
Sign up to save your podcasts
Or


L’annonce de la victoire sur tapis vert de la sélection marocaine contre le Sénégal après la finale mouvementée de la dernière CAN donne lieu depuis quelques jours à un déferlement d’infox, notamment sous formes de vidéos crées par intelligence artificielle, mettant en scène des supporters marocains prenant la défense des sénégalais. Des infox, dans lesquelles ils remettent en cause l’impartialité de la confédération africaine de football (CAF).
À l’heure ou la fédération sénégalaise de football a décidé de saisir le tribunal arbitral du sport, ces images trompeuses totalisent des millions de vues rien que sur la plate-forme TikTok. Les interviews sont toutes filmées en format vidéo vertical, caractéristique des contenus destinés aux réseaux sociaux. Elles mettent en scène des supporters marocains rejetant la décision des instances africaines du football. Ils s’expriment tous en français et non en darija, le dialecte marocain.
Certaines vidéos s'articulent autour d'un slogan totalement inventé par l'auteur et qu'on ne retrouve nulle part ailleurs : « la dignité du Maroc vaut plus qu'un trophée ». Des voix synthétiques, des images générées par IA : tout celà est faux et ne fait qu’attiser la polémique.
Si on se réfère au nombre de vues annoncées par TikTok, certaines vidéos ont fait le buzz, avec plus de cinq millions de vues pour les plus populaires. Au moins une vingtaine de vidéos créées par IA reprenant cette thématique ont été publiées depuis huit jours. Commentaires : « Ce supporter marocain est honnête quand il dit que son pays ne méritait pas la coupe », ou encore « pour garder votre dignité il faut refuser cette coupe ».
Des vidéos attractives 100% IAIl faut reconnaître que ces vidéos sont très bien faites. Pour ajouter à la confusion, à l'image, certains supporters créés par IA ont des traits extrêmement proches de fans du Maroc apparaissant dans des vidéos authentiques.
Dans le cas présent, c’est souvent la voix synthétique qui trahit l’IA, mais aussi la durée de vidéo, qui n'excède pas quinze secondes : c’est la durée maximale des vidéos créées par l’outil Sora d’Open AI dans sa version gratuite.
Par ailleurs, plusieurs éléments à l’image ont attiré notre attention. Les logos des micros tendus ne correspondent à rien de connu, et l’écusson qui apparaît sur les tee-shirts des supporters ne ressemblent pas exactement à celui de la fédération royale marocaine de football.
Enfin, si l'on passe nos vidéos de supporters marocains dans un outil de détection d'IA, certaines sortent à 99% générés par l’intelligence artificielle, et l’outil SORA-2 est régulièrement cité.
Un compte qui prospère sur les polémiques footballistiquesSur TikTok, tout part d’un unique compte, on ne sait pas vraiment si l’objectif de l’auteur est de discréditer la CAF, le Maroc, ou encore diviser les pays africains... Difficile enfin de savoir si l’auteur a cherché à effectuer une projection sur les supporters marocains en leur attribuant ses propres arguments ou simplement s’il a voulu générer des clics, et gagner en visibilité. Toutefois, si l'on passe en revue ses contenus, on remarque que son compte diffuse de nombreux autres infox, qui ne parlent pas de la CAN mais qui sont en lien avec le monde du football. Les équipes, les supporters, l'arbitrage : des sujets qui fonctionnent bien sur les réseaux sociaux, qui permettent à son auteur de monétiser son audience.
Au Burkina Faso, une rumeur cible actuellement le président de la transition. Une série de vidéos diffusées sur les réseaux sociaux affirme, à tort, que le capitaine Ibrahim Traoré aurait été arrêté à Ouagadougou. Si cette fausse information grossière peut prêter à sourire, elle illustre en réalité un mode opératoire devenu systémique.
Tout commence sur TikTok avec l’apparition d’une vidéo plutôt étrange. Dès la première seconde, ce clip prétend sonner l’alerte : « Urgence au Burkina Faso. C’est fini pour Ibrahim Traoré ». Cette voix robotique affirme ensuite, à tort, que le capitaine burkinabè viendrait d’être arrêté : « Le président Ibrahim Traoré vient d’être arrêté. Et ce n’est pas n’importe qui. C’est Donald Trump qui aurait ordonné son arrestation ».
Cette prétendue arrestation aurait été justifiée par des propos « injurieux envers le président américain ». En réalité, tout est faux. Cette histoire a été inventée de toutes pièces. Ibrahim Traoré n’a pas été arrêté. Pour preuve, il est apparu jeudi 19 mars 2026, libre, lors du Conseil des ministres.
