De vive(s) voix

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De vive(s) voix episodes

  • «À voix haute» : Polina Panassenko sur les traces d’une histoire familiale effacée en URSS

    Dans À voix haute, l’enquête d’une jeune femme sur les non-dits de sa famille devient une plongée dans les silences de tout un pays. Comment faire pour se souvenir de ce qu'on ne nous dit pas ? 

    Dans ce roman qui traverse trois décennies, Polina Panassenko plonge dans le passé de la Russie, à l’époque du stalinisme et des purges. Elle y interroge la manière dont cette histoire collective continue de résonner intimement dans le corps, la vie, les gestes, les peurs et les mots des jeunes générations.

    La narratrice a vingt ans lorsqu’elle part à Moscou pour intégrer l’École du Théâtre national. Elle y retrouve son grand-père, mais comprend rapidement qu’une zone de silence entoure sa famille. Lorsqu’elle pose des questions sur le passé familial, son grand-père lui répond de manière énigmatique : plutôt que de raconter, il lui confie des objets – une photographie, un vêtement, une pièce de monnaie ayant appartenu à un ancêtre.

    Dans cette famille, on a appris à ne pas parler. À parler doucement. À se méfier. À ne pas poser certaines questions. Le silence n’est donc pas seulement une absence de mots : il devient une manière de vivre, un héritage invisible qui se transmet de génération en génération.

    Peu à peu, la jeune femme découvre que le grand-père de son grand-père a été victime de la machine répressive soviétique. Cette découverte devient le point de départ d’une enquête qui la conduit jusqu’à la Kolyma, dans l’Extrême-Orient russe, sur les traces de cet homme dont l’histoire a été effacée.

    « Il faut effacer tout ce qui est dangereux »

    Polina Panassenko dessine alors ce qu'elle appelle une « cartographie de la peur » : remonter à l’origine des silences, comprendre ce qui n’a pas été transmis, et saisir comment la peur de parler peut se transmettre de génération en génération.

    Le théâtre occupe une place essentielle dans la vie de la narratrice. Comme un miroir de cette pratique, elle découvre ce que signifie véritablement parler lorsque l’on vient d’une famille, et plus largement d’un pays marqué par tant de silences. Jouer, chercher, nommer, écrire deviennent alors autant de façons de résister à l’effacement.

    Invitée : Polina Panassenko, écrivaine et comédienne franco-russe. En 2022, elle publie son premier roman, Tenir sa langue, aux éditions de L'Olivier, qui explore des thèmes comme l'identité, l'exil, la langue, la mémoire et l'appartenance. Elle travaille également comme traductrice du russe vers le français, notamment pour des œuvres théâtrales.

    Polina Panassenko a remporté le Prix littéraire « Le Monde » 2026 pour son livre À voix haute. Il a été décerné, jeudi 3 septembre au soir, à l’hôtel de Massa, siège de la Société des gens de lettres, à Paris.

    Programmation musicale : 

    La Grande Sophie - Le Large

    Youri Chevtchouk - Chanson sur la liberté / Песня о свободе

    À lire aussiLittérature: Polina Panassenko, entre deux langues, deux pays, deux identités

    29 min
  • Le français est-il toujours une langue de la diplomatie?

    À l’occasion de l’évènement « La fabrique de la diplomatie » qui aura lieu les 4 et 5 septembre 2026 à la Sorbonne : comment la place de la langue française a-t-elle évolué dans la diplomatie ?    

    Faire le tour des grandes questions internationales, dévoiler les coulisses de la diplomatie, tel est l’enjeu de ces deux journées de tables rondes qui vont avoir lieu à la Sorbonne à Paris en cette fin de semaine à la Fabrique de la diplomatie, un évènement organisé par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. 

