant de vous dire qui dit ça, je reviens sur le titre qui est assez évocateur dans le sens où vraiment ça renvoie à une image symbolique de la guerre et pourtant réelle où personne n'est à l'abri, où les populations civiles sont piégées entre des violences avec des abus venant de tous les côtés. Maintenant, qui dit « Personne ne pourra s’échapper » ? C'est le président du Burkina Faso lui-même qui, pendant une réunion avec les chefs peuls en février 2023, avait dit que l'épicentre du terrorisme se situait au sein des communautés peuls et avait, de façon directe, menacé de tuer les peuls qui collaborent avec les groupes armés jihadistes. Ils les ont alors ciblés dans des massacres, les ont forcés à quitter leurs terres. Et ce schéma d'abus envers la communauté peule constitue une forme de nettoyage ethnique, d'après nous.
Vous avez donc enquêté sur une période 2023-2025 avec un recensement de 57 attaques contre des civils. Quid de la difficulté d'enquêter dans un pays où la terreur règne, notamment la terreur de parler ?
Oui, vous avez raison. En fait, les pertes civiles dans les conflits qui frappent le Burkina Faso ne sont pas connues parce qu'il n'y a pas de mécanisme pour recenser les victimes. Et beaucoup d'incidents passent inaperçus. Aussi à cause du climat de peur, de terreur et de répression instauré par cette junte militaire qui a muselé la dissidence, l'opposition, les médias, cela a empêché la circulation des informations sur la situation sécuritaire. J'ajoute également que la propagande gouvernementale, mais la propagande aussi du Jnim empêchent d'avoir vraiment une vision claire de ce qui se passe au Burkina Faso, y compris de documenter les incidents.
Au moins 10 000 morts civils recensés par l’ONG Acled depuis 2016 ou même 1 800 morts recensés dans votre rapport : ce sont des chiffres qui sont très certainement en-deçà de la réalité, mais qui sont éloquents…
Oui, justement, 10 600 morts selon Acled depuis 2016. De notre côté, 57 incidents documentés ont engendré la mort de 1 800 civils, dont 1 200 tués par les forces de sécurité et les VDP [Volontaires pour la défense de la patrie, supplétifs civils des forces de sécurité, NDLR]. Qu'est-ce que ça veut dire ? Cela reflète trois réalités. La première, on n'a pas été en mesure de documenter tous les incidents, la deuxième c’est que les forces de sécurité et leurs supplétifs VDP semblent être plus violents que le Jnim. Et troisièmement, ça pourrait aussi être une tendance régionale dans le sens où même au Mali, l'année passée, Acled avait souligné que les forces de sécurité avaient tué plus de civils que le Jnim.
Ces 57 cas que vous documentez dans votre rapport, 57 attaques, aucune n'a fait l'objet d'enquêtes et encore moins de condamnations de la part des autorités burkinabè. Qu'est-ce que cela signifie ? Ça veut dire qu'en fait, il y a un double discours entre « on va faire des enquêtes » - c'est ce que disait pour un certain nombre de cas les autorités burkinabè et le président Traoré - et le fait qu'on ne voit jamais d'instruction et encore moins de procès dans ces exactions contre des civils ?
Au Burkina Faso, on est dans un contexte d'impunité généralisée grandissante, où aucun membre des forces de sécurité burkinabè n’a fait l'objet de poursuites, ni amené devant les tribunaux pour des présumés violations des droits humains commises dans le cadre des opérations de contre-terrorisme. Donc, vous voyez que les voies de recours pour les victimes au niveau national sont très limitées. Les enquêtes encore plus. Et aussi, au niveau régional, les voies de recours pour les victimes deviennent de plus en plus limitées et restreintes, parce que le Burkina a quitté la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) et, par conséquent, a privé ses citoyens de la possibilité de saisir la Cour de justice de la Cédéao.
Est-ce que vous n'avez pas l’impression que la communauté internationale se désintéresse, ou en tout cas détourne son regard, de ce qui se passe au Burkina Faso ?
Bien sûr. La crise au Burkina Faso est complètement passée sous silence.
Pourquoi ? Parce qu’il n’y a d’intérêt, il n’y a pas d'enjeux ?
Je pense qu'après le coup d'État militaire de 2022, les partenaires internationaux du Burkina Faso se sont complètement désengagés et au lieu de trouver des voies de sortie ou des dialogues avec les autorités militaires, ont préféré laisser le Burkina Faso à son sort et n'ont pas porté l'attention nécessaire à cette crise.
C'est inquiétant ?
C'est très inquiétant ! Mais je pense qu'avec une couverture médiatique plus importante, une mobilisation des victimes avec des plaintes des ONG, il est possible d'obtenir des résultats, notamment pousser le Procureur de la Cour pénale à agir et à ouvrir un examen préliminaire sur les crimes commis par tous les camps.
► Rapport sur les Crimes contre l’humanité commis par tous les camps au Burkina Faso
La République démocratique du Congo disputera donc la prochaine Coupe du Monde de foot, le Mondial 2026 de juin prochain aux États-Unis, Canada et Mexique. Les Léopards ont remporté la finale de barrage intercontinental qu'ils disputaient à Guadalajara au Mexique contre la Jamaïque. Victoire 1 à 0 après prolongations. La RDC rejoint les 9 autres équipes africaines déjà qualifiées et retrouve le Mondial 52 ans après sa seule participation. Une longue, très longue attente... Youssouf Mulumbu ancien capitaine des Léopards il y a dix ans, est notre grand invité Afrique, ce mercredi 1er avril.
