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Alors que les chefs d'état-major des pays membres de la Cédéao doivent achever leur sommet vendredi 27 février à Freetown, en Sierra Leone, qu'en est-il de la lutte antiterroriste sur Internet ? Le recrutement de combattants se fait aussi en ligne, tout comme une bonne partie des activités criminelles, et l’intelligence artificielle, qui continue de se développer, apporte aussi son lot de difficultés pour les services de sécurité du continent. Comment les États africains se préparent-ils à cette lutte numérique ? Notre grand invité Afrique est l'Ivoirien Franck Kié, expert en cybersécurité et commissaire général du salon Cyber Africa Forum. Il répond aux questions de Sidy Yansané.
RFI : Récemment, le chef du Bureau de cyberdéfense des forces armées de votre pays, la Côte d'Ivoire, affirmait que « les terroristes sont omniprésents sur le web ». Vous qui êtes à la tête du Cyber Africa Forum depuis bientôt dix ans, vous diriez que les États prennent enfin conscience du phénomène ?
Franck Kié : Les États africains, en particulier depuis quelques années, se rendent compte de l'importance du phénomène qu'est la cybercriminalité et tous les risques liés à la cybersécurité de façon générale. Néanmoins, certains exemples très récents nous démontrent qu'il y a encore une marge de manœuvre assez importante en termes de mise en œuvre d'actions pour pouvoir être pleinement efficace et opérationnelle sur ce volet-là. Même si aujourd'hui on a de plus en plus d'information et de plus en plus de sensibilisation, des acteurs publics et privés tendent encore à penser, surtout en Afrique, que cette menace est encore assez éloignée d’eux. Au-delà de ça, il faut aussi continuer dans la formation du capital humain et puis surtout investir dans les infrastructures qui nous permettront de nous défendre. Au cours des dernières années, l'Afrique a quand même fait un bond qualitatif assez important sur le volet de la gouvernance, avec la mise en place dans plusieurs pays africains d’agences nationales de la sécurité des systèmes d'informations, d’agences de protection des données à caractère personnel et la régulation aussi qui les accompagne, avec des lois de lutte contre la cybercriminalité. Pour la cybersécurité, il faut maintenant aller encore un peu plus loin sur les autres volets cités précédemment.
Quelle est votre analyse plus poussée sur l'état actuel de la lutte contre le terrorisme en ligne dans la sous-région ?
Le biais numérique devient aujourd'hui un vecteur pour les crimes et les actions malveillantes. Donc, il faut accroître encore plus la surveillance. On peut voir qu'à travers la propagation des fake news, il y a un vrai aspect de lutte informationnelle sur le volet numérique. En plus de ça, avec l'émergence et la démocratisation de l'intelligence artificielle, on a un risque encore plus accru car ça donne encore plus de moyens à ces criminels pour arriver à leurs fins.
Il y a aussi une filière qui, on le sait, est difficile à surveiller : celle de l'argent mobile. Les Africains sont champions mondiaux de l'emploi d'argent numérique. Plus de la moitié des comptes dans le monde sont en Afrique. En 2024, les régions Ouest et Est pesaient à elles seules pour près de 1 000 milliards de dollars de transactions d'après la GSM Association. Comment préserver ce service, tout en repérant les transactions criminelles et terroristes ?
Les États, en accord avec les régulateurs et les opérateurs de télécommunications qui opèrent en général ce type de solution, essaient de mettre en place de plus en plus de mesures qu'on appelle des KWC (Know Your Customer), qui permettent de savoir qui est derrière le compte pour avoir une certaine traçabilité derrière les transactions. Là aussi, il ne faut pas que des jeunes se fassent instrumentaliser et donner leur identité afin que des personnes mal intentionnées puissent faire des transferts d'argent à travers leurs comptes.
On sait que ces recrutements se déroulent beaucoup sur les réseaux sociaux. Comment se passe la coopération entre les États et les plateformes, les sociétés numériques, notamment les Gafam - plus puissantes multinationales des technologies de l'information et de la communication - pour lutter contre le terrorisme en ligne ?
La relation n'est pas forcément toujours évidente car ces Gafam aujourd'hui sont tellement puissants qu'ils peuvent décider de ne pas répondre à un État ouest-africain dont le PIB est inférieur à leur valorisation boursière. D'où la nécessité de coopération qui permettrait ensemble d'être un levier plus important face à ces opérateurs. Il y a toujours la question légitime de ces plateformes qui se demandent à quel moment il s’agit de terrorisme ou de cybercriminalité et à quel moment c’est plutôt une forme de restriction de la liberté d'expression. Un exemple : le président français Emmanuel Macron lui-même révélait avoir reçu il y a quelques mois un message d'un de ses homologues africains s’interrogeant sur l’authenticité d’une vidéo générée par l'IA parlant d’un coup d'État en France. La présidence française a demandé à Facebook de retirer cette vidéo, elle a reçu une réponse négative. Je crois me souvenir que l’entreprise n'avait même pas répondu. Si même un État comme la France, dans son rapport de force avec ces Gafam, peut avoir ce type de réponse, je vous laisse imaginer la difficulté pour des pays moins puissants économiquement.
Le président de la refondation de Madagascar a quitté Paris mercredi 25 février soir. Le colonel Michaël Randrianirina a rencontré Emmanuel Macron, à l'Élysée. Auparavant, il était reçu avec les honneurs par Vladimir Poutine à Moscou. Depuis la chute de l'ex-président Andry Rajoelina en octobre dernier, le commandant du Corps d'armée des personnels et des services administratifs et techniques montre des signes de rapprochement avec la Russie, mais sa visite parisienne dans la foulée montre que Madagascar ne veut pas rompre avec son partenaire historique. La politologue Christiane Rafidinarivo est chercheuse associée au Centre de recherches politiques de Sciences Po. Elle est la Grande invitée Afrique de Sidy Yansané.
RFI : Le président de la Refondation, Michaël Randrianirina, achève une tournée qui l’a successivement mené à Moscou, où il a rencontré Vladimir Poutine, puis à Paris aux côtés d'Emmanuel Macron. « Grand écart diplomatique, numéro d'équilibriste », disent déjà les commentaires… Vous partagez cette analyse ?
Christiane Rafidinarivo : Le président de la Refondation de la République de Madagascar a toujours affirmé qu'il voulait mener une ligne diplomatique qui ne discrimine personne, qui ne cherche pas à rejeter d'emblée, par idéologie ou tout autre considération, un partenaire potentiel qui peut apporter quelque chose pour satisfaire les besoins de la population malgache, que l'on sait être dans une situation difficile.
