En défaut de paiement depuis 2017, frappé par l’hyperinflation et sous sanctions internationales, le Venezuela semble à première vue infréquentable pour les investisseurs. Pourtant, ces dernières semaines, sa dette suscite un intérêt croissant dans le monde de la finance, en particulier chez les fonds spéculatifs.
Plus d’une semaine après l’enlèvement de Nicolas Maduro par les États-Unis, l’économie vénézuélienne revient sur le devant de la scène. Le pays est, depuis des années, frappé par une hyperinflation massive, miné par la corruption et soumis à de lourdes sanctions internationales. Une situation qui a conduit Caracas à cesser de rembourser ses dettes dès 2017.
Contre toute attente, ces dettes suscitent aujourd’hui un vif intérêt auprès des acteurs de la finance internationale, et notamment des fonds spéculatifs. Pour comprendre cette situation paradoxale, il faut remonter près de vingt ans en arrière.
Nationalisations, expropriations et montagne de créances
En 2007, le président Hugo Chavez lance une vaste vague de nationalisations. Des champs pétroliers, des mines, ainsi que de nombreuses entreprises pétrolières et énergétiques passent sous contrôle de l’État. Les sociétés étrangères concernées sont expropriées et saisissent alors la justice internationale.
Le Venezuela est condamné à verser des indemnisations, mais ne s’exécute pas. Résultat : une accumulation de créances et de dettes colossales. La dette totale du pays est aujourd’hui estimée entre 150 et 170 milliards de dollars.
Les entreprises concernées conservent d’abord ces créances en espérant être remboursées un jour. Mais face à l’impasse, beaucoup finissent par les revendre, à prix fortement décoté, à des fonds spéculatifs. Ces derniers acceptent de prendre le risque de ne jamais revoir leur argent, avec l’espoir de réaliser un gain important si la situation évolue favorablement.
Un pari sur l’avenir politique et pétrolier du Venezuela
Ce pari, longtemps jugé excessivement risqué, semble aujourd’hui changer de nature. Donald Trump affirme vouloir relancer la production pétrolière du Venezuela.
Or, pour y parvenir, le pays aura besoin d’investissements étrangers, de technologies occidentales et de partenariats internationaux. Dans ce contexte, régler une partie des anciens litiges financiers devient un outil à la fois politique et économique. Aucun investisseur sérieux ne s’engage durablement dans un pays qui refuse de solder ses dettes passées.
Pour les fonds spéculatifs, l’espoir est donc clair : une transition politique, une restructuration de la dette et un retour progressif du Venezuela sur les marchés internationaux.
Ces investisseurs n’achètent pas la réalité actuelle du pays, mais la probabilité d’un futur plus stable. Pour l’instant, toutefois, rien n’est acquis et le risque demeure élevé. Reste une question centrale : si le Venezuela se relève, le fera-t-il au bénéfice de sa population, ou de ceux qui ont parié sur sa chute ?
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