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La Camerounaise Maximilienne Ngo Mbe, directrice exécutive du Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale, le Redhac, lauréate de plusieurs prix internationaux des droits de l'homme, fait un état des lieux du respect des droits de l'homme en Afrique centrale, et son constat est plutôt amer... Elle est notre Grande invitée Afrique ce mardi.
RFI : Maximilienne Ngo Mbe, vous êtes à la tête du Redhac, le Réseau des défenseurs des droits de l'homme de l'Afrique centrale. Comment se portent les droits de l'homme dans cette région par rapport aux autres du continent ?
Maximilienne Ngo Mbe : Tout de suite, je vais vous dire que la zone de l'Afrique centrale est une zone très très dangereuse, parce que la longévité au pouvoir des chefs de l'État, beaucoup de ressources matérielles, puis des ressources au niveau du sol, font qu'aujourd'hui, il y a beaucoup de défis. Et l'un des défis majeurs, c'est le respect des droits de l’homme dans sa globalité, mais plus spécifiquement des libertés fondamentales et les institutions démocratiques.
Prenons le cas de la RDC par exemple, et la situation catastrophique que vit l'Est de ce pays : que dit le Redhac à ce sujet ?
Aujourd'hui, tout le monde le sait, ce sont les Nations unies qui ont dit clairement que le M23 est soutenu par le Rwanda et donc, comme on a vu ailleurs avec la Cédéao (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest), nous demandons à la CEEAC (Communauté économique des États de l'Afrique centrale) et à la Cemac (La Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale) de jouer leur rôle et de faire que ça cesse, et que la RDC retrouve ses richesses et retrouve son territoire.
Votre organisation se dit aujourd'hui « inquiète » par le « flou » qui entoure la transition au Gabon. Pourquoi ?
Parce que la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance est claire : les militaires n'ont pas vocation à gérer les pays en tant que président de la République. C'est normal qu'on soit inquiets, d’autant plus que nous voyons des élans de plus en plus en Afrique ou lorsque les militaires viennent au pouvoir, ils chargent les constitutions, après ils se font élire. Nous venons de vivre ça au Tchad et nous sommes préoccupés par le fait que, probablement, au sortir de cette transition, que ce haut gradé [Brice Oligui Nguema, président de la transition de la République gabonaise, NDLR] aussi, change la Constitution, se présente et gagne les élections. Il ne faut pas l'accepter.
Vous avez justement évoqué le Tchad. Le président Mahamat Idriss Déby a accordé la grâce présidentielle à des centaines, voire plus, de condamnés pendant la transition. Est-ce un bon pas vers la réconciliation qu'il dit prôner ?
Même si nous aurions souhaité qu'il ne se représente pas - parce que nous ne sommes pas pour les régimes militaires -, nous prenons acte que le peuple lui a donné le mandat et que lui-même a dit qu'il faisait de son mandat une partie de la réconciliation. La situation des droits de l'homme au Tchad est un peu différente des autres situations dans la mesure où on est sorti d'un régime militaire, on est inquiet par la répression en sourdine qui est souvent très fine et qu'on ne voit pas. Mais nous pensons qu'avec la Commission nationale des droits de l’homme du Tchad, la Commission africaine et nous-même, nous allons faire ce qu'on a à faire pour que ces dérives ne continuent pas.
Le Cameroun, justement, se prépare à une présidentielle au plus tard fin octobre 2025 et on constate déjà des tensions sur le plan politique, avec notamment des pressions qui sont grandissantes sur certains acteurs politiques. Avez-vous constaté la même chose ?
Oui, il y a beaucoup de tensions, mais ce qui nous préoccupe, c'est aussi que tous les acteurs politiques parlent des élections présidentielles qui arrivent, mais la situation au nord-ouest et sud-ouest et à l'extrême nord est très grave. Je vais vous donner quelques chiffres rapidement : en 2023/2024, nous avons au moins à peu près 103 civils qui ont été assassinés par les présumés séparatistes et il y a 4 personnalités qui ont été assassinées. Il y a plus de 50 forces de sécurité qui ont été assassinées. Il y a à peu près 2 000 000 de déplacés depuis janvier 2024... Et je ne parle pas de l'économie qui s'effondre et tout ce que cela comporte. Alors nous, nous pensons vraiment que, oui, il faut qu'il y ait l'élection présidentielle, mais il faut que les débats tournent autour de comment nous devons sortir le pays du marasme dans lequel il se trouve.
Au vu de l'évolution démocratique en Afrique centrale, êtes-vous optimiste ou pessimiste sur la question des droits de l'homme dans la région ?
Je suis entre les deux. La démocratie, c'est aussi l'alternance au pouvoir. C'est-à-dire que quand vous voyez des présidents qui restent 42 ans, 30 ans au pouvoir et qui manœuvrent tout le temps pour changer les constitutions, on ne peut pas parler de la démocratie ni des institutions démocratiques, mais il faut que les peuples se battent partout où ils sont.
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Avec notre grand invité Afrique de lundi 22 juillet, nous revenons sur la guerre du Tigré. Le conflit a opposé cette région du nord de l’Éthiopie au pouvoir fédéral, allié de l’Érythrée voisine et de plusieurs régions éthiopiennes. Selon l’Union africaine, le bilan pourrait atteindre 600 000 morts, des experts soupçonnant un génocide. En mai 2022, une commission d’enquête sur le génocide au Tigré a été mise en place par le gouvernement régional intérimaire. Notre invité est Yemane Zeray, son directeur et professeur de Sciences politiques. Il répond à Sébastien Németh.
RFI : Yemane Zeray, qu’avez-vous pu documenter jusqu’à présent sur les crimes commis pendant la guerre du Tigré ?
Yemane Zeray : Nous avons pu obtenir des données claires sur 665 000 foyers. Des violences sexuelles sur 488 000 femmes de 15 ans et plus. Nous avons rapporté des dommages et des pertes pour plus de 47 000 entreprises et près d’un millier d’organisations, qu’elles soient religieuses ou encore des associations, etc. Nous avons pu couvrir plus de la moitié des entités privées et sociales enregistrées au Tigré.