    Parmi ces tables rondes : la question du français, la langue parlée dans les instances politiques et dans le monde…

    Xavier North rappelle que la diplomatie s’est longtemps faite en français. Jusqu’au XIXe siècle, les traités étaient rédigés en français, car cette langue était considérée comme particulièrement précise. Depuis le traité de Versailles en 1919, les textes diplomatiques sont rédigés en deux langues. Aujourd’hui, la diplomatie se pratique dans plusieurs langues, dont le français, même si l’anglais occupe une place dominante. Xavier North insiste sur le fait que les langues restent des instruments de pouvoir : leur usage reflète des rapports de force, elles illustrent des rapports de force dans leur pratique ! Aujourd'hui, le français s'apprend et séduit toujours autant. « C'est une langue qui reste assise sur un patrimoine littéraire, un patrimoine de pensée qui reste très attirant. »

    Bérangère Denizeau insiste, elle aussi, sur le rôle des langues dans la diplomatie. Elle est directrice adjointe de l’ESIT (École supérieure d’interprètes et de traducteurs), un établissement qui va bientôt fêter ses 70 ans et qui forme de nombreux étudiants amenés à travailler dans les grandes instances diplomatiques. Bérangère Denizeau défend le plurilinguisme dans ces institutions. Son école forme des étudiants francophones, mais aussi des étudiants non francophones : « La grande idée de notre école est de leur donner une méthodologie pour pouvoir traduire dans tous les domaines, nous ne voulons pas cloisonner. »

    Invités : Xavier North, président de l’Alliance française de Paris, et ​​​​​​​Bérangère Denizeau, maître de conférences à la Sorbonne Nouvelle et directrice adjointe de l'ESIT, l'École supérieure d'interprétation et de traduction de la Sorbonne Nouvelle.

    La puce à l’oreille

    Et comme chaque mercredi Lucie Bouteloup décortique les expressions de la langue française dans sa chronique La puce à l’oreille. Cette semaine, elle nous raconte avec Géraldine Moinard, lexicographe aux éditions Le Robert, les origines de l'expression « peigner la girafe ». Mais pourquoi une girafe ? La chronique La puce à l'oreille, en partenariat avec les éditions Le Robert. À retrouver sur le blog Dis-moi Robert. 

    Programmation musicale : l'artiste Welox avec le titre « For Sure (Macron Remix) ».

    29 min
  • Clémentine Mélois donne voix aux souvenirs que portent les objets

    Dans Choses que je croyais perdues, l'autrice Clémentine Mélois nous raconte les souvenirs et les histoires dont sont lestés les objets.

    C’est l’histoire d’un verre à moutarde Musclor avec un prince sous stéroïdes mal imprimé, accompagné d’un tigre vert. C'est l’histoire d’une rupture, celle d'Emilie avec son conjoint – et d’un déménagement, donc elle trie, elle range et parfois elle casse. Ce verre à moutarde est brisé : il avait été acheté par son ex-conjoint dans un vide-grenier. Et c'est le premier objet d’une longue liste qui constitue la trame du roman de Clémentine Mélois… car les souvenirs remontent.

    Clémentine Mélois se définit comme une « gardeuse » d'objets, « cela permet d'avoir toujours de quoi bricoler et d'être entouré d'histoires. Les intérieurs vides m'angoissent ». 

    Selon l'autrice, les objets n'existent que s'ils sont liés à des histoires et ces histoires font de nous ce que nous sommes. Pour autant, elle ne considère pas que ce roman soit nostalgique. Elle fait le récit de ce qui a eu lieu, en regardant vers l'avenir.  

    Elle parle ainsi d'objets « insignifiants », ces choses auxquelles on ne fait pas attention, ce que Georges Perec appelait l'« infraordinaire ", le contraire de l'« extraordinaire » à l'image de ces pots de confiture vides qui racontent tellement de choses sur notre humanité et nos histoires personnelles.  

    Invitée : Clémentine Mélois

    Clémentine Mélois est une autrice, artiste et plasticienne française née en 1980. Normalienne, elle est connue pour ses détournements visuels de couvertures de livres et son travail mêlant humour, culture populaire et références littéraires. Elle a publié notamment des ouvrages de littérature jeunesse et des recueils autour de la lecture et des objets du quotidien, et collabore régulièrement avec des institutions culturelles.

    Elle a été membre de l'Oulipo de 2017 à mai 2026. 

    Choses que je croyais perdues est publié chez Gallimard. 

    Également publié chez Hoebeke – Gallimard : Rêve d'évasion.

    À lire : Les choses de Georges Perec 

    Programmation musicale : Les artistes Vincent Delerm et Voyou avec la reprise du titre « Évidemment » de France Gall. 

