Le grand invité Afrique

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By RFI
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  • Émigration clandestine: «Ces jeunes qui partent veulent être au cœur de la mondialisation, pas des victimes»

    Au Sénégal, l’armée donnait le week-end dernier un premier bilan de l’opération « Djoko » lancée le 15 août, pour lutter contre l’émigration clandestine. Depuis dix jours, des forces de l’ordre patrouillent sur le littoral, pour empêcher les départs de migrants clandestins depuis les côtes sénégalaises. En tout, 453 personnes, dont plus de la moitié de nationalité sénégalaise, ont été interpellées. Et parmi elles, des membres de réseaux de passeurs. Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez commence aujourd'hui une tournée africaine, avec le Sénégal pour étape, pour évoquer l’immigration irrégulière. Y a-t-il eu un changement de politique depuis l'arrivée au pouvoir au Sénégal du duo Faye-Sonko ? Le sociologue Aly Tandian enseigne à l'université Gaston-Berger de Saint-Louis, et préside l'Observatoire sénégalais des migrations.

     

    RFI : L'armée sénégalaise a déclaré avoir interpellé 453 personnes candidates à la migration irrégulière, parmi lesquelles des passeurs, dans le cadre de l'opération Djoko. Quel est votre regard sur cette opération lancée par les nouvelles autorités ?

    Aly Tandian : Les recherches n'ont cessé de montrer les limites de la sécurisation en matière de réponse sur les questions de migration irrégulière. Alors, je ne sais pas pourquoi l'État du Sénégal a pris cette option. Ce que d'autres n’ont pu faire en termes de sécurisation des frontières, je ne vois pas comment l'État du Sénégal pourrait le faire. Pour rappel, il y a Frontex qui a eu à mener durant plusieurs années un contrôle strict et sévère des côtes européennes et extra-européennes.

    Frontex est l'agence qui contrôle et sécurise les frontières de l'Europe…

    Frontex n'a pas pu apporter des réponses parce que les causes de la migration irrégulière sont d'abord sociales. Je pense qu'il faudrait plutôt chercher les réponses au niveau du social, mais pas au niveau sécuritaire.

    C'est vrai que l'opération militaire Djoko correspond au modèle répressif que l'on peut voir dans plusieurs pays luttant contre l'immigration clandestine. Avez-vous constaté une nouvelle approche depuis l'arrivée du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko ?

    Ce qu'on a pu remarquer, c'était le grand silence. À ce jour, sans me tromper, il y a eu deux, trois petites sorties. Une première sortie par le président de la République lorsqu'il a reçu le Président du Conseil européen Charles Michel qui était là. Et la deuxième sortie qui a été constatée, c'est le Premier ministre lorsqu'il s'est rendu à Saint-Louis suite à un nouveau drame migratoire. Ce silence inquiète parce qu’entre-temps, il faut le dire, il y a eu beaucoup de pertes de vies. Pour rappel, du 1ᵉʳ janvier au 31 juillet 2024, près de 27 640 migrants ont atteint les côtes des îles Canaries à bord de 822 embarcations. Ce sont des chiffres qui interpellent, d'autant plus qu'il y a une augmentation de plus de 12 % par rapport à la même période de l'année précédente. Le deuxième élément, c'est que nous avons toujours mobilisé des hypothèses en soutenant qu’il y a eu des départs parce qu’il y a l'absence d'avenir pour plusieurs candidats à la migration irrégulière, parce qu’il y a une vie difficile. Mais qu'est-ce qui a changé ? On a changé d'acteurs politiques, mais cette population juvénile n'a pas encore trouvé une réponse qui pourrait les rassurer et qui pourrait leur donner l'opportunité de rester davantage. Au contraire, les choses se sont intensifiées. Entre-temps, il y a une juvénilisation des candidats à la migration irrégulière, une présence de plus en plus importante de femmes et de jeunes filles sur les routes migratoires et désormais, un éclatement des destinations. Si auparavant on parlait de « Barça » ou « Barzakh » pour évoquer ceux qui partaient à Barcelone, aujourd'hui il y a de plus en plus de jeunes qui partent vers des destinations de plus en plus lointaines, ce qui laisse penser l'absence d'espoir, de réponse à offrir à cette population juvénile. 

    Et parmi ces lointaines destinations, il y a le Nicaragua, par lequel passent de plus en plus de migrants pour ensuite traverser plusieurs pays d'Amérique latine avant d'atteindre les États-Unis. D'après les statistiques américaines, l'an dernier, plus de 60 000 Africains ont rejoint illégalement les États-Unis par ce moyen, dont 20% de Sénégalais. Et ce n'est pas donné car il faut compter entre 8 000 et 10 000 dollars pour le voyage et les passeurs. Donc, c'est aussi toute une économie dont on parle ?

    Aujourd’hui, il y a toute une échelle qui est établie depuis les banlieues, les marchés et même les universités pour faciliter le départ des jeunes. Ces jeunes partent davantage, cherchant çà et là de l'argent en mobilisant des bourses, vendant le peu qu'ils possèdent pour partir, avec assez souvent la contribution de la parentèle. Les jeunes parlent du besoin de « se sauver », parce qu’en face ils n'ont rien d'autre que du noir et l'absence de perspectives. Quand les gens pensent que partir est une forme de suicide, c'est parce qu'ils ignorent les conditions de vie dans lesquelles les populations vivent dans leur territoire d'origine. Ces jeunes qui partent, ils veulent être au cœur de la mondialisation, ils ne veulent pas continuer à en être de simples victimes. Ce sont des acteurs qui profitent des technologies de l'information et de la communication, qui sont au courant du développement du monde. La grande difficulté que nous avons aujourd'hui, c'est que nous avons un éclatement des réponses, alors qu’on a plutôt besoin d'une mobilisation d'acteurs divers, d'une mobilisation des États pour trouver une réponse régionale, et non pas une réponse pays par pays.