Il est vrai que Madagascar a toujours entretenu une relation privilégiée avec la France, mais la Russie est aussi un vieux partenaire. Finalement, voyez-vous vraiment une rupture dans la nouvelle diplomatie malgache ?
En termes de partenariat, non, car la France est un partenaire de toujours. Et la Russie est un partenaire très ancien. Il me semble que Madagascar s’apprête à commémorer 55 ans de relation avec la Russie. Mais ce qui peut être qualifié de rupture, c'est ce recentrement de la diplomatie malgache sur les besoins immédiats des Malgaches. La vraie nouveauté est internationale, c’est le nouveau contexte géopolitique. Et c'est sans doute là que l'on peut mieux comprendre pourquoi on parle de renouvellement de partenariat. D'un côté, Madagascar affirme de nouvelles priorités tournées vers sa population, et d'un autre côté, tout cela se fait dans un contexte géopolitique qui a considérablement changé ces cinq dernières années justement.
De son côté, la Gen Z, la société civile qui a principalement contribué à renverser l'ancien président Andry Rajoelina, dénonce une mise en scène diplomatique pour décrire la rencontre entre les présidents français et malgache à l'Elysée. Cette Gen Z, qui s'estime mise de côté, ne lui a-t-on pas volé sa révolution finalement, comme cela s'est vu dans d'autres pays d'Afrique où les militaires ont pris le pouvoir ?
Ce que je constate et que j'observe en tant que chercheuse, c'est que la Gen Z est en dialogue avec le ministère chargé de la Refondation, qui est un ministère d'Etat, et même avec le président de la Refondation lui-même. Certains éléments très connus de la Gen Z sont dans les cabinets ministériels et la Gen Z continue effectivement à avoir une participation politique très intéressante dans l'espace public, de façon à avoir une forme de politisation qui puisse lui permettre de participer à la concertation nationale qui est en cours, certes, mais également au débat public de façon constructive. Et c'est ce qu'elle fait. Ce qui est très nouveau, c'est la liberté d'expression, d'opinion, de manifestation. Il y a un renouveau de la participation démocratique à Madagascar. Pour la première fois de son histoire, et si cela se concrétise, la Grande Île aura une constitution qui n'aura pas été parachutée par des experts extérieurs et avec une poignée de Malgaches. Est-ce une vraie coopération ou un rapport de force masqué ? Auquel cas, il y aurait une forme de démocratie de façade.
Le moratoire sur les permis miniers a été levé. Désormais, excepté pour l'or, les entreprises extractives ont le droit d'exploiter les richesses minières malgaches. Que dire de cette nouvelle politique industrielle et minière ? Constatez-vous de nouveaux partenaires ou des partenaires anciens signer des contrats ?
Ce que les autorités disent souhaiter, c'est l'ouverture à la concurrence, et surtout que ce soit un marché ouvert aux Malgaches mêmes, chose rare auparavant. L’or a été mis de côté car le président de la Refondation a expliqué, au retour de ses voyages aux Émirats arabes unis notamment, qu'il souhaitait organiser un comptoir de l'or avec une régulation beaucoup plus institutionnalisée du secteur, qu’il ne soit pas un secteur réservé aux grands acteurs en oligarchie, et surtout préempté par les trafiquants. Quand on sait que la Banque centrale malgache a très peu de réserves d'or dans ses coffres, on comprend à quel point ce pays a été pillé.
Le Salon international de l'Agriculture a ouvert ses portes le week-end dernier, 21 et 22 février, à Paris. Pour cette 62e édition, c'est la Côte d'Ivoire qui est l'invitée d'honneur. Premier producteur mondial de cacao et de noix de cajou, le pays des éléphants est l'une des puissances agricoles d'Afrique de l'Ouest. Notamment en pourvoyant pour 40% de la production mondiale de cacao. Mais, depuis l'an dernier, les cours de l'or brun sont en chute libre. Conséquence : des milliers de tonnes d'invendus restent sur les bras des planteurs. La Côte d'Ivoire va-t-elle être obligée de vendre son cacao moins cher ? Pour en parler, le nouveau ministre ivoirien de l'Agriculture est ce matin notre Grand Invité Afrique. Bruno Nabagné Koné répond aux questions de Sidy Yansané.
RFI : La Côte d'Ivoire est l'invitée d'honneur du Salon de l'agriculture de Paris cette année. Quels sont les principaux atouts de la production ivoirienne que vous comptez mettre en avant durant cet événement international ?
Bruno Nabagné Koné : Aujourd'hui, la Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial de cacao et de noix de cajou, le premier producteur africain d'hévéa et dans le top 5 des pays africains producteurs de palmiers à huile, de coton, de karité, etc. Nous participons au Salon de l'agriculture depuis une trentaine d'années. Et cette année, nous avons eu le privilège d'avoir été désignés invités d'honneur. Nous sommes heureux de le représenter avec ce titre.
Il y a une filière où vous n'êtes pas encore leader, mais qui a connu un véritable bond, c'est la filière avicole, la production de viande de volailles, qui a plus que quadruplé en une décennie. Une taxe sur les intrants de 9% vient d'être instaurée par les autorités ivoiriennes. Ne craignez-vous pas un ralentissement de cette filière en plein boom ?
Il n'est pas anormal que la Côte d'Ivoire élargisse son assiette fiscale. Il faut savoir qu'aujourd'hui, nous sommes l'un des pays qui a le plus faible taux de fiscalisation dans la sous-région. Là où les instances de l'UEMOA recommandent entre 18 et 20 %, la Côte d'Ivoire est à 12-13 %. Il y a quelques années, nous étions encore très fortement importateurs de poulets et de volailles. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, la Côte d'Ivoire est totalement autosuffisante.
Revenons sur la crise du cacao que traversent actuellement les planteurs ivoiriens. Les cours des prix à l'international ont drastiquement chuté, de nombreux producteurs peinent à trouver preneur. L'État ivoirien s'est engagé à racheter les stocks des invendus. Tout d'abord, où en est-on de l'acquisition par l'État ivoirien de ces stocks invendus ?
Les enlèvements de fèves se font. 64 000 tonnes ont déjà effectivement été levées, il y a une quarantaine de milliers de tonnes en cours d'enlèvement, en collaboration d'ailleurs avec les organisations du secteur.
Une initiative qui va soulager les planteurs. Mais du coup, comment l'État compte revendre ces stocks ?
