Le grand invité Afrique

Le grand invité Afrique

By RFI
Download on the App Store

Le grand invité Afrique episodes

  • Pour l'artiste marocaine Soukaïna Oufkir, «la musique a toujours été une belle évasion» de l'enfermement

    C’est au Maroc que nous retrouvons notre grand invité Afrique samedi 7 septembre. Soukaïna Oufkir a 60 ans, elle est la plus jeune de filles du Général Oufkir. Après une tentative de coup d'État avorté en décembre 1972, la famille Oufkir fut enfermée pendant près de 24 ans, dont 19 ans en prison et 5 ans en résidence surveillée, sur ordre du roi Hassan II. Pour survivre la détention, pour renaitre après le départ pour la France, pour retrouver un équilibre, Soukaïna Oufkir a notamment appris à jouer de la musique. Après 30 années de travail, elle sort ce 20 septembre son premier album et elle est aujourd’hui au micro de Guillaume Thibault. 

    À lire aussiMaroc: les musiciens se préparent pour la 25e édition du festival Gnaoua et musiques du monde

    À lire aussi1. Soukaïna Oufkir

     

     

    5 min
  • Algérie: «Abdelmadjid Tebboune est très contesté au sein de l’armée»

    En Algérie, la présidentielle, c'est ce samedi 7 septembre. Trois candidats sont en lice, dont le président sortant, Abdelmadjid Tebboune, qui est soutenu par l'ancien parti unique FLN. Mais quel est le poids de l'armée dans ce scrutin ? Pour Ali Bensaad, il est déterminant. Cet analyste est professeur des universités à l'Institut français de géopolitique de Paris VIII.

    RFI : Pourquoi dites-vous, dans une récente tribune à Mediapart, qu'Abdelmadjid Tebboune a dû se soumettre aux militaires pour pouvoir faire un deuxième mandat ?

    Ali Bensaad : En fait, Tebboune est très contesté justement au sein de l'armée pour sa médiocrité politique. Et il y a de la part de l'armée, si je puis dire, une quasi-obsession de contrôle des acteurs politiques. Et la candidature de Tebboune n'était absolument pas acquise. Et on a même parlé à un moment donné de la possibilité d'un candidat militaire. D'ailleurs, publiquement, les décideurs ont fait savoir pendant un bon bout de temps que les élections allaient être reportées, etc. Et en fait, Tebboune n'a été, si je puis dire, avalisé qu'après une emprise encore plus grande de l'armée sur la vie politique et institutionnelle. Ce n'est pas fortuit que, la veille de la déclaration de candidature de Tebboune, un décret a été promulgué, ce décret qui légalise de fait le passage de la haute administration civile et celle des entreprises publiques sous l'autorité de l'armée.

    À lire aussiAlgérie: qui sont les trois candidats à l'élection présidentielle?

    C'est-à-dire que, très discrètement, au mois de juin dernier, est passé un nouveau décret qui autorise les officiers supérieurs de l'armée algérienne à accéder aux plus hautes fonctions publiques tout en restant sous l'autorité de l'état-major algérien. C'est ça ?

    Exactement. Et de fait, on a eu plusieurs entreprises, les entreprises de téléphonie, les aéroports, les sociétés des eaux, etc, qui sont dirigées actuellement par des militaires et c'est au prix de cette dévitalisation, si je peux dire, de la fonction publique, où l'armée se réattribue ces fonctions-là, que la candidature de Tebboune est devenue acceptable pour un dernier mandat.

    Depuis trois ans, le discours du pouvoir algérien se durcit contre la France. Est-ce que c'est seulement à cause de la petite phrase d'Emmanuel Macron, c'était en septembre 2021, sur « le système politico-militaire algérien » ?

    Alors c'est un prétexte. Mais ce raidissement, en fait, il s'explique pour des raisons strictement internes. C'est lié au raidissement autoritaire du régime, à son désir de soustraire la population au monde pour mieux l'enfermer, pour mieux asseoir son autoritarisme sans risquer des parasitages extérieurs. Or, il se trouve que la France, qu'on l'aime ou pas, est de fait la fenêtre d'ouverture sur le monde la plus pratique et la plus proche pour les Algériens.

    À cause de la diaspora notamment ?

    Pas seulement à cause de la diaspora. On est à une heure de Paris. Et donc la France est devenue, pour le régime, le pays à diaboliser à tout prix. Et le régime en a perdu la mesure de ce que sont les relations internationales. Et je pense qu'un des éléments justement de l'isolement dans lequel est l'Algérie actuellement, c'est cette diplomatie de la confrontation, cette diplomatie populiste, je dirais. Et elle est quelque part suicidaire, parce que la décision de substituer brutalement l'anglais au français à l'université, c'est insensé. Et en cassant ce maigre tissu [francophone] pour une hypothétique acquisition de l'anglais, ça ne s’acquiert pas comme ça. Donc c'est un effet retour de bâton sur la société. Et moi, même si je regrette beaucoup la position de la France qui s'est départie de sa position d'équilibre entre l'Algérie et le Maroc, j'estime que ce qu'elle a fait, c'est quasiment un retour de bâton de la politique populiste algérienne. Mon interprétation du changement de la position politique de la France à l'égard de la question du Sahara, c’est lié au fait que, la France maintenait une position d'équilibre parce que l'Algérie était un pays qui comptait pour la France, pour ne pas percuter ses intérêts, etc. Mais l'Algérie ne compte plus, non seulement pour la France, pour l'Espagne qui a précédé la France, mais même pour la Russie qui se permet d'avoir des milices [Wagner] qui menacent la sécurité de l'Algérie à ses frontières. C'est un pays extrêmement affaibli et isolé.

    À lire aussiPrésidentielle en Algérie: la jeunesse désabusée et sans espoir pour un vrai changement

     

     

    17 min
  • Chine-Afrique: Pékin est très prudent «pour tout ce qui est engagement dans les questions de sécurité»

    Grand banquet hier soir, grand discours ce matin... Le président chinois Xi Jinping reçoit ses homologues africains en grande pompe à l'occasion du neuvième sommet Chine-Afrique, qui se tient à Pékin jusqu'au vendredi 6 septembre. Selon un décompte de l'AFP, 25 dirigeants africains sont là. Normal, la Chine est le premier partenaire commercial de l'Afrique. Mais entre la Chine et l'Afrique, tout n'est pas rose. Il y a aussi des sujets d'inquiétude. Valérie Niquet est chercheuse à la Fondation pour la recherche stratégique. Elle a publié chez Tallandier La Chine en 100 questions.

