Le grand invité Afrique

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By RFI
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Le grand invité Afrique episodes

  • Youssou N'Dour: «les valeurs de l’olympisme, c’est la communion, la solidarité et la paix»

    Le Grand invité Afrique de ce samedi 3 août est une légende, une icône qui sera en France, ce dimanche 4 aout 2024 au soir, pour un concert. Ce chanteur sénégalais sera en effet sur la scène de la Station Afrique, un lieu inédit créé à l’occasion des JO, un espace en plein air et gratuit où se retrouvent les sportifs et les diplomates du continent, avec chaque soir des concerts pour célébrer ces Jeux olympiques. 

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    9 min
  • Cessez-le-feu entre la RDC et le Rwanda: «Le passé ne pousse pas vraiment à l'optimisme»

    Les gouvernements congolais et rwandais se sont accordés pour un cessez-le-feu dans l’est de la RDC. C’est ce qu’a annoncé mardi la présidence angolaise, médiatrice dans ce dossier, après une rencontre à Luanda entre les ministres des Affaires étrangères du Rwanda et de la RDC. Ce cessez-le-feu doit débuter ce dimanche 4 aout à minuit. Il interviendra à l'expiration de la trêve humanitaire obtenue par les États-Unis. Son application sera contrôlée par un mécanisme ad hoc qui existe déjà, mais qui doit être renforcé. Alors, ce cessez-le-feu peut-il être respecté ? Question posée à Onesphore Sematumba, analyste grands lacs à l'International Crisis Group.

    RFI : Onesphore Sematumba, dans le conflit qui oppose l'armée congolaise à la rébellion du M23, un cessez-le-feu doit prendre effet ce dimanche 4 aout à minuit. Selon vous, peut-il être respecté ? Le passé ne pousse pas forcément à l'optimisme...

    Onesphore Sematumba : En effet, le passé ne pousse pas vraiment à l'optimisme. D'abord parce que ce n'est pas le premier cessez-le-feu qui est négocié. Pour la petite histoire, le cessez-le-feu va commencer le 4 août 2024, c'est-à-dire le lendemain de la fin d'une trêve qui a été négociée par les États-Unis et qui n'a pas été respectée non plus, donc je ne pense pas que cette fois-ci soit la bonne.

    Pour quelles autres raisons doutez-vous du respect de ce cessez-le-feu ?

    J'ai plusieurs doutes. D'abord en voyant le compte-rendu, je pense qu'il laisse des brèches pour l'éventuelle violation de ce cessez-le-feu, j'ai parcouru le communiqué. Par exemple, nulle part il n'est fait mention du M23, et donc le communiqué reste assez évasif. On parle de parties du conflit qui doivent cesser les combats, mais on ne nomme pas les entités qui sont, de fait, sur le terrain militaire. Cela fait qu'il y a un risque, par exemple, que le M23 refuse de s'intégrer dans un cessez-le-feu, dont il ne fait pas partie. Et de l'autre côté, on sait aussi que plusieurs fois, du côté du gouvernement de Kinshasa, il y a eu violation du cessez-le-feu, mais que l'armée a communiqué en disant que c'étaient les patriotes Wazalendo, ces jeunes des groupes armés, qui guerroyaient contre M23 et non pas l'armée. Donc, de part et d'autre, on a des sortes de brèches qui pourraient faire que le cessez-le-feu soit violé, tout en ayant l'air d’être respecté.

    Qu'est-ce qui va différencier, concrètement, ce cessez-le-feu de la trêve humanitaire actuellement en cours ?

    J'aimerais bien le savoir, parce que cette trêve - négociée par les Américains et qui va se terminer ce samedi 3 aout 2024 - était essentiellement humanitaire. La particularité de ce cessez-le-feu, c'est qu'il n’est pas limité dans le temps, et donc il est supposé être le point de départ d'un processus plus long de désescalade, comme ils disent... Mais encore une fois, ça, c’est à voir.

    L'annonce de ce cessez-le-feu est tout de même une avancée. À quoi est-elle due, selon vous ? À la pression internationale, voire à l'arrivée de deux nouveaux ministres des Affaires étrangères à Kinshasa et à Kigali ?

    Plutôt la première option. Je pense que les États-Unis ont vraiment poussé l'Angola et les différents États - notamment la RDC et le Rwanda - à s'engager vers cette solution à long terme pour une solution durable, parce que tout le monde est conscient que la solution durable ne sera que politique. C'est plutôt cela qui, je pense, a fait bouger les lignes. Je ne pense pas que les ministres eux-mêmes puissent influer sur ce genre de politique. Ça se décide un cran plus haut.

    Est-ce que chacune des parties a intérêt à un cessez-le-feu ?

    Ça dépend des parties dont nous parlons. Est-ce que le M23 a intérêt, aujourd'hui, à s'inscrire dans une logique de cessez-le-feu, quand son leadership est en train d'être condamné à mort à Kinshasa ? C'est quelque chose qui me semble invraisemblable. Tout comme Kinshasa, qui voit que la guerre a traversé le sud de la province du Nord-Kivu et s'achemine vers Butembo. Aussi, Kinshasa sait que les Congolais rêvent de leur première victoire militaire, de renverser le rapport de force militairement, avant de s'engager dans toutes les négociations. Donc, Kinshasa non plus ne devrait pas être confortable d'y aller en position de faiblesse. Mais évidemment, la réalité politique, la réalité diplomatique est que les deux belligérants principaux - je veux dire les deux capitales - doivent avoir réalisé qu'il n'y aura pas de victoire militaire. Finalement, le plus tôt ils se seront rendus à la table des négociations, en passant par un cessez-le-feu sincère, le mieux ce sera.

     

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  • Verdict du procès du massacre 28 septembre 2009 en Guinée: «C'est quelque chose d'historique»

    Le verdict du procès du massacre du 28 septembre 2009 était très attendu. La justice guinéenne a tranché hier, le 31 juillet 2024. Elle a condamné Moussa Dadis Camara, l’ancien chef de la junte, à 20 ans de prison pour crimes contre l’humanité. Au total, 8 des 12 accusés ont écopé de peines de prison allant jusqu’à la perpétuité. Le 28 septembre 2009, au moins 156 personnes avaient été tuées lors de la répression d’un rassemblement de l’opposition dans un stade à Conakry. Au moins 109 femmes avaient été violées. Qu’inspire ce verdict aux avocats des parties civiles ? Écoutez maître Halimatou Camara, avocate des parties civiles, au micro de RFI. 

    RFI : Maître Halimatou Camara, que vous inspire le verdict de ce procès qui a été donc rendu ?

    Maître Halimatou Camara : C'est un soulagement, en tout cas pour nos clients et nos clientes. Et c'est un moment aussi qui est historique dans notre pays où, pour une fois, des personnes ayant occupé un certain nombre de responsabilités répondent devant un tribunal et sont condamnées. 

    Le tribunal a décidé de requalifier les faits en « crimes contre l'humanité ». Qu'est-ce que ça change concrètement ?

    Ce que ça va changer concrètement, c'est plutôt dans le symbole. Parce que les crimes contre l'humanité, on peut reformuler : ce sont des crimes contre les droits fondamentaux, les atteintes aux droits à la vie, les atteintes aux droits à l'intégrité physique, les disparitions forcées, les viols, l'esclavage sexuel... C'est toute une panoplie d'infractions qui se retrouvent dans les crimes contre l'humanité.