    8 min
  • Algérie: «Le président Tebboune est assuré d'avoir un 2e mandat, sans même présenter un programme»

    En Algérie, la présidentielle se tient dans moins de deux semaines, le 7 septembre 2024. Le chef de l'État sortant, Abdelmadjid Tebboune, qui brigue un second mandat, affrontera deux autres candidats, Abdelaali Hassani Cherif du parti islamiste MSP, et Youcef Aouchiche du parti historique FFS. Le scrutin semble tourner en faveur du président Tebboune, vu comme le grand favori de cette élection. Une analyse que partage le politologue Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen de Genève. Il répond aux questions de Sidy Yansané.

    RFI : Le président Abdelmadjid Tebboune est présenté comme le grand favori de ce scrutin. Est-ce dû à son bilan ou plutôt à l'absence d'une alternative crédible ?

    Hasni Abidi : Il n'existe pas de candidature en mesure de menacer le renouvellement de son mandat présidentiel. Le deuxième élément, c'est que Tebboune a réussi à obtenir le soutien de l'administration puisqu'il est président en exercice. Il a réussi à apaiser la relation avec l'institution militaire. Ces éléments-là font que le président Tebboune est assuré d'avoir un deuxième mandat sans même présenter un programme ou faire une grande campagne électorale, sans compter la grande indifférence de la population algérienne face à ce scrutin présidentiel.

    Justement, vous évoquiez une grande indifférence. Or, apparemment l'un des grands enjeux de cette élection présidentielle, c'est la participation. Vous pensez donc qu’on peut s'attendre à un fort taux d'abstention ?

    Je dirais que l'abstention est le seul enjeu de cette élection présidentielle. Il faut rappeler que cette élection est la première et la plus importante après le mouvement populaire algérien « Hirak ». Les abstentionnistes sont considérés comme le premier parti politique d'Algérie. Déserter les urnes, c'est une position politique, ce n'est pas une position de neutralité, c'est plus qu'une indifférence avec la chose politique. Et c'est pourquoi le pouvoir algérien tente, avec des directions électorales régionales à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, de mobiliser les électeurs. Le président Tebboune a besoin d'un score élevé à la fois de participants, mais aussi de voix parce qu'il se souvient que lors des présidentielles, mais aussi lors du référendum sur la Constitution, ni le taux de participation ni le vote favorable n'étaient un score confortable pour le président Tebboune.

    Le mandat du président Tebboune a été marqué par une restriction des libertés : des journalistes en prison, des opposants et des personnalités politiques interpellés et arrêtés… Est-ce qu'on peut s'attendre à un respect réel de ces libertés pour ce second mandat éventuel ?

    Aujourd'hui, la politique ne s'exerce presque plus en Algérie et il y a énormément de restrictions qui frappent les partis politiques, les syndicats, mais aussi la presse. Il est important pour l'Algérie de revoir sa copie en matière de libertés publiques et privées. Un État comme l'Algérie ne peut pas avoir peur d'un journal ou d'un éditorialiste. Aujourd'hui, il est difficile d'accepter que les journalistes soient limités dans leurs mouvements ou dans leur travail en raison d'un point de presse ou d'un post sur les réseaux sociaux. Ce qui est attendu du président Tebboune, c'est qu'il donne aussi à la question des libertés, à la question de l'exercice libre de la politique, la place qu'elle mérite.

    Il y a quelques semaines, la France et l'Algérie se sont une nouvelle fois déchirées, cette fois-ci sur le cas du Sahara occidental. La présidence entretient de très mauvaises relations avec la junte malienne. À l'est, il y a une crise ouverte avec le maréchal libyen Khalifa Haftar. S'il est réélu, de quelle manière le président Tebboune compte-t-il repositionner l'Algérie sur le plan diplomatique ?

    L'usage politique que fait le président Tebboune de ces crises, c'est plutôt pour dire « Je suis l'homme de la situation » et que l'Algérie vit dans un contexte régional très tendu face à des mutations importantes, des secousses sur le plan politique, sécuritaire mais aussi social dans son environnement régional le plus proche la Tunisie, la Libye… Vous avez mentionné les pays du Sahel, il y a aussi la guerre en Ukraine qui a été plutôt une aubaine pour le président et pour l'État avec le retour de l'Algérie comme un fournisseur fiable pour les marchés européens, ce qui lui assure des revenus importants.

    Fournisseur en hydrocarbures, je suppose…

    Oui, bien sûr, en hydrocarbures et surtout le gaz algérien qui est devenu une denrée très demandée par les pays européens. En revanche, l'usage politique de cet environnement troublé doit aussi pousser l'Algérie à réfléchir sur les contours de sa nouvelle diplomatie, sa nouvelle politique étrangère. L’Algérie ne peut que justement donner la priorité absolue d'abord à ce qui se passe en Libye, on a bien vu l'avancée de l'armée du maréchal Haftar jusqu'à la frontière algérienne, la situation avec le Niger, avec le Mali et bien sûr la relation aussi tendue avec le Maroc. Certes, l'Algérie a brillé au Conseil de sécurité puisqu'elle est membre non permanent dans le dossier de Gaza. Mais je pense que les questions régionales constituent une priorité de premier niveau pour le président de Tebboune dans son deuxième mandat.