    RFI :  Alors, la chute spectaculaire des prêts chinois aux pays africains depuis quatre ans, est-ce le signe d'un désengagement ou d'un simple changement de stratégie ?

    Valérie Niquet : C'est présenté comme un changement de stratégie avec la réorientation des initiatives des routes de la soie vers des projets plus petits, moins coûteux, plus soucieux de l'environnement. Mais ça recouvre aussi une nécessité, c'est que l'économie chinoise rencontre de grandes difficultés. La Chine a besoin d'investissements, notamment pour tout ce qui concerne la prise en charge sociale sur son propre territoire. Il y a eu un gros ralentissement de la croissance chinoise qui n'est pas repartie. Elle est aujourd'hui autour de 4% à 5% par an, ce qui est très peu pour un pays comme la Chine. Et donc, il y a moins de moyens. Donc c'est un peu terminé, le temps où la Chine fournissait largement des prêts et des aides pour acheter en quelque sorte le soutien de beaucoup de pays.

    Depuis un an, les Chinois subissent une déconvenue en Afrique de l'Ouest. Ils ont financé pour quatre milliards de dollars un oléoduc Niger-Bénin dans lequel le pétrole ne coule pas à cause de la crise entre les deux pays. Ils se retrouvent médiateurs, bien malgré eux, d'une crise dont ils se seraient bien passés. Est-ce que cela ne risque pas de les refroidir dans leurs projets d'investissement au Sahel et en Afrique de l’Ouest ?

    Alors ce qui est certain, c'est que la Chine en Afrique, finalement, joue un rôle majeur d'un point de vue économique. En revanche, la Chine est très prudente pour tout ce qui est engagement dans les questions de sécurité en Afrique, et elle s'inquiète évidemment beaucoup de la situation au Sahel, en Afrique de l'Ouest. Et en même temps, elle n'est pas capable aujourd'hui, on parle beaucoup de la montée en puissance de la Chine, mais la Chine n'est pas capable aujourd'hui, en dépit de sa base navale à Djibouti par exemple, de jouer le rôle que ces puissances comme la France ou, d'une manière plus négative, certains groupes russes peuvent jouer dans la région. Et donc elle est plutôt spectatrice et inquiète, en effet, pour des investissements actuels ou futurs. La Chine a été aussi très active au Soudan et elle surveille de très près la situation dans les deux Soudan, où elle a aussi d'importants intérêts.

    À lire aussiForum sino-africain: l'Afrique espère rééquilibrer sa coopération avec la Chine

    Mais quand Niamey et Cotonou demandent à la Chine de faire médiation dans leur différend pétrolier, est-ce que cette puissance chinoise n'est pas obligée de faire de la politique malgré elle ?

    Oui, elle le fait. Et c'est vrai aussi que ça flatte l'intérêt de la Chine qui se présente comme un médiateur, que ce soit là, mais on l'a vu dans d'autres circonstances, avec des accords signés à Pékin entre l'Iran et l'Arabie saoudite ou plus récemment entre Palestiniens. Donc, en fait, la Chine est intéressée à apparaître comme un acteur important qui peut jouer un rôle diplomatique sur la scène africaine. Il n'est pas certain qu'elle en soit tout à fait capable et surtout qu'elle ait envie de prendre parti pour l'un ou pour l'autre, puisqu'elle a des intérêts des deux côtés.

    Mais on peut imaginer que, pendant ce sommet de Pékin, elle essaye de rapprocher les points de vue du Niger et du Bénin ?

    Oui, et cinquante pays africains sont présents. Et donc Pékin, on le voit, en profite pour avoir de multiples réunions bilatérales qui permettent en effet de faire avancer des dossiers complexes.

    Alors, on dit que les Chinois abandonnent les méga projets d'infrastructures, mais est-ce qu'il n'y a pas une exception pour les pays très dotés en matières premières ? Je pense par exemple à la Guinée-Conakry et à ses mines de fer de Simandou et au Congo-Kinshasa et à ses mines de cobalt…

    Alors effectivement, la Chine a joué un rôle majeur dans le développement des infrastructures qui lui permettent d'avoir accès aux ressources. Et le Congo est notamment très important avec le cobalt en raison du rôle de ce minerai dans les nouvelles énergies pour l'adaptation climatique.

    En 2008, Joseph Kabila a signé avec la Chine un contrat mines contre infrastructures. Mais quinze ans plus tard, l'Inspection générale des finances du Congo-Kinshasa a dénoncé « une colonisation économique inacceptable » et Félix Tshisekedi a réclamé un dédommagement de quelque vingt milliards de dollars lors d'une visite à Pékin. Est-ce qu'il n'y a pas aussi, côté congolais, des sujets de mécontentement ?

    Alors du côté congolais, mais aussi dans d'autres pays où notamment la société civile et des partis d'opposition sont de plus en plus sourcilleux par rapport aux projets d'investissements chinois qui sont souvent très peu transparents. On ne sait pas très bien ce que la Chine obtient réellement en échange de ses investissements et il y a des demandes assez fortes de la part de certains secteurs, de la société civile ou de partis d'opposition pour essayer de remettre en question une relation qui est trop asymétrique entre une puissance chinoise qui fait à peu près ce qu'elle veut et des régimes qui ont parfois intérêt à coopérer avec Pékin sans poser trop de questions.

    À lire aussiLa Chine s'engage à allouer à l'Afrique 50 milliards de dollars en trois ans

    12 min
  • RDC: «Makala, ça reste cette antichambre de l'enfer où la survie est un miracle»

    Que s'est-il réellement passé à Makala, la plus grande prison de Kinshasa, dans la nuit de dimanche à lundi dernier ? Par quel enchaînement tragique est-on arrivé à la mort de 129 détenus, selon la version officielle des autorités congolaises ? Le journaliste congolais Stanis Bujakera est le directeur de publication adjoint du site d'information actualité.cd. Il connait bien cette prison, puisque, vous vous souvenez, il y a été détenu pendant près de sept mois, jusqu'en mars dernier. Il y a gardé, bien sûr, quelques contacts. Il témoigne au micro de Christophe Boisbouvier.

    RFI : Tout aurait commencé dans la nuit de dimanche 1ᵉʳ septembre à lundi 2 septembre vers 2 h du matin, des détenus seraient sortis du bâtiment où ils étaient enfermés. Est-ce qu'on sait pourquoi ils ont voulu en sortir ?

    Stanis Bujakera : Pour le moment, il y a des évidences. Tous, et même les autorités au niveau du gouvernement, écartent de plus en plus la thèse d'une attaque extérieure. Et je parlais avec quelques prisonniers, effectivement, qui affirment que c'est quelque chose qui est parti de l'intérieur de la prison. Plusieurs de mes contacts sur place ont par exemple expliqué que les événements seraient partis du pavillon 4.