Nous tentons d’analyser aussi les institutions gouvernementales, que ce soient les services sociaux, l’administration, les secteurs des services, de la sécurité, ainsi que les localités, nous avons pu couvrir 86 d’entre elles. Donc, nous avons tenté de toucher à tous les niveaux institutionnels.
Donc pour faire ce travail, nous avons identifié six types de dommages. Les atrocités humaines, les meurtres, les tortures, les disparitions forcées, les violences basées sur le genre qui ont été utilisées comme une arme. Ensuite, les dommages économiques. Puis les dommages sur les infrastructures de types routes, l’électricité, l’eau, etc. Les dommages sur les ressources naturelles, l’environnement, que ce soient nos sols, l’eau, la biodiversité, etc. Enfin, les dommages sur les valeurs sociales et le patrimoine.
Les chiffres que vous avancez sont très élevés. Comment décririez-vous l’échelle des crimes perpétrés au Tigré ?
La quantité et la gravité des crimes commis sont énormes. Ils sont d’une telle gravité, c’est inimaginable de faire ça au XXIe siècle. Le nombre de personnes touchées se compte en centaines de milliers. Les dégâts se chiffrent en milliards de dollars. Personne ne s’attend à ce que le Tigré se remette rapidement. Et il y a eu de telles atrocités commises… Nous savons qu’il peut y avoir des situations anormales. Les lois nationales et internationales existent pour ça. Mais là, presque toutes les lois et droits humains ont été violés, et le type de crimes commis pour certains n’avaient jamais été vus de par le monde. Et encore moins dans cette région où les communautés sont proches. De nombreux auteurs ont la même culture, ce sont nos frères et nos sœurs. Comment de tels crimes peuvent être commis par des gens que nous connaissons si bien ? Il faut trouver un mécanisme pour qu’une telle chose ne se reproduise pas.
On a des exemples de gens qui « tuaient » les morts [ils s’acharnaient sur les cadavres, NDLR], incendiaient les corps. Des cas de gens brûlant les parties génitales de femmes après les avoir violées. Le viol est déjà anormal, mais violer une femme par un groupe de plusieurs dizaines de personnes, la violer devant ses enfants, tuer son mari devant ses yeux, insérer des objets dans ses parties génitales, c’est inimaginable.
Qui sont les auteurs ?
Beaucoup étaient des combattants. Des forces fédérales, police et armée… les forces Amhara que ce soit police, miliciens, les forces érythréennes, les forces Afar et même des soldats somaliens.
Il y avait une force de police régionale surtout dans le Sud.
Les forces tigréennes (TDF, Tigray Defense Forces) ont aussi été accusées de crimes. Avez-vous pu les documenter ?
Ça ne fait pas directement partie de notre mandat. Mais comme il y a eu des accusations, notamment des Nations unies, nous nous sommes penchés dessus… Les commandants TDF ne nient pas que des crimes ont été commis. Mais ils affirment que ce n’était pas systématique.
Ils nous ont transmis leur code d’éthique, et les mesures qu’ils ont pris contre les auteurs de crimes. Ils ont reconnu notamment qu’une trentaine de personnes avaient été exécutées. Donc, ils ont reconnu des crimes notamment en zone Amhara, comme des pillages, des viols et autres.
Mais c’était le fait d’individus isolé souhaitant se venger, ou pour l’appât du gain. Et les commandants ont tenté de limiter ces actes… Il faut rappeler que les TDF étaient en partie une force informelle, cela faisait partie d’une résistance populaire, beaucoup étaient des civils avant de s’engager, des ingénieurs, des docteurs, qui se sont retrouvés au front.
L’Union Africaine a déclaré que le bilan pourrait atteindre 600 000 victimes. Que pensez-vous de ce chiffre aujourd’hui ?
Je pense que c’est plus que ça. Parce que ce ne sont pas les combats directs entre les différentes forces qui ont fait le plus de victimes… Bien sûr, les affrontements ont fait plusieurs milliers de morts, mais ce qui a fait le plus de victimes, c’est la famine à cause du blocus imposé au Tigré. C’était totalement inédit, à 360 degrés autour de la région. Les Amharas, les Afars, nos voisins, sont nos frères socialement et politiquement. Si l’Érythrée nous déclare la guerre, ces régions auraient dû autoriser les populations à se réfugier. Mais ça n’a pas été possible. Les Érythréens sont socialement nos frères. Nous parlons la même langue. Pareil, si un conflit éclate avec les Amharas ou les Afar, l’Érythrée pourrait accueillir des réfugiés. Mais ça n’a pas été le cas. C’était un blocus à 360 degrés. Pendant des mois, le monde n’avait aucune idée de ce qui se passait ici. Nous étions coupés du monde. C’était totalement inédit.
Avec les preuves que vous avez rassemblées, pouvez-vous affirmer que les Tigréens ont été victimes d’un génocide ?
Oui. Mais, en tant que professionnels, nous n’avons pas encore diffusé de conclusion. Beaucoup de gens ici pensent qu’il s’agit d’un génocide, mais il faut pouvoir le prouver aux autres, à notre génération et à la communauté internationale. Pour cela, il faut des données précises. Et leur collecte doit respecter les normes internationales…
Au début de notre mandat, c’était très difficile, mais nous avons fait de notre mieux. On a rassemblé les données, en essayant de ne pas avoir d’obstacles. Nous n’avons pas terminé. Nous avons fini le volet « données socio-économiques », pour la reconstruction. Des organisations sont en train de valider ce volet. Elles ont donné un premier accord concernant nos méthodes de travail. Donc, nous sommes confiants que nos données concernant les autres volets de nos enquêtes seront à leur tour validées.
Nos enquêtes montrent que des crimes ont été commis à tous les niveaux, national et international, que ce soient des crimes de guerre, contre l’humanité ou un génocide : le génocide non seulement dans les actes, mais aussi dans les intentions…
Nous avons rapporté des crimes, nous avons aussi documenté une intention de commettre un génocide. Mais il faut pouvoir relier les deux. Nous avons des indices mais il faut encore du temps.
En tout cas, nous avons des preuves très concrètes et des données chiffrées qu’un génocide a été commis. Et, sans vouloir comparer les chiffres, on pourrait mettre cela en parallèle avec le Rwanda, par exemple…
Le Tigré a subi un blocus total, entraînant une famine, et il y a eu des méthodes calculées pour commettre les crimes.