    10 min
  • Histoire de l'Afrique: «Pour François Mitterrand, indépendance était le mot ultime à ne jamais prononcer»

    Nous vous proposons de replonger dans l'histoire de l'Afrique et de la France, avec cette question : l'ancien président français François Mitterrand a-t-il milité dans les années 50 pour l'indépendance des colonies françaises en Afrique ? Dans un livre qu'il vient de publier, l'éditeur et chercheur indépendant Thomas Deltombe conteste la version dominante, soutenue par M. Mitterrand lui-même, et reprise ensuite par ses biographes. L'ouvrage, intitulé L'Afrique d'abord !, soutient au contraire que François Mitterrand a misé sur la sauvegarde de l'empire français, et qu'à ce titre, il a été l'un des précurseurs du néocolonialisme français. Thomas Deltombe est notre invité ce matin, il répond aux questions de Laurent Correau.

    7 min
  • Pour la Russie, «il y a un intérêt économique d'avoir Wagner» en Afrique, explique Dimitri Zufferey

    Alors que vendredi 23 août marque un an que le cofondateur du groupe de mercenaires russes Wagner Evgueni Prigojine est mort, les activités militaires russes se poursuivent en Afrique. Depuis son décès dans le crash de son avion en Russie, les activités de Wagner en Afrique ont été reprises par l'État russe sous le nom d'Africa Corps. Qu'en est-il de l'évolution du groupe paramilitaire sur le continent depuis un an ? Dimitri Zufferey, membre du collectif All Eyes On Wagner, répond à Sidy Yansané.

     

    RFI : Dimitri Zufferey, Depuis la mort d'Evgueni Prigojine et la reprise en main des activités paramilitaires de Wagner par l'État russe, une nouvelle structure appelée Africa Corps a fait son apparition dans le Sahel. Qu'est-ce qui la distingue de Wagner ?

    Dimitri Zufferey : On pourrait utiliser la métaphore du réfrigérateur et du frigo. « Frigo » a été la marque qui est devenue le terme employé par tout le monde pour désigner un réfrigérateur. Aujourd'hui, Wagner est en quelque sorte un frigo puisque les paramilitaires russes sont tous désignés, peu importe où ils travaillent, sous l'appellation de Wagner, par la presse et même par les spécialistes. Dans le cas de African Initiative, c’est le secteur de la communication qui poursuit ses activités, notamment avec les fermes à trolls. Aujourd'hui, il est très difficile de déterminer à qui il appartient et qui le gère effectivement. On peut parler encore de la Fondation pour les valeurs nationales. Et tout ce secteur de propagande et d'influence qui reste très actif est très probablement piloté par les services de renseignement russes.

    Et de quelle manière l'appareil sécuritaire du Kremlin pilote l’entité Africa Corps ?

    La chaîne de commandement n'est pas si simple à comprendre. On a pu analyser et comprendre un peu ce qui se passe, notamment en prenant les photos de réunion officielle entre des Russes et des dirigeants africains du Mali, du Niger, du Burkina Faso par exemple. En regardant précisément quels sont les Russes qui sont présents, on arrive à déterminer quels sont les corps d'armée, quelles sont les unités, les services qui sont présents sur place et qui vont jouer un rôle. En l'occurrence, vous avez le général Averianov qui est un spécialiste des opérations spéciales et psychologiques, et les deux services principaux qui jouent un peu des coudes dans la région sont le SVR, le service de renseignement extérieur, et la GRU, le service des renseignements militaires.

    Wagner qui est également très présent en Libye depuis l'époque Prigogine, aux côtés du maréchal Khalifa Haftar, et il semblerait que le territoire libyen serve de base arrière à Wagner en Afrique.

    Effectivement, pour tout ce qui est de la Libye, il y a les bases aériennes du sud du pays comme Al Qaïm par exemple, qui sont toujours sous contrôle des forces du général Haftar. All Eyes On Wagner avait pu documenter en avril dernier l'arrivée notamment d'à peu près 1 800 paramilitaires russes dans cette région, avant d'être en partie dispatchés vers le Niger et le Mali. Comme Wagner est plus ou moins très proche de l'Africa Corps, on utilise aujourd'hui assez indistinctement les deux noms pour désigner des paramilitaires russes.

    Est ce qu'il y a un objectif militaire clair de l'État russe dans le Sahel ?

    Wagner et ses franchises dans la région du Sahel, et même partout où Wagner est déployé en Afrique, ma co-autrice Lou Osborne et moi avions évoqué dans notre livre Wagner, enquête au cœur du système Prigojine (Ed. du Faubourg) cette notion de « préservation de régime ». À savoir, tout faire pour apporter une certaine stabilité politique. Pour ce qui est de la lutte contre le djihadisme et les groupes armés et terroristes, il est difficile d'analyser puisqu'il y a très peu d'informations qui remontent depuis les chaînes des commandements et les communications entre l'état-major des forces armées maliennes, par exemple, et les « wagnériens ». On ne sait pas qu’elle est la stratégie exactement poursuivie, mais une volonté de préservation de régime, ça c'est sûr.

    Au début du mois, les renseignements militaires ukrainiens annonçaient que la défaite de Wagner dans la localité malienne de Tinzaouatène était le fruit d'une coopération avec les rebelles touareg du CSP. Y a-t-il un échange d'informations entre les rebelles et l'État ukrainien, voire même des forces ukrainiennes directement présentes au Mali ?

    Pour reprendre une métaphore, Vladimir Poutine avait dit à la suite d'un attentat en 1999 qu’il irait « buter les terroristes jusque dans les chiottes ». Les Ukrainiens semblent avoir repris ce même adage en allant traquer les wagnériens aux quatre coins de la planète. Et aujourd'hui, effectivement, la présence des Forces spéciales ukrainiennes au Soudan a pu être démontrée par le groupe de recherche Bellingcat. Mais pour ce qui est de la présence de Forces spéciales ukrainiennes dans le nord du Mali, cela semble peu clair et peu documenté. Ça semble très peu probable qu'il y ait vraiment eu des soldats de l’Ukraine présents sur le terrain malien. Ça ressemble plus à de la communication stratégique ou une opération d'influence, ou peut-être une tentative malheureuse de Kiev de vouloir s'attribuer quelque chose où elle n'aurait pas fait grand-chose.