    Des gens qui voulaient s'évader, à votre avis ?

    Alors, nous sommes dans la nuit, il n'y a pas de courant, donc il n'y a pas d'électricité. Sous une petite pluie, vous avez des gens qui ont cassé les différentes portes des pavillons, parce qu'à ces heures-là, il faut dire que les pavillons sont totalement fermés. Et donc, est-ce qu'il faut parler d'une tentative d'évasion quand des détenus hommes sont allés au pavillon 9, le pavillon dédié aux femmes, et ils y ont pénétré, et ont violé des femmes, et certaines femmes ont même été ramenées dans certains pavillons d’hommes, d'après plusieurs témoignages ? Est-ce que vous avez vu des gens, qui veulent s'évader, aller mettre le feu au bâtiment administratif et détruire ou piller le dépôt de nourriture et tout ça ? Donc, je ne sais pas s'il faut vraiment parler de tentative d'évasion. Ça pourrait aussi peut-être être une sorte de révolte. C'est possible.

    Est-ce que le pavillon 4 dont vous parlez est connu comme abritant les prisonniers les plus dangereux ?

    À Makala, il y a un mélange. Ça veut dire que tous les pavillons sont des pavillons dangereux, parce que tous les prisonniers sont mélangés. Moi, j'étais au pavillon 8, mais au pavillon 8, il y avait aussi également le mélange des profils. Donc Makala, ça reste cette antichambre de l'enfer où la survie est un miracle. Et puis, il ne faut pas oublier que, dans les 15 000 détenus de Makala, seulement près de 4 000 sont condamnés. Les autres non, et les autres attendent des décisions de justice des années et des années. Heureusement, je veux aussi informer les auditeurs de RFI que Damas Ngoy Kumbu, dont le cas a été soulevé dans ma précédente interview, a réussi finalement à sortir de prison après 21 ans de détention préventive.

    Oui, on se rappelle, il y a six mois, vous nous aviez annoncé que vous aviez croisé à Makala Kumbu Ngoy Damas, un prisonnier jamais condamné qui était prévenu sans jugement depuis 21 ans entre les murs de Makala. Tout le monde s'était ému de son sort. Et là, vous nous apprenez qu'il a finalement été libéré il y a quelques jours. C'est sans doute grâce à vous… Le 2 septembre, les premières bousculades commencent à 2 h du matin, mais il semble que les forces de sécurité ne soient intervenues qu'à 5 h du matin. Est-ce que vous confirmez ces trois heures de flottement ?

    En effet, en cas de pareille circonstance, il y a toujours un renfort qui arrive. Mais ces renforts-là n'arrivent pas de sitôt. Et quand les militaires sont arrivés très tôt le matin, ils ont fait ce qu'ils appellent les ratissages. C'est la preuve également qu'il y avait beaucoup de personnes qui avaient quitté leur pavillon ou qui tentaient de quitter leur pavillon. Mais je sais par exemple que les gens du pavillon 8, leur pavillon également, était ouvert, mais ils n'en sont pas sortis, parce que sortir de son pavillon à ces heures-là, beaucoup d’entre eux savaient qu'ils s'exposeraient aux tirs de l'armée. Et voilà la situation.

    Le pavillon 8 dont personne n'est sorti, c'est le pavillon où vous étiez vous-même. C'est le pavillon où se trouve l'opposant politique Jean-Marc Kabund, de l’Alliance pour le Changement. Et d'après vos informations, personne n'a pris le risque de sortir de ce pavillon cette nuit-là ?

    Non, Kabund et tous les détenus de ces pavillons sont sains et saufs. Mais ils sont traumatisés, comme tous les autres, parce que ça tirait même jusqu'à ce mardi dans la soirée. J'ai appris la nouvelle que ça a continué de tirer parce que l'armée faisait ce qu’elles appellent un ratissage. Et donc Kabund, il est là avec tous les autres détenus. Je reçois de ses nouvelles, il reste brave, il reste debout, il tient. Il est prêt à poursuivre son combat jusqu'au bout. Il lui reste encore cinq ans à faire s'il ne bénéficie pas d'une mesure de grâce. Mais il est capable, selon son propre témoignage, à faire face à cette épreuve.

    Sur les 129 personnes officiellement mortes dans cette nuit tragique de dimanche à lundi, 24 seraient mortes par balles et les autres seraient mortes par étouffement ou piétinement. Est-ce que vous croyez à cette version officielle ?

    Il faisait noir sous une pluie. Je pense que beaucoup de gens se sont marchés dessus. Donc, je ne pense pas qu'il faille exclure le fait qu'il y ait certains morts par étouffement au regard de la surpopulation de la prison.

    À lire aussiLa RDC ouvre une enquête après une tentative d'évasion à la prison de Makala

    10 min
  • Laurence Ndong: «Ce qui intéresse les Gabonais aujourd'hui, c'est de sortir de l'extrême pauvreté»

    Au Gabon, on en sait un peu plus, depuis le week-end dernier, sur la future Constitution qui sera soumise à référendum à la fin de l'année. À l'issue de la présidentielle de l'an prochain, à laquelle le chef de la transition, le général Brice Oligui Nguema, aura le droit de se présenter, il n'y aura plus de Premier ministre, et le pouvoir exécutif sera donc « monocéphale ». Va-t-on vers une concentration de tous les pouvoirs dans les mains d'un seul homme ? Laurence Ndong est la ministre gabonaise de la Communication et des Médias, également porte-parole du gouvernement. En ligne de Libreville, elle répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    RFI : Que répondez-vous à l'ancien Premier ministre Bilie-By-Nze, qui affirme qu'il y a un an, le général Oligui Nguema a pris le pouvoir pour lui-même et n'avait pas de projet pour le Gabon ? 

    Laurence Ndong : Ce sont eux qui se sont accaparé le pouvoir depuis 2009. Ils prétendaient avoir des projets, « l'avenir en confiance » en 2009, « l'égalité des chances » en 2016, ils avaient prédit un « Gabon émergent » en 2025. Quels sont les résultats de ces projets ? Si ce n'est le néant ? Ils ont servi aux Gabonais, pendant quatorze ans, l'outrecuidance, l'arrogance, le mépris, les détournements des deniers publics, la confusion, la corruption. Le général Brice Oligui Nguema arrive au pouvoir et, en un an, les réalisations sont concrètes : 193 kilomètres de routes en un an, près de 19 000 intégrations à la fonction publique, on voit bien la relance de l'économie, la dette colossale et abyssale qu'ils ont engrangée pour le pays, nous l'avons trouvée avec des arriérés d'impayés qui ont tous été régularisés en trois mois. Donc c'est pour dire dans quel état ils ont laissé le pays. Donc, ils veulent ramener le débat à un problème de personnes. Mais le problème ici, ce n'est pas la personne du général Brice Oligui Nguema, c'est l'état dans lequel était le pays et qui a fait que son arrivée au pouvoir a été plébiscitée par les Gabonais et elle est toujours plébiscitée encore aujourd'hui.  