Une infox reprise en boucleD’après nos recherches, plusieurs dizaines de vidéos de ce type circulent sur TikTok. On retrouve toujours le même narratif, cette même voix masculine générée par intelligence artificielle, ainsi que des images d’illustration plus ou moins récentes.
Certaines de ces publications apparaissent dans les premiers résultats quand on cherche à s’informer sur le Burkina Faso. Cette fausse information cumule aujourd’hui près de 3 millions de vues, rien que sur TikTok.
Le rôle central des algorithmesLe succès de ce type d’infox assez grossières s’explique d’abord par une recette de fabrication qui plaît aux algorithmes de recommandation. La vidéo est sensationnaliste, courte, le montage est dynamique. Même si le narratif est assez farfelu, ces clips suscitent également beaucoup de commentaires. Certains se moquent, d’autres se font avoir. Cet engagement pousse les algorithmes à mettre en avant ces publications.
À ce stade, nous n’avons pas pu déterminer qui est précisément à l’origine de ce type de contenus. Ce que l’on sait, c’est que des centaines de comptes TikTok diffusent quotidiennement ce genre de vidéos. Les sujets, souvent en lien avec l’actualité, n'épargnent aucun pays ni aucune thématique.
Pour gagner en crédibilité, une bonne partie de ces comptes tentent de se faire passer pour des médias : « Actualités français » (sic), « Minutes politique » (sic) ou « Brut FR politique ». Ces noms, volontairement trompeurs et proches de médias existants, brouillent les pistes et mettent les utilisateurs en confiance.
Motivation financièreEn analysant les contenus que ces comptes publient, leur motivation semble davantage financière qu’informationnelle. On ne retrouve pas de positionnement idéologique très clair. Certaines vidéos se contredisent parfois. Leur but semble donc d'inonder TikTok avec des vidéos mensongères pour faire des vues, et monétiser leur audience. Une vague de faux qui sème le doute et ajoute au désordre informationnel.
À lire aussiComment un réseau de désinformation tente de déstabiliser les pays de l'AES
En Iran, le nouveau guide suprême n’est toujours pas apparu en public. Dans son premier message officiel, lu à la télévision d’État, Mojtaba Khamenei, a juré de mener la vengeance jusqu’au bout. Le nouvel homme fort du pays n’est pas apparu à l’écran. C’est une journaliste qui a lu sa déclaration. Invisible depuis sa nomination, Mojtaba Khamenei aurait été blessé durant le raid aérien qui a tué son père, Ali Khamenei. Son absence entraîne beaucoup de rumeurs et de fausses informations.
Dès l’annonce de sa nomination, dimanche 8 mars, une vidéo fait son apparition sur les réseaux sociaux. On pense y voir Mojtaba Khamenei, turban noir sur la tête, en pleine déclaration officielle. Le décor est assez sobre. On retrouve un drapeau iranien à sa droite, ainsi que les portraits d’Ali Khamenei et du fondateur de la République islamique d'Iran, l’Ayatollah Khomeini, à sa gauche. Durant trente-deux secondes on pense l’entendre parler en persan.
Il semble notamment affirmer que l’Iran combattra « jusqu’au dernier homme pour repousser l’agression barbare de l’Occident ». Les comptes à l’origine de ce clip saluent « le premier discours de Mojtaba Khamenei ».
Vérification faite, cette vidéo n’est pas réelle. Il s’agit d’un deepfake, un hypertrucage généré par intelligence artificielle. En réalité, Mojtaba Khamenei n'est toujours pas apparu en public depuis sa nomination. L’image et le son ont été manipulés. Ce type d’outil permet de faire dire n’importe quoi à n’importe qui, de façon plus ou moins réaliste.
Comment détecter un hypertrucage ?Le premier élément de vérification consiste à observer avec attention le mouvement de ses lèvres qui ne colle pas avec les mots qu’il prononce. Ce problème de synchronisation labiale est typique des deepfake. Nous avons ensuite fait analyser la bande son à plusieurs locuteurs persanophones. Le résultat est sans appel. L'utilisation d’un outil d’intelligence artificielle est facilement détectable quand on parle la langue.
Enfin, pour savoir comment a été fabriqué cet hypertuquage, nous avons effectué plusieurs recherches par image inversée (voir ici comment faire). Cela nous a permis de retrouver cette photo d’Ali Khamenei prise en juin 2025.
