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Or


Dimanche 7 juin, les Arméniens sont appelés aux urnes pour des élections législatives. Un scrutin que Moscou tente de déstabiliser à travers de vastes campagnes de désinformation. Alors que l’Arménie a entamé un processus de rapprochement avec l’UE, et que Paris s’est sensiblement rapproché du régime du premier ministre arménien Nikol Pachinian, une énième fausse information cible particulièrement la France. Une vidéo censée révéler l’envoi de 800 soldats dans le pays pour sécuriser le scrutin.
La vidéo d’une durée d’une minute trente reprend tous les codes d’un reportage de la BBC. Une voix off, avec accent britannique, commente un prétendu déploiement de soldats français. À l’écran, on retrouve l’habillage visuel des reportages de la chaîne d’information britannique. Bandeau rouge dans la partie basse ainsi que le fameux logo de la British Broadcasting Corporation (BBC). Cette infox a été vue près d’un million de fois depuis sa création le 28 mai.
Le reportage a été fabriqué de toutes pièces. La BBC n’a jamais produit, ni diffusé ce reportage. Il suffit d’aller sur le site officiel de la chaîne pour le vérifier. On ne retrouve aucune trace de ce prétendu déploiement dans la presse internationale.
Images d’archives trompeusesUne analyse des séquences du reportage trahit l’utilisation d’images d’archives. Les soldats que l’on voit descendre d’un avion siglé République française participaient en fait à une mission de la force de réaction de l’OTAN en Roumanie en 2022.
Un expert fait d’ailleurs remarquer que les tenues de camouflage que l’on voit à l’écran ne sont plus en vigueur dans l’armée de terre française et que les militaires qui empruntent la passerelle de l’avion ne sont pas des légionnaires (reconnaissables à leurs bérêts verts).
Même chose pour les deux Rafale que l’on voit dans le faux reportage de la BBC. Une observation attentive des marquages de l’avion : cocardes, drapeaux, et numéros de série, montre qu’il s’agit d’avions indiens, et non français. Rien à voir avec l’armée de l’air française qui n'arbore pas de drapeau rectangulaire sur la queue de ses avions Rafale. Ces images ont été sorties de leur contexte.
Concernant enfin les images des manifestations en Arménie. Il s’agit d’images prétextes destinées à dramatiser l’infox. Une recherche documentaire permet d’établir que les dernières manifestations politiques d'ampleur en Arménie remontent principalement au printemps et à l'été 2024, après la restitution à l’Azerbaïdjan de quatre villages frontaliers dans le cadre du processus de délimitation de la frontière.
La coopération entre la France et l’Arménie cibléeÀ Paris, une source proche du dossier donne quelques précisions sur la coopération militaire entre la France et l’Armée tout en réfutant l’envoi de 800 militaires français : « Nous réalisons des missions de partenariat militaire opérationnel [...] Cela représente autour d’une vingtaine de militaires non permanents. En ce moment, il est surtout question d’artillerie. Les missions durent quelques semaines. Une petite dizaine de militaires déployés en permanence sont liés à l’ambassade pour la coordination des missions de partenariat opérationnel. »
Infox d’origine russeJoint par RFI, un service de l’État en charge du suivi des ingérences informationnelles étrangères assure que le faux reportage de la BBC a suivi « le mode opératoire Storm-1516 déjà documenté par le passé. Cette opération est la 205e imputée à l’écosystème Storm-1516 depuis fin août 2023. »
Dans son rapport sorti en 2025, l’agence Viginum souligne que « si l’objectif principal de Storm-1516 est de décrédibiliser l’Ukraine auprès des audiences occidentales, le mode opératoire a également été employé pour dénigrer des membres de l’opposition russe, ainsi que des personnalités et gouvernements occidentaux, notamment durant des périodes électorales ».
Par ailleurs, selon le Service européen de l’action extérieure, cela fait plus d’un an que la Russie a lancé des attaques informationnelles en vue des élections en Arménie, en jouant sur les peurs de la population, et dénigrant l’action du Premier ministre pro-européen, Nikol Pachinian, afin de présenter la Russie comme le seul garant de la sécurité dans la région.
« Pour crédibiliser leurs narratifs, les opérateurs de Storm-1516 emploient des techniques de montage vidéo et photo visant à contrefaire des logos de médias », précise encore le rapport de Viginum. Dans le cas présent, la charte graphique de la BBC a été parfaitement reproduite.
