Le grand invité Afrique

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By RFI
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  • RDC: «Il y a clairement à l’UDPS, une volonté d’avoir un mandat qui va au-delà de cinq ans», dit Fred Bauma

    Pourquoi le président congolais Félix Tshisekedi veut-il changer la Constitution de son pays ? Est-ce dans le but de pouvoir briguer un troisième mandat en 2028 ? La question se pose après le discours qu'il a prononcé ce mercredi soir à Kisangani. « Pour changer le nombre de mandats présidentiels, il faut que vous, le peuple, puissiez le décider », a-t-il notamment déclaré. Et comment vont réagir les Congolais à ce projet ? Fred Bauma est le directeur exécutif d'Ebuteli, l'Institut congolais de recherches sur la gouvernance, la politique et la violence. En ligne de Goma, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    RFI : Quelle peut être la principale raison pour laquelle le président Tshisekedi veut changer la Constitution ?

    Fred Bauma : Alors la première raison, c'est le désir d'avoir plus de contrôle sur les institutionnels [NDLR : les juges de la Cour constitutionnelle, etc.], la deuxième raison qu’il n'a pas encore exprimée, c'est probablement la volonté d'avoir un nouveau mandat, un 3e mandat.

    Voilà plusieurs semaines que le parti au pouvoir UDPS plaide pour un changement de Constitution. Est-ce à dire qu'Augustin Kabuya, le secrétaire général de ce parti, est un chaud partisan d'un éventuel 3e mandat de Félix Tshisekedi ?

    Ça fait plusieurs mois d'ailleurs que les membres de l’UDPS (l'Union pour la démocratie et le progrès social) et plusieurs alliés du président de la République ne cessent de remettre en cause la durée du mandat. L'argument qui a déjà été présenté par Kabuya, c'est de dire qu'en réalité le président ne gouverne pas 5 ans, qu'il gouverne beaucoup moins et qu'il a besoin d'un long mandat. Et je pense que, si on s’en tient aux commentaires des leaders de l’UDPS, il y a clairement une volonté d'avoir un mandat qui va au-delà de 5 ans et d'avoir plusieurs mandats. Et le discours du président de la République ne semble pas contredire cela aujourd’hui.

    Alors du côté de l'opposition, comment va-t-on réagir à votre avis ?

    Du côté de l'opposition, il est clair que l'opposition n'est pas d'accord avec cette révision de la Constitution. Je pense que ça donne de nouveau des arguments à l'opposition pour se mobiliser autour de quelque chose. Et je pense qu'au-delà de l'opposition, et au-delà du pouvoir, le vrai danger de cette démarche, c'est d'éloigner davantage les questions qui touchent réellement à la vie de la population et d'offrir aux Congolais un nouveau sujet de distraction, qui prendra plusieurs mois et beaucoup d'énergie, et qui nous éloignera davantage des questions de sécurité, des questions de corruption, des questions économiques et sociales qui sont pourtant la priorité des Congolais.

    Du côté du parti ECIDE (Engagement pour la Citoyenneté et le Développement) de Martin Fayulu, on déclare qu'il ne faut pas jouer avec le feu. Qu'est-ce que cela veut dire ?

    Je pense que ça renvoie exactement aux manifestations publiques qui ont débuté avec la tentative similaire du président Kabila de modifier la Constitution. Il faut dire que le président Tshisekedi lui-même était contre cette position du régime passé. Et cette contestation a conduit à de grands troubles dans le pays et à plusieurs morts. On parle quand même de plusieurs centaines de morts entre 2015 et 2019, via la répression, en grande partie liée à la Constitution. C'est dommage que, juste quelques années plus tard, on veuille reprendre la même expérience.

    Et du côté de la société civile, l'ASADHO, l'Association africaine de défense des droits de l'homme, affirme que le risque est grand que le Congo revive l'agitation des dernières années de la présidence Kabila. Qu'est-ce que cela signifie ?

    Ça signifie exactement que la société civile, l'ASADHO, le mouvement citoyen – et je m'attends à ce que les églises catholiques et protestantes les rejoignent –, ça signifie que ces différentes composantes de la société civile vont s'y opposer. Cette mobilisation va certainement se heurter à la répression et ça ne sera pas sans conséquences sur la cohésion nationale, sur la stabilité des institutions et sur la vie sociale et politique du pays en général. Je pense que le président de la République ouvre la porte à une période d'instabilité dont il n'avait pas besoin.

    Du coté maintenant des alliés du Président de Tshisekedi, qui ont appelé l'an dernier à voter pour lui dans l'espoir qu'il partirait en 2029 et que leur propre tour arriverait, est-ce qu'il ne va pas y avoir des déçus ?

    Il va certainement y avoir de déçus. Je pense que c'est une décision qui divise au sein de l'Union sacrée. La grande question, c'est : est-ce que les déçus seront suffisamment courageux pour porter haut leur désaccord. On est quand même dans un régime politique et dans un système où il y a une sorte de capture de l'État par une élite qui est très bien rémunérée et qui bénéficie d'énormes avantages. Et je pense que, pour choisir la confrontation, certains devront mettre sur la balance les avantages économiques qu'ils perçoivent de ce régime, ici, tant l'opportunisme politique en RDC n'est pas quelque chose à sous-estimer.

    Depuis 6 ans, l'UNC de Vital Kamerhe est alliée à l'UDPS de Félix Tshisekedi, mais est ce que ce parti et son chef, qui préside actuellement l'Assemblée nationale, vont avoir intérêt à rester dans cette Union sacrée ?

    Je pense que ça dépendra de la réaction populaire. Vital Kamerhe, c’est un allié clé du président de la République pour l'instant, mais c'est aussi potentiellement un candidat sérieux aux prochaines élections présidentielles. Est ce qu'il voudra soutenir une réforme pareille qui pourra l'isoler, spécialement si la population est contre ? Je ne pense pas. Je crois que des personnalités politiques comme Vital Kamerhe, ou comme d'autres d'ailleurs, regardent ces débats aussi avec beaucoup d’opportunisme. Et ça pourrait être une occasion en or de s'émanciper de l'Union sacrée et de porter de nouveau un discours radical contre le régime.

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  • Abderaman Koulamallah, MAE tchadien: «Le Tchad n'a aucun intérêt à amplifier la guerre au Soudan»

    « Non, le Tchad ne soutient aucun belligérant dans la guerre civile au Soudan ». C'est la réponse ce jeudi matin du ministre tchadien des Affaires étrangères au dirigeant soudanais Minni Arcou Minnawi, qui, hier matin à la même heure sur RFI, accusait le Tchad d'être une plateforme de transit pour les armes et les munitions expédiées par les Émirats arabes unis aux Forces de Soutien Rapide du général Hemedti. En ligne de Ndjamena, Abderaman Koulamallah, qui est à la fois le chef de la diplomatie et le porte-parole du gouvernement tchadien, répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    RFI : Monsieur le ministre, bonjour.

    Abderaman Koulamallah : Bonjour.

    Dans une interview lors de son passage à Paris, le chef de l'Armée de libération du Soudan, Minni Arcou Minnawi, a accusé le Tchad de servir de pays de transit aux armes et munitions que les Émirats arabes unis envoient aux Forces de soutien rapide (FSR) du général Hemedti. Qu'est-ce que vous répondez ?