Ce sera le problème de l'État. Nous essayons de traiter cette équation avec deux grosses inconnues : équilibrer les finances du Conseil Café Cacao en faisant en sorte que les revenus des producteurs ne soient pas trop obérés.
Selon votre prédécesseur, cette acquisition s'élèvera à 430 millions d'euros quand même...
Peu importe la somme, le soutien de l'État a été assuré aux planteurs. Et il faut savoir que nous sommes dans un système de stabilisation. Une partie des ressources a été acquise au cours des bonnes années et reste toujours disponible dans les réserves du Conseil Café Cacao. Cela servira partiellement à traiter la question.
M. le ministre, la semaine dernière, l'agence de presse Reuters annonçait que « la Côte d'Ivoire envisage de suivre l'exemple du Ghana en baissant le prix de son cacao ». Vous confirmez ?
Des annonces seront faites par la Côte d'Ivoire dans les prochains jours. Mais je pense que tout esprit rationnel comprend que, dans la situation actuelle, le Conseil Café Cacao n'a pas beaucoup de choix devant lui.
Des informations, des détails concernant cette baisse éventuelle ? Un pourcentage ? À quel moment arriverait-elle ?
Une annonce sera faite dans les prochains jours par le Conseil Café Cacao.
Pour la petite campagne ou pour la campagne principale de l'année prochaine ?
La campagne de l'année prochaine va s'ouvrir le moment venu. Là, il s'agit de prendre une décision sur deux choses : le stock résiduel éventuellement de la campagne principale passée et le stock de la campagne intermédiaire.
Le prix à 2 800 francs CFA le kilo de cacao est effectivement un prix record fixé par l'État ivoirien. À cela, on peut ajouter aussi le différentiel de revenu décent, qui est une sorte de prime minimale de 400 dollars sur la tonne de fèves attribuée aux planteurs. Le cacao ivoirien n'est-il pas trop cher finalement ?
On ne peut pas parier sur l'avenir de ce secteur en sacrifiant ceux qui en sont à la base. Allez voir les planteurs ivoiriens, voyez dans quelles conditions ils vivent...
Très précaires...
Voilà ! Et vous allez comprendre qu'il y a quand même besoin de les soutenir d'une certaine façon. Et c'est pour ça que ce DRD a été décidé conjointement par le Ghana et la Côte d'Ivoire pour assurer ce minimum de revenu à nos paysans. Non, ça ne rend pas le cacao plus cher, tout simplement parce que le cacao ne représente que 6% du produit final que vous consommez ici en France, par exemple. Si ce produit final est dit cher, ce n'est certainement pas à cause de la matière première qui est le cacao.
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Ancien secrétaire général de l’UDPS, le parti présidentiel, ancien vice-président de l’Assemblée nationale et longtemps considéré comme l’un des plus proches collaborateurs de Félix Tshisekedi, Jean-Marc Kabund a progressivement basculé dans l’opposition. En février 2022, après des propos virulents contre le chef de l’État, il tombe en disgrâce et radicalise son discours à l’encontre du pouvoir. Arrêté en août 2022, il est condamné en septembre 2023 par la Cour de cassation à sept ans de servitude pénale. L’ancien chef du parti présidentiel a quitté, vendredi 21 février 2025 dans la soirée, la prison centrale de Makala. Aujourd’hui figure de l’opposition congolaise, il plaide pour l’organisation d’un dialogue inclusif. Grand invité Afrique de RFI aujourd'hui, il est interrogé par Patient Ligodi.
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Minni Arko Minnawi, le gouverneur du Darfour au Soudan et chef du mouvement de libération du Soudan, faction Minnawi, est le grand invité Afrique de RFI. De passage à Paris, il revient dans cet entretien sur les derniers développements de la crise au Soudan, des interventions étrangères, des possibilités de retrouver la paix. Minni Arcou Minnawi invite les Émirats arabes unis à entrer en dialogue direct avec les autorités soudanaises.
RFI : Quand la guerre prendra-t-elle fin ?
Minni Arko Minnawi : J’aimerais qu’elle se termine aujourd’hui, mais cela ne peut pas se faire sans certaines mesures.
Quelles sont ces mesures ?
En réalité, de nombreux facteurs ont contribué à cette guerre, notamment le facteur extérieur, à savoir, les Émirats arabes unis, qui doivent se retirer du conflit, qu’ils cessent de gérer la guerre. Quant au facteur interne, il nous serait alors beaucoup plus facile de nous asseoir ensemble et de mettre fin à la guerre.
Les autorités soudanaises ont, à plusieurs reprises, exprimé des réserves quant à la présence des Émirats arabes unis parmi les membres du Quartet composé également des États-Unis, de l’Égypte et de l’Arabie saoudite. Rejetez-vous leur présence au sein du Quartet ?
Oui, nous rejetons leur présence au sein du Quartet, car les Émirats arabes unis sont censés jouer un rôle de médiation, de facilitateur. Or, ils sont eux-mêmes partie prenante au conflit ; comment peuvent-ils donc être à la fois juge et partie ?
L'armée soudanaise a fréquemment accusé des pays voisins de collaborer avec les Émirats arabes unis pour acheminer du matériel militaire au Soudan destiné aux Forces de soutien rapide. Pouvez-vous identifier ces pays ?
C’est assez clair, surtout en ce qui concerne des responsables en Libye, à l’est du pays, à Benghazi, plus précisément qui est sous contrôle émirien. Il y a le Tchad. Ce sont des pays que les Émirats instrumentalisent pour faire avancer leur projet de démantèlement du Soudan. Et malheureusement, ce projet de fractionnement s’étendra à l’Afrique.
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Vous avez mentionné le Tchad parmi les pays impliqués dans l'envoi d'aide militaire aux FSR, mais il existe des divisions au Tchad à ce sujet, même au sein du palais présidentiel...
La majorité du peuple tchadien, et pas seulement les proches du président Déby, s'oppose au financement de la guerre pour servir les intérêts des Émirats arabes unis et des Forces de soutien rapide, pour déstabiliser et démanteler le Soudan. Le Darfour est en quelque sorte, une extension du Tchad, socialement parlant, et le Tchad est l’extension du Darfour... Par conséquent, la majorité de la population tchadienne, notamment les proches du président, se considère comme faisant partie d'une même communauté élargie, s'étendant jusqu'à Khartoum. De ce fait, ils rejettent tous la politique de Mahamat Idriss Déby, politique qui a conduit à la destruction de villes entières, ainsi qu'à des massacres, des combats urbains, un génocide et un nettoyage ethnique. Je crois vraiment que la majorité du peuple tchadien rejette cette politique.