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    9 min
  • Sénégal: le lancement du satellite Gaindesat-1A est «un gain de temps, d'énergie et d'argent»

    Vendredi 16 août dernier, le Sénégal a franchi une étape historique en envoyant dans l'espace son tout premier satellite conçu et fabriqué par des ingénieurs sénégalais. Le microsatellite GAINDESAT-1A ou le Gaïndé – « lion » en wolof – a été lancé à bord de la fusée Falcon 9 de SpaceX depuis la base de Vandenberg, en Californie. L'objet spatial sera capable de recueillir des informations pour la gestion des ressources en eau au Sénégal. Professeur Gayane Faye est le coordonnateur du projet spatial sénégalais SenSat et répond aux questions de RFI.

    Tout d'abord, quelles sont les caractéristiques du satellite Gaïndé ?

    Pr Gayane Faye : Il y a plusieurs gammes. Le nôtre est un micro-satéllite qui pèse environ un kilo et qui est cubique avec des arêtes d’à peu près 10 cm. Donc c'est un satellite qui a une charge utile qui permet de faire deux missions : une mission pour la collecte d'informations et une mission pour l'imagerie, c'est d'ailleurs pour ça qu'on l'appelle GAINDESAT. L’acronyme signifie « Gestion automatisée et d’informations et de données environnementales ». Nous l’avons choisi car « Gaïndé » c'est aussi le lion, l'emblème du Sénégal.

    Et concrètement, quelles seront ses missions ?

    On a identifié deux missions principales. La première, c'est de la collecte d'informations. Pourquoi ? Parce que l’institut national - qui a en charge la collecte d'informations - a des stations à travers le Sénégal pour suivre les cours d'eau et les lacs au niveau national : les débits, les hauteurs d'eau et un certain nombre de paramètres. La première mission consistera à savoir, à chaque fois que le satellite passe au-dessus du Sénégal, d'aspirer les données qui ont été inscrites par les stations et les renvoyer à la station de contrôle à Dakar pour les mettre à disposition. Donc c'est un gain de temps, un gain d'énergie et un gain d'argent pour eux. La deuxième mission, c'est l'observation de la Terre. Ça va permettre d'avoir un certain nombre de données pour faire plusieurs applications autour de l'agriculture, de l'élevage, de la pêche de la région côtière, du changement climatique, de la déforestation, des inondations, etc. En bref, il y a énormément d'applications dans le domaine de l’observation.

    Avec ce premier satellite, le Sénégal rejoint le club africain des États ayant lancé leur propre satellite, comme le Nigeria, l'Égypte ou encore récemment Djibouti. Dans ces pays, est-ce qu'on a pu y constater des résultats concrets ?

    Effectivement, dans certains pays, il y a des résultats. Par exemple, quand je prends le cas du Nigeria, ils ont une agence spatiale aujourd'hui où travaillent des milliers de personnes. Ils sont très en avance et parviennent à produire des effets sur la vie de la population. L'Afrique du Sud, pareil, l’Égypte également. Je prends le cas du Nigeria, qui travaille beaucoup sur l'utilisation des données de leur satellite pour l'agriculture, pour la gestion agricole. Donc ça c'est un cas pratique réel. J’ai des amis qui travaillent à l'Agence spatiale nigériane, la NASRDA, avec qui je discute beaucoup lors de rencontres dans les forums africains. Ils ont aujourd’hui une grande avance dans le domaine et ils parviennent à tirer profil spatial.

    L'intérêt pour le spatial en Afrique grandit. Il y a deux ans, l'Union africaine a même lancé un Forum annuel sur l'espace. Dr Faye, quel regard portez-vous sur la politique spatiale africaine, et surtout, que répondez-vous aux personnes qui estiment qu'il y a des projets plus urgents sur lesquels investir ?

    Le grand public ou la majeure partie des gens, quand vous parlez de spatial, ils pensent que c’est un luxe, ou bien que c'est juste une question géostratégique. Or le spatial est incontournable. C'est comme quand on parlait de l'informatique : aujourd'hui, c'est incontournable, on ne peut rien faire sans. Il y a une étude au niveau de l'Union africaine qui a été faite et qui montre que l'Afrique dépense énormément de milliards par an pour la question de produits de services spatiaux. Ça ne peut pas continuer. Donc le Sénégal a décidé d'entrer dans le spatial, mais pas n'importe comment ! Nous aurions pu nous contractualiser avec une organisation privée, leur donner une mission, ils fabriquent un satellite, ils lancent, et on l’exploite. Mais nous avons plutôt décider de miser sur nos propres ressources humaines. Parce que si vous voulez développer le spatial dans le pays, il faut avoir des ressources humaines capables de le porter. Et c’est pour ça que le Sénégal a misé sur ses ressources humaines et je pense que c’est la meilleure  démarche.

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    4 min
  • Présidence de l'Union africaine: «Raila Odinga a le profil dont la Commission a besoin»

    La bataille pour la succession du Tchadien Moussa Faki Mahamat à la présidence de la Commission de l’Union africaine (UA) a déjà commencé en attendant le scrutin en février 2025. Parmi les quatre candidats en lice, l’ex-Premier ministre kényan Raïla Odinga est considéré comme le favori. Mais bien qu'il soit un poids lourd de la scène politique régionale et qu'il soit soutenu par le président kényan William Ruto, son accession à la tête de la Commission n'est pas acquise, selon Paul-Simon Handy, directeur Afrique de l'Est à l'Institut d'Études et de Sécurité (ISS).

