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À l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse ce lundi 17 juin, RFI reçoit Alain-Richard Donwahi, président de la dernière COP consacrée à la désertification, en 2022, à Abidjan en Côte d'Ivoire. Si la dégradation des sols est un problème à l’échelle mondiale (41 % des terres dégradées), elle est particulièrement inquiétante sur le continent africain où plus de 45 % des terres ne sont plus productives. Un phénomène amplifié par le réchauffement climatique et les activités humaines avec de graves répercussions sur la sécurité alimentaire et l’appauvrissement des populations. Deux ans après la COP 15 d'Abidjan et six mois avant la COP 16 qui aura lieu en décembre prochain en Arabie saoudite, Alain Richard Donwahi fait le bilan des avancées et des actions qui restent à mener.
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Ils sont les peuples autochtones. On les connaît aussi sous le nom de Pygmées. En Afrique centrale, ce sont les gardiens de l’immense forêt du bassin du Congo. Mais aujourd’hui, ils font face à deux problèmes majeurs, la déforestation et la création d’aires protégées, auxquelles ils n’ont plus accès. Au Cameroun, Estelle Ewoulé Lobé se mobilise en leur faveur. Pour cela, elle a créé l’APADIME, l’Action pour la protection en Afrique des déplacés internes et des migrants environnementaux. De passage en France, où elle a été lauréate l’an dernier de l’initiative Marianne, elle répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
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Le gynécologue congolais Denis Mukwege, prix Nobel de la paix en 2018, est notre Grand invité Afrique ce matin. Il était la semaine dernière à Angers, dans l'ouest de la France, pour un congrès portant sur les violences sexuelles contre les enfants dans les zones de conflit. Un constat alarmant est ressorti de ce colloque : dans les zones en guerre, les violations graves contre les enfants, qui incluent les violences sexuelles, ne cessent d'augmenter. Denis Mukwege répond aux questions de Guilhem Fabry.
RFI : Le viol est désormais utilisé comme arme de guerre dans la plupart des conflits modernes, en République démocratique du Congo, au Soudan ou encore dans les régions anglophones du Cameroun. Pourquoi est-il si souvent présent dans ces zones de guerre aujourd'hui ?
Denis Mukwege : Malheureusement, je crois que le viol comme arme de guerre est utilisé dans tous les conflits que l'on connaît aujourd'hui. Et c'est tout simplement parce que c'est une arme efficace qui demande très peu d'investissements, mais en fait, qui détruit les sociétés, détruit les individus. Et lorsque les enfants sont visés par les belligérants, ce n'est pas un hasard. C'est tout simplement puisque, lorsque ces enfants sont traumatisés, ce sont des enfants qui vont développer des mécanismes psychologiques de protection. Ces mécanismes vont faire que ces enfants soient complètement dissociés et ces enfants vont constituer en fait un vivier pour les groupes armés, pour les garçons, tandis que les filles finissent souvent dans la prostitution et donc ça pérennise le mal dans la société et je crois que c'est fait exprès pour détruire.
En République démocratique du Congo, dans votre pays, l'Unicef pointait l'année dernière une augmentation des violences sexuelles contre les enfants et un nombre record de violations graves à leur encontre. Comment expliquez-vous cette aggravation des atteintes aux droits des enfants dans votre pays ?
Je crois qu'aujourd'hui, le rapport qui avait été donné par Médecins sans frontières, dit que rien qu’en 2023, il y a eu 90 000 victimes de violences sexuelles dans la seule province du Nord-Kivu. C'est un conflit qui est négligé, oublié. Lorsque vous avez 7 millions de déplacés internes, les gens vivent dans des conditions inhumaines et les enfants qui ont perdu leurs parents sont parfois obligés de se prostituer dans le camp pour pouvoir avoir de la nourriture. Et ça, c'est une honte pour nous tous.
Est-ce que d'après vous, le droit international prend suffisamment en compte l'usage du viol comme arme de guerre aujourd'hui ?
Il y a eu beaucoup d'avancées, il faut le reconnaître. En RDC, nous avons une très bonne loi. Mais le grand problème que nous avons aujourd'hui, c'est que les États ne se préoccupent plus du droit international et humanitaire. Cela fait 30 ans que le voisin du Congo viole en permanence le droit international et humanitaire en République Démocratique du Congo. On dirait que ça permet à ce pays de continuer à piller les ressources naturelles de la République démocratique du Congo au profit de la communauté internationale. Et celle-ci donc ne réagit pas.
Et alors que faut-il faire pour enrayer ce cycle de violences sexuelles ? Est-ce que c'est donc d'abord la responsabilité des États qui doivent respecter leurs engagements et comment faire en sorte qu'ils respectent leurs engagements ?
Je dois dire que le conflit qui se passe en République démocratique du Congo, c'est une guerre économique pour contrôler les ressources naturelles de la République démocratique du Congo. Si toutes les entreprises de la haute technologie et la nouvelle technologie qui utilisent ces minerais peuvent imposer la paix, cette paix-là, on peut l’avoir. Mais à partir du moment où ils participent à ces pillages, et bien le pays voisin continue à créer des prétextes pour continuer la guerre, mais en réalité, c'est pour pouvoir exploiter ces minerais.
Pour finir, on ne peut s'empêcher de vous poser une question de politique congolaise. Vous étiez candidat à la dernière élection présidentielle en décembre dernier. Vous avez réuni moins d'1% des suffrages. Est-ce que pour autant cela signifie la fin de votre engagement comme acteur dans la vie politique congolaise ?
Je pense que j’avais eu l'occasion de le dire, il n’y a pas eu d'élection au Congo, c'est un simulacre d'élection. Mais je crois que pour moi c'était une question de responsabilité et je suis très fier de l'avoir fait. Ce qui s'est passé, ça concerne ceux qui ont organisé ce simulacre d'élection.