Quel intérêt a le président tchadien à s’impliquer dans cette guerre ?
Nous ignorons quel serait son intérêt, mais peut-être qu’il s’y est impliqué par manque d'expérience.
Vous avez récemment accusé l’Éthiopie de s’ingérer également dans la guerre au Soudan ?
Bien entendu, ces faits sont corroborés par d'autres sources, par d'autres pays, y compris des pays dotés de technologies et de capacités avancées ; il ne s'agit pas d'une accusation soudanaise. Toutefois, il est clair que de multiples attaques ont été perpétrées depuis l'Éthiopie par les milices des Forces de soutien rapide, ainsi que par le Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord, de Abdelaziz el Hilu, allié aux Forces de soutien rapide.
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La prolongation de la durée de la guerre, bientôt trois ans, ne vous fait-elle pas craindre la division réelle du pays, qu’un État séparé ne soit annoncé au Darfour ?
Bien sûr, les forces étrangères qui ont déclenché cette guerre et qui continuent à l'alimenter cherchaient à s'emparer de tout le Soudan. N'ayant pas atteint leurs objectifs, elles ont eu recours à la partition du pays, ou du moins, elles cherchent à conserver le Darfour et certaines régions du Kordofan. Mais cela est inacceptable pour le peuple soudanais. L'ensemble de la population soudanaise est aujourd'hui mobilisé, aux côtés des forces armées, des forces conjointes et d'autres encore. Tous sont sur le terrain pour rejeter ce projet, et c'est pourquoi il ne réussira pas.
Appelez-vous les Émirats à un dialogue direct avec les autorités soudanaises ?
Voilà ce qui est nécessaire : nous exigeons depuis longtemps que le rôle des Émirats arabes unis se limite à un dialogue bilatéral entre le Soudan et les Émirats, afin de discuter de réconciliation et d’un retour à des relations normales entre les deux pays. Notamment en matière d'échange de bénéfices et de partage de ressources. Nous refusons son ingérence, son soutien aux milices et aux crimes majeurs commis par les milices des Forces de soutien rapide, tels que le génocide et les crimes de guerre. Tout cela avec le soutien des Émirats arabes unis.
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Mais que cherchent les Émirats en entrant avec force dans cette guerre ? Les richesses du pays ?
Je ne sais pas. Si la richesse est ce qu’ils cherchent, ils ne l’auront que par le dialogue bilatéral. Il est parfaitement naturel que nous échangions des ressources. La richesse devrait être partagée par les voies officielles : le commerce, les avantages mutuels, les investissements bilatéraux, etc. Il n'y a aucune raison pour qu'ils s’impliquent, pour que de tels crimes soient commis, et pour qu’ils se salissent les mains de sang. Nous ignorons les raisons de tout cela.
Masaad Boulos, le conseiller américain pour l’Afrique mène des efforts pour mettre fin à la guerre, comment voyez-vous le rôle américain dans cette crise ?
Le rôle américain est primordial. Il doit être officiel. Masaad Boulos a rencontré des responsables soudanais à plusieurs reprises, mais hors du Soudan. Nous espérons que tout plan proposé sera acceptable pour le gouvernement et le peuple soudanais, qui souffre actuellement des Forces de soutien rapide et de l'ingérence internationale.
Le pouvoir soudanais acceptera-t-il un plan de paix comme celui proposé pour l’est de la RDC, en partageant les richesses du Soudan avec les États-Unis ?
J'ignore quelle proposition sera présentée. Je préfère donc ne pas traverser la rivière avant d'avoir atteint le pont.
Quel point important souhaitiez-vous ajouter à cet entretien ?
Les Forces de soutien rapide (FSR) sont un véritable fléau. Chaque ville qu'elles ont occupée est devenue désormais une ville fantôme, désertée par ses habitants. Les FSR sont une catastrophe humaine et doivent être identifiées pour ce qu'elles sont réellement : une milice, une organisation terroriste. Les FSR continuent de tuer des civils, se procurant les armes et les drones les plus sophistiqués fournis par les Émirats arabes unis, qu'elles utilisent pour tuer des civils et détruire des villes. Par conséquent, il est de la responsabilité du gouvernement et de l'armée de mettre fin à la guerre en reprenant et en sécurisant les zones encore sous leur contrôle, afin de protéger les citoyens soudanais.
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Les drames liés à la migration africaine, et particulièrement la migration irrégulière, font souvent la une des journaux sur le continent. On ne compte plus les témoignages de personnes de retour dans leur pays, soit rapatriées, soit secourues en mer, dans le désert ou issues d’autres routes migratoires. Mais on parle rarement de toutes celles et ceux qui parviennent à rejoindre l'Europe, notamment la France, et arrivent très traumatisés par leur voyage. À Bobigny, tout près de Paris, l'hôpital Avicenne reçoit des migrants africains atteints de graves troubles psychiques liés à leur parcours d'exil. La psychologue clinicienne française Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky travaille au centre psychiatrique de l'hôpital. Elle est la grande invitée Afrique de Sidy Yansané. [Rediffusion]
RFI : En 2018, vous sortiez un livre La voix de ceux qui crient (éd. Albin Michel) qui résume une décennie de consultations que vous avez menées avec des patients demandeurs d'asile, sans papiers, réfugiés, qu'on qualifie de façon un peu rapide comme « migrants ». Cette voix dans votre livre, que crie-t-elle exactement ?
Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky : Vous avez dit une chose importante : la qualification rapide de « migrants », car on qualifie mal une population qu'on confond. Je m'occupe de personnes victimes de grandes violences telles que des viols, de la torture, des brutalités extrêmes. Et ces personnes arrivent dans un territoire où elles vont rencontrer souvent une violence institutionnelle et psychique, celle de débarquer en France. Elles vont rencontrer l'ère du soupçon institutionnel. Et ce qu'on écoute, c'est ce cri dû à une violence rencontrée au début du parcours, mais ensuite tout au long de la trajectoire migratoire. Et c'est avec ces personnes qu'on travaille comme cliniciens.
Vous recevez beaucoup d'Africains, beaucoup d'Africaines, que vous racontent-ils en général et notez-vous des spécificités dans leur parcours comparé à des migrants hors d'Afrique ?
Je crois qu'il y a une géographie de la violence et une géographie de la guerre. Et oui, même s’il y a la question psychologique et psychiatrique du traumatisme, on retrouve toujours des invariants qui sont ces manières de réagir à la violence psychiquement. Cette géographie de la guerre africaine, par exemple, et la violence africaine, elle peut être tout à fait particulière.