RFI : Youssouf Mulumbu, ce fut tendu, ce fut incertain jusqu'au bout, mais ça y est, la République démocratique du Congo tient sa qualification pour la Coupe du monde de football. Vous en rigolez, vous en souriez, c'est un grand ouf de soulagement ?
Youssouf Mulumbu : Ce fut interminable. C'est vrai que c'était difficile à regarder parce que l'émotion est allée jusqu'au bout. Ce n'était pas très beau à voir, mais le plus important, c'était de se qualifier et on savait que ça allait se jouer sur des détails. Et ce détail a été ce coup de pied arrêté, dont Tuanzebe était à la réception, et a pu marquer ce but très important, ce but qui coûte 52 années de disette pour le Congo.
Ce n'était pas beau à voir, ça veut dire quoi ?
En termes de jeu, ce n'était pas très beau à voir, mais on s'y attendait. Avec l'atmosphère, avec la pression, on savait que peut-être on n'allait pas montrer le meilleur visage du Congo, mais l'important c'était de se qualifier. Et voilà, ça s'est joué sur ce détail-là et on a su saisir l'occasion.
La lumière est venue, vous l'avez dit « en prolongation », le but d'Axel Tuanzebe à la 100ᵉ minute, suite à un corner, la RDC, Youssouf Mulumbu, qui a montré une fois encore dans cette finale de barrage contre la Jamaïque – match qui se jouait au Mexique – toute sa résilience, sa force de caractère comme lors des barrages « Afrique », finalement, contre le Cameroun, contre le Nigeria. Ne jamais renoncer, c'est vraiment l'ADN de cette équipe congolaise ?
Exactement, c'est ce que Sébastien Desabre a mis en place avec cette équipe. C'est cet aspect défensif qui est très solide avec Tuanzebe et Chancel en charnière centrale. Après, cette équipe de la Jamaïque, on l’a sentie un peu épuisée et nous, petit à petit, plus le jeu avançait, plus on sentait cette équipe s'installer dans le match et être un peu plus confiante. Et donc voilà, c'est la résilience et je pense que les joueurs peuvent en être fiers parce qu'ils ont vraiment libéré ce pays depuis plusieurs années.
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Oui, plusieurs années. Cela faisait 52 ans que le pays attendait ça. La seule participation à un Mondial, c'était en 1974, quand le pays s'appelait encore le Zaïre. La RDC, un pays de foot. Plus de 100 millions d'habitants, aujourd'hui, c'est une véritable libération célébrée comme telle dans tout le pays, à Kinshasa, à Lubumbashi, dans l'Est, c'est la fête partout en RDC ?
C'est la fête, mais c'est vrai qu'on est toujours passé à côté de cette qualification de très près. En 2018, avec ce match contre la Tunisie et même sur cette qualification contre le Sénégal. Donc, il nous tenait à cœur avec ce qu’éprouve le pays en ce moment, avec les conflits à l'Est, de pouvoir se qualifier et aujourd'hui, on ne peut qu'en être fier.
Il y a des piliers dans cette équipe, Chancel Mbemba, le capitaine Cédric Bakambu, Yoane Wissa, Samuel Moutoussamy. Le sélectionneur Sébastien Desabre a su bâtir une équipe très solide. Il reste trois mois avant la Coupe du monde, on aurait envie de les voir jouer un petit peu plus. Le football « léché » qu'on a pu voir il y a quelques années en RDC, où est-il ?
Exactement, mais je pense qu'il ne faut pas les juger sur cette rencontre parce que, comme je l'ai dit, il y a eu beaucoup de pressions, il y avait beaucoup de tensions autour de cette qualification. Mais il va falloir aller chercher aussi ce joueur, peut-être un Mayulu qui va apporter un peu de magie, un peu de gestes sortis de l'ordinaire. Au coach de faire son travail.
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On connaît les adversaires du premier tour pour la RDC au Mondial, le tirage au sort a été effectué en décembre dernier. Portugal, Colombie, Ouzbékistan. Qu'est-ce que les Léopards peuvent espérer à cette Coupe du monde ?
Aujourd'hui, on sait qu'on ne part pas favori de cette poule, mais il faut aller chercher un résultat face à deux équipes qui sont favorites, qui sont la Colombie et le Portugal. Et on sait que cette troisième place peut-être ou cette deuxième place va se jouer avec ce match contre l'Ouzbékistan.
La Coupe du monde, Youssouf Mulumbu, passe de 32 à 48 équipes et il y aura non plus cinq mais dix équipes africaines à ce Mondial. Vous les imaginez, la RDC peut-être, mais aussi le Sénégal, le Maroc, la Côte d'Ivoire bousculer la hiérarchie ?
Oui, c'est formidable. Avec ce qu'a montré le Sénégal lors de la CAN et les atouts qu'a le Maroc, je pense qu'ils peuvent faire très mal. Donc voilà, à toutes ces équipes de bien pouvoir se préparer et de pouvoir rentrer dans cette compétition avec un esprit de gagneur.
Youssouf Mulumbu, merci et bravo à la RDC !
Merci Fimbu toujours !
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Un match historique pour la République démocratique du Congo se joue ce mardi soir au Mexique. Les Léopards rencontrent la Jamaïque, avec à la clé une qualification pour la Coupe du monde de football 2026. Ce serait une première depuis la participation du pays - qui s’appelait à l’époque le Zaïre -, en 1974. Et c’est donc « un moment historique » pour l’ancien international congolais Christopher Oualembo, aujourd’hui entraîneur des U-16, la sélection nationale des moins de 16 ans. Depuis Kinshasa, il est l’invité de Charlotte Idrac
RFI : Christopher Oualembo, dans quel état d'esprit vous êtes avant le match de ce soir ? Est-ce que vous êtes excité, stressé, confiant ?