Vous pensez qu’aujourd’hui encore, de nombreux crimes restent à découvrir ?
Oui, parce qu’il y a beaucoup de régions où nous n’avons pas pu aller. Mais des gens encore aujourd’hui parviennent à s’enfuir de ces zones et rapportent des atrocités commises. Par exemple, dans le Nord, environ 52 localités sont sous le contrôle des Érythréens. Des crimes y sont encore commis, notamment la famine. Ces populations restent inaccessibles aux ONG. Vous pouvez imaginer comment elles survivent. Dans l’Ouest, nous n’avons pas non plus accès. Ni le gouvernement fédéral ni les autorités tigréennes ne peuvent y aller. Donc, nous considérons qu’il faudra enquêter sur ces zones. Mais même des zones sous contrôle du Tigré, de nouveaux crimes sont encore découverts récemment, notamment des violences sexuelles.
Notre société est très conservatrice. Les femmes ne rapportent pas facilement les crimes dont elles sont victimes, même aux médecins. Ce n’est que lorsqu’elles souffrent beaucoup qu’elles sont contraintes d’aller à l’hôpital. Nous avons par exemple découvert que seules 20% des victimes se signalaient. Sur ces 20%, environ 45% ont contracté une MST, plus de 7% ont contracté le Sida, alors qu’avant la guerre le Tigré avait un taux inférieur à 1%. Vous pouvez imaginer l’impact sur les victimes, mais aussi sur la communauté. Plus de 20% ont avorté. Plus de 13% sont tombées enceinte suite à un viol. Donc, vous pouvez imaginer la crise que tout cela va entraîner sur les femmes, la communauté et ces enfants. Donc, il faut étudier aussi les conséquences qu’auront ces crimes dans le futur.
Quand est-ce que votre enquête sera terminée et quelles conséquences en attendez-vous ?
Je pense que nous aurons fini dans 4 mois. Ce sera un premier volume, car il y a des régions encore inexplorées. On pensait tout terminer en 6 mois, mais ce travail a pris beaucoup de temps. Au début, on ne se rendait pas compte de la nature très complexe des crimes, des défis matériels. Maintenant, nous avons une base, qu’il faudra compléter par d’autres enquêtes et que ce travail soit validé. Nous voulons que nos données reflètent la vérité.
Donc vous avez des défis techniques ?
Oui, il y a beaucoup d’obstacles, en termes de ressources, de professionnalisation du travail, d’équipements. Par exemple, des laboratoires. Il y a des soupçons d’utilisation d’armes interdites mais nous n’avons pas encore pu le prouver. Il y aussi des milliers de disparus et des centaines de fosses communes. Nous devons pouvoir certifier aux familles que leur fils ou leur fille a été tué. Il faut faire des tests ADN, faire de la médecine légale, nous n’en avons pas les moyens. Nos infrastructures médicales ont été détruites. Elles ne peuvent même pas gérer une maladie comme le paludisme.
L’anthrax, qui avait disparu depuis 30 ans, vient juste de revenir au Tigré, près de Mekele. Donc nos services médicaux n’ont pas assez de matériel, ils doivent gérer le quotidien. C’est pour cela que la communauté internationale doit utiliser notre rapport et mener aussi des enquêtes.
Vous attendez que justice soit faite après ce rapport ?
Oui, elle doit être rendue. Sinon, la paix ne tiendra pas. Des millions de gens ont été touchés par cette guerre. On ne peut pas différencier civils et combattants. Tout le monde est un survivant.
C’est mon cas aussi.
Tout le monde est perdant dans cette guerre. Tout le monde a sa propre histoire : du pauvre au millionnaire qui avait des enfants étudiant à l’étranger. Donc, nous parlons de millions de personnes touchées maintenant et pour des années encore.
La justice est là pour apaiser les individus, les familles, les communautés. La justice fera oublier la peur et vous permettra de revivre en paix, réduisant le risque de répétition et vous pourrez penser que vous pouvez vivre en paix avec vos voisins.
La justice est là pour empêcher la vengeance. Si on craint une vengeance, comment peut-on vivre en paix ? Donc, la justice doit l’emporter, pour que la prochaine génération puisse vivre en paix.
Faut-il juger tous les criminels ? Des personnes comme le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed ou le président érythréen Issayas Afewerki doivent-ils être poursuivis ? Et quel type de justice attendez-vous ?
Tous ceux qui ont commis des crimes devraient être jugés. Surtout les leaders qui ont laissé cette guerre se dérouler. Ils devraient être les premiers à être devant une cour, y compris Abiy Ahmed, Issayas Afewerki, même les leaders tigréens s’il est prouvé qu’ils ont commis des crimes. Car la justice est là pour permettre une paix durable pour les communautés du Tigré et alentours.
La justice, ce n’est pas simplement punir, ce n’est pas de la vengeance, c’est dire la vérité, et reconnaître les faits. Il faut juger pour apprendre aux prochaines générations, pour éviter que tout cela ne se reproduise. Donc, cela devrait commencer au niveau communautaire, avec une justice traditionnelle, menée par les survivants. Les communautés ont leurs propres mécanismes pour gérer ces problèmes.
Le Tigré doit vivre avec ses voisins, et il y a des liens. C’est à cause des échecs politiques qu’il y a eu la guerre et que les gens sont devenus fous. Donc, il faut une forme de justice traditionnelle. Mais il y a des crimes qui violé les lois nationales et internationales. Donc, des crimes ne peuvent pas être gérés par des tribunaux éthiopiens. Des choses anormales se sont passées.
La justice doit être rendue au niveau international, avec une enquête, en donnant des capacités et une exécution des procès.
Ensuite, des acteurs internationaux sont impliqués dans ces atrocités. Ces acteurs ne peuvent pas être gérés au niveau national. Il faudra aussi apporter des solutions durables à tous les niveaux. La communauté internationale pourra elle aussi tirer des leçons de ce qui s’est passé, trouver peut-être de nouveaux mécanismes. Plus de trente fois, le Conseil de sécurité s’est saisi de la question, mais rien n’a changé. Donc, les communautés internationale, nationale et locale peuvent apprendre du cas tigréen.