Et est-ce que votre participation dans la vie politique congolaise va donc se poursuivre, y compris à travers une participation à d'autres scrutins ?
Je n'ai pas de parti politique. Je ne m'étais pas présenté dans un parti politique. Je m'étais présenté comme un candidat indépendant puisque de toute façon, je suis un militant des droits humains et je continue à le faire.
Après le séisme politique du dimanche 9 juin 2024 en Europe, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, réagit. Et c'est sur RFI. En effet, le mois dernier, le patron du HCR, Filippo Grandi, a publiquement soutenu l'adoption par l'Union européenne d'un pacte sur la migration et l'asile. Mais aujourd'hui, il est inquiet pour l'avenir de celui-ci. Il s'exprime à l'occasion de la sortie, ce 13 juin 2024, du rapport annuel du HCR. En ligne de Genève, l'Italien évoque d'abord, au micro de Christophe Boisbouvier, les très graves crises du Soudan et de la République démocratique du Congo (RDC).
RFI : Est-ce qu'on peut dire que le Soudan est le théâtre de la plus grave crise de déplacements dans le monde à l'heure actuelle ?
Filippo Grandi : C'est une compétition difficile à juger, mais certainement, la violence de la guerre, l'impact sur le civil, le nombre de personnes qui ont dû fuir de leur maison - 9 millions et plus - qualifient certainement cette situation malheureusement comme une crise gravissime, aussi du point de vue du déplacement.
Et vous dites que cette crise est presque invisible aux yeux du monde ?
Elle l'est malgré tous les efforts que nous faisons, beaucoup d'entre nous, pour essayer de lui donner de la visibilité. Malheureusement, le fait qu’il y a eu l'Ukraine, maintenant Gaza - qui naturellement et justement attire beaucoup l'attention internationale - fait en sorte que cette crise est très marginalisée et cela veut dire aussi que les ressources que nous avons à disposition restent extrêmement inadéquates et limitées. Et il n'y a pas un seul segment de cette opération qui arrive à 20% des financements nécessaires.
Et pourquoi dites-vous que les Européens devraient s'intéresser tout particulièrement à cette crise ?
Parce qu’on a déjà vu arriver en Afrique du Nord, en Libye, en Tunisie, mais également à travers la Méditerranée, dans l'Italie du Sud, un nombre croissant de réfugiés soudanais qui arrivent directement du Soudan en guerre ou des pays voisins où ils ne reçoivent pas suffisamment d'assistance.
Autre région d'Afrique où des millions de personnes doivent quitter leur maison, c'est l'Est de la République démocratique du Congo, au Nord-Kivu. Je crois qu'il y a actuellement quelques deux millions et demi de déplacés. Pourquoi tirez-vous le signal d'alarme sur le sort fait aux femmes ?
C'est terrible : le viol est systématiquement utilisé comme instrument de guerre et on n'a pas encore trouvé de solution à ce conflit.
Autre tragédie au Nord-Kivu : le bombardement de certains sites de déplacés. Qui sont les responsables de ces tirs et de ces bombardements ? Des groupes pro-gouvernementaux ou des groupes rebelles ?
Des groupes rebelles, essentiellement. Bien sûr, l'action du gouvernement parfois est musclée et cette action militaire forte peut résoudre de façon temporaire un problème du point de vue militaire. Mais ça ne résout pas la situation. Ça rend la population locale de plus en plus méfiante par rapport aux groupes de tous bords, qu'ils soient pro-gouvernementaux ou pas, et ça rend les solutions encore plus difficiles.
Pour l'accueil des réfugiés africains en Europe, vous vous êtes mobilisé ces dernières années en faveur du Pacte sur la migration et l'asile, qui a été soutenu par Ursula von der Leyen et qui a été adopté il y a un mois par l’Union européenne (UE). Mais plusieurs partis, comme en France le Rassemblement national, s'y sont opposés. Alors, après la poussée de ce parti et d'autres partis d'extrême droite aux élections européennes du 9 juin, est-ce que vous ne craignez pas que ce pacte ne soit remis en cause ?
J'espère que non, parce que, vous savez, le pacte n'est pas parfait. Mais c'est le seul instrument que l'Europe s’est donnée ces dernières années pour essayer de gérer d'une manière plus partagée et plus efficace ces flux de personnes qui arrivent. Donc, je comprends qu'il y a beaucoup d’hésitation. J'ai été beaucoup critiqué moi-même pour avoir soutenu publiquement le pacte. Il y a des objections de tous côtés, ce n’est pas seulement ceux qui sont plus anti-réfugiés ou anti-migration. Il y a ceux qui sont très pro-réfugiés, les pro-migration, qui pensent que le pacte n'est pas suffisamment généreux dans ce sens… La vérité, c'est que, justement, le fait qu'il soit attaqué des deux côtés démontre que le pacte est un compromis. Donc, je pense qu'il faut continuer à le soutenir et j'espère que les nouvelles institutions européennes, qui vont être établies dans les prochains mois, vont maintenir l'engagement de l'Europe vis-à-vis du seul instrument possible pour faire avancer les choses dans ce domaine tellement complexe.
Vous espérez que ce pacte ne sera pas remis en cause, mais vous semblez inquiet tout de même ?
Je suis inquiet. Bien entendu, on a vu le résultat des élections [du 9 juin], on a vu que, dans beaucoup de pays, les forces qui sont plutôt, comme vous l'avez dit, contraires à ce type d'accord, ont gagné de l'espace politique, donc il faudra bien naviguer. Mais je pense que le travail qui a été fait par beaucoup de pays, même d'orientation différente du point de vue de la migration des réfugiés, est un travail très important. Ce sera aussi difficile de retourner trop en arrière. Mais il faut rester vigilant et il faut encourager les États membres et la Commission à poursuivre dans cette action de préparation. N'oubliez pas qu’on est dans la phase préparatoire : le pacte commence à être mis en œuvre dans deux ans seulement.