    RFI : En février 2025, la présidence de la Commission de l'Union africaine reviendra à un pays de l'Afrique de l'Est, une première depuis 2001. Parmi les candidats, on compte Raila Odinga, figure historique de l'opposition au Kenya, et aussi trois ministres des Affaires étrangères, ceux de Djibouti, de Madagascar et de Maurice. Que dire de ces profils ?

    Paul-Simon Handy : Nous pouvons dire qu'il y a trois candidats qui sont très similaires, qui correspondent tout à fait au profil particulièrement affectionné par les chefs d'État africains, plus enclins à élire un ancien chef de la diplomatie à la tête de l'Union africaine. À bien des égards, la candidature de Raila Odinga détonne. Raila Odinga est probablement l'homme politique le plus important des trois dernières décennies au Kenya. Il a essayé d'être président cinq fois, il a raté. Il a été un opposant capable de mobiliser massivement ses partisans, qui a toujours contesté de manière souvent véhémente les résultats des élections qu'il avait perdu. Pour résumer, on peut dire que Raila Odinga a certainement le profil de ce dont l'Union africaine - et notamment la Commission de l'Union africaine - a besoin, mais on peut être dubitatif quant à l'opportunité de ce profil lorsqu’il s'agit des préférences des chefs d'État.

    Vous l'avez dit, son profil n'est pas celui qu’affectionnent les chefs d'État du continent... Comment compte-t-il s'y prendre pour les convaincre de le choisir ?

    Disons que sa candidature, même si elle est celle dont on parle le plus, n'est pas évidente et son élection n'est pas acquise. Déjà, il est contesté au sein de la région Afrique de l'Est. Il va falloir bâtir des passerelles avec les pays francophones. Il faudrait qu'il étende ses réseaux en Afrique de l'Ouest, un peu plus en Afrique centrale et certainement, aussi, en Afrique australe. Il aura une forte concurrence : les candidats d'autres pays sont tous francophones. Certains, comme le Djiboutien, sont arabophones aussi.

    Quand vous parlez du Djiboutien, il s'agit de Mahmoud Ali Yusuf. Le fait que Djibouti fasse partie de la ligue arabe, comme plusieurs États du continent africain, est-ce que cela joue en sa faveur ?

    Oui, le fait que Djibouti fasse partie de la ligue arabe peut être un très bon point positif pour l'actuel ministre des Affaires étrangères djiboutien. Djibouti fait partie de l'Organisation internationale de la Francophonie.

    Lors du dernier sommet de l'Union africaine à Addis Abeba en février 2024, l'actuel président de la Commission, le Tchadien Moussa Faki Mahamat, a ouvert la session avec un discours très alarmant sur l'état de l'Afrique : des changements constitutionnels et des coups d'État en série, le djihadisme, la grande dépendance financière et budgétaire vis-à-vis de l'Occident... Ces alertes ont été en grande partie écartées des débats. Alors, pourquoi autant de concurrence et de négociations pour cette présidence de la Commission si elle n'offre aucun réel pouvoir ?

    Là, je pense que vous touchez du doigt le problème fondamental de l'Union africaine. Le rôle du président de la Commission reste très peu défini, soumis à des contraintes qui limitent sa capacité d'initiative et qui, littéralement, frustre tous les occupants de ce poste. Et le président Moussa Faki Mahamat n'est finalement qu'un parmi plusieurs anciens secrétaires généraux ou présidents de la Commission, qui estiment que, malgré le fait qu'on l'appelle Commission, en fait, la Commission reste un secrétariat général dont l'action est fortement entravée par les États membres, qui se refusent jusqu'à présent à donner un peu plus d'initiative à la Commission de l'Union africaine. Donc je pense que pour les vingt prochaines années, l’UA devrait se poser la question de savoir quelle Union africaine est-ce qu'on voudrait avoir à l'horizon de 2063 ?

    Et Raila Odinga pourrait y changer quelque chose ?

    Il a le réseau, il a la capacité, il est un fin tacticien, c'est un animal politique. Il connaît plusieurs chefs d'État personnellement. Mais ses avantages et sa position ont finalement les avantages de leurs inconvénients. Ces réseaux et cette capacité de parler d'égal à égal avec les chefs d'État est certainement aussi ce que les chefs d'État ne veulent pas. Rappelons-nous d’Alpha Oumar Konaré qui, après avoir été président du Mali, avait été élu comme président de la Commission de l’UA et qui se faisait souvent rappeler par certains chefs d'État qu'il était un secrétaire général et non plus un chef d'État. Donc, si c'est un atout d'avoir ces capacités - de pouvoir parler d'égal à égal avec les chefs d'État - c'est aussi un inconvénient, parce qu'on voit la manière dont ils ont élu les présidents de la Commission ces vingt dernières années, ce n'est certainement pas le genre de profil qu'ils préfèrent.

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  • Projet de Constitution au Gabon: «Nous sommes en démocratie», clame Marc Ona Essangui

    Au Gabon, la présentation du projet de la nouvelle Constitution aux députés et aux sénateurs est toujours attendue. Le dialogue national inclusif d’avril dernier a recommandé un régime présidentiel, avec suppression du poste de Premier ministre. Le futur chef de l'État et son gouvernement pourraient donc échapper à tout contrôle parlementaire. Cette forme d'« hyper-présidentialisation » soulève des inquiétudes au Gabon, à cause des risques que cette réforme comporte pour la démocratie. Marc Ona Essangui est le troisième vice-président du Sénat, mais aussi une figure de la société civile gabonaise. Il répond à RFI depuis Libreville.

