Deux jours après le second tour des législatives, la question est toujours en suspens et fait grincer les plumes de la presse française et internationale. Certes, relève le Süddeutsche Zeitung, « l’objectif d’empêcher l’extrême droite d’obtenir une majorité au Parlement a été atteint. Mais un nouveau problème est apparu : qui va gouverner et comment, ou avec qui ? »
En effet, poursuit le quotidien allemand, « il n’y a pas de majorité claire à l’Assemblée nationale, le Parlement français n’a jamais été aussi fragmenté sous la Ve République. Former un gouvernement est déjà un défi, le maintenir en place en sera un autre. (…) la France n’a pas l’expérience des gouvernements de coalition, le système politique ne les prévoit pas vraiment. Et la gauche fait déjà clairement savoir que les macronistes devraient payer un prix élevé pour une alliance - par exemple en revenant sur la réforme des retraites. »
« La France apprend un nouveau mot : ingouvernable », pointe le New York Times. « Loin de produire une "clarification", les élections anticipées du président Macron ont abouti à un imbroglio qui pourrait prendre des mois à se démêler. (…) Les pourparlers en vue de la formation d’un gouvernement pourraient se prolonger jusqu’à l’automne, pour le vote du budget. (…) On s’attend (en effet) à ce qu’Emmanuel Macron prenne son temps pour consulter les différents partis d’un centre élargi afin d’explorer les possibilités de coalition. »
« La France divisée entre dans un territoire politique inexploré », constate en écho le Washington Post.
Le centre de tous les possibles…
Le Devoir à Québec s’interroge : « et si le centre était le grand vainqueur des élections françaises ? On le croyait moribond, en voie de disparition sur un échiquier politique toujours plus polarisé. Pourtant, en bon phénix politique, le centre français a réussi à renaître de ses cendres au soir du second tour et pourrait même enfanter le prochain Premier ministre. » En effet, relève le quotidien canadien, « dans les négociations qui ont débuté dimanche soir, le courant centriste est incontournable dans la constitution d’un gouvernement de coalition. D’ailleurs, si le Nouveau Front populaire veut accéder au gouvernement, il n’aura d’autre option que de s’entendre avec lui. »
Le quotidien israélien Haaretz est sur la même ligne : « cela pourrait nécessiter une scission du front de gauche, ce que les électeurs du bloc n’apprécieront pas, mais c’est pourtant ce dont la France pourrait avoir besoin : un gouvernement de centre-gauche plutôt qu’un gouvernement de marionnettes présidentielles. (…) Ce serait une excellente nouvelle pour les Français, estime Haaretz, et renforcer la tendance à l’éloignement des extrêmes et au rapprochement avec le centre. »
La solution verte ?
En France, Libération voit une autre orientation : « la gauche n’aurait-elle pas intérêt à oser un pari : celui de l’écologie ? », s’interroge le journal. « C’est a priori contre-intuitif, vu le peu de place accordée lors de la campagne législative aux enjeux environnementaux, comme d’ailleurs lors des européennes. Pire, alors que l’écologie était plutôt tendance ces dernières années, elle a, ces derniers mois, affronté des vents réactionnaires contraires. Pourtant, estime Libération, les raisons sont nombreuses de penser que la gauche pourrait sortir le pays de l’ornière politique dans laquelle l’a mise Emmanuel Macron en plaçant l’écologie au centre de son logiciel gouvernemental pour les trois années à venir. »
Une coalition des communistes à la droite ?
En tout cas, « le camp Macron, minoritaire, veut garder la main », relève Le Figaro. « Emmanuel Macron a choisi de laisser du temps au temps. Hier matin, alors que Gabriel Attal lui apporte sa lettre de démission, le président lui demande officiellement "de rester Premier ministre pour le moment afin d’assurer la stabilité du pays". En parallèle, le chef de l’État donne des coups de sonde en tous sens, en espérant bien rester au centre du jeu (…). "Pour l’instant, le président s’oriente vers une coalition allant des communistes à la droite", glisse l’un de ses proches. Sans le Rassemblement national (…), ni La France insoumise. Une gageure, s’exclame Le Figaro : jamais le chef de l’État n’a réussi à élargir sa majorité depuis les législatives de 2022. »
Enfin, pour La Croix, il faut « expérimenter une autre pratique du pouvoir, plus apaisée, moins verticale. » Ce qui suppose, que les députés d’un bord ou d’un autre « acceptent de négocier, et donc de n’appliquer qu’une partie de leur programme. Le compromis passé avec un partenaire ou même un adversaire n’est pas nécessairement une compromission, surtout s’il va dans le sens de l’intérêt général. »