    29 min
  • L’écrivain Laurent Nunez braque 13 mots d’autres langues, intraduisibles en français !

    Dans Mots de passe, l'auteur, traducteur et éditeur Laurent Nunez déniche treize mots d'autres langues intraduisibles en français... Un essai sur les mots qui nous manquent ! 

    En anglais, « eye-servant » désigne celui qui n'est zélé que lorsqu'on l'observe. En néerlandais, « kutzwager » nomme le lien étrange entre deux inconnus qui ont aimé la même personne. En islandais, « gluggaveður » dit le plaisir de regarder l'orage, ou n'importe quel désastre, depuis un lieu où l'on ne risque rien. Le français ne sait pas dire ces choses. Et ce qu'une langue ne sait pas dire, comment pourrait-on le vivre tout à fait ?

    Saviez-vous qu'on utilisait le terme « Mo-Ki-Ta » en Papouasie-Nouvelle-Guinée pour désigner une vérité que tout le monde connait mais que personne n'ose dire ?

    C'est pour combler de tels silences que Laurent Nunez braque avec beaucoup d'humour treize autres langues, avec cette idée qu'on peut « changer sa vie avec des mots nouveaux et des mots d'ailleurs ».

    Pour Laurent Nunez, les mots apportent les idées à l'image du mot « boycott » qui vient de l'histoire du fermier britannique Charles Cunningham Boycott contre qui est lancé le premier blocus répertorié de l'histoire contemporaine, et qui donna plus tard naissance au mot « boycott » en 1880. 

    Emporter l'ailleurs, c'est absolument essentiel. 

    Des mots venus d’ailleurs, traduits en français tels quels, comme « féminicide » – terme forgé en 1976 par la militante et sociologue féministe sud‑africaine Diana Russell – contribuent à nommer et à officialiser ce crime. Le mot « féminicide » a ainsi fait son entrée dans le Petit Robert en 2015, puis dans le Larousse en 2020.

     

    Invité : Laurent Nunez est écrivain et éditeur. Ancien rédacteur en chef du Magazine littéraire, il est l'auteur de plusieurs essais sur la littérature, parmi lesquels L'Énigme des premières phrases (Grasset, 2017) et Il nous faudrait des mots nouveaux (Cerf, 2018). Il a publié un roman, Le Mode avion (Actes Sud, 2021 ; Rivages poche, 2025), et deux récits autobiographiques, Les Récidivistes (Champ Vallon, 2008 ; Rivages poche, 2014) et Tout ira bien (Rivages, 2025 ; Rivages poche, 2026).

    Et la chronique Ailleurs nous emmène à Cotonou, au Bénin, où Gildas Hassidé, juriste, entrepreneur, nous présente le programme du Kids Speaker Program dont il est le fondateur. Une initiative éducative déployée au Togo et au Bénin et dédiée à l'autonomisation des enfants et des jeunes à travers la prise de parole en public. 

    Programmation musicale : l'artiste Angèle avec le titre « Une seule vie ». 

    29 min
  • Avignon: Vanasay Khamphommala et le collectif XY, deux façons de célébrer le corps et la voix

    Vanasay Khamphommala et le Collectif XY proposent des spectacles et performances portés sur la voix et le corps. Deux manières d’exposer nos fragilités. 

    L'artiste Vanasay Khamphommala propose deux performances : l'une, Songs of Grief, pour se préparer au décès de son père. Son père lui a demandé de chanter la chanson « Love Me Tender » d'Elvis Presley, à sa mort.

    « Je te chante une chanson toute nue en échange d'un verre. » Dans « Je te chante une chanson toute nue en échange d'un verre », le public est assis à moins de deux mètres, ce qui instaure une grande proximité.

    Cette idée de performance est née pendant le Covid-19, avec l'émotion de se rencontrer, de se retrouver. Elle se retrouve seule et nue face à un tout petit groupe pour chanter une chanson différente à chaque session. 

    « Chanter nue change le regard des gens. »

    Et tout commence par le souffle. L'artiste désire tisser avec le souffle une nappe sonore. Dans sa performance, il entend célébrer la « chance d'être vivant ensemble ». 

