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Or


Avec son seul en scène « Mérou », qui se joue actuellement à la Scala de Paris, l'humoriste Lou Trotignon devient l'un des premiers comédiens français à consacrer un spectacle entier à la transidentité, via son expérience personnelle. En plus de cette représentation fraîche et intimiste, une collection d'archives sélectionnée en collaboration avec le Centre d'archives, des mémoires et des cultures LGBTQI+ est également visible sur place.
« Les minorités, et pas simplement les LGBTQIA+, ont cette capacité à prendre soin des archives de manière différente, de manière plus collective et de manière communautaire », explique le spécialiste des transféminismes Sam Bourcier, quant à la nécessité de l'existence en France d'un centre d'archives LGBTQIA+.
Objets, documents et même des archives orales sont récoltées par le Centre d'archives LGBTQI+, logé pour le moment à Césure (dans le 5è arrondissement de Paris), pour lequel Sam Bourcier œuvre à la programmation. Contrairement à d'autres archives plus conventionnelles, n'importe qui peut alimenter et consulter ces archives, pour la simple et bonne raison que « chaque archive compte », d'après Bourcier, pour qui la France est encore en retard sur la conservation d'archives LGBTQIA+.
C'est l'une des raisons pour laquelle l'humoriste Lou Trotignon a décidé de collaborer avec le Centre d'Archives LGBTQI+ de Paris et de les mettre à l'honneur autour de son stand-up sur la transidentité. « Le stand-up, l'humour, c'est juste raconter son histoire et il s'avère que mon histoire, c'est que je suis trans », précise le comédien.
J'ai créé ce spectacle pour que des gens comme moi ne se sentent pas seuls. Je parle de transition mais les autres peuvent également se sentir concernés. Trouver son chemin dans ce monde peut être difficile. — Lou Trotignon
Trotignon a d'ailleurs choisi de nommer son spectacle « Mérou » en référence à la nature hermaphrodite du mérou, un poisson au sexe indéterminé pendant les premières années de sa vie. « Être trans, pour moi, c'est l'identité du doute, si on doute, c'est qu'on avance », ajoute-t-il.
Invités :
Lou Trotignon, comédien et humoriste. Son spectacle « Mérou » se joue actuellement à la Scala de Paris, du 9 au 19 juin 2026.
Sam Bourcier, sociologue, figure de l'activisme queer, spécialiste des subcultures sexuelles, des féminismes et des transféminismes, collecteur d’archives orales, responsable de la programmation du Centre d'archives LGBTQI+ de Paris et professeur des universités.
Programmation musicale :
Alma Rechtman et son titre Corps tambour.
Dans Et si on arrêtait de penser au masculin ?, publié aux éditions Le Robert, le psycholinguiste Pascal Gygax démonte les mécanismes de la masculinisation de la langue et montre en quoi ils influencent en profondeur notre vision de la société.
Un père et son fils partent en voiture à la campagne. Sur le chemin, ils ont un accident. Le père meurt, mais le fils survit et est amené aux urgences. Arrivé à l’hôpital, le chirurgien de garde dit : « Je ne peux pas opérer car c’est mon fils ! » Comment cette situation est possible ?
C'est par cette devinette, qui s’avère être une question assez structurante, que commence l'essai co-écrit par Pascal Gygax ! La réponse est la « mère » mais beaucoup de gens testés ont eu beaucoup de peine à trouver la solution, comme si notre cerveau ne pouvait le capter immédiatement ! « Il y a un stéréotype ! On n'est pas habitué à l'association « chirurgien/femme ». En langue française, on a un autre problème : on utilise le masculin pour parler de personnes qui ne sont pas homme (médecin, professeur....) ».
C'est ce qu'on appelle le masculin générique...
Pour le chercheur, le cerveau a du mal à envisager spontanément le féminin lorsqu'il doit souvent lever une ambiguïté entre un féminin et un masculin. « Mais notre cerveau n’aime pas laisser des cases vides : lorsqu’il doit trancher, il va plutôt se tourner vers le masculin. C’est une forme d’androcentrisme. Nous voyons le monde à travers un prisme plutôt masculin, parce que nous y avons été exposés depuis tout petits. »
Mais, comment on est ont arrivé là ?