Alors oui, nous recevons beaucoup de personnes africaines, hommes et femmes, car la migration, ça concerne pour moitié les femmes. Vous avez peut-être vu les derniers chiffres de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), sur les dix premiers pays à qui on a donné des titres de séjour en 2025, il y en a cinq africains : la Guinée, la RDC, la Somalie, l'Érythrée et le Soudan. Il y a évidemment les violences patriarcales, les violences intrafamiliales que fuient beaucoup de femmes.
Elles viennent parce qu'elles ont fui la violence maritale ou l’excision. Donc on retrouve bien sûr ces géographies et on retrouve ensuite des particularités, disons, culturelles. Au départ, je suis anthropologue et c'est vrai que la question va se poser de manière un peu différente en fonction des lieux d’origine. Quand on a des personnes originaires d'Afghanistan ou d'Asie du Sud, les problématiques vont évidemment apparaître de manière différente. Et on a une très grande partie de notre population qui vient d'Afrique.
Avez-vous des cas autres que ceux liés à la violence, à quelque chose que l'on fuirait du fait que sa vie soit directement en danger ?
Tout à fait ! Il ne faut jamais oublier que les migrations ne sont pas toujours forcées. Elles ne sont pas toutes traumatiques, bien sûr, mais en partant « à l'aventure », terme qu'on entend souvent, les personnes vont découvrir que la trajectoire et l'arrivée sont bien plus violentes qu’imaginées. Vous avez une population qui arrive dans votre pays et qui, très vite, est mise en doute : pourquoi elle est là ? Est-ce de la migration économique ? Tout de suite, il y a cette question du soupçon dans la présence en France.
Et puis de l'autre côté, tous les liens familiaux et personnels, ces loyautés qu’un migrant entretient avec sa famille et sa communauté. Car quand on part, on part pour réussir ! D'abord, on hypothèque beaucoup de choses, on ne voit plus sa famille pendant des années, on ne sait même pas si on la reverra. Si on la revoit, il faut avoir réussi avec un statut supérieur à celui d’auparavant. On a beaucoup de jeunes, par exemple, qui sont partis et qui galèrent. Je veux dire que l'expérience de la rue, elle existe pour beaucoup de ces personnes qui arrivent. Le temps de trouver un petit boulot, souvent dégradant, qui amène à la question du déclassement social, les diplômes quelquefois ne servent à rien... Ce problème de reconnaissance fait que la dignité est très atteinte et que les personnes qu'on rencontre vont vouloir protéger aussi leur famille en leur cachant cette vérité.
Il y a un terme que vous avez utilisé tout à l'heure, « l'aventure ». Et effectivement, si on utilise généralement en Occident le qualificatif « migrant », en Afrique, notamment en Afrique de l'Ouest, on ne dit pas ce terme-là, on parle plutôt de gens qui partent à l'aventure. Voyez-vous également des aventuriers et des aventurières, dans le sens de plonger dans un inconnu absolu ?
Là, il y a quelque chose chez ces personnes, il y a une grande force à continuer cette aventure, une projection vers le futur, un élan qui est souvent brisé par des obstacles mais qui est très fort. Notamment chez les jeunes.
À l'issue de son 39e sommet, l'Union africaine a révélé sa nouvelle stratégie vis-à-vis des pays de l'Alliance des États du Sahel : tout en rappelant l'impératif du retour à l'ordre constitutionnel, priorité est clairement donnée au soutien à la lutte antiterroriste au Mali, Niger et Burkina Faso. Cette stratégie de l'Union africaine est-elle la bonne ? L’ancien ministre malien Housseini Amion Guindo, farouche opposant des militaires au pouvoir à Bamako, président du parti Codem et du mouvement Jigiya Kura, désormais dissous (comme toutes les organisations politiques du Mali) est le Grand invité Afrique de David Baché.
RFI : L'Union africaine prône toujours le retour à l'ordre constitutionnel au Mali, au Niger et au Burkina, mais donne clairement la priorité, désormais, au soutien à la lutte antiterroriste de ces trois États. On ne sait pas encore comment. Est-ce que c'est une bonne stratégie ?
Housseini Amion Guindo : L'Union africaine fait une très mauvaise appréciation des problèmes du Mali. Réduire, aujourd'hui, le problème du Mali à la lutte contre le terrorisme, c'est se tromper. Au Mali, nous avons un problème de dialogue national, nous avons un problème de rébellion séparatiste, des tensions intercommunautaires, des partis politiques qui sont dissous... Donc, le problème du Mali, il est global. Il ne peut pas être circonscrit à un problème de lutte contre le terrorisme. Je pense que ce discours de l'Union africaine contredit les principes mêmes de l'Union africaine : des principes de légitimité, d'ordre constitutionnel, de droits humains. C'est sur cette base que l'Union africaine a été constituée. Mais l'Union africaine n'est pas constituée pour lutter contre le terrorisme, pour soutenir des régimes qui essaient de vivre de ce terrorisme.
Donc ce que vous dites, c'est que ces régimes qui, dans leur discours officiel, se maintiennent au pouvoir justement pour lutter contre les groupes terroristes, cette approche de l'Union africaine, ça les conforte d'une certaine manière ?
Bien entendu. C'est pourquoi j'ai dit que l'Union africaine, par cette déclaration, trahit ses principes et apporte un soutien étrange. Il est important pour l'Union africaine de chercher d'abord à comprendre le problème malien en particulier, et celui du Sahel en général. Ce n'est pas seulement le terrorisme, il y a des questions de légitimité.
Mais la réalité du terrain est visible. En dépit du discours officiel des régimes en place, la progression territoriale, le renforcement des groupes jihadistes sont indéniables et cela représente une menace aussi pour les pays voisins de l’AES, pour toute l'Afrique de l'Ouest. L’Union africaine doit bien le prendre en considération, non ?
Mais bien entendu. C'est vrai qu’aujourd’hui, la situation s'est dégradée par les choix opérés par ceux qui ont fait le coup d'État au Mali. Mais il est évident que les problèmes du Mali se gèreront d'abord dans le cadre d'une entente entre Maliens, ensuite dans le cadre d'une entente entre le Mali et ses voisins. Je ne pense pas que la déclaration de l'Union africaine conforte même celle de la Cédéao.
