Le grand invité Afrique

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By RFI
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Le grand invité Afrique episodes

  • Carlos Lopes: «La bataille de la BAD se passe beaucoup autour des négociations de dernière minute»

    La bataille pour la présidence de la BAD est lancée. Dans un mois pile, le 29 mai, au siège de la Banque africaine de Développement, à Abidjan, le nouveau président de la BAD sera élu par les représentants des 81 pays membres de l'institution, parmi lesquels 54 pays africains. Qui va succéder au Nigérian Akinwumi Adesina pour les cinq ans à venir ? Cinq candidats sont en lice, une femme et quatre hommes. L'économiste bissau-guinéen Carlos Lopes a été le secrétaire exécutif de la Commission économique de l'ONU pour l'Afrique. Aujourd'hui, il enseigne à l'université du Cap. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    RFI : Carlos Lopes, cinq candidats sont en lice : la Sud-Africaine Swazi Tshabalala, le Zambien Samuel Munzele Maimbo, le Tchadien Abbas Mahamat Tolli, le Sénégalais Amadou Hott et le Mauritanien Sidi Ould Tah. Quels sont les atouts de chacun de ces candidats ?

    Carlos Lopes : Ils ont tous une expérience bancaire et je pense qu'ils ont quand même des atouts différents chacun. Swazi Tshabalala est une force tranquille. C'est quelqu'un qui connaît bien la maison parce qu'elle a été numéro deux d’Adesina et je pense qu’on lui reconnaît une compétence dans ce domaine qui permettrait probablement d'affiner la machine, elle qui connaît les limites de la BAD en terme bureaucratique. Par contre, on va aussi dire qu'elle aurait pu faire ça pendant qu'elle était là. Je pense que Abbas Tolli est aussi quelqu'un qui vient du monde financier. C'est un banquier, donc c'est quelqu'un qui connaît très bien une des régions qui a besoin le plus de réformes : l’Afrique centrale. Et l'avantage qu'il a, c'est une caractéristique beaucoup plus solide du point de vue politique. C'est quelqu'un qui connaît bien les rouages diplomatiques et pourrait éventuellement utiliser cela dans un monde qui est en convulsion et qui a besoin d'une main ferme, un expert politique. Samuel Maimbo est quelqu'un qui vient aussi du monde de la finance multilatérale. Il a été dans des postes de très très haute valeur et influent au sein de la Banque mondiale. Il a dû avoir affaire dans sa carrière à plusieurs reprises avec des crises. Donc, c'est un homme qui sait gérer des crises en mettant en évidence cette caractéristique, disons de résilience, mais aussi de calme, de capacité et bien sûr en sachant comment fonctionne la Banque mondiale. Dans le détail, il peut aussi voir quels sont les domaines dans lesquels les compétences propres de la Banque africaine de développement pourraient combler des déficits qui viennent du fait qu'il y a déjà une mainmise de la Banque mondiale, très souvent, dans beaucoup de grandes initiatives du continent.

    Quant au Sénégalais Amadou Hott et au Mauritanien Sidi Ould Tah ?

    Tous les deux sont vraiment des figures très populaires dans le domaine multilatéral. Amadou Hott parce qu'il a été un champion de l'infrastructure. Il connaît bien le dossier énergie, qui est un dossier extrêmement crucial pour l'avenir du continent. Mais il a aussi cette expérience du secteur privé dans un moment où le secteur privé sera appelé à financer beaucoup plus d'activités de grande envergure. Et donc, je pense qu'il a aussi l'expérience politique puisqu'il a été dans le gouvernement aussi. Sidi Ould Tah est quelqu'un qui a un apport particulier en termes d'attraction des sources supplémentaires de financement pour le continent. Parce que comme président de la Badea [Banque arabe pour le développement économique en Afrique, NDLR] pendant dix ans, il a fait énormément de progrès dans l'accès au capital. Et donc, son expérience de la Badea laisse penser qu'il pourrait apporter le même modèle à la BAD, c'est-à-dire de pouvoir multiplier les fonds propres de l'organisation et bien sûr en ayant recours surtout à des fonds arabes, à des fonds du Moyen-Orient qui ont prouvé ces dernières années être les plus intéressés dans l'investissement en Afrique. Donc voilà, ce sont tous des candidats qui ont un potentiel énorme de transformation et donc la course est engagée.

    Un certain nombre de pays africains vont voter avec leur bloc régional. Mais le fait par exemple que la Côte d'Ivoire ne soutienne pas le Sénégalais Amadou Hott qui appartient à un pays de la zone Cédéao, mais plutôt le candidat mauritanien Sidi Ould Tah, est-ce que c'est une surprise ?

    Nous avons la même situation par rapport à l'Afrique du Sud qui soutient sa propre candidate, sans dénoncer l'approbation que la SADC a faite du candidat zambien. Donc, nous avons un peu des éléments qui nous permettent de savoir qu'il n'y aura pas l'unanimité des votes en bloc.

    Le ministre béninois des Finances, Romuald Wadagni, a d'abord été candidat, puis il a renoncé. Est-ce que vous savez pourquoi ?

    Non, je ne sais pas pourquoi, mais il n'est pas le seul. Je crois que ce sont des raisons complexes, personnelles et autres.

    Est-ce que Romuald Wadagni a renoncé tout simplement parce qu'il est pressenti dans son propre pays pour briguer la succession de Patrice Talon à la présidentielle de l'année prochaine au Bénin ?

    (Il rit) Ça, je ne saurais pas le dire !

