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Ian Hacking
Chaire Philosophie et histoire des concepts scientifiques (2000-2006)
Collège de France
Leçon inaugurale : Philosophie et histoire des concepts scientifiques
Date : 11 janvier 2001
Résumé
« Nous sommes aujourd'hui étrangement dépourvus de certitude dès lors qu'il s'agit de préciser ce qui, dans le monde, est l'œuvre de l'homme et ce qui est l'œuvre de Dieu, ou, selon l'expression consacrée, de la "nature". Quelle est la part de nos travaux ? Quelle est la part qui se trouve totalement déterminée indépendamment de nous ? On a beaucoup discuté ce point lors de la décennie passée, souvent à l'aide du slogan de la "construction sociale". J'espère que cette expression, et même une partie du débat, seront bientôt dépassées. Mais je doute que l'on puisse jamais en finir avec ce genre de questions qui me semblent bien à même de troubler l'esprit humain. Je ne suis donc pas de ceux qui parlent de la fin de la philosophie, ou de la métaphysique. Je pense même que nous ne faisons souvent qu'opérer une transmutation de questions anciennes dont certains aspects capitaux sont néanmoins laissés intacts. On a l'impression d'en avoir fini avec ses ancêtres, alors qu'en fait on ne fait que reprendre sous un autre jour ce qui était au cœur même de leur insatisfaction… »
Ian Hacking
Roger Guesnerie
Chaire Théorie économique et organisation sociale (2000-2013)
Collège de France
Leçon inaugurale : Théorie économique et organisation sociale
Date : 9 décembre 2000
Résumé
« La réflexion de la science économique se concentre sur la création des richesses matérielles, un domaine où "l'action n'est pas toujours la soeur du rêve", pour citer une dernière fois le poète. Elle participe à un désenchantement du monde, celui dont parlait Weber plus douloureux encore que celui du monde physique, lugubre pour certains. Pourtant, à l'aube du troisième millénaire, parmi les dangers qui rôdent autour de notre Société, celui de méconnaître son propre fonctionnement n'est pas le moindre. Pour le conjurer, nous avons besoin du regard acide du savoir économique. C'est celui d'une raison vivifiante qui alimente l'espoir salubre de mieux comprendre le monde social. »
Roger Guesnerie
Michael Edwards
Chaire Européenne (2000-2001)
Collège de France
Leçon inaugurale du Pr Michael Edwards sur la chaire Européenne : Sur un vers d'Hamlet
Date : 7 décembre 2000
Résumé
« To be, or not to be, that is the question », « Être ou n'être pas, c'est là la question » : pourquoi ce vers, qui contient la phrase la plus célèbre de la littérature anglaise, exerce-t-il une telle force d'envoûtement ? Et en quoi peut-il nous aider, lorsque nous pensons à la spécificité de la littérature de langue anglaise, ou aux divergences entre les prosodies anglaise et française et à ce qui s'ensuit, ou au mode d'exister de nos deux langues et des peuples qui les parlent ?
Nicolas Grimal
Chaire Civilisation pharaonique : Archéologie, Philologie, Histoire (2000-2020)
Collège de France
Leçon inaugurale : Civilisation pharaonique : Archéologie, Philologie, Histoire
Date : 24 octobre 2000
Résumé
« Ce bref échange fait partie de la légende dorée de notre discipline. Il eut lieu, il y aura soixante-dix-huit ans dans un mois, l'après-midi du dimanche 26 novembre 1922, par une de ces lumineuses journées de fin d'automne que le soleil de Thébaïde enrichit des ombres douces qu'il projette sur monuments et paysages. L'homme, inquiet et attentif, qui questionne, c'est Lord Carnarvon, le mécène, le protecteur, l'ami de l'archéologue Howard Carter. Ce dernier vient de déposer la première brique scellant l'antichambre de la tombe de Toutânkhamon. Il en a découvert l'accès trois semaines plus tôt. Au terme d'une longue quête, qui avait laissé sceptiques la plupart de ses collègues d'alors. Ce n'est que quatre jours plus tard, le 29 novembre, que l'antichambre, solennellement ouverte, révélera les trésors de la tombe. L'histoire a toutefois conservé la belle image de ce dialogue entre un homme qui espérait et un autre qui, à dire le vrai, n'avait pas dû