On y retrouve les mêmes éléments de décor, au centimètres près, à l’exception de son portrait. C’est donc probablement ce discours qui a été fourni à une IA pour générer le deepfake.
La plupart des comptes qui ont partagé cette vidéo font la propagande du régime iranien. L’infox a ensuite été reprise volontairement ou par mégarde par plusieurs médias, notamment arabophones. Ce deepfake cumule ainsi plusieurs millions de vues.
Un portrait de Mojtaba Khamenei dans le bureau de Donald Trump ?Cette fausse information n’est pas un cas isolé. D’autres vidéos mensongères circulent. La plus virale prétend, à tort, que Donald Trump aurait affiché un portrait de Mojtaba Khamenei dans son bureau de la Maison Blanche.
Mais là encore, tout est faux. Quelqu’un a manipulé une vidéo diffusée par la présidence en mars 2025. Donald Trump avait affiché une copie de la Déclaration d'indépendance et non la tête du nouveau guide suprême iranien.
Près d’une semaine après les premières frappes israélo-américaines sur l’Iran, la Guerre au Moyen-Orient se poursuit. Téhéran, toujours sous les bombes, poursuit sa riposte. Jusqu’ici, les Émirats arabes unis, l’Irak, le Qatar, le Koweït, l'Azerbaïdjan ou encore Bahreïn ont été ciblés par des missiles et des drones iraniens. Dans ce contexte, les images générées par intelligence artificielle inondent les réseaux sociaux, à tel point qu’il est difficile de distinguer le vrai du faux.
Le symbole de cette guerre informationnelle en cours n’est autre que le porte-avions américain Abraham Lincoln. Pièce maîtresse du dispositif maritime de l’US Navy, le navire a été ciblé par des missiles iraniens en début de semaine. Plusieurs vidéos assez impressionnantes ont alors fait leur apparition sur les réseaux sociaux. La plus virale prétend montrer l’USS Lincoln en feu, en train de couler. En commentaires, certains parlent, à tort, d’une « démonstration de force historique de l’armée iranienne ».
Sauf que ces images ne sont pas réelles. Cette vidéo, vue plus de 50 millions de fois, a été générée par intelligence artificielle. Plusieurs éléments visuels le prouvent, comme ces avions de chasse méconnaissables qui flottent étrangement à la surface.
Le Commandement du département de la Défense des États-Unis a en réalité annoncé le 1er mars que « les missiles iraniens sont tombés loin de leur cible ». Le Centcom ajoute que « le Lincoln continue de lancer des avions en soutien aux bombardements » en cours en Iran.
Propagande iranienne pro-régimeCette vidéo synthétique n’est pas un cas isolé, loin de là. Les contenus générés par IA autour de la riposte iranienne se comptent par centaine. Certains narratifs reviennent en boucle : des soldats israéliens ou américains en pleurs, des gratte-ciels comme le Burj Khalifa de Dubaï en flammes, des villes israéliennes rayées de la carte.
Ces vidéos, ultra-réalistes, sont parfois difficiles à vérifier à l'oeil nu. Toujours très sensationnalistes, elles attirent l'œil et cumulent ainsi des centaines de millions de vues.
La plupart des comptes qui diffusent ces vidéos artificielles font la propagande du régime iranien. Leurs publications visent à exalter la puissance militaire de Téhéran, et, au contraire, à dénigrer l’armée américaine et israélienne.
À lire aussiRiposte iranienne: les images générées par intelligence artificielle sèment le doute
Brouillard informationnelCe bruit de fond sature l’espace numérique et génère un brouillard informationnel dans lequel on ne sait plus quelle vidéo est vraie ou fausse. Tout ça sème le doute, et invisibilise les images authentiques filmées sur le terrain par des témoins et des journalistes.
Ce fléau a poussé certaines plateformes à réagir, à l’image de X, anciennement Twitter, dont les équipes ont annoncé une révision des règles de partage de revenus. Concrètement, un utilisateur qui publie une vidéo générée par intelligence artificielle sans le mentionner ne pourra plus monétiser son audience pendant 90 jours. Cela pourrait représenter un véritable manque à gagner pour les comptes spécialisés dans les fausses informations générées par IA.
La liberté d’expression totale, défendue quoi qu’il en coûte par son propriétaire Elon Musk, n'aura visiblement pas résisté à cette vague de contenus anti-américains.
Les États-Unis et l’Iran ont entamé jeudi 26 février un troisième round de négociations informelles à Genève au sujet du nucléaire iranien. Après avoir déployé un important dispositif militaire au Moyen-Orient, Washington agite toujours le spectre d’une intervention militaire. Dans ce contexte inflammable, nous avons identifié une opération de désinformation en cours sur le réseau social TikTok, à l’aide de vidéos générées par intelligence artificielle.