C'est la première réaction d'un homme d'État africain à la poussée de l'extrême droite aux élections de dimanche dernier en Europe et en France. Et c'est sur RFI. Le Premier ministre guinéen est notre invité ce matin. Il s'exprime aussi sur le calendrier du retour à l'ordre constitutionnel dans son pays, et sur ses relations avec le président de la transition, le général Mamadi Doumbouya. Que pense-t-il du score du Rassemblement national en France ? Est-il prêt demain à rencontrer un Premier ministre issu de ce parti ? En ligne de Conakry, le Premier ministre Bah Oury répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Les militaires du CNRD se sont d'abord engagés à rendre le pouvoir à la fin de cette année. Mais il y a trois mois, vous nous avez dit, sur RFI, que ce serait reporté à l'année prochaine. Est-ce qu'aujourd'hui, vous avez plus de précisions ?
Bah Oury : Bon, vous savez que le retour à l'ordre constitutionnel est conditionné principalement par l'établissement d'un fichier électoral fiable, c'est la raison pour laquelle nous avons adossé l'établissement du fichier sur la base du fichier d'état civil.
Alors un fichier d'état civil, ça nécessite qu'on refasse un recensement général et ce recensement, il va prendre combien de temps ?
Le fichier d'état civil, c'est un long processus, mais puisque le président a indiqué qu'il faut nécessairement le référendum à la fin de l'année, il va de soi que nous aurons une masse suffisamment représentative du corps électoral, et à partir de là, le fichier électoral sera établi pour permettre de tenir cet engagement présidentiel.
Et ce retour à l'ordre constitutionnel, il aura lieu quand ?
Pour ne pas donner une date de manière précise, ce que je peux dire, à partir du moment où nous aurons le référendum constitutionnel, tout le reste pourra se faire parce que les conditionnalités les plus difficiles seront derrière nous.
Il y a trois mois, vous nous avez dit « retour à l'ordre constitutionnel en 2025 ». Est-ce que vous confirmez aujourd'hui ? Ou est-ce que vous envisagez un report à 2026 ?
L’essentiel, dès que le référendum constitutionnel sera établi, tout le reste du chronogramme pourra être envisagé de manière certaine.
Et vous êtes certain que ce référendum aura lieu avant le 31 décembre ?
C’est un objectif que le président nous a fixé et c'est un objectif que le Premier ministre est en train de veiller à ce que cela soit, même s'il faut travailler 25 h sur 24 pour que l'agenda fixé par le président soit respecté.
Que répondez-vous à votre ancien compagnon politique, Cellou Dalein Diallo, aujourd'hui chef de l'opposition, qui dit que les principales décisions ne sont pas prises à la primature et qu'en fait vous vous faites l'avocat des militaires du CNRD ?
Bon, il doit savoir que je ne suis pas le genre de personne qui avalise n'importe quoi et j'agis en conscience. Et dans le contexte actuel, on ne peut pas dissocier l'action du CNRD, qui est l'organe d'orientation, de l’action du Premier ministre, chef du gouvernement, et de l’action du gouvernement dans sa globalité.
Donc, vous n'êtes pas un Premier ministre potiche ?
Oh, ce n'est pas mon genre. Je jouis de la confiance du président Doumbouya et je jouis de la confiance de l'écrasante majorité de la population pour permettre à la Guinée d'avancer.
Quelle est votre réaction à la poussée électorale de l'extrême droite en Europe et en France ?
Bon, je ne me mêle pas de la politique intérieure française, mais avec cette montée des populismes, cette radicalisation contre les populations immigrées, c'est une question qui nous interpelle. Nous avons des populations africaines qui sont en Europe qui sont nombreuses. La situation nous préoccupe. D'où l'indispensable nécessité pour les dirigeants africains de créer des conditions idoines pour que leurs ressortissants puissent travailler dans leur propre pays et que notre gouvernance soit une gouvernance vertueuse.
Et si le mois prochain, le leader du Rassemblement national, Jordan Bardella, devient Premier ministre de la France, est-ce que cela changera quelque chose dans les relations entre Paris et ses partenaires africains ?
Vous savez, devant les épreuves du pouvoir, le réalisme finit toujours par l'emporter. Donc, ça ne nous inquiète pas outre mesure et nous savons que nous traiterons avec n'importe quel gouvernement de la République française et voire même de l'Europe.
Donc pour vous, Emmanuel Macron ou Marine Le Pen, c'est pareil ?
Non, vous savez, entre le bleu clair et le bleu ciel, ce n'est pas tout à fait la même chose, mais en fonction des couleurs, vous allez porter des verres teintés ou pas.
Et là, vous porterez des verres teintés ?
[Rires] J'espère une avancée démocratique, je sais que la société française est très ouverte sur les réalités du monde et je ne suis pas pessimiste outre mesure.
Dix mois après le coup d'État, Albert Ondo Ossa demande qu'on publie les vrais résultats de l'élection présidentielle d'août 2023. Après un scrutin entaché de manquements, les autorités avaient proclamé le président Ali Bongo vainqueur, entraînant un coup d'État militaire et sa chute. Beaucoup estiment qu'Albert Ondo Ossa serait le véritable vainqueur de l'élection. Le professeur d'économie ne s'était pas exprimé depuis septembre dernier, même s'il a participé à une conférence de presse collective la semaine dernière. Il dénonce ce qu'il considère comme des dérives autoritaires de la transition en cours qui doit s'achever en août 2024.