    RFI : Le projet de nouvelle Constitution devrait bientôt être présenté pour la tenue prochaine du référendum en fin d'année. Ce nouveau texte sera basé sur les recommandations du dialogue national d'avril dernier. Et parmi ces recommandations, il y a la suppression du poste de Premier ministre qui fait beaucoup débat au Gabon. N'y a-t-il pas selon vous le risque de créer un « hyper-président » ?

    Marc Ona Essangui : L'essentiel - je dis bien l'essentiel - de ce qui sortira de la mouture de la Constitution est issu des recommandations du dialogue national, dont la suppression du poste du Premier ministre. Maintenant, un pouvoir « hyper-présidentialiste » est-il une façon de retomber dans le les travers du régime déchu ? Je ne pense pas. Vous savez, en ce moment, il faut expérimenter un certain nombre de systèmes pour pouvoir asseoir une gouvernance crédible. Ce sont les recommandations du dialogue national. Il appartient maintenant à ceux qui seront élus au pouvoir de mettre en exécution ces décisions. Nous verrons. Si le système marche, tant mieux, si le système ne marche pas, eh bien nous sommes en démocratie et à chaque fois, il faut modifier la Constitution pour l'adapter au principe du nouveau Gabon, comme nous sommes en train de le créer à travers cette Constitution.

    Vous êtes avant tout un activiste de la société civile qui a toujours critiqué la tendance chez nombre de chefs d'État à s'éterniser au pouvoir, provoquant ainsi des tensions dans leur pays. Vous êtes en faveur d'un régime présidentialiste malgré tout ?

    Je suis entièrement d'accord avec vous : un pouvoir présidentialiste hyper fort a toujours été à l'origine des dérives que nous constatons en Afrique. Nous avons mené des campagnes contre le troisième mandat dans certains pays africains. Et aujourd'hui, nous nous sommes battus au niveau du Gabon à travers le dialogue national pour que la prochaine Constitution supprime cette posture éternelle au pouvoir. Le Président qui sera élu aura un mandat renouvelable une fois. Ça, c'est ce qui a été proposé au niveau du dialogue national. Maintenant, les pouvoirs du président, il faut les atténuer avec des contre-pouvoirs. Ce sont les contre-pouvoirs bien élaborés qui font en sorte que le système - quelle que soit sa nature - puisse bien fonctionner, et nous sommes en train de nous battre pour que les contre-pouvoirs soient aussi forts que le pouvoir exécutif, qui a toujours été présenté comme un pouvoir extrêmement fort.

    Quel contre-pouvoir faudrait-il créer ou renforcer ?

    Le premier contre-pouvoir qu'il faut réussir à établir, c'est le contre-pouvoir judiciaire. Vous savez, un système judiciaire au-dessus de tout est capable de ramener de la sérénité dans la gestion d’un pays. Parce qu’il ne faudrait pas penser que le président lui seul est le décideur ou l'alpha et l'oméga de toute chose. Je suis toujours de ceux qui pensent qu'un pouvoir législatif aussi a un rôle à jouer. Parce que si le Premier ministre ne peut pas venir défendre son programme devant les parlementaires, le président de la République, dans le cadre d'une modification et d'une indication constitutionnelle, peut effectivement venir répondre de sa gestion devant les parlementaires. C'est ce que nous sommes en train de vouloir expérimenter au niveau du Gabon, parce que la nouvelle Constitution issue du dialogue national a proposé la suppression du poste du Premier ministre et renforcé les contre-pouvoirs autour du président de la République, pour que nous ne soyons pas dans une sorte de dictature.

    Et quels sont les garde-fous qui pourraient permettre de donner du poids à ces contre-pouvoirs face à l'exécutif ?

    J'aurais du mal à vous dire exactement quels sont les garde-fous qui sont proposés parce qu’aucune mouture de la Constitution ne nous est parvenue. Je me base sur le rapport du dialogue national que j'ai consulté et qui a fait des recommandations. Maintenant, il appartient aux rédacteurs de la Constitution de nous dire exactement ce qui a été arrêté. Encore que ce qui a été arrêté par le comité constitutionnel ne sera pas tout de suite retenu, parce que cette mouture passera par le gouvernement et par les deux chambres du Parlement. Ces dernières ont, encore une fois, aussi la possibilité de modifier un certain nombre de choses pour aller dans le sens du nouveau Gabon que nous sommes en train d'écrire.

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  • RDC: «Ce qui a participé à la souffrance des Congolais doit désormais participer à leur réparation»

    En République démocratique du Congo, les autorités se lancent dans une démarche très ambitieuse : identifier toutes les victimes du « Genocost », c’est-à-dire des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis dans le pays depuis 30 ans, et offrir des réparations aux survivants. Par une loi de décembre 2022 a donc été créé le Fonarev, le Fonds national de réparation de toutes ces victimes. Kevin Ngunga Makiedi en est le directeur général. De passage à Paris, il explique à Christophe Boisbouvier comment et en combien de temps le Fonarev espère pouvoir identifier environ 10 millions de personnes.

    RFI : Kevin Ngunga Makiedi, vous estimez à 10 millions de personnes le nombre de Congolaises et de Congolais victimes de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité depuis 1993. Dix millions, c'est évidemment un nombre considérable. Comment allez-vous réussir à identifier toutes les victimes qui ont droit à réparation ?

    Kevin Ngunga Makiedi : Il y a une méthode qui a été mise en place. Déjà, le législateur a donné au Fonarev, en tant qu'instrument technique, la mission de constituer une base de données fiables, notamment une liste unique consolidée, parce qu'il y a plusieurs listes des victimes. Et ces listes-là doivent être, à un moment donné, croisées et former une liste unique consolidée. Et donc, il est vrai qu'il y a eu le rapport Mapping qui a documenté de 1993 jusqu'en 2003…

    C'est un rapport de l'ONU établi en 2010, qui a listé 617 incidents…

    Tout à fait : 617 incidents. Mais de 2003 jusqu'à aujourd'hui, il n'y a pas eu de rapports qui soient sortis. Donc, le travail du Fonarev, c'est d'avoir un rapport d'incidents sur lesquels nous avons commencé à travailler. Jusque-là, on a été capable de lister à peu près 2039 incidents.