Est-ce qu’il y a des obstacles qui pourraient empêcher cette justice ? Est-ce que le politique tente d’influencer les enquêtes ?
Oui, dans trois domaines. D’abord, il faut un équilibre entre l’enquête et l’accord de paix. C’est délicat, car l’accord est là alors que tous les criminels présumés sont encore aux affaires. Donc, c’est un dilemme. Difficile d’agir dans ces conditions…
On craint que nos conclusions ne soient rangées au fond d’un tiroir. Et quand vous évoquez le besoin de justice, cela touche le processus de paix, et l’engagement des uns et des autres.
Ensuite, il y a l’accès. À cause des politiques, il y a beaucoup de régions qui nous sont inaccessibles.
Et troisièmement, au niveau international : aucun enquêteur international n’a pu venir. Très récemment seulement, la presse a pu entrer au Tigré. Donc, la politique est un obstacle. Mais il faut convaincre les gens, même ceux au pouvoir, même ceux qui ont du sang sur les mains, les convaincre que la justice est bonne pour leurs enfants, leurs communautés, s’ils veulent une société qui fonctionne en harmonie pour les générations futures.
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La grande invitée Afrique samedi 20 juillet est la chanteuse Jessy B, rappeuse de Brazzaville. La lauréate du Prix Découvertes RFI en décembre dernier (2023) est mardi 23 juillet sur la scène de la Station Afrique, qui ouvre ses portes à l’occasion des Jeux olympiques de Paris. Basé sur l'île-Saint-Denis, au nord de Paris, l'espace est destiné à de concerts gratuits et de rencontres avec des délégations de sportifs, de diplomates venus de tout le continent africain. L’occasion de parler culture, sport et valeurs partagées. Elle répond aux questions de Guillaume Thibault.
Le général Pierre Schill, chef d'état-major de l'armée de terre, reçoit vendredi 19 juillet 13 de ses homologues africains, dont notamment les chefs d'état-major de l'armée de terre du Sénégal, de la Côte d'Ivoire, du Gabon, du Tchad et de Djibouti, où la France est militairement présente. Ce symposium près de Rennes (nord-ouest de la France) a pour but de réaffirmer l’engagement de l'armée française aux côtés de ses partenaires, alors que Paris a entamé le redéploiement de ses forces en Afrique. Pierre Schill est l'invité de Franck Alexandre.
RFI : Mon général, pourquoi ce symposium et quels sont ses objectifs ?
Pierre Schill : L'objectif, c'est de partager des sujets sur lesquels nous allons coopérer et notamment autour de la jeunesse, de la préparation de nos armées.
Avec vos homologues, vous allez d'ailleurs assister au Triomphe, la cérémonie qui célèbre chaque année la nouvelle promotion de l'école de Saint-Cyr. Saint-Cyr, dont l'un des instructeurs est un capitaine ivoirien. La formation croisée des cadres, c'est une ambition ?
Oui, la formation croisée des cadres et la formation de la jeunesse, encore une fois, c'est une ambition vraiment à la base de cette démarche : la jeunesse, c'est primordial pour installer cette relation dans la durée. Ce sont ces jeunes cadres, qui, en se connaissant, en se comprenant, pourront bâtir le futur.
Le président Macron, le 13 juillet dernier, a réitéré sa volonté de remplacer les éléments français permanents en Afrique au profit d'un dispositif, « allégé, humble et de long terme ». Qu'en disent vos homologues ?
Ça leur convient. Je pense qu'ils attendent que nous fassions cette démarche. Cette démarche nous l'avions entamée depuis un certain nombre d'années, mais en fait, le président de la République nous a vraiment demandé de le mettre en œuvre très concrètement. L'objectif : nos déploiements en Afrique étaient d'abord orientés pour la finalité des opérations et des opérations que nous faisions avec les Africains, notamment au Mali ou ailleurs. S’il restait des moyens, du temps, nous servions ce déploiement pour les opérations pour faire de la préparation opérationnelle ensemble et s'il restait du temps ou des capacités, nous les utilisions pour faire du partenariat. Là, c'est complètement inversé. Aujourd'hui, l'objectif premier, c'est le partenariat : mes chers camarades, chefs d'État-major de l'armée de terre africaine, que voulez-vous ? De quoi avez-vous besoin ? De formations un peu structurées ? Les drones ? Un certain nombre de capacités que vous voulez monter ? Nous allons avec vous bâtir ces capacités. Mais c'est vraiment une inversion de cette priorité.
Au Sénégal, les nouvelles autorités, notamment le Premier ministre Ousmane Sonko, affirment que les bases étrangères ne peuvent pas perdurer. Ce partenariat sera-t-il possible avec le Sénégal ?
Je le pense. Alors, nous sommes en attente de la façon dont les autorités sénégalaises, et pour ce qui me concerne, du chef d'état-major de l'armée de terre sénégalais, va nous préciser de ses demandes et des modalités selon lesquelles il souhaite que nous agissions. Il n'y aura plus de base permanente. Ce sera sur le socle de détachements beaucoup plus légers. Peut-être qu'ils viendront de France à la demande. Ce sont des modalités que nous devons établir avec nos partenaires.
En revanche, certains partenaires ne demandent pas justement le départ des forces françaises et souhaitent conserver ces bases permanentes.
Alors, avec ces partenaires qui demandent que dans les prochaines années ou les prochains mois, un certain nombre de forces françaises puissent continuer à être déployées justement pour pouvoir faire de la préparation militaire des exercices ensemble, éventuellement aider leurs opérations, eh bien nous répondrons à leurs demandes.
Donc, on l'a dit, réduire la visibilité, l'empreinte : raison pour laquelle un commandement pour l'Afrique sera créé à Paris au sein de l'état-major, le premier août prochain.