RFI : Vous avez choisi de prendre la parole lors d'une conférence de presse après de longs mois de silence, qu'est-ce qui vous a décidé ?
Albert Ondo Ossa : Le moment n'est pas encore venu de juger la transition. Mais enfin, je ne réagis que lorsque je sens qu'il y a dérive et un réel risque de virement vers la dictature, et surtout, un retour à l'ordre ancien, le système Bongo-PDG.
Quels éléments vous font penser à cette dérive dont vous parlez ?
Le risque, c’est qu’il y ait un recul vers l'ordre ancien, le système Bongo-PDG, qui a dénaturé notre pays. Lorsque les mêmes pratiques reviennent, c'est un réel problème, et moi, j'ai le devoir de m’adresser à la population gabonaise qui m'a majoritairement voté le 26 août dernier.
Justement, lors de la conférence de presse, vous avez dit être un homme du 26 août. 10 mois après, est-ce que vous vous considérez comme le président légitime du Gabon ?
Les résultats existent, les personnes habilitées les ont publiés. Ce n’est pas une supposition, c'est une réalité, véritablement. J'en tire les justes conclusions qui s'imposent.
Lors de la conférence de presse, le dialogue national est venu sur la table, évidemment. Alors il y a plus de 1 000 recommandations. Quelles sont celles qui vous ont le plus marqué ?
Ce qui est important, ce ne sont pas tellement les recommandations, pour intéressantes qu'elles soient. Les recommandations pêchent par le format arrêté et le mode de désignation des participants. Elles ne portent pas à conséquence. Seul un échantillon représentatif, intégrant toutes les composantes du pays, est habilité à faire des propositions sérieuses qui, elles, engageraient réellement tous les acteurs politiques et ceux de la société civile. Le reste n'est qu’imposture, manipulation et amalgame, à l'image des pratiques bien connues du système Bongo-PDG.
Pourtant, dans ces recommandations, le PDG lui-même est particulièrement visé puisqu’il est recommandé des enquêtes, une inéligibilité de trois ans pour les responsables. Ce n'est pas aller dans le bon sens, justement, contre cet ancien système que vous dénoncez ?
Ce sont des annonces qui procèdent du populisme. Il ne s’agit pas de faire des annonces, c'est une volonté populaire qui doit s'exprimer.
Et que faire de ces conclusions, finalement ?
Il faudrait oublier le dialogue. Un dialogue permet aux parties en présence de pouvoir discuter. Ce n’est pas un dialogue qui réforme les pays. Comment est-ce qu'on réforme un pays dans les pays organisés ? C'est un président de la République qui s'est présenté à une élection avec un programme et qui, sur la base de ce programme, propose des réformes. Ce n'est pas une décision d'autorité de quelqu'un qui sort de je ne sais où.
Qu'est-ce que vous préconiseriez ?
Il y a eu une élection, il y a eu un vainqueur, c'est le retour à l'ordre constitutionnel. Ou alors, on se dit : il y a eu un vote, on rétablit l'ordre républicain, on va à des élections tout de suite. Pas de fausse transition, pas de gens qui s'imposent et qui nous ramènent effectivement le système Bongo-PDG. Moi, je suis un président élu, je ne prends pas la place d'un président en transition. Il faut que les véritables résultats, qui existent, soient publiés et que la Cour constitutionnelle prenne une décision selon les résultats qui existent. Le coup d'État se fait sur une base, à savoir que les résultats étaient tronqués. Si nous sommes logiques, revenons aux vrais résultats, puisqu'ils existent, c'est tout.
Lors des élections, vous avez représenté l'espoir de beaucoup de Gabonais. Est-ce que vous avez l'impression que le général Oligui Nguema vous a un peu remplacé dans cette figure de l'alternance que vous représentiez ?
La popularité, la crédibilité des responsables politiques ne se mesure pas à la popularité supposée. Elle se mesure à l'élection. Un putsch, c'est une situation de fait. Ce n'est pas une situation de droit.
Vous dites que les choses ne vont pas dans le bon sens, qu'est-ce qui ne va pas finalement ?
Lorsque vous voyez se reconstituer les mêmes blocs qui finalement ne sont jamais partis, que concluez-vous ? Les retraités ont-ils été payés ? Quand on voit des gens qui ont été condamnés par la justice qui reviennent à une liberté sans qu’on sache trop pourquoi, on voit des gens qui sont coupables revenir à des postes de responsabilité sans qu’on sache pourquoi, lorsqu’on voit des gens qui ont été décriés, mais qui ne sont pas passés par les tribunaux, revenir allègrement en narguant la population, qu'est-ce que vous croyez ? Moi, je tire les justes conclusions qui s'imposent au regard pas du supposé. Mais de ce qui est réel, et de ce que je vois. Le peuple en a parfaitement conscience.
N'y-a-t-il pas des procédures judiciaires qui ont été lancées, notamment contre Sylvia Bongo, contre Noureddin, est-ce que ce ne sont pas des gages qui vous auraient rassuré ?
Je ne suis pas rassuré. Je répète, dans un pays organisé, il n'y a pas de présomption de culpabilité, jusqu'à preuve du contraire, Sylvia Bongo et les autres sont innocents. Qu'on les passe devant un tribunal et que le tribunal prenne la juste décision qui s'impose. Alors ils seront inculpés. Un État ne s'organise pas sur la base du populisme. Je suis désolé.
Néanmoins, il semble que la popularité du général Oligui Nguema ne soit pas entamée, la transition reste approuvée par la population... Ça semble compliqué de mettre en place ce que vous souhaitez, notamment un retour aux résultats des élections ou alors un scrutin très rapide ?