Christopher Oualembo : Très excité. Bien sûr, on a confiance en nos joueurs, mais il y a beaucoup de tension quand même parce que 52 ans après, on revient à la Coupe du monde. Donc, c'est historique ce qui est en train de se passer. On représente aussi toute l'Afrique, donc forcément, il y a beaucoup de pression aussi et de responsabilité que de représenter ce continent, de par notre victoire ce soir, on l’espère.
Toute la nation congolaise est unie derrière les Léopards ?
Je pense qu'il ne manque personne ! Tout le monde est là, tout le monde est aux aguets. On attend avec impatience le match de ce soir en espérant la victoire à tous les niveaux, même au niveau de la politique, au niveau de la religion, à tous les niveaux. Dans tous les secteurs, tout le monde est motivé, tout le monde est focalisé pour qu'on puisse tous être unis derrière ce match et cette victoire.
Donc c'est un jour spécial pour vous ?
Très spécial, bien sûr, c'est clair, 52 ans après…Beaucoup n'étaient pas nés. Quand on sait qu'aujourd'hui, en République démocratique du Congo, il y a à peu près 50 % de la population qui a moins de quinze ans. C'est historique ce qui se passe, c'est historique. Beaucoup n'ont pas connu la Coupe du monde et là, c'est l'occasion de la découvrir de par le match de ce soir.
Vous-même, vous n'avez pas vécu cette qualification d'il y a 52 ans : vous êtes trop jeune. Quel écho a ce match pour vous ? Est ce qu'on vous en a parlé ?
Bien sûr. J'ai eu l'occasion de rencontrer certains Mondialistes qui sont encore vivants, on a cette chance-là, comme Mafu Kibonge, etc. Donc ça veut dire qu’ils nous ont transmis cette passion, certains détails qu'on considère vraiment parce qu'on se dit que c'est un héritage qu'on doit faire perdurer en espérant que ça puisse continuer. Parce que là, ça peut être le nouveau départ, repartir 52 ans après. L'idée c'est ne pas uniquement de se qualifier, mais c'est de continuer et d'enchaîner les qualifications pour les Coupes du monde à venir.
Et pour les plus jeunes générations que vous encadrez, est-ce que ça leur parle, ces récits d'il y a 52 ans ?
Ça leur parle parce qu'il y a cette transmission, et c’est culturel. Pour nous, le football ici, c'est vraiment quelque chose d'exceptionnel, tout le monde suit le football. C'est vraiment « institutionnel ». Donc ils ont des images, il y a des photos, il y a aussi ces histoires avec le fameux coup franc ou le vieux Ilunga Mwepu sort du mur pour tirer le ballon. Donc effectivement, tout ça, ce sont des choses qui qui marquent, même s'ils ne l'ont pas vécu, ils ont des souvenirs de ce qui a été immortalisé sur ces moments-là.
Même si la compétition à l'époque s'était assez mal terminée : neuf buts face à la Yougoslavie. Est-ce qu'aujourd'hui, 52 ans plus tard, les Léopards sont une équipe plus expérimentée avec un collectif solide ?
Oui, beaucoup plus. Après, c'est vrai qu'à l'époque, il y avait déjà aussi de très bons joueurs, avec un très bon groupe. Même si c'est vrai que le décalage s'est fait sur la Coupe du monde. Mais ce qui est sûr, c'est qu’actuellement, la démonstration de force de la République démocratique du Congo n'est plus à démontrer. Je pense qu'on a vu aujourd'hui que, effectivement, le groupe vit bien et qu'on a de très bons joueurs qui sont capables de rivaliser avec de grandes nations.
Là, ce sera un duel inédit face à la Jamaïque. Qu'est-ce que vous pensez de cette équipe ? Est ce qu'elle vous fait peur ?
Non ! On ne peut pas avoir peur quand on joue au football. Les joueurs qui vont jouer ce soir sont des joueurs qui sont habitués au haut niveau, au très haut niveau même, qui sont aussi en compagnie, dans leur club, de très grands joueurs et qui jouent aussi contre de très grands joueurs quasiment chaque week-end. Donc je pense que l'expérience ils l'ont, la compétence aussi et il n'y a pas à avoir peur. Je pense qu'il n'y a pas de pression à se mettre, mais plutôt beaucoup de motivation.
Vous l'évoquiez tout à l'heure, il y a aussi une dimension qui dépasse la RDC. Dans quelle mesure il y a un enjeu aussi pour l’Afrique ?
Oui, parce qu'on gagnerait une place de plus. Il y aurait un pays africain de plus ce soir si on arrivait à éliminer la Jamaïque. Là, c'est de continent à continent, ce n'est pas que de pays à pays. Donc effectivement, on est on est très, très, très déterminés. Il y a beaucoup de solidarité dans le groupe, ça je le sais. Mais il y a une résonance vraiment continentale. C'est l'Afrique entière qui nous soutient ce soir.
Est-ce que vous avez un pronostic ?
Je ne suis pas bon pronostic. Je ne peux pas me prononcer, mais peu importe : l'essentiel c'est qu'on marque un but de plus ce soir, c'est tout.
Est-ce que vous allez regarder le match ? En famille, entre amis, Entre joueurs ?
Oui, en famille, avec les fistons. Avec madame. Tranquillement. On va regarder ça à la télé et on va croiser les doigts.