    Bon, tout d'abord, ce sont des informations fantaisistes. Le Tchad n'a aucun intérêt à amplifier la guerre au Soudan en fournissant des armes. Et d'ailleurs nous sommes l'un des rares pays où la guerre du Soudan a des répercussions importantes sur notre territoire. Monsieur Minni est un personnage assez connu, assez controversé, qui quelquefois ne maîtrise pas tout ce qu'il dit, et n'a pas les bonnes informations. Ce qu'on peut dire de ce qui se passe au Soudan, ce sont les généraux qui n'ont pas écouté la voix de leur peuple, qui ont amplifié cette guerre en refusant qu'un gouvernement civil dirige le pays et ils portent à eux seuls la responsabilité de cette guerre. C'est eux qui refusent un cessez le feu. C'est eux qui refusent de mettre en place un couloir humanitaire pour leur peuple. C'est trop facile de jeter leur propre responsabilité sur les pays voisins. Nous n'avons aucun intérêt à ce que la guerre au Soudan perdure. Nous sommes le principal pays qui soutient le poids de cette guerre. Nous ne soutenons aucune des factions qui se battent sur le territoire soudanais. Nous sommes pour la paix. Nous réaffirmons notre position qui est une position cohérente. Nous sommes pour qu'il y ait un cessez-le-feu, qu'il y ait des négociations. Et que la paix revienne dans ce grand pays qui est un pays frère. Monsieur Minnawi raconte des choses qui n'ont rien à voir avec la réalité. Les allégations mensongères de certains dirigeants soudanais auraient pu ne même pas être démenties par nous, si elles n'avaient pas une répercussion grave sur l'opinion nationale tchadienne et internationale, qui doit se dire que le Tchad est un pays qui souffre de cette guerre-là. Et j'en appelle aux organisations internationales. J'en appelle au Conseil de sécurité, pour qu’eux-mêmes prennent leurs responsabilités pour mettre fin à cette guerre.

    Il y a quelques mois, dans un rapport, un groupe d'experts de l'ONU a affirmé avoir observé une forte rotation d'avions cargos, en provenance de l'aéroport d'Abu Dhabi à destination de l'aéroport d'Amdjarass au Tchad, et ensuite avoir observé que des caisses d'armes et de munitions étaient déchargées de ces avions cargos à destination des Forces de soutien rapide au Darfour. Comment vous réagissez ?

    D'abord, aujourd'hui, nous sommes à l'ère des nouvelles technologies et il faut qu'on fournisse des images. Puisqu’ils ont observé, ça veut dire qu'ils ont des images. Ils n'ont qu'à mettre ces images à la disposition du public ! Non, ce sont des allégations complètement mensongères. Et nous n'avons même pas jugé utile de répondre à ces allégations. Nous avons des bonnes relations avec les Émirats arabes unis, qui sont des relations économiques, des relations bilatérales, qui sont solides depuis longtemps. Mais en aucun cas, cette relation ne revêt un caractère militaire en fournissant des armes à quelque faction. Aucune preuve n'est apportée, aucune image satellite n’a été apportée. Comment voulez-vous qu'on prenne au sérieux ce genre d'allégations qui sont faites par des fonctionnaires, certainement qui ont d'autres intérêts que celui de dire la vérité ?

    Dans cette interview, Minni Arcou Minnawi ne nie pas que l'armée soudanaise reçoit des armes et des munitions de l'extérieur, mais il affirme qu'on ne peut pas comparer cette institution nationale, l'armée soudanaise, avec les Forces de soutien rapide, qui sont, dit-il, un groupe tribal qui a été créé sur une base raciale et qui, sous le nom des Janjawid, a commis en 2003 un génocide au Darfour ?

    Alors, quand les militaires soudanais ont fait du général Hemedti le vice-président de la République du Soudan, ils n'avaient pas ces informations et ils viendraient seulement de les obtenir ? Je crois qu'il faut être un peu sérieux. Quand ils disent qu'ils reconnaissent recevoir d'autres armes, c'est déjà quelque chose de très grave, que des pays fournissent des armes pour perpétuer la guerre au Soudan ! Nous, nous ne le faisons pas. Monsieur Hemedti a été vice-président du Soudan, je ne vois pas comment il a atterri à ce poste, alors qu'on l'accuse de choses aussi graves ! Ils n'ont qu'à se pencher sur leur propre responsabilité au lieu de chercher à mettre la responsabilité de cette guerre sur le Tchad qui n'a rien, absolument rien, à voir avec ces allégations, que je nie de toutes mes forces. Parce que je sais que le gouvernement tchadien est un gouvernement qui ne s'occupe pas des problèmes internes des pays voisins. C'est une philosophie développée par notre chef de l’Etat, le président Mahamat Idriss Deby, qui, depuis toujours, refuse de s'ingérer dans les affaires intérieures des pays voisins.

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  • Minni Minnawi, gouverneur du Darfour: «Il n’y a pas de solution militaire à la crise au Soudan»

    Le gouverneur du Darfour et chef du mouvement de libération du Soudan, faction Minni Arcou Minnawi (ALS-MM) était à Paris où il a échangé des points de vue sur la guerre au Soudan avec des responsables français. Son mouvement a rejoint en mars dernier le camp de l'armée soudanaise qui combat les Forces de soutien rapide (FSR)... RFI l'a rencontré à l'occasion de son passage à Paris. Il évoque au micro de Houda Ibrahim les derniers développements de 18 mois de guerre au Soudan.

    RFI : Lors de la visite que vous effectuez actuellement en France, vous avez rencontré des responsables au ministère français des Affaires étrangères qui s’occupent du dossier soudanais, quelle discussion avez-vous eue ?

    Minni Arcou Minnawi : La France, s’intéresse beaucoup, en réalité, aux conséquences de la guerre et aux questions humanitaires au Soudan. Durant nos rencontres nous avons évoqué ces points ainsi que celui des pays voisins du Soudan. Nous avons discuté ensemble des possibilités de mettre fin définitivement à la guerre et des possibilités de travailler ensemble pour faire parvenir les aides humanitaires à tous les Soudanais et surtout dans la ville d’al-Facher encerclée par les forces de soutien rapide. Il y a eu la proposition de larguer de l’aide humanitaire au-dessus de la ville…En réalité, nous avons demandé aux Français d’intervenir pour combler le fossé entre le gouvernement soudanais et le gouvernement tchadien, et surtout pour enrayer le rôle du gouvernement tchadien dans le transit à travers son territoire des aides non-humanitaires - des matériaux militaires - vers les zones sous contrôle des FSR au Soudan.

    Le pouvoir soudanais a à plusieurs reprises accusé le Tchad de faciliter le transfert d’armes aux FSR, ce que confirment les rapports des experts des Nations unies, mais que Ndjamena a toujours nié. Quelles sont vos informations sur cette question ?

    Il y a toujours, de très importantes quantités de matériels militaires qui traversent le Tchad vers le Soudan. Jusqu’à il y a cinq mois cela se faisait via l’aéroport d’Amdjarass. Actuellement, d’autres aéroports à l’intérieur du pays sont utilisés. Mais nous savons ce qui se passe et nous savons aussi que des armes sont également transportées à travers l’Atlantique vers le port de Douala, puis elles passent à travers la république du Cameroun pour arriver à Ndjamena avant d’emprunter le passage d’Adré, ce chemin que le gouvernement soudanais a rouvert pour permettre l’acheminement de l’aide humanitaire. Mais actuellement ils profitent de la situation et il y a davantage d’aide militaire que d’aide humanitaire acheminée par ce point de passage.

    Les Émirats arabes unis ont été accusé à de multiples reprises d’ingérence dans les affaires soudanaises, y-a-t-il un nouvel appel que vous souhaitez adresser à ce pays aujourd’hui en ce qui concerne son appui militaire et financier aux FSR ?