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    16 min
  • Mali: «Le Jnim a multiplié par sept ses actions violentes dans la région de Kayes entre 2021 et 2024»

    Après le nord et le centre du Mali, c'est l'ouest de ce pays qui est à présent sous la menace des jihadistes du Jnim. Et plus précisément la zone des trois frontières du Mali, de la Mauritanie et du Sénégal. C'est le constat que fait le Timbuktu Institute, dans un rapport qu'il publie ce lundi 28 avril. Dans son enquête, l'institut de recherches révèle aussi que ces jihadistes essaient de s'infiltrer dans l'est du Sénégal. Par quelles méthodes ? Bakary Sambe est le directeur régional du Timbuktu Institute. En ligne de Dakar, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    RFI : Pourquoi dites-vous que les jihadistes du Jnim sont dans une stratégie d'encerclement de Bamako ?

    Bakary Sambe : Oui, on le voit parce que le Jnim est dans une logique d'augmentation exponentielle des attaques violentes dans la région de Kayes, qui n'est pas n'importe quelle région, qui est la région qui relie Bamako au Sénégal avec les routes d'approvisionnement reliant le Mali au port de Dakar, qui est crucial dans l'économie et dans l'approvisionnement de Bamako et du Mali de manière générale. Et le Jnim a multiplié par sept ses actions violentes entre 2021 et 2024 dans la région de Kayes, en ciblant les forces de sécurité, en s'attaquant aux convois sur les axes routiers vers Bamako et aussi aujourd'hui avec des attaques qui se multiplient aux environs de Bamako. Sans oublier ce qui s'est passé en 2022 avec l'attaque spectaculaire dans le camp de Kati.

    Et bien sûr en septembre 2024, l'attaque sur l'aéroport de Bamako... Y a-t-il eu depuis le début de l'année des attaques ou des embuscades meurtrières contre l'armée malienne dans la région de Kayes, dans l'ouest du Mali ?

    Il y a eu beaucoup d'escarmouches çà et là, mais l'une des attaques les plus remarquées a été celle de Melgué, qui est à 35 kilomètres de la frontière sénégalaise et de la ville de Bakel, le 8 février dernier, avec trois morts. Ce qui montre que le Jnim s'installe de plus en plus. Et en plus du contrôle des axes routiers, le Jnim essaye de désorganiser l'approvisionnement de Bamako, notamment dans des localités qui mènent sur cet axe de Kayes, et dans la forêt de Baoulé. Et le Jnim a revendiqué, comme vous le savez récemment, l'enlèvement du calife Thierno Hady Tall en décembre 2024 à Nioro du Sahel, ce qui montre une volonté d'imposer aujourd'hui son autorité idéologique et de délégitimer non seulement les autorités politiques, mais aussi les chefs traditionnels.

    Dans votre rapport, vous vous intéressez aussi aux tentatives d'infiltration des jihadistes du Jnim dans l'est du Sénégal, notamment autour de Bakel. Mais là, ils s'opposent aux chefs religieux et à leurs puissantes confréries. Est-ce que les jihadistes ne se heurtent pas dans ce cas à un mur religieux infranchissable ?

    Justement, dans cette région de l'est du Sénégal, le principal élément de résilience idéologique, à savoir la présence des confréries soufies, est moindre. La spécificité socio-religieuse de l'est du Sénégal est que les confréries soufies, comme la Tijaniyya et la Mouridiyya, qui sont considérées comme le principal élément de résilience idéologique par rapport à l'extrémisme, ne sont pas assez présentes dans cette zone. Cette zone est dominée par la présence d'un islam salafiste de plus en plus renforcé par les réseaux de la migration, avec des populations qui sont parties en Europe et qui ont eu des contacts avec les milieux salafistes et qui construisent justement des mosquées salafistes pour contrecarrer l'islam traditionnel et délégitimer les chefs religieux locaux, par rapport justement à leur position peu claire sur l'esclavage par ascendance dans la région de Bakel précisément.

    Et est-ce qu'au Sénégal les jihadistes du Jnim essayent de jouer les castes dites inférieures contre les castes dites supérieures ?

    Il est clair que le Jnim, à travers cette révolte de certaines castes dites inférieures, il est clair que les éléments du Jnim pourraient s'appuyer sur ce clivage pour se présenter comme des protecteurs des communautés, mais aussi comme une forme de théologie de libération basée sur le salafisme. Contrairement à l'islam traditionnel qui n'a pas été assez incisif dans sa condamnation du système de castes et de l'esclavage par ascendance.

    Alors vous rappelez cette petite phrase du Premier ministre Ousmane Sonko, c'était lors de la campagne des législatives, en novembre 2024. Il disait « Vous connaissez la situation dans la sous-région. Aujourd'hui, la priorité, c'est l'est du Sénégal ». Quelle est à vos yeux la stratégie que doit adopter l'État sénégalais pour faire face à la menace jihadiste ?

    Je pense que l'État sénégalais devrait renforcer davantage la présence des forces de sécurité dans les régions frontalières en construisant davantage de bases autour de la rivière de Falémé.

    La rivière qui fait frontière entre le Mali et le Sénégal…

    La rivière qui fait frontière. Mais aussi en parlant aux populations, parce qu'on se rend compte que les populations ne sont pas conscientes de la présence de la menace. Il faudrait aussi naturellement renforcer la coopération transfrontalière avec le Mali et la Mauritanie, ce qui est entamé avec les visites récentes des élites militaires sénégalaises en terre malienne. Mais aussi, je crois que le gouvernement ne doit pas oublier les campagnes de sensibilisation auprès des chefs communautaires. Parce que justement, cette jeunesse sénégalaise, qui développe une forme de résilience par rapport aux groupes extrémistes, est toujours dans cette double quête. Il y a la quête de sens que pourrait remplir les confréries soufies. Et il y a la quête de chance qui pourraient être des opportunités économiques, le développement de l'entrepreneuriat et le développement des politiques favorisant l'emploi des jeunes.