Cela dit, on a vu ce qu'a donné l'approche plus ferme de la Cédéao : une rupture totale avec les pays de l’AES. Est-ce que l'Union africaine n'a pas raison de chercher à maintenir des rapports avec le Mali, le Niger et le Burkina, pour ne pas abandonner les populations ?
Effectivement, nous, nous sommes de l'Union africaine et le Mali est l'un des rares pays à écrire dans sa Constitution qu'il est prêt même à abandonner sa souveraineté pour réaliser l'unité africaine. Maintenant, de quel Mali s'agit-il ? Le Mali, c'est à travers ses représentants dûment mandatés par le peuple du Mali et non un Mali qui aujourd'hui est carrément hors Constitution, avec un coup d'Etat qui impose une dictature stérile pendant près de six ans au peuple malien.
Alors qu'est-ce que vous attendez de l'Union africaine ?
C'est vraiment d'aider le Mali à d'abord s'organiser pour désigner ses représentants. Permettre aux Maliens d'avoir une transition civile et un retour à l'ordre constitutionnel. C'est sur la base de ces principes que l'Union africaine a été créée, et non pour organiser des armées pour aller combattre le terrorisme.
Vous êtes membre de la Coalition des forces pour la République, opposée au régime militaire en place au Mali. L’imam Dicko, figure de proue de la CFR, a renouvelé sur notre antenne, la semaine dernière, depuis Nouakchott, son appel à « dialoguer avant qu'il ne soit trop tard ». Concrètement, l'imam, vous, la CFR, vous proposez quoi à présent ?
L'imam a été très sage. Il a dit en des termes très courts que la situation est intenable et que l'effondrement est plus que jamais d'actualité. 70 % à 80 % de nos campagnes payent la zakat et obéissent à l'ordre jihadiste, au Jnim ou autres jihadistes, l’EIGS. Il ne reste que les grandes villes qui, aujourd'hui, pratiquement toutes sont sous blocus. Donc est-ce que la logique, le tout militaire qui a été adopté par le CNSP actuellement au pouvoir…
Les autorités militaires de transition en place au Mali...
…et que l'Union africaine aujourd'hui se propose de soutenir. Est-ce que ce tout militaire a donné la solution ? Il faut que les autorités actuelles permettent un dialogue qui mettra en place une transition civile et retournent dans les casernes. Et c'est ça le rôle de l'Union africaine : de soutenir une dynamique interne.
Le Gabon est toujours privé de réseaux sociaux. Mardi soir, la Haute autorité de communication a décidé de leur suspension « jusqu'à nouvel ordre ». « Atteinte à la cohésion sociale, à la stabilité des institutions de la République et à la sécurité nationale » : ce sont les quelques arguments avancés par la HAC pour justifier sa mesure, qui n'a pas manqué de faire réagir autant dans l'opposition que dans le monde de la presse et celui des milieux économiques. Pour expliquer cette décision prise sans préavis, Théophane Nzame-Nze Biyoghe, porte-parole de la présidence gabonaise, répond à RFI. Il est le Grand Invité Afrique de Sidy Yansané.
RFI : On va commencer par cette annonce surprise : la suspension immédiate des réseaux sociaux jusqu'à nouvel ordre. Pouvez-vous préciser ce qui pousse la Haute autorité de la communication (HAC) à prendre une mesure qu'on peut qualifier de radicale ?
Théophane Nzame-Nze Biyoghe : Cette mesure s'inscrit dans le prolongement d'une réflexion vieille de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois, sur l'usage général qui est fait des réseaux sociaux. Ce n'est pas une sanction, c'est simplement un signal fort qui est envoyé pour poser ce débat et éventuellement envisager d'autres étapes, comme le fait de légiférer pour redéfinir l'usage des réseaux sociaux. Un usage qui ne doit pas compromettre l'œuvre perpétuelle de raffermissement du vivre-ensemble.
Malgré tout, les arguments avancés par la HAC sont quand même très larges : on parle de déstabiliser les institutions de la République, de mettre en péril gravement l'unité nationale... Pour cette annonce sans préavis, quels sont les éléments dont dispose la HAC pour dire que le pays serait en danger à cause des seuls réseaux sociaux ?
Je me demande si ce n'est pas un peu simplifier les choses que de dire que la HAC affirme que le pays est en danger à cause des réseaux sociaux. Mais en tout cas, les réseaux sociaux sont aujourd'hui un terrain qui permet de structurer un certain nombre de facteurs potentiellement déstabilisants.
Lesquels ?
Pour ce qui est de la désinformation, il y a parfois beaucoup d'information ou de désinformation. Il est question aujourd'hui de s'intéresser à cette question pour réguler davantage et faire en sorte que les réseaux sociaux permettent un débat beaucoup plus constructif, et non pas un débat qui vise à nuire à l'intérêt supérieur que nous avons à préserver, un minimum de cohésion sociale à notre niveau.
Le Sommet de l'Union africaine s'est tenu ce week-end à Addis-Abeba. Le président de la Commission, Mahamoud Ali Youssouf, a déclaré qu'il n'y aura aucune tolérance pour les changements de pouvoir anticonstitutionnels. Que répondez-vous notamment à l'Angolais João Lourenço, président sortant en exercice de l'UA, qui est allé plus loin en déplorant « le blanchiment des coups d'État grâce à des élections » ?
Les constitutions sont d'abord faites pour servir l'intérêt des peuples. Les Gabonais n'en pouvaient plus de l'ancien régime, vraiment plus. Le cadre législatif et constitutionnel ne peut pas servir de prétexte à l'amenuisement des libertés des gens. L'intérêt du peuple en tout et pour tout doit primer. Et la situation était intenable au Gabon. Il y a donc eu ce coup « de libération » le 30 août 2023. Il ne s'agit pas de blanchir quoi que ce soit. Il s'agit simplement de dire que lorsque les textes servent à brider les populations, il y a nécessité à employer des voies qui ne sont pas forcément consacrées dans les textes, mais qui sont des voies qui finissent par être salutaires pour les peuples.
Le chef de l'État, Brice Oligui Nguema, s'est félicité, il y a quelques jours, du retour des enseignants dans les salles de classe. Malgré tout, la grève perdure depuis deux mois. Où en sont les négociations concernant les revendications des enseignants ?
Les négociations ont été menées durant plusieurs semaines dans un cadre qui a été activé très rapidement. Il y a eu une commission tripartite qui a été déployée pour encadrer ces négociations. Les négociations ont débouché sur l'adoption d'un certain nombre de points. Au terme de cela, une échéance a été fixée : celle du 25 février prochain, pour lesquelles l'État devra procéder à la régularisation des 4 000 situations administratives retenues pour le secteur de l'éducation, avec les effets soldes qui sont donc inhérents à cela.