     

    Le collectif XY est né il y a vingt ans. Ils sont 22 sur scène de toutes nationalités. Ils sont acrobates et chanteurs. Brésil, Colombien, Argentin, Europe. C'est la première fois qu'on peut voir un spectacle de cirque dans la cour d'honneur du festival d'Avignon.

    Ce spectacle qui puise son influence dans la danse contemporaine défend un « éloge du vivant » : on va exposer nos fragilités avec « des océans de corps, des forêts de colonnes humaines ». Un travail collectif dans lequel chaque artiste apporte ses imaginaires et trouve un chemin commun pour trouver du sens collectivement.

    Sur ces 600 m² de plateaux, ils créent de grandes formes. Les corps deviennent paysages ou minéraux et interrogent notre rapport au temps. 

    « On incarne des métamorphoses du vivant. On va puiser dans des fragilités, on cherche à déployer notre intimité. On aime bien que le spectateur puisse avoir sa propre lecture de ce qu'il voit. »

     

    Invités :

    Amaia Valle et Pedro Guera du collectif XY. Après Möbius (2019), Les Voyages (2018), Il n’est pas encore minuit… (2014), Le Grand C (2009) et Laissez-Porter (2005), Le Pas du Monde est la sixième création du collectif XY. 

    Ce spectacle de cirque contemporain rassemble 22 acrobates et chanteurs qui interrogent les métamorphoses du vivant et la course du temps, en faisant des pyramides humaines de véritables paysages. 

    Vanasay Khamphommala est une artiste française queer, metteuse en scène, dramaturge et chanteuse, née à Rennes en 1980. Elle a été formée à la Maîtrise de Bretagne. Son travail interroge les identités genrées et racisées. 

    Depuis 2018, elle crée des performances, parmi lesquelles L’Invocation à la muse (Festival d’Avignon 2018 dans le cadre de Sujet à vif), Écho, ou ສຽງຂອງຍ່າ (La Voix de ma grand-mère). Cette année, elle présente deux spectacles-performances : Je te chante une chanson toute nue en échange d'un verre et Songs of Grief [Love Me Tender]. 

     

    Et dans le OFF, Fanny Imbert est allée voir la pièce Hchouma blues de Hicham Boutahar qui raconte les violences policières.  

    Moha fait sa première année à l’université quand un adolescent de sa cité est tué par un policier. 

    À voir au théâtre des Carmes du 4 au 25 juillet.

    Programmation musicale : 

    L'artiste Benjamin Clementine avec « Pizza mind ».

    29 min
  • Molière et Shakespeare se jouent encore à Avignon avec «Hamlet» et «1, 2, 3, Poquelin»

    À Avignon, les grands classiques du théâtre gardent leur place aux côtés du théâtre contemporain.

    Thibault Perrenoud met en scène une version « épurée » de Hamlet de William Shakespeare.
    Quant au collectif belge tg STAN, ils offrent un « marathon Molière » avec leur pièce 1,2,3 Poquelin. 

    Qu’est-ce qu’un « classique » au théâtre ? Une pièce vieux style ou intemporelle ? Qui traverse les époques ou qui vieillit ? Qui peut se rejouer sans cesse et résiste aux siècles et qui continue, malgré tout, à parler au présent ?

    Cette année à Avignon, des auteurs classiques tels que Molière et Shakespeare, pour ne citer qu'eux, sont encore adaptés et joués !

    Est-il encore possible de les renouveler ? 

    Hamlet de Thibault Perrenoud, une « version à l'os »

    Thibault Perrenoud adapte Hamlet de William Shakespeare, une « version à l'os » adaptée d'une nouvelle traduction de Clément Camar-Mercier avec seulement trois comédiens et l'ambition d'aller à l'essentiel en 1h30, avec très peu de moyens techniques.

    Il se défend de trahir Shakespeare : « La traduction est de toute façon déjà une trahison. »

    On retrouve donc le célèbre monologue avec « Être ou ne pas être », qui est pour Thibault Perrenoud une réplique assez naïve, une question qu'on peut se poser à l'aube ou au crépuscule de sa vie selon le metteur en scène. « C'est LA question qui regroupe toutes les autres. Qu'est-ce qu'il y a après ? C'est une question buvard. »

     

    L'intrigue s'articule autour de trois cérémonies : celle du mariage entre Claudius et Gertrude, celle du théâtre dans le théâtre, et celle des funérailles...