    11 min
  • Abdoulaye Bathily: le pape François fut «un humaniste»

    C'est demain, à Rome, qu'auront lieu les funérailles du pape François. Et parmi les hommages au souverain pontife, il y a celui d'une personnalité musulmane qui l'a rencontré il y a dix ans en Centrafrique. À l'époque, le Sénégalais Abdoulaye Bathily était le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU en Afrique centrale. Aujourd'hui, il est l'envoyé spécial du président du Sénégal auprès du Mali, du Niger et du Burkina Faso. Quel souvenir garde-t-il du pape François ? Le professeur Bathily témoigne au micro de Christophe Boisbouvier.

    RFI : Pourquoi voulez-vous rendre hommage au pape François ?

    Abdoulaye Bathily : Eh bien, le pape François n'a pas été que le chef de l'Eglise catholique. En Afrique, il a joué un rôle très important dans certains conflits. J'ai été témoin de l'un en particulier : en novembre 2015, comme vous le savez, il a visité la République centrafricaine et le pape ne s'est pas simplement occupé de sa mission pastorale… Il a tenu à aller même jusqu'à la mosquée de Bangui, dans le quartier PK5, qui regroupait beaucoup de musulmans. Et il est resté avec nous à la mosquée. Il s'est entretenu avec les chefs religieux musulmans, avec tous les acteurs de Centrafrique. Ce geste m'a particulièrement marqué. Et il faut dire que c'est ce passage du pape qui nous a permis, vraiment, de donner une accélération au processus politique en Centrafrique, qui a abouti ? pour la première fois dans l'histoire de la Centrafrique, à l'organisation d'élections libres, démocratiques et transparentes [en décembre 2015]. Et bien entendu, je suis navré que cette œuvre du souverain pontife n'ait pas été suivie, quand je vois ce qui se passe aujourd’hui, les tentatives de troisième mandat, source encore d'instabilité pour ce pays.

    Donc, ce que vous avez vu à Bangui, ce n'est pas seulement un pape, c'est aussi un homme avec ses qualités ?

    Un homme avec ses qualités. Il a une vision œcuménique de l'humanité. Le pape François est un humaniste. Et malheureusement, quand on voit les tourments du monde actuel au moment où il quitte cette terre, il y a de quoi vraiment le regretter profondément.

    Regrettez-vous qu'il s'en aille au moment où arrive Donald Trump ?

    En tout cas, aujourd'hui, la scène internationale manque d'une voix forte, une voix morale. Le souverain pontife François a donné cet exemple et nous souhaitons que cette crise de leadership puisse être surmontée le plus rapidement possible parce que le monde est en manque de leadership. Aujourd'hui, il y a une véritable crise de leadership de qualité.

    Alors, dans leur document commun de 2019 pour la fraternité, le pape et le grand imam de la mosquée Al-Azhar du Caire écrivent « Le pluralisme et les diversités de religion, de couleur, de sexe, de race et de langue sont une sage volonté divine par laquelle Dieu a créé les êtres humains », sous-entendu, Dieu s'exprime à travers plusieurs religions. Vous qui êtes musulman, comment vous avez réagi à ce document ?

    Il n'y a pas plus sage que ces termes-là. C'est magnifique, ce qui est dit là. Et l'avenir du monde est dans ces propos. Sinon, c'est l'aventure, c'est le chaos. C'est pourquoi nous avons plus que jamais besoin d'un leadership responsable.

    Vous rendez donc hommage à François, le pape du dialogue… Mais vous aussi, à votre niveau, vous êtes un homme de dialogue puisque Bassirou Diomaye Faye vous a nommé l'an dernier envoyé spécial de la présidence sénégalaise auprès du Burkina Faso, du Niger et du Mali. Mais cette semaine, à Accra, au Ghana, pour les 50 ans de la Cédéao, aucun ministre de ces trois pays n'est venu. La cassure entre l'Alliance des Etats du Sahel et la Cédéao est donc manifeste. Est-ce que vous n'êtes pas découragé ?

    Le découragement n'est pas une option pour moi. Je suis venu justement à Accra, ici, pour remettre un message de solidarité et d'espoir. Un message qui témoigne de la volonté des deux chefs d'Etat, Bassirou Diomaye Faye du Sénégal et John Dramani Mahama du Ghana, de continuer, aux côtés de leurs autres collègues de notre région ouest-africaine, le dialogue, la négociation, la discussion pour que l'Afrique de l'Ouest soit restaurée dans sa stabilité, dans ses perspectives de développement. Voilà pourquoi je suis là aujourd'hui. 

    Oui, mais la rupture est consommée, non ?

    Je ne suis pas du même avis que vous. Les peuples veulent rester ensemble. L'histoire et la géographie nous le commandent et nous y arriverons.

    Est-ce qu'avec les contacts que vous avez établis et qui sont solides avec Bamako, Niamey, Ouagadougou, vous avez l'espoir que d'ici le 29 juillet, la date limite, il soit possible de trouver un accord entre l’AES et la Cédéao ?

    L'histoire est une course de fond, ce n'est pas une course de vitesse. Je suis optimiste et les peuples de l'Afrique de l'Ouest veulent rester ensemble pour construire des espaces de paix et de solidarité.

    9 min
  • Îles Éparses: «Ce n’est pas un sujet qui va diviser la France et Madagascar»

    Voilà plus de cinquante ans que la France et Madagascar se disputent les îles Éparses, ces cinq îlots de l'océan Indien qui sont actuellement sous administration française. Mais hier, au premier jour de la visite officielle d'Emmanuel Macron dans la Grande Île, les deux pays ont décidé de réactiver la commission mixte sur ce dossier. Elle se réunira le 30 juin 2025 à Paris. Va-t-on vers une cogestion, voire un partage de souveraineté ? Richard Randriamandrato a été ministre des Affaires étrangères de Madagascar et candidat cette année à la présidence de la Commission de l'Union africaine. Il est l’invité de Christophe Boisbouvier.