    Nous l’avons rappelé à plusieurs reprises et nous le referons maintenant. Nous appelons les Émirats arabes unis à cesser de soutenir une telle milice, cette machine de tuerie et de destruction, de génocide et d’épuration raciale… Cette milice raciste n’est pas le groupe qui pourrait bâtir l’État, elle peut, au contraire, détruire l’État, les infrastructures, elle peut piller et produire tout ce qu’une catastrophe naturelle pourrait produire. C’est comme un tremblement de terre ou un volcan destructeur… Elle ne construit pas. C’est pour cela que nous disons aux Émirats qu’il faut soutenir le peuple soudanais pour pouvoir reprendre les bonnes relations qui prévalaient entre les deux peuples.

    Les deux généraux qui s’opposent, al-Burhan et Hemedti ne semblent pas résolus à vouloir résoudre la crise pacifiquement, pourtant la communauté internationale ne cesse de rappeler qu’il n’y a pas une solution militaire possible à cette guerre, qu’en pensez-vous ?

    Nous sommes tous entièrement convaincus qu’il n’y a pas de solution militaire à la crise au Soudan y compris Hemedti lui-même, comme il l’a précisé dans son discours d’il y a une semaine où il a considéré que des pays étrangers ont mis le feu au Soudan. Mais il est lui-même, en ce moment, aux mains de ces forces étrangères. En arrachant les soudanais, aux mains des forces étrangères, ces agents qui sont payés, qui sont employés par ces forces étrangères, si on arrive à réaliser cela, à ce moment-là, la solution pacifique sera la meilleure sortie de crise.

    L’armée soudanaise est également accusée d’acquérir des armes et des drones auprès de l’Iran et de la Turquie…

    Il n’est pas possible de comparer l’armée soudanaise à un groupe dirigé par Hemedti, un groupe tribal qui a été créé sur une base raciale, qui a commis un génocide en 2003, puis qui a continué à commettre des crimes sous le nom de Janjawid, puis sous le nom de gardiens des frontières puis en tant que Forces de soutien rapide…Tous ces noms ne sont qu’une tentative de cacher les crimes de cette milice et de redorer son blason. Jusqu’à maintenant Hemedti ne fait que conduire une milice tribale et familiale. Son frère est son vice-président, leur autre frère est le responsable financier, leur troisième frère est le responsable médiatique et ainsi de suite… L’armée est une institution nationale, et c’est le ministère de la Défense qui conclue tout naturellement des contrats avec d’autres pays pour acheter des armes. C’est une institution nationale, le ministère, qui achète des armes. C’est officiel et ce ne sont pas des armes qui sont acheminées clandestinement pour une milice familiale soutenue par les Émirats.

    Quand est-ce que cette guerre pourrait s’arrêter alors ?

    Quand les interventions étrangères cesseront, et quand on cessera d’utiliser des Soudanais payés par des capitaux étrangers pour désintégrer le Soudan… et tuer les Soudanais avec de l’argent étranger comme le font actuellement certains pays. Quand les ingérences s’arrêteront, la guerre s’arrêtera.

    Pensez-vous que les avancées réalisées par l'armée ces dernières semaines permettront de revenir aux négociations pour un cessez-le-feu ? Est-ce qu'il y a actuellement des contacts dans les coulisses pour retourner à la table des discussions ?

    Bien sûr, mais les négociations seront différentes. La forme est dépassée par les développements qui ont eu lieu en mai 2023. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts… Il y a eu la résistance populaire, les forces communes… La population soudanaise s’est reconstruite pour défendre ses communautés, ses biens, son honneur et son argent… Les prochains pourparlers de paix seront donc un peu différents et nécessitent une grande préparation. Mais nous disons toujours que toutes les discussions sur le Soudan devraient être basées sur la déclaration de Djeddah.

    Minni Arko Minnawi, vous vous êtes pourtant vous-même rendu au Tchad, plus d’une fois avant de rallier l’armée soudanaise !

    A l’époque, nous cherchions la paix. Nous cherchions à garder une bonne relation entre le Tchad et le Soudan. La dernière visite date du juin 2023. J’y ai rencontré, par hasard, Abderrahim Daglo, le frère de Hemedti. Nous sommes restés à discuter durant trois jours. Il voulait mon accord pour séparer le Darfour du Soudan, et pour l’arracher aux mains de l’armée. J’avais posé des questions sur le pourquoi, sur le but d’une telle manœuvre. Je n’ai jamais réussi à obtenir de réponses claires.

    Le tchadien Ousman Dillo est au Soudan. Depuis la mort de son frère, l’opposant Yaya Dillo. Il est accusé par le pouvoir tchadien de vouloir s’opposer à lui depuis le Darfour, votre réaction ?

    Ousman est avec nous. Il est de la même tribu et du même groupe social. Quand il est arrivé pour protéger les gens du Darfour, son frère était encore vivant. Il a annoncé sa volonté de nous rejoindre depuis le Tchad. Tous les cercles du pouvoir tchadien savaient qu’il allait au Darfour pour soutenir ses gens, compte tenu qu’il s’agit de la même communauté qui s’étend au Tchad comme au Darfour. Après l'assassinat de son frère, ils ont commencé à l’accuser d'être un opposant. Comment peut-il être un opposant ? Ils ont tué son frère et il est jusqu’à maintenant avec nous sans qu’il soit un opposant. Il est avec moi. Il fait partie de mes hommes. Il n’est pas de l’opposition tchadienne mais c’est l’un de ces volontaires venus protéger les habitants du Darfour. Il est à al-Facher. Il est arrivé au Soudan cinq mois avant la mort de son frère. Et cela est connu par le président Mahamat Kaka et par la sécurité tchadienne. D’ailleurs, Ousman n’est pas le seul, ils sont nombreux les tchadiens avec nous, certains rentrent puis reviennent. C'est comme ça…. Maintenant, parce qu’ils ont tué son frère et parce qu’ils ont peur qu’il se venge, ils disent qu’il est opposant. Jusqu’à maintenant il ne s’oppose pas au gouvernement mais à ceux qui ont tué son frère.

    Justement, on dit qu’Ousman Dillo est en train de préparer des forces au Soudan pour se venger de ceux qui ont tué son frère ?

    Ousman n'est pas seul. Il n'est pas seul à avoir ce ressentiment actuellement. Il y a beaucoup de gens qui sont déçus de l'attitude officielle tchadienne qui soutient les Janjawid et qui tuent leurs familles. Actuellement, il y a beaucoup d'enfants de réfugiés soudanais qui travaillent au Tchad. Ils sont en bon nombre dans l’armée tchadienne et au palais présidentiel. Ils ont aussi une position.

    Que voulez-vous dire par cela ?

    Il y a beaucoup d’enfants de réfugiés soudanais qui sont entrés au Tchad en 2003, qui sont dans l’armée tchadienne et dans la garde républicaine. Ils sont des officiers de l’armée tchadienne. Il y a plus de 20 tribus communes qui s’étendent au Tchad comme au Soudan. La géographie ne t’empêche pas d’avoir de la compassion pour tes frères. La position officielle en ce qui concerne le Soudan est refusée par un grand nombre d’officiers tchadiens.