    Huit des douze accusés ont été condamnés à des peines de prison. Moussa Dadis Camara a écopé lui de vingt ans pour crimes contre l'humanité. Comment accueillez-vous cette condamnation ?

    C'est la première fois, depuis l'accession de notre pays à l'indépendance, qu'un ancien chef d'État répond de crimes de masse devant une juridiction. Et quand vous regardez le fonctionnement de notre pays depuis notre accession à l'indépendance, il est clair qu'il y a eu beaucoup de crimes de masse qui ont été commis dans ce pays. Donc c'est vraiment une première et c'est quelque chose d'historique.

    Claude Pivi, l'ancien ministre chargé de la sécurité présidentielle et qui est actuellement en fuite, est le seul à avoir été condamné à la prison à perpétuité…

    Oui, je crois qu'il a été condamné à la perpétuité parce que déjà, il est condamné pour crimes contre l'humanité sur la base d'éléments factuels qui sont déterminants dans le dossier, mais aussi sur le fait qu'il a organisé son évasion. Donc, je pense que c'est ce qui a aggravé son sort et c'est pour cette raison que le tribunal a retenu la perpétuité en le condamnant à 25 années de période de sûreté et en décernant un mandat d'arrêt à son encontre.

    Au-delà de ce verdict, quel bilan tirez-vous de ces 22 mois d'audience ?

    Le bilan que l'on en tire, c'est que pour une fois dans notre pays, on a eu le sentiment que les crimes étaient reconnus et que les victimes n'étaient pas considérées comme des coupables. Et les victimes ont eu accès à la salle d'audience. Elles ont eu le droit de parler et je ne pense pas qu’il existe des précédents comme ce procès dans notre pays. Donc ça, ça a délié la parole des victimes. Ça a quand même permis de donner une place primordiale aux victimes. Il y a également cette place primordiale qui a été donnée aux femmes dans ce procès. Les femmes ont eu le droit de parler, alors qu'elles étaient quasiment considérées comme coupables durant les quatorze dernières années. Et je pense que cela va certainement impacter le regard de notre société sur ce type de crime. Je considère aussi que la parole s’est déliée, au point qu’aujourd'hui, ça va certainement avoir un impact sur ce que le Guinéen pensera dans le futur des victimes de violences sexuelles. Et ça, c'est quelque chose d'extrêmement important. On espère que ça aura un impact sur notre inconscient et notre conscient collectif.

    La justice guinéenne a jugé ces événements qui datent de de 2009, donc 15 ans après les faits. Aujourd'hui encore, on voit que la violence règne dans la société guinéenne. Les opposants Foninké Menguè et Billo Bah ont été enlevés. Nous sommes sans nouvelles d’eux depuis le 9 juillet dernier. Ne craignez-vous pas que la Guinée ait du mal à sortir de ces cycles de violence politique ?

    Oui, il est clair qu'aujourd'hui cette décision est rendue et que nous n'avons aucune raison de croire que nous sommes dans un contexte où les garanties de non-répétition seraient respectées. Aujourd'hui, nous sommes dans un contexte où les manifestations sont interdites, où des militants prodémocratie sont détenus au secret ou en tout cas ont disparu. Et c'est extrêmement inquiétant. Ça laisse quand même un arrière-goût à cette décision. Il est clair qu'aujourd'hui, nous sommes dans un contexte inquiétant et que le procès du 28 septembre ne peut nullement être brandi par les autorités en place comme étant une espèce de trophée de guerre. Nous n'avons aucun gage de garantie de non-répétition.

     

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  • Jamaï Aboubakr: «La France a toujours été le bouclier du Maroc au Conseil de sécurité» de l'ONU

    Après avoir résisté pendant longtemps, la France vient de rejoindre les nombreux pays occidentaux qui ont décidé de s'aligner sur la position marocaine concernant le Sahara occidental, dans une lettre envoyée par Emmanuel Macron au roi Mohammed VI. Qu'est-ce qui a poussé le président français à changer son fusil d'épaule ? Quelles conséquences sur ses relations avec le Maroc et l'Algérie ? Jamaï Aboubakr, spécialiste du Maghreb et professeur des relations internationales à Aix-en-Provence, estime que c'est un grand pas, mais pas encore suffisant. Il est l’invité d’Esdras Ndikumana.

    RFI : Jamaï Aboubakr, l'information a été confirmée ce 30 juillet 2024 à l'occasion de la Fête du Trône au Maroc : la France s’aligne désormais sur la position marocaine sur le Sahara occidental. Peut-on parler d'une grande victoire pour la diplomatie marocaine ?

    Jamaï Aboubakr : C'est certainement une victoire. Mais de là à l'appeler « une grande victoire », je serais un peu plus circonspect. D'abord, pour moi, ce n'est pas un changement extrêmement important de la position française, parce que la France a toujours été le bouclier du Maroc au Conseil de sécurité. À chaque fois que le Maroc voulait faire évoluer une situation en sa faveur, le premier pays qui le défendait, c'était la France, à commencer d'ailleurs par le plan d'autonomie.

    Le deuxième point qui est très important : il faut lire ce qu'a dit Macron dans sa lettre jusqu'au bout. Il parle du fait que le cadre de la résolution du conflit reste le processus onusien et il parle d'une solution négociée. C'est-à-dire que ça aurait été un véritable changement si, demain, la France présente un projet de résolution au Conseil de sécurité onusien en demandant le rejet de l'autodétermination. Là, je dirais « oui », il y a une vraie évolution.

    La France avait pendant longtemps refusé de franchir ce pas. Qu'est-ce qui explique aujourd'hui que ce pas en avant soit fait ?

    Je pense que la pression marocaine a joué. Je pense que le fait que la diplomatie marocaine est devenue beaucoup plus dure dans sa défense du plan d'autonomie et de la souveraineté marocaine sur le Sahara, pour ne pas dire agressive – mais bon, ça, ça peut se comprendre – a joué. Je pense que la France est en recul diplomatique en règle générale en Afrique, notamment par rapport aux pays du Sahel, que le Maroc a toujours été un allié indéfectible de la France, et il y a une connivence régime-régime qui commençait à s'amenuiser et à dépérir ces dernières années, en raison des mésententes, des incompréhensions qui s'accumulent depuis le début des années 2010, je dirais. Il était important pour la France de maintenir des relations solides avec le Maroc pour ces raisons-là.

    Est-ce qu'il n’y a pas également des intérêts économiques en jeu ?

    Oui. Alors c'est un aspect important. Je vous donne un exemple très simple : le Maroc est très fier de parler de l'évolution de son économie vers plus d'industrialisation. Et cela porte un nom et un seul : c'est l'industrie automobile. Or, qui sont les deux entreprises qui permettent au Maroc justement d'avoir un tel développement dans son industrie automobile ? C’est Renault et Stellantis qui sont des entreprises, pas totalement françaises, mais très françaises. L'interpénétration entre le capitalisme français et le capitalisme marocain est très forte, à commencer par le roi lui-même. Vous savez que le roi est en affaires avec l'État français, lui en tant que personnage privé. Donc, si vous voulez, il y a une telle interpénétration d'intérêts, et notamment aux bénéfices des Français, qui faisait que la France avait besoin de maintenir cette relation.

    Est-ce que cette décision ne signifie pas que Paris a décidé de sacrifier, quelque part, sa relation avec Alger ?