    RFI : La réunion de la Commission de l’océan Indien est marquée aujourd'hui par la présence du chef d'Etat d'une grande puissance, c’est le Français Emmanuel Macron. Est-ce que cette présence peut raviver des querelles territoriales ?

    Richard Randriamandrato : Non, je ne pense pas. Je pense que les chefs d'État ne vont pas soulever des sujets sensibles. Au contraire, il faut chercher à unir les points de vue face notamment aux enjeux géostratégiques. Je pense que les chefs d'État ont tout intérêt à éviter les sujets qui fâchent pour faire face aux défis du développement durable, puisque c'est autour des 17 objectifs de développement durable que la Commission de l'océan Indien, en 1982, a vu le jour, il ne faut pas l'oublier. Donc maintenant, je pense que le plan de développement stratégique 2023-2033 va certainement permettre aussi à nos pays d'aller de l'avant.

    L'un des sujets qui fâchent à la Commission, c'est le sort de Mayotte. La France voudrait que cette île soit éligible au programme de la Commission de l'océan Indien, mais la République des Comores s'y oppose puisqu'elle revendique ce territoire. Est-ce qu'il y a une solution ?

    C'est un sujet qui, à mon sens, relève de la diplomatie bilatérale entre les Comores et la France.

    L'un des arguments d'Emmanuel Macron pour Mayotte, c'est de dire que la France contribue déjà à hauteur de 40 % au financement de la Commission de l'océan Indien…

    Oui, la France est le premier pourvoyeur de financements avec l'Union européenne à travers l'Agence française de développement. Mais pour autant, ce n'est pas parce que Mayotte doit faire partie ou être toujours à l'écart de la Commission de l'océan Indien. Je pense une fois de plus que ce sujet relève de la diplomatie bilatérale et je me garderai à ce stade d'apporter un commentaire, quel qu'il soit, sur ce point.

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    Et est-ce que Madagascar pourrait pencher plutôt du côté des Comores, ou plutôt de la France dans cette querelle ?

    Non, une fois de plus, c'est un sujet, je crois, qui ne relève pas de ce cinquième sommet de l'océan Indien.

    Autre sujet qui fâche, le sort des îles Éparses. Il s'agit de ces cinq îlots sous administration française que Madagascar revendique depuis 1973. Comment voyez-vous l'issue de ce bras de fer ?

    Il me semble que l'organisation d'une deuxième réunion de la commission mixte franco-malgache va se tenir dans les prochains jours. Je crois même que la date du 30 juin a été annoncée, donc cela augure en fait une période encourageante en termes de discussions et c'est l'occasion de se retrouver autour des aspects sensibles sur le plan juridique, sur le plan historique, une occasion qui peut permettre d'asseoir un accord permettant de ne pas fragiliser la situation, par exemple sur le plan de l'équilibre environnemental dans cette zone sensible, sur le plan de l'écosystème, de la protection de la faune et de la flore et de la sécurité maritime. Donc ce n'est pas un sujet qui va diviser la France et Madagascar. Au contraire, il faut saisir cette opportunité pour revoir un peu les copies sur les positions des uns et des autres.

    À Paris, certains évoquent la possibilité d'une cogestion entre la France et Madagascar. Est-ce que vous êtes pour un partage de souveraineté ou un transfert de souveraineté ?

    Je n'ai pas à m'affirmer sur la nature de l'accord qui va se mettre en place. Il revient aux chefs d'État de se mettre d'accord sur l'aspect qui va permettre d'avoir une situation gagnant-gagnant, si je peux m'exprimer ainsi. Mais du moment qu'il y a un accord qui est mutuellement accepté sans qu'il y ait, disons, d'amertume ou de sentiment de perte de souveraineté... À partir de là, je pense que tout ira pour le mieux. Je pense que l'essentiel, c'est que la France et Madagascar puissent être rassurées sur l'aspect sécuritaire, environnemental. L'essentiel, c'est qu'il n'y ait pas de perte de souveraineté de part et d'autre. C'est le point le plus important.

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    Emmanuel Macron a eu ce mot : « Je viens à cette Commission de l'océan Indien pour y défendre la place de la France dans l'océan Indien ». Alors, vu de Madagascar, quel est le meilleur partenaire ? La France, la Russie ou la Chine ?

    Sur ce point, Madagascar a choisi de ne pas choisir entre privilégier tel ou tel partenariat. Madagascar depuis des années, depuis le président Ratsiraka, a choisi une position d'ouverture.

    Et quand Emmanuel Macron rappelle qu'il y a dans la zone indo-pacifique quelque 8000 militaires français, ça vous convient ou ça vous gêne ?

    Non, cela ne porte pas, à mon avis, de menace particulière. D'ailleurs, le grand chambardement maintenant, sur le plan géostratégique, fait en sorte qu'il faut bien faire attention sur les éventuels risques de déstabilisation. Donc non, moi, je ne m'en offusque pas.

    10 min
  • Cédéao: le départ des trois pays de l’AES «assombrit la célébration» des 50 ans, mais «ce n’est pas un coup mortel»

    Les célébrations des 50 ans de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) ont commencé mardi 22 avril. Mais cet anniversaire coïncide avec le départ de trois pays fondateurs de l'organisation, qui ont ensuite créé l'Alliance des États du Sahel (AES). Le Ghana espère encore les convaincre de réintégrer la Cédéao. Où en sont aujourd'hui les relations entre les 12 pays de l'organisation et les pays de l'AES ? Gilles Yabi est le fondateur et le directeur exécutif du think tank citoyen Wathi. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier depuis Dakar

    RFI : Gilles Yabi, « Longue vie à la Cédéao et à la solidarité Ouest-africaine » a lancé, hier midi, le président ghanéen John Dramani Mahama. Mais est-ce que la fête n'est pas gâchée par la sécession des trois pays de l'Alliance des États du Sahel ?

