
Sign up to save your podcasts
Or
« Ali est alaouite, raconte L’Orient-Le Jour à Beyrouth. Originaire de Masyaf, il vit et travaille au Liban depuis plus de dix ans. Lorsque le régime Assad est tombé, le 8 décembre dernier, il fut pris de panique. Non pas en raison de l’affection qu’il portait à un clan qui ne lui a jamais rien donné, comme à la grande majorité des alaouites. Mais parce que depuis sa naissance, on lui explique que les sunnites veulent sa peau. Et qu’il a peur, à l’instar du reste de sa communauté, à la fois de tout perdre et d’être associé à l’ancien pouvoir. Aux yeux de la majorité sunnite, les alaouites ont participé pendant des décennies, et en particulier durant la dernière, à la répression et aux massacres. Au mieux, ils se sont tus. Alors, ils sont coupables ».
Jeudi dernier, alors qu’on commençait à compter les morts dans la région de Lattaquié, dans le nord de la Syrie, Ali a affirmé, rapporte encore L’Orient-Le Jour : « “la guerre civile a commencé !“ Peut-être était-ce exagéré, relève le quotidien libanais. Mais ce qui s’est passé lors de ces derniers jours est beaucoup plus qu’une tâche d’ombre sur le nouveau pouvoir syrien ».
Ce qui s’est passé, précise L’Orient-Le Jour, c’est qu’à « la suite d’une insurrection menée par des factions armées pro-Assad, de violents combats ont éclaté et des centaines de civils alaouites ont été massacrés. Et quoique l’on pense des reliquats du assadisme et de ses soutiens étrangers, ce dernier élément devrait prendre le pas sur tout le reste. Si un tel massacre avait été commis sous le règne de Bachar, nous n’aurions pas eu de mots assez durs pour le condamner. Il n’y a aucune raison d’en faire autrement aujourd’hui ».
Polarisation confessionnelle…Pour le Franco-Syrien Aghiad Ghanem, enseignant-chercheur à Sciences-Po Paris spécialiste des Alaouites, interrogé par Libération à Paris, « on observe la montée d’une polarisation confessionnelle dans le pays. Une polarisation aussi vive que dans les pires moments de la guerre civile au cours de laquelle le régime d’Assad a instrumentalisé l’identité dans sa répression ultra-violente (…). La confessionnalisation du conflit aujourd’hui est très inquiétante, prévient encore le chercheur franco-syrien. On sort de 14 ans de guerre civile et de 54 ans de dictature, un contexte évidemment très sensible. Mais davantage aurait pu être fait par ce nouveau pouvoir pour assurer plus d’inclusion. On n’a toujours pas de gouvernement, qui doit représenter en principe toute la diversité de la Syrie. La conférence de dialogue national n’a duré qu’une journée, ce qui est très peu au vu des centaines de milliers de morts de la guerre civile. Le nouveau pouvoir a également peiné à ouvrir un dialogue avec les Alaouites ».
Le nouveau pouvoir syrien sur la sellettePour La Croix à Paris, « ce déchaînement de violence vient entacher l’action des nouveaux dirigeants syriens, issus du groupe islamiste radical Hayat Tahrir Al-Cham. Après leur prise du pouvoir, ils s’étaient rapidement attachés à donner des gages de modération et de tolérance, promettant de garantir “les droits de tous les peuples et de toutes les confessions en Syrie“. Les faits récents viennent balayer ces déclarations d’intention, relève le quotidien catholique. Le dirigeant Ahmed al-Charaa a appelé hier à “l’unité nationale“. S’il veut réellement diriger la Syrie tout entière et unifier un territoire qui compte de nombreuses minorités ethniques et religieuses, dont des chrétiens, et reconstruire un pays détruit par des années de guerre, c’est à son gouvernement d’y veiller. Si le pouvoir actuel n’arrive pas à mettre fin aux tensions entre communautés ou, pire encore, les encourage, alors, prévient La Croix, son action est vouée à l’échec. La paix ne pourra être atteinte que dans le respect de la diversité ».
Vers une « irakisation » de la Syrie ?Attention, prévient pour sa part Haaretz à Tel Aviv, « la Syrie pourrait se retrouver dans la même situation que l’Irak après la chute de Saddam Hussein, où les survivants de son armée ont formé des unités séparatistes qui ont rejoint Al-Qaïda et d’autres forces sunnites. Cette situation a engendré une guerre civile sanglante, au plus fort de laquelle Daesh avait les mains libres pour s’emparer de certaines parties de l’Irak. (…) Il semble que le nouveau régime syrien éprouve des difficultés à contrôler toutes les milices opérant dans le pays, pointe encore Haaretz, y compris ses anciens alliés de la révolution qui a renversé Assad en décembre dernier. Et les Alaouites sont pris au piège dans ce réseau de tensions et de menaces sectaires ».