    La pièce, itinérante, est jouée en extérieur tous les jours dans un endroit différent à la manière d'un  « théâtre de tréteaux ». 

    1, 2, 3 Poquelin : un marathon Molière à Boulbon

    L’autre grand classique d’Avignon, c’est Molière.

    À la Carrière de Boulbon, le collectif belge tg STAN, fondé à Anvers il y a trente ans, présente 1, 2, 3, Poquelin, après Poquelin (2003) et Poquelin II (2017).

    Cette fois, Jolente De Keersmaeker et Damiaan De Schrijver s’attaquent aux farces de Molière : une compilation de cinq pièces, dont L’Avare et Le Médecin malgré lui. Au total, 4h30 de spectacle, un véritable « marathon Molière ».

    Le monde de Molière reste vivant!

    « On a coupé, mais sans toucher à la langue : c’est du Molière pur sang », revendiquent-ils. Farces burlesques, comédies qui rient avec goût de l’humanité et de la condition humaine, ils y jouent une dizaine de personnages, guidés par une envie simple : divertir et reprendre les farces les plus drôles.

    Invités : 

    Thibault Perrenoud. Il met en scène Hamlet de Shakespeare. À voir jusqu'au 25 juillet. 

    Jolente De Keersmaeker et Damiaan De Schrijver de tg STAN, collectif de théâtre belge flamand. 

     

    Et dans le OFF, Fanny Imbert a assisté au spectacle Molière et ses masques de Simon Falguières, qui retrace la vie de Molière. À voir au théâtre du Train Bleu.

    Programmation musicale : 

    L'artiste Alissa Wenz avec le titre Pardon. Elle est en concert à Avignon. 

    29 min
  • Avignon : « Capra (une chèvre) » de Jeanne Candel, sur les traces de la mémoire

    Dans Capra (une chèvre), Jeanne Candel nous propose d'entrer dans la tête d'une poétesse, sur les chemins de la mémoire…

    « Capra » : ça veut dire chèvre en latin. C'est aussi le pseudonyme que s'est trouvé la poétesse dont il est question dans la pièce mise en scène par Jeanne Candel. Le nom n'est pas choisi au hasard: la chèvre, c'est l'animal qui cherche sa liberté dans l'enclos.

    Ils sont huit comédiens et chanteurs sur scène et nous font entrer dans la tête de Capra pour regarder à l'intérieur d'une femme. 

    Dans ce spectacle, des morts se sont logés dans son corps et ils parlent à travers elle. « On rentre à travers son corps, son esprit, ses obsessions. » Mais le vrai fil directeur de l'histoire, c'est la mémoire.

    Jeanne Candel et son collectif ont puisé des anecdotes sur la mémoire en lisant L'Art de la mémoire de l'historienne britannique des arts du 19ᵉ siècle, Frances Yates. Dans son essai, elle relate notamment les techniques des anciens pour « se souvenir ». Elle narre Simonide de Céos, poète « à la langue de miel », lyrique grec né en 556 av. J.-C. à Céos et mort en 467 av. J.-C. à Agrigente. Selon la tradition grecque, il est le premier auteur d’épigrammes. Il passe pour avoir inventé l'Art de mémoire. En effet, ses facultés d’observation et de mémorisation lui permirent, après l’effondrement d'une salle où avait lieu un banquet, de contribuer à l’identification de victimes dont les corps étaient extrêmement abîmés, grâce au souvenir très précis qu’il gardait de la disposition des invités et de leurs vêtements avant la catastrophe. Elle affirme même que cet événement aurait incité le poète à rédiger le premier traité de la mémoire. Il comparait sa mémoire à un tableau et disait que « la peinture, c'est de la poésie muette, la peinture, c'est de la poésie qui parle ».

    La technique de mémorisation des Anciens est simple mais terriblement efficace: il s'agit d'utiliser un lieu qu'on connaît parfaitement et d'y ranger des images très frappantes, avant de composer une image de ces souvenirs. 