Mercredi 24 février, une vidéo loufoque de dix secondes a attiré notre attention sur TikTok. On pense y voir un bombardier furtif américain, B2 Spirit, sortir d’un tunnel caché quelque part dans les montagnes iraniennes. Ces images, générées par intelligence artificielle, sont assez grossières. Les ailes de l’appareil traversent la montagne.
En nous intéressant au compte à l’origine de ce clip, nous avons trouvé 41 vidéos, toutes générées par intelligence artificielle. Elles montrent soit du matériel militaire aux couleurs iraniennes, soit des femmes se présentant comme des pilotes. Ces contenus mensongers cumulent plus de 30 millions de vues.
Écosystème de comptesEn poursuivant nos recherches, nous avons identifié plusieurs centaines de vidéos de ce type, diffusées par des dizaines de comptes TikTok. Ces clips sont accompagnés de la même légende, à la lettre près.
Nous avons ensuite sélectionné 25 de ces comptes pour analyser précisément leur activité. Résultat, ces profils ont été créés entre janvier et février 2026. L’analyse de la date précise de leur première publication montre que cette opération a débuté autour du 19 janvier, avant de s’intensifier courant février.
Ces deux indicateurs traduisent une action coordonnée. L’audience cumulée de ces 25 comptes dépasse les 120 millions de vues.
Exalter la puissance de l’armée iranienneL’objectif derrière la diffusion massive de ces vidéos générées par intelligence artificielle semble d’exalter la puissance de l’armée iranienne aux yeux d’un public jeune et international. Même si le caractère artificiel de certaines vidéos saute aux yeux, d’autres sont ultra-réalistes. Dans un contexte de vives tensions entre les États-Unis et l’Iran, il s’agit là d’une forme de propagande et de course aux clics.
Manipulation de hashtags ?Si on ne sait pas concrètement qui est derrière cette opération de désinformation, plusieurs éléments sont importants à prendre en compte. Certains de ces profils ont d'abord déjà diffusé des contenus en faveur du régime en place à Téhéran. Certains arborent même le visage du guide suprême Ali Khamenei en photo de profil.
Autre élément très intéressant, ce sont les hashtags accolés à toutes ces vidéos. On retrouve toujours #FreeIran #IranProtest, #WomanLifeFreedom ou encore #StandWithIran. Ces mots-clés sont traditionnellement associés au mouvement de contestation, très violemment réprimé par le régime iranien.
Comment expliquer que des comptes en apparence pro-régime utilisent des hashtags associés, au contraire, aux opposants ? Cela pourrait être simplement pour surfer sur la popularité de ces hashtags et faire du clic. Mais cela pourrait aussi être destiné à invisibiliser les vraies images des manifestations partout dans le pays. Aujourd’hui, lorsque l'on cherche ces hashtags sur TikTok, ces vidéos militaires générées par IA inondent les résultats.
Le faux finit donc par prendre le dessus sur la réalité. Cela pourrait être un moyen, parmi d'autres, de cacher ce qu’il se passe vraiment en Iran.
Emmanuel Macron s’est rendu en Inde cette semaine pour renforcer le partenariat stratégique entre les deux pays. Les discussions entre Paris et New Delhi ont porté sur l'intelligence artificielle, mais aussi sur la vente possible de plus de cent avions de chasse français Rafale. Un dossier hautement sensible, ciblé par une série de deepfake détournant le visage du président français et du Premier ministre indien, Narendra Modi.
Tout commence mardi 17 janvier avec la diffusion sur X (ex-Twitter) d’une vidéo de quarante trois secondes. On voit Emmanuel Macron, drapeaux français en arrière-plan, en pleine déclaration, devant un pupitre décoré avec des fleurs. On pense alors l’entendre parler en anglais.
Il semble affirmer que la France ne « pourra pas devenir un partenaire de l'Inde dans le domaine de la défense ». « Nous avons déjà perdu un milliard de dollars sur le marché Rafale en raison de l'inefficacité de l'armée de l'air indienne. Nous ne pouvons pas faire partie d'une organisation défaillante qui ternirait davantage notre réputation ».
Ce narratif mensonger fait référence à l’opération militaire Sindoor menée par l’Inde au Pakistan en mai 2025 et où New Delhi aurait perdu au moins un avion Rafale.