Tout d'abord, il y a eu des vagues de « masculinisation de la langue » notamment à partir du XVIIè siècle : des mots comme « autrice » ont disparu. « Une manière de dire aux femmes que les métiers tels que docteur, philosophe, sont réservés aux hommes ! C'est très assumé. »
Comment faire un langage plus inclusif ? Pascal Gygax nous apprend que les premières théories sur l'écriture inclusives apparaissent dans le livre de Nancy Hardesty Inclusive Language in the Church. Dans cet ouvrage, l'autrice proposait d'utiliser des termes épicènes « enfant de Dieu » plutôt que « fils de Dieu ».
« Il ne faut pas confondre écriture inclusive et point médian qui est juste une des formes possibles de l'écriture inclusive », précise Pascal Gygax. D’autres stratégies existent : changer la fonction grammaticale, utiliser le pluriel ou encore recourir à la forme passive.
On peut aussi employer des doublets : « Françaises, Français », « les femmes et les hommes ». Mais est-ce que cela peut fonctionner ? « C’est surtout une question d’habitude. Certaines formes, comme les néologismes, mettront sans doute plus de temps à entrer dans les mœurs ».
Et la chronique Ailleurs nous emmène à Kinshasa en République démocratique du Congo où Israël Tshipamba, directeur du festival Ça se passe à Kin.
Invité : Pascal Gygax, psycholinguiste, directeur de recherches à l’université de Fribourg en Suisse. Co-auteur avec de Et si on arrêtait de penser au masculin ? publié aux éditions Le Robert.
Programmation musicale :
Les artistes Sébastien Tellier & Juliette Armanet avec le titre « Attraction ».
Dans Holopherne doit mourir, l'avocate Chirinne Ardakani met en scène le procès fictif du Patricarcat.
Un procès pour féminicide, un procès de masse historique au nom de toutes les femmes et pour toutes les victimes pour juger du patriarcat qui gouverne nos sociétés depuis des décennies voire des siècles. Une œuvre pensée pour créer du débat.
"J'ai imaginé ce procès du patriarcat car c'est une nécessité de savoir ce que des siècles nous ont laissé en héritage : le quotidien nous le montre, des femmes continuent à mourir car elles sont des femmes" explique Chirinne Ardakani.
Mêlant droit, théâtre et histoire de l’art, le Théâtre de la Concorde propose avec ce spectacle de rendre justice aux vies. Dans cette audience hors norme, des figures multiples– anonymes, historiques ou symboliques – sont appelées à comparaître.
Toutes sont suspectées d’avoir participé, à des degrés divers, à une organisation criminelle tentaculaire : le Patriarcat incarné par Holopherne. Holopherne est un personnage du livre de Judith, dans la Bible. C'est un général sanguinaire chargé de piller les cités puis des violer les femmes. Il va tomber amoureux de Judith, une veuve magnifique qui va le séduire, le faire boire, puis le tuer en le décapitant. Au cœur du procès, il y a Holopherne mais aussi un tableau célèbre, Judith décapitant Holopherne signé par l'artiste italienne Artemisia Gentileschi du début du 17eme siècle.
Très tôt dans le spectacle, il y a un montage vidéo ou sont incriminés tous les puissants de ce monde et de tous les pays, de l’Afghanistan au Soudan : "De tout temps, les lois, les états estiment que e corps des femmes est un sujet de législation. Qu'on peut disposer comme on veut de leurs corps."
L'avocate rappelle que le Code civil a longtemps été très misogyne en France avec de grandes inégalités qui perdurent encore dans de nombreux pays.
Dans la vraie vie, Chirinne Ardanaki est avocate pénaliste à la Défense : je défends des hommes accusés de crimes sexuels mais dans la vie de tous les jours, elle est engagée pour la défense des femmes "Je défends l'homme mais je combat le mâle, le théâtre est un moyen pour cela."
Invitée : Chirinne Ardakani, avocate en droit pénal et en droit des étrangers, autrice et militante pour les droits humains. Elle est l'avocate du Prix Nobel de la paix Narges Mohammadi.
Et le reportage de Fanny Imbert avec des spectateurs.
Programmation musicale :
L'artiste Yamé avec le titre Ne reviens pas.
Dans Le loup de la famille, l'auteur libanais Souhaib Ayoub raconte la vie d'une famille traversée par la guerre.
Le loup de la famille raconte l'histoire d'une famille sur trois générations mais aussi la vie d'un immeuble dans un quartier pauvre de Tripoli, la deuxième ville du Liban au nord du pays.