Enfin, Storm-1516 s’appuie sur des contenus impliquant très probablement des acteurs amateurs. Viginum estime que, « pour plus de la moitié des opérations imputées à ce mode opératoire, des individus ont été recrutés pour enregistrer la voix off [...] avec un soin particulier au choix de ces acteurs, en adaptant leur langue ou leur apparence aux narratifs ». Effectivement, l’accent anglais du faux journaliste de la BBC est particulièrement convaincant.
En dépit de températures caniculaires et d'une situation géopolitique explosive dans la région,1,7 million de fidèles étaient attendus à partir du 25 mai en Arabie saoudite pour le pèlerinage à la Mecque. Des musulmans venus de la planète entière, dans une démarche de piété et de fraternité. Toutefois sur les réseaux sociaux, le hadj a été cette année synonyme de surenchère avec une avalanche de vidéos spectaculaires générées par intelligence artificielle (IA), déformant la réalité.
La vidéo a fait le tour des réseaux sociaux. Une marée humaine entoure le mont Arafat à une vingtaine de kilomètres de la Mecque. La séquence de 24 secondes est censée montrer l’un des rituels les plus importants du pèlerinage : une journée consacrée à la prière et à la méditation sur le site où le prophète Mahomet aurait prononcé son dernier sermon.
Sur la vidéo trompeuse, on peut voir des pèlerins à perte de vue. Des images accompagnées d’un chant religieux, ce qui rend cette scène encore plus captivante. Commentaires : « Une seule personne peut rassembler cette foule, et c'est le prophète Mahomet ».
Une analyse attentive de la vidéo laisse apparaître des incohérences visuelles. Par exemple la foule est trop compacte et surtout, totalement uniforme. En comparant avec d’autres images comme celles issues des webcams officielles, on distingue des parasols de couleurs, des installations pour guider les pèlerins, mais aussi des rochers à flanc de colline sur lesquels aucun visiteur ne s'est risqué.
L'utilisation d’un outil de détection d’images artificielles (Hive moderation) confirme que cette vidéo a été conçue par une IA générative.
Avalanche de fake sur TikTokCertains contributeurs se sont spécialisés dans la création d’images synthétiques autour de la thématique du pèlerinage. On y voit par exemple des hélicoptères parachutant des bouteilles d’eau sur les fidèles, ou des camions équipés de brumisateurs géants fendant la foule, pour rafraîchir les croyants. Certaines vidéos font mention de l'utilisation d'une IA, d’autres non…
Pourquoi une telle production ?Pour plusieurs raisons. D’abord le pèlerinage concerne les musulmans du monde entier, soit plus de deux milliards de fidèles dans le monde. Donc les auteurs savent que ces images créées de toutes pièces trouveront leur public, et permettent de monétiser leur audience.
Le hadj est un motif de fierté. Reste que si les croyants qui se rendent en Arabie saoudite peuvent emporter leur téléphone portable, il est fortement déconseillé de filmer les rites, et s’afficher sur les réseaux est considéré comme une attitude « ostentatoire », qui nuit à la sincérité de la démarche religieuse.
On pourrait penser aussi que ces images artificielles viennent peut-être « combler un vide » auprès du public, mais sur X de nombreux contributeurs musulmans ont immédiatement condamné l'utilisation de vidéos générées par IA.
On pouvait ainsi lire : « Malheureusement, des vidéos générées par intelligence artificielle et diffusées par de faux comptes anonymes prétendent provenir du Hadj 2026. Il s'agit d'un mensonge, d'une fabrication et d'une tromperie à l'égard du public, ainsi que d'un mépris pour les musulmans du monde entier. Nous exhortons chacun à ne pas partager ces vidéos et à vérifier l'authenticité des publications. Le royaume d'Arabie saoudite organise le Hajj de manière professionnelle afin d'assurer la sécurité et le confort des pèlerins et de leur fournir toutes les commodités nécessaires ».
À lire aussiHadj 2026: «malgré les tensions régionales et les crises», la ferveur reste intacte, selon le chercheur Hasni Abidi
Malgré le cessez-le-feu en vigueur au Liban, les frappes israéliennes se poursuivent. Selon Beyrouth, les bombardements ont fait plus de 3 000 morts depuis début mars. Le Hezbollah a revendiqué une série d'attaques ces derniers jours. Le dernier bilan fait état de 20 soldats et d’un contractuel tués côté israélien. Les affrontements entre le mouvement islamiste chiite pro-iranien et l’armée israélienne suscitent beaucoup de désinformation, notamment sur les pertes israéliennes.
