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Or


Tirs de missiles, menace de détournement : les attaques contre des navires en mer Rouge se poursuivent sur fond de guerre entre Israël et le Hamas. Ce mardi 6 février, les rebelles Houthis ont ciblé deux nouveaux navires marchands. En réponse, Washington a annoncé avoir mené de nouvelles frappes en territoire Houthis. Sur les réseaux sociaux, beaucoup d’images circulent autour de ces attaques. Certaines, issues d'un jeu vidéo, prétendent que des navires militaires américains ont été détruits.
Des navires de la marine américaine frappés de plein fouet par plusieurs missiles antinavire en pleine nuit, à proximité de la côte. Ces images, impressionnantes, cumulent plusieurs centaines de milliers de vues sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Les internautes qui partagent cette vidéo d’une vingtaine de secondes affirment que « quatre bâtiments américains, dont l'USS Laboon, ont essuyé des attaques de missiles balistiques des Houthis ».
Sauf qu’en réalité, ces images ne sont pas réelles. Malgré la mauvaise qualité de la vidéo, plusieurs éléments visuels et sonores montrent qu’il s’agit d’images de synthèse. D’abord, les cinq navires sont immobiles et très rapprochés, un positionnement qui ne correspond pas à une tactique employée en cas de conflit de ce genre. De plus, les explosions ne provoquent pas de flammes. Elles sont représentées par un éclat lumineux, très court et provoquent toujours le même bruit.
L’expert en armement que nous avons contacté remarque également que la lumière due à l’explosion du missile n'apparaît pas du bon côté du navire touché. Il ajoute que l’effet de souffle, ou de « blast », est trop tardif après l’impact mais note que les trajectoires des missiles volant au ras de l’eau sont réalistes pour des missions anti-navires. Toutefois, le constat est sans appel : ces images ont été générées par ordinateur.
Des images de jeu vidéoGrâce à une recherche en plusieurs langues, avec les mots clés « porte-avion américain », « missile », « Houthis », et le nom de plusieurs jeux vidéo, la cellule Info Vérif de RFI est parvenue à retrouver la vidéo originale. Elle dure une vingtaine de minutes et a été publiée sur YouTube le 14 janvier 2024. En légende, une mention indique : « vidéo créée à partir d’Arma 3 ». Un jeu vidéo de simulation militaire ultra-réaliste, souvent détourné pour partager de fausses images en temps de guerre.
La chaîne qui la publie, @Arma3USMC, se présente comme une page de « simulation de guerre réaliste en jeu vidéo sur la guerre ». Chaque jour, elle publie des vidéos simulant l’évolution de la guerre au Moyen-Orient ou en Ukraine, en utilisant des images du jeu Arma 3.
Cette pratique, regroupée sous le terme « milsim » pour military simulation, attire l’attention de millions d’internautes. Certains y voient l’occasion de détourner ces contenus à des fins de propagande. Alors comment repérer ces images issues de jeu vidéo ? Nos confrères des Observateurs de France 24 avaient posé la question à Pavel Křižka, représentant de la société Bohemia Interactive qui édite Arma 3.
Diffusion dans les médiasCes images, utilisées à tort pour illustrer les tensions en mer Rouge, ont été diffusées par certains médias internationaux. C’est notamment le cas du Times of India, de plusieurs médias brésiliens et d’agences de presse du monde arabe.
Ces erreurs donnent du crédit aux comptes de propagande pro-Houthis qui ont massivement relayé ces images sur les réseaux sociaux et les plateformes de vidéo, les présentant comme un véritable trophée de guerre. Mais en réalité, aucun navire militaire n’a été touché dans le golfe d’Aden. Toutes les attaques ont été déjouées par les systèmes anti-missiles. La cinquantaine d’incidents enregistrés jusqu’ici concerne des navires commerciaux.
C’est la raison pour laquelle de nombreux armateurs choisissent de dérouter leur flotte. Cette infox vise donc à glorifier l’action des rebelles Houthis et à alimenter les tensions dans une région déjà hautement inflammable.
Au Moyen-Orient, la tension ne redescend pas entre les États-Unis, l’Iran et ses alliés. Après la mort de trois soldats américains dans une attaque de drone attribuée à des groupes pro-Iran, un destroyer américain a abattu trois drones iraniens et un missile balistique dans le golfe d'Aden ce mercredi 31 janvier. Sur les réseaux sociaux, cette situation suscite beaucoup de désinformation, notamment via l'intelligence artificielle, avec comme cible prioritaire le président américain Joe Biden.