apercevoir grand chose au milieu des gravats et à la lueur vacillante d'une mauvaise lampe à pétrole. Mais il savait qu'il avait trouvé. Ce court conciliabule, et surtout la réponse du fouilleur, participent, comme l'a écrit T.H.G. James dans le beau livre qu'il a consacré à Howard Carter. "plus qu'à l'histoire de cette découverte, à vrai dire, au mythe de la découverte". Et voilà comment un roitelet à peu près ignoré de l'Histoire est devenu l'emblème d'une discipline. C'est toujours à l'automne, un siècle avant la découverte de la tombe de Toutânkhamon et un mois, presque jour pour jour, avant ce jour qui nous réunit, le dimanche 22 septembre 1822, qu'est lithographiée la fameuse Lettre à Monsieur Dacier, Secrétaire perpétuel de l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres, relative à l'alphabet des hiéroglyphes phonétiques. Le 14 septembre précédant vers midi, dans la belle lumière de l'ancien atelier d'Horace Vemet qui lui servait de bureau, Jean-François Champollion avait eu la confirmation de la clef de lecture des hiéroglyphes… »
Nicolas Grimal
Pierre Briant
Collège de France
Chaire Histoire et civilisation du monde achéménide et de l'empire d'Alexandre (1999-2012)
Leçon inaugurale : Histoire et civilisation du monde achéménide et de l'empire d'Alexandre
Date : 10 mars 2000
Résumé
« La chaire que j'ai l'honneur d'inaugurer aujourd'hui s'organise autour de deux domaines étroitement liés l'un à l'autre, le monde perse achéménide et l'empire d'Alexandre. Homologues, ou presque, d'un point de vue géopolitique – l'un et l'autre se sont étendus de l'Indus aux Balkans et de l'Asie Centrale à Assouan –, les deux empires ont eu des destins historiographiques pour le moins contrastés. Ramassée dans le temps, l'histoire d'Alexandre a exercé depuis l'Antiquité une fascination profonde et elle a nourri un courant bouillonnant de livres et d'études. Bien que beaucoup plus solidement ancrée dans la durée, l'histoire de l'empire perse achéménide n'a pas suscité le même intérêt passionné… »
Pierre Briant
Carlo Ossola
Chaire Littératures modernes de l'Europe néolatine (1999-2020)
Collège de France
Leçon inaugurale : Littératures modernes de l'Europe néolatine
Date : 7 janvier 2000
Philippe Kourilsky
Collège de France
Chaire d'Immunologie Moléculaire
Année 1998-1999
Leçon inaugurale du 2 octobre 1998
Brian Stock
Chaire annuelle Internationale (1997-1998)
Collège de France
Leçon inaugurale : La connaissance de soi et la littérature autobiographique au Moyen Âge
Date : 9 janvier 1998
Jean-Marie Zemb
Chaire Grammaire et pensée allemandes (1986-1998)
Collège de France
Leçon de clôture - Jean-Marie Zemb : Grammaire et pensée allemandes
Date : 16 décembre 1997
Résumé
Jean-Marie Zemb s'interroge pour savoir si la description et l'analyse des structures statuaires de la grammaire et de la pensée qu'il a menées au Collège de France sont des entreprises de restauration ou de subversion.
Abram de Swaan
Chaire annuelle Européenne (1997-1998)
Collège de France
Leçon inaugurale : Langue et culture dans la société transnationale
Date : 24 octobre 1997
Résumé
La société transnationale est représentée à la fois comme un « réseau du marché mondial », comme une « famille d'états », ou encore comme un « village planétaire ». On pourrait aussi l'analyser comme une constellation de langues, plus précisément de groupes linguistiques, qui englobe l'humanité entière. Un tel point de vue exige l'approche spécifique que pourra fournir une sociologie politique des langues.
La constellation de langues est en grande partie le produit du système mondial d'échanges de marché et de relations de pouvoir. Comme ceux-là, elle connaît une hiérarchie de langues qui appartiennent au « noyau » et d'autres qui constituent des cercles de plus en plus périphériques. Et comme ceux-là, elle connaît des positions de quasi-monopole de niveaux différents. Pourtant, la constellation de langues manifeste une autonomie relative par rapport au système mondial politique et économique, due à sa dynamique propre et à ses rapports avec un tiers système planétaire, celui de la culture.