Le dernier exemple en date est une courte vidéo, vue des millions de fois sur les réseaux sociaux. On y voit un véhicule transportant des soldats, pris dans une embuscade.
Ciblés par des tirs, les militaires assis à l’arrière du pick-up n’ont pas le temps de s’enfuir ou de riposter. Au moins six d’entre eux semblent avoir été tués par balles. La légende parle, à tort, d’une « embuscade tendue par le Hezbollah à un groupe de soldats israéliens ».
Dans les faits, ces images n’ont rien à voir avec la situation en cours au Liban. Grâce à une recherche par image inversée (voir ici comment faire), nous avons retrouvé leur trace sur le compte d’un journaliste pakistanais, en octobre 2022. La légende parle d’une « attaque terroriste du mouvement taliban pakistanais (TTP) contre l'armée pakistanaise ».
Impressionnante et difficile à géolocaliser, cette vidéo est régulièrement détournée dans différents contextes.
L’intelligence artificielle s’emmêleAu-delà des images sorties de leur contexte, les contenus générés par intelligence artificielle se multiplient. C’est le cas de cette photo censée montrer un ballon d’espionnage israélien abattu par le Hezbollah. On pense y voir un dirigeable blanc, en feu, dans un cratère, sous le regard de plusieurs soldats.
Les commentaires parlent d’une « grande victoire pour le Hezbollah qui aurait détruit un système radar géant d’une valeur de 230 millions de dollars ». Sauf que tout est faux. Le mouvement islamiste chiite lui-même n’a pas revendiqué une telle attaque.
Visuellement d’abord, plusieurs éléments posent problème. On note des effets de flou étranges, des incohérences d'échelle et plusieurs objets métalliques étranges posés sur le sol.
De plus, en faisant une recherche sur Google, le moteur de recherche indique que c’est son outil d’IA qui a généré cette image, ce que confirment également les logiciels de détection que nous avons utilisés.
Des comptes pro-iraniensÀ l'origine de toute cette désinformation, on retrouve un écosystème de comptes persanophones, arabophones et anglophones, ouvertement pro-iraniens. La plupart arborent fièrement le drapeau de la république islamique d'Iran en photo de profil. Ce réseau, actif sur X, Facebook et Instagram, fait la propagande de l’Iran et de ses proxys, dont les Houthis au Yémen et le Hezbollah au Liban.
Cette guerre de l’information en ligne passe par la décrédibilisation de l’adversaire avec, comme on vient de le voir, la multiplication d’infox ciblant principalement Israël mais aussi les États-Unis.
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Les investigations se poursuivent pour remonter à l’origine de l’hantavirus qui a contaminé une dizaine de personnes sur le navire de croisière MV Hondius. En France, tous les cas contacts ont été testés négatifs. L'OMS considère toujours que le risque est faible pour le reste de la population dans le monde. Malgré cela, la désinformation autour de l’hantavirus inonde les réseaux sociaux. Si la situation n’a rien à voir avec la pandémie de Covid-19, les mêmes théories du complot refont surface.
Arme de dépopulation massive, faux remèdes, confinement généralisé : l’hantavirus est la nouvelle coqueluche des influenceurs conspirationnistes. Comme durant la crise de Covid-19, ces comptes martèlent, à tort, que nous serions face à une nouvelle « plandémie ».
Cette contraction de « plan » et de « pandémie » prétend que la flambée d’hantavirus aurait été volontairement programmée dans un complot perpétré par des élites. Les justifications avancées sont assez farfelues, allant de la mise en place d’une dictature au trucage des votes lors des futures élections de mi-mandat aux États-Unis.
L’IA pour fabriquer des preuvesCes théories complotistes reposent exclusivement sur de fausses informations, parfois relativement grossières. C’est le cas de cette vidéo prétendument filmée par un automobiliste. On pense y voir un camion de transport roulant sur une route bitumée. À l’arrière de la benne, des dizaines de souris sont lâchées par une petite ouverture. Plusieurs commentaires évoquent des « souris infectées par l’hantavirus relâchées par l’OMS ». La vidéo cumule plus de deux millions de vues sur X et Facebook.
Vérification faite, cette vidéo n’est pas réelle. Ces images ont été générées par intelligence artificielle. Au-delà de l’aspect surréaliste de cette scène, plusieurs éléments visuels interrogent. Les souris projetées à haute vitesse rebondissent toutes au même endroit sur la route. Certains éléments de décor changent de couleur sans raison.
