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Or


Edmond Malinvaud
Chaire Analyse économique (1987-1993)
Collège de France
Leçon inaugurale : Analyse économique
Date : 27 janvier 1988
Xavier Le Pichon
Chaire Géodynamique (1986-2008)
Collège de France
Leçon inaugurale : Géodynamique
Date : 20 novembre 1987
Maurice Agulhon
Chaire Histoire de la France contemporaine (1986-1997)
Collège de France
Leçon inaugurale : Histoire de la France contemporaine
Date : 11 avril 1986
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La Révolution française n'a pas créé la nationalité française, mais elle ne l'a pas non plus démolie. La volonté d'ouvrir une ère nouvelle – l'An I de la Liberté – n'était pas une volonté de faire table rase. La majorité éclairée de l'Assemblée nationale issue des états généraux de 1789 a d'abord accepté d'enthousiasme de garder Louis XVI à la tête de l'État et le catholicisme comme religion officielle. Il ne tenait qu'au roi d'accepter des innovations qui n'avaient rien encore des caractères qu'elles devaient prendre en l'An II. Le fait qu'il n'ait pas accepté est un aspect décisif, bien que trop peu analysé, des choses. Car si l'on n'ignore plus rien des idéologies radicales, et peut-être potentiellement tyranniques, de Rousseau et de ses émules, on omet trop de considérer que la tête de Louis XVI, après tout, n'était pas vide d'idéologie.
1789 n'est donc pas le point d'origine de notre schisme idéologique. C'est le point d'origine des formes politiques violentes que ce schisme a revêtues ou suscitées. Or là encore, dans la quête de responsabilité qui fonde les jugements de valeur, le choix du roi me paraît décisif : le combat engagé contre une Révolution encore toute pacifique est aux origines de l'enchaînement des violences. La guerre et la Terreur me paraissent moins programmées dans un hyperrationalisme qui serait inhérent à l'idéologie jacobine que résultant du grand refus que les dominants d'alors opposèrent à l'Avenir et à la Liberté.
Alain Connes
Chaire Analyse et géométrie (1984-2017)
Collège de France
Leçon inaugurale : Analyse et géométrie
Date : 11 janvier 1985
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En 1637, Descartes révolutionne la manière que l'on a de faire de la géométrie : en associant à chaque point de l'espace trois coordonnées, il pose les bases de la géométrie algébrique. Cette géométrie est dite « commutative » : le produit de deux quantités ne dépend pas de l'ordre des termes, et A x B = B x A. Cette propriété est fondamentale, l'ensemble de l'édifice mathématique en dépend. Mais au début du XXe siècle, la découverte du monde quantique vient tout bouleverser. L'espace géométrique des états d'un système microscopique, un atome par exemple, s'enrichit de nouvelles propriétés, qui ne commutent plus. Il faut donc adapter l'ensemble des outils mathématiques. Cette nouvelle géométrie, dite « non commutative », devenue essentielle à la recherche en physique, a été développé par Alain Connes.
Yves Coppens
Chaire Paléoanthropologie et préhistoire (1983-2005)
Collège de France
Leçon inaugurale : Paléoanthropologie et préhistoire
Date : 2 décembre 1983
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Dans sa leçon inaugurale, Yves Coppens rend hommage à trois grandes personnalités de la préhistoire (Teilhard de Chardin, Henri Breuil et André Leroi-Gourhan) en décrivant leurs travaux respectifs et leurs apports à cette discipline. Il retrace les grands événements ayant marqué la paléontologie, l'anthropologie et la préhistoire et expose les grandes lignes de son futur enseignement.
Françoise Héritier
Chaire Études comparées de la fonction poétique (1982-1998)
Collège de France
Leçon inaugurale : Étude comparée des sociétés africaines
Date : 25 février 1983
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Ce serait une erreur de penser que l'Afrique est restée à l'écart de l'histoire du monde jusqu'à son ouverture par la colonisation, tout comme ce le serait inversement de croire que rien n'a pu s'y passer qui n'y soit introduit de l'extérieur. Ce grand corps gullivérien harcelé sur ses bords est aussi en tout temps parcouru de mouvements internes, de fermentations et de bouillonnements. […] En quelque sorte, le continent africain se présente comme une gigantesque galerie ethnographique où seraient rassemblés la quasi-totalité des éléments, dans leurs diverses combinaisons, sur lesquels s'exerce la sagacité anthropologique. Et cette galerie, loin d'exposer des matériaux morts ou moribonds, des survivances ou des archaïsmes, les étale à nos yeux dans le foisonnement de la vie. Ainsi l'Afrique procure-t-elle la matière nécessaire à un travail anthropologique en profondeur : elle fournit toujours la ressource de comparer entre elles ses sociétés actuelles, qui sont diverses, tout en les confrontant à d'autres qui lui sont extérieures, mais elle offre aussi la possibilité de voir fonctionner in situ des institutions, et même parfois plus largement des types d'organisation sociale qu'ailleurs on ne connaît que par des descriptions ethnographiques anciennes ou par l'histoire.