Je n'en suis pas des suppositions. La crédibilité d'un responsable politique se mesure à l'élection, le reste n'est que supposition. Qu'on aille à l'élection et on verra qui est crédible ou non. Une élection large, où on permet aux gens de se présenter et on verra s'il y a crédibilité de l’un ou de l'autre. C'est la seule sanction. Or la seule sanction qu'on a, c'est celle du 26 août et les résultats existent. Le reste n'est que véritablement superfétatoire.
En août, vous représentiez un espoir avec le soutien d'importantes personnalités politiques. Aujourd'hui, s'il y avait un scrutin, est-ce que vous ne seriez pas isolé ?
Ce qui importe, c'est d'être au cœur des Gabonais. Isolé par rapport à quoi ? C'est ça la vie politique, les avis politiques se discutent, mais quelle est la sanction ? C'est l'urne. Allons-y dans les conditions normales où tout le monde se reprend et on verra.
En tout cas, s'il y avait des élections, vous seriez candidat, il y en a en août 2025, ça veut peut-être dire que vous vous lanceriez dans la course même l'année prochaine ?
Non, l'année prochaine, c'est loin. Il y a eu une élection. Tirons les justes conclusions qui s'imposent. L'élection procède du droit. Le coup d’Etat, c'est une situation de fait, moi je reste sur une situation de droit.
En tout cas, cette transition, beaucoup de personnalités politiques l'ont rejointe, y compris ceux qui étaient vos alliés lors de la dernière élection. Votre position reste la même, vous ne rejoindrez jamais cette transition ? Vous ne prendrez jamais aucun poste à responsabilités ?
Comme membre de l'équipe et à quelque niveau de responsabilité que ce soit, je dis non. Comme consultant, oui. Toutefois, je ne leur refuserai aucun Conseil, je suis parfaitement disposé, même à titre gracieux pour le pays.
Est-ce que ça veut dire qu'aujourd'hui vous souhaitez rester dans la politique ?
Je pense que quand on a le résultat que j'ai eu, on n'a pas le droit de se défiler. Donc je suis là et cela dépend des Gabonais qui ont porté leur suffrage sur ma personne. J’ajoute que la seule manière de revenir là-dessus, c'est de faire une autre élection et voir ce dont effectivement les autres sont capables. C'est tout. Il n'y a pas d'autre instrument de mesure que l'élection.
Il y a quand même eu une ouverture, que ce soit au sein des députés, des sénateurs, des ministres. Il y a des gens qui sont issus de l'opposition. Ce système vous semble toujours aussi ancré qu'il l'était ?
60 ans d’un système, ça ne se passe pas en une semaine, des habitudes restent. Et ce sont ces habitudes-là qui sont nocives pour notre pays. Si je me réfère au dernier rapport du Fonds monétaire international datant du 30 mai, le Gabon est dans un état catastrophique. Nous mettons la Cemac en danger. À partir de là, c'est le système Bongo-PDG qui perdure. Il faut mettre fin à cet état des choses.
Dans l'actualité, il y a un projet de loi électorale qui est en préparation, certains députés y voient là un retour en arrière, un ministère de l'Intérieur avec la mainmise sur tout le processus. C'est le genre de choses qui vous inquiète pour la suite ?
Si j'ai pris la parole, c'est en raison de tout cela et je pense que les propositions du dialogue et c'est là, qu’est tout le problème, nous n'avons pas de parlement élu et ceux-là ne représente qu’eux-mêmes. Il faut dire la vérité, ils peuvent avoir à défendre des positions justes à un moment donné, mais la manière, le mot de désignation fait en sorte qu’on n’a pas de parlement, donc il faut revenir à la case départ. Passons au vote, et à partir de ce moment-là, il y aura une majorité, il y aura une opposition qui fera son travail et la majorité ne joue pas par le dictat, non, elle est une majorité parce que le peuple a approuvé son programme. Moi je parle en toute connaissance de cause parce que je sais que le peuple gabonais a approuvé le mien. C'est ce qui me donne une légitimité populaire. C'est ce qui me donne le droit de parler.
Mais ces élections dont vous parlez sont prévues en théorie en août 2025 ?
Je n'y crois pas du tout, c'est ce qui est dit, mais est-ce que c'est ce qui se fera ? Je ne crois pas. Le peuple gabonais est allé aux urnes. Election mal organisée, bien organisée, ça s'est passé par ailleurs, ça n'a pas empêché de valider les résultats des élections, elles sont connues et ce qui justifie le coup d'État militaire c'est que l'élection a été tronquée. La seule question pour qu'il soit conséquent, le CTRI soit conséquent avec lui-même il faut qu'on revienne aux résultats de la dernière élection sur la base d’un programme, là, on réorganisera de manière sérieuse notre société. Le reste, on discute et le Gabon a atteint une situation telle que plus les réformes seront retardées plus la situation va devenir de plus en plus intenable pour la population gabonaise qui souffre déjà à un niveau difficilement estimable. Il faudrait qu'il y ait un sursaut de patriotisme pour qu'on revienne à l'ordre constitutionnel, sinon c'est la catastrophe.
Est-ce que ça veut dire que cette transition est peut-être beaucoup plus fragile qu'on ne le pense et qu'elle pourrait être déstabilisée si la situation continue de s'aggraver ?
Je ne sais pas, je ne suis pas un déstabilisateur, je n'ai rien, je suis professeur de fac, je n’ai pas d'armée, je n’ai pas de nom, mais je dis ce que je perçois et ce que je vois. Je rencontre les Gabonais dans leur majorité, la majorité silencieuse, elle, souffre. Il faut réhabiliter le pays, il faut que les Gabonais regagnent leur dignité. Voilà ce que je dis.