Et vous pensez que les Congolais seront dehors dans les rues pour fêter ça en cas de victoire ?
Ah bah ça pour le coup, j'en suis quasiment sûr. Oui parce que on voit déjà les préparatifs. Les stades sont en train de se remplir. Déjà dès le matin. Donc c'est clair que ça va forcément fêter. Si on gagne, je pense qu'il y en a qui dormiront pas.
► RDC/Jamaïque ce soir à 21h TU. Radio Foot Internationale avec Annie Gasnier est à Kinshasa : Emissions spéciales à 16h10 et 21h10 TU.
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On le compare parfois au Giec sur le climat : le premier panel de l’ONU sur l’intelligence artificielle a démarré ses travaux en ce mois de mars. Ce comité comprend une quarantaine de scientifiques du monde entier, dont la chercheuse sénégalaise Adji Bousso Dieng. Informaticienne, chercheuse, enseignante à la prestigieuse université de Princeton aux États-Unis, elle a également fondé l’ONG The Africa I Know pour encourager les jeunes du continent à se lancer dans les sciences et le numérique. Adji Bousso Dieng plaide pour plus de diversité numérique, et le développement d’IA africaines. Elle est l’invitée de Charlotte Idrac.
RFI : Quelle est la mission de ce tout nouveau panel de l'ONU sur l'IA ?
Adji Bousso Dieng : Le constat est que l'IA progresse à une vitesse inédite. Et face à cette accélération, beaucoup de gouvernements et de décideurs se trouvent dans une forme d'incertitude. Ils perçoivent le potentiel immense de l'IA, mais ils peinent encore à en saisir pleinement les implications, à comprendre comment en faire un levier pour le bien commun et comment, en parallèle, se prémunir contre ses dérives. C'est précisément dans ce contexte que les Nations unies ont souhaité créer un espace de réflexion scientifique indépendant. « Indépendant », c'est un mot très important : Nous ne travaillons pas pour un gouvernement ou pour une institution. Et le but, c'est de produire des analyses scientifiques rigoureuses afin d'éclairer les décisions publiques. Il s'agit au fond de rééquilibrer les dynamiques en cours pour éviter que la gouvernance de l'IA ne se concentre pas entre les mains de quelques acteurs ou de quelques organisations, mais puissent bénéficier à l'ensemble de la communauté internationale.
Comment est-ce que ça se développe plus précisément sur le continent africain ?
En Afrique en ce moment, il y a des communautés autour de l'IA comme il y a GalsenAI, il y a Deep Learning Indaba, il y a aussi des entreprises qui commencent à vouloir utiliser l'IA. Mais je ne suis pas satisfaite de la façon dont ça se fait présentement, particulièrement en ce qui concerne les biais : Les modèles très performants de l'IA, maintenant, utilisent des données qui sont principalement de la culture de l'Ouest, qui ne reflètent pas la diversité des populations. Et donc je pense qu'il y a un réel besoin que l'IA qu'on utilise dans différentes parties du monde, y compris l'Afrique, soit des IA locales. Une grande partie de ma recherche est d'introduire la diversité qui contribue à encourager l'exploration, la capacité à envisager plusieurs solutions et plusieurs hypothèses. Nous avons développé un outil mathématique qui s'appelle le « Vendi Score » qui sert à mesurer et structurer cette diversité pour guider les systèmes d'IA vers des formes d'intelligence plus exploratoires, plus créatives, et en un sens plus proche de ce que l'on attend d'une démarche scientifique.
Est-ce que ça vous semble possible de développer à terme une IA panafricaine ?
Oui, c'est une de mes perspectives en ce qui concerne le développement en Afrique : Que dans presque tous les domaines, on doit avoir une approche panafricaine, mais pas le panafricanisme tel qu'on le chante un peu partout en ce moment, en termes de « oui, nous sommes souverains, nous sommes panafricains »…
Politique…
Oui, politique. Je milite pour un panafricanisme plus pragmatique qui consiste à collaborer dans différents domaines, y compris la technologie et l'IA.
Vous avez parlé dans le passé d'une forme de « colonisation numérique de l'Afrique ». Qu'est-ce que ça veut dire ?
Par exemple, il y a eu quelques controverses liées au labelling des données. En IA, on a besoin de labelliser les données afin de pouvoir développer des algorithmes qui sont plus performants et qui sont plus sains. Et donc ce qui se passe, c'est que les grandes compagnies vont en Afrique comme au Kenya par exemple, et elles font libeller ces données-là au Kenya dans des conditions qui ne sont pas très équitables. Ils ne sont pas bien payés et ils sont soumis à des données qui peuvent être traumatisantes. Il n'y a pas encore de cadre juridique qui encadre ce travail-là. Et donc ça, c'est une forme de colonisation numérique. Il y a aussi tout ce qui est souveraineté des données. Les données peuvent être utilisées sans compensation. Il y a en ce moment dans le continent un grand enthousiasme en ce qui concerne l'IA. Il y a cette idée que l'IA va résoudre tous les problèmes. Mais je pense que c'est une vision erronée parce que la réalité de l'IA en Afrique en ce moment est plutôt la même chose qui se passe avec nos ressources naturelles, où on est des consommatrices plutôt que des transformatrices et des créatrices. La même chose risque de se produire avec l'IA et je ne pense pas qu'on en parle assez.
Vous êtes née à Kaolack, au Sénégal. Vous avez fait vos études en France puis aux États-Unis où vous êtes toujours aujourd'hui. Qu'est-ce qui vous a guidé, vous guide encore dans votre parcours ?