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  • Sommet des Brics: «Créer des monnaies alternatives au dollar prendra du temps»

    C'est aujourd'hui, mardi 22 octobre, à Kazan, en Russie, que s'ouvre le sommet 2024 des Brics, ce club des pays qui veulent faire contrepoids à l'Occident, et mettre fin à l'hégémonie du dollar dans le commerce international. Outre les présidents chinois et indien, Vladimir Poutine attend sur place trois personnalités africaines : les chefs d'État sud-africain et égyptien, ainsi que le Premier ministre éthiopien. Quel est l'enjeu de ce sommet ? Ahmedou Ould Abdallah, l'ancien ministre mauritanien des Affaires étrangères, préside aujourd'hui une société de conseil, le Centre 4S : Stratégie, Sécurité, Sahel et Sahara.

    RFI : Vu d'Afrique, est-ce que l'avenir est avec l'Occident ou avec les Brics ?

    Ahmedou Ould Abdallah : L'avenir est avec les libertés, les libertés politiques à l'intérieur des pays, liberté d'expression, de gestion, mais aussi les libertés de mouvement dans l'espace. Alors les Africains, comme le dit l'expression populaire, « ils votent avec leurs pieds ». Ils émigrent où ? Ils émigrent la plupart du temps en Amérique ou en Europe. Même si cette migration est de plus en plus rejetée en Europe, je pense que le sentiment des Africains est pour la liberté de mouvement, de commerce, donc pour les pays où cela est possible, et ça se trouve en Occident, effectivement.

    La grande ambition des Brics, c'est de mettre fin à l'hégémonie occidentale sur les marchés financiers et de trouver une alternative au dollar. Est-ce que vous pensez qu'ils vont y arriver ?

    D'abord, aujourd'hui, la puissance du dollar, c'est surtout l'économie américaine et la plupart des grandes économies, de l'Arabie saoudite à la Chine, ont leurs réserves en dollar, à la Federal Reserve Board. Quand on regarde le commerce, le dollar doit être à 60 % des échanges et des réserves. Mais si on ajoute les monnaies alliées, l'euro, le sterling et le yen, c'est très probablement proche de 80 % des échanges mondiaux qui s'effectuent dans ces devises. L'idée de créer des monnaies alternatives, je pense que ça prendra du temps.

    Alors la nouveauté cette année à Kazan, c'est notamment l'arrivée dans les Brics de deux nouveaux pays africains : l'Égypte et l'Éthiopie. Pourquoi ces deux pays ? Et pourquoi pas tous les autres pays du continent qui se sont portés candidats ?

    L’Egypte et l’Ethiopie, ce sont des pays voisins qui ne sont pas souvent amis à propos du Nil. Est-ce que le but est de les aider à se réconcilier ? Ces deux pays très peuplés, même si le Nigeria est beaucoup plus peuplé, ont leur place dans cette institution. Et ils ont des régimes aussi qui vont beaucoup plus avec les régimes russes et chinois dans la gestion de l'économie, c'est-à-dire l'économie nationale, beaucoup moins libérale.

    Certains pensent que l'Éthiopie a été préférée au Nigeria parce que le Nigeria abriterait une branche du système de commandement américain et parce que le Nigeria est en compétition économique avec l'Afrique du Sud…

    C'est très possible. Mais pour ce que je connais du Nigeria, ils sont autosuffisants sur le plan politique et diplomatique. Je pense que le Nigeria est très introverti.

    Il y a deux ans, le président Abdelmadjid Tebboune a annoncé l'entrée prochaine de l'Algérie dans les Brics. Mais rien n'est venu. Et aujourd'hui, le chef d'État algérien déclare que son pays ne souhaite pas intégrer un groupe dans lequel il n'est pas désiré. « C'est vrai », dit-il, « on a déposé notre candidature il y a deux ans, mais avec la tournure que prend cette organisation, notre volonté a changé ». Peut-on parler d'un revers diplomatique pour l'Algérie ?

    Si l'Algérie l'a vu comme une continuation du G77, c’est-à-dire du groupe des non-alignés où elle a joué un rôle important, effectivement, cet objectif n'a pas été atteint.

    Est-ce le signe que l'Algérie pèse moins qu'avant dans les relations internationales ?

    Depuis la guerre civile [des années 1990], l'Algérie a eu à se pencher beaucoup plus sur des problèmes internes. Mais la plupart des pays de ma région ont des préoccupations plus internes qu'externes.

    En coulisses, à Alger, on accuse un pays des Brics d'avoir mis son veto à l'entrée de l'Algérie dans ce club, et cela sous les ordres « d'un modeste émirat du Golfe », précise le journal El Moudjahid. Quels sont ces deux pays ?

    Alors, sur le fond du problème, je ne suis pas au courant d'un malentendu entre l'Algérie et l'un de ces pays, en l'occurrence le Qatar ou les Émirats Arabes Unis.

    Vu les bons rapports entre le Maroc et les Émirats, n'est-ce pas justement ce pays, les Émirats, qui est visé par l'article d'El Moudjahid ?

    Je crois que ce qui est important, c'est d'être dans les Brics. Ils peuvent ouvrir des perspectives à tous nos pays, y compris pour les productions énergétiques d'Algérie et pour les productions agricoles et de phosphate du Maroc. Et je pense que le mérite du Maroc et de l'Algérie, c'est ne pas s'entendre, mais, Dieu merci, ils se refusent à faire une guerre ouverte, comme leurs frères et cousins du Moyen-Orient. Je pense que cet aspect doit continuer, quels que soient les appuis financiers, militaires, diplomatiques qu'ils entretiennent, et j'espère bientôt qu'ils ouvriront leur frontière. Les populations qui sont très liées pourront aller rapidement d'un endroit à l'autre, comme elles le faisaient au cours des siècles et des dernières décennies.

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  • Hallal Bilal: «la Côte d'Ivoire a vu près de 80% de son couvert forestier et faunique disparaître»

    Comment protéger les animaux sauvages dans un monde où le couvert forestier ne cesse de diminuer ? C’est l’un des principaux enjeux de la COP16, la conférence mondiale pour la biodiversité, qui s’ouvre ce lundi à Cali, en Colombie. En Afrique de l’Ouest, certaines espèces emblématiques comme l’éléphant sont même en voie d’extinction ! Depuis deux ans, Hallal Bilal préside la Roots Wild Foundation, basée en Côte d’Ivoire. En ligne d’Abidjan, il pousse un cri d’alarme.

    RFI : Qu'est-ce que vous attendez de cette COP16 pour la biodiversité ?

    Hallal Bilal : Que des mesures concrètes mais surtout obligatoires soient prises envers les différents gouvernements pour les obliger à s'investir beaucoup plus dans la protection de la biodiversité.

    Et des animaux sauvages ?

    Bien sûr.

    Quels sont à vos yeux les pays africains où la situation est la plus catastrophique ?

    Ecoutez, je vais déjà parler de mon propre pays. Donc la Côte d'Ivoire a vu près de 80 % de son couvert forestier et faunique disparaître. D'ailleurs, le gouvernement et les membres de la société civile mettent vraiment la main à la pâte et les choses sont en train de changer. Donc oui, déjà la Côte d'Ivoire et puis toute la zone ouest-africaine.

    À cause de quoi ? À cause de l'urbanisation ou à cause du développement de l'agriculture ?

    Donc l'urbanisation, bien évidemment, joue un rôle. Le chômage joue un rôle, un rôle très important. L'agriculture bien évidemment aussi, la culture du cacao, la culture du palmier, la culture de l'hévéa, toutes les cultures sont un facteur de déforestation.

    En Côte d'Ivoire, l'animal emblématique, c'est l'éléphant… Les footballeurs ivoiriens sont bien placés pour le savoir, mais est-ce que ce pachyderme n'est pas en voie d'extinction ?