    Je ne pense pas que la France peut se permettre de sacrifier sa relation avec l’Algérie, parce que l'Algérie est un pays qui est « plus riche » que le Maroc, par définition, grâce au gaz et au pétrole. Je ne parle même pas des liens historiques, mais même des liens d'aujourd'hui, la communauté algérienne en France… Tout ça fait que, même si les relations ne seront probablement pas aussi bonnes qu’elles sont même aujourd'hui avec le Maroc, je ne pense pas que les preneurs de décisions à Paris puissent agir comme si l'Algérie était un pays perdu pour eux d'un point de vue économique, diplomatique, même si c'est une relation qui est extrêmement difficile avec un régime algérien qui est autrement plus revêche.

    Je pense que leurs intérêts leur commandent d'essayer de maintenir un minimum d'équilibre. Donc, je ne pense pas que les Français puissent raisonner de façon binaire : à savoir ou c'est le Maroc ou c'est l’Algérie.

    Est-ce qu'Alger ne risque pas de le prendre mal ?

    Les Algériens vont évidemment le prendre mal. Ils l'ont déjà mal pris. Il faut quand même observer que les premiers qui ont annoncé ce virage, ce sont les médias officiels algériens qui ont parlé de ce revirement en France, avant le cabinet Royal marocain et avant la présidence française.

    Le souhait des Algériens, c'est évidemment la République sahraouie, le Sahara occidental qui devient indépendant, etc. C'est l'évidence même. Donc, tout ce qui peut pousser à la roue en faveur de la position marocaine leur déplaît.

    Est-ce que quelque part, le Maroc n'a pas bénéficié de la perte d'influence de l'Algérie au cours des dernières décennies ?

    Je ne sais pas s'il y a une perte d'influence de l'Algérie, parce que si on devait parler par exemple de l'Afrique, il faut se rappeler que quand le Maroc a décidé de réintégrer ce qui est devenu l'Union africaine, cette décision a été prise basée sur l'idée que du moment que le Maroc va réintégrer l'Union africaine, les pays africains vont expulser la République sahraouie de l'Union africaine. Jusqu'à aujourd'hui, il y a eu quelques évolutions, mais elles restent marginales puisque les mastodontes géostratégiques de l'Afrique ne sont toujours pas du côté marocain et restent plutôt du côté de de la République sahraouie.

    13 min
  • Lazare Eloundou (Unesco): «Le patrimoine mondial permet de renforcer notre mémoire collective»

    Le Comité du patrimoine mondial de l'Unesco est réuni depuis le 21 juillet à New Delhi, en Inde. Lors de cette 46ème session, il a décidé d'intégrer plusieurs sites, notamment africains, dans la liste du patrimoine mondial. Quels sont les sites qui ont intégré cette liste et pourquoi ces choix ? Lazare Eloundou est directeur du patrimoine mondial de l'Unesco et répond aux questions de Pierre Firtion.

    RFI : Lazare Eloundou, cinq sites africains rejoignent donc la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. Sur ces cinq sites, on note d'abord la présence de trois sites archéologiques en Éthiopie, en Afrique du Sud et au Kenya avec la ville historique de Gedi.

    Lazare Eloundou : Le site sud-africain est un site d'occupation du Pléistocène qui est assez intéressant. Les autorités sud-africaines ont lancé énormément de travaux de conservation, de travaux de recherches scientifiques et c'est un nouveau site qui montre la richesse et la diversité de l'Afrique du Sud. C'est la même chose aussi pour le site archéologique de Gedi au Kenya, qui est un site qui est extrêmement bien entretenu, qui a été très bien fouillé, très bien documenté, qui remontre encore la présence vraiment d'une urbanisation très ancienne le long de la côte.

    Autre site retenu : la Cour royale de Tiébélé au Burkina Faso. C'est là un ensemble architectural en terre qui est plus récent, qui date du XVIe siècle ?

    Oui, tout à fait. C'est un site très riche. C'est un site vivant, encore habité, où il y a une incroyable richesse culturelle, une organisation de la société pour l'entretien de cette Cour royale et les autorités burkinabè continuent de faire des efforts pour sa conservation. Et c'est un site qui n'est pas très grand, mais qui est incroyablement riche et qui mériterait vraiment d'être connu et qui mériterait d'être visité.

    Dernier lieu africain à intégrer cette liste du patrimoine mondial : les sites de mémoire de Nelson Mandela, en Afrique du Sud…

    Et je dois dire que l'inscription de ce site a été un moment extraordinaire, lors de la session du comité du patrimoine mondial. La majorité des membres du comité ont tous soutenu l'inscription de ce site. Ce qui est important, c'est que ce site continue de passer un message important, non seulement le message de l'Afrique du Sud, mais aussi le message du monde entier, celui de l'importance de l'égalité, de la réconciliation et du pardon. L'ensemble de ces lieux, dont on se rappelle, la Place de Walter Sisulu, le site du Massacre de Sharpeville, le Union Buildings et bien d'autres que moi j'ai visité, que je connais, sont des sites qui nous permettent aujourd'hui de montrer encore pourquoi le patrimoine mondial est si important, parce qu'il permet de renforcer non seulement notre mémoire collective, mais aussi de passer des messages importants qui sont des messages de l'universel.

    Que va changer cette inscription sur la liste du patrimoine mondial pour ces sites-là qui ont été retenus ?

    Beaucoup de choses. Ça permet de connaître les différents pays, de se rendre compte que ces pays ont une richesse patrimoniale très importante. Mais une inscription au patrimoine mondial pour ces pays permet aussi d'accéder à un large éventail d'assistances technique et financière et ça permet aussi d'amener plus de personnes, plus de voyageurs, plus de tourisme, pour découvrir les histoires que ces sites racontent.

    On compte aujourd'hui à travers le monde 1 223 sites classés au patrimoine mondial de l'Unesco. Plus d'une cinquantaine d'entre eux sont considérés comme en péril. La bonne nouvelle, côté africain, c'est que le plus grand parc naturel du Sénégal, le Niokolo-Koba, a été retiré de la liste de ce patrimoine en péril. Qu'est-ce qui a motivé cette décision ?

    La communauté internationale, l'ensemble des États membres de l'Unesco, ont considéré que leurs efforts conjoints qui avaient permis de mettre en place un projet ambitieux pour réduire les menaces sur ce site, aujourd'hui ont donné des efforts très satisfaisants, notamment pour essayer de ramener les espèces emblématiques qui existent dans ce grand parc qui étaient en disparition. Et ça, c'est grâce à l'effort aussi du gouvernement sénégalais, des autorités sénégalaises, des professionnels sénégalais. Et je crois que le comité du patrimoine mondial a considéré qu’il fallait cette décision pour reconnaître tous ces efforts et a décidé de le sortir de la liste du patrimoine mondial en péril.

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  • Tunisie: «Il est évident que la popularité de Kaïs Saïed s'est érodée depuis cinq ans»

    Le président tunisien Kaïs Saïed, élu en 2019, surprenait tout le monde en 2021 lors de la dissolution de l'Assemblée nationale. Un coup de force qui allait mettre pratiquement tous les pouvoirs entre ses mains. Qu'est-ce qui fait sa force aujourd'hui, malgré une popularité qui s'est érodée et qu'en sera-t-il de l’élection présidentielle prévue le 6 octobre prochain ? Et quelles sont les perspectives pour la Tunisie ? L'historienne franco-tunisienne Sophie Bessis répond aux questions d’Esdras Ndikumana.