Le roman n'est pas daté et c'est volontaire « il y a aussi beaucoup de guerres locales : à Tripoli par exemple, entre les Sunnites et les Alaouites, on a aussi la guerre civile et toutes les guerres personnelles de chaque famille ! »
L’appartement familial a été bombardé et le narrateur, Hassan, un ado muet le raconte comme une légende, et pour cause, le narrateur n'était pas né ! La famille de cet immeuble est atypique : il y a Shamzé, la grand-mère, une femme bédouine qui a vécu de nombreux drames, Zied, le père amant de DolceVita, une femme transgenre.
Le roman est traversé de bout en bout par la guerre... « La guerre, cette fille de pute ! ».
Souhaib Ayoub définit la guerre actuelle comme une guerre insupportable. « On est attaqués chaque jour par Israël ». Même en exil, il porte la douleur de la guerre et éprouve une forme de culpabilité à vivre loin de son pays. « Au Liban, on ne vit jamais de vraie paix, il y a juste des moments d'espoirs de paix. C'est un peuple qui vit en résistance tout le temps ! Chaque Libanais vit la guerre n'importe où, comme un acte de fuite. »
Invité : Souhaib Ayoub, écrivain, peintre et comédien, est né en 1989 à Tripoli, au Liban. Il réside à Paris depuis 2015. Il est à l'origine du projet « Ta’a naktob » (« Écrivons ensemble ») visant à promouvoir l’écriture créative auprès des jeunes.
Il est l'auteur de Rajul min sâtân (« Un homme de satin » sorti en 2019) et de « Le loup de la famille », aux éditions Actes Sud, son premier récit traduit en France.
Et, comme chaque mercredi, Lucie Bouteloup décrypte une expression bien connue de la langue française dans sa chronique « La puce à l’oreille ». Cette semaine encore, on découvre les dessous de l'expression « se faire du mouron » avec Sarah Decottignies, lexicographe aux éditions Le Robert et toujours avec la complicité des élèves de CM1 A de l'École Arago, située dans le 13è arrondissement de Paris !
Programmation musicale : Les artistes JeanJass & Chilly Gonzales avec le titre « IMAX ».
Dans son nouveau livre L'Odyssée par l'Odyssée, l'auteur Christophe Ono-dit-Biot a décidé de raconter l’Odyssée de.... l’Odyssée, une lecture subjective du (très) long poème d'Homère !
Comment raconter l’Odyssée ? Ce long voyage d'Ulysse son héros, à travers les mers, l'histoire de sa femme Penelope et de son fils Télémaque. Plus de 12 000 vers et des dizaines de personnages, dieux et mortels, que l’on attribue à un certain Homère sans savoir si celui-ci a vraiment existé… Comment raconter cette épopée qui hante l’imaginaire occidental depuis l’Antiquité et la rendre accessible ?
Avec son livre, Christophe Ono-dit-Biot raconte ce qu'est ce texte comme si c'était un roman, précise l'auteur, « je veux donner l'envie au lecteur de se précipiter sur le texte homérique, même s'il est difficile à lire aujourd'hui ».
Une lecture moderne de l'Odyssée en courts chapitresIl raconte à sa façon les mots d'Homère et s'arrête pour expliciter les aventures par courts chapitres.
Cet amour pour le texte d'Homère, l'auteur le tient tout d'abord de la série animée Ulysse 31 diffusée à la télévision dans les années 80, puis des cours de grec ancien qu'il a suivis durant sa scolarité « C'est un texte qui contient de nombreuses réponses à des questions qu'on s'est posées à toute époque sur les grands thèmes : la mort, l'amour, l'inconnu mais aussi le transhumanisme, l'intelligence artificielle. C'est pour cela que ce texte traverse les siècles »
Oralité et épopées : quand les aèdes racontaient l’Odyssée
Le texte fait partie des retours ou nostoi en grec. Christophe Ono-dit-Biot insiste sur l'importance de l'oralité car à l'origine, le texte est dit par les fameux aèdes, un artiste qui chante des épopées en s'accompagnant d'un instrument de musique souvent une phorminx, une sorte de lyre « C'était un peu les stand-uppers de l'époque ! Ils devaient être enthousiastes au sens étymologique du terme : c'est-à-dire presque possédés par les dieux ! »
De «nostalgie» à «xénophobie» : ces mots du quotidien hérités de l’Odyssée
Tout au long de votre livre, l'auteur souligne l’actualité de l’Odyssée mais aussi l’importance du grec dans notre vocabulaire. « Protée » qui a donné protéiforme ou encore les rituels d’hospitalité qui ont donné naissance au « philoxenia » lors de l’épisode du cyclope et son contraire « xenophobie »...
