Européen de la semaine

Ursula von der Leyen, tête de liste du PPE pour les élections européennes


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Ursula von der Leyen ambitionne d’être reconduite à la tête de la Commission européenne pour un nouveau mandat de cinq ans. Elle a reçu l’aval de sa famille politique le mois dernier lors du congrès du PPE à Bucarest. Figure la plus connue des institutions européennes, l’Allemande, tête de liste du Parti populaire européen, pour l’élection de juin, a su manœuvrer face aux crises qui ont émaillé son mandat, mais elle est aussi critiquée pour ses méthodes de gestion jugées trop autoritaires.

Louée ou vilipendée, Ursula von der Leyen est aujourd’hui le visage de l’Union européenne. « C’est l’une des femmes les plus connues au monde. Joe Biden ne doit plus réfléchir à qui téléphoner lorsqu’il veut régler des affaires européennes », souligne l’eurodéputé belge germanophone Pascal Arimont. Quasi inconnue sur la scène internationale il y a cinq ans, la ministre de la Défense d’Angela Merkel avait été élue présidente de la Commission européenne, avec une majorité de neuf voix seulement. Elle était arrivée là un peu par hasard, placée par les 27 en dépit des usages, poussée, en particulier, par le président français Emmanuel Macron, qui s’était opposé à la nomination de Manfred Weber, pourtant chef de file du PPE, arrivé en tête des européennes. À l’époque, irrité par la manière dont elle avait été désignée, Pascal Arimont, bien que membre du PPE, avait voté contre sa candidature. Cinq ans après, il a revu son jugement, la gratifiant d’un « bon 7 sur 10 », pour « sa manière de donner un visage à une Europe soumise à ces multiples crises des cinq années dernière, surtout la guerre en Ukraine, le Covid. C'est vraiment une bosseuse. Ça se voit aussi dans la multitude des textes sur lesquels on a dû travailler ».

L’Allemande, âgée de 65 ans, mère de sept enfants, est « une politicienne très expérimentée, parfois dure, qui défend ses objectifs. Elle a fait avancer les réponses européennes dans des situations particulièrement difficiles », note Daniela Schwarzer, directrice du programme européen du German Marshall Fund à Berlin et membre du Conseil d'administration de l'Institut Jacques Delors. Entre l’épidémie mondiale de Covid et la guerre en Ukraine, Ursula von der Leyen a dû affronter une multitude de crises. Au cours de son mandat, elle s'est notamment illustrée pour la mise en place du Pacte vert, l'achat commun de vaccins et sa défense acharnée de l'Ukraine.

Un mandat émaillé de polémiques

Mais son mandat a aussi connu une série de scandales. « Quand on travaille beaucoup, on fait aussi des erreurs », relève Pascal Arimont. Durant la pandémie, elle est mise en cause dans le « Pfizergate », avec ces SMS échangés avec le PDG du groupe pharmaceutique qui fabrique des vaccins achetés avec les fonds publics européens, qui donne lieu à une enquête du Parquet européen. Plus généralement, on lui reproche une gestion opaque, trop centralisée. Le député français MoDem Philippe Latombe a récemment signé un billet dans la Tribune intitulé « Pourquoi Ursula von der Leyen ne doit pas rester présidente de la Commission européenne ».

L’élu centriste français y dénonce « le tropisme atlantiste de la présidente la Commission européenne (qui) la pousse à des choix discutables au regard des intérêts des citoyens européens ». Il cite « le manque de transparence »dans l’attribution des contrats avec Pfizer, mais aussi l’épisode de la nomination avortée de l’Américaine Fiona Scott Morton à la direction générale de la concurrence ou l’attribution du poste d’envoyé spécial pour les PME à Markus Pieper, un député allemand de la CDU, sa famille politique. « Elle le nomme contre l'avis de tout le monde et sans écouter ce que disent les parlementaires européens. Et ça n’est pas elle qui le démet à l’arrivée, c’est Pieper qui dit :  je ne pourrais pas exercer mes fonctions dans ce cadre de défiance. Elle n'a pas écouté qui que ce soit. Ça n’est pas normal », dénonce Philippe Latombe.