C’est ça. Un commandement pour l'Afrique sous l'autorité du chef d'état-major des armées, c'est-à-dire pour l'emploi des forces qui sont en Afrique et la construction de ce partenariat va être créé. Mais ce symposium, que nous organisons à Rennes, a pour objectif vraiment de mettre en relation les armées de terre : recruter, former, équiper, entraîner des unités sur ces domaines-là. Nous avons à discuter entre chefs d'état-major d'armée de terre pour justement, de manières mutuellement bénéfiques, pouvoir travailler sur ces sujets. Mutuellement bénéfiques, parce que moi, ça m'intéresse aussi d'avoir un certain nombre d'officiers, de sous-officiers même de militaires du rang qui vont dans les écoles africaines, qui se forment au milieu de leurs homologues africains, de façon à comprendre leurs besoins et apporter un certain nombre de réponses.
L’Afrique est un continent courtisé. Vous avez désormais des compétiteurs.
Oui, c'est clair alors ce qui est clair, c'est que chaque pays africain peut et a intérêt à justement rechercher des partenariats qui répondent à ses besoins. Mon enjeu, c'est de proposer un partenariat et des réponses qui soient à la meilleure qualité. Et que donc, finalement, ces pays africains, et notamment pour ce qui me concerne, les chefs d'état-major de l'armée terre, se disent : « Tiens, ce que me fournit la France, c'est quand même de bons niveaux, ça m'intéresse, ça se construit dans la durée. » On apporte d'abord une expérience. Nous avons avec ces pays africains une expérience longue. La réponse que la France veut apporter, elle se veut globale. Elle s'inscrit dans une réponse, de l'interministériel avec une question d'aide au développement de culture et ce sont tous ces aspects de la qualité de la réponse qui doivent amener les partenaires à nous faire confiance et à coopérer, à être en partenariat avec nous.
L'expert de l'ONU sur la situation des droits de l'homme au Soudan Radhouane Nouicer revient d'un séjour dans la ville de Port-Soudan, qui abrite des centaines de déplacés qui ont afflué de toutes parts. Il décrit, dans un communiqué qu'il vient de rendre public, avoir constaté un niveau de violences sans précédent. Radhouane Nouicer est le grand invité Afrique, il répond aux questions d'Esdras Ndikumana.
RFI : Radhouane Nouicer, parmi les témoignages que vous avez pu recueillir à Port-Soudan, est-ce qu'il y en a certains qui vous ont plus particulièrement touchés ?
Radhouane Nouicer : Ce qui m’a touché le plus, ce sont les enfants qui se trouvent hors des bancs de l'école en millions depuis plus d'une année, ils sont dans un besoin total. Et le phénomène le plus choquant, à mon avis, dans ce conflit, c'est l'augmentation des cas d'abus et de violences sexuelles contre des femmes, des filles. Et je trouve, d'après les documentations que nous avons pu recueillir, il se trouve que les Forces de soutien rapide (FSR) sont devenues expertes en la matière.
Vous avez évoqué le cas de la ville d'el-Fasher, capitale du Darfour du Nord, où la situation semble bien pire…
Je suis particulièrement inquiet sur la situation à el-Fasher, au nord de Darfour, qui abrite 1,5 million de personnes dont plus de 800 000 personnes déplacées. C’est de voir le massacre sur une base ethnique, opéré il y a quelques mois au Darfour Ouest contre les Soudanais Masalit se répéter à el-Fasher, d’autant plus que la ville est assiégée par les Forces de soutien rapide.
Vous avez rencontré certaines autorités soudanaises à Port-Soudan. Qu'est-ce que vous leur avez demandé ?
Premièrement, la protection des civils, cela veut dire le respect du droit humanitaire international. La deuxième demande est la facilitation de l'aide humanitaire. La troisième demande est la levée de la pression dont font l'objet les représentants de la société civile. L’autre point que j'ai soulevé, c'est la cessation de l’impunité.
Est-ce que ces autorités que vous avez rencontrées se sont engagées à quelque chose ?
Je n'ai pas manqué de leur dire ce que nous pensons des abus, qu'ils facilitent ou qu'ils tolèrent ou ont ils permettent le déroulement. Et là, je pense qu’ils ont manifesté une certaine compréhension sur la question de la facilitation de l'aide humanitaire, sur la protection des civils et peut-être la nécessité de donner des instructions à leurs membres, de respecter davantage les règles du droit humanitaire.
Ce sont pourtant ces mêmes autorités qui empêchent, dans certaines zones, les convois humanitaires d'accéder aux zones contrôlées par les hommes de Hemedti, chef des paramilitaires. Est-ce que ce n'est pas contradictoire ?
Il y a eu une flexibilité notable dans les semaines de décembre, sur cette question. Il y a aussi plus de flexibilité sur la question du visa pour le personnel humanitaire international, sur le mouvement des convois humanitaires.
Vous l'avez reconnu vous-même sur la question de la violence : il n’y a pas eu d'évolution. Est-ce que l'heure des sanctions n'a pas encore sonné pour les deux grands responsables de cette crise ?
Cette question, vous la posez au Conseil de sécurité de l'ONU. Nous, nous sommes intéressés par les conditions des droits de l'homme au Soudan et nous continuerons à militer pour l'amélioration de ces conditions.
Vous parlez dans votre communiqué d'un niveau de violence sans précédent, épouvantable, au Soudan. Et on constate de l'autre côté que la communauté internationale ne s'est contentée jusqu’ici que d'une réponse molle. Est-ce que quelque part elle n'a pas une certaine responsabilité dans ce qui se passe en laissant faire les deux parties ?
Ce n'est pas à moi de juger. Moi je sollicite juste l’attention plus claire sur la situation au Soudan. C'est une situation humanitaire sans précédent et il ne faut pas que cela continue. À ce jour, mi-juillet, le programme humanitaire pour le Soudan est financé au niveau de 17,6%. Il est temps que les pays donateurs déboursent leurs promesses. On n'a plus le temps.
Le Congo-Brazzaville a organisé début juillet un sommet international sur l'afforestation et le reboisement auquel ont participé une demi-douzaine de chefs d'État africains. Est-ce un sommet de plus ? Quel en est le bilan ? Quel est l'état de la forêt congolaise ? Rosalie Matondo, la ministre de l'Économie forestière du Congo-Brazzaville, est notre invitée ce matin.