    Dont les 617 du rapport Mapping…

    Tout à fait, dont les 617 du rapport Mapping. Donc, ce qui fait que partant de ce travail-là, on a au moins une cartographie des conflits et ça nous permet, lorsque nous faisons notre travail d'identification, de fiabiliser également nos sources. Il ne suffit pas seulement de dire il y a 10 millions de victimes, mais il faut déjà indiquer : Où étaient-elles ? À quel moment ? Comment vivaient-elles ? Et quels sont les préjudices qu'elles avaient subis ? Donc notre mission, ce sera identifier. Est-ce que ça sera forcément les 10 millions de victimes ? Peut-être que ce sera moins, peut-être que ce sera plus. Mais c'est un travail de longue haleine. Nous envisageons de le faire d'ici à peu près trois ans.

    Alors ces victimes congolaises, elles ne sont pas simplement dans l'est du Congo, c'est ça qu'il faut dire.

    Oui, exactement. Parce que les conflits sont partout. Sur 145 territoires de la République démocratique du Congo, il y a au moins 99 territoires qui ont été concernés par les conflits et depuis 1993 jusqu'à aujourd'hui. Il est vrai qu'il y a une intensification des conflits due à cet appétit vorace de nos voisins pour contrôler les ressources naturelles de la République démocratique du Congo, ce qui fait que la partie Est, est le plus souvent touchée. Et on sait bien évidemment pourquoi et par qui.

    Alors la mort de ces millions de personnes depuis bientôt trois décennies, c'est ce que les autorités et la société civile congolaises appellent le « Genocost » : « Geno » pour génocide et « cost » pour coût, c'est-à-dire pour l'exploitation des richesses du Congo. Est-ce que cette démarche mémorielle, ne vise pas aussi à pointer les responsabilités des voisins du Congo, l'Ouganda et le Rwanda ?

    Alors donc, il y a forcément des auteurs et effectivement vous les avez si bien cités, et le rapport Mapping et bien d'autres rapports des Nations unies et d'autres États aussi les citent pendant toute cette période-là.

    Mais, n'y a-t-il pas aussi beaucoup de gens qui ont été tués lors des violences intercommunautaires en Ituri, au Kasaï-Central, au Mai-Ndombe et au Kongo-Central, des violences où a priori les voisins du Congo n'ont pas grande responsabilité, non ? 

    Oui, mais le piège dans cette question, c'est très souvent que nos voisins l’utilisent en disant que « ce qui se passe en RDC ne nous concerne pas, c'est un problème des Congolais ». Mais est-ce pour autant occulter la responsabilité des pays étrangers, parce qu'en interne nous avons des problèmes ? Je ne pense pas. Donc, les agresseurs, il faut les condamner, il faut vertement les condamner. Qui sont les tireurs de ficelles de ces conflits communautaires ? Vous verrez que ce sont ces nations étrangères très souvent, qui sont derrière, qui tirent les ficelles.

    Alors d'après la loi de décembre 2022, votre fonds Fonarev va être financé notamment par la redevance minière : 11 % des recettes de l'exploitation minière du Congo. Est-ce que vous avez commencé à percevoir cette redevance minière ?

    Tout à fait. On a activé en tout cas ces sources de financement qui nous permettent de fonctionner et de mener des actions que nous menons aujourd'hui.

    Depuis combien de temps percevez-vous cette redevance ?

    En tout cas, depuis le 2 août 2023, que le Fonarev est opérationnel et je pense que c'est autour de novembre 2023. Bon, c'est un procédé assez technique et complexe qu'on ne va pas aborder forcément ici.

    Et est-ce qu'il y a déjà des victimes qui ont commencé à percevoir une indemnité ?

    Alors, on ne dira pas ça, parce que notre démarche, ça prend en compte les réparations individuelles, mais aussi les réparations collectives. Donc les réparations collectives, ça suppose justement la construction ou la réhabilitation des infrastructures sociales de base qui ont été détruites lors des conflits. Et il y a des réparations symboliques également. Nous avons débuté notamment avec ce qu'on a appelé des mesures provisoires urgentes, notamment dans les camps de déplacés de Kanyaruchinya, c'est ce qu'on a fait. Mais l'objectif principal, c'est d'abord de commencer l'identification. Donc, c'est ça l'objectif.

    10 min
  • Virus mpox: «Tout le monde peut l'attraper, de façon active ou passive»

    Va-t-on vers une nouvelle épidémie mondiale de mpox, dont l'origine est la variole du singe ? L'Organisation mondiale de la santé (OMS) vient de déclencher son plus haut niveau d'alerte mondiale. Et c'est sur les conseils d'Africa CDC, l'agence de santé publique de l'Union africaine, que l'OMS a pris cette décision. Le médecin congolais Jean Kaseya est le directeur général d'Africa CDC. Et aujourd'hui, il dit à toutes les personnes qui ont des symptômes : « Faites-vous dépister, s'il vous plaît. Il est totalement faux de dire que c'est une maladie d'homosexuels. Tout le monde peut l'attraper ». Le docteur Kaseya est l’invité de Christophe Boisbouvier.