Les langues du monde, en nombre de quelque six mille, constituent dans leur ensemble un quatrième système mondial qui tire sa cohérence des personnes multilingues, qui connectent les groupes dont ils parlent la langue. Ce système connaît une structure très simple et très forte : une trame strictement hiérarchique, dans laquelle à un niveau donné, chaque fois, certaines langues périphériques sont liées à une langue centrale, parlée, elle, par tous leurs locuteurs multilingues. Au prochain niveau, plusieurs langues centrales sont à leur tour chaque fois connectées à une langue « supercentrale ». Finalement, ces dernières, les « langues mondiales » sont liées à une langue « hypercentrale », le pivot du système entier au niveau planétaire.
Le « potentiel de communication » d'une certaine langue dans ce système peut être évalué par une mesure globale : la proportion des locuteurs qui parlent la langue, multipliée par la proportion des locuteurs multilingues qui la parlent. Cette valeur sert comme un indice de la probabilité que d'autres personnes l'acquerront comme leur langue de connexion. En plus, les choix des uns sont déterminés en partie par leurs attentes des choix des autres. Cette interaction d'attentes peut produire une ruée vers une langue, ou l'abandon cumulatif d'une autre.
Du point de vue d'une économie politique des langues, qui serait à élaborer, on pourra qualifier les langues comme des biens « hypercollectifs », à la fois caractérisés par les « effets de réseau » [network effects] et par les propriétés des biens collectifs, comme l'impossibilité d'exclure quiconque [non-excludability].
Dans cette perspective, la maintenance et la défense de la langue se présentent donc comme un problème d'action collective, menacée toujours par la tentation de la défection individuelle vers une langue de potentiel supérieur. Dans la même approche, la totalité des textes dans une langue donnée, soit mémorisés, soit écrits, représente le capital culturel collectif, accumulé dans cette langue et accessible que par elle, capital également hypercollectif et donnant lieu aux mêmes phénomènes.
Quand en Occident on dit « langue », on pense déjà « état » : dans le processus de formation des états, de construction des nations et d'unification des langues « nationales », chaque langue acquiert la même apparence de permanence, de cohérence interne, de distinction nette de ses voisins, comme adhérant à son gardien par excellence, l'état, qui, lui, a été chargé des tâches collectives comme la sauvegarde et la protection de la langue. En conséquence de ce lien avec l'état et contrairement au caractère « fluide » de la plupart des langues extra-occidentales, celles de l'Europe sont plutôt « robustes ». Dans le cadre d'une Europe en voie d'intégration, une communication internationale, qui va en s'intensifiant chaque jour, ne produira donc pas des langues mixtes ou créoles, ni une langue transnationale qui évincera les langues nationales, comme celles-ci écartaient encore, il n'y a pas longtemps, les parlers régionaux. Par contre, chaque société nationale connaîtra de plus en plus une situation de « diglossie », la langue indigène continuant d'accomplir ses fonctions de communication intérieure, tant officielle qu'informelle, tandis que les domaines de la communication transnationale reviendront successivement à une langue de connexion supercentrale. Cette cohabitation de deux langues se déroulera dans un équilibre dynamique et précaire entre l'érosion de la langue indigène par la langue exogène, d'une part, et de l'autre la défense de celle-ci par un état gardien et un public plus ou moins alerte.
Beaucoup de sociétés extra-occidentales, par contre, héritières d'une langue de connexion d'origine coloniale, et divisées par différentes langues indigènes, se voient confrontées avec un double dilemme : choisir comme langue nationale la langue ex-coloniale ou plutôt une langue indigène ? Et dans le cas que soit préférée une langue indigène, laquelle choisir parmi plusieurs dont les locuteurs s'envient la sélection ?
Dans toute situation spécifique, l'alternance, souvent pénible, entre la langue locale et la langue cosmopolite signifie la transition d'une orientation mentale à une autre, d'une adhérence sociale à une autre. A l'échelle microcosmique, c'est cette alternance elle-même qui contribue à constituer la société transnationale et elle est à son tour déterminée par celle-ci : l'usage témoigne déjà d'une compétence transculturelle et d'un habitus transnational. C'est précisément sur ce fil de rasoir que se situe ce cours.
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