« L’épreuve de force est dorénavant ouverte, radicale, lourde de conséquences toxiques entre les deux rives de la Méditerranée, relève Le Monde Afrique. La crise diplomatique entre Paris et Alger, déclenchée le 30 juillet de l’année dernière par la reconnaissance française de la “souveraineté“ marocaine sur le Sahara occidental, s’est exacerbée au fil d’une série noire d’incidents : arrestation en novembre à Alger de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, interpellations en janvier d’influenceurs algériens sur le sol français proférant des menaces de violences contre des opposants au régime algérien, attaque au couteau, le 22 février à Mulhouse perpétrée par un ressortissant algérien sous le coup d’une OQTF que l’Algérie s’était refusé d’exécuter ».
Depuis, constate encore Le Monde Afrique, « le dialogue de sourd est total entre les deux capitales ».
Près d’un an de bras-de-fer…
Dernier incident en date, relève Afrik.com : « le ministère algérien des Affaires étrangères a rejeté fermement la demande française d’expulser environ 60 citoyens algériens. Lundi, Alger s’est catégoriquement opposé à cette requête, non sans souligner que celle-ci avait été formulée de manière inappropriée, en dehors des canaux diplomatiques habituels. La France a immédiatement réagi. Le ministre français de l’Intérieur, Bruno Retailleau, n’a pas tardé à faire part de son mécontentement, exprimant son regret face à la position d’Alger. Selon lui, l’Algérie fait preuve d’un “refus d’appliquer le droit international“. Dans la foulée, Retailleau a annoncé qu’une “riposte graduée“ serait mise en place ».
Commentaire d’Afrik.com, « cette crise fait ressortir des divergences profondes dans les relations entre les deux nations. D’un côté, la France semble déterminée à adopter une ligne plus ferme en matière d’immigration, en particulier concernant les ressortissants étrangers ayant été condamnés pour des crimes graves. De l’autre côté, l’Algérie, fidèle à sa souveraineté, rejette toute pression extérieure et défend son droit à décider en toute indépendance des questions qui concernent ses citoyens ».
Visées électoralistes pour Retailleau ?
Dans la presse algérienne, le ton monte… le site TSA, Tout sur l’Algérie qualifie les récents propos de Bruno Retailleau d’ « irresponsables » : « Depuis le début de la crise entre la France et l’Algérie, Bruno Retailleau n’a jamais vraiment cherché l’apaisement, affirme TSA. Bien au contraire. Toute sa démarche n’a qu’une seule finalité : empêcher toute amorce de dialogue entre Paris et Alger, à laquelle les deux présidents, Abdelmadjid Tebboune puis Emmanuel Macron, ont appelé. (…) Pour le ministre français de l’Intérieur, engagé dans une campagne électorale pour diriger le parti Les Républicains, l’aboutissement de la demande adressée à l’Algérie n’était pas la priorité. Pour lui, cette liste et le refus d’Alger représentaient une nouvelle occasion de s’en prendre à l’Algérie et aux Algériens ».
Détourner l’attention pour Macron ?
Le Quotidien d’Oran estime que le président français a aussi sa part de responsabilité : « l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir a laissé croire un temps à une nouvelle ère dans les relations franco-algériennes. Mais très vite, l’illusion s’est dissipée, affirme le quotidien algérien. Tiraillé entre un discours de réconciliation mémorielle et une gestion politicienne à courte vue, Macron a progressivement cédé à la pression d’une extrême droite qui n’est plus une simple mouvance d’opposition, mais bien une force structurante de la politique française. Désormais, pointe encore Le Quotidien d’Oran, la crise avec l’Algérie n’est plus un simple dossier diplomatique, c’est un levier politique pour galvaniser une opinion publique en plein désarroi. Face à l’échec de sa politique intérieure, à la contestation sociale et à l’affaissement de son autorité, Macron a vu dans l’Algérie une brèche exploitable, un exutoire commode pour détourner l’attention ».
Profits politiques pour Paris et Alger ?
Enfin pour Le Matin d’Algérie, site plutôt critique vis-à-vis du pouvoir algérien, « cette détérioration des relations bilatérales semble servir les intérêts des cercles du pouvoir en Algérie comme en France. (…) Plutôt que d’œuvrer à l’apaisement, chaque camp semble tirer profit de cette escalade, exploitant la tension comme un levier stratégique ».
D’un côté, pointe Le Matin d’Algérie, « le président Tebboune trouve dans cette crise une opportunité de redorer son image sur la scène nationale. Confronté à une perte de crédibilité, à une situation économique difficile et à une détérioration du pouvoir d’achat, il mise sur la rhétorique anti-française pour détourner l’attention des problèmes internes ».
Et d’un autre côté, « en France, la crise avec l’Algérie est également exploitée à des fins électorales, notamment à l’approche de la présidentielle de 2027. La droite dure et l’extrême droite en font un cheval de bataille, attisant les discours identitaires et souverainistes ».