« Circé » qui a donné « cirque » ou encore le mot « nostalgie » hérité des « nostoi ».
Invité : Christophe Ono-dit-Biot, journaliste, écrivain français et directeur adjoint de la rédaction de l'hebdomadaire Le Point.
Auteur de « L’Odyssée de l’Odyssée”. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les aventures d’Ulysse sans avoir jamais lu Homère », aux éditions Grasset.
Programmation musicale :
Les artistes Areski Belkacem et Brigitte Fontaine avec le titre L'eternel retour.
Simon Paré-Poupart est éboueur - ou vidangeur comme on dit au Québec - depuis une vingtaine d'années dans la région de Montréal. Il publie Ordures! Journal d'un vidangeur chez Lux Éditions.
Simon Paré-Poupart est éboueur - ou plus précisément « Vidangeur » : car c'est le terme utilisé au Canada. Il nettoie la « marde » des autres. Depuis qu'il a commencé « sa » job, il a ramassé près de 70.000 tonnes de déchets.
Dans ce livre publié, véritable journal intime de son métier, Simon Paré-Poupart raconte les dessous de ce métier sans aucun pathos : la dure réalité de son métier : un métier physique, et peu valorisé socialement. Il se compare à un « Sisyphe de la société de consommation ».
Diplômé en sociologie, ce métier, il l'a choisi « Je trouve qu'il y a quelque chose d'enivrant à faire ce métier ».
Et on peut se poser la question : que racontent nos ordures ? Que disent-elles de nous qui jetons près de 2 milliards de tonnes de déchets par an dans le monde avec des matières de plus en plus difficiles à recycler ?
Simon Paré-Poupart se définit comme freegan. Il récupère les déchets de la société de consommation puis en vit afin de consommer le moins possible.
Éboueur par choix, par adhésion et en toute conscience, il raconte la fierté et la joie qu'il éprouve à exercer ce métier… ce qui va à rebours du premier sentiment que l’on peut avoir en voyant passer les camions poubelles !
Son livre n'est pas sans rappeler l'essai de Joseph Ponthus À la ligne publié en 2019. Disparu en 2021, cet auteur qui a travaillé à la chaîne dans les usines racontait les dessous de la vie dans les usines.
Ordures ! regorge d'expressions québécoises. « Job » est au féminin. On trouve aussi les mots « marde », le « helper », « le draveur » ou « le bucheux » ou encore des expressions telles que « Rester sur la run pour taler ».
Et la chronique Ailleurs nous emmène à Kinshasa en République démocratique du Congo où Valentin Kuamba Kuka nous parlera du laboratoire MASAPO qui célèbre la diversité des récits et revitalise l’art du conte.
Invité : Simon Paré-Poupart, écrivain, sociologue et vidangeur.
Son ouvrage Ordures ! a remporté le Prix des libraires du Québec 2025 dans la catégorie essai. À retrouver chex Lux Éditions.
Programmation musicale :
Le groupe Il Est Vilaine avec le titre Ketchup purée.
La chanteuse Suzanne Belaubre sort son premier album Feu de bois.
Elle voit la musique en couleurs… Chacune de ses chansons est associée à une teinte particulière. Suzanne Belaubre publie son premier vrai album après une mixtape. Ses chansons, très poétiques, abordent nos imperfections, nos fragilités, nos fêlures. Elle avait envie de faire un pas vers la lumière qu'on porte en soi.
L'artiste a la capacité d’associer la musique à des couleurs. À la fin du XIXè siècle, on appelait cela l’« audition colorée ». Aujourd’hui, ce phénomène neurologique porte un nom scientifique : la synesthésie. Et cela se ressent dans sa musique. « Quand je compose au piano, il y a la musique et les mots qui viennent ensemble ».
Le disque est volontairement sans percussions, mais non sans rythme : Ce qui importe, c'est la mélodie et le jeu des silences.
Son album a été enregistré à Montréal, « J'avais découvert la scène francophone québécoise que je trouvais fantastique. Cela m'a beaucoup enrichie, notamment dans leur manière d'utiliser le langage. C'est très inspirant pour le chant et le déploiement de la voix. »
Les arbres, la nature, les oiseaux sont également des thèmes récurrents, presque obsessionnels dans Feu de bois. Suzanne Belaubre explique qu'elle a un rapport particulier aux arbres depuis son enfance. « Les arbres font partie des organismes les plus anciens de notre monde, on découvre énormément de choses sur leur fonctionnement. J'ai besoin de retrouver une mémoire ancestrale bienveillante, et c'est ce que peuvent m'apporter les vieux arbres ».