Joe Biden a-t-il appelé à la mobilisation générale pour envoyer des Américains se battre en Ukraine et en Iran ? C’est ce qu’affirment à tort, plusieurs internautes sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Pour preuve, ils s’appuient sur une déclaration filmée du président américain. La vidéo dure quarante-quatre secondes. On croit y entendre Joe Biden invoquer le Selective Service Act, une mesure spéciale destinée à grossir les rangs de l’armée américaine en cas d’urgence nationale : « L'occupation illégale de Kiev par Poutine et l'opération terrestre imminente en Iran ont créé une crise de sécurité nationale sur deux fronts qui nécessite plus de troupes que l'armée volontaire ne peut en fournir. Le général Milley, président de l'état-major interarmées, m'a indiqué que la solution recommandée consisterait à invoquer la loi sur le service sélectif, comme je suis habilité à le faire en tant que président. Les premiers à être appelés, dans un ordre déterminé par la loterie nationale, seront les hommes et les femmes dont le 20e anniversaire tombe au cours de l'année civile 2023. »
En réalité, Joe Biden n’a pas prononcé ce discours, ni annoncé la conscription. Cette vidéo est un deep fake, une fabrication numérique. Plusieurs éléments sonores et visuels permettent de s’en rendre compte. À l’image, le mouvement des lèvres et les expressions faciales de Joe Biden ne sont pas raccords avec ce qu’il dit. Côté son, sa voix est relativement bien faite, mais l’enregistrement est de très mauvaise qualité. Une recherche par image inversée permet enfin de retrouver le discours original qui a servi à la manipulation. Un discours sur la réduction des coûts de l’insuline diffusé sur la chaîne YouTube de la Maison blanche en décembre 2021.
Deep fake détournéCe n’est pas la première fois que ce deep fake circule sur la toile. En octobre 2023, au lendemain de l’attaque terroriste du Hamas, cette même infox était apparue en ligne. Nos confrères de Reuters l'avaient alors débunkée. Malgré ça, ce deep fake a fait son retour dans une version légèrement modifiée puisqu'un court extrait de Joe Biden parlant de l’Iran a été ajouté grossièrement entre 0:08 et 0:10. À l’origine, ce deep fake a été créé par les équipes du média américain The Post Millennial en février 2023 pour montrer les pouvoirs de l’intelligence artificielle.
L’IA comme outil de désinformation en contexte électoralL’intelligence artificielle a également été utilisée pour présenter, à tort, Joe Biden en tenue camouflage. Cette semaine, une série de clichés du président américain en uniforme militaire dans un centre de commandement est apparue en ligne. À première vue, ces photos semblent réelles. « Que Dieu nous aide, Joe s’amuse à se déguiser », commente un internaute.
Pourtant, en analysant certains détails et en passant ces clichés au crible de plusieurs détecteurs (AI or not, Hive Moderation, IsitAI), le constat est sans appel. Ces images sont fausses. Elles ont, elles aussi, été générées par l’intelligence artificielle.
Dans un contexte de campagne électorale, ces infox sont diffusées dans le but de présenter Joe Biden comme le candidat va-t-en-guerre, responsable de plusieurs conflits. Avec lui au pouvoir, « la troisième guerre mondiale est inévitable », affirment certains de ses opposants qui n'hésitent pas à manipuler des images pour servir leur narratif.
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Le Parlement russe a adopté mercredi 24 janvier une résolution dénonçant la présence de « mercenaires français » en Ukraine. Ce vote de la Douma fait suite à l’annonce par la Russie d’un bombardement sur Kharkiv qui aurait tué, selon le Kremlin, des dizaines de combattants français dans la nuit de mardi à mercredi 17 janvier. En réalité, la mort annoncée de ces Français en Ukraine s’inscrit dans une vaste attaque informationnelle.
Tout commence le mercredi 17 janvier lorsque le ministère russe de la Défense affirme avoir frappé un immeuble de Kharkiv, dans le nord-est de l’Ukraine, utilisé comme « zone de déploiement temporaire par des mercenaires, dont la plupart étaient des citoyens français ». Moscou évoque alors l’élimination de 60 combattants et 20 blessés. L’ambassadeur de France en Russie, Pierre Lévy, est convoqué dans la foulée par le ministère russe des Affaires étrangères. De son côté, Paris dément formellement l’information.
Quelques jours plus tard, les identités de plusieurs combattants français, présentés comme des mercenaires et qui auraient été tués à Kharkiv, apparaissent sur une chaîne Telegram russophone. Plusieurs listes circulent, dont certaines sont déjà apparues en ligne en 2022. La plus populaire comporte 13 noms, d’hommes âgés entre 24 et 49 ans. Plusieurs médias russes de premier plan, Spoutnik, RT, Ria Novosti, la relaient, en guise de preuve de l’élimination de combattants français.
Sur les réseaux sociaux, des comptes identifiés comme des vecteurs habituels de la propagande pro-russe, participent eux aussi à donner de la visibilité à cette liste.
Pour savoir ce qu’il s’est réellement passé, la cellule Info Vérif de RFI est entrée en contact avec plusieurs membres de cette liste. Deux d’entre eux ont accepté de témoigner. C’est le cas d’Alexis Drion, deuxième nom sur la liste. Pako, de son nom de code, est parti en Ukraine en avril 2023 pour intégrer la compagnie Charly dans le 2e bataillon de la Légion internationale ukrainienne. Son groupe a été déployé sur le front est, dans la région de Donetsk, plus exactement dans la région de Liman et Yampil.