Un deepfake anglophoneEn réalité, Emmanuel Macron n’a jamais prononcé ces mots. C’est un deepfake, un hypertrucage généré par intelligence artificielle. Ce type d’outil permet de faire dire n’importe quoi à n’importe qui en quelques clics.
La première étape de vérification consiste à identifier l’origine précise de cet extrait. Pour ça, nous avons procédé à plusieurs recherches par image inversée (voir ici comment faire). Cela nous a permis de retrouver la déclaration d'Emmanuel Macron et de Narendra Modi à Bombay, le 17 février 2026. Si on y retrouve bien le même décor, les mêmes gestes, les propos eux, sont totalement différents. L'extrait qui a été manipulé débute à 27'53.
D’abord, Emmanuel Macron s’exprime en français et non en anglais. De plus, durant les quinze minutes de son allocution, le président loue un partenariat sans « limites » et en pleine « accélération » avec l’Inde. Il ne parle pas des Rafales, ni ne critique l’armée de l’air indienne.
Comptes pro-pakistanais et pro-chinoisÀ l’origine de cette fausse information, on retrouve un compte X anonyme, qui se présente, à tort, comme un lanceur d’alerte. Dans les faits, il publie quotidiennement des deepfake et des infox destinées à dénigrer l’armée indienne et, au contraire, à vanter la puissance du Pakistan. Il a notamment partagé un hypertrucage de Narendra Modi au sujet, une nouvelle fois, des avions français Rafale.
Ces infox s’inscrivent dans une vaste opération de désinformation. En effet, depuis la série de bombardements menés par l’armée indienne contre le Pakistan en mai 2025, le Rafale est victime d’une intense campagne de dénigrement dans la région. Derrière tout ça, on retrouve un écosystème de comptes et de médias chinois et pakistanais.
Leurs objectifs consistent à ternir la réputation de l’avion fabriquée par Dassault, à promouvoir le matériel de fabrication chinoise et à affaiblir, par la même occasion, le partenariat franco-indien.
Alors que les attentats et les enlèvements se multiplient au Nigéria, les États-Unis renforcent leur lutte antiterroriste dans la région. Dans ce contexte, une infox est apparue sur les réseaux. Selon une vidéo trompeuse, l’organisation terroriste État islamique en Afrique de l’Ouest s’adresserait au président Donald Trump, en le menaçant d’utiliser des armes récupérées en Ukraine pour frapper les intérêts occidentaux. Un faux message qui a soulevé des interrogations sur la toile.
Le message dure 52 secondes. Son auteur a tenté de faire croire à une publication officielle du groupe ISWAP. Sur cette vidéo, on distingue cinq hommes en armes. Au premier plan, un combattant le visage enturbanné s’exprime en anglais. Il menace directement Donald Trump, et conseille aux Américains de « ne pas interférer dans le conflit interne au Nigéria ».
La séquence est précédée d’une introduction où apparait un logo sur fond noir identique à celui que l’on retrouve sur certaines publications de l’État islamique. Ce montage est destiné à donner du crédit à cette infox.
Pour analyser la vidéo, nous avons tout d’abord utilisé un outil de détection d’IA (Hive) afin de savoir si cette séquence a été générée artificiellement. Résultat : selon le logiciel, les images proviennent d’un véritable enregistrement vidéo, peut-être une mise en scène avec des acteurs, mais le son a été fabriqué de toutes pièces.
Attention, on sait que les outils employés par la détection des images créées par IA ne sont pas fiables à 100 %. Nous avons donc recherché parallèlement des invraisemblances ou des aberrations graphiques pour nous permettre d’en savoir plus.
Visuellement, deux éléments ont attiré notre attention. Plusieurs personnages ont le regard fixe, sans aucun battement de cils durant la totalité de la vidéo. Par ailleurs, le missile portable posé sur l’épaule de l'un des prétendus combattants de l’État islamique, situé à l’arrière-plan, est incomplet. Il manque le poste de tir, c’est-à-dire la poignée et le système de visé. Tel qu’il apparait à l’image, son utilisation est impossible.
Pas de missiles Javelin ukrainiens au NigeriaLe tube de missile montré à l’écran, semble identique à ceux des FGM-148 Javelin livrés par les États-Unis à l’Ukraine. C’est un élément central dans cet infox. Pour ses auteurs, c’est une sorte de preuve par l’image de la dispersion de ces armes. Un narratif récurrent. Sauf qu’aucun de ces missiles anti-char trés modernes, n’a été retrouvé au Nigéria. Cependant, on estime que Washington a fourni plus de dix-mille engins de ce type à l’armée Ukrainienne. Sur la piste son, une voix synthétique, enfonce le clou, en anglais, en affirmant que « le groupe islamique a récupéré des missiles Javelin en Ukraine, et qu’ils vont être utilisés contre les infidèles ».