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En République démocratique du Congo (RDC), la trêve humanitaire annoncée par les États-Unis il y a deux semaines a volé en éclat. Les combats entre l'armée congolaise, appuyée par ses alliés, et les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, ont repris dans la province du Nord-Kivu, où les rebelles gagnent du territoire. Un rapport d'experts de l'ONU sorti la semaine dernière expose notamment la montée en puissance du soutien du Rwanda à ce groupe rebelle. Patrick Muyaya, ministre congolais de la Communication, est notre invité. Il est au micro d'Alexandra Brangeon.
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C’est un invité exclusif sur RFI ce matin. Debretsion Gebremichael était le chef de l’autorité tigréenne durant la guerre civile qui a opposé, de 2020 à 2022, le Tigré, région du Nord de l’Éthiopie, et le pouvoir fédéral d’Addis-Abeba allié à l’Erythrée voisine et aux régions éthiopiennes Amharas et autres. Une guerre civile sanglante. L’Union africaine a parlé d’environ 600 000 morts. De nombreux observateurs soupçonnent aussi un génocide. L’accord de paix de Pretoria a mis fin au conflit en novembre 2022. Mais les défis sont immenses. Des centaines de milliers de déplacés ne sont toujours pas rentrés. Le Tigré est toujours en partie occupé. Debretsion Gebremichael est aujourd’hui le chef du TPLF, le principal parti au Tigré. Il répond à notre envoyé spécial.
RFI : presque deux ans après l’accord de paix où en est son application ? Les progrès ont l’air très lents.
Debretsion Gebremichael : Oui. Cet accord a été signé depuis bientôt deux ans. L’exécution est très lente...
Au début il y avait des progrès. Les services publics avaient été relancés. Les communications, l’électricité, le transport, les financements du gouvernement. Tout le monde était heureux. On avançait. Et le plus important, c’est qu’il n’y avait plus de combat. Même si la paix n’était pas installée dans tout le Tigré, la plus grande partie du territoire était sous le contrôle de notre gouvernement…
Mais le plus important est qu’il n’y avait plus de combats, plus de tueries, plus de destructions, plus de bombardements. Donc c’était très positif…
Mais après un temps, les progrès ont ralenti. Le plus gros problème, c’est la présence au Tigré de génocidaires. Ils ne sont pas partis. Il y a eu Pretoria, accord auquel s’est rajouté la déclaration de Nairobi il y a quelques mois. Il était prévu qu’une fois la remise de nos armes lourdes terminée, le retrait des troupes serait réalisé en même temps.
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Ensuite il était prévu le retour des déplacés chez eux, et la mise en place d’une véritable administration intérimaire…
Or le retrait et le retour des déplacés auraient dû être faits l’an dernier. On a plus d’un an de retard. Et en attendant, les gens meurent par manque d’aide humanitaire, de soins, ils sont encore psychologiquement très touchés, alors que dans les zones encore occupées, le génocide continue… Donc les souffrances des Tigréens et du Tigré continuent. Nous sommes toujours à l’agonie.
Oui au départ c’était très positif, il y avait un grand espoir que la paix soit complète, que les groupes armés allaient se retirer, que les déplacés rentrent et que la réhabilitation suive, etc. Donc aujourd’hui notre sentiment est mitigé sur l’application de l’accord…
Pourquoi selon vous cet accord met tant de temps à être appliqué ? Certains parlent d’un manque de volonté politique.
Absolument. Parce que l’accord dit bien que la responsabilité de ces étapes largement retardées repose sur le gouvernement fédéral…
C’est Addis Abéba qui doit réaliser le retrait des forces Amharas et Erythréennes. Les Amharas font partie du gouvernement. Les Erythréens font partie d’une alliance avec le pouvoir fédéral, donc c’est lui qui est responsable, c’est lui qui doit dire aux Erythréens et aux Amharas de rentrer chez eux.
Pensez-vous que cette inaction est volontaire de la part d’Addis Abéba, comme si le pouvoir fédéral voulait s’en prendre de nouveau au Tigré ? Ou bien est-ce de la simple lenteur administrative par exemple ?
Il y aura toujours des problèmes administratifs dans l’application de l’accord. Mais là ça va plus loin. C’est un choix politique. S’il y avait de la bonne volonté, ça aurait pu être fait. Un retard est possible, mais quand le retard atteint plus d’un an, on va au-delà du problème administratif.
On note le manque criant d’aide humanitaire alors que les besoins sont énormes. Pensez-vous que la communauté internationale a oublié le Tigré et est accaparée par d’autres crises ?
Nous savons que le monde est en crise. L’Ukraine, Gaza, crise après crise c’est la réalité d’aujourd’hui. Quant au Tigré, ce que nous avons obtenu pour aider à la reconstruction est une infime partie de ce qui a été donné à l’Ukraine.
Ce qui compte c’est l’attention qu’obtient une crise, pas son ampleur. Et c’est le cas pour le Tigré où je vois un manque de volonté politique. Quand la guerre était en cours, la communauté internationale surveillait de près. Le Conseil de Sécurité était très occupé avec ce conflit. Mais dès qu’un semblant de paix est arrivé, l’attention s’est portée ailleurs, nous n’étions plus une priorité. Et aujourd’hui il y a un manque de bonne volonté. Le gouvernement fédéral ne pousse pas non plus… Donc c’est une combinaison des deux…
Quelles mesures urgentes doivent être prises pour permettre le retour des déplacés ? Et qui devrait sécuriser les zones de leur retour ? L’armée fédérale ? Les forces tigréennes ?
Là-dessus, les vues sont différentes. Pour nous, la sécurité doit être assurée par nos forces. La responsabilité globale doit être donnée à l’administration provisoire du Tigré et son armée si nécessaire…
Pour nous c’est prévu dans la constitution. Dans la page 1 de l’accord de paix il est dit que toutes les résolutions doivent être en accord avec la constitution. Donc là-dessus, le texte fondamental dit bien que c’est le Tigré qui gère sa sécurité…
Mais le pouvoir fédéral a un point de vue différent. Il dit que la sécurité dépend de lui. Mais pour nous c’est clair, le Tigré doit être responsable de la sécurité sur son sol.