4.2
55 ratings
« Ali est alaouite, raconte L’Orient-Le Jour à Beyrouth. Originaire de Masyaf, il vit et travaille au Liban depuis plus de dix ans. Lorsque le régime Assad est tombé, le 8 décembre dernier, il fut pris de panique. Non pas en raison de l’affection qu’il portait à un clan qui ne lui a jamais rien donné, comme à la grande majorité des alaouites. Mais parce que depuis sa naissance, on lui explique que les sunnites veulent sa peau. Et qu’il a peur, à l’instar du reste de sa communauté, à la fois de tout perdre et d’être associé à l’ancien pouvoir. Aux yeux de la majorité sunnite, les alaouites ont participé pendant des décennies, et en particulier durant la dernière, à la répression et aux massacres. Au mieux, ils se sont tus. Alors, ils sont coupables ».
Jeudi dernier, alors qu’on commençait à compter les morts dans la région de Lattaquié, dans le nord de la Syrie, Ali a affirmé, rapporte encore L’Orient-Le Jour : « “la guerre civile a commencé !“ Peut-être était-ce exagéré, relève le quotidien libanais. Mais ce qui s’est passé lors de ces derniers jours est beaucoup plus qu’une tâche d’ombre sur le nouveau pouvoir syrien ».
Ce qui s’est passé, précise L’Orient-Le Jour, c’est qu’à « la suite d’une insurrection menée par des factions armées pro-Assad, de violents combats ont éclaté et des centaines de civils alaouites ont été massacrés. Et quoique l’on pense des reliquats du assadisme et de ses soutiens étrangers, ce dernier élément devrait prendre le pas sur tout le reste. Si un tel massacre avait été commis sous le règne de Bachar, nous n’aurions pas eu de mots assez durs pour le condamner. Il n’y a aucune raison d’en faire autrement aujourd’hui ».
Polarisation confessionnelle…Pour le Franco-Syrien Aghiad Ghanem, enseignant-chercheur à Sciences-Po Paris spécialiste des Alaouites, interrogé par Libération à Paris, « on observe la montée d’une polarisation confessionnelle dans le pays. Une polarisation aussi vive que dans les pires moments de la guerre civile au cours de laquelle le régime d’Assad a instrumentalisé l’identité dans sa répression ultra-violente (…). La confessionnalisation du conflit aujourd’hui est très inquiétante, prévient encore le chercheur franco-syrien. On sort de 14 ans de guerre civile et de 54 ans de dictature, un contexte évidemment très sensible. Mais davantage aurait pu être fait par ce nouveau pouvoir pour assurer plus d’inclusion. On n’a toujours pas de gouvernement, qui doit représenter en principe toute la diversité de la Syrie. La conférence de dialogue national n’a duré qu’une journée, ce qui est très peu au vu des centaines de milliers de morts de la guerre civile. Le nouveau pouvoir a également peiné à ouvrir un dialogue avec les Alaouites ».
Le nouveau pouvoir syrien sur la sellettePour La Croix à Paris, « ce déchaînement de violence vient entacher l’action des nouveaux dirigeants syriens, issus du groupe islamiste radical Hayat Tahrir Al-Cham. Après leur prise du pouvoir, ils s’étaient rapidement attachés à donner des gages de modération et de tolérance, promettant de garantir “les droits de tous les peuples et de toutes les confessions en Syrie“. Les faits récents viennent balayer ces déclarations d’intention, relève le quotidien catholique. Le dirigeant Ahmed al-Charaa a appelé hier à “l’unité nationale“. S’il veut réellement diriger la Syrie tout entière et unifier un territoire qui compte de nombreuses minorités ethniques et religieuses, dont des chrétiens, et reconstruire un pays détruit par des années de guerre, c’est à son gouvernement d’y veiller. Si le pouvoir actuel n’arrive pas à mettre fin aux tensions entre communautés ou, pire encore, les encourage, alors, prévient La Croix, son action est vouée à l’échec. La paix ne pourra être atteinte que dans le respect de la diversité ».
Vers une « irakisation » de la Syrie ?Attention, prévient pour sa part Haaretz à Tel Aviv, « la Syrie pourrait se retrouver dans la même situation que l’Irak après la chute de Saddam Hussein, où les survivants de son armée ont formé des unités séparatistes qui ont rejoint Al-Qaïda et d’autres forces sunnites. Cette situation a engendré une guerre civile sanglante, au plus fort de laquelle Daesh avait les mains libres pour s’emparer de certaines parties de l’Irak. (…) Il semble que le nouveau régime syrien éprouve des difficultés à contrôler toutes les milices opérant dans le pays, pointe encore Haaretz, y compris ses anciens alliés de la révolution qui a renversé Assad en décembre dernier. Et les Alaouites sont pris au piège dans ce réseau de tensions et de menaces sectaires ».
16 Listeners
32 Listeners
7 Listeners
195 Listeners
40 Listeners
28 Listeners
13 Listeners
14 Listeners
42 Listeners
40 Listeners
12 Listeners
25 Listeners
7 Listeners
29 Listeners
3 Listeners
12 Listeners
0 Listeners
0 Listeners
0 Listeners
28 Listeners
1 Listeners
16 Listeners
4 Listeners
1 Listeners
4 Listeners
3 Listeners
3 Listeners
0 Listeners
0 Listeners
1 Listeners
0 Listeners
24 Listeners
1 Listeners
0 Listeners
0 Listeners