Jacques Glowinski
Chaire Neuropharmacologie (1983-2006)
Collège de France
Leçon inaugurale : Neuropharmacologie
Date : 28 janvier 1983
Yves Bonnefoy
Chaire Études comparées de la fonction poétique (1975-1994)
Collège de France
Leçon inaugurale : Études comparées de la fonction poétique : La présence de l'image
Date : 4 décembre 1981
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Ce que j'ai voulu et tenté : poser la question de la poésie en témoin de sa propre époque : analyser pour cela les voies de la création poétique dans de grandes œuvres du passé – reconnues en leur différence grâce aux travaux historiques – mais en observant aussi et d'abord dans l'être qu'on est les circonstances et les démarches – hésitations, aspirations contradictoires, affirmations de valeurs là même où l'on veut que les faits prévalent – du travail auquel on se voue ; reconnaître ainsi, au point d'origine de l'intuition poétique, la parenté de l'entreprise des peintres, des musiciens, des poètes, cordes, chacun, d'une unique lyre ; et comprendre, au terme s'il en est un de l'enquête, la nature et le rôle de cette « fonction poétique » dont on voit bien qu'elle procure parfois assez de sens à la vie pour que celle-ci continue, malgré le peu de réponse qu'elle sait qu'elle doit attendre du lieu naturel renoncé dès l'institution du langage. Un grand projet ! Mais si vaste, autant qu'ambitieux, qu'il en devenait raisonnable. D'évidence, en effet, il ne pouvait s'agir sur un tel chantier que de relevés préliminaires. [...] Il y a des esprits qui misent sur le langage, mais il en est d'autres qui sont sensibles d'emblée aux insuffisances et aux leurres de ce langage qu'ils n'en aiment pas moins pourtant – étant peut-être même de ceux qui l'affectionnent le plus, présence blessée, précaire. Et pour ma part je crois que c'est seulement quand on s'attache à lui, et à sa parole, de cette seconde façon, avec soupçon, sentiment de l'exil au sein des mots, et donc nostalgie, élan de tout l'être, exigence, que l'on accède à un sentiment de la finitude qui ouvre – et c'est alors la poésie même – à la mémoire de l'immédiat et à l'expérience de l'unité.
Yves Bonnefoy
Jean Delumeau
Chaire Histoire des mentalités religieuses (1975-1994)
Collège de France
Leçon inaugurale : Histoire des mentalités religieuses dans l'Occident moderne
Date : 13 février 1975
Résumé
Dans l'Occident des XVIe-XVIIIe siècles, quelles relations réciproques soudaient les comportements religieux d'une communauté reconnue comme significative à son outillage mental, à sa grille de concepts, à son échelle de valeurs, à son type d'émotivité ? Il s'agit de tenter l'appréhension globale du vécu religieux et d'évaluer, dans des espaces et des temps dits « de chrétienté », l'intégration au sens commun du modèle de christianisme de l'époque. Celui qui nous sert de paramètre, c'est moins le syncrétisme médiéval que la religion de l'âge classique à la fois unanimiste et austère et qui, beaucoup plus que celle du Moyen Âge, voulut au niveau des masses transformer réellement le prescrit en vécu et l'idéal de quelques-uns en vie quotidienne de tous. Et, s'il est vrai que ce modèle de christianisme est à l'arrière-plan de notre discours actuel sur la déchristianisation, alors il faut conclure que la grande christianisation de l'Europe est un fait relativement récent. Car ce sont les deux Réformes, protestante et catholique, qui ont répandu dans les campagnes où vivait l'immense majorité de la population le type de religion et de pratique religieuse qui nous sert de référence pour apprécier la situation présente.
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