    Alors, en vue du référendum de la fin de l'année, le Comité constitutionnel national a élaboré un projet de constitution, qui a été remis ce samedi au Président de transition et dont on connaît maintenant les grandes lignes. Dans le nouveau régime, il n'y aura plus de Premier ministre. À l'issue de la présidentielle de l'an prochain, le futur chef de l'État incarnera « un exécutif monocéphale » et, du coup, certains Gabonais se demandent si ce futur élu ne deviendra pas un hyper président qui cumulera tous les pouvoirs dans ses mains ? 

    La plus grande démocratie occidentale, les États-Unis d'Amérique, a un exécutif monocéphale. Personne ne dit qu'aux États-Unis le président de la République concentre tous les pouvoirs et pourtant, c'est bien un exécutif monocéphale. Donc ça, c'est un procès d'intention, puisque le législatif est renforcé, le judiciaire est renforcé et le président de la République sera assisté d'un vice-président de la République et d'un vice-président du gouvernement.  

    Alors, vous parlez des États-Unis. À la différence de l'actuel président américain, le futur président gabonais aura le droit de dissoudre l'Assemblée, alors que celle-ci n'aura pas le droit de censurer le gouvernement, puisqu'il n'y aura plus de Premier ministre. Du coup, est-ce que l'équilibre entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif ne va pas être rompu au détriment du second, c'est-à-dire au détriment de l’Assemblée ?  

    L'Assemblée nationale aura le droit de destituer le président quand même et la dissolution du Parlement est encadrée. Le président ne se lèvera pas un beau matin pour dissoudre le Parlement pour ses propres intérêts. Donc, ce que les Gabonais voient depuis que le Président Brice Oligui Nguema est là, c'est que tout le pays est en chantier. Et là, on voit bien qu'Ali Bongo et Monsieur Alain-Claude Bilie-By-Nze n'étaient pas des hommes d'État. Ils nous ont laissé une dette colossale, mais qu'aujourd'hui, nous sommes en train de rembourser. Le Président Brice Oligui Nguema, qui se trouve actuellement en Chine, par honneur, parce qu'il a décidé de rendre au Gabon et aux Gabonais leur dignité, avant de se rendre au Focac, il a remboursé des arriérés de la dette du Gabon à la Chine pour 13 milliards de FCFA et il va en Chine la tête haute.  

    Alors, vous dites que, dans le nouveau régime, l'Assemblée aura, certes, le pouvoir de destituer le président de la République, mais ce ne sera que dans un cas très exceptionnel, celui de haute trahison, si, par exemple, le président veut se présenter pour un troisième mandat. Alors est-ce que, dans la vie courante, l'action du gouvernement ne va pas échapper à tout contrôle parlementaire ?  

    Pourquoi l'action du gouvernement échapperait-elle au Parlement ? Vous n'avez pas encore lu cette Constitution, on vous a dit qu'il y aura un vice-président du gouvernement. Il y aura certainement des dispositions qui permettront à ce vice-président du gouvernement de répondre pour le compte du gouvernement devant le Parlement.  

    Alors, ce vice-président du gouvernement, est-ce qu'il sera responsable devant l'Assemblée nationale et pourra éventuellement être censuré par les députés ?  

    Vous savez, on attend de lire toute la mouture finale. Ce qui est important pour les Gabonais, ce n'est pas le pouvoir pour le pouvoir. Ce sur quoi nous sommes en train de pinailler, c'est le pouvoir pour le pouvoir, est-ce qu'on pourrait démettre le Premier ministre ? Est-ce qu'on pourrait faire ceci ou cela ? Ce qui intéresse les Gabonais aujourd'hui, c'est de sortir de l'extrême pauvreté dans laquelle les quatorze années d'Ali Bongo les ont plongés. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui encore, nous avons célébré le 30 août, il y a quelques jours, les Gabonais étaient tous dans la rue. Ils voient les bienfaits de ce coup de libération et ils s'en réjouissent.  

    À lire aussiProjet de Constitution au Gabon: «Nous sommes en démocratie», clame Marc Ona Essangui

    15 min
  • Paulin Melatagia, chercheur camerounais: «L'IA est très utilisée pour les prédictions agricoles en Afrique»

    Comment l’intelligence artificielle, IA, peut-elle contribuer au développement de l’Afrique ? C’est l’une des questions-clé que se posent depuis hier (dimanche), à Dakar, les quelque 700 spécialistes qui participent au « Deep Learning Indaba » 2024, le forum annuel des développeurs africains de cette technologie révolutionnaire. Dans l’agriculture, l’éducation et la santé, l’intelligence artificielle peut permettre de grandes avancées sur le continent. Mais à certaines conditions. Le chercheur camerounais Paulin Melatagia enseigne à la faculté des sciences de l’université de Yaoundé 1.

    RFI : en quoi l'intelligence artificielle peut-elle permettre une agriculture de précision ?

    Paulin Melatagia : L'intelligence artificielle, avec tout l'ensemble des outils aujourd'hui qu'elle arrive à mobiliser, est très utilisée dans l'agriculture, notamment pour tout ce qui est prédiction des invasions, par exemple la prédiction des invasions des criquets à partir d'images satellitaires. On peut également utiliser l'intelligence artificielle pour la détection des maladies des plantes. Il suffit aujourd'hui, avec certaines applications qui sont déployées sur des téléphones portables, scanner des feuilles, et à partir de ces images-là, de détecter un certain nombre de maladies sur les plantes. On peut également, grâce à l'intelligence artificielle, prédire des inondations à partir d'images satellitaires ou même d'images qui sont connectées avec des drones. Je pourrais également ajouter, comme autre exemple, l'arrosage intelligent grâce à l'internet des objets qui permet de mesurer l'humidité, la température et la luminosité dans un champ et ensuite de déclencher, voilà, le système d'arrosage.

    Dans le domaine de la santé maintenant, en quoi l'intelligence artificielle peut-elle aider le médecin à détecter des maladies ?