    RFI : Il y a 3 ans, Kaïs Saïed suspendait l'Assemblée nationale avant de la dissoudre. Il avait ensuite été élu à la tête de l'État sur le rejet de la classe politique en général et des islamistes en particulier. Mais beaucoup de ses soutiens d'alors se sont éloignés. Sur quel soutien populaire peut-il encore compter aujourd'hui ?

    Sophie Bessis : Il est évident que sa popularité s'est érodée depuis cinq ans. Il avait été élu en 2019 avec un score extrêmement honorable. Et puis, lors de ses appels à la population, c'est-à-dire aussi bien le référendum pour adopter la Constitution de 2022, à mobiliser à peine un tiers du corps électoral. Quant aux législatives devant élire la Chambre issue de cette nouvelle Constitution, elle n'a mobilisé que 11% du corps électoral. Donc vous voyez qu’effectivement, si l’on mesure sa popularité à la participation électorale, il est certain que cette popularité s'est érodée de façon importante.

    Dans ces conditions, qu'est-ce qui fait aujourd'hui sa force ? Sur quelles institutions s'applique Kaïs Saïed pour diriger d'une main de fer la Tunisie ?

    Kaïs Saïed est en train de mettre en place, en tout cas a la volonté de mettre en place, une nouvelle République. Il l'a toujours dit, il voulait renverser la pyramide institutionnelle, c'est-à-dire faire que la décision parte du peuple. Mais pour l'instant, ce que l'on voit, c'est une personnalisation extrêmement importante du pouvoir.

    De nombreux opposants et figures de la société civile critiques sont en prison. Certaines voix dénoncent un virage autoritaire. Est-ce vraiment le cas ?

    Il y a les faits aujourd’hui. Il est très difficile, sinon impossible, de s'opposer publiquement au chef de l'État tunisien. Ses opposants, que ce soient des chefs de partis, que ce soient des personnalités de la société civile, subissent effectivement les foudres des autorités pour avoir critiqué soit la parole présidentielle, soit sa façon de gouverner.

    Certaines voix disent aujourd'hui que la période n'est pas propice à une élection transparente. Peut-on dire que la présidentielle du 6 octobre est jouée d'avance ?

    Effectivement, depuis que le chef de l'État a changé la composition de l'instance supérieure indépendante pour les élections, en se donnant la liberté de nommer, en fait, les membres de cette instance, il n'y a plus d'instance indépendante électorale, ce qui est quelque chose d'assez préoccupant. Et ce qui est inquiétant, si vous voulez aujourd'hui, c'est que toutes les personnes manifestant le souhait de se présenter à la prochaine élection présidentielle, eh bien se voient empêcher, sous une forme ou sous une autre, de se présenter à cette élection, soit en étant arrêtées, soit en étant assignées à résidence, soit en étant frappées d'inéligibilité, ou tout cela à la fois. Les obstacles mis à la candidature à la présidentielle feront probablement que cette élection aura un caractère tout à fait plébiscitaire.

    Est-ce qu'il existe encore aujourd'hui une force politique organisée capable de s'opposer à son pouvoir ? Qu'en est-il des islamistes d'Ennahda, jadis majoritaires ?

    Non, bien sûr, non. Disons que les forces politiques en Tunisie sont aujourd'hui très atomisées. Et comme vous l'avez vous-même souligné tout à l'heure, la plupart des leaders politiques sont derrière les barreaux. Alors il y a évidemment encore une société civile. Les médias sont sous contrôle aujourd’hui et il est de plus en plus difficile de s'exprimer. Je vous disais tout à l'heure également que le chef de l'État fait partie de ces leaders populistes qui sont tout à fait hostiles à l'existence de partis politiques et de corps intermédiaires.

    Est-ce que la Tunisie ne s'achemine pas finalement vers un pouvoir sans partage comme à l’époque de Bourguiba ou de Ben Ali ?

    Le régime de l'actuel chef de l'État n'a pas grand-chose à voir avec l'époque de Bourguiba, ni celle de Ben Ali. La seule chose qui les rassemble, si je puis dire, c'est qu'effectivement, après une séquence d'apprentissage, certes douloureux et chaotique, de la démocratie entre 2011 et 2020, on revient vers une forme tout à fait autoritaire d'exercice du pouvoir, incontestablement.

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  • Haydar Hamdi: «Je suis très social, j’aime utiliser la musique pour marquer le temps»

    Le grand invité Afrique ce samedi s’appelle Haydar Hamdi. Ce chanteur, originaire de Tunisie, a marqué l’histoire de son pays lors de la révolution en décembre 2010. L’auteur-compositeur-interprète se produit à Paris lundi 29 juillet, dans le cadre des Jeux olympiques à la Station Afrique. Basé sur l'île-Saint-Denis, au nord de Paris, cet espace est destiné à accueillir des concerts gratuits et des rencontres avec des délégations de sportifs, de diplomates venus de tout le continent africain. L’occasion de parler culture, sport et valeurs partagées. Haydar Hamdi répond aux questions de Guillaume Thibault.

    6 min
  • JO 2024: «une moyenne de 50 médailles» attendue pour les athlètes africains

    Le grand jour pour les Jeux olympiques de Paris est arrivé. À quelques heures de la cérémonie officielle de leur ouverture, Mustapha Berraf, le président de l’Association des comités nationaux olympiques d’Afrique, l'Acnoa depuis 2018, est le Grand invité Afrique. Combien d'athlètes africains sont présents à Paris ? Qu'en est-il de leur préparation ? Quelles sont les chances de médailles ? Mustapha Berraf nous détaille les aides dont ont bénéficié les athlètes africains pour se préparer au JO.

    RFI : Mustapha Berraf, vous êtes à Paris depuis une semaine, quelles sont vos premières impressions sur l'organisation et comment envisagez-vous cette cérémonie d'ouverture sur la scène ? C'est une première !

    Mustapha Berraf : Sincèrement, je crois que les Jeux olympiques organisés par Paris sont de très bon augure. Je crois même qu'ils vont être exceptionnels. Honnêtement, tout le monde s'affaire et tout le monde travaille d’arrache-pieds pour que toutes les conditions soient réunies pour faire de ces Jeux les plus beaux Jeux qui aient existé de par le monde, et je crois honnêtement qu’on est en passe de réussir cela.

    Dans quel état d'esprit sentez-vous les athlètes africains ? Est-ce qu'ils ont bénéficié de moyens d'entraînement meilleurs qu’avant les Jeux de Tokyo par exemple ?

    Oui, il faut reconnaître que la Solidarité olympique et le CIO ont mis à profit certaines sommes importantes. L'Acnoa a mis deux millions de dollars dans la préparation des athlètes, mais je vous dis, ce sont les athlètes qui figurent dans le top 10, c'est-à-dire les athlètes potentiellement médaillables.

    À combien sont-ils ?

    Je vous le dis : le global, c'est 2 millions de dollars sur une cinquantaine d'athlètes. Nonobstant, les athlètes africains qui bénéficient de bourses de la solidarité olympique, nous avons une participation qui a atteint près de 1 000 athlètes pour cette édition de Paris. Cela suppose une augmentation par rapport à la précédente édition de près de 20% d'athlètes africains.

    Y a-t-il eu des problèmes de visa - par exemple pour certains athlètes qui viennent du Mali, du Niger, du Burkina Faso, des pays qui ont des problèmes avec la France ?