L’accord prévoyait que les combattants tigréens remettent toutes leurs armes et s’intègrent dans un programme de DDR. Il y a quelques mois, les autorités régionales avaient annoncé que 250 000 hommes détenaient toujours des armes. Certains pourraient accuser les Tigréens d’un manque de volonté
Non nous n’avons pas de manque de volonté concernant la démobilisation de nos hommes. Ça fait partie de l’accord…
Mais on ne peut pas analyser le DDR seul. D’abord il faut un retrait total des forces qui occupent le Tigré. Or ce n’est pas encore le cas. Le DDR ne peut pas être fait avant cela…
Sur les armes, nous avons rendu les plus lourdes. Ça a même été fait plus tôt qu’attendu. Nous avons agi vite en espérant que le retrait se ferait également rapidement. Mais ça n’a pas été le cas. Donc dans ce cas vous ne pouvez pas avoir de DDR. Sans retrait total, pas de DDR…
Et dans les faits, nous avons démobilisé nous-mêmes. En dehors du processus formel de DDR. Puisque nous n’avons plus besoin d’autant de combattants. Plus de 100 000 hommes sont rentrés chez eux.
Ensuite il y a des problèmes logistiques et autres qui représentent un énorme poids pour nous. Or nous ne recevons pas assez de soutien d’Addis Abéba alors qu’un soutien logistique était prévu. Jusqu’à ce que le DDR commence.
Nous ne disons pas que nous allons redéployer nos forces, non. Nous avons accepté de les démobiliser. Mais d’abord, le retrait doit être complet.
Donc le DDR n’aura pas lieu tant que les Amharas et les Erythréens seront encore au Tigré ?
Oui. Ça ne peut pas se faire. Et même après leur retrait, il faut un certain temps. Un DDR ne se réalise pas en un jour. Redéployer plus de 200 000 combattants demande des milliards d’investissement, il faut des programmes, des formations, tellement d’étapes sont nécessaires. Donc il faudra du temps. Nous sommes d’accord avec le principe de DDR. Mais il se fera après le retrait complet…
Il faudra aussi examiner la question de la sécurité sur le terrain. On ne peut pas renvoyer tout le monde chez soi. Nous ne savons pas encore combien, mais nous aurons besoin d’hommes pour sécuriser le territoire.
Mais ça se fera selon l’accord signé avec Addis Abéba et peut-être avec l’aide de l’Union Africaine. Ce sera dans le cadre d’un accord international. Donc nous sommes prêts, nous sommes mobilisés, mais il faut que ces conditions soient remplies.
Le problème c’est que l’Erythrée n’est pas signataire de l’accord de Pretoria. Or ses soldats occupent toujours le Nord du Tigré, disant que cette zone leur appartient.
Ils ne sont pas signataires, mais ce sont les alliés du gouvernement fédéral. Donc c’est une responsabilité d’Addis Abéba. Parce que c’est à son invitation que les Erythréens sont intervenus…
Donc c’est au pouvoir central de leur dire de partir. Mais comme ce sont leurs alliés, Addis reste silencieux. A cause du poids du passé, ils sont silencieux. Nous devons pousser le pouvoir central, qui doit pousser les Erythréens à se retirer…
La commission génocide dit que tous les criminels doivent être jugés. Y compris le président Erythréen Issaias Afeworki et le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, avec qui vous avez signé la paix. Doivent-ils passer devant la justice ?
Les auteurs doivent être tenus pour responsables. Cela peut concerner le Premier ministre, le président érythréen. Cela dépendra de qui est responsable de quoi…
Donc les poursuites peuvent concerner n’importe qui. Moi je ne peux pas dire qui a commis tel ou tel crime. Cela doit être déterminé par une mission internationale. Mais mon avis est que oui, ils doivent être poursuivis, car ce sont les leaders, ce sont les donneurs d’ordre.
Ces investigations doivent-elles inclure les TDF ? Car beaucoup accusent les forces tigréennes d’avoir aussi commis des crimes notamment en région Afar mais pas seulement.
Selon moi les TDF ne peuvent pas se rendre coupable d’un génocide. Car les TDF sont le produit d’un génocide. Les TDF sont du côté des victimes, pour protéger les Tigréens des génocidaires. Je suis un de leurs leaders et nous n’avons eu aucune intention d’attaquer qui que ce soit, Amharas ou autres. Non.
C’est vrai je ne peux pas exclure des incidents puisque nous nous battions en région Afar et Amhara. Mais je ne peux pas croire qu’on ait commis des actes de génocide. Cependant nous sommes ouverts à toute enquête et nous verrons le résultat.
Et si la justice vous met en cause personnellement, en tant que leader, est-ce que vous collaborerez ?
Absolument. Je suis prêt. Je répondrai à toute enquête.
Pensez-vous qu’après tout ce qui s’est passé, les Tigréens sont prêts à faire la paix avec les Amharas, avec les Erythréens et autres ?
Vous savez je parle en tant que leader, mais je connais aussi l’intérêt de mon peuple. La paix est la priorité pour nous. Il faut la paix avec tout le monde. Que ce soit au niveau des populations que des politiques. Et d’ailleurs ce sont parfois les gens qui veulent davantage la paix que les politiques qui ont parfois leurs propres intérêts.
Mais politiquement il pourrait y avoir des obstacles avec les atrocités et le génocide commis, par l’armée érythréenne et l’armée éthiopienne…
Mais entre population il n’y a aucun problème, elles veulent vivre en paix avec tout le monde.
Est-ce qu’une indépendance du Tigré est quelque chose d’inconcevable aujourd’hui ?
Je ne l’écarterais pas totalement. Pour y arriver en tout cas il faut un référendum, en accord avec la constitution. Elle donne ce droit. Du moment qu’il est établi que les Tigréens veulent un référendum. C’est stipulé dans le texte. Donc je ne peux pas dire que ça n’arrivera jamais, mais ça devra suivre le processus constitutionnel...
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► Aujourd'hui, vous entendrez en exclusivité : un reportage Afrique à Dowhan, dernière localité du Nord vivant sous la menace constate des soldats Erythréens ; dans nos journaux, un sujet sur le retour de l'Anthrax, des décennies après la disparition de la maladie au Tigré.