    Gilles Yabi : alors, il est certain que cela assombrit la célébration et, je dirai, la série d'événements qui vont commémorer ce 50ᵉ anniversaire. Mais je pense que cette conjoncture difficile n'empêche pas de regarder le chemin parcouru en 50 ans. Et je pense que vraiment, la Cédéao, c'est d'abord un projet, c'est une vision, une conscience de cette volonté collective de penser l'avenir ensemble.

    Donc pour vous, cette rupture voulue par l'AES, ce n'est pas un coup mortel ?

    Je ne pense pas. Je pense que déjà, il faut quand même regarder les faits. La Cédéao moins les trois pays de l'AES, du Sahel central, le Burkina Faso, le Mali et le Niger, c’est douze pays. L’AES, c'est quand même trois pays. Donc, il n'y a pas de comparaison en termes de nombre d'États membres. Et en plus, le gros poids lourd démographique et économique de l'Afrique de l'Ouest, c’est le Nigeria. Le Nigeria fait toujours partie de la Cédéao, de la même manière que le Ghana et la Côte d'Ivoire qui sont les deux autres pays les plus importants, autant sur le plan économique que sur le plan démographique.

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    Officiellement, les trois pays de l'AES ont rompu avec la Cédéao en janvier dernier et malgré tous les efforts de médiation du Sénégalais Bassirou Diomaye Faye et du Ghanéen John Dramani Mahama, ils restent inflexibles. Pourquoi cette posture ?

    Oui, alors pour l'instant, effectivement, on ne voit pas de signes d'ouverture du côté de ces trois États. Et je pense qu'il faut à nouveau chaque fois rappeler que le départ de ces Etats a été décidé par les chefs d'États de fait dans ces trois pays qui sont tous issus de coups d'État militaires.

    Et ces ruptures n'ont pas été validées par des Parlements élus de ces trois pays ?

    Tout à fait. Évidemment, on aurait tout de même voulu avoir un point de vue des populations elles-mêmes, lorsqu'une décision aussi importante est prise par des dirigeants qui sont eux même issus d’une rupture de l'ordre constitutionnel qui était en place.

    En même temps, les trois pays de l'AES ne veulent pas couper tous les ponts. Ils espèrent par exemple que la liberté de circulation des personnes et des biens entre l'espace Cédéao et le leur sera maintenue. Est-ce à dire que ces trois pays ont peur des conséquences économiques d'une rupture totale avec la Cédéao ?

    Il est évident que les corridors les plus importants de mouvements de populations, justement en Afrique de l'Ouest, sont en fait ceux qui lient les pays du Sahel à leurs voisins côtiers. Un exemple, c'est la relation entre le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire, même le Mali et la Côte d'Ivoire. Ça veut dire que vous avez beaucoup de résidents dans ces pays côtiers qui sont issus des pays du Sahel. Et donc, lorsque vous avez des années difficiles dans un pays, vous avez la possibilité d'amortir cette situation de crise par les mouvements des populations. Et évidemment, les dirigeants des trois pays du Sahel sont conscients de l'impact qu'aurait, par exemple, la fin de cette liberté de circulation pour leurs propres populations. Mais cela étant dit, je crois aussi que, du côté de la Cédéao à douze, il est important de rester ouvert aux populations de ces trois pays du Sahel central.

     Est-ce que du coup, on peut parler d'une demi-rupture, voire d'une fausse rupture ?

    Non, je crois qu'on a quand même une vraie rupture dans la mesure où formellement, ils ne sont plus membres de la Cédéao et que cela a des implications concrètes. Je crois que ce qui doit se discuter lors de la réunion ministérielle à Accra, c'est justement très concrètement, par exemple, où vont déménager les institutions et les agences spécialisées de la Cédéao qui, aujourd'hui, se trouvent dans ces trois pays qui ne sont plus des États membres. Qu'est-ce qui va se passer au niveau des fonctionnaires issus de ces trois pays ? Donc, on est quand même en face d'un véritable départ.

    Du côté des pays de la Cédéao à douze la stratégie privilégiée a été celle du dos rond. On attend que l'orage passe et on espère que les trois pays de l’AES vont revenir à la raison. Mais apparemment, c'est une stratégie qui n'a pas marché. Gilles Yabi, est-ce que certains pays de la Cédéao à douze sont tentés par des représailles aujourd'hui ?

    Je ne pense pas qu'il y ait un état d'esprit de représailles. Ce qu'on peut entendre de la part de certains fonctionnaires à un niveau élevé au niveau de la Cédéao et de la Commission de la Cédéao n'indique pas une volonté de représailles. Et donc je crois que tout le monde réalise qu'on n'a pas intérêt. Personne n'a intérêt à cette cassure. Donc, je pense que l'état d'esprit reste celui de l'ouverture.

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    12 min
  • Succession du pape François: pour le cardinal Nzapalainga, le choix doit se faire selon «l’intérêt général et universel»

    Il est l'un des 135 cardinaux qui éliront le prochain pape dans deux semaines à Rome. Monseigneur Dieudonné Nzapalainga est archevêque de Bangui et a été élévé au rang de cardinal en 2016, un an après la visite du pape François en Centrafrique. Que retient-il des 12 ans du pontificat de François ? Redoute-t-il, lors du prochain conclave, des divisions entre cardinaux conservateurs et progressistes ? Espère-t-il que les intérêts de l'Afrique seront défendus lors de ce conclave ? En ligne de Bangui, le cardinal Nzapalainga répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    RFI : Quelle est votre réaction après le décès du Saint-Père ?