    Oui, l'intelligence artificielle peut être utilisée, notamment à partir de tout ce qui est imagerie médicale, pour identifier ou prédire des pathologies. À ce moment, il s'agit d'une aide au médecin ou une aide à la décision du médecin qui, à partir des IRM et des images de radiographie ou d'échographie, va les passer à une intelligence artificielle et obtiendra des résultats qu'il pourra ou non confirmer grâce à son expertise. Dans le même temps, on peut avoir des intelligences artificielles qui sont utilisées par des patients, qui vont pouvoir faire des pré diagnostics sur la base d'une collecte d'informations personnelles, par exemple la température, une image de la peau, une image des yeux, du nez, et cetera, et donc obtenir un diagnostic, un pré diagnostic pardon qui va être confirmé plus tard par un médecin expérimenté.

    Dans le domaine de l'éducation, pour les apprenants et les élèves qui ne parlent ni français ni anglais, qui ne parlent que leur langue locale, qu'est-ce que l'intelligence artificielle apporte de nouveau ?

    Ce que l'intelligence artificielle apporte de nouveau, c'est que, aujourd'hui, nous avons beaucoup de langues qui sont dites peu dotées, notamment en Afrique, peu dotées parce qu'il n'y a pas suffisamment de matière. On n'a pas suffisamment de données numériques pour pouvoir générer des intelligences artificielles du même niveau que les IA que l'on a en français et en anglais. Et donc les intelligences artificielles qui sont développées sur les langues africaines, notamment, permettent ce qu'on appelle la reconnaissance de la parole. On a donc des apprenants qui peuvent s'exprimer dans leur langue maternelle et les IA sont capables de faire de la traduction automatique ou même de comprendre ce qu'a dit l'apprenant. Un exemple, un élève dans une salle de classe peut poser une question dans sa langue maternelle sur un sujet, l’IA va traduire, ou alors va comprendre ce qui a été dit, et aller chercher une réponse, ramener la réponse à l’apprenant, qui va donc améliorer sa compréhension sur le sujet.

    Alors pour développer l'intelligence artificielle en Afrique, il faut des centres de données, est-ce qu'il y a beaucoup de pays africains équipés de tels centres ?

    Non, les centres de données pour le moment, on en retrouve très peu en Afrique malheureusement, avec des moteurs de calcul qui sont basés en Afrique. Pour le moment, la grande majorité des intelligences artificielles qui sont conçues par les Africains ou même qui sont conçues sur les données africaines le sont dans des centres de données qui sont hébergés en dehors de l'Afrique.

    Et quels sont les pays où commence à se développer des centres de données sur le continent ?

    On a par exemple le Sénégal qui a des centres de données, mais qui en plus a acquis un supercalculateur il y a quelques années. En Afrique du Sud, au Kenya, au Maroc, on retrouve également de grands centres de données qui ont déjà été mis en place. Dans les pays comme le Cameroun, on a quelques centres de données qui appartiennent à des entreprises privées, aussi on a un centre de données qui appartient à une société d'État. Mais ces centres de données-là ne sont pas encore exploités pour produire de l'intelligence artificielle.

    Alors l'intelligence artificielle, ça ne marche évidemment que si on est équipé d'un téléphone mobile et que si on a accès à Internet, est ce qu'il n'y a pas blocage de ce côté-là ?

    Oui, effectivement, il y a des blocages. Si on s'en tient au dernier rapport de l'association interprofessionnelle GSMA sur l'Afrique, le taux de pénétration de la téléphonie mobile est de l'ordre de quatre-vingt-dix-sept pour 100, soit quasiment un téléphone par personne. Cependant, on a que 70% des téléphones qui sont des smartphones et on sait bien que, pour accéder à des solutions d'intelligence artificielle, le smartphone est l'outil le plus adapté. En tout cas, sur le continent africain, on a également la problématique de la connexion internet. Le même rapport indique que l'on est aujourd'hui à 30% de la population africaine qui utilise Internet. Ces chiffres-là sont très faibles, mais ils ont doublé en 10 ans, ce qui permet de penser que, dans les années à venir, ce nombre-là va encore augmenter considérablement.

    À lire aussiIntelligence artificielle en Afrique: l’IA change la donne chez les communicants [2/3]

    7 min
  • Guillaume Junior Atangana: «Je veux montrer l’exemple aux non-voyants qui veulent faire du sport»

    Guillaume Junior Atangana, porte-drapeau de l'équipe paralympique des réfugiés, est notre Grand invité Afrique du jour. Para-athlète âgé de 25 ans, spécialiste du 100 et du 400 m chez les déficients visuels, il entre en lice ce samedi au Stade de France. Originaire du Cameroun et installé en Grande-Bretagne depuis 2022, il avait fini au pied du podium sur le 400 m aux Jeux de Tokyo. Cette fois, il ne veut pas rater la marche. Avant d'entrer sur la piste, il nous raconte son parcours, ses choix et ses ambitions.

    ►Guillaume Atangana entrera en piste pour le 400 m aux alentours de 10 h 30 TU

    À lire aussiJeux paralympiques: Guillaume Junior Atangana, l'espoir d'une médaille pour les réfugiés

    ► Le programme et le calendrier des Jeux paralympiques est à consulter ici

    ► Tous nos articles sur les Jeux paralympiques sont à retrouver ici

    5 min
  • Alain-Claude Billie-by Nzé: «Le général Oligui Nguema a pris le pouvoir sans projet pour le Gabon»

    C'était le 30 août 2023 au Gabon, il y a tout juste un an… Par un coup d'État militaire, le chef de la garde présidentielle, le général Oligui Nguema, mettait fin à la dynastie Bongo, qui était au pouvoir depuis 56 ans. Ce putsch a-t-il été longuement préparé dans le secret ? Sans doute pas. Un an après, on en sait un peu plus sur les coulisses de l'événement et sur une dispute qui aurait pu tout déclencher la veille au soir. À l'époque, Alain Claude Billie By Nzé était le Premier ministre du président Ali Bongo. Aujourd'hui, il est dans l'opposition. En ligne de Libreville, il témoigne au micro de Christophe Boisbouvier.

    RFI : À votre avis, qu'est-ce qui a motivé les militaires à prendre le pouvoir il y a un an ?

    Alain-Claude Billie-by Nzé : Je pense que le général Oligui a voulu être calife à la place du calife. Il s'est saisi d'une fenêtre d'opportunité qui s'est offerte à lui. Il a pris le pouvoir juste pour le pouvoir. Mais derrière ça, il n'y avait pas de projet pour le Gabon.