C'est la sixième édition de l’exposition « Découvertes », organisée chaque année par la LouiSimone Guirandou Gallery, à Abidjan. Pendant deux mois (du 10 juillet au 31 août 2024), cette galerie d’art expose de jeunes artistes peu connus du grand public. Cette année, quatre artistes y présentent leurs travaux : la graphiste Klervie Mouho, le photographe Lago Juju, l’artiste ivoiro-togolais Ismaël Tamek, ou encore la Française Claire Marboeuf. À la tête de cette galerie, Gazelle Guirandou met surtout l’accent sur le partage avec le grand public de ses rencontres et découvertes de jeunes artistes.
Après le sommet de l'Alliance des États du Sahel réunissant le Mali, le Niger et le Burkina samedi puis celui de la Cédéao dimanche, Seidik Abba, journaliste et spécialiste du Sahel, revient sur les implications et les perspectives d'avenir pour leurs pays membres. Il répond aux questions d'Esdras Ndikumana.
RFI : Les pays de l'AES viennent de lancer officiellement leur Confédération. Les trois pays souhaitent mutualiser justement leurs efforts dans les domaines militaires, diplomatiques et de développement. Quelles perspectives cela peut-il offrir aux trois pays ?
Seidik Abba : Ce qui est le plus facile à faire, c'est déjà sur le plan militaire, au-delà de ce qu'ont fait aujourd'hui les opérations conjointes des trois pays, les forces vont être mélangées pour avoir des brigades mixtes, avec sans doute des efforts d'interopérabilité. Sur ce plan-là, des choses vont aller, vont aller très vite. J'imagine aussi sur le volet économique et développement, sans compter maintenant la possibilité qu'ils ont évoqué, de créer par exemple une compagnie aérienne commune des pays membres de l'AES. Ce qui est important, c'est que dans ce schéma-là, les pays ont dit qu'ils vont d'abord compter sur eux-mêmes, sur leurs propres ressources avant de commencer à compter sur les contributions extérieures, ce qui est un changement de paradigme.
Était-ce nécessaire pour cela de sortir de la Cédéao ?
Il est évident que les critiques qui ont été formulées par les trois États sont recevables sur plusieurs aspects. Mais de là à sortir de la Cédéao, me semble être un recul dans l'intégration régionale. Surtout, l'Afrique de l'Ouest était quand même citée comme exemple d'intégration régionale. Donc pour moi, la Confédération de l'Alliance du Sahel n'est pas incompatible avec la présence dans la Cédéao.
Alors ces pays ont quitté la Cédéao en janvier dernier, mais la Cédéao essaie toujours de les faire revenir. Elle a nommé pour cela le président sénégalais médiateur, est-ce qu'il a des chances d’aboutir ?
Les sanctions qui ont été imposées à ces pays-là ont été prises avant qu'il [le président sénégalais, NDLR] ne devienne chef de l'État, donc il n'est pas tenu à Niamey, à Bamako, à Ouagadougou comme comptable des sanctions qui ont été données, ça, c'est un avantage. Le fait aussi qu'il ait pris une posture souverainiste que ces pays partagent en disant qu’il faut un nouvel ordre, de nouvelles relations entre nous et nos anciens partenaires, particulièrement la France. Tout cela fait que son discours peut être recevable. Mais maintenant, tout dépendra de ce qu'il mettra sur la table.
Est-ce que leur retrait ne pourrait pas avoir à terme des conséquences sur leur appartenance à la zone francs ?
Très concrètement, les échanges économiques du Mali se font principalement avec la Côte d'Ivoire et le Sénégal et non avec le Niger et lui-même le Burkina Faso, il y a 5 000 000 au moins de Burkinabès en Côte d'Ivoire, donc les intérêts sont encore entremêlés avec ces deux autres pays. S’ils sortent du franc CFA, ça pourrait avoir des conséquences. Je n'ai pas l'impression qu’on en mesure les conséquences souvent quand on entend un certain nombre de discours se faire à Bamako, à Niamey ou à Ouagadougou.
Après le sommet de l’AES ce samedi et celui de la Cédéao ce dimanche la fissure semble très nette entre deux blocs dans la sous-région, l'un qui est proche de la Russie et l'autre des pays occidentaux. Est-ce que les tensions internationales alimentent ce conflit ?
Je crois qu’un certain nombre de partenaires occidentaux, particulièrement la France, doivent intégrer que l'Afrique est devenue un terrain de compétition et ce qui s'est fait pendant le pré carré et ne peut plus se faire aujourd'hui. Il y a une évolution. Pour moi il faut absolument sortir du schéma manichéen qui consiste à dire « voilà les partenaires nouveaux sont bons, les partenaires anciens sont mauvais ».
Les opposants disent que la création de cette Confédération et la sortie de la Cédéao, c'est pour que les militaires qui ont pris le pouvoir dans ces trois pays puissent s'y maintenir, qu'en pensez-vous ?
Je ne suis pas sûr que ce soit la raison exclusive, mais le fait que ces pays n’aient plus à rendre compte à la Cédéao n’aient plus à négocier un agenda…
Vous voulez parler d'un calendrier électoral, c'est ça ?
Oui, les pouvoirs qui sont en place dans ces capitales décident aujourd'hui, sans devoir rendre compte à qui que ce soit, de la possibilité de prolonger ou de rester indéfiniment.
Alors la création de cette Confédération n'a suscité apparemment aucune réaction populaire, aucun engouement. Est-ce que ce silence est surprenant pour vous ? Comment l'expliquez-vous ?
Le rétrécissement de l'espace civique, l'absence de possibilité d'avoir des activités politiques ou des activités parapolitiques font qu’on n'a pas un instrument de mesure de la popularité de la mesure puisque, à part le Burkina qui a fait passer par l'autorité législative de transition sa décision d'adhérer à l'AES, dans les deux autres pays, il n'y a pas eu de discussion pour donner une onction populaire, pour donner une certaine légitimité à cela et compte tenu du contexte, je ne suis pas étonné qu’on n'ait pas vu de manifestation, qu'on n'ait pas vu de déclaration, parce que ceux qui peuvent réagir à cela, principalement à l'intérieur des pays, n'ont plus d'espace pour pouvoir le faire.
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Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce…
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