    Je peux vous garantir que nous avons vu la quantité de spécimens d'éléphants chuter énormément chez nous en Côte d'Ivoire. Voilà pourquoi d'ailleurs le gouvernement a pris des mesures importantes. Donc, il y a un projet de loi qui a été voté il y a quelques mois par l'Assemblée nationale concernant la création de deux sanctuaires d'éléphants : un sanctuaire dans la zone sud, un sanctuaire dans la zone nord.

    Est-ce qu'on a des chiffres sur la diminution de la population des éléphants en Côte d'Ivoire ?

    Ecoutez, pour ma part, oui, je pense qu’actuellement, nous avons une population comprise entre 200 et 500 éléphants maximum.

    Il y en avait combien il y a 20 ans ?

    Oh, il y en avait plus de 1000.

    Donc si on est à 200 éléphants, on peut dire que l'espèce est en voie d'extinction ?

    Entre 200 et 500 éléphants, je dirais oui, c'est que l'éléphant est pratiquement en voie d'extinction en Côte d'Ivoire. C'est pour ça que, justement, il est primordial et vital de mener des actions en faveur de la reproduction et de leur protection. La déforestation, malheureusement, est un gros facteur de la disparition des éléphants. Les éléphants font des transhumances à travers les couloirs de forêt. Voilà pourquoi nous avons des éléphants qui se retrouvent dans des villages en divagation parce qu'ils sont complètement désorientés puisqu'il n'y a plus de forêt. Donc c'est catastrophique.

    Et ces éléphants qui divaguent, ils sont tués par les villageois ?

    Non, alors tout de suite, dès que le ministère des Eaux et Forêts a une information, tout de suite on dépêche une équipe pour protéger cet éléphant, pour sensibiliser la population. Les populations sont plutôt émerveillées de voir l'éléphant. Mais c'est de l'inconscience ou de l'ignorance, donc ils vont s'approcher de l'animal, donc ça peut être risqué. L'éléphant peut être paniqué, mais sinon non, non, non, les populations ne tuent pas l'animal. Et d'ailleurs nous avons soutenu le ministère des Eaux et Forêts afin de déplacer deux éléphants il n'y a pas très longtemps pour les mettre en sécurité.

    Est-ce qu'il reste du braconnage ?

    Oui, il reste du braconnage.

    Pour l'ivoire ?

    Pour l'ivoire, pour la peau, pour la viande, pour tout. Vous savez, n'oubliez pas qu’en Afrique, nous avons quand même la culture de la consommation de la viande de brousse, tout simplement.

    Et vous ne craignez pas que, derrière les discours officiels, la déforestation continue et un certain nombre d'espèces disparaissent ?

    On ne laissera pas faire parce que nous sommes des personnes assez engagées, assez passionnées. Donc nous avons dédié notre vie à la protection de la nature, donc on ne laissera pas faire.

    Oui, mais si les gens sont d'accord avec cette évolution, vous ne pourrez rien faire ?

    Alors, en toute sincérité, nous menons énormément de campagnes de sensibilisation aujourd'hui dans chacun de nos communiqués. C'est pour ça que nous en appelons à l'esprit de conservation qui anime chaque Ivoirienne et chaque Ivoirien, parce que c'est notre héritage. Et les populations comprennent, parce que ne serait-ce que depuis 2023, depuis l'année passée, nous avons récupéré énormément d'animaux. Jusqu'aujourd'hui, nous récupérons tous les jours des animaux à notre refuge. Donc c'est un refuge de transition où nous récupérons tous les animaux, victimes du braconnage et du trafic d'espèces. Ils sont mis à disposition par la population en vue de les préparer et de les soigner, en vue de leur future réintroduction dans la nature dans des zones surtout sécurisées. Donc moi, je peux vous garantir qu'une grande partie de la population aujourd'hui est très engagée dans la protection de la faune ivoirienne. Et on continue de mener nos actions de sensibilisation, même dans les écoles. Pas plus loin que hier, le vice-président de la Fondation a eu un entretien avec Adrienne Soundele, la présidente de la Fondation Soundele Konan qui lutte contre la déforestation, et avec une dame du ministère de l'Education nationale, afin de pouvoir inclure cette matière-là dans le programme scolaire.

    8 min
  • Inondations au Congo-Brazzaville: «Nous ne pouvons plus nous projeter dans la résilience, nous nous projetons dans l'adaptation»

    Il y a près d'un an, fin 2023, début 2024, le Congo-Brazzaville a connu des inondations historiques, d'une ampleur inédite : 1,79 million d'habitants ont eu besoin d'une assistance humanitaire. Plus de 43 000 élèves ont vu leur scolarité interrompue. Selon le XIXe forum des prévisions climatiques d'Afrique centrale (à Douala au Cameroun en septembre), les pluies seront cette année encore supérieure à la normale saisonnière. À Brazzaville, les autorités annoncent un plan d'action face au risque réel de nouvelles inondations. En septembre, Amélie Tulet et Cyril Étienne de RFI sont allés jusque dans la Likouala dans le nord du pays, rencontrer des sinistrés et voir comment ils se préparent à la nouvelle saison des pluies qui commence. Au retour à Brazzaville, ils ont rencontré la ministre des Affaires sociales, de la Solidarité et de l'Action humanitaire de la République du Congo, Irène Marie-Cécile Mboukou Kimbatsa.

    5 min
  • RDC: au Parc national des Virunga «ceux qui tuent les animaux, ce sont les groupes armés»

    Comment protéger les animaux contre la furie des hommes ? C’est la bataille que mène le Congolais Bantu Lukambo pour sauvegarder les animaux sauvages dans le Parc national des Virunga, à l’Est de la République démocratique du Congo. Hier à Londres, ce militant environnementaliste de 51 ans a reçu le prix prestigieux du Fonds International pour la Protection des Animaux, le prix IFAW. En ligne de la capitale britannique, il raconte son combat au micro de Christophe. Boisbouvier.

    RFI : Bantu Lukambo, vous êtes né dans un village de pêcheurs au cœur du parc des Virunga, pourquoi vous êtes-vous engagé très jeune dans ce combat pour la défense des animaux ?

    Bantu Lukambo : En fait, il y avait du désordre, il y avait du braconnage, il y avait tout. Alors mon papa était pêcheur et papa surtout faisait allusion aux hippopotames. Il nous disait que c'est grâce aux hippopotames qu'il y a des poissons.

    Et pourquoi est-ce grâce aux hippopotames qu'il y a du poisson ?

    En fait, avec la bouse des hippopotames, les poissons trouvent de quoi manger. Donc, il ne fallait pas décimer les écosystèmes. En les décimant, on serait, nous aussi, candidats à la mort.

    Est-ce que, dans votre village, les gens se moquaient de votre papa et de vous en vous disant que vous feriez mieux de défendre les humains que les animaux ?

    Oui, oui, oui ! Même aujourd'hui, il y a des moments où on nous dit cela. Parfois, il y a ceux-là qui nous comparent à des fous. Ils disent, non, les gens sont en train de mourir, mais vous, vous défendez les animaux ! Bon, petit à petit, nous arrivons à convaincre les autres, puisque aujourd'hui, au moins 75% des communautés ont compris que nous avons l'obligation de protéger les écosystèmes, puisque sans les écosystèmes, on ne peut pas vivre.

    Alors, vous dites qu'au village, aujourd'hui, les gens comprennent mieux le sens de votre combat, mais ça ne les empêche pas de continuer à chasser ces animaux, non ?