     

    Invitée : 

    Jeanne Candel est une metteuse en scène et actrice. Elle a fondé la compagnie La Vie brève en 2009. L’écriture collective et sa recherche sur l’enchevêtrement entre la musique et le théâtre façonnent ses créations comme notamment Robert Plankett en 2010,  Le Crocodile trompeur / Didon et Énée co-mis en scène avec Samuel Achache en 2013, Baùbo – De l’art de n’être pas mort en 2023 ou Fusées présenté au Festival d’Avignon 2025. Depuis 2019, La Vie brève dirige le théâtre de l’Aquarium à la Cartoucherie, à Paris.

    Capra (une chèvre) est à voir jusqu'au 25 juillet. 

     

    Et dans le OFF, Fanny Imbert nous emmène voir Médusée, une pièce cabaretique dans laquelle la créature mythologique Médusa réclame justice après avoir été violée par Zeus.

    Médusa et ses sœurs gorgones nomment tout : les rêves romantiques, les viols, les combats, les métamorphoses tout en chantant des tubes pop (Dalida, Juliette Armanet...).

    Programmation musicale : 

    Le groupe LAS ONDAS MARTELES avec le titre Y despues de todo. 

    29 min
  • Festival d'Avignon: Salim Djaferi et David Murgia, deux spectacles sur l’exclusion sociale

    Politique de logement et ségrégation, immigration et urbanisme, constructions et représentations : dans « Bâtir », Salim Djaferi interroge l’influence du colonialisme sur la façon de concevoir les villes en France. Dans « Rumba », David Murgia conclut une trilogie sur la précarité et l’exclusion sociale, après Laïka et Pueblo.

    Deux spectacles sont à l'honneur aujourd'hui ! Leur point commun ? Mettre en récit l'exclusion sociale.

    Côté « IN » Bâtir de Samir Djaferi

    Le metteur en scène retrace l’histoire de la politique urbaine en France, celle qui a vu surgir les grands ensembles de banlieue. Il nous entraîne dans les archives du département de la Seine-Saint-Denis autant que dans la mémoire familiale, pour mettre en lumière la dimension raciale des politiques de logement social depuis les années 1950.

    Côté « OFF », Rumba de David Murgia

    David Murgia nous plonge dans l’histoire d’un spectacle joué sur les parkings de la périphérie. Un acteur et un musicien y répètent une pièce sur Saint-François d'Assise. Au fil de leurs rencontres, ils donnent voix à des hommes et des femmes relégués aux marges, écartés de la société et rendus invisibles.

    C’est le troisième volet de la « Trilogie des pauvres diables », que David Murgia et l’auteur italien Ascanio Celestini, au regard presque anthropologique, consacrent à l’exclusion sociale après Laïka (2017) et Pueblo (2020).

    Ils ont à cœur de raconter les invisibles : « Ils n’ont pas d’auteurs à proximité, pas de réalisateur pour raconter leurs histoires, ne savent pas forcément les écrire, mais des histoires, ils en ont un tas. »

    Rumba suit deux personnages qui observent les gens, inventent leurs vies, puis se rendent sur un parking pour y jouer un spectacle autour de Saint-François d’Assise.

    Saint François d’Assise (1181/1182–1226), fondateur de l’ordre des Franciscains et grande figure de la spiritualité chrétienne, issu d’une famille aisée, renonce à toutes ses richesses pour vivre dans la pauvreté, la simplicité et au service des plus démunis, à l’imitation du Christ.

    Je me sens chanteur de récit. 

    Le spectacle fait surgir une galerie de pauvres, de figures marginalisées : ceux qui affirment qu’il faut se souvenir du nom des morts en Méditerranée pour les enterrer dans le cœur des vivants, mais aussi les racistes, comme Giovanni, personnage qui tient des propos ouvertement haineux contre les gitans.

    Dans Bâtir, Salim Djaferi mène l’enquête. À partir de l’histoire de sa propre famille, il déploie un récit plus large. Sur un ton doux, toujours souriant, il raconte pourtant l’implacable : les assignations, les orientations forcées, qu’il rejoue inlassablement par des gestes – à droite, à gauche, les deux bras tendus pour indiquer la direction – comme les stewards et hôtesses de l’air dans un avion. Il choisit de ne montrer aucune image des cités ni des immeubles : tout passe par le corps.