    Non, honnêtement, sur le plan sportif, il n'y a eu aucun problème, il y a eu quelques petits ralentissements, mais les choses sont rapidement rentrées dans l'ordre sur instruction des autorités qui ont largement coopéré pour que tous les athlètes qualifiés soient présents.

    Sur combien de médailles africaines peut-on tabler durant ces Jeux ? Est-ce davantage qu'à Tokyo ?

    Non, à Tokyo, il y a eu 37 médailles, 11 médailles d'or. Nous pensons que nous avons les moyens humains et les potentiels pour réussir une augmentation de près de 20%. Cela suppose une moyenne de 50 médailles.

    Est-ce que l'athlétisme reste jusqu'ici la discipline phare ou les sports de combat peuvent se révéler comme de belles satisfactions durant ce jeu ?

    Naturellement, les plus belles satisfactions viendront de nos athlètes, en particulier sur le demi-fond. Il y a le taekwondo où nous avons pas mal de révélations. Il y a la boxe où nous espérons obtenir un bon nombre de médailles. Il ne faut pas oublier qu'il y a certaines disciplines, comme la gymnastique, la voile, le canoë kayak où nous avons de très bons athlètes. Et moi, je pense honnêtement que nos athlètes africains seront là en tant que conquérants pour gagner. J'ai dit aussi que nous étions fiers de nos athlètes africains, même s'ils concourent pour des pays européens où américains. Nous sommes fiers de leurs origines.

    Et pour les sports d'équipe ?

    Pour les sports d’équipe, nous avons une très, très belle surprise, c'est le Soudan du Sud. Le Soudan du Sud qui a fait jeu égal avec les États-Unis d'Amérique. En match amical, ils ont fait un point d'écart, au basket-ball. Bon, dans les autres disciplines, le volley-ball et le handball, on est un peu loin du compte. Mais je pense qu'au football, on pourra réussir de belles performances.

    Alors l'univers culturel africain sera très présent dans ces Jeux à travers la Station Afrique à L'Île-Saint-Denis. Pourquoi vous êtes-vous associé à cette initiative ?

    Parce que dans ces circonscriptions, il y a beaucoup de jeunes qui sont d'origine africaine. Il y a tellement de jeunes qui affluent là-bas. Tous les soirs, il y aura une soirée : soirée Algérie, soirée Mali, etc. Pour chaque pays, il y a des expositions et nous sommes honnêtement très fiers de cette œuvre qui est maintenant rentrée dans le programme de Paris 2024.

    11 min
  • Lutte antiterroriste au Niger: «Ce type de guerre ne se gagne pas sans la population»

    Nous sommes à la veille du premier anniversaire du coup d'État militaire qui a renversé le 26 juillet de l'année dernière le président Mohamed Bazoum au Niger. Un pays du Sahel qui continue de faire face aux assauts des jihadistes. Quel bilan peut-on tirer pour la junte militaire aujourd'hui au pouvoir ? L'anthropologue Jean-Pierre Olivier de Sardan explique ce qui lui semble être la meilleure stratégie contre les jihadistes dans les pays du Sahel.

    RFI : Il y a une année, la junte militaire dirigée par Abdourahamane Tiani avait justifié son coup de force contre Mohamed Bazoum par « la dégradation continue de la situation sécuritaire et la mauvaise gouvernance économique et sociale ». Sur le plan sécuritaire, est-ce que la junte militaire a réussi à faire mieux ou pas ?

    Pierre Olivier de Sardan : Ce sont toujours des questions auxquelles il est très difficile de répondre de façon extrêmement précise puisqu'il y a peu d'informations, peu de communication et on ne sait jamais exactement. Mais j'ai vu que, d'après un certain nombre de d'indications qui sont fournies par des ONG spécialisées, effectivement non : la situation sécuritaire ne s'est pas améliorée. Il est clair que c'était une des ambitions. Et, en même temps, il faut aussi se rappeler que Mohamed Bazoum, lorsqu'il était président, avait au contraire amélioré de façon significative la situation militaire, en particulier par rapport aux pays voisins, à la fois en déployant beaucoup d'efforts sur les réconciliations intercommunautaires, qui souvent alimentent l'insurrection jihadiste, mais aussi en essayant de développer avec la Haute autorité à la consolidation de la paix, une stratégie de sécurisation des populations. Bon, cette haute autorité a été dissoute, donc on ne voit pas de façon précise une avancée, disons, dans la lutte contre l'insurrection jihadiste.

    Peut-on parler dans ce cas d'un échec de la junte militaire ?

    Il faudrait leur demander à eux, je ne suis pas un expert militaire, mais lorsque l'on voit actuellement la situation, on ne peut pas dire que ça s'est amélioré de façon significative.

    Comment peut-on expliquer aujourd'hui que la menace terroriste se soit accentuée et même étendue dans le pays ? Est-ce que cela est bien la situation dans les pays voisins ou pas ?

    Non, c'est une situation plus générale. Je crois qu’il est clair que seules des armées nationales peuvent vaincre l'insurrection jihadiste, ça ne peut pas être des corps expéditionnaires extérieurs, quels qu'ils soient. Ça, c'est un point, il me semble, fondamental. Cela étant, les armées nationales, dans leur configuration actuelle, ne sont pas forcément adaptées à ce qu'est une guerre asymétrique, une guerre contre une insurrection qui est devenue - même si elle est d'origine importée - populaire, qui recrute parmi les populations locales. Donc, ce type de de guerre se gagne en ayant la population avec soi et en la sécurisant. Ça n'est pas la façon les militaires ont été formés.

    Depuis le coup d'État, le Niger a coupé les ponts avec ses soutiens militaires traditionnels, la France et les États-Unis par exemple. Pour la Russie, est-ce que ce changement d'alliance lui a été bénéfique ou pas ?

    D'un point de vue militaire, je ne sais pas. Encore une fois je suis pas du tout un expert militaire. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il y a eu plus de matériel qui est venu. Mais c'était déjà une tendance qui s’esquissait sous Mohamed Bazoum. Déjà, sous le régime précédent, on ne reposait pas simplement sur un corps expéditionnaire français, mais il y avait aussi l'achat de matériel en Turquie, en Chine ou en Russie. Donc, le régime actuel au pouvoir développe une diversification des approvisionnements qui est sans doute nécessaire. En soit, avoir plus de matériel, plus d'équipements, est une bonne chose. Maintenant, il faut voir aussi comment est-ce qu'on peut les utiliser dans le cas d'une guerre asymétrique. Il faut aussi pouvoir, disons, freiner l'expansion jihadiste sur son propre terrain qui est le terrain des populations.

    Le Niger, le Burkina Faso et le Mali, tous les trois dirigés par des juntes militaires, ont quitté la Cédéao et ont constitué une nouvelle organisation : l'Alliance des États du Sahel (AES). Est-ce qu’ils ne s'isolent pas par rapport à la région ?

    Les rapports avec la Cédéao sont évidemment très, très complexes. Je pense que la Cédéao a fait une énorme erreur avec l'importance des sanctions qui ont mis à bas l'économie des trois pays, mais surtout l'économie du Niger, puisque les sanctions étaient plus fortes. Une autre énorme erreur a été la menace d'une intervention militaire qui n'était pas crédible et qui, de fait, a fait pschitt et qui a effectivement donné des arguments aux régimes militaires pour rompre avec elle. Ceci étant, je pense que c'est une erreur. Profondément, ça n'a pas de sens que les trois pays du Sahel s’isolent du reste de la sous-région, et je pense que la seule solution serait la possibilité d'un retour. Je ne sais pas s’il est possible. Je sais que l'actuel président sénégalais s'y emploie, mais on n'a pas forcément de raison d'être extrêmement optimiste, surtout avec les problèmes qui sont posés entre le Niger et le Bénin.