    Cardinal Dieudonné Nzapalainga : Aujourd'hui, je suis peiné. En même temps aussi, j'exprime la gratitude au Dieu unique qui rappelle à lui son serviteur, l'infatigable missionnaire, celui qui a été proche des pauvres et qui a exprimé ce qu'on appelle la miséricorde.

    Le pape n'est allé que cinq fois en Afrique, mais il a tenu à aller dans votre pays. Pourquoi ?

    Parce que ce pays était présenté comme un pays où la religion divisait. On disait que c’était une terre de conflits entre musulmans et chrétiens. Or, les leaders religieux, l'imam, le pasteur et moi-même, on s'était mis ensemble pour mettre en place une plateforme pour travailler pour l'unité de ce pays. Et je crois que le pape a été attentif. Et quand nous l'avons rencontré à Rome avant sa venue en 2015, nous l'avons salué en l'invitant tous les trois. Et il a dit : « Pour la première fois dans l'histoire, ce sont les leaders religieux qui m'invitent. Rien que pour cela, je ferai le déplacement. »

    Alors, en décembre 2023, il a ouvert la voie aux bénédictions des couples homosexuels. Comment vous avez réagi à ce moment-là ?

    Je pense que l'Église d'Afrique a pris le chemin synodal. Et c'est ensemble, en communauté, pour ne pas dire en communion, que nous avons formulé la réponse qui a été soumise au Saint-Père. C’est pourquoi l'Église d'Afrique a exprimé une sensibilité qui est à part, de par sa culture, sa tradition et son anthropologie. Et nous voulons aussi garder l'anthropologie chrétienne.

    Est-ce que vous avez craint un schisme à ce moment-là ?

    Moi, je pense qu'il n'y avait pas un schisme à avoir puisque nous avons travaillé ensemble. Et les choses étaient claires. J'étais à Rome, quand on a présenté ce message, le pape aussi nous a accueillis et il a laissé ce courant s'exprimer. Et je crois que cette ouverture est à féliciter de la part du Saint-Père, qui tient compte aussi de plusieurs sensibilités au cœur de cette Église universelle.

    Le pape a fait une clarification ?

    Oui, le pape a fait une clarification et nous, nous avons pris l'option en disant : « Nous ne bénissons pas les couples [homosexuels] mariés ». Ça, c'est notre option. Et le pape aussi a expliqué ce qu'il entendait en parlant de bénédiction. Ce n'est pas un sacrement. Et nous, l'Église d'Afrique, nous avons voulu éviter la confusion dans la tête des gens en disant que nous ne bénissons pas, mais plutôt, nous allons bénir les couples sacramentels.

    Est-ce qu'il a représenté, pour un certain nombre d'autorités catholiques africaines, une forme de décadence morale européenne ?

    Je pense que l'Occident a son parcours, qu’il ne me revient pas de juger, et l'Afrique a son parcours. Nous devons chacun dans notre parcours converger vers l'unique. Ça veut dire Jésus-Christ qui est le Sauveur. Mais il y a des dogmes qui nous guident et qui nous éclairent pour nous aider dans notre cheminement vers le salut.

    Il va y avoir les obsèques où vous allez vous rendre, Éminence. C'est dans quelques jours au Vatican. Et puis, il y aura le conclave pour élire son successeur. Et ce sera votre premier conclave ?

    Ce sera mon premier conclave. Oui.

    Certains disent qu'il y a un courant conservateur de plus en plus influent au sein de l'Église catholique. Est-ce que vous pensez qu'il se manifestera lors de ce conclave ?

    Moi, je ne suis pas souvent pour ces divisions entre courants conservateur et progressiste. Je vous ai dit tout à l'heure que, dans l'Église, nous avons des sensibilités, des manières de penser et autres. Il ne faut pas chercher à les opposer, bien au contraire. Tout cela contribue à l'évangélisation, à l'annonce de l'unique Sauveur. Ça veut dire Jésus-Christ. Alors donc, moi, je pense que c'est de dehors qu'on arrive à cataloguer. Vous l'avez vu pendant le synode, au mois d'octobre, on avait pronostiqué beaucoup de choses, mais une fois qu’on rentre et qu'on se laisse éclairer par l'Esprit Saint, les choses changent. Et bien l'Esprit guidera son église.

    Oui, mais tout de même, Monseigneur, les réformes du pape François ont provoqué une certaine hostilité dans les églises d'Amérique du Nord et dans un certain nombre d'églises africaines. Est-ce que ces hostilités ne vont pas se manifester lors de l'élection de son successeur ?

    J'espère que non. Si nous nous retrouvons, c'est pour choisir celui qui aura le destin de l'Église universelle. Ce n'est pas pour des intérêts régionaux, continentaux ou bien encore des intérêts personnels. On doit voir l'intérêt général, pour ne pas dire universel, c'est à dire l'intérêt de cette Église catholique.

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  • Centrafrique: «Le président Touadéra marque son accord pour un dialogue politique avec le BRDC»

    C'est une information RFI. En Centrafrique, le pouvoir dit formellement « oui » à un dialogue politique avec l'opposition avant la présidentielle de décembre prochain. Le 30 mars, le président Faustin-Archange Touadéra a dit à demi-mot qu'il entrouvrait la porte à ce dialogue. Le 4 avril, il a autorisé dans les rues de Bangui une manifestation de l'opposition du BRDC, le Bloc républicain pour la défense de la constitution. Et ce lundi matin, son ministre-conseiller spécial Fidèle Gouandjika confirme officiellement qu'il y aura un dialogue politique entre le pouvoir et l'opposition. Avec qui et sur quels sujets ? En ligne de Bangui, Fidèle Gouandjika répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    RFI : le 4 avril dernier, l'opposition a organisé à Bangui une manifestation que vous aviez d'abord interdite et que vous avez finalement autorisée. Est-ce le signe d'une décrispation politique ?