    Bon, en fait, ceux qui tirent les animaux ne sont pas les communautés locales. Ce sont les groupes armés. Parce que tu vois, la plupart des groupes armés, ils se servent des animaux, les abattent pour avoir de quoi acheter les munitions, les uniformes et à manger. Mais les communautés, vraiment, non ! Et si nous réussissons le combat sur le terrain, c'est grâce à ces communautés-là.

    Et quand vous parlez des groupes armés, il s'agit de qui ?

    Il s'agit du M 23 par exemple, il y a les Wazalendos, il y a même les militaires de nos forces armées : les FARDC [NDLR : Les Forces armées de la République démocratique du Congo] qui abattent les animaux. C'est pourquoi j'ai dit : les porteurs d'armes.

    Alors, face à ces porteurs d'armes, il y a quand même les écogardes, qu'est-ce-que ceux-ci peuvent faire pour protéger le parc ?

    Bon, ces gens-là, vraiment, sont dans des difficultés totales, comme nous les défenseurs de l'environnement. Ils sont malmenés par les M 23, aussi par les FARDC. Aussi par les groupes Maï Maï, les Wazalendos-là. C'est pourquoi, aujourd'hui, le trafic illicite est vraiment visible, surtout à la frontière entre le Congo et l'Ouganda. C'est facilité par ces porteurs d'armes.

    Et quels sont les animaux qu'ils abattent ?

    Les éléphants pour leur ivoire, les hippopotames pour la viande et les gorilles pour leurs bébés.

    Pour les revendre à des trafiquants ?

    Oui, pour avoir un bébé gorille, il faut décimer soit la famille tout entière, ou bien la moitié de la famille.  D'ailleurs, récemment, nous avons écrit une lettre aux trois présidents du Rwanda, de l'Ouganda et du Congo, pour qu'ils puissent voir comment plaider pour cet espace et le laisser aux écogardes du Congo, du Rwanda et de l'Ouganda. Jusque-là, nous n'avons pas eu des réponses. Mais pour le moment, les gorilles sont en difficulté puisque la zone est occupée par les militaires du M 23.

    Donc votre combat, c'est aussi pour que les montagnes des Virunga deviennent une zone démilitarisée ?

    Oui ! Nous voulons vraiment que la zone où habitent les gorilles de la partie congolaise, la partie rwandaise et la partie ougandaise soit une zone neutre. No war. Qu'on la laisse entre les mains des écogardes de ces trois pays.

    Une zone no war ? Une zone sans guerre ? Une zone démilitarisée ?

    Oui. C'est ça notre combat !

    Alors, il y a les groupes armés, il y a les trafiquants, est-ce qu'il n'y a pas aussi la surpopulation qui menace le Parc national des Virunga ?

    Bon, au Congo, nous n'avons pas un problème de l'explosion démographique, surtout que nous avons beaucoup de terres qui sont vacantes. Mais, aujourd'hui, avec la présence des rescapés qui fuyaient les zones sous contrôle rebelle, ils ont quand même essayé de détruire une grande partie du Parc national des Virunga à la recherche du bois de chauffe. Bon, c'est ça !

    Oui, il y a quand même des villageois qui s'installent dans le Parc des Virunga pour défricher, pour cultiver la terre ou pour chercher du bois de chauffe ?

    Oui, oui, ça, c'est vrai. Il y a une partie qui est vraiment polluée et ça, c'est avec la bénédiction des groupes armés encore.

    Et comment empêcher les populations de s'installer dans ce parc ?

    Pour le moment, avec la guerre, ce n'est pas facile. Puisque tu vois, lorsque vous arrivez à Goma, vous pouvez pleurer. La population est, je peux dire, abandonnée. Les rescapés sont presque abandonnés et c'est ce qui pousse une partie des rescapés à aller dans le parc pour se débrouiller. Pour chercher comment trouver les bois de chauffe. Mais aussi, il y a une partie qui est détruite par nos militaires, qui ont placé des tronçonneuses pour fabriquer des planches là-bas.

    Des planches de bois ?

    Oui.

    Pour la construction des maisons, c'est ça ?

    Oui.

    À lire aussiSabrina Krief (vétérinaire): les gorilles sont «la seule population de grands singes en augmentation aujourd'hui»

    9 min
  • Alexandre Didier Amani: «Il y a un véritable recul de la démocratie» en Afrique «mais nous avons de l'espoir»

    Cette semaine, l'ONG Tournons la page célèbre ses dix ans de lutte pour la démocratie et les droits de l'Homme en Afrique. Ses militants sont lucides : le bilan est sombre, au vu des coups d'État militaires de ces quatre dernières années en Afrique de l'Ouest. Alors dix ans pour rien ? L'Ivoirien Alexandre Didier Amani n'est pas d'accord. Depuis un an, il préside l'ONG et de passage à Paris, il explique au micro de Christophe Boisbouvier que le combat de Tournons la page est toujours nécessaire. Non seulement au Sahel et en Guinée, mais aussi au Togo, en Côte d'Ivoire et au Tchad.

     

    RFI : Alexandre Didier Amani, voilà 10 ans que vous vous battez pour l'alternance démocratique et les droits de l'homme en Afrique, mais au vu des coups d'État militaires au Sahel, en Guinée, est ce que vous n'êtes pas saisi tout de même par un sentiment de désespoir ?

    Alexandre Didier Amani : Le désespoir, c’est un peu trop dire. Il y a un doute, mais c'est normal parce que la lutte pour la démocratie est un processus. Il y a naturellement des moments de pics avec le Sénégal qui est une lueur d'espoir, mais aussi des moments de doute, lorsque nous avons les crises, les coups d’État militaires. Et surtout les coups d'État constitutionnels. On n'en parle pas beaucoup, mais ils participent à bâillonner la démocratie.

    Et vous pensez à quel pays ?

    Naturellement, le Togo et la Côte d'Ivoire.

    La Côte d'Ivoire qui est votre propre pays. Des 3 pays de l'AES, l'Alliance des États du Sahel, quel est le pays qui vous paraît le plus dangereux aujourd'hui, pour les défenseurs des droits de l'homme et de la démocratie ?

    On pourrait dire le Burkina Faso avec les enlèvements des militants pro-démocratie. C'est l'occasion d'adresser un message de soutien à Maître Kam qui a été enlevé.

    Maître Guy Hervé Kam.

    Oui, à Maître Guy Hervé Kam et à tous nos camarades militants du Balai citoyen qui aujourd'hui ont des difficultés à s'exprimer.

    Parce que le droit est encore moins respecté dans ce pays ?

    Effectivement

    Qu’au Niger et qu’au Mali ?

    Oui, on peut le dire, parce que les enlèvements sont légion avec les forces parallèles et les VDP qui, eux aussi, contribuent à cela.

    En Guinée-Conakry, l'une des deux grandes figures de la société civile qui a disparu depuis 3 mois, Mamadou Billo Bah, n'est autre que le coordinateur de votre organisation « Tournons La Page » dans le pays. Qu'est-ce que vous faites pour lui depuis 3 mois ?

    C’est pour nous la note noire de ces 10 ans. On ne peut pas parler d'un mouvement pro- démocratie et constater que son coordinateur pour la Guinée a été enlevé. Ça fait 100 jours qu'on n'a pas de nouvelles. Nous avons essayé de mobiliser aussi bien les bailleurs, les partenaires et même certaines chancelleries, et bien sûr les Nations-Unies pour avoir un positionnement clair, afin qu'on libère nos camarades. Aujourd'hui, on n'a pas de nouvelles. Un enlèvement dans un État actuellement au 21e siècle, ça nous fait peur. Et plus les jours passent, plus nous devenons de plus en plus inquiets par rapport à la situation de nos camarades.