Le FMI annonce une visite au Gabon la semaine prochaine, dans un contexte d'explosion de la dette et du déficit au Gabon et aussi dans la zone de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac). Chez nos collègues de France 24, vous précisiez d'ores et déjà qu'il n'y aura pas de politique d'austérité au Gabon…
Il ne s'agit pas pour le FMI de modifier les priorités de notre politique économique, mais il s'agit de définir la meilleure méthodologie pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés. Donc, le projet est le même. Il est question de mettre à contribution le FMI pour apporter davantage de transparence dans la gestion des deniers publics, renforcer la gouvernance et envisager des lendemains meilleurs, et notamment aussi avoir beaucoup plus de facilité pour aller quérir des financements auprès d'autres bailleurs de fonds, puisque dans la stratégie d'endettement du Gabon, il y a un privilège qui est accordé aux partenaires multilatéraux pour nous prémunir des risques de fluctuations de taux. Mais en aucun cas, il n'y a de projet d'ajustement structurel comme cela a pu être le cas par le passé. Il n'y a pas d'austérité en vue. Pas du tout. La politique sociale du président de la République sera exécutée.
Le 39ᵉ sommet de l’Union africaine (UA) s’est achevé dimanche à Addis-Abeba. Parmi les nombreux dossiers abordés par les chefs d’État et de gouvernement réunis dans la capitale éthiopienne, celui de la Guinée-Bissau, après le coup d’État militaire du général Horta N’Tam le 26 novembre dernier. Patrice Trovoada, ex-Premier ministre de Sao Tomé-et-Principe, a été nommé le 23 janvier dernier envoyé spécial de l’UA pour la Guinée-Bissau. Il confie à RFI avoir prévu de se rendre à Bissau « dans les prochains jours », sans préciser de date. Ce sommet a bien sûr été pour lui l’occasion de mener, déjà, une série de discussions. Avec qui ? Comment juge-t-il le processus de transition en cours à Bissau ? Comment aborde-t-il sa mission ? Quid des doléances de l’opposition, qui estime s’être fait voler la victoire à la présidentielle de novembre dernier ? Patrice Trovoada, envoyé spécial de l’UA pour la Guinée-Bissau, est l’invité Afrique de RFI, au micro de l’envoyé spécial de RFI à Addis-Abeba, David Baché.
RFI : Aucune tolérance pour les changements de pouvoir anticonstitutionnels : c'est la volonté affichée par l'Union africaine à l'issue de ce 39ᵉ sommet. Le message semble s'adresser, entre autres, à la Guinée-Bissau ?
Patrice Trovoada : Oui, il y a eu cette déclaration du président João Lourenço. L’Union africaine, dans sa charte, refuse tout changement anticonstitutionnel. Cela peut être un coup d'État militaire, cela peut être d'autres tripatouillages de la Constitution pour lesquels l'Union africaine dit non.
Le président guinéen Mamadi Doumbouya et le président gabonais Brice Oligui Nguema étaient dans la salle. On se dit que c'est peut-être une déclaration pour l'avenir ?
Écoutez, chaque pays est un cas. Si la gouvernance piétine la Constitution, c'est aussi quelque chose que la charte de l'Union africaine réfute.
Vous qui êtes envoyé spécial de l'Union africaine pour la Guinée-Bissau, est-ce que ça vous a conforté et encouragé dans votre mission ?
La mission est très claire. C'est d'abord d'établir un contact non seulement avec les autorités de transition, mais avec tous les acteurs politiques, les institutions républicaines et la société civile. Il faut déjà créer un climat de confiance, qu’il y ait de la retenue et que les gens soient disposés à dialoguer politiquement pour que cette transition puisse déboucher sur le retour à une vie constitutionnelle normale, un État de droit, et que ça soit crédible et durable.
À l'occasion de ce sommet de l'Union africaine, avec qui vous avez eu des rencontres constructives ?
J'ai eu plusieurs rencontres. Celle qu'il y a lieu de signaler, c'est avec le président Julius Maada Bio, le président en exercice de la Cédéao. La rencontre a été très positive. Et bien sûr, j'ai eu à travailler avec le président de la Commission et son staff pour que nous puissions aider les Guinéens dans cette épreuve et qu'on ait un retour et une stabilité qui soit durable.
Après leur coup d'État en novembre dernier, les militaires au pouvoir à Bissau ont déjà modifié la Constitution et fixé des élections pour décembre prochain. Est-ce que le processus de transition tel qu'il s'engage vous semble crédible ?
Les autorités ont pris un certain nombre de décisions. Ce qui est important aujourd'hui, c'est que nous puissions établir un dialogue qui soit inclusif, pas seulement avec les autorités. Il faut un climat de confiance pour que nous puissions effectivement progresser. Ces décisions sont obligées, comme c'est normal, de contestation. Le fait d'avoir fixé une date pour des élections, c'est déjà bien. Maintenant, nous allons voir l'inclusivité et la possibilité parce que les élections, c'est quand même tout un processus. S'il y a un certain nombre de pas qui doivent être remplis avant d'aller vers les urnes, nous verrons avec les uns et les autres comment est-ce qu'on peut rassurer sur ce processus de transition.
À écouter aussi«Il n'est pas acceptable que des auteurs de coup d'État soient élus démocratiquement»
On entend votre volonté d'accompagner cette transition jusqu'à des élections crédibles, inclusives, y compris avec les partis d'opposition. Mais justement, l'opposition et la société civile souhaiteraient tout simplement qu'on proclame les résultats des élections qui ont déjà été organisées et qui ont déjà un vainqueur...
C'est un point de vue qu'il faut prendre en considération. De l'autre côté, vous avez une autorité de transition qu'il faut aussi prendre en considération. Il va donc falloir progresser vers une sortie de crise acceptable par tous.
Au-delà des acteurs politiques, est-ce que ça ne serait pas plus juste pour les citoyens bissau-guinéens qui se sont exprimés lors de ces élections de se conformer à leurs résultats ?
Je crois qu'il faut être très humble dans ce genre de situation. Il y a une autorité de transition qui détient le pouvoir réel. Nous allons nous rapprocher d'elle et nous allons aussi, comme je vous l'ai dit, inclure dans nos contacts tout le monde. Il faut choisir d'être du côté de la solution crédible et inclusive.