Autre élément de vérification : cette vidéo dure précisément 15 secondes. C’est aujourd’hui la durée standard d’un clip généré par un outil d’intelligence artificielle générative grand public. Les détecteurs d’IA que nous avons utilisés pointent vers Sora 2, l’outil développé par OpenAI, la start-up derrière ChatGPT.
Revenir sur le devant de la scèneCette infox n’est pas un cas isolé, loin de là. Vidéos sorties de leur contexte, faux articles de presse, déclarations manipulées du directeur général de l’OMS : les modes opératoires sont variés. Les complotistes fabriquent eux-mêmes ces fausses informations pour crédibiliser leurs théories et faire des vues.
Parfois marginalisés depuis que le Covid-19 ne représente plus une urgence de santé publique internationale, ces influenceurs voient en l’hantavirus une opportunité de revenir sur le devant de la scène.
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Semer la peurIl est toujours très difficile d’estimer concrètement l’impact de ces fausses informations. Ce que l’on sait, c’est qu'elles se multiplient et sont mises en avant par les algorithmes. Bien aidées, aussi, par un traitement médiatique assez dense, parfois anxiogène, ces infox cumulent des millions de vues. Un fonds de commerce dangereux qui sème le doute, agite la peur et dégrade la confiance envers les institutions.
Ces dernières années, les deepfakes sexuels, images ou vidéos ultraréalistes générées par intelligence artificielle, inondent le web. Le phénomène cible presque exclusivement les femmes. Cette semaine, la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, en a de nouveau fait les frais. La cheffe du gouvernement italien a elle-même reposté l’un de ces hypertrucages sexuels pour dénoncer la dangerosité du phénomène.
Giorgia Meloni en sous-vêtements, assise en tailleur, sur un lit. L’image a fait beaucoup de bruit sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Visuellement, il est presque impossible de distinguer l’utilisation d’un outil d’intelligence artificielle. Pourtant, cette photo n’est pas réelle.
Ce n'est pas la première fois que la cheffe du gouvernement italien est ciblée, à son insu, par des deepfakes sexuels. Ces dernières années, son visage est apparu dans plusieurs vidéos pornographiques, parfois visionnées des millions de fois. « Moi, je peux me défendre, beaucoup d'autres ne le peuvent pas », a commenté Giorgia Meloni, sur ses réseaux sociaux.
Un phénomène mondialSon cas n’est qu’un exemple parmi d’autres. La superstar américaine Taylor Swift, l'influenceuse française Léna Situations ou encore la députée d’Irlande du Nord, Cara Hunter : le phénomène est planétaire. « Les femmes exposées médiatiquement sont particulièrement ciblées », précise Mathilde Saliou, journaliste et autrice des ouvrages « L’envers de la tech, ce que le numérique fait au monde » et de « Technoféminisme : comment le numérique aggrave les inégalités ».
« On se souvient déjà, au milieu des années 2010, d’une vaste fuite d’images intimes de stars de la musique ou de la télévision. Avec l’essor de l’intelligence artificielle, le phénomène a pris une nouvelle ampleur, avec des fausses images qui réapparaissent régulièrement. Le même schéma s’est répété pour de nombreuses femmes », ajoute-t-elle.
Le problème ne concerne pas que les célébrités. Avec le perfectionnement des outils d’IA, une simple photo suffit aujourd’hui pour générer un deepfake sexuel hyperréaliste, le tout sans aucun contrôle ni vérification de l’âge ou du consentement.
En début d’année, l’outil Grok d’Elon Musk qui permettait de dénuder n’importe qui avait fait couler beaucoup d’encre. En réalité, il s'agit seulement de la face émergée de l’iceberg.
Désinformation de genreSi le terme deepfake sexuel est récent, le phénomène, lui, n'est pas nouveau. L’homme n’a pas attendu l’intelligence artificielle pour détourner illégalement l’image des femmes. Collage sur des magazines de lingerie, détourage de visage, chantage pornographique : la pratique a seulement évolué. La désinformation de genre brise des vies et vise à humilier les femmes.
« Ramener les femmes à leur sexualité, à leur corps, pour les humilier est un trope caractéristique du sexisme. Ça fait très longtemps qu’on traite les femmes de salope quand on souhaite les insulter, en évoquant leur vie sexuelle réelle ou supposée. C’est une manière parmi d’autres d’exprimer de la misogynie. Ce qui se rajoute par-dessus ces dernières années, c’est la possibilité de créer des images ultracrédibles pour continuer ces pratiques d’humiliation qui existaient auparavant », explique Mathilde Saliou.