    Le général Oligui dit souvent qu'il a fait ce coup pour que l'armée ne soit pas obligée de tirer sur la population, comme après la présidentielle de 2016.

    Écoutez le général Oligui, il lui aurait donc suffi de confier le pouvoir à celui qui à ses yeux aurait gagné l'élection, c'est-à-dire le professeur Ondo Ossa. Or, il ne l’a pas fait non plus, ce qui conforte bien que c'est un prétexte. Il a juste voulu prendre le pouvoir pour lui et pas pour sauver la démocratie.

    Alors si le coup d'État est arrivé, c'est notamment parce que le général Oligui Nguema d'un côté, la première dame Sylvia Bongo et son fils Noureddine Bongo de l'autre côté, ne se supportaient plus, et cette discorde au sommet de l'État, est-ce que vous la constatiez au quotidien à l'époque ?

    Ça, c'est un narratif qui peut aujourd'hui se laisser construire par le général Oligui. Mais le général Oligui était un habitué de la résidence privée d'Ali Bongo et donc un fidèle de Sylvia Bongo, c'était un enfant de la maison, c'était un parent et c'était un membre d'une même équipe. Et donc s'il y a eu brouille, c’est une brouille entre membres d'une même équipe.

    Alors, à propos de brouille, justement, l'accrochage verbal [relaté par Jeune Afrique] entre Noureddine Bongo et le général Oligui, le 29 août 2023, c'est-à-dire quelques heures avant le putsch, parce que le fils du président reproche au chef de la Garde républicaine les mauvais scores du candidat Ali Bongo dans les bureaux de vote du centre de Libreville… Est-ce que vous confirmez ?

    C'est une version qui me paraît tout à fait crédible parce que, précisément, s'il y a dispute à ce moment-là, c'est bien qu'il n'y avait pas de brouille bien avant cette dispute du 29 au soir.

    Au milieu de la nuit, Ali Bongo, sa femme et son fils sont arrêtés à leur domicile. Et vous, qu'est-ce qui vous arrive ?

    Je n'ai pas été arrêté, je n'ai pas été inquiété, je suis allé à mon domicile. Jusqu'au lendemain. Mais vous savez, si je n'ai pas été arrêté et inquiété, c'est bien parce que ceux qui ont procédé aux arrestations savaient que je n'ai joué aucun rôle dans l'organisation à proprement parler du scrutin. Je n'avais donc rien à voir avec ce qui s'est passé.

    Est-ce qu'il y a eu de la résistance de la part de certaines unités de l'armée ?

    Lorsqu'un coup d'État est mené par celui qui est censé protéger le chef d'État, je ne pense pas qu'il peut y avoir résistance et c'est pour ça que ce coup d'État a réussi parce qu'il était interne.

    À votre connaissance, est-ce que ce coup a été préparé plusieurs semaines à l'avance et que personne n'a parlé jusqu’au jour fixé ?

    Non. C’est pour cela que je conteste la version d’un coup d’État par l’ensemble des forces armées gabonaises, parce qu’il aurait été impossible de tenir un tel secret. Je pense que quelques personnes y ont pensé, et la brouille entre Noureddine et Oligui a été l’élément déclencheur. C’est ce que je pense.

    La brouille du 29 au soir, quelques heures avant le putsch ?

    C'est cela, je pense qu’il n'y a pas eu une longue préparation en amont puisqu'on a vu comment tout ça a tâtonné par la suite. Ça veut dire que, pour moi, c'est un coup d'État d'opportunité, opportuniste, pour quelqu'un qui a voulu être calife à la place du calife.

    Quels sont les tâtonnements dont vous parlez ?

    Déjà, il avait annoncé qu'il allait restaurer les institutions. Cela fait maintenant douze mois. On n'a aucune perspective de restauration d'institutions. Nous n'avons aucun calendrier de sortie de la transition, ni un calendrier de retour à l'ordre constitutionnel. Ça montre bien que tout ça n'était pas planifié.

    Un an après, Alain-Claude Billie-by Nzé, est-ce que ce coup d'État vous apparaît comme un vrai changement de pouvoir ou comme une simple purge à l'intérieur du clan ?

    Je pense déjà qu'aujourd'hui ce qui se fait, c'est une confiscation du pouvoir. Hier, il y avait la « Young team », aujourd'hui c'est le CTRI « Le Comité pour la transition et la restauration des institutions » qui a remplacé la « Young team ». Ce n'est pas un changement de fond, il s'agit d'un changement de personnes. Le général Oligui a dit qu'il ne fallait plus de nominations copains-coquins, aujourd'hui, il pratique les nominations copains-coquins, il a ajouté les consanguins. Et donc, de mon point de vue, ce n'est pas un changement, c'est un remplacement. Et dans sa bouche, il ne parle jamais de rupture et de réorientation. Et donc, il a pris le pouvoir pour perpétuer le système sans le changer.

    Ce que vous appelez la « Young Team », ce sont les jeunes qui entouraient Nouredinne Bongo, du temps où son père était au pouvoir. Serez-vous candidat à la présidentielle de l'année prochaine ?

    C'est une question que je n'exclus pas, mais c'est une question qui se posera lorsqu'on aura vu la nouvelle configuration de la Constitution et des différentes lois électorales, puisque c'est une Constitution qu’ils disent tirée des conclusions du Dialogue national, lequel Dialogue national exclut pas mal de personnalités du jeu démocratique gabonais.

    À lire aussiUn an de transition au Gabon: une économie en quête de confiance et de croissance

    16 min
  • Jean Kaseya, directeur général d'Africa CDC: «les premières doses des vaccins vont atterrir la semaine prochaine»

    Quinze jours après que l’OMS a déclenché son plus haut degré d’alerte face à la résurgence des cas de Mpox en Afrique, l’épidémie continue de progresser sur le continent. La RDC reste de loin le pays le plus touché, mais l’épidémie s’étend. Treize autres pays présentent désormais des cas suspects. Plusieurs États ont promis d’envoyer prochainement des doses de vaccins. Quand ces doses seront-elles livrées ? En quelles quantités ? À quand la fabrication de vaccins sur le continent ? Entretien avec Jean Kaseya, le directeur général d’Africa CDC, le Centre de contrôle et de prévention des maladies de l’Union africaine.

    RFI : le Mpox poursuit sa progression sur le continent. L'Africa CDC fait état de près de 23 000 cas suspects détectés au 27 août et plus de 600 décès. Est-ce que ces chiffres vous inquiètent ?