J'ai été très chanceuse d'avoir cette expérience au Sénégal, en France et aux États-Unis. Ce qui est resté constant, c'est mon amour de la connaissance. Je suis très curieuse et j'aime réfléchir. Et une passion très forte pour la science qui me tient debout jusqu'à présent. Et le travail que l'on fait dans mon groupe de recherche à Princeton, c'est quelque chose auquel je crois vraiment.
Est-ce que vous pensez revenir un jour au Sénégal ?
Oui, c'est quelque chose auquel je pense. Mais la réalité, c'est qu'il y a beaucoup de barrières au pays. Par exemple, la recherche que je fais maintenant, je ne peux pas la faire au Sénégal parce que cela demande des ressources que je ne peux pas trouver au Sénégal présentement. Mais c'est quelque chose qui me revient en tête et on verra ce que l'avenir nous réserve.
Direction Dakar pour retrouver notre Grand invité Afrique ce samedi. La capitale sénégalaise est bercée ce week-end par des musiques du monde entier: trente groupes, cinquante professionnels réunis autour du DMX, le Dakar Music Expo. C’est la septième édition de ce marché de la musique, qui vise à faire découvrir des talents du continent et d’ailleurs, avec l’objectif notamment de monter des tournées à l’étranger. Dudu Sarr est le fondateur et le directeur du DMX, il répond aux questions de Guillaume Thibault.
Coup d’envoi ce vendredi 27 mars de la campagne pour l’élection présidentielle au Bénin. Le scrutin est prévu le 12 avril. Patrice Talon, au pouvoir depuis 2016, va passer la main après deux mandats. Son dauphin, le ministre des Finances Romuald Wadagni, fait face à un seul concurrent : Paul Hounkpè, du parti FCBE. Le parti des Démocrates, principale force de l’opposition, n’a pas pu présenter de candidat et n’a pas donné de consigne de vote. Une campagne qui s’ouvre dans un paysage politique profondément remodelé sous Patrice Talon, souligne le Béninois Joël Atayi-Guèdègbé, expert en gouvernance et acteur de la société civile. Il est l’invité de Charlotte Idrac.
RFI : Dans quel climat politique s'ouvre cette campagne pour la présidentielle au Bénin ?
Joël Atayi-Guèdègbé : Les résultats des élections de janvier dernier, législatives et communales ont quand même redessiné la carte politique en indiquant deux partis majeurs, partis favorables au président Talon. Fondamentalement, les réformes du système partisan et du code électoral par touches successives, ont élevé les différents seuils, principalement en introduisant la notion de parrainage pour la présidentielle. Donc le principal parti de l'opposition, Les Démocrates, a mordu la poussière à ce niveau, et ne peut pas être sur la ligne de départ. Et le second parti de l'opposition, les FCBE, a pu miraculeusement obtenir les parrainages. Il n'avait que six élus, donc ils les ont eus forcément de la part de la mouvance présidentielle, ce qui donne l'impression d'un match amical, d'une compétition sans enjeu.
Le dauphin de Patrice Talon, a un profil plutôt technocrate… Est-ce qu'il se présente comme l'homme de la continuité ou avec sa propre voie ?
Il a le goût quand même de se réclamer de son mentor. La présentation de son projet de société s’est voulue dans une continuité de l'action à laquelle il a participé dix ans durant. L'image de technocrate qui lui colle à la peau est peut-être le vice rédhibitoire qu'il va essayer de gommer pendant cette campagne.
Est-ce que les partis de la mouvance présidentielle font bloc autour de Romuald Wadagni ?
Ah oui, personne ne manque à l'appel. Disons que le réflexe naturel des uns et des autres est de faire le bon pari. S'il y a des divergences, elles sont poliment tues. Pour l'instant, la légitimation de la candidature du duo Wadagni et de madame Talata, la vice-présidente sortante, a été une entreprise assez savamment construite.
En face, Paul Hounkpè, du parti FCBE, est présenté comme un opposant modéré. Pourquoi est-ce qu'il n'est pas soutenu par les autres mouvances de l'opposition ?
Il avait le défaut rédhibitoire de s'être ouvert à la discussion en 2019, quand il y a eu des violences électorales. Il a eu aux yeux des autres le tort d'avoir accepté la main tendue du président Talon. Et donc forcément, il y a eu à partir de ce moment un soupçon de non-intégrité de sa part, de manque d'engagement. Cela lui a été tellement opposé que le président Yayi Boni, qui était président de son parti, a claqué la porte avec un certain nombre de ses amis pour aller créer justement le parti Les Démocrates qui s'est voulu le parti le plus authentique de l'opposition ou le plus radical. Mais il faut noter que ce n'est plus un parti en ordre de bataille, c'est un parti qui est soumis à plusieurs tensions, divisions, défections.
Vous l'évoquiez, il y a eu le départ de plusieurs figures du parti des Démocrates. La formation n'a pas de candidats à ce scrutin. Quel avenir pour les Démocrates selon vous ?
C'est un avenir fort incertain. Est-ce que les plus jeunes vont pouvoir reformer, reconstruire ce parti après le départ de ses principales figures centrales ? Pour l'instant, effectivement, avec zéro élu dans les instances communales comme nationales, ce parti est bien mal parti pour continuer d'incarner les espoirs de nombre de Béninois.
Les dernières élections législatives et municipales avaient enregistré un taux d'abstention record de 65 %. Est-ce que la participation est un enjeu majeur de cette présidentielle à venir ?