L'opposant Domingos Simoes Pereira a été convoqué par la justice militaire la semaine dernière. Cela vous inquiète-t-il ?
Sur place, j'aurai l'occasion, du moins je l'espère, d'avoir de plus amples informations sur ce dossier-là. Je demanderai aussi à contacter les autorités judiciaires pour m'enquérir de ce qui se passe à ce niveau-là.
L'opposition affirme que l’ex-président Umaro Sissoco Embaló a lui-même préparé l'arrivée des militaires pour empêcher Fernando Dias, qui revendique la victoire à la présidentielle, d'accéder au pouvoir. De son côté, l'ancien président est toujours en exil et demande des garanties de sécurité pour rentrer à Bissau. Aujourd'hui, avec un peu plus de deux mois de recul, était-ce un vrai ou un faux coup d'État ?
Vous comprendrez facilement la délicatesse de cette mission. Nous allons travailler avec beaucoup de réalisme et ne lâcherons pas les principes et les convictions et la charte de l'Union africaine. Nous allons essayer d'amener tout ça à bon port.
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Il y a un peu moins d'un an, leur relation était glaciale. Aujourd'hui, tout semble oublié. Dimanche 15 et lundi 16 février, le président du Niger Abdourahamane Tiani était en visite à Alger sur invitation de son homologue Abdelmadjid Tebboune. Les deux dirigeants ont multiplié les signes d'amitié et de bonne entente. L'an dernier pourtant en avril, les autorités algériennes avaient expulsé de façon inédite, et sur une seule journée, plus d'un millier de ressortissants africains vers le désert nigérien. Les conséquences d'un incident diplomatique et militaire entre l'Algérie et le Mali, principal partenaire du Niger au sein de l'Alliance des États du Sahel (AES). Notre Grand Invité Afrique est Bakary Sambe, enseignant-chercheur à l'université Gaston Berger de Saint-Louis et président du Timbuktu Institute. Il répond à Sidy Yansané.
RFI : Le président Abdourahamane Tiani a passé deux jours à Alger. Il a rencontré le président Abdelmadjid Tebboune en tête-à-tête à deux reprises. Dix ministres l'accompagnaient et, chose suffisamment rare pour être remarquée, le général Tiani a troqué l'uniforme pour le boubou civil. Peut-on parler d'une simple réconciliation ou des retrouvailles célébrées en grandes pompes ?
Bakary Sambe : La visite du général Tiani du Niger en Algérie s'inscrit naturellement dans le cadre d'une accalmie et d'une tentative de normalisation des relations. Elle intervient après une période de tensions diplomatiques d'environ un an, depuis avril 2025, suite à l'incident du drone malien abattu par l'Algérie qui avait entraîné le rappel des ambassadeurs des pays de l'Alliance des États du Sahel, à savoir le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Cette visite dite de travail et de fraternité, à l'invitation du président Tebboune, a été précédée d'abord par le retour simultané des ambassadeurs. C'est donc un signe concret de normalisation et de réchauffement diplomatique. Cette visite tente de sceller la fin d'une brouille et relance quand même un dialogue direct au plus haut niveau.
Tiani comme Tebboune tiennent vraiment à montrer que tout est rentré dans l’ordre, au vu des grands sourires et gestes d’amitié durant leur rencontre…
Il est vrai qu’en observant les images de cette visite, on se rend compte que l'Algérie met en avant son rôle de messager de paix et de bon voisinage, tandis que le Niger, de son côté, cherche quand même à consolider des liens historiques, géographiques et culturels profonds. L’Algérie veut être perçue comme étant un pays qui normalise ses relations. La visite est perçue donc comme un gain pour toute l'Afrique, avec une portée continentale pour renforcer la position stratégique de l'Algérie dans le Sahel. Derrière, il faut voir quand même les enjeux qui sont énormes. D'abord, la coopération sécuritaire, la lutte contre le terrorisme. Mais aussi les discussions qui incluent probablement un renforcement de la coordination en matière de défense et de sécurité, ce qui est un enjeu vital de stabilité dans la région.
Quels sont les principaux points sur lesquels peuvent s'entendre et discuter les deux chefs d’État ?
La question du renforcement de la coordination en matière de défense et de sécurité va prendre une place très importante. C'est qu'il y a un enjeu vital pour la stabilité régionale. Mais derrière cela, il ne faut pas oublier les enjeux économiques avec des projets énergétiques et économiques stratégiques comme le bloc pétrolier à Kafra, dans le nord nigérien, mais aussi comment booster les revenus du Niger et diversifier les approvisionnements algériens. D'après certains observateurs, on trouverait aussi sur la table le dossier du gazoduc transsaharien Nigeria-Niger-Algérie. Bref, beaucoup de projets ouverts mis sur la table lors d'une visite qui, d'abord, symbolise une forme de réconciliation, tout en annonçant des lendemains beaucoup plus ouverts entre les deux pays, qui essayent de montrer à la face du monde qu'ils sont en train de fermer la parenthèse d'une brouille.
Il y a tout de même une chose qui interroge dans cette visite. Le Niger s'était brouillé avec l'Algérie par solidarité avec son partenaire sahélien du Mali, qui, lui, entretient toujours des relations glaciales avec Alger.
Dans un Sahel en recomposition, cette visite permet à l'Algérie, c'est vrai, de regagner de l'influence face aux tensions persistantes avec le Mali, notamment suite à son refus de comparaître devant la Cour internationale de Justice sur l'incident du drone. Mais certains observateurs se demandent si Tiani n’est pas aussi porteur d’un message de médiation informelle pour l’AES, notamment vis-à-vis du dirigeant malien Assimi Goïta. Même si la délégation met l'accent tout de même sur les intérêts nationaux nigériens, je crois que, comme vous le dites, cela pourrait ouvrir la voie à une normalisation plus large entre l’Algérie et l’AES, comme cela peut aussi causer des problèmes au vu des relations exécrables entre Bamako et Alger.
Une normalisation plus large via Tiani entre l'Algérie et le Mali, dites-vous, alors même qu’Alger héberge l'imam Mahmoud Dicko, désormais vu comme un opposant politique pur et simple par les autorités à Bamako ?
Il est vrai que l'imam Dicko aujourd'hui est vu par les autorités de Bamako comme un ennemi du régime en place. Mais je crois que, aujourd'hui, l'idée d'une réconciliation est fondamentale pour le Mali au regard de ses relations historiques avec l'Algérie. Mais il est vrai que cette visite-là sème quelque peu le trouble dans l'esprit de certains.
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