    Fidèle Gouandjika : c'est le ministre de l'Intérieur qui a pris de son côté, sans aviser le Conseil des ministres et qui a interdit cette manifestation. Et le président de la République a tapé du poing sur la table et a instruit le ministre de l'Intérieur d'accorder au BRDC, le Bloc républicain pour la défense de la constitution, leur marche. Et donc, je pense que c'est un signe continuel de décrispation parce que le président a toujours tendu la main à l'opposition dite démocratique.

    En décembre dernier, le président Touadera a exhorté les opposants à faire preuve de maturité politique, sous-entendu à ne pas boycotter l'élection de décembre prochain. Mais est-ce que cet appel à la raison ne serait pas mieux entendu si vous donniez votre accord à l'ouverture d'un dialogue politique ?

    Le président de la République vient de marquer son accord pour l'organisation d'un dialogue politique avec le B RDC. Mais le président de la République ne va pas s'asseoir avec les leaders de l'opposition démocratique autour d'une même table pour faire ce dialogue. Parce que ces opposants-là ne sont pas à son niveau. C'est le gouvernement qui sera appelé à les entendre et certainement d'autres institutions républicaines qui vont s'asseoir avec eux pour discuter de cette affaire-là.

    Donc, il y aura un dialogue politique entre le gouvernement et l'opposition du BRDC, le Bloc républicain pour la défense de la Constitution ?

    Bien sûr ! Il faut bien dire que quatre leaders de l'opposition demandent à ce que l’on revienne à la constitution de 2016. Mais c'est une aberration, monsieur le journaliste ! On a vu ça dans quel pays du monde ?

    Et au niveau du gouvernement, qui pourrait participer à ce nouveau dialogue politique ?

    On attend du BRDC les points qu'ils vont soulever pour que le gouvernement s'attelle déjà sur ces points-là.

    L’une des requêtes de l'opposition, ce sont des élections inclusives. Et est-ce qu'au terme de ce dialogue politique, Anicet-Georges Dologuélé, Crépin Mboli Goumba et Dominique Yandocka, qui sont actuellement binationaux, pourront être candidats ?

    Mais la seule condition, c'est qu'ils renoncent à leur nationalité [non centrafricaine] le plus rapidement possible pour qu'ils restent dans le délai pour briguer la magistrature suprême de l'État. C'est simple, prenez l'exemple du Sénégal, de la Côte d'Ivoire, du monde entier.

    Donc oui à un dialogue politique ?

    Eh bien, le Président a marqué son accord et on verra peut-être que c'est Fidèle Gouandjika qui conduira les pouvoirs publics comme d'habitude. Et on verra.

    Donc, vous pourriez diriger la délégation du gouvernement dans ce future dialogue politique ?

    J'en ai la capacité et les compétences.

    Si Faustin-Archange Touadera se représente au mois de décembre prochain et se fait réélire, est-ce que vous ne craignez pas que plusieurs opposants, comme Martin Ziguélé, ne dénoncent « la présidence à vie d'un Bokassa sans empire » ?

    Le BRDC fait son opposition dans les chancelleries occidentales. Ils tiennent leurs réunions au Café de Paris. Il s'agit d'une élection inclusive. Il ne s'agit pas d'une présidence à vie. Il ne s'agit pas d'un Bokassa sans empire. Ça, c'est insulter la mémoire de Bokassa. Et voilà.

    Alors vous dites que l'opposition fait ses réunions dans les chancelleries occidentales et à Paris. Mais cette opposition réplique que vous êtes sous la tutelle du groupe russe Wagner, qui pille les ressources minières de la République centrafricaine et notamment la grande mine d'or proche de Bambari !!!

    Ça, c'est un disque rayé. Vous savez très bien que la République centrafricaine a signé une convention militaire et économique avec la Fédération de Russie et que les Wagner ont sauvé la démocratie de la République centrafricaine en évitant un coup d'État qui pouvait engendrer un génocide. Et nous ne sommes pas sous tutelle de Wagner. La Russie viendra avec nous. Nous allons commencer à exploiter nos richesses minières, notre pétrole et comme ça, la République centrafricaine sera dans un temps à moyen terme un pays émergent.

    Donc votre principal allié reste la Russie ?

    Mais nous avons la Russie, nous avons la Chine, nous avons les États-Unis, nous avons les pays arabes, nous avons le Rwanda, nous avons tous les pays de l'Afrique et nous avons encore la France qui cherche à revenir par la petite porte, qui invite çà et là le président Touadera et qui pense qu’elle peut corrompre le président Touadera. Non, non, non, nous avons les yeux ouverts.

     

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  • Femua 2025: «La musique peut apporter sa contribution au développement», dit Salif «Asalfo» Traoré

    En Côte d'Ivoire, Abidjan qui vit aux rythmes des musiques urbaines cette semaine, grâce au festival des musiques urbaines (Femua) d’Anoumabo. Lors de la 17ème édition de cet évènement, qui ambitionne de partager de la musique en éveillant les consciences, place au thème du civisme et de la sécurité routière. Le festival a rayonné dans toute la sous-région et mise aussi sur la diplomatie culturelle en invitant chaque année un pays différent. Cette fois-ci, c'est la Guinée. Salif Traoré, alias « Asalfo », du groupe Magic System, est le commissaire général du Femua et répond à notre envoyé spécial Guillaume Thibault.