Oui, définitivement. Cela devient un enjeu majeur. Un enjeu d'ailleurs immédiatement identifié par les partisans de Romuald Wadagni. Au demeurant, le taux de participation n'avait cessé de baisser depuis quelques scrutins, particulièrement depuis 2019. Et il est évident que le sentiment que tout serait joué d'avance, ou qu'il n'y aurait pas une offre électorale assez large, pourrait être la cause fondamentale.
Quelles sont les principales préoccupations des Béninois pour cette campagne qui démarre ?
Je crois qu'il y a deux formes d'inquiétude fondamentale : celle de la survie quotidienne, avec un chômage qui reste endémique. Et puis, de plus en plus, hélas, il y a la question de la sécurisation du pays à ses frontières, et donc de nos relations avec nos voisins.
Ils viennent de la région des Grands Lacs, et notamment de l’est de la République démocratique du Congo. De plus en plus de migrants d’Afrique centrale tentent le long voyage vers le département français de Mayotte, dans l’océan Indien. La semaine dernière, le 18 mars, 18 personnes sont mortes noyées au large des Comores. Selon des rescapés, les passeurs leur avaient assuré qu’ils étaient arrivés à Mayotte. Cette route migratoire n’est pas nouvelle, mais elle se structure, explique Fahad Idaroussi Tsimanda, docteur en géographie, et chercheur associé à l’université de Montpellier. Il est l’invité de Charlotte Idrac.
RFI : Est-ce que la tendance d'un flux de migrants d'Afrique centrale vers Mayotte s’intensifie ?
Fahad Idaroussi Tsimanda : Oui, entre 2003 et 2025, on observe une forte hausse des demandes d'asile de ressortissants d'Afrique centrale comme les Congolais, qui sont passées d'environ 150 en 2021 à plus de 1000 en 2024. Cette évolution s'explique par les conflits qu'il y a dans la région, les crises économiques et l'attractivité du territoire de Mayotte. Ayant vécu à Mayotte depuis de nombreuses années, quand on se promène dans les rues de Mamoudzou, dans les rues de Tsoundzou et autres, on voit que les visages qu'on ne voyait pas avant sont de plus en plus présents à Mayotte. Donc oui, les flux de migrants entre l'Afrique en direction de Mayotte s'intensifient.
Et donc c'est une évolution des routes migratoires via l'océan Indien, en comparaison avec d'autres routes, par exemple celles du désert libyen ?
Effectivement. La particularité et la différence entre la route migratoire vers Mayotte et en direction de la France hexagonale, c'est que vers Mayotte, il y a moins de risques de dangers. Je ne dis pas qu'il n'existe pas de risque, mais le risque est moindre par rapport au passage vers la Libye. Là-bas, le risque est multiple d'être capturé par des bandits, se faire emprisonner ou se faire tuer. Pour venir à Mayotte, le souci, c'est plutôt le chavirage en mer.
C'est pourtant un voyage très long. Dans le cas du récent naufrage, un rescapé a témoigné avoir pris un bateau depuis Dar es Salam, donc à plus de 700 kilomètres des Comores. Est-ce qu'on sait comment fonctionnent les passeurs sur cette route ? Quel type d'embarcation ? Est-ce que ce sont des réseaux structurés ?
Les trajets reposent sur des réseaux transnationaux organisés. Les migrants passent effectivement par plusieurs pays et des points de transit régionaux avant d'arriver aux Comores. Ceux qui quittent le Congo, par exemple, vont jusqu'en Tanzanie. Entre les Comores et la Tanzanie, il y a une coopération : Il y a des pêcheurs, il y a des marchands comoriens, il y a des chefs de navires comoriens qui vont en Tanzanie pour faire du commerce, et ensuite amener les produits en direction des Comores. Donc de là, il y a des personnes qui peuvent se transformer en passeurs pour transporter ces personnes jusqu'au large des Comores. Les personnes sont cachées dans les cales des bateaux et ensuite un kwassa kwassa vient accoster juste à côté du bateau.
Un kwassa kwassa, donc une petite embarcation...
Effectivement, une petite barque de quelques mètres, qui peut chavirer au moindre faux pas, avec des grosses vagues. Il y a des passeurs qui les prennent dans les hautes mers. Ensuite, ils vont en direction de Mayotte et pour certains, parfois, ils atterrissent aux Comores.
Malgré les risques et malgré l'éloignement, est-ce que ça confirme selon vous, l'attractivité de Mayotte en tant que département français ? Est-ce que c'est une destination finale pour ces personnes ou « par défaut » ?
Le territoire de Mayotte, c'est une destination très attractive parce que le risque est moindre. Donc venir ici, c'est avoir en tête que, du jour au lendemain, si ma demande d'asile est acceptée, je peux facilement aller en métropole. Mayotte n'est pas une destination finale, c'est juste un point de passage pour les personnes qui viennent ici et qui souhaiteraient voir leur situation s'améliorer, obtenir un titre de séjour, ensuite prendre l'avion pour un voyage non clandestin, et arriver dans l'Hexagone.
Et face à cet afflux, à cette tendance, quelle est la réponse des autorités à Mayotte ?
Une fois ici à Mayotte, les personnes sont accompagnées, il y a des associations qui viennent vers ces personnes et leur demandent de déposer une demande de protection. Ce qui fait qu’il est impossible d'expulser ces personnes. On doit étudier d'abord son dossier, voir si la personne est éligible pour savoir ensuite ce qu'on va faire de cette personne. Et compte tenu de ce qui se passe là-bas au Congo, la demande peut être instruite très rapidement et la personne obtient un asile, un asile politique. Je pense aussi que les passeurs comoriens, depuis la Tanzanie, encouragent aussi cette tendance pour s'enrichir. Maintenant, ce n'est plus entre les Comores, Madagascar et Mayotte, mais ça va au-delà. Donc il y a une manne financière à ne pas négliger parce que c'est devenu une route très lucrative : la traversée entre Mayotte et Anjouan peut aller jusqu'à plus de 500 euros par tête. Donc le trajet depuis la Tanzanie jusqu'à Mayotte, je pense que ça doit avoisiner les 1000, 2000, voire plus, c'est énorme.