    Jean Kaseya : Ces chiffres m'inquiètent au plus haut point, puisque ça prouve ce que nous disons tous les jours, que nous avons plusieurs épidémies Mpox en une. Pourquoi nous le disons, c'est puisque nous avons quatre variants qui se côtoient aujourd’hui en Afrique et qui ont des épidémiologies différentes, qui ont des symptomatologies qui se présentent dans les différents groupes d'âges et qui aujourd'hui n’ont pas suffisamment de recul en termes de médicaments et en termes de mesures applicables comme les vaccins et autres. Donc, ça m'inquiète au plus haut point.

    La RDC reste, et de loin, le pays le plus touché. Est-ce que c'est là où la progression est la plus forte ces derniers jours ?

    La progression est forte dans plusieurs provinces de la RDC. Mais la progression, on la voit aussi dans d'autres pays africains comme le Burundi, comme la RCA. Mais je dois dire, ce qui m'inquiète le plus, c'est que nous avons des pays qui sont non endémiques, mais qui ont rapporté pour la première fois des cas de Mpox comme le Gabon. Le ministre de la Sierra Leone m'informait aujourd’hui [mercredi 28 août], qu’il a eu un cas qui lui semble patent pour Mpox. Mais comme la Sierra Leone n'a pas de laboratoire fiable, il ne peut pas confirmer cela. Et donc moi, je considère, sur base de la symptomatologie, sur base de l'histoire de la maladie, que c'est un cas suspect de Mpox. Et je classe la Sierra Leone maintenant comme un nouveau pays qui est le 14e pays affecté par le Mpox.

    Plusieurs pays ont promis d'envoyer des doses de vaccin au continent. Quelle sera l'ampleur de ces livraisons ?

    Je voudrais reconnaître l'effort que les partenaires d'Afrique ont fait pour jusque-là, sécuriser les vaccins que nous avons. Nous avons d'abord, avec la branche humanitaire de l'Union européenne, sécurisé 215 000 doses. À cela s'ajoute les 100 000 doses que la France vient de donner par le même mécanisme de l’Union européenne et Africa CDC. En plus, nous avons 100 000 doses qui viendront de l’Allemagne. Mais je dois saluer le gouvernement espagnol, puisque l’Espagne donne 500 000 doses de vaccins. À ces doses-là qui représentent à peu près 1 million de doses, nous savons que Gavi est aussi en train de travailler avec nous, pour disponibiliser autour de 500 000 doses. Donc, nous pouvons dire qu'à ce stade, nous partons déjà autour de 1,5 ou 1,6 million de doses, sur les 10 millions que nous voulons avoir.

    À quelle échéance ces doses seront-elles livrées au continent ?

    Les vaccins que nous avons déjà eus, par exemple les 215 000 doses sont disponibles même à partir de demain. Ce que nous voulons, avant que les vaccins arrivent aux pays, c'est qu’il y ait une bonne logistique qui soit en place. Donc, je suis en train d'espérer et de travailler, comme je pense que le niveau de préparation des pays est assez optimal, que la semaine prochaine, les premières doses des vaccins sécurisés par Africa CDC, dans le mécanisme que nous avons mis en place, vont atterrir dans les différents pays.

    Mais combien de doses, précisément, pourraient arriver dès la semaine prochaine ?

    Nous allons commencer graduellement, et ça, c'est important que la population africaine le sache : nous avons décidé, à Africa CDC, de faire en sorte que ce qui s'est passé avec le Covid n'arrive plus. Donc, l’accord que nous avons avec la société Bavarian Nordic qui produit ces vaccins, c'est que cette année, ils vont nous donner 3 millions de doses. Mais ils vont aussi faire le transfert des technologies pour que ce vaccin soit produit sur le continent africain, par les compagnies africaines. Nous avons déjà un accord et nous avons déjà sélectionné la société qui pourrait faire cette production. Nous pensons que d'ici février, la société africaine qui a été sélectionnée sera en mesure d'inonder le marché africain avec le vaccin Mpox.

    À lire aussiMpox: pourquoi l'accès aux vaccins est problématique en Afrique?

    5 min
  • Jeux paralympiques: «L'Afrique va défendre ses chances, mais cela va être difficile»

    C'est ce soir (20h heure française) que s'ouvrent les Jeux paralympiques de Paris 2024 (à suivre en édition spéciale sur RFI). 44 pays africains vont participer à ces Jeux. Le sport paralympique en Afrique est balbutiant, il y aura moins d'athlètes pour cette édition par rapport à celle de Tokyo en 2021. Mais le continent affiche de plus en plus d'ambition pour relever le niveau de ses para-athlètes, même si les défis restent nombreux, selon Étienne Songa Bidjocka, secrétaire général du Comité national paralympique camerounais et membre du Comité paralympique africain. Il répond aux questions de Sidy Yansané.

    RFI : Aux derniers Jeux paralympiques de Tokyo, les athlètes africains avaient remporté 63 médailles, donc beaucoup moins qu'à Rio de Janeiro en 2016. Vous pensez que l'Afrique est mieux préparée cette fois-ci pour les Jeux de Paris ?

    Étienne Songa Bidjocka : Il faut dire que non, puisque, déjà, en termes de participation, cette année, c'est 29 % d’athlètes en moins par rapport à Tokyo. Avec moins de représentants africains, il serait étonnant de voir l'Afrique faire mieux en termes de médailles d’ici la fin de ces Jeux. Donc, on n'est pas très optimiste.

    Hormis quelques pays, on reproche à la plupart des États africains leur peu d'ambition en matière de politique sportive : manque de financement, de soutien, d'infrastructures... Quels sont les défis à relever, selon vous, pour les disciplines paralympiques ?

    Vous avez tout dit pratiquement. Le problème majeur, il n'est pas que paralympique, il commence avec les Olympiques, mais il est aggravé avec les Paralympiques parce que, justement, il y a une question de financement du sport en général. Maintenant, le problème se pose avec plus d'acuité pour le sport paralympique, parce qu’il n'y a pas d'infrastructures pour la pratique du sport paralympique. Les choses demandées ne sont pas toujours adaptées et quand elles sont disponibles, l'accessibilité n'est pas évidente : il faut payer des salles, des gymnases, etc. Au niveau du matériel, vous avez des sports qui sont « interdits » en Afrique, comme le basketball en fauteuil. Ce ne sont que des pays d'Amérique, d'Afrique du Nord ou d'Afrique du Sud qui peuvent acquérir le matériel qui est extrêmement cher. En termes de technologie assistive, c'est-à-dire des prothèses, des orthèses, donc tout le matériel d'accompagnement pour la pratique de ces sports-là, il faut oublier l'Afrique, car un bon fauteuil de basketball, de tennis, ça va dans les 2 000 euros ! Qui va acheter cinq, six, sept, dix fauteuils ? Ce n’est pas évident. Donc, vous constatez que seulement au niveau du matériel, de l'équipement para-sportif, il y a plein de sports pour lesquels l'Afrique est déjà « out » de façon directe. Et quand vous avez les moyens pour participer à des compétitions qualificatives, ce qui est déjà difficile, vous avez des problèmes de visa par exemple. Pour une délégation de dix athlètes qui doivent aller en France, ce n’est pas sûr pour vous d’obtenir tous les visas, et c'est le cas pour tous les pays de l'Occident. C’est difficile pour les pays africains à plusieurs niveaux.