     

    "Je raconte la périphérie mais aussi le centre, s'il y a une périphérie, il y a forcément un centre"

    Il raconte la politique raciale mise en place pour loger les immigrés à partir des Trente Glorieuses, cette période de prospérité qui suit la Seconde Guerre mondiale en France. Il raconte la manière dont les bidonvilles ont été « résorbés » dans les années 1950, et sa découverte, aux archives départementales, de notes administratives où l’on classe les demandeurs de logement social selon « leur distance culturelle vis-à-vis de la France ».

    Un spectacle très politique, qui n’accuse pas un gouvernement plutôt qu’un autre, mais met en lumière un cadre racial, une sorte de pensée collective structurante.

    Invités: 

    Salim Djaferi, metteur en scène de Bâtir, et David Murgia, co-auteur et comédien. Rumba est à voir au théâtre des Doms.

    Programmation musicale : 

    L'artiste Lisette Lombe et Marc Namour sur RFI avec le titre « Ma langue » : un extrait de leur spectacle Ce que le ventre dit qui se joue au théâtre des Doms et que l'on verra la saison prochaine à Paris au 104.

    29 min
  • Festival d'Avignon : Julie Deliquet met en lecture «Impossibles adieux - Oiseau» de Han Kang

    Dans Oiseau tiré du roman Impossibles adieux, Julie Deliquet propose une lecture-performance du premier chapitre du roman de l’autrice et prix Nobel de littérature Han Kang.

    Après l'anglais, l'espagnol et l'arabe, c'est le coréen qui était la langue invitée pour cette 80è édition du Festival d'Avignon. À cette occasion et sur commande de Tiago Rodrigues, Julie Deliquet a mis en lecture en français et en coréen, le premier chapitre Oiseau, tiré du roman Impossibles adieux de la Coréenne Han Kang et pour lequel elle a remporté en 2021 le Prix Nobel de Littérature. 

    Dans ce roman, elle tente d’approcher par la fiction, la tragédie du soulèvement de Jeju en République de Corée... 

    Un matin, Gyeongha reçoit un message de son amie Inseon, qui vit sur l’île de Jeju. Elle s'est sectionné les doigts et elle est hospitalisée sur le continent. Elle demande de se rendre à Jeju afin de nourrir son petit perroquet blanc laissé à son domicile. Gyeongha prend l'avion. Elle arrive sur l'île dont la végétation luxuriante a été envahie par une tempête de neige. 

    Gyeongha découvre à son arrivée comment l’histoire familiale d’Inseon s’entremêle à l’un des pires massacres de l’histoire coréenne - le massacre de Jeju, une île coréenne - et dont le nombre de victimes est estimé à 30 000. 

     

    Le massacre de Jeju désigne une répression sanglante menée en Corée du Sud sur l’île de Jeju après la Seconde Guerre mondiale après que la Corée s'est libérée du joug japonais.

    À l’origine, des habitants et des groupes de gauche protestent contre la division de la Corée et contre les élections séparées au Sud. Le soulèvement est alors écrasé par l’armée et les forces de sécurité sud-coréennes. De très nombreux civils sont arrêtés, torturés et exécutés, des villages sont détruits. Les historiens précisent que des dizaines de milliers de personnes ont été tuées sans qu'un chiffre exact puisse être donné. Longtemps censuré et tabou, cet épisode n’a été officiellement reconnu que tardivement, et fait aujourd’hui l’objet de commémorations et de travaux de mémoire.

    L'actrice française Isabelle Huppert et l'actrice coréenne Hyeyoung Lee mettent en voix en français et en coréen ce texte mémoriel, révélant les motifs récurrents qui traversent l’œuvre de Han Kang : traumatismes de l’histoire, fragilité de l’être, croyance absolue en la vie... 

    Han Kang ou Han Gang (en coréen : 한강), née le 27 novembre 1970 à Gwangju, est une romancière sud-coréenne. Elle reçoit le prix Nobel de littérature en 2024.

    Invitée : Julie Deliquet, metteuse en scène française, fondatrice du collectif In Vitro, Julie Deliquet crée des pièces à l’inspiration cinématographique : Fanny et Alexandre d’Ingmar Bergman à la Comédie-Française en 2019, Un conte de Noël d’après le film d’Arnaud Desplechin. Elle crée en 2025 La guerre n’a pas un visage de femme de l’autrice prix Nobel de littérature Svetlana Alexievitch. Elle a dirigé le Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis en 2020, avant de prendre la direction du Théâtre national de la Colline en mars 2026.