C’est le volet sanitaire de la stratégie « America First » du président Trump : les États-Unis concluent ces dernières semaines de nouveaux accords sur le financement de la santé, essentiellement à travers le continent africain. Cela fait suite au démantèlement de l’agence d’aide américaine Usaid. Une vingtaine de pays africains ont déjà signé des accords bilatéraux. Mais il y a des conditions. Et certains États, comme le Zimbabwe ou la Zambie, ont invoqué des risques pour leur souveraineté. L’un des enjeux majeurs est le partage des données sanitaires, souligne le docteur Jean Kaseya, directeur général d’Africa CDC – le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies. Depuis Addis-Abeba, il est l’invité de Charlotte Idrac.
RFI : L'Ouganda, le Nigeria, le Cameroun, le Burkina Faso ou encore la Côte d'Ivoire, ces pays ont tous signé de nouveaux accords bilatéraux avec Washington en matière de santé. Quelles sont les grandes lignes communes de cette coopération ?
Docteur Jean Kaseya : Le mécanisme actuel des financements américains, c'est exactement ce que nous nous avions proposé comme deal. Vous donnez l'argent directement aux gouvernements africains et de notre côté, en tant qu’Africa CDC, nous faisons une pression pour que les gouvernements africains élèvent leur cofinancement. Mais il y a aussi d'autres engagements que les partenaires américains ont mis sur la table, comme le partage des données, comme le partage des pathogènes. Mais nous disons que cela ne peut se faire que dans un cadre où il y a beaucoup plus de respect, une certaine transparence et puis une certaine équité, puisque les gouvernements africains veulent bénéficier aussi de leurs pathogènes et de leurs données.
Pour être clair, ces échantillons d'agents pathogènes, ce sont des échantillons biologiques qui peuvent servir à identifier des maladies ou à mettre au point des vaccins. Pourquoi c'est un enjeu important ?
Vous savez, quand il y avait Ebola en Afrique de l'Ouest, nous avions des milliers de personnes qui mouraient. Mais il a fallu qu'un Américain, médecin américain, tombe malade, qu'il soit extradé aux États-Unis, pour que nous tous nous puissions découvrir que, avec les pathogènes qu'on avait déjà collectés en Afrique de l'Ouest, les États-Unis avaient déjà développé les vaccins et même des médicaments contre Ebola. Alors que nous avions des milliers de personnes qui mouraient sans aide. Voilà pourquoi c'est important pour nous. Nous voulons que nos pathogènes, nos maladies, puissent être d'abord traités par les Africains. Mais si ce n'est pas possible avec la conjoncture actuelle des technologies que nous avons, si nous les exportons, nous voulons que ça puisse nous bénéficier. Chaque fois que nous avons une maladie, nous savons que ces pathogènes ont servi à fabriquer des médicaments et des vaccins qui vont nous servir, et ce n'est pas le cas aujourd'hui.
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Autre point, c'est celui d'une condition économique dans le cas de la Zambie. Ces négociations sur la santé sont liées à un accord, un autre accord, sur le secteur minier. Est-ce que ce n'est pas, selon vous, une forme de chantage ?
Moi, en tant que directeur général d'Africa CDC, je demande aux partenaires de respecter la souveraineté des pays. Donc, je dois être la première personne qui doit aussi respecter la souveraineté des pays. Je fais confiance à la Zambie dans les négociations qui sont en cours pour savoir faire la part des choses, mais surtout pour savoir pousser l'agenda de la souveraineté sanitaire pour les Africains, pour les Zambiens.
Mais est-ce que le choix n'est pas limité entre, d'un côté, refuser des accords avec les risques que ça peut entraîner, à court terme, pour les populations ou changer de modèle pour plus de souveraineté comme vous le souhaitez, mais à plus long terme ?
Vous savez, en arrêtant les financements extérieurs, les partenaires extérieurs ont démontré à l'Afrique que nous pouvons profiter de notre génie pour augmenter les ressources. Et nous obligeons maintenant les partenaires à s'aligner. Nous n'allons plus accepter que les partenaires viennent nous imposer leurs conditions.
Mais dans l'immédiat, certains gouvernements, comme celui de Zambie, on l'a évoqué, mais aussi du Zimbabwe, dénoncent des accords déséquilibrés.
Je parle avec tous mes pays. Et je sens comment la Zambie et le Zimbabwe investissent. Je vais être très clair là-dessus : aucun partenariat international, aussi important soit-il, ne remplacera les réformes que nous devons mener nous-mêmes et ne remplacera la volonté d'augmenter les budgets de l'État.
Ce sont des accords bilatéraux. Est-ce que ça ne remet pas en cause le principe d'équité de l'OMS, l'Organisation mondiale de la santé, par exemple, dans une réponse future à une pandémie ?