Coup de tonnerre en France. Après la percée de l'extrême droite aux élections européennes, le président Emmanuel Macron a décidé, dimanche soir, de dissoudre l'Assemblée nationale. Il y aura donc des élections législatives le 30 juin. Réaction à chaud d'un universitaire africain. Moussa Diaw est professeur émérite en sciences politiques à l'université Gaston Berger de Saint-Louis du Sénégal. En ligne de la métropole du nord du Sénégal, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Moussa Diaw, après cette percée de l'extrême-droite en France et cette dissolution, quelle est votre réaction ?
Moussa Diaw : Ma réaction, c'est de considérer qu'il y a un événement majeur, un événement politique majeur qui va bouleverser la configuration politique en France et qui aura également un impact considérable dans les rapports entre la France et l'Afrique.
Est-ce qu'à vos yeux Emmanuel Macron a eu raison ou pas de dissoudre ?
À mon avis, il n’était pas obligé de dissoudre parce que ce sont des élections européennes. Mais là, cette décision, c'est un aveu d'échec. Il aurait pu résister autrement, considérer cette élection-là comme un avertissement par rapport à sa politique et essayer de redresser la barre. Mais le fait de dissoudre, c'est vraiment confirmer et accepter la percée de l'extrême-droite.
Et si demain le Rassemblement national gagne les législatives et si Marine Le Pen ou Jordan Bardella devient Premier ministre, qu'est ce qui va changer à vos yeux dans la politique africaine de la France ?
Tout va changer, il va y avoir d'abord une cohabitation et ça changera les rapports avec l'Afrique, dans le sens où il y aura beaucoup plus de respect de la souveraineté des États africains, il y aura moins d'interférence dans les politiques intérieures africaines. Et certaines revendications d'ailleurs, qui sont maintenant posées par un certain nombre d'Africains par rapport à la souveraineté, vont avoir un écho favorable. Et en même temps le Rassemblement national, je ne crois pas que ça soit un parti politique comme les autres, parce que son idéologie est basée sur un discours de haine, un discours radical avec un certain nombre de lois qui limitent l'immigration, parce qu’on parle de tolérance zéro au niveau de l'immigration, donc tout cela constitue des formes de discorde entre cette conception de la politique et une ouverture de la France dans travers le monde.
« Nous sommes prêts à exercer le pouvoir si les Français nous font confiance. Nous sommes prêts à redresser le pays et à mettre fin à cette immigration de masse », déclarait Marine Le Pen le 9 juin 2024.
Oui, ça veut dire qu'elle n'a pas changé, ça veut dire qu’elle tient à durcir les lois sur l'immigration et en même temps, ça peut constituer un obstacle quant à ses relations avec certains pays qui ont une immigration, une diaspora en France.
Est-ce que ça peut compliquer les relations avec le Sénégal ?
Oui, tout à fait, parce qu'il y a une diaspora sénégalaise en France qui a joué un rôle important dans les changements qui sont intervenus au Sénégal au mois de mars dernier et cela pourrait un peu distendre les relations.
La visite de Marine Le Pen à Dakar il y a 18 mois et l'audience que lui a accordée à l'époque le président Macky Sall, comment cela a été perçu au Sénégal ?
Ah oui, cette visite de Marine Le Pen au Sénégal a été diversement appréciée. Certains considèrent que c'est normal parce qu’elle est députée à l'Assemblée nationale, d'autres par contre l'ont sévèrement critiquée, sinon combattue, par rapport au respect des citoyens, notamment de l'immigré. De ce point de vue-là, Marine Le Pen symbolise un discours qui est porteur d'intolérance.
Et si demain l'extrême droite gagne les législatives en France, comment voyez-vous les relations entre le futur Premier ministre français et le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko ?
Oui, si jamais Marine Le Pen arrive au pouvoir, je verrais mal qu'elle puisse nouer des relations correctes, normales, avec le Premier ministre sénégalais parce qu'ils ne partagent pas la même idéologie, parce qu'ils n'ont pas les mêmes valeurs. À mon avis, je ne vois pas comment ils peuvent se rapprocher.
Quelles sont les préférences politiques d'Ousmane Sonko en France ?
Ses préférences politiques, c'est d'abord l'ensemble de la gauche, c'est plutôt Jean-Luc Mélenchon et peut-être certaines idées du Parti socialiste qui sont des idées de tolérance par rapport à l'étranger et à l'endroit des immigrés.
D'où la visite de Jean-Luc Mélenchon à Dakar il y a quelques semaines ?
Oui, tout à fait, c'est à partir du moment où Jean-Luc Mélenchon a toujours soutenu les leaders politiques du Pastef, il a même participé à un meeting où il est intervenu pour les soutenir, pour demander leur libération, aucun autre leader politique en France ne l'a fait.
À l'époque où ils étaient en prison ?
Oui, à l'époque où ils étaient persécutés, aucun autre leader français ne s'est prononcé sur leur sort. Il est le seul à l’avoir fait et à avoir participé à un meeting organisé par les militants du Pastef. Et donc il y a une certaine reconnaissance et c’est ce qui a rapproché Jean-Luc Mélenchon des leaders politiques du Pastef.
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Depuis 2018 se tient à Paris le Forum pour la paix. Des chefs d’État et de gouvernement, des représentants d’organisations internationales et de la société civile venus du monde entier débattent et lancent ou accompagnent des projets censés répondre aux grands enjeux mondiaux. Le Forum a lieu en novembre et il est précédé d'un pré-forum dit « de printemps »qui se tient au mois de juin. Cette année, pour la première fois, il est délocalisé. Cette réunion de printemps aura lieu lundi 10 juin au Maroc, précisément à l’Université Mohamed VI Polytechnique de Benguérir, près de Marrakech, sur le thème les « transitions justes ». Il s’agit ici de transitions énergétique ou agricole : face au dérèglement climatique, comment passer à des modèles plus durables tout en répondant aux besoins immédiats des pays du Nord et des pays du Sud ? Invité Afrique ce samedi, l’hôte de cette réunion de printemps, le président de l’université Mohamed VI Polytechnique, Hicham El Habti, également secrétaire général adjoint du Groupe OCP, l’ancien « Office chérifien des phosphates ».