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  • Centrafrique: «Le président Touadéra doit respecter son serment, il n'y a pas de troisième mandat qui tienne»

    En Centrafrique, la candidature éventuelle du président Touadéra à l'élection de décembre prochain fait polémique. D'un côté, ses partisans lui demandent d'y aller. De l'autre côté, l'opposition, qui a marché pacifiquement dans les rues de Bangui le 4 avril, dénonce la « future présidence à vie d'un Bokassa sans empire ». Mais plusieurs opposants sont prêts à aller à cette présidentielle si le pouvoir accepte d'ouvrir un dialogue politique. Martin Ziguélé a été Premier ministre de 2001 à 2003. Aujourd'hui, il est député du parti d'opposition MLPC. De passage à Paris, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    RFI :  Depuis la nouvelle Constitution du 30 août 2023, Faustin-Archange Touadéra, le président, est autorisé à se présenter pour un troisième mandat. Et le 28 décembre dernier, lors de son discours sur l'état de la nation, il a dit « J'exhorte les opposants à faire preuve de maturité politique », sous-entendu à ne pas boycotter le scrutin présidentiel. Qu'est-ce que vous ferez ?

    Martin Ziguélé : Je pense qu'il faut d'abord rappeler que le président Touadéra a prêté serment en mars 2016 sur une Constitution qui limite le nombre de mandats à deux et la durée à cinq ans. Et les dispositions de la Constitution n'étaient pas du tout changeables, parce que tout tire sa source juridiquement de la Constitution du 30 mars 2016. Donc, pour nous, il n'y a pas de débat sur cette question. Le président Faustin-Archange Touadéra doit respecter son serment. Il est à la dernière année de son deuxième et dernier mandat. Il n'y a pas de troisième mandat qui tienne.

    Mais il y a eu un référendum constitutionnel, c'était en juillet 2023, qui a dit oui à une nouvelle Constitution qui a été adoptée le 30 août 2023…

    Oui, mais justement ce référendum a été fait en violation de la décision de la Cour constitutionnelle qui a dit qu'on ne peut pas engager une procédure politique pour changer la Constitution du 30 mars 2016. Pour nous, c'est une escroquerie politique. C'est un coup d'Etat constitutionnel. C'est la même chose qu'un coup d'État militaire au Niger, au Mali, au Burkina ou ailleurs.

    Est-ce à dire que, quoi qu'il arrive, vous allez boycotter la présidentielle à venir ?

    Je n'ai pas dit ça. J'ai dit que nous demandons un dialogue politique pour nous asseoir avec Monsieur Faustin-Archange Touadéra, que ça soit lui, que ça soit le rôle de Wagner, qu'il ne faut pas sous-estimer, toute cette catégorie de personnes intéressées manipule la vie politique en Centrafrique pour nous redonner un Bokassa sans empire. Une présidence à vie en fait. Et ça, nous n'en voulons pas.

    Mais si le préalable à tout dialogue politique, c'est pour vous l'interdiction pour Faustin-Archange Touadéra de se représenter, il ne va jamais accepter ce dialogue, non ?

    Nous voulons dialoguer sans préalable sur le plan politique. Nous voulons que les élections soient inclusives. C'est quand même le minimum.

    En fait, ce que vous proposez au président Touadéra, c'est un deal : « D'un côté, on accepte que vous vous présentiez pour un troisième mandat, mais de l'autre, vous enlevez les dispositions de la nouvelle Constitution qui interdisent aux binationaux d'être candidats » ?

    Ce dont je suis sûr, c'est que l'opposition démocratique demande un dialogue politique. Ce qui sortira de ce dialogue, je ne peux pas le prévoir d'avance, mais ce sera certainement un compromis pour nous permettre d'avancer vers des élections inclusives et surtout transparentes.

    Aux termes de l'article 67 de la Constitution du 30 août 2023, tout candidat à la présidentielle doit être centrafricain d'origine et n'avoir que la seule nationalité centrafricaine. Alors vous, vous n'êtes pas binational, vous n'avez que la nationalité centrafricaine, donc a priori vous êtes tout à fait éligible si vous décidez de ne pas boycotter la présidentielle à venir…

    Absolument. Je suis éligible parce que mes deux parents ont leur état-civil centrafricain.

    Mais ne pourraient pas se présenter à la prochaine élection présidentielle les binationaux comme Anicet-Georges Dologuélé, Crépin Mboli-Goumba, Dominique Yandocka... Est-ce que finalement cette nouvelle Constitution, elle ne fait pas votre affaire puisqu'elle élimine plusieurs des autres candidats de l’opposition ?

    Mais par principe, le progressiste que je suis ne peut pas accepter qu'on catégorise les Centrafricains par le fait que, dans leur vie ultérieure, après leur naissance, ils aient pris une deuxième ou une troisième nationalité au gré de la vie. Quel est le sens profond d'une telle démarche si ce n'est pas l'exclusion, tout simplement, et un calcul politique pour écarter les uns et les autres ? C'est pour ça que nous ne pouvons pas accepter cette Constitution et cette disposition de la Constitution. C'est pour ça que nous demandons le dialogue politique, parce que les personnes que vous citez, certaines d'entre elles ont été candidates déjà à plusieurs élections, donc elles auraient pu être président de la République.

    Anicet-Georges Dologuélé a été candidat en 2015, il est passé à deux doigts d'être président de la République. Et est-ce qu’on peut dire à quelqu'un qui a participé à des élections, qui a été même en tête des élections, est-ce qu’on peut lui dire cinq ans après que « vous, vous n'avez plus le droit d'aller aux élections, parce qu’entre temps, nous avons pensé qu’il faut mettre en place une Constitution qui est comme un champignon qui pousse en plein été, on dit, bon, maintenant ceux-là ne peuvent plus postuler ».

    Je vous rappelle que cela a été tenté en 2005 et il a fallu la sagesse du président Bongo pour que tout le monde revienne dans la course. Et cela a été encore retenté en 2011. Et il a fallu la sagesse du président Sassou Nguesso pour que tout le monde revienne dans la course. Et maintenant Touadéra retente ça en 2025 et nous voulons un dialogue politique centrafricain pour régler cette question-là. Il n'est pas question qu'il y ait des élections en Centrafrique en excluant les fils de ce pays sous des prétextes fallacieux.

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