Madame, aujourd'hui, nous avons les évidences avec les épidémies comme Mpox, avec Ebola, avec Marburg, que l’on ne peut jamais gérer un problème de santé global avec des accords gouvernement à gouvernement. Il faut avoir aussi une approche régionale et continentale puisqu’une épidémie n'a pas de frontières. Quel que soit le problème entre les deux pays, elle va traverser. Et voilà pourquoi nous avons commencé le dialogue avec le gouvernement américain pour leur dire : « Bilatéral, c'est bien, mais avec une approche régionale intégrée, ça c'est meilleur. »
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Au Sénégal, elle est l’une des voix qui bousculent le patriarcat depuis 50 ans : Awa Fall-Diop est honorée ce mardi 24 mars à Dakar par la fondation allemande Heinrich-Böll qui lui a remis son prix Anne Klein 2026. Une récompense pour son engagement dans la défense des droits des femmes. Militante féministe, enseignante, syndicaliste, Awa Fall-Diop a aussi été ministre et dirigeante d’association. Pour elle, le combat n’est pas terminé. Elle est l’invitée de Charlotte Idrac.
RFI : « Luy Jot Jotna », ça veut dire « Il est temps » en wolof, et c'est le nom de la campagne lancée il y a quelques mois pour appeler à un sursaut face aux féminicides et aux violences faites aux femmes au Sénégal. Pour vous, qui militez depuis plusieurs décennies maintenant, est-ce que ça veut dire que le combat continue ?
Awa Fall-Diop : Absolument, et il continuera tant qu'il y aura une seule femme sur cette planète qui subit l'oppression patriarcale. Les droits des femmes, c'est globalement le droit à la vie sous plusieurs aspects. La problématique du féminicide en fait partie. Mais il y a également aujourd'hui une tentative de contrôler le corps des femmes, soit par le biais de l'habillement, soit par le contrôle de leur fertilité. Et en parlant de ça, je voudrais évoquer une autre campagne que nous sommes en train de mener en faveur de l'avortement médicalisé et sécurisé en cas de viol et d'inceste. Les femmes qui sont pauvres, les femmes qui ne sont pas nanties et qui sont face à cette situation n'ont d'autres solutions que de procéder à des actions risquées. Lesquelles actions risquées les amènent soit à la mort, soit à l'infertilité, soit en prison. Parce qu'aujourd'hui au Sénégal, plus de 90% des femmes qui sont incarcérées le sont pour raison d'infanticide ou pour raison d'avortement. Un autre défi également, c'est la loi qui a été votée à l'Assemblée, le 11 mars, qui durcit les peines en cas de ce qu'ils appellent « actes contre nature ».
Donc relations entre personnes de même sexe.
C'est l'intensification de la répression contre l'homosexualité. Alors les femmes sénégalaises qui sont des lesbiennes, beaucoup d'entre elles ont quitté le pays. C'est extraordinaire quand on ne se sent pas en sécurité dans son propre pays. Aujourd'hui, même au niveau du mouvement féministe, parler de cette question devient problématique parce que quand tu en parles, on dit que tu fais l'apologie, on dit que tu en fais la promotion. Cela crée une atmosphère délétère.
Pour la première fois, le président Bassirou Diomaye Faye avait prononcé le mot féminicide dans ses vœux du 31 décembre dernier. Qu'est-ce que vous attendez maintenant comme actes ?
Comme on dit : « Paroles et paroles et paroles… » Voilà. C'est vrai que c'est important que le mot féminicide ait été prononcé. Cela veut dire que dorénavant, ce concept, cette problématique, fait partie du langage institutionnel au plus haut niveau de l'État. Mais jusqu'à présent, encore rien de concret.
De quelle action concrète, vous, en faveur des femmes, vous êtes la plus fière ?
C'est le travail que j'ai accompli au niveau de l'éducation nationale. À ce moment-là, dans les manuels scolaires, nous avons décompté qu'il n'y avait que 20% de personnages de femmes. Toutes les femmes qui étaient représentées s’adonnaient à des activités domestiques.
Donc la cuisine, les enfants, la maison…
Voilà exactement. J’ai dit à Monsieur le ministre que cela ne correspondait pas à la réalité. Et donc les manuels ont été révisés : On montre une fille en train de faire une expérimentation scientifique, qui est dans une fusée qui va à la Lune, et cetera, et cetera. Et ça, j'en suis absolument fière.
Est-ce que, selon vous, c'est plus difficile d'être féministe au Sénégal aujourd'hui qu'il y a 30 ou 40 ans ?
C'est différent. Nous sommes toutes dans une même trame, sur un même fil historique, mais il y a également un décalage. Parce qu'aujourd'hui, la vitesse à laquelle les jeunes féministes mènent une campagne, se connectent avec les sœurs féministes du Bénin, du Togo, de France, d'Allemagne, des États-Unis, d'Ouzbékistan... Aujourd'hui, en tant que féministe aînée, je peux dire que c'est plus facile, mais que ça présente plus de risques : le cyberharcèlement, les dénonciations... Maintenant, il y a une vague d'intolérance qui couvre le monde d'une chape de plomb, d'un voile obscur, que ce soit aux États-Unis, que ce soit en Europe également, avec les ramifications dans les pays africains. Il y a une internationalisation du mouvement anti-genre, du mouvement anti-droit, du mouvement anti-progrès qui veulent nous faire reculer dans les temps obscurs. C'est inacceptable.
Vous êtes honorée aujourd'hui pour le prix Anne Klein de la Fondation Heinrich-Böhl. Qu'est-ce que ça représente pour vous ce prix ?
C'est un signe que ce que nous avons fait, c'est bon, mais qu'il y a mieux encore à faire. « Bon, c'est bon, mais quand mieux arrive, bon s'enfuit. ». Nous sommes à « bon », nous devons aller à « mieux ».
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