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L'armée de terre a lancé cette semaine son premier séminaire des écoles d'état-major francophones partenaires. Une première édition qui s'est déroulée à Saumur et qui a rassemblé des officiers du Gabon, du Bénin, de Côte d'Ivoire et du Sénégal notamment… L'objectif : renforcer les liens entre l'armée française et ses alliés africains. Le général de corps d'armée Marc Conruyt, directeur des Ressources humaines de l'armée de terre est le grand invité Afrique de RFI.
RFI : Pourquoi ce séminaire des écoles d'état-major ? Pourquoi ce besoin ?
Marc Conruyt : Écoutez, ce séminaire s'inscrit dans un certain nombre d'objectifs qu'on a déterminé depuis maintenant presque 3 ans. Il y a 3 objectifs majeurs dans cette dynamique. Le premier, c'est de tout simplement d'augmenter le nombre de stagiaires que nous pouvons accueillir dans nos écoles. Le second, c'est d'être capable de consolider des partenariats entre les différentes écoles que nous avons, que ce soient des lycées militaires - vous avez eu l'exemple de ces 6 drapeaux de lycées militaires qui ont défilé lors du 14 juillet dernier, de Prytanées militaires africains défilant sur les Champs Elysées-, nos écoles de formation d'officiers, de sous-officiers et nos écoles de l'enseignement militaire supérieur, dont cette école d'Etat-major. Et le troisième point vise à augmenter le nombre d'officiers que nous envoyons en formation dans des écoles africaines, cette fois-ci, et parallèlement, l'objectif d'accueillir des instructeurs africains dans nos propres écoles.
Avec un mouvement de de balancier et l'interopérabilité au cœur de ce séminaire. S'agit-il de s'assurer la possibilité d'insérer des soldats français au sein des forces partenaires ?
Il s'agit de façon plus générale de continuer à créer les conditions pour que notre armée française soit capable d'opérer avec nos partenaires africains. Comme nous l'avons fait à Barkhane. À Barkhane, nous avons opéré avec un certain nombre de partenaires dans des opérations très dures d'ailleurs. L'objectif c'est bien d'être capable de continuer à être interopérable pour opérer ensemble dans de potentiels futures opérations, tant au niveau tactique qu'au niveau opératif et stratégique.
On le voit bien, il y a quand même une volonté pour l'armée française de ne plus apparaître au premier plan en Afrique, sans toutefois se couper du terrain africainnt.
Ca fait maintenant 3 ans que dans le cadre de cette densification du partenariat de formation, je suis responsable des écoles de l'armée de terre, donc, c'est vraiment dans ce cadre que je m'inscris. Je suis toujours, dans mes déplacements lorsqu'on va voir nos partenaires, extrêmement bien reçu et toutes les propositions font toujours l'objet de beaucoup d'attention et de réponse positive de leur part. À partir du moment où ces propositions combinent confiance, équilibre, respect, écoute, je dirais que ça marche. Il n'y a aucune raison que ça ne continue pas sur ce terrain.
Justement, dans le domaine de la formation, la concurrence est forte. On le voit bien, la Russie, la Chine, la Turquie sont de sérieux compétiteurs. Alors comment être attractif ?
Je pense qu'il y a quand même une grande différence entre offrir une offre de formation, venir avec une offre de formation partagée avec nos partenaires, et faire appel à des mercenaires. Ce n’est pas la même approche. Moi, tous les témoignages que j'ai de nos différents partenaires soulignent la qualité de la formation que nous sommes capables d'offrir. Qualité aussi d'une formation qui repose sur une langue commune, une culture commune, une histoire commune, des procédures communes - depuis longtemps, parce que tout ça n'est pas neuf. Nous bénéficions d'une profondeur historique dans le domaine de la formation avec nos partenaires africains.
Néanmoins, que répondez-vous aux détracteurs qui disent que c'est une façon de garder une forme de contrôle sur les armées d'Afrique francophone ?
Rien n'est imposé. Tout fait l'objet d'un dialogue sur un pied d’égalité. C’est la définition de besoin partagé qui est au cœur de la décision. Ça repose sur le dialogue. Et l'objectif c'est vraiment au-delà de l'aspect opérationnel qu'on a mentionné, c'est de créer des relations durables, fraternelles entre nos jeunesses pour que ces jeunes soient toujours capables de mieux se comprendre, de mieux se connaître. C'est vraiment ça l'objectif.
Il ne s'agit pas d'avancer masqué, général ?
Non, pas du tout. Vous savez, moi je suis responsable des écoles. Quand je vois la dynamique qui est en cours en ce moment dans nos écoles entre nos jeunes partenaires internationaux et nos jeunes officiers, de nos jeunes sous-officiers, c'est vraiment une grande satisfaction. À titre d'exemple, quand je vois qu'aujourd'hui nous avons un capitaine de Côte d'Ivoire qui est instructeur au sein de Saint Cyr, notre école phare des officiers et de toute la dynamique positive que cela a créé tant chez ce capitaine ivoirien et ensuite chez notre partenaire ivoirien que chez nos jeunes élèves officiers, je me dis qu'on est sur le bon chemin.