Ce qui a changé, ces dernières années, c’est l’industrialisation des deepfakes sexuels. Certaines plateformes en ont fait un véritable business. Des criminels s’en servent également pour générer des contenus pédopornographiques.
Le rôle des modèles d’IAPour Mathilde Saliou, « ce phénomène est le symptôme d’un problème social beaucoup plus large. Les grands modèles d’IA aujourd’hui – qu’ils génèrent des textes, des images ou des vidéos – ont besoin d’énormément de données pour atteindre ce niveau de réalisme bluffant. Au départ, ils étaient entraînés sur des jeux de données relativement maîtrisés, issus notamment du monde de la recherche. Puis, dans une logique de “toujours plus de données”, on est passé à une stratégie qui consiste, pour le dire simplement, à racler le fond d’Internet.
Or, quand on aspire tout le web, on récupère aussi des quantités massives de vidéos pornographiques, de contenus tirés de forums qu’on aurait préféré laisser dans les bas-fonds du net, avec très peu de modération et où prolifèrent la misogynie, mais également le racisme, l’homophobie et les propos extrémistes. Tous ces contenus ont été intégrés comme données d’entraînement. C’est pour ça que, selon moi, ces outils ne sont pas neutres. »
Accélérer la réglementationFace à ce constat, quelles sont les pistes pour enrayer le phénomène ? Il y a déjà l’évolution de la législation. Certains pays sont plus en avance que d’autres sur le sujet. Même si les lois existent, leur mise en application est souvent difficile. Se pose aussi la question des obligations qui incombent aux plateformes.
Les États membres de l'Union européenne se sont entendus jeudi 7 mai pour interdire les IA permettant de dénuder des personnes sans leur consentement. Reste à savoir à quel point cette nouvelle réglementation sera efficace.
Au Mali, la situation reste tendue après les attaques coordonnées du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim) et du Front de libération de l'Azawad (FLA). Les jihadistes du Jnim ont mis en place un blocus autour de la capitale Bamako. De son côté, le chef de la junte, Assimi Goïta, a assuré à la télévision que la situation était maîtrisée. Dans ce contexte propice à la désinformation, les infox ciblent l’armée malienne et l’Algérie voisine.
La rumeur d’un regain de tension entre Alger et Bamako monte sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Certains affirment notamment, à tort, que 300 000 hommes de l’armée malienne se dirigeraient actuellement vers la frontière algérienne. La vidéo qui circule sur TikTok est de mauvaise qualité. Elle montre des centaines de militaires marchant côte à côte, en plein milieu du désert.
Les soldats portent une tenue camouflage sable et un gilet tactique kaki. En arrière-plan, on distingue une dizaine de pick-ups et de véhicules blindés parfaitement alignés.
Un exercice militaire en LibyeVérification faite, ces images n’ont rien à voir avec le Mali ni même avec l’Algérie. Elles montrent en réalité un exercice militaire de l’armée nationale libyenne. Cette manœuvre, baptisée Tonnerre, s’est déroulée en octobre 2021, en Libye.
Les soldats que l’on voit marcher appartiennent à la 106e brigade d’infanterie, fidèle au maréchal Khalifa Haftar, et commandée par l’un de ses fils, Khaled Haftar. Dans les faits, le Mali n’a pas déployé 300 000 soldats à la frontière algérienne.
Pour déterminer l’origine de cette vidéo, nous avons commencé par effectuer plusieurs recherches par image inversée (voir ici comment faire). Cette première étape ne nous a pas permis d’identifier immédiatement la source originale. Nous avons toutefois retrouvé la même vidéo, cette fois, de meilleure qualité.
L’analyse de la tenue des soldats et du décor nous a alors mis sur la piste de l’armée nationale libyenne, habituée à diffuser ce genre d’images. Après des heures de recherche sur leur chaîne YouTube officielle, nous avons fini par retrouver l’extrait en question, publié le 19 octobre 2021.
Un véhicule de l’armée algérienne détruit ?Cette infox ciblant les relations entre Alger et Bamako n’est pas un cas isolé. Une autre vidéo prétend montrer un véhicule blindé de l'armée algérienne, frappé par un drone à la frontière avec le Mali. La légende parle de 17 soldats tués. Cependant, tout est faux.
Nous avons retrouvé la trace de ce clip en février dernier. Il montre en réalité une voiture en flammes lors de la 17ᵉ édition de l’Africa Eco Race. Ce rallye-raid s’est déroulé entre Tanger et Dakar.