Contestée au sein de sa famille

Ursula von der Leyen « est contestée, y compris dans l’aile droite de son parti », relève Thibault Muzergues, conseiller politique à l’International Republican Institute pour l’Europe et l’Euro-Med à Rome. Certains groupes nationaux appartenant au PPE, à l’instar des Républicains français, ont voté contre elle, en mars, au congrès de Bucarest, où sa candidature a été entérinée. Ses détracteurs l’accusent d’être trop à gauche et de faire la part belle aux socialistes et aux centristes de Renaissance au Parlement européen. « Elle a eu un positionnement, où elle a, effectivement, donné des gages à la gauche, un peu par inclination, mais aussi par nécessité », note le politiste, soulignant la proximité de l’ancienne ministre de la Famille puis de la Défense allemande avec Angela Merkel, « qui a toujours préféré faire faire des coalitions sur sa gauche, plutôt que de travailler l'aile droite de la CDU ». Par ailleurs, « pour avoir des majorités dans le Parlement européen sortant, il était nécessaire de s'appuyer sur la gauche », précise l’auteur de Postpopulisme (2024, Les éditions de l’Observatoire).

À la tête de la Commission, Ursula von der Leyen a impulsé des chantiers ambitieux. Elle a porté le Pacte vert, ce plan d’investissement qui doit faire de l’Europe un continent neutre en carbone en 2050. D’ambitieuses réformes ont été adoptées dans les transports et l'énergie, mais d’autres dispositions se sont heurtées à des résistances. L’une des dispositions du Pacte vert, la loi sur la restauration de la nature, est critiquée par une partie de la droite, qui y voit une menace pour l’agriculture, la compétitivité ou le pouvoir d’achat.« Ce qui manque un peu, c’est le deal dans le Green deal, qu’on donne de l’air aux entreprises et qu’on les aide à développer tout ce tissu économique nouveau », souligne l’eurodéputé Pascal Arimont, parmi les moins critiques du bilan d’Ursula von der Leyen.

À l’approche des Européennes, la Commission a lâché du lest et a fait des concessions sur ces textes destinés à défendre l’environnement. « Aujourd’hui, en tant que candidate, on voit qu'elle est moins ambitieuse sur ces questions pour faire plaisir à son parti, mais aussi parce qu’il y a le risque que l'extrême-droite sorte renforcée de ces élections européennes. Pour moi, c'est une déception parce qu’elle a quand même défendu son programme et ses priorités pendant cinq ans », regrette Daniela Schwarzer.

Concessions à la droite

À l’approche du scrutin de juin, la présidente de la Commission est l'une des cibles préférées de l’extrême droite et des eurosceptiques. En fin d’année dernière, elle a fait l’objet d’une campagne d’affichage anti-européenne du gouvernement hongrois. On pouvait y voir Ursula von der Leyen à côté d'Alexander Soros, le fils du milliardaire George Soros, bête noire de Viktor Orban, accompagné du slogan : « Ne dansons pas sur l'air qu'ils sifflent ! ». Visiblement pas rancunière, quelques semaines plus tard, la présidente de la Commission décidait, à la veille d’un sommet crucial pour l’Ukraine, de débloquer 10 milliards de fonds bloqués pour en raison d’entraves à l’État de droit en Hongrie. Plusieurs élus européens l’ont alors critiquée pour avoir « cédé au chantage » de Viktor Orban. Le Parlement européen a décidé de contester ce dégel des fonds devant la Cour de justice de l’Union européenne. Les conservateurs du PPE, et leur chef de groupe Manfred Weber, ne s’y sont pas opposés. « Elle a un devoir de transparence maximale », souligne l’eurodéputé Pascal Arimont.

L’avenir politique d’Ursula von der Leyen va dépendre des résultats des élections européennes et des alliances qui pourront être formées au Parlement, où les forces d’extrême droite risquent d’être plus nombreuses. Elle doit mener une campagne en jouant les équilibristes, promettant des mesures de nature à satisfaire la droite, sans renier son bilan écologique et social.

À lire aussiUnion européenne: le congrès du PPE, première épreuve de vérité pour Ursula von der Leyen

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