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« Je suis prêt à rentrer à Conakry, quels que soient les risques que je prendrai », déclare Cellou Dalein Diallo sur RFI. Depuis deux ans, le numéro 1 de l'opposition guinéenne, qui est poursuivi par la justice de son pays, vit en exil en Afrique de l'Ouest. Mais aujourd'hui, il veut participer sur place au combat des démocrates guinéens pour que le général Doumbouya et les militaires respectent leur parole et remettent le pouvoir aux civils avant la fin de l'année. De passage à Paris, l'ancien Premier ministre guinéen répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Les militaires du CNRD avaient d'abord promis de rendre le pouvoir à la fin de cette année 2024. Mais en mars dernier, sur RFI, le Premier ministre Bah Oury a reconnu que la transition serait prolongée jusqu’en 2025. Est-ce que vous espérez que cet engagement sera tenu en 2025 ?
Cellou Dalein Diallo : C'est l'une des sources de ma déception, c'est de ne pas voir respecté justement cet engagement pris devant le peuple de Guinée, devant la Communauté internationale. Moi, je croyais fermement que cet engagement allait être respecté. Mais il y a une tendance à rester aussi longtemps que possible au pouvoir, puisque visiblement le retour à l'ordre constitutionnel est reporté au calendes grecques. Et donc ça, c'est une déception non seulement pour l'UFDG, mon parti, mais pour tout le peuple de Guinée. Et nous ne pouvons pas rester assis et laisser les militaires qui n'ont aucune légitimité, parce que toute leur légitimité était tirée de cet engagement de restituer le pouvoir aux civils dans un délai raisonnable par des élections libres et transparentes. Donc, la population de Guinée est déçue d'abord de la mauvaise gouvernance, de la restriction des libertés. Vous n'êtes pas sans savoir qu'ils ont procédé au retrait des agréments des principales radios et télévisions du pays, parce que celles-là étaient jugées critiques par rapport à leur gouvernance.
Dans la société civile, le FNDC menace d'appeler à des manifestations à Conakry si le calendrier 2024 n'est pas tenu. Est-ce que vous allez vous associer à cette éventuelle menace ?
Non, ce n’est pas le FNDC seul qui menace, il y a eu la naissance de ce qu'on a appelé récemment l'Union sacrée, où les principaux partis, y compris ceux qui allaient soutenir la junte, disent aujourd'hui qu’ils sont déçus et qu’ils se rendent compte que la junte n'est pas de bonne foi. Elle veut garder le pouvoir aussi longtemps que possible et peut-être définitivement. Donc là, aujourd'hui, c'est le peuple de Guinée tout entier qui est déterminé à user de tous les moyens pour contraindre la junte à respecter l'engagement qu'elle a pris devant le peuple de Guinée, devant la communauté internationale.
Et tous les moyens, cela peut vouloir dire des manifestations ?
Tous les moyens légaux, y compris les manifestations dans les rues et sur les places publiques.
Dans le bras de fer entre le pouvoir et l'opposition, le Premier ministre Bah Oury vous accuse, vous l'opposition, de refuser le dialogue et de contribuer au retard dans la préparation des élections.
Bon, vous savez, on multiplie les alibis pour justifier de se maintenir aussi longtemps que possible au pouvoir. Moi, je suis honnête, je voulais apporter notre contribution, mais à un débat crédible. Il faut un arbitrage. C'est pourquoi on avait besoin pour nous d'un facilitateur nommé par la CEDEAO, l'Union africaine ou les Nations unies.
Êtes-vous prêt à rentrer à Conakry ?
Oui, bien sûr. Je suis obligé de rentrer d’ailleurs !
Et vous comptez rentrer dans combien de temps ?
Je ne peux pas vous le dire maintenant, mais c'est sûr que je vais rentrer. Je suis en train de préparer le Congrès national [de l’UFDG] et je souhaite vivement être là en ce moment. Et la date n'est pas encore fixée.
Et même si les poursuites judiciaires contre vous ne sont pas abandonnées, vous êtes prêt à rentrer ?
Oui, je suis prêt à rentrer, même si les poursuites ne sont pas abandonnées. Tout le monde sait qu’elles sont fantaisistes. Mais il faut que je sois là. Quels que soient les risques que je prendrai pour la défense de nos valeurs.
Cellou Dalein Diallo, vous dénoncez le glissement [du calendrier électoral], mais cela ne semble émouvoir que les Guinéens. Le général Mamadi Doumbouya semble pour l'instant trouver grâce auprès de la Communauté internationale.
Oui, il y a un recul dans le soutien que l’Occident en particulier a l'habitude d'apporter à la défense des valeurs de démocratie, d'État de droit, parce qu'on a l'impression que l’Occident, aujourd'hui, est beaucoup plus préoccupé par les guerres d'influence contre la Russie et la Chine que par la défense des valeurs de liberté. Donc, nous le déplorons parce qu'il y a eu beaucoup de violations fragrantes des droits humains. Même les communiqués qui sortent, ils sont timides. On a eu 50 morts depuis que le CNRD est au pouvoir, des jeunes de moins de 15 ans abattus à bout portant. Il n’y a pas eu de condamnations suffisantes. Et on n'a jamais exigé la justice pour ces gens.
Et ces bonnes relations entre l’Occident et le général Doumbouya, est-ce parce que celui-ci a refusé d'entrer dans l'Alliance des États du Sahel, l’AES ?
Je ne connais pas les motifs, je cherche à comprendre.
Est-ce que vous vous êtes parlé avec le général Mamadi Doumbouya depuis le putsch de septembre 2021 ?
Une fois.
En quelle année ?
En 2022.
Et alors ?
Non, ça, ça reste entre nous.
Vous étiez encore à Conakry à l'époque ?
Non, j'étais déjà à l'étranger
Et c'était à votre initiative, j'imagine ?
Non, un ami commun…
…a arrangé cette conversation, comment ça s'est passé ? Plutôt positivement ou négativement ?
(rires) Disons très courtoisement.
Mais il n'y a pas eu de suites ?
Je veux pas vous faire les révélations ici. C'est une discussion entre moi et le président de la transition. Je ne peux pas le révéler dans la presse.
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