Désordre informationnel régionalCette désinformation profite d’un contexte local et régional déjà sous tension. Depuis la dégradation des relations entre Alger et Bamako en 2025 avec, entre autres, la destruction d'un drone malien à la frontière, la désinformation entre les deux pays prolifère.
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Les récentes attaques du Jnim et du FLA au Mali ont relancé la machine. Ces fausses informations, souvent virales, sèment le doute et ajoutent au désordre informationnel dans la région.
Au Moyen-Orient, le cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran tient toujours et Téhéran exclut la réouverture du détroit d’Ormuz tant que le blocus américain sera en vigueur. Donald Trump a de son côté évoqué la possibilité de discuter avec l'Iran, sans préciser de date. Dans ce contexte tendu, la désinformation prolifère sur les réseaux sociaux. La dernière infox en date affirme que l’armée iranienne viendrait de dévoiler un nouveau missile, se préparant à une reprise des hostilités.
La vidéo est impressionnante. On y voit une énorme machine grise de forme cylindrique transportée sur une route bitumée. La remorque comporte 21 essieux, soit 42 roues pour supporter l’engin. Les comptes qui diffusent ces images affirment, à tort, qu’il s’agit du Perle, « un nouveau missile dévoilé par l’Iran ». Cela indiquerait « la reprise imminente de la guerre contre les États-Unis et Israël ».
Pour savoir ce que montre réellement cette vidéo, nous nous sommes intéressés au symbole visible sur un panneau positionné sur la partie centrale de cet engin. Une recherche par image inversée (voir ici comment faire) indique qu’il s’agit du logo de la société iranienne Machine Sazi Arak, spécialisée dans la fabrication d’équipements industriels.
Réacteur industrielEn consultant les réseaux sociaux de cette entreprise, sous sanctions européennes, nous avons retrouvé d’autres images de ce convoi exceptionnel. Une vidéo publiée en décembre 2023 indique qu’il s’agit d’un réacteur destiné à la production de fer spongieux.
L’engin, mesurant 40 mètres de long et pesant plus de 400 tonnes, a été transporté depuis l’usine de fabrication située à Arak, jusqu’au complexe sidérurgique de Butia, en Iran. Le voyage, de près de 1 000 kilomètres, entamé en octobre 2023, aura duré plus d’un an.
Sans mener ce travail de recherche, plusieurs éléments permettent rapidement de savoir que ces images ne montrent pas un missile. D’abord, le convoi n’est pas escorté par l’armée, ce qui serait la norme pour le transport d’une nouvelle arme. Ensuite, cet engin, très long, composé de différents tuyaux et autres systèmes de fixation, ne ressemble pas du tout à un missile.
Cette vidéo circulait d’ailleurs déjà en juin 2025 lors de la guerre des 12 jours entre Israël et l’Iran. Cette infox refait donc surface au gré de l’actualité.
Propagande pro-iranienneDerrière cette fausse information, on retrouve différents comptes persanophones, ouvertement pro-iraniens. Certains partagent depuis des mois la rumeur d’un nouveau missile de dernière génération développé par l’Iran. En réalité, toutes les vidéos présentées comme des preuves sont soit sorties de leur contexte, soit générées par intelligence artificielle.
Ces contenus, avec un visuel très impactant, parviennent souvent à cumuler des millions de vues.
Un mode opératoire récurrentCe n’est pas la première fois qu’un engin industriel est présenté, à tort, comme une arme. Ce mode opératoire est en vogue, partout dans le monde. Le dernier exemple en date circulait au Cameroun avec des cuves de fermentation de bière présentées comme des armes nucléaires russes.
À chaque fois, on retrouve une vidéo impressionnante montrant une machine industrielle, accompagnée d’une légende racoleuse. Cette recette fonctionne si l’on en croit les millions de vues que cumulent ces fausses informations.
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Le détroit d’Ormuz est sous blocus américain depuis lundi 13 avril. Le Commandement central des États-Unis assure qu’aucun navire n’a pu rejoindre les ports iraniens, parlant d’au moins dix bateaux refoulés. De son côté, l’Iran affirme que ses bateaux continuent de naviguer, mais à un rythme très lent. Téhéran menace d’entraver le trafic maritime dans la région si les États-Unis maintiennent leur blocus. Ce brouillard de guerre favorise la prolifération des fausses informations.