    Dans un an, Alexandre Didier Amani, vos compatriotes ivoiriens vont élire leur président. Au regard de la démocratie et des droits de l'homme, est-ce-que vous êtes optimiste ou inquiet pour l'année prochaine ?

    Nous demeurons inquiets en Côte d'Ivoire. Parce que ces temps-ci, il y a eu une loi, l'ordonnance sur les organisations de la société civile, qui nous montre un bâillonnement. Il y a aussi l'appel de l'opposition au dialogue, pour que l’on puisse aller au consensus au niveau de la Commission électorale indépendante et aussi du code électoral. Pour le moment, il n'y a pas un retour favorable des autorités en place et, si ça continue ainsi, ça risque d'aller à l’embrasement.

    Et par rapport au Togo qui vient d'instaurer un régime parlementaire, quel est votre point de vue ?

    L’inquiétude au Togo est de plus en plus forte. Parce qu’il y a un coup d'État constitutionnel qui a été opéré, mais surtout la fermeture de l'espace civique. Nos militants sont menacés, pourchassés, bâillonnés. On a constaté que Guy Marius Sagna, député CEDEAO, a été bastonné en pleine conférence de presse.

    À Lomé ?

    Oui à Lomé. Ça montre combien de fois on atteint un pic, un pic de violence, mais aussi un pic de bâillonnement de toutes voix discordantes, de la part des pouvoirs en place. Surtout le pouvoir togolais.

    Alors, l'un des pays où vous êtes le plus actif, c'est le Tchad ? Quel est votre regard sur la situation d'aujourd’hui ?

    La situation demeure tendue. Parce que, aux dernières élections, « Tournons La Page » a déployé 1000 observateurs pour observer l'élection. Mais les retours n'ont pas été aussi favorables. Au Tchad, la répression des militants continu

     

    À lire aussiGuinée: L'ONU exhorte la libération de Foniké Mengué et de Billo Bah

    11 min
  • Amadou Ba (Pastef): «L’électeur sénégalais ne va pas se laisser tromper par une opposition en quête de rédemption et d'impunité»

    Au Sénégal, la bataille électorale est lancée, en vue des législatives du 17 novembre. Hier, à la même heure, vous avez pu entendre un porte-parole de l'ancien président Macky Sall, qui affirmait que « les Sénégalais commencent à regretter l'ancien régime, car le nouveau pouvoir ne fait rien ». Aujourd'hui, voici la réponse de ce nouveau régime, par la voix d'Amadou Ba, qui est député du Pastef. Combien de députés espère-t-il pour son parti dans la future Assemblée ? Quel risque prendrait Macky Sall s'il rentrait faire campagne au Sénégal ? 

    RFI : Monsieur Amadou Ba, le mois dernier, le chef de l'État a dissous l'Assemblée nationale, afin que les Sénégalais élisent une nouvelle Assemblée qui lui donnera les moyens d'agir, mais est-ce que vous ne craignez pas qu'un certain nombre de vos compatriotes, qui sont impatients de voir du changement, ne renoncent à voter pour le Pastef le mois prochain ?

    Amadou Ba : Mais ils n'ont aucune raison de renoncer à voter pour le Pastef.  Ils savent tous que le changement ne peut pas être immédiat. Après l'audit et la présentation catastrophique de nos fondamentaux économiques et sociaux, je pense que les Sénégalais comprennent enfin que cette exigence de vérité qui a été faite par les autorités montre une volonté de transformation radicale du système économique et social. Ça prendra le temps nécessaire. Mais dans l'immédiat, ce que je peux dire aux Sénégalais, c'est qu'il n'y aura pas, comme cela a été annoncé, il n'y aura aucune rupture, le paiement des salaires sera garanti et assuré, et les autorités s'engagent dans un délai très court à réduire la facture d’électricité et les prix des denrées de première nécessité ! Et ça, je parle du court terme. Bientôt, ça va baisser, parce que le gouvernement a trouvé une nouvelle stratégie, qui est de lui-même s'impliquer dans la chaîne de commande des denrées que les Sénégalais consomment et qui sont majoritairement importées. Déjà, nous allons encourager l'agriculture à fournir nos besoins primaires. Mais surtout, l'État va s'impliquer dans la chaîne de commande de ces denrées pour essayer de contenir les prix et empêcher les spéculateurs de s’engraisser sur le dos des Sénégalais. Donc à court terme, que ce soit dans l'électricité et les denrées de première nécessité, je pense que, si les Sénégalais donnent une majorité suffisante au Pastef pour supporter le gouvernement dans ses actions, ils verront les fruits de la nouvelle politique économique et sociale.

    Le 17 novembre, est-ce que vous visez la majorité simple ou la majorité qualifiée ?

    Nous avons besoin d'une majorité qualifiée, mais au-delà, je pense qu'il y a un exercice de cohérence qui est nécessaire et que l'électeur sénégalais, qui a porté le président Bassirou Diomaye Faye dès le premier tour avec 54%, ne va pas se laisser tromper par les chimères d'une opposition en quête de rédemption et d'impunité !

    Donc, vous espérez la majorité des députés, voire la majorité qualifiée, c'est ça ?

    Nous cherchons entre 110 et 115 députés minimum. Je pense que c'est un exercice de cohérence nécessaire. L'électeur sénégalais quand même ne va pas être amené par l'opposition à conférer, à ceux qui ont détourné les deniers publics pendant une dizaine d'années, le confort de l'immunité parlementaire et de l'impunité.

    La majorité qualifiée, c'est combien de députés ?

    C'est 99 députés et je pense que l'électeur sénégalais a la lourde responsabilité d'assainir l'espace politique et de plonger le Sénégal vers l'avenir.

    Alors en face de vous, à ces législatives, il y a notamment 2 coalitions de l'opposition. Il y a « Jam Ak Njariñe » qui est conduit par l'ancien Premier ministre Amadou Ba, votre homonyme, et il y a « Takku Wallu Sénégal » qui est conduit notamment par Macky Sall et Karim Wade, est-ce que vous êtes sûr de battre des forces d'opposition représentées par des personnalités aussi fortes ?

    Oui, des personnalités aussi fortes, mais qui ont les mains tachées de sang ou qui sont impliquées fortement dans des scandales financiers. Ces gens-là ne cherchent pas le suffrage pour représenter le peuple. Ils cherchent juste une immunité qui les protégera des poursuites qui certainement vont venir à la suite de leur gestion. Je pense que nous ne pouvons pas avoir peur de cette opposition-là, qui ne vise pas l'intérêt général, mais qui cherche à se protéger contre sûrement les poursuites judiciaires à venir. Ce qu'il faut savoir, c'est que l'électeur sénégalais ne va pas élire le Président Diomaye Faye au premier tour, et ne pas lui donner les moyens de concrétiser son projet. Ça n'a pas de sens et ce qui est important pour le Sénégal, c'est la stabilité retrouvée.

    L'ancien président Macky Sall ne peut pas être arrêté avant une éventuelle mise en accusation par une future Assemblée nationale. Donc a priori aujourd'hui, il ne risque rien. Mais s'il rentre demain au pays, est-ce qu'il risque tout de même de perdre son passeport et de se voir interdit de sortie du territoire ?