En quelques jours, la vidéo a été vue plusieurs millions de fois rien que sur X. Les commentaires fusent. Un utilisateur s’interroge : « Encore combien de missiles perdus, dans la nature ? (...) C’est effrayant, la question est à présent de savoir comment ces missiles sont arrivé là (...) Il est largement temps de rendre des comptes », écrit un autre
L'État islamique n’a pas produit cette vidéoLes spécialistes des mouvements djihadistes que nous avons consulté, n’ont pas cru une seconde que cette vidéo provenait de l’État islamique. L’un d’entre eux note sur X : « L’utilisation de deux traductions simultanées en arabe et en anglais est contraire aux pratiques médiatiques de l’organisation terroriste. L’utilisation d’un bandeau blanc pour la traduction ne correspondant pas aux vidéos déjà vérifiées. Enfin, le logo de l'EI est absent dans le coin supérieur droit de l'image ».
Un message qui reprend les codes de la désinformation russeÀ l’écran, la mise en scène est très proches de celle de trois précédentes vidéos, dont nous avions déja parlé ici : à savoir de prétendues menaces jihadistes contre la France en Juillet 2024 juste avant les JO, mais aussi janvier 2025, et septembre 2025.
La fausse nouvelle apparue à partir du 30 janvier dernier, a d’abord circulé à bas bruit, avant d’être amplifiée par une poignée de comptes pro-Trump, complotistes ou d’extrême droite principalement sur X, le réseau d’Elon Musk. Selon plusieurs contributeurs, cette infox présente des caractéristiques communes avec l’opéraiton de désinformation russe baptisée STORM 15-16. Cette campagne comporte différents objectifs : décrédibiliser l’Ukraine dénigrer les politiques occidentales, tout en jouant sur les peurs du public autour de sujets comme le terrorisme ou l’immigration.
Risque réel de dissémination des armes utilisées en UkraineSi la vidéo est le fruit d’une mise en scène ou même une création par l’IA, la dispersion des armes employées sur le champ de bataille est une préoccupation des autorités. Ce n’est pas nouveau. Ce fut le cas, en Europe, après les guerres, dans les Balkans dans les années 90, ou encore en Afrique, au Sahel après la guerre civile libyenne qui débuta en 2011.
Dans son rapport 2025, Europol, l’agence européenne de lutte contre la grande criminalité internationale et le terrorisme assure qu’il n’y a pas eu pour l’heure de saisies en grande quantité d’armes de contrebande en provenance d’Ukraine mais précise que « des inquiétudes persistent quant à la possibilité de voir ce pays devenir une source importante d’approvisoonement illicite à court et moyen terme ».
Au Cameroun, une vidéo mensongère sème le doute sur Tik Tok. Ce clip prétend montrer, à tort, l’arrivée de plusieurs missiles nucléaires de fabrication russe dans le pays. En réalité, il s’agit de cuves de fermentation destinées à une usine de production de bière, à Bafoussam. Si ces images détournées prêtent à sourire, elles illustrent en réalité un mode opératoire récurrent sur les réseaux sociaux.
La vidéo est assez impressionnante. Durant 37 secondes, on voit deux camions gros porteurs transporter deux énormes machines de forme cylindrique. Ce convoi exceptionnel circule sur une route bitumée, sous le regard surpris de quelques passants. La légende parle, à tort, de l’arrivée au Cameroun d’au moins deux « Satan », des missiles balistiques intercontinentaux de fabrication russe. Ces engins de 35 mètres de long sont capables de transporter des ogives nucléaires.
Dans les faits, ces images n’ont rien à voir avec des missiles nucléaires. Plusieurs éléments permettent rapidement de douter de cette version. D’abord, ni les Russes ni les Camerounais n'ont communiqué sur une telle livraison. Ce convoi exceptionnel n’est d’ailleurs pas escorté par des véhicules militaires, ce qui est la norme quand on transporte du matériel aussi sensible. Enfin, un missile nucléaire ne serait certainement pas protégé par une simple bâche en plastique et quelques morceaux de bois, comme c’est le cas ici.