    12 min
  • Pour les 80 ans du massacre de Thiaroye, une association de tirailleurs espère la venue d’Emmanuel Macron au Sénégal le 1er décembre

    Il n'est pas impossible que le président français Emmanuel Macron soit invité par son homologue sénégalais Bassirou Diomaye Faye à la cérémonie des 80 ans du massacre de Thiaroye, prévue le 1er décembre 2024. Et il n'est pas impossible que le président français accepte l'invitation. C'est du moins ce qu'espère Aïssata Seck, qui préside en France l'Association pour la mémoire et l'histoire des tirailleurs sénégalais. Hier, elle assistait dans le sud de la France à la cérémonie des 80 ans du débarquement de Provence. Elle témoigne à Christophe Boisbouvier.

    RFI : « Il n'y aurait pas eu de victoire alliée sans la contribution des autres peuples et des tirailleurs », a déclaré le président camerounais Paul Biya jeudi 15 août à Boulouris. Est-ce que vous partagez ce point de vue ?

    Aïssata Seck : Évidemment, je partage ce point de vue, parce que ce sont des faits historiques. Donc évidemment que sans la présence des soldats issus des anciennes colonies, il n'y aurait pas eu de victoire des Alliés.

    Dans cet hommage du 15 août, le président français Emmanuel Macron a déclaré que la part d'Afrique en France est aussi l'héritage de ces tirailleurs. Que représentent les tirailleurs dans la mémoire des Français d'origine africaine aujourd'hui ?

    Elle a une part extrêmement importante parce que, comme l'a dit le président de la République, cela fait partie de cet héritage. On a déjà la présence d'afro-descendants en France, liés directement à l'histoire de la colonisation. Je suis moi-même petite fille de tirailleur sénégalais, donc directement liée à cette histoire. Donc cela fait partie bien évidemment des héritages de l'histoire de France.

    Et malheureusement, on y trouve peu de place dans les programmes scolaires. C'est mentionné dans le programme de quatrième et de troisième, où on mentionne l'apport des troupes coloniales pendant les différents conflits mondiaux. Mais aujourd'hui, on a une jeunesse afro-descendante, mais pas que : on a une jeunesse française qui a besoin de mieux connaître cette histoire. Et pour mieux la connaître, il est extrêmement important et nécessaire de pouvoir continuer à perpétuer ce travail de mémoire.

    Dans l'histoire des tirailleurs, il y a un événement tragique, c'est le massacre de Thiaroye. Emmanuel Macron y a fait une brève allusion ce jeudi en saluant les lycéens de cette commune proche de Dakar. Thiaroye, c’est ce camp militaire où des soldats africains réclamaient le paiement de leur solde, et le 1er décembre 1944, la répression a été épouvantable. Entre 35 et 400 morts selon les versions. Est-ce que ce drame n'a pas été occulté par la France depuis 80 ans ?

    Il y a forcément une part très, très sombre autour du massacre de Thiaroye. On commémore le 80ème anniversaire du débarquement de Provence, donc forcément, on est obligé de penser à Thiaroye. Le 1er décembre prochain aura lieu le 80ème anniversaire du massacre de Thiaroye et le président de la République Emmanuel Macron a annoncé au ministre [sénégalais] des Forces armées sa présence à Dakar le 1er décembre.

    Et je pense que, à ce moment-là, il aura très certainement des choses à dire ou peut-être des annonces à faire. En tout cas, le nouveau gouvernement sénégalais a décidé de prendre à bras-le-corps le sujet, avec la création d'un comité qui va être lancé dès demain avec des chercheurs, des historiens et un comité interministériel auquel j'ai été convié à participer. Et je pense que le 1er décembre, le moment sera venu d'annoncer ou de dire un certain nombre de choses. Des deux côtés.

    Il y a deux mois, la France a fait un geste mémoriel en déclarant « morts pour la France » six de ces tirailleurs fusillés à Thiaroye. Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a aussitôt répliqué que ce n'était pas à la France de fixer unilatéralement le nombre d'Africains assassinés, ni la portée de la reconnaissance qu'ils méritent. Alors de fait, est-ce que l'hommage aux victimes de Thiaroye ne doit pas résulter d'un travail commun entre Dakar et Paris ?

    Évidemment, il doit résulter d'un travail commun. Et pour que ce travail commun se fasse, il est nécessaire dans un premier temps que le gouvernement sénégalais donne sa ligne de conduite autour du massacre de Thiaroye. Le comité, justement, va être mis en place pour travailler à ces questions-là. Il aura deux dimensions, une dimension commémorative et une dimension vérité et justice. C'est à ce comité-là qu'on se référera pour ensuite réfléchir à ce qui se fera après. Mais le travail commun sera, je pense, entamé entre la France et le Sénégal.

    Il y a dix ans, le président François Hollande a promis que toutes les archives sur le massacre de Thiaroye seraient communiquées au Sénégal. Mais aujourd'hui, beaucoup d'historiens disent que les archives les plus sensibles restent secret-défense et que c'est la raison pour laquelle on ne connaît toujours pas le nombre de victimes. Est-ce que vous confirmez ?

    Alors, je ne peux pas confirmer, parce que je ne suis ni historienne, ni scientifique. Néanmoins, je pense qu'il serait important de procéder à des fouilles archéologiques. Et notamment dans les fosses communes où il semblerait que les tirailleurs qui ont été massacrés à Thiaroye semblent se trouver.

    Vous serez présente à la cérémonie à Thiaroye le 1er décembre prochain ?

    Oui, je serai présente à Thiaroye le 1er décembre prochain.

    Et vous dites donc que le président Macron a été invité par son homologue Bassirou Diomaye Faye à la cérémonie du 1er décembre prochain à Thiaroye ?

    Tout à fait. Il vient de confirmer sa présence au ministre des Forces armées sénégalaises, qui était présent ce jeudi à Boulouris.

    Donc le président français vient de dire au ministre sénégalais de la Défense qu'il répondait à l'invitation des Sénégalais pour venir à Thiaroye le 1er décembre prochain ?

    Exactement.

    5 min

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