    Malgré tout, l'Afrique semble se fixer une ambition pour le sport et même pour le sport paralympique, puisque pour la première fois l'an dernier, des Jeux paralympiques africains se sont tenus au Ghana. Quels sont les retours que vous avez pu avoir de cette expérience inédite et peut-on considérer que cela a été une réussite ?

    Oui, c'est une réussite, parce qu’on l'a fait. Il fallait marquer l'histoire et ça a été fait. Il faut saluer à ce titre le président du Comité paralympique africain, Samson Deen, qui, depuis son arrivée en 2021, a quand même fait un certain nombre d'efforts pour relever le niveau du paralympique en Afrique. Alors oui, ces Jeux n'étaient pas parfait sur le plan organisationnel, c'était une première. Il y a eu des difficultés en termes de financement parce que ce n'était pas pris en charge par l'Union africaine. Vous savez que les Jeux africains sont la propriété de l'Union africaine normalement. Or, ces Jeux se sont faits en marge de l'Union africaine et ils étaient financés par le gouvernement du Ghana. Et ce n’est pas évident pour un gouvernement à lui seul de financer des infrastructures et autres.

    Justement, existe-t-il des réflexions pour une mutualisation des moyens entre États ? Une sorte de panafricanisme du sport en quelque sorte, dans lequel, à titre d'exemple, l'Afrique du Sud ouvrirait ses infrastructures à des athlètes d'autres pays ou le Maroc qui prendrait en charge les besoins d'un athlète camerounais ?

    Nous avons un projet que nous sommes en train de porter : faire un village paralympique au Cameroun. Un village qui servira à l'ensemble de l'Afrique, notamment subsaharienne, avec des infrastructures modernes et qui permettra d'organiser des stages de préparation, des compétitions au niveau régional, continental. C'est une des réflexions. Mais effectivement, vous avez parlé de l’autre réflexion qui est de travailler en partenariat, en synergie entre nous. Ce sont des idées qui ont déjà été avancées, avec notamment les Comités paralympiques de Tunisie et du Maroc. Mais le problème, c'est toujours le financement. On va vous dire : « Ecoutez, on est d'accord, vous pouvez venir sur nos installations travailler une ou deux semaines. » Mais là, il faut encore pouvoir financer cela. Il faut trouver des bailleurs de fonds, il faut trouver des institutions qui sont capables de financer la pratique du sport paralympique à un niveau d'élite, afin d’améliorer la performance et ainsi justement gonfler le nombre de para-athlètes africains dans les Jeux paralympiques, comme à Paris, Tokyo ou à Los Angeles. Toutes ces idées sont là, mais il faut trouver les moyens de les financer. Et c'est cela pour le moment qui fait vraiment défaut.

    ► Tous nos articles sur les Jeux paralympiques sont à retrouver ici.

    ► Le programme et le calendrier des Jeux paralympiques est à consulter ici.

    8 min

About Le grand invité Afrique

From the publisher's feed

Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce…

Best of Le grand invité Afrique

Ranked by our users in the last 21 days

More shows like Le grand invité Afrique

Choses à Savoir - Culture générale by Choses à Savoir

Choses à Savoir - Culture générale

69 Listeners

Learn French with French Podcasts - Français avec Pierre by Pierre - Français avec Pierre

Learn French with French Podcasts - Français avec Pierre

222 Listeners

Le débat by FRANCE 24

Le débat

18 Listeners

Choses à Savoir SCIENCES by Choses à Savoir

Choses à Savoir SCIENCES

25 Listeners

Les Enjeux internationaux by France Culture

Les Enjeux internationaux

34 Listeners

Géopolitique by France Inter

Géopolitique

200 Listeners

Advanced French by News in Slow French

Advanced French

111 Listeners

L'actu internationale par France Culture by France Culture

L'actu internationale par France Culture

8 Listeners

Dans la peau by RFI

Dans la peau

4 Listeners

Le français avec Fluidité by Fabien Sausset

Le français avec Fluidité

266 Listeners

100 % création by RFI

100 % création

0 Listeners

8 milliards de voisins by RFI

8 milliards de voisins

13 Listeners

Afrique économie by RFI

Afrique économie

0 Listeners

Journal en français facile by Français Facile - RFI

Journal en français facile

179 Listeners

Journal Monde by RFI

Journal Monde

25 Listeners

Radio Foot Internationale by RFI

Radio Foot Internationale

21 Listeners

Le conseil santé by RFI

Le conseil santé

3 Listeners

Musiques du monde by RFI

Musiques du monde

2 Listeners

Si loin si proche by RFI

Si loin si proche

0 Listeners

Géopolitique by RFI

Géopolitique

28 Listeners

Priorité santé by RFI

Priorité santé

20 Listeners

Sur le pont des arts by RFI

Sur le pont des arts

0 Listeners

Reportage Afrique by RFI

Reportage Afrique

2 Listeners

Parents, enfants, d’ici et d’ailleurs by RFI

Parents, enfants, d’ici et d’ailleurs

4 Listeners

Le goût du monde by RFI

Le goût du monde

1 Listeners

Le coq chante by RFI

Le coq chante

4 Listeners

Ondes de choc by RFI

Ondes de choc

0 Listeners

07H15 by RFI

07H15

1 Listeners

Easy French: Learn French through authentic conversations | Conversations authentiques pour apprendre le français by Hélène & Judith

Easy French: Learn French through authentic conversations | Conversations authentiques pour apprendre le français

223 Listeners

L'Heure du Monde by Le Monde

L'Heure du Monde

63 Listeners

Mon argent by Choses à Savoir

Mon argent

3 Listeners

Les mots des JO by Français Facile - RFI

Les mots des JO

0 Listeners

La fabrique des fake news by RFI

La fabrique des fake news

0 Listeners

Cinéastes d’Afrique by RFI

Cinéastes d’Afrique

0 Listeners

Invité Afrique Midi by RFI

Invité Afrique Midi

0 Listeners