Des cuves de fermentation inoffensivesPour savoir ce que montre réellement cette vidéo, nous nous sommes intéressés à cette inscription visible sur la partie avant de l’une de ces grosses machines. Il y est écrit SABC. Il s‘agit du nom de la Société Anonyme des Boissons du Cameroun.
Nous avons contacté la société qui produit notamment de la bière et des spiritueux. « Les équipements visibles dans la vidéo sont des TOD (Tank Out Door) destinées à notre usine de Bafoussam. Il s’agit de trois cuves de fermentation utilisées dans le cadre normal de notre processus de production », précise l’entreprise qui nous a envoyé plusieurs photos de ces cuves sur le site de Bafoussam.
Ces nouveaux tankers sont arrivés à destination le vendredi 30 janvier 2026. Ils permettent de faire de la bière mais certainement pas de fabriquer des missiles.
Un mode opératoire en vogueCe n’est pas la première fois qu’une machine industrielle est présentée, à tort, comme une arme de destruction massive. En novembre 2024, nous avions déjà épinglé une infox similaire à propos d’une prétendue « nouvelle bombe nucléaire russe en cours de fabrication ». En réalité, il s’agissait d’une gigantesque colonne de régénération qui sert au traitement des produits issus du raffinage.
À chaque fois, on retrouve une énorme machine de forme cylindrique accompagnée d'une légende racoleuse à coups de bombe nucléaire ou de missiles supersoniques. À en croire les indicateurs de viralité, cette recette fonctionne. Cette fausse information au Cameroun approche par exemple les 2 millions de vues, rien que sur Tik Tok.
Il faut dire que le cocktail images impressionnantes et narratif spectaculaire plaît aux algorithmes qui mettent en avant la vidéo, même si celle-ci est mensongère. En règle générale, il vaut mieux se méfier de ces comptes qui affirment repérer des armes nucléaires circulant dans la nature.
En Syrie, les forces gouvernementales mènent depuis début janvier une vaste offensive dans le nord-est du pays. Le président Ahmed al-Charaa cherche à reprendre le contrôle des territoires dirigés par l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie. Alors qu’un cessez-le-feu entre Damas et les Forces démocratiques syriennes (FDS), à majorité kurde, a été prolongé, la désinformation gagne du terrain. La dernière infox en date cible les FDS et la Croix-Rouge.
Tout repose sur une vidéo mensongère diffusée sur les réseaux sociaux en début de semaine. Durant quarante-neuf secondes, on y voit des dizaines de caisses métalliques, remplies d’argent liquide, entassées dans un hangar. Ces boîtes portent le logo du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Les commentaires affirment, à tort, que « les services de renseignement turc et syrien viendraient ainsi de saisir une importante cargaison d’argent liquide en provenance des Émirats arabes unis, à destination des Forces démocratiques syriennes ».
En réalité, ces images n’ont rien à voir avec la situation en cours en Syrie. Grâce à une recherche par image inversée, on sait que cette vidéo est ancienne. Elle circule en ligne depuis maintenant plus de huit ans.
Nous nous sommes également intéressés à ce texte en arabe visible sur l’une des caisses métalliques. Il y est écrit « Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste - Tripoli - 15 juillet 2011 ». Il s’agit du nom utilisé par l'État libyen sous le régime de Mouammar Kadhafi.
Le CICR démentCette vidéo est similaire à deux photos publiées dans un rapport de l’ONU en juin 2017. Il y est question de la transition politique en Libye, et de potentiels transferts d'argent dissimulés en Afrique de l’Ouest après la chute du dictateur. On y apprend que ces caisses étaient entreposées dans un hangar à Accra, au Ghana. Sur ces clichés, on retrouve le même sol, les mêmes caisses métalliques, et surtout la même inscription en arabe, que sur cette vidéo.
Cette vidéo mensongère avait poussé le Comité international de la Croix-Rouge à réagir. Début 2018, le CICR déclarait, dans un communiqué, qu'il n’avait « absolument rien à voir avec le stockage ou le transport d'argent liquide mentionné dans cette vidéo ». L’organisme dénonçait une « utilisation abusive de son logo » et « une vidéo alimentant de fausses théories du complot ».
Une infox à la modeDepuis son apparition en 2018, ce clip refait régulièrement surface dans différents contextes. De l’argent envoyé par l’Union européenne à des combattants ukrainiens, des millions de dollars détournés au Brésil, des billets envoyés par les Américains à Haïti pour encourager la corruption : les narratifs mensongers collés à cette vidéo se comptent par dizaines. Avec très peu d’éléments de contexte, ces images sont faciles à détourner, au gré de l’actualité.