     

    Et Fanny Imbert nous emmène voir le spectacle Neige, neige, neige, de Lee Jaram d’après Maître et serviteur de Léon Tolstoï.

    Un spectacle qui suit l histoire d’un marchand cupide et de son serviteur pris dans la tempête...

    Programmation musicale : 

    L'artiste Claire Diterzi avec le titre Ma bouche, ton écluse.

    29 min
  • Festival d'Avignon: Israël Nzila et Etienne Minoungou font dialoguer morts et vivants

    Dans cette émission, Etienne Minoungou et Israël Nzila parlent de leurs pièces respectives. 

    Ils ne se seraient jamais rencontrés mais grâce à Etienne Minoungou, ils dialoguent grâce au théâtre dans «L'intraitable beauté du monde», un titre inspiré d'une lettre écrite par Glissant et Chamoiseau à Barack Obama après son élection en 2008.

    Etienne Minoungou s'est rendu sur la tombe d'Edouard Glissant en Martinique pour lui demander l'autorisation d'emprunt de cette formule ! Avec cette pièce, il fait dialoguer deux grands auteurs Edouard Glissant et Sony Labou Tansi. Il définit son spectacle comme un « théâtre de conversation »: « une dramaturgie traditionnelle où les vivants se retrouvent sans distinction, célèbrent le quotidien et l'invisible. L'acteur principal c'est la parole de l'imagination ».

    Deux auteurs dont il a apprivoisé les textes : « Glissant, c'est touffu, complexe mais c'est comme une forêt, on s'y habitude, on reconnait les chemins, les lianes et cette forêt devient une clairière. » 

     

    Edouard Glissant, écrivain martiniquais disparu en 2011, était romancier mais aussi philosophe et poète. C’était l’homme du « tout monde », de la relation et du concept de « créolisation » 

    Sony Labou Tansi, né en 1947, écrivain congolais décédé en 1995, était un auteur de théâtre prolifique et d’un roman essentiel La vie et demie.

    L'auteur et dramaturge congolais Israël Nzila a ouvert la saison du cycle « Ça va, ça va le monde ». Lauréat du prix RFI théâtre 2025, sa pièce  « Clipping » raconte l'histoire de Do, une femme qui cherche son enfant, dans un marché de Lubumbashi, elle a connu la guerre, les viols, les violences et tout cela est dans sa tête, dans sa psyché.  A-t-elle vraiment perdu son enfant ou revit-elle son propre abandon, comme un cauchemar ?

    Un texte où il est question de folie et dont la fin reste ouverte.

    Le son y occupe une place centrale. Le titre lui-même, Clipping, désigne en technique audio la saturation du signal : dans la pièce, les voix se bousculent et se chevauchent — celle de Do, de sa mère, de l’enfant, du père, mais aussi le brouhaha du marché, qui devient personnage à part entière.

    Le metteur en scène, Jean-Paul Delore a choisi de faire dire le texte par une seule comédienne :  Lindiwe Martchykiza. « toute cette pièce, je l'ai écrite en voyant Do dans son cachot », explique le dramaturge. 

    Invités :

    - Etienne Minoungou, acteur, conteur, fondateur du festival « Les Récréâtrales »  à Ouagadougou. Sa pièce « L'intraitable beauté du monde » est à voir à Avignon jusqu'au 19 juillet.  

    - Israël Nzila, auteur et dramaturge congolais né en 1995 à Kinshasa. Il est lauréat du prix RFI Théâtre en 2025 pour son texte « Clipping ». La pièce sera prochainement disponible en replay et en podcast sur le site de RFI. 

     

    Programmation musicale : 

    L'artiste GYSLAIN N avec le titre Tout à l'amour. Il sera en concert ce jour dans le cadre du « off » au théâtre de l'Arrache-Coeur.

     

     

    .

    29 min

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Une émission consacrée à la langue française dans le monde et aux cultures orales. Un rendez-vous quotidien du lundi au jeudi, pour rendre plus vivant notre rapport à la langue, et être la vitrine…

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