    Concrètement, qu'ont-ils à gagner ou à perdre avec leur nouvelle organisation ?

    Je pense, d'un point de vue économique, que les trois pays du Sahel sont extrêmement liés à l'ensemble des pays côtiers d'Afrique de l'Ouest. Il y a quand même quelques acquis de la Cédéao, même si elle a failli sur le plan politique ou militaire, mais les acquis sur la libre circulation des personnes et des biens sont extrêmement importants, ce sont des économies qui sont complètement enchevêtrées les unes dans les autres. Et retourner à des frontières ou refaire un bloc qui s'isole du reste de la sous-région ne me semble pas du tout une bonne idée.

    Contrairement aux autres pays de l'AES, le Niger n'a pas de feuille de route de transition. Les activités des partis politiques ont été suspendues. Pourquoi cette singularité ?

    Je ne suis pas sûr que ce soit une singularité. Simplement, je pense que, un peu comme les deux autres régimes, on n'est pas dans l'hypothèse d’une transition courte, comme on y était habitué au Niger avec les trois coups d'État précédents et qui étaient liées à des crises de la démocratie. Là, on est dans un autre registre où effectivement, je pense qu'on se prépare à une transition longue comme dans les deux pays voisins. Simplement, ce n'est pas de la même façon ou avec les mêmes dispositifs.

    Sur le plan économique, le Niger a repris les échanges avec tous les pays de la Cédéao, depuis la fin de l'embargo que lui avait imposé cette organisation, à part le Bénin. Qu'est-ce qui explique cette hostilité qui ne se dément pas ?

    Ça remonte en fait à la Cédéao aussi. Il est clair que le régime militaire au Niger reproche beaucoup au Bénin d'avoir été un des pays qui préconisaient une intervention armée. Ils ont même craint que cette intervention armée passe par le Bénin. Ceci étant, les choses ont changé, puisque le président du Bénin a lui-même reconnu que le contexte politique avait complètement changé. De son côté, la Cédéao a rouvert la frontière. Le Niger s'est bloqué sur cette question, et donc, après, on est dans ce système invraisemblable où deux pays qui sont extrêmement proches, qui partagent beaucoup de choses et qui sont économiquement complètement interdépendants, sont actuellement avec une frontière obstinément et complètement fermée. J'espère que, le plus vite possible, la raison reviendra et les relations recommenceront de façon normale entre les deux pays. Ça n'a aucun sens, cette séparation, ce blocage.

    Par exemple, que gagne le Niger en refusant de laisser transiter son pétrole par le Bénin alors qu'il a besoin de cet argent ?

    On pourrait dire : c'est se tirer une balle dans le pied. Se refaire un nouveau pipeline pour aller vers le Cameroun, c'est encore une histoire extrêmement coûteuse, etc. Je pense que les investisseurs chinois qui ont financé l'actuel oléoduc sauront faire revenir les deux pays à la raison et sauront comprendre qu'il faut arrêter cette guerre du pétrole. C'est négatif pour les deux. Le Bénin aussi souffre de ne pas avoir les revenus du passage du pétrole et le Niger encore plus, puisque les projections économiques pour le Niger étaient très bonnes en fonction du revenu pétrolier. Si ce revenu pétrolier ne vient pas, on va être dans une crise encore plus grave que celle qui a été déclenchée par le boycott de la Cédéao.

    Il y a une année, de nombreux spécialistes pensaient que la junte, qui a été soumise à un embargo quasi-total, n'allait pas s'en sortir. Comment peut-on expliquer que le pays ait pu résister ?

    Parce que le boycott est extrêmement dur et la menace militaire ont été du pain béni, en quelque sorte, pour les régimes militaires. Ça leur a permis de souffler sur une la flamme nationaliste et souverainiste qui existait, ça a été un argument extrêmement fort pour la légitimité vis-à-vis de sa propre opinion politique du régime actuellement au pouvoir au Niger. Il a utilisé de façon habile, on peut dire, cette menace ou ces mesures absurdes qui étaient menées à l'encontre du pays. Vous savez, on ne peut pas simplement dire : on s'en prend uniquement à des militaires qui ont pris le pouvoir par un coup d'État alors qu'on fait des mesures qui s'attaquent non pas à ces militaires, mais qui s'attaquent, en fait, au peuple nigérien lui-même. Donc, c'était extrêmement malvenu de la part de la Cédéao, sans parler aussi de l'attitude de la France, qui a été aussi, de son côté, absurde.

    Un an après le putsch, l'ancien président Mohamed Bazoum, qui était défendu mordicus par la communauté internationale, semble oublié. Qu'est ce qui pourrait contribuer à sa libération ?

    Je ne sais pas. C'est extrêmement triste, cette histoire. Le président Mohamed Bazoum, c'est d'une injustice profonde, parce que, vous savez, une grande partie de la popularité du régime militaire tient à la détestation qu'il y avait du régime PNDS [Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme, NDLR] de Mahamadou Issoufou, mais pas de Mohamed Bazoum lui-même, qui justement essayait de corriger et de revenir sur un certain nombre d’insuffisances criantes du régime d’Issoufou. Donc, Mohamed Bazoum bénéficiait d'une sorte de sympathie croissante de la part d'une partie importante de l'opinion publique. De le voir actuellement réduit à une condition de tâche à effacer, c'est effectivement invraisemblable. Vouloir le libérer sous la menace était une erreur complète. Le libérer maintenant, ça semblerait s'imposer puisqu'il n'y a plus de menace, qu'il n'y a plus de soi-disant expéditions militaires contre le pays, il n’y a aucune raison de ne laisser prisonnier ou otage de cette façon. Il est clair que le régime militaire se donnerait plus de légitimité ou se grandirait s'il laissait partir tranquillement le président Mohamed Bazoum.

    À lire aussiLa journaliste nigérienne Samira Sabou, une carrière qui met en lumière les travers de la gestion de l'État

    10 min
  • Enlèvement de Foniké Menguè et Billo Bah en Guinée: le gouvernement n'a «aucune nouvelle», selon Ousmane Gaoual Diallo

    En Guinée, le ministre des Transports et porte-parole du gouvernement de transition de Guinée était de passage hier, mardi, à la rédaction Afrique de RFI. Il s'est exprimé sur la fin de la transition en cours, l'absence d'un chronogramme pour sa fin ou encore la disparition de deux figures de la société civile et la plainte de leurs familles contre le président de transition à Paris. Ousmane Gaoual Diallo réagit au témoignage d'une troisième personne présente sur les lieux, qui a décrit des menaces et des actes de torture à l'encontre de ces deux acteurs de la société civile, juste avant leur arrestation.

    RFI : La société civile et les partis politiques guinéens préparent une manifestation pour exiger le retour à l'ordre constitutionnel avant le 31 décembre 2024, comme s’y était engagé initialement le président de Mamadi Doumbouya. Or, le Premier ministre Bah Oury a déjà dit que ce sera au-delà de cette date. N’irions-nous pas vers un nouvel affrontement entre le pouvoir et l'opposition en Guinée ?