Une chose est sûre, elle ne documente pas un transfert d’argent des Émirats arabes unis, à destination des Forces démocratiques syriennes.
Alors que les frappes russes sur les infrastructures énergétiques ukrainiennes se multiplient, les attaques informationnelles se poursuivent aussi sur les réseaux sociaux. Une énième opération de désinformation pro-russe ciblent actuellement l’Ukraine et la France. Cette fausse information, assez complexe, repose sur une affaire de corruption, inventée de toutes pièces.
Tout commence avec l’apparition d’une vidéo assez étrange sur les réseaux sociaux le 18 janvier. Il y est question d’un supposé « scandale » autour du projet d’achat de chasseurs français Rafale par l’Ukraine. On y entend une voix robotique, avec un accent très prononcé, affirmer, à tort, que des hauts fonctionnaires et des militaires français et ukrainiens, auraient ainsi « détourné 2 milliards d’euros ».
Le major général des armées français et des proches du président Volodymyr Zelensky sont notamment cités. L’infox cumule près de quatre millions de vues, rien que sur X (ex-Twitter).
TyposquattingCette opération de désinformation s’appuie sur une enquête prétendument publiée par le Bureau national anticorruption d'Ukraine (NABU). La vidéo renvoie directement vers une page internet qui se présente comme le site officiel de cet organisme ukrainien. On y retrouve leur logo, leur charte graphique ainsi que des liens vers leurs réseaux sociaux.
Dans les faits, cette page internet n’est pas authentique. Si visuellement, tout porte à croire qu’il s’agit du site officiel, c’est en réalité un clone. Le nom de domaine n'est pas correct. L’adresse du vrai site internet commence par nabu.gov.ua. Or, cette copie utilise nabu-gov.com.
Ce site miroir a été enregistré le 15 janvier 2026. Il s’agit donc d'une page jetable, dédiée uniquement à cette opération de désinformation.
Ce mode opératoire s’appelle le typosquatting. Cette technique consiste à enregistrer des noms de domaine, presque identiques à ceux d’institutions ou de médias reconnus pour tromper et désinformer.
Le Bureau national anticorruption d'Ukraine démentVérification faite, cette prétendue enquête n’existe pas. Ces accusations sont introuvables sur le site officiel du Bureau national anticorruption d'Ukraine. L’organisme a d’ailleurs rapidement démenti cette fausse information, dénonçant une usurpation d’identité. Ce scandale de corruption a été totalement inventé afin de nuire à l’image de Kiev et de Paris, l’un de ses principaux alliés.
À l’origine de cette infox, on retrouve un écosystème d’acteurs pro-russe participant régulièrement à ce type d’opération de désinformation. Ces comptes, aux centaines de milliers d’abonnés sur X ou Telegram, servent à viraliser et à blanchir des narratifs mensongers, en français et dans d’autres langues. Grâce à ce réseau, ces infox parviennent souvent à atteindre des millions de vues.
Le mode opératoire informationnel Storm-1516Cette infox s’inscrit dans une vaste campagne de désinformation pro-russe baptisée Storm-1516. Ce n’est pas la première fois qu’on en parle dans cette chronique. Ce mode opératoire informationnel (MOI) prend différentes formes, des faux sites internet, au mise en scène en passant par les hypertrucages générés par intelligence artificielle.
À lire aussiLa France ciblée par une nouvelle opération de désinformation russe
Ces attaques informationnelles visent à dénigrer l’Ukraine, critiquer les politiques occidentales, mais aussi troubler le débat public en désinformant sur des sujets d’actualité.
From the publisher's feed
Info ou intox ? Chaque semaine, RFI épingle une de ces tentatives de manipulation de l’information, pour en expliquer les ressorts. Vous souhaitez que «Les dessous de l'infox» vérifie la véracité…

0 Listeners

9 Listeners

34 Listeners

202 Listeners

10 Listeners

5 Listeners

32 Listeners

11 Listeners

4 Listeners

0 Listeners

1 Listeners

5 Listeners

13 Listeners

0 Listeners

2 Listeners

25 Listeners

3 Listeners

3 Listeners

2 Listeners

0 Listeners

0 Listeners

20 Listeners

0 Listeners

2 Listeners

4 Listeners

1 Listeners

4 Listeners

1 Listeners

0 Listeners

1 Listeners

0 Listeners

0 Listeners

0 Listeners

0 Listeners