Invitée : Suzanne Belaubre, chanteuse, autrice, compositrice, pianiste, bassiste, beatmaker. Son premier album Feu de bois est composé de dix-huit titres enregistrés à Montréal.
Elle sera en concert le 3 juin 2026 à la Maroquinerie en première partie de Marie-Flore.
Programmation musicale :
- Cosmonaute
- À mon rythme
- Si je suis un arbre
- C'est quoi la suite.
Dans son romain Clément, l'auteur Romain Lemire brise le tabou de l'inceste que lui et ses frères ont subi durant son enfance.
Dans cette auto-fiction, Romain Lemire raconte son histoire même si vous avez changé les prénoms des protagonistes : un petit garçon qui vit une enfance heureuse avec ses deux frères et sa sœur au sein d’une famille bourgeoise, aimante, cultivée jusqu’à ce jour de juillet 1983 où son père qu'il admire tant, le réveille une nuit pour abuser de lui. Son père, un professeur de lettres brillant, un homme admiré, séduisant loin de l'image qu'on pourrait s'en faire.
Pour préparer le livre, il a fouillé dans vingt-cinq ans d'agendas, quinze ans de photos et relu toutes ses lettres.
Le roman évolue au fil des années du narrateur. La première partie du livre est écrite à la première personne : c’est un journal intime qui commence le jour de sa naissance, le 25 juin 1976, à la maternité de Port-Royal à Paris. On entend un bébé parler, commenter ce qui l’entoure avec humour. On le voit grandir, on partage ses joies, ses découvertes, ses étonnements et quand l’innommable se produit, quand il raconte avec l’innocence d’un garçon de 7 ans, ce que son père lui montre et lui demande... Puis c'est le récit de Clément devenu adulte à la première personne, ensuite à la troisième personne, avant un retour au retour au « je » et aux échanges épistolaires avec les membres de sa famille...
Avec ce roman, l'auteur entend témoigner et briser le tabou de l'inceste. Les chiffres sont terribles : en France, un enfant est victime d’inceste toutes les 3 minutes; un fléau qu’on retrouve à peu près dans les mêmes proportions partout dans le monde.
Invité : Romain Lemire, auteur, parolier et chanteur. Son roman Clément est paru aux éditions Le Cherche-Midi.
Clément a remporté le Prix Goncourt du Premier roman.
Et, comme chaque mercredi, Lucie Bouteloup décrypte une expression bien connue de la langue française dans sa chronique « La puce à l’oreille ». Cette semaine encore, on découvre les dessous de l'expression « Faire amende honorable » avec Jean Pruvost, et toujours avec la complicité des élèves de CM2B de l'école Arago, située dans le 13è arrondissement de Paris.
Programmation musicale : L'artiste Camille Yembé avec le titre Rien à fêter.
L'acteur et metteur en scène Charles Berlin signe la mise en scène du texte « C'est si simple l'amour » dans un dyptique consacré à l'auteur Lars Norén. Un huis-clos à l'humour mordant et aux dialogues acérés.
Deux couples d’amis se retrouvent pour fêter la première d’un spectacle mais au fur et à mesure que l’alcool délie les langues, ils vont se déchirer, exposer leurs failles, leur jalousie, leurs trahisons et révéler leurs vrais visages au terme d’une soirée explosive : « Lars Noren voulait écrire ce qui surgissait, sans se censurer », nous précise Charles Berling.
Un salon bourgeois comme théâtre de l’explosion intime
La pièce se déroule dans un immense salon bourgeois, décoré avec goût : une partie du public est placée sur scène, les spectateurs sont donc assis à deux pas du cœur de l’action « Je voulais matérialiser sur scène le fait qu'on a de moins en moins d'intimité ». Les canapés sont recouverts de draps blancs. « Au début, tout est beau, tout est emballé puis tout se délite ! »
Une tragicomédie selon Norén et Berling
La pièce oscille entre humour noir et règlements de comptes sans pitié. Les dialogues sont très crus, les insultes foudroyantes : « quand la tragicomédie existe, quand les gens rient et sont effrayés, je suis totalement heureux ». Malgré cela, la pièce ne bascule jamais dans le pathos. « Ce qu'il faut c'est qu'on rentre dans la pièce et qu'elle nous bouleverse, on a fait un grand travail de texte ».