Les rumeurs mensongères autour de la situation actuelle dans le stratégique détroit d’Ormuz se multiplient sur les réseaux sociaux ces derniers jours. La dernière en date affirme que la Chine serait intervenue militairement dans la zone pour rétablir la liberté de navigation. Cette fausse information repose sur une vidéo montrant un imposant dispositif naval et aérien en pleine mer.
On y voit une dizaine d’avions de combat et au moins six bâtiments de guerre. « La Chine vient de briser le blocus américain », indique la légende de ce clip, vu plusieurs centaines de milliers de fois sur TikTok.
En réalité, l’armée chinoise n’est pas intervenue pour briser le blocus américain. Si la Chine a haussé le ton, dénonçant « un comportement dangereux et irresponsable » de la part du gouvernement de Donald Trump, Pékin n’a pas mis sur la table une potentielle intervention militaire.
Aucune information ne laisse présager une confrontation directe entre les deux marines les plus puissantes du monde, dans le détroit d’Ormuz.
Un exercice militaireL’analyse de cette vidéo montre qu’il s’agit de matériel militaire occidental et non chinois. Nous avons identifié un porte-hélicoptères japonais de la classe Hyuga, quatre avions de combat F-18, quatre F-35 ainsi qu’un avion radar embarqué. Ces aéronefs sont tous de fabrication américaine.
L’alignement des navires et la formation resserrée des chasseurs indiquent que cette scène a été filmée lors d’un exercice naval, probablement lors d’un RIMPAC, un exercice militaire réalisé tous les deux ans par différentes marines occidentales sous la supervision de l’armée américaine.
Une recherche par image inversée montre que cette vidéo circule dans différents contextes, depuis plus de quatre ans.
Un sous-marin à quai américain dans un port iranien ?Cette vidéo, sortie de son contexte, est loin d’être un cas isolé. Ce type d’images détournées autour du blocus américain se compte par centaines. C’est le cas de cette vidéo, relayée cette fois par des comptes pro-américains. On y voit un sous-marin naviguer en surface, avec une partie de l'équipage fièrement alignée sur la coque. La légende parle d’un port iranien sous contrôle américain.
Vérification faite, ce clip montre l’arrivée du sous-marin nucléaire d'attaque britannique, HMS Anson, à la base navale de Stirling en Australie, en février 2026.
Guerre de l'informationD’un côté comme de l’autre, les comptes de propagande pro-iraniens et pro-américains cherchent à tout prix à imposer leur narratif. La désinformation est au cœur de la bataille informationnelle qui se joue actuellement en ligne. Les informations vérifiées et les vidéos authentiques sont les premières victimes de cette guerre de l’information qui fait rage sur les réseaux sociaux.
En Hongrie, des élections législatives cruciales se tiennent ce dimanche 12 avril. Le Premier ministre nationaliste Viktor Orbán, du parti Fidesz, espère briguer un cinquième mandat mais son concurrent, Péter Magyar, chef du Tisza, est jusqu’ici en tête dans les sondages. La campagne électorale a été marquée par un flot constant de fausses informations. Péter Magyar et sa formation politique sont notamment la cible de plusieurs vidéos générées par intelligence artificielle.
Péter Magyar en train de se droguer dans une boîte de nuit, de câliner le président ukrainien Volodymyr Zelensky, ou de brûler volontairement des billets de banque. Les vidéos artificielles détournant l’image du favori du scrutin se comptent par centaines sur les réseaux sociaux ces dernières semaines. Accompagnés de messages politiques, ces contenus mensongers cherchent à dénigrer le candidat du Tisza et, au contraire, à vanter le Fidesz, parti de Viktor Orbán. Certaines de ces infox cumulent des centaines de milliers de vues.
L’analyse des comptes à l’origine de ces infox (leur date de création, leur photo de profil) montre qu’il s’agit d’une vaste opération d’influence multi-plateformes. En décembre dernier, TikTok avait annoncé la suppression d’une trentaine de faux comptes. Ce réseau amplifiait artificiellement « les discours favorables au parti politique de Viktor Orbán ».
Des animaux tenant des propos anti Péter Magyar, des faux articles de presse : les formats sont variés. On ne sait pas, à ce stade, qui est le commanditaire.
L’IA, instrument de communication politiqueDepuis le lancement de la campagne, le parti de Viktor Orbán ne s’est pas privé d’utiliser l’intelligence artificielle pour s’attaquer à son adversaire. Le Fidesz a multiplié ce type de vidéo synthétique sur des sujets variés. La plus commentée raconte l’histoire d’une petite fille qui attend que son père, parti à la guerre, rentre à la maison. L’homme est finalement exécuté par balles.