    Ousmane Gaoual Diallo : Non, cependant, il est naturel de noter qu'il y a une certaine partie de la classe politique guinéenne et des organisations de la société civile qui ne veulent pas rentrer dans le processus de dialogue, d'échange, qui a été initié pour faire en sorte que cette transition se déroule très bien. Donc elle utilise tout ce qui est possible pour faire en sorte de jeter l'anathème sur ce qui se passe en Guinée. Clairement, cette transition ne connaîtra pas sa fin à la fin de l'année 2024, cela a été acté. Pour plusieurs raisons, puisqu'un engagement pour sortir de la transition avait plusieurs facettes. Il y a un processus qui est déroulé en étapes avec des tâches qui en découlent et une mobilisation financière, aussi bien interne qu'internationale. Il y a beaucoup de choses ont manqué, alors nous ferons ce qui est possible.

    Le président de transition s'était engagé à ce que le référendum constitutionnel se tienne au moins cette année. Où en êtes-vous des préparatifs ?

    Actuellement, la constitution de ce fichier électoral fiable et accepté par les acteurs est en cours. Et c'est pour ça que nous avons invité tous les acteurs à se mobiliser pour que l'électeur, le citoyen guinéen puisse se faire enrôler (sur les listes électorales). Parce qu'en l'absence d'un fichier électoral, cela peut encore être un problème. Or, certains font la campagne pour que les acteurs politiques et les citoyens ne se s'enrôlent pas... et après, ça va devenir un problème. Mais nous comptons bien organiser le référendum d'ici la fin de l'année.

    Création d'un nouveau fichier électoral. Il y a la saison de pluie qui s'annonce. Est-ce que, clairement, cela ne nous mène pas au-delà du 31 décembre pour ce référendum ?

    Toutes les dispositions sont prises pour que ça ne le soit pas. Maintenant, le contexte du terrain, la situation locale, d'autres facteurs pourraient venir retarder cela. Si c'est le cas, le gouvernement prendrait la responsabilité de communiquer. Pour l'instant, nous sommes dans une dynamique d'aller vers le référendum à la fin de l’année.

    Comment est-ce que ça sera possible avec ces aléas, avec cette question du fichier électoral qu'il faut refaire ?

    La tâche est immense, mais nous ne sommes pas dans un recensement électoral. Nous sommes dans un recensement pour l'élaboration d'un fichier d'état civil du pays d’où sera extrait la classe électorale de la Guinée. C’est donc c'est une démarche inclusive et pas seulement avec des objectifs électoraux. Maintenant, il faut beaucoup d'engagement. Il faut que les acteurs aussi se mettent dans cette dynamique là pour sortir le pays. Ce qui est contradictoire, c'est d'un côté, exiger un retour à l'ordre constitutionnel et de l'autre côté, poser systématiquement des actes qui soient de nature à retarder la fin de cette transition.

    Si on comprend bien, le référendum constitutionnel risque de glisser un tout petit peu. Il n'y a pas de nouvelles dates données jusqu'ici pour la fin de la transition, est-ce que celle-ci a été renvoyée aux calendes grecques ?

    La transition guinéenne n'a pas pour vocation de dire que nous commençons un processus électoral et nous le terminons pour que d'autres acteurs viennent. C'est une question de refondation. Il faut recréer beaucoup d'autres facteurs pour que les Guinéens puissent dire que maintenant, le retour à l'ordre constitutionnel, ça ne veut pas dire la fin de la transition. Ce sont deux thèmes complètement différents. Il faut que les uns et les autres comprennent très bien que les militaires ne sont pas venus au pouvoir pour dire : « on organise l'élection, puis on se pousse pour que l’autre s’installe ».

    Quelles sont les conditions pour que les militaires partent ?

    Ce n’est pas une question de dire que les militaires partent ou les civils viennent. C'est de dire que, pour la refondation de l'État, il y a des facteurs que nous devons mettre en place. La société guinéenne est dérégulée depuis plusieurs années. Depuis 40 ans, c'est par cycles de cinq, six ans, que nous connaissons des crises. Il faut les régler. Cela passe par créer d'autres mécanismes de règlement des contradictions de la société guinéenne, par le dialogue. Et c'est justement à ce dialogue que les acteurs politiques - certains d'entre eux - refusent de participer. Or, si vous ne dialoguez pas, qu'est-ce qu'il vous reste ? C'est l'affrontement... Et nous voulons éviter que l'affrontement soit le mécanisme approprié au règlement des contentieux qui peuvent naître dans la société guinéenne.

    Mais aujourd'hui, quels sont ces critères qui vont permettre à la junte au pouvoir de dire : « C'est l'heure, nous pouvons maintenant partir, » ou « nous pouvons changer de système » ?

    Il y a un certain nombre de thématiques qui ont été déroulées, qui ont été mises en place et qui comportent des étapes, dont ce recensement général de la population avec l'élaboration du fichier d'État civil, l'organisation du référendum avec l'adoption d'une constitution, le déroulé des différentes étapes du processus électoral et la mise en place de différentes institutions réformées, le cadre économique, aussi révisible. Vous savez que la Guinée va lancer son « projet Simandou », qui est un projet de développement majeur avec des revenus financiers attendus importants. Il faut cadrer tout ça et organiser pour dire que, oui, nous laisserons un pays avec des soubassements solides pour un socle de développement stable sur lequel les Guinéens pourront bâtir leur avenir.

    C'est un programme à long terme.

    C'est un programme à moyen terme.

    C'est-à-dire combien d'années ?

    Je n'en sais rien, le contexte le déterminera.

    Trois, cinq ans ?

    Nous en sommes déjà à trois ans, donc il faut considérer que nous serons au-delà de trois ans.

    Trois années supplémentaires ?

    Je n'en sais rien si c'est trois ans qui sont nécessaires ou pas... Parce que nous ne voulons pas fixer notre transition dans un calendrier pour dire c'est un an, deux ans, trois ans ou quatre ans. Nous voulons dérouler des étapes. Et c'est l'atteinte de ces objectifs-là qui permettra de fixer la fin de la transition.

    Donc, vous allez être juge et parti. C'est vous qui allez décider quand vous mettrez fin à la transition.

    Nous avons mis très rapidement dans l'article 77 de la Charte qui gouverne actuellement le pays, que ces termes-là, ces éléments-là, doivent être discutés entre la société civile, entre les forces vives de la Guinée et les autorités. Or, les forces vives sont absentes du pays et ne veulent pas participer à ce dialogue. Comment voulez-vous construire ?

    De nombreux Guinéens estiment aujourd'hui que, près de trois ans après le coup d'État militaire, la gouvernance et leurs conditions de vie ont empiré. Que leur répondez-vous ?

    Je pense qu'il y a un certain nombre de nos compatriotes qui, malheureusement, se plaisent à construire un narratif négatif pour jeter l'anathème sur la transition. Mais je vais vous dire, si vous regardez les facteurs de stabilité économique : prenez la monnaie guinéenne, en 3 ans, le franc guinéen n'a pas connu de variation. La monnaie est restée stable malgré toutes les autres monnaies qui connaissent des yoyos. Vous regardez aujourd'hui les hauts cadres de l'État, on a mis au niveau international les salaires. Aujourd'hui, un secrétaire général des ministères est payé quasiment à 3000 dollars par mois, alors que quand on est arrivé, il émargeait à 600$. On a mis en place de quoi attirer les compétences, notamment les Guinéens qui ont des qualifications et qui sont formés à l'étranger. Si ce sont des pertes de pouvoir d'achat ou de dégradation des conditions de vie, à voir. Maintenant, il y a des facteurs sur lesquels le retard est important : l'électricité, l'eau, les infrastructures routières. Ce sont des secteurs qui ont été oubliés depuis l'indépendance. Il faut donc apporter des réponses appropriées à cela. Mais est-ce que c'est une transition de trois ans qui peut régler ces questions-là ? Je pense que là, c'est faire un jugement un peu trop hâtif et un peu trop sévère sur la transition guinéenne.