« Lost and found » et « C’est si simple l’amour » font partie du cycle des 14 pièces écrites par Norèn entre 1989 et 1995.
Invité : Charles Berling, né en 1958 à Saint-Mandé, est un acteur, metteur en scène et réalisateur français. Issu d’une famille de diplomates, il passe son enfance entre l’Asie et l’Afrique, puis se forme au théâtre en France. Révélé au cinéma dans les années 1990, il se fait connaître du grand public avec des films comme « Nelly et Mr Arnaud », « Ridicule » ou « L’ennui ». Il mène en parallèle une importante carrière au théâtre, comme comédien et metteur en scène, et devient aussi directeur de lieux culturels (notamment à Toulon/Châteauvallon). Engagé, il défend une vision exigeante et populaire de la culture, entre cinéma d’auteur, théâtre et projets audiovisuels. Il dirige le Théâtre Chateauvallon Liberté Scène à Toulon.
Lars Göran Ingemar Norén est un poète, metteur en scène, dramaturge et auteur suédois, né le 9 avril 1944, à Stockholm en Suède, et mort le 26 janvier 2021. Il est considéré comme l’une des grandes voix du théâtre européen contemporain. Souvent rapproché de Strindberg ou de Bergman, il explorait dans ses pièces, les zones sombres de l’intime : familles en crise, secrets, maladies, solitude, violence sociale, racisme, dérive des marginaux.
C'est si simple l'amour : À voir au Théâtre de l'Atelier jusqu'au 1er juillet 2026.
Programmation musicale : L'artiste Pépite avec le titre L'amertume.
Comment se construire, comment imaginer son avenir, comment croire en ses rêves lorsqu’on passe sa terminale de lycée de banlieue parisienne dans une « classe poubelle » comme les élèves eux-mêmes la surnomment ? Marion Fritsch publie L'École de la vie, aux éditions Albin Michel.
Ils s'appellent Antoine, Inès, Adama, Clara, Rachid ou Fanny. Ils ont 17 ans, des sacs vides et forment « la classe poubelle ».
L'École de la vie est un roman écrit à la première personne du singulier qui mélange histoire personnelle, fiction et réalité.
Marion Fritsch puise dans ses souvenirs de lycée et fait parler des anciens camarades de classe de terminale STMG (Sciences et technologies du management et de la gestion) : une filière du lycée général et technologique en France : « Ce sont les années qui m'ont le plus appris ».
Un livre, écrit en vers libres — à mi-chemin entre la poésie et la narration. Les polices varient, certains passages sont en italique, d’autres en majuscules, des mots se lisent verticalement, s’éparpillent au beau milieu d’une page ou forment carrément un portrait… Sans que jamais le lecteur ne soit perdu : le texte en sort encore plus vivant ; une façon de le rendre plus musical, de lui donner du souffle : « Je voulais faire ressortir des émotions, par une écriture visuelle. »
Elle restitue une langue adolescente et jeune du début des années 2000 : « Il y a beaucoup d'oralité dans mon écriture », précise-t-elle. Elle évoque à travers les portraits de plusieurs de ses anciens camarades des thèmes chers à l'adolescence tels que l’homosexualité, les grossesses précoces, la violence sociale dans une classe quelque peu méprisée par les professeurs qui parlent d'eux comme on parlerait d’une brigade criminelle.
Elle raconte également avoir grandi en banlieue avec « de grandes lacunes scolaires » et le sentiment de ne « jamais réussir ».
L'autrice publie aussi des recueils de poèmes et des textes sur les réseaux sociaux. Elle est convaincue que « tout le monde peut lire, être touché par la poésie ».
Invitée : Marion Fritsch, écrivaine et poète. Elle a créé son compte Instagram @unlivre_unehistoire.
Elle anime des ateliers d'écriture au tribunal de Bobigny avec des jeunes en réinsertion. Son roman L'École de la vie est paru aux éditions Albin Michel.
Et la chronique Ailleurs nous emmène à Kigali, au Rwanda, où le Centre culturel francophone fête cette année ses cinq ans.
Programmation musicale : L'artiste montréalais Mathieu Des Longschamps avec le titre Le vert et le bleu.
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Une émission consacrée à la langue française dans le monde et aux cultures orales. Un rendez-vous quotidien du lundi au jeudi, pour rendre plus vivant notre rapport à la langue, et être la vitrine…

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