« Pour l'instant, ce n'est qu'un cauchemar, mais Bruxelles se prépare à le concrétiser », indique la légende, en référence à la guerre en Ukraine.
L’Ukraine comme bouc émissaireL’Ukraine occupe une place majeure dans la campagne. Le Fidesz répète à tort et à travers que le Tisza va entraîner la Hongrie dans la guerre. Dans plusieurs vidéos artificielles, Péter Magyar est présenté comme une marionnette de Kiev et Bruxelles. Viktor Orbán, allié de Vladimir Poutine, a fait de l’Ukraine son bouc émissaire.
Le Fidesz agite la peur pour conserver le pouvoir. Une stratégie de longue date selon Gábor Polyák, directeur de recherche au sein de l’ONG hongroise Mertek Media Monitor : « Cette construction constante de nouveaux ennemis et le fait de se présenter comme le défenseur de la nation hongroise sont la méthode typique du Fidesz depuis 2015. C’est à cette époque que ce genre de campagne a commencé. Il y a d’abord eu les migrants, puis George Soros et ses agents, puis Bruxelles, puis la communauté LGBTQ+... ».
Reste à savoir si cette stratégie sera payante, ce que les derniers sondages semblent contredire.
Le Japon vient-t-il de voter une série de lois anti-islam ? C’est ce qu’affirme, à tort, une rumeur devenue virale sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Des comptes influents évoquent de nouvelles mesures particulièrement contraignantes pour les citoyens musulmans dans un pays pourtant laïque, comme la France. Cette fausse information n’est pas nouvelle. Elle resurgit régulièrement, sous différentes formes, depuis plus de dix ans.
Cette rumeur circule à travers une vidéo vue plus de dix millions de fois sur X, Facebook et TikTok. On y voit un homme politique prendre la parole dans ce qui ressemble à l’une des chambres du Parlement japonais. S’ensuivent des cris de soutien d’une partie de l'hémicycle. La légende parle, à tort, de nouvelles lois anti-islam votées ces derniers jours. Interdiction des mosquées, des prières dans la rue, du port du voile, de la nourriture halal : « Les musulmans ne sont plus les bienvenus au Japon », commentent plusieurs utilisateurs.
Vérification faite, tout est faux, sur le fond comme sur la forme. Comme l’indiquent les comptes rendus du Parlement, aucune loi de ce type n’a été promulguée au Japon. Une telle mesure aurait évidemment fait du bruit, que ce soit dans la presse locale ou à l’international. Dans les faits, le Japon est un pays laïque. La liberté de culte est régie par l’article 20 de la Constitution nippone.
Dissolution de la Chambre basseGrâce à une recherche par image inversée, nous avons retrouvé la trace de cette vidéo sur le site internet de la télévision en ligne de la Chambre des représentants. On y apprend que ce clip montre l’annonce de la dissolution de la Chambre basse du Parlement japonais, le 23 janvier 2026.
La traduction des propos de Fukushirō Nukaga, l’ancien président de cette chambre, le confirme. Il annonce en japonais : « La Chambre des représentants est dissoute conformément à l'article 7 de la Constitution du Japon ». Cette dissolution, décidée par l’actuelle Première ministre ultra-conservatrice Sanae Takaichi, a permis à son camp, le Parti libéral-démocrate, de remporter une majorité des deux tiers à la Chambre basse.
Une infox récurrenteCe type de rumeurs circule en ligne depuis maintenant plus de dix ans. Le premier article de vérification que nous avons trouvé sur le sujet remonte au 17 novembre 2015. Cette fausse information resurgit presque chaque année au gré de l’actualité. Elle prend souvent différentes formes : des vidéos sorties de leur contextes, des mèmes, des déclarations mal traduites, etc.
Certains influenceurs ouvertement xénophobes diffusent cette infox en parlant d’une décision historique, souhaitable en Europe. D’autres s’en servent au contraire pour critiquer le Japon, jugé comme un pays trop conservateur. Dans tous les cas, cette fausse information génère beaucoup de débat, d’engagement et donc beaucoup de vues. Cela explique qu’on la retrouve régulièrement relayée par des comptes qui ont fait de la désinformation une véritable source de revenus.
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Info ou intox ? Chaque semaine, RFI épingle une de ces tentatives de manipulation de l’information, pour en expliquer les ressorts. Vous souhaitez que «Les dessous de l'infox» vérifie la véracité…

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