    Leurs proches, le FNDC (Front national pour la défense de la Constitution), était sans nouvelles des deux figures de ce mouvement Foniké Menguè et Mamadou Billo Bah, enlevés par des militaires lourdement armés depuis plus de deux semaines. Un témoin, qui était avec eux au moment de l'arrestation, assure qu'ils ont été menacés, torturés, avant d'être conduits dans un camp militaire à l’île de Kassa, au large de Conakry. Quelle est votre réaction ?

    Ce sont des histoires... et c'est dommage. Les autorités judiciaires, affirment qu'ils ne sont entre les mains d'aucune institution du pays, ni dans la police judiciaire, ni arrêté par n’importe qui. Donc, il lance un appel à ceux qui ont des informations. Ce qui est pernicieux dans cette communication, c'est de faire croire et de dire : « Oui, ils sont enlevés par des militaires lourdement armés ». Il n’y a pas de prison à Kassa. La prison sur les îles de Conakry se trouve à Fotoba, c'est une île qui est en face. Ils se disent aussi « torturés », etc.  Je pense que construire ce type de narratif-là, quand vous dites « on a enlevé trois personnes » et la troisième personne est quelque part au Sénégal, puis les deux autres ne sont pas retrouvées. Il y a sujet à créer de l’amalgame qui peut même compliquer la vie de ces gens-là, s'ils étaient dans une situation difficile. Donc, je pense que ce que les acteurs de la société civile devraient faire, s'ils ont des informations objectives, c'est de se rapprocher de structures judiciaires pour permettre à l'État d'avoir accès à ces informations, de mener ces investigations et de retrouver ces citoyens-là parce que ce sont des compatriotes. C'est ce que les autorités judiciaires disent. Maintenant, si l'objectif c'est de dire : « Oui, on va dire qu'ils sont enlevés, torturés au palais présidentiel et exécutés ». Ça, c'est de la propagande qui n'a aucun autre intérêt que la volonté de nuire à l'image et à la réputation de cette transition. Je ne pense pas que cela soit bénéfique pour les acteurs concernés, s'ils étaient dans les mains des ravisseurs de qui que ce soit. Donc, l'État met les moyens en place, les autorités judiciaires mettent les moyens en place pour les retrouver et je pense qu'hier, leurs avocats sont allés fournir des informations au parquet et le parquet va continuer, avec ces informations-là, ses recherches.

    Donc, vous dites très clairement que le gouvernement guinéen n'a aucune nouvelle de ces deux personnalités ?

    Aucune nouvelle, et c'est clair, le procureur général a fait une déclaration claire et limpide là-dessus.

    Leurs proches assurent qu'ils ont été arrêtés par des hommes en armes et en uniforme militaire. Est-ce qu'il y a des services qui échappent à l'autorité de l'État ?

    D'abord, ce n'e sont pas leurs proches qui s'expriment. Les gens qui expriment ces communications sont à Paris.

    Monsieur le porte-parole, je viens de l’apprendre en même temps que vous. Les épouses des deux activistes disparus viennent de porter plainte ici à Paris, contre le président de transition Mamadi Doumbouya pour « disparition forcée ». Quelle est votre réaction ?

    Que des membres de leurs familles estiment qu'il est temps qu'ils portent plainte sur la disparition présumée de leurs époux, c'est tout à fait normal. Il faut saisir une juridiction. Ils auraient pu saisir les juridictions guinéennes. S'ils ont choisi de saisir les juridictions françaises, c'est une bonne chose. Peut-être que celles-ci permettront d'apaiser leurs craintes. Et ce qui est dommage, et ce qui est regrettable, c'est que des acteurs de la société civile perdus, des acteurs politiques perdus, essayent de greffer à cette inquiétude légitime leurs préoccupations. Pourquoi indexer le président de la transition, le ministre de la Défense ? Pourquoi indexer des personnalités contre lesquelles il n'y a aucune preuve. Là est la manipulation, là est la propagande. Je pense que les gens-là - les membres, les parents, les proches de ces deux personnes - seraient mieux avisés de dissocier leurs actions judiciaires légitimes à l'action politique et de propagande que certains essaient de greffer sur leurs propres émotions, c'est quelque chose de regrettable.

    Le général Sadiba Koulibaly, qui était numéro deux de la junte, est mort en détention. Le procureur militaire a parlé d’un « arrêt cardiaque » qui aurait été provoqué notamment par « un stress prolongé ». Est-ce que le gouvernement sait aujourd'hui avec exactitude ce qui a provoqué cet arrêt cardiaque ?

    Je pense que le rapport médical était clair. Il a été rendu à sa famille, ce qui est aussi important. Aussi, la famille a été avisée qu'ils avaient la possibilité, à partir du moment où ils ont récupéré le corps, de faire une contre-expertise pour pouvoir éventuellement saisir les juridictions s’ils avaient des doutes. Je pense qu’à ce jour, il n'y a pas eu une seule démarche judiciaire des membres de la famille. Je pense qu'il faut s'en tenir à cela. Si vous ne faites rien, je pense que c’est parce que les conclusions vous rassurent, quels que soient les regrets qu'on peut avoir par rapport au décès d'un officier.

    Aujourd’hui, de nombreuses voix dénoncent une dérive autoritaire - ou même plus - du régime guinéen. Que leur répondez-vous ?

    Je pense qu'il y a une volonté, comme je l'ai dit tantôt, d'un certain nombre d'organisations - il y a deux, trois partis politiques, l'UFDG (Union des forces démocratiques de Guinée) en l'occurrence, avec son président Cellou Dalein Diallo, Alpha Condé et puis Sydia Touré - qui construisent ce narratif avec quelques acteurs de la société civile pour faire croire que la Guinée, c'est le goulag, c'est l'enfer. Mais je pense qu'il y a beaucoup d'ambassades qui sont accréditées en Guinée. Les organisations internationales sont aussi des observateurs qui peuvent rendre compte de la situation de la Guinée.

    Certaines ambassades, certaines organisations des droits de l'homme, ont manifesté leurs inquiétudes par rapport au respect des droits de l'homme.

    Il y a eu effectivement un certain nombre de rapports qui disent qu’il y a eu des victimes pendant les manifestations. Un certain nombre de nos concitoyens ont perdu la vie, c'est vrai. Mais qu'est-ce que l'État de droit a fait ? On ouvre des enquêtes, des officiers de gendarmerie, des officiers de police ont été arrêtés et inculpés à l'occasion de ces manifestations, qui ont donné lieu à des morts de personnes.

    Combien ont été arrêtés ?

    Il y a, à peu près, huit personnes qui ont été inculpées, et, je crois, une personne a été jugée et condamnée à dix ans de prison.

    À lire aussiGuinée: un militant du mouvement FNDC raconte l’enlèvement des leaders Foniké Menguè et Billo Bah

    13 min

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