« Le 17 janvier 2024, j'étais bien dans les Pays de la Loire, en France, je ne suis pas mort, je suis bien vivant. Tout va très bien pour moi. Tout le mois de septembre, je ne suis pas reparti en Ukraine. Selon les informations que j'ai eues, aucun Français n'a été ni blessé ni touché par ces frappes. C'est une propagande russe juste pour faire peur ou pour chercher à mettre la France dans le conflit. »
Un autre nom figure sur cette liste, celui de Béranger Minaud. Il est, lui aussi, donné pour mort par la propagande russe. « Je confirme complètement que je n’y étais pas (le jour du bombardement sur Kharkiv, NDLR) tout simplement parce que je suis rentré en France depuis quelques mois. Il y en a d'autres qui sont sur cette liste que je ne connais pas directement, mais avec qui je communique et qui sont bel et bien en vie et qui n'y étaient pas non plus. » Tous les combattants français en Ukraine le répètent, il n’y a aucune preuve que des Français ont été tués ce jour-là.
Volontaires et pas mercenairesContrairement à ce qu'affirme Moscou, les combattants français en Ukraine ne sont pas des mercenaires mais des volontaires. La distinction est fixée par les Conventions de Genève. Le texte précise qu’un mercenaire est un individu engagé dans les combats mais « qui n’est pas membre des forces armées d’une partie au conflit ». Or la Légion internationale ukrainienne, où s'engagent les volontaires du monde entier, est une branche de l’armée régulière. Légalement, rien ne distingue Béranger Minaud d’un militaire ukrainien.
« On a exactement les mêmes statuts, les mêmes avantages et les mêmes inconvénients. Le seul avantage qu’on puisse avoir par rapport à un soldat ukrainien, c'est le fait que l’on puisse rompre notre contrat si on le désire. On combat sous l’uniforme ukrainien avec un contrat ukrainien, une carte d’identité militaire ukrainienne et un numéro fiscal ukrainien. On n'est pas comme Wagner pouvait l’être à l’époque d’Evgueni Prigojine où c’était une entreprise privée qui agissait au compte d’un État. »
L’un des autres critères qui définit un mercenaire, c’est « qu’il prend part aux hostilités essentiellement en vue d’obtenir (...) une rémunération matérielle nettement supérieure à celle qui est promise ou payée à des combattants ayant un rang et une fonction analogues dans les forces armées de cette partie ». Ce qui n’est pas le cas des volontaires de la Légion internationale qui touchent exactement le même salaire que les soldats ukrainiens, décrit Alexis Drion.
« La Légion quand on est sur base, on était payés 20 000 hryvnia, soit entre 390 et 500 euros, nourris et logés. En déploiement, c'est en fonction de la zone où vous allez atterrir et de là où vous dormez. Les primes peuvent varier, mais généralement vous allez être entre 70 000 et 120 000 hryvnia, donc entre 2 000 et 3 000 euros. » Alexis Drion affirme que les volontaires ne s'engagent pas pour l’argent.
« Pour vous dire, je suis rentré au mois de septembre, j'ai reçu la fin de mes salaires au mois de novembre. Et quand je dis enfin la fin de mes paiements, je n'ai pas été remboursé pour tout ce qui a été essence de ma poche, pneu réparé de ma poche pour aller en déploiement, essence, achats de matériel... Nous, ce qu'on dit, c’est que celui qui veut prendre l'argent, il a deux choix. Soit il va dans un club de militaires privés, soit il va dans l'équipe adverse qui est extrêmement bien payée. Moi, dans tous ceux que j'ai pu voir à la Légion internationale, tout le monde est là par idéologie, pour l'Europe. »
Les Français minoritairesCette fausse liste montre la volonté de la Russie d'épingler la présence de combattants français côté ukrainien. Pourtant, les volontaires français se font plutôt rares sur le front, selon Alexis Drion. « Quand je suis arrivé au 2e bataillon, il y avait cinq Français. Ils étaient en déploiement dans le Nord et quand je suis revenu, ils ont coupé leur contrat pour certains, d’autres sont rentrés à la maison, et du coup, j'étais le seul Français pour ce déploiement-là. Des milliers de Français non. Des centaines peut-être, dispersés à droite, à gauche. Après, il y a beaucoup d'allers-retours. Il faut savoir qu’il y a les volontaires de la Légion, les volontaires intégrés dans la défense territoriale ukrainienne et d'autres dans des unités comme le GUR (unité de renseignement, NDLR) ou les troupes de marine. »
Parmi les quelque 20 000 volontaires qui ont intégré la Légion internationale ukrainienne, « les Français sont largement minoritaires, confirme Béranger Minaud. Dans toute la compagnie, on devait être cinq Français. C’est peu. Il y a une grande proportion de Sud-Américains, d’Européens et de Nord-Américains. Les volontaires viennent de partout, de l’Australie au Japon. » À noter d'ailleurs que des citoyens français se sont aussi engagés côté russe.
Le ton monte entre Paris et MoscouCette opération de désinformation russe intervient dans un moment critique des relations entre Paris et Moscou. Quelques heures avant que la Russie n’annonce, à tort, la mort de « mercenaires français », la France officialisait la livraison de 40 missiles Scalp à l’Ukraine. Un timing qui a donc des airs de représailles de la part du Kremlin. Ciblée par cette attaque informationnelle, Paris n’est pas resté sans