    Cette histoire de sortie de territoire a été réglée. Il n’y a plus d'interdiction de sortie de territoire. Le gouvernement a décidé de laisser la justice indépendante. C'est la justice qui avait décidé de lancer des interdictions de sortie. Mais il n'y a pas la main de l'exécutif derrière et ils le savent. Donc, le président Macky Sall ne risque rien. Aujourd'hui, il n'y a même pas de Haute Cour de justice installée à l'Assemblée nationale, elle ne peut pas se réunir, donc il peut venir battre campagne. Maintenant, justice se fera certainement après les élections législatives et il est présumé innocent jusqu'à ce qu'il soit impliqué ou mis en accusation par la Haute Cour de justice. Donc, je pense que, dans le Sénégal de demain, la rupture aussi, c'est de respecter les droits des opposants et les droits de l'opposition.

    11 min
  • Législatives au Sénégal: «Le Président Macky Sall n'a peur de rien», dit l'ex-ministre Amadou Sall

    Au Sénégal, les législatives, c'est dans un mois, le 17 novembre. Pour le PASTEF, qui a gagné la présidentielle de mars dernier, c'est une étape décisive, car le Premier ministre Ousmane Sonko a besoin d'une Assemblée nationale qui lui donne les moyens d'agir. Mais l'ancien président Macky Sall vient de prendre la tête d'une coalition, Takku Wallu Sénégal, qui cherche au contraire à imposer au PASTEF une cohabitation. L'avocat Amadou Sall a été ministre d'État, ministre de la Justice. Aujourd'hui, il est l'un des porte-parole de cette coalition anti-PASTEF. Il dévoile sa stratégie au micro de Christophe Boisbouvier.

    RFI : Maître Amadou Sall, sur le plan économique, quel est le point fort de la campagne que vous allez mener ?

    Maître Amadou Sall : Vous savez, nous avons été au pouvoir pendant 12 ans, le projet que nous avons présenté aux Sénégalais a vu ses résultats, le bilan du président Macky Sall est un bilan que tous les Sénégalais approuvent, en termes en tout cas, d'infrastructures, en termes de projets, et en termes de perspectives. Malheureusement, sur la gouvernance, nous avons eu quelques petits soucis, mais ça, c'est un autre débat. Donc, nous n'avons pas d’autre projet que le projet qui était là, et sur lequel on s'était tous entendus. Bon, maintenant, il est évident qu’à l'aune de nos nouvelles orientations, il y a une autre réécriture qu'il faudra faire. Mais d'une manière générale, le PSE est le fondement sociétal, dans notre offre politique, de notre projet.

    Le PSE, c'est donc le Plan Sénégal Emergent, mais aujourd'hui, les nouvelles autorités présentent le Plan Sénégal 2050, qui est très ambitieux, avec un taux de croissance moyen de 6% par an, est ce que vous approuvez ce programme ?

    Vous savez, pour ce qui nous concerne, tout ce qui permet au Sénégal d'aller de l'avant, nous applaudissons. Mais nous avons ce projet qui n'est même pas leur projet. Pendant très longtemps, pendant des années et des années, le Pastef nous avait dit qu'il avait un projet, un projet cohérent. Il y avait même un livre qui avait été sorti, qui s'appelait « La solution ». Il s'est avéré 6 mois après qu’ils se sont adressés à un cabinet privé pour écrire un projet. Un projet politique, une perspective pour une nation, pour un peuple, ce n'est pas un cabinet qui fait cela, ça ne fait pas sérieux.

    Alors, vous dites que les Sénégalais ont approuvé ce que vous avez fait pendant 12 ans. Mais en mars dernier, votre courant politique a essuyé une lourde défaite électorale, face au candidat du Pastef. Est-ce que vous ne craignez pas que les électeurs sénégalais revotent aujourd'hui pour le Pastef ?

    Oui, c'est possible. Mais sur le contexte de l'époque, il faut ouvrir les yeux, ne pas faire dans la langue de bois. Il y a eu à la fois l'usure du pouvoir, il y a eu la volatilité de l'engagement de nos cadres envers un candidat [l’ancien Premier ministre Amadou Ba, NDLR]. Donc, on soutenait du bout des lèvres, c’était un soutien défectueux. C'est la vérité. Dans cette ambiance-là, il est vrai qu'il n'était pas possible de faire des résultats probants. Mais aujourd'hui, 6 mois après, les gens commencent à regretter déjà en se disant : « Ceux qui étaient là ont fait du bon travail, du bon boulot, et ceux qui sont là aujourd'hui ne font absolument rien. » Vous imaginez, entre le moment où ils sont venus et aujourd'hui, il y a encore plus de personnes qui sont au fond de l'Atlantique, parce que le désir de changement n'a pas de réponse de leur part. Et les gens n'ont qu'une seule perspective, aller au-delà de la Méditerranée.

    Oui, mais vous le dites-vous même, Maître Amadou Sall, il y a eu quelques petits soucis sur la gouvernance sous la présidence Macky Sall.

    Mais les soucis sur la gouvernance Macky Sall, ce sont des soucis politiques. Vous avez suivi avec nous, vous étiez là au Sénégal en ce moment-là, les péripéties des relations avec le Conseil constitutionnel, c'est de la gouvernance qui a été sanctionnée à la fois par le Conseil constitutionnel et par les Sénégalais. Oui, nous avons eu ce souci, nous l'acceptons. Il faut avoir le courage de dire la vérité aux Sénégalais et de reconnaître un peu les errements de sa gouvernance. Nous reconnaissons quelques errements, nous en sommes conscients, mais ce n'est pas ça le problème. Le problème aujourd'hui, en parlant d'approximation au niveau de nos chiffres, le résultat est que la perception que les investisseurs et les institutions financières ont de notre pays s'est effondrée totalement. Nous sommes, comme disent les Anglais, « down on the floor ». Nous sommes à terre, à cause des déclarations irresponsables d'un Premier ministre. Un Premier ministre, comme disait l'autre, « ne devrait pas parler comme ça ».

    L’une des grandes surprises de ces législatives, c'est la décision de l'ancien président Macky Sall d'être tête de liste. Alors l'ancien président, pour l'instant, il n'est pas au Sénégal, il séjourne au Maroc, est-ce qu'il va revenir dans l'arène politique, sur le terrain à Dakar ?

    Ça, je ne saurais le dire. Ça dépend à la fois de lui-même et de nous. Bon, il nous a déjà assez aidés et assez accompagnés en acceptant d'être tête de liste. Le reste du travail, c'est notre travail. Pour le moment on lui demande de faire une campagne au moins au niveau de la diaspora, ce qu'il est en train de faire dans une certaine mesure. Pour le reste, on verra bien si on lui demandera de venir ou pas. On verra, on appréciera.

    Mais vous savez ce que vont dire beaucoup de Sénégalais : « S'il ne vient pas, c'est parce qu'il aura peur de venir et d'avoir des ennuis judiciaires ».

    Mais quels ennuis judiciaires ? Il ne peut pas être interpellé par la police. On ne peut rien contre lui. Sauf à ce qu'une Assemblée le mette en accusation. Quelle est l'Assemblée qui le mettra en accusation ? Tant qu'il n'y a pas une Assemblée, on ne peut pas le mettre en accusation. De quoi aurait-il peur ?

    On peut lui retirer son passeport et l'empêcher de quitter le territoire une fois qu'il est rentré.

    Et pourquoi ? Ils n'ont pas le droit de le faire. Il n'y a pas de procédure contre lui. Le Président Macky Sall n'a peur de rien. Sa venue dépend à la fois de lui et de nous. Et seulement de lui et de nous.

    À lire aussiLégislatives au Sénégal: 41 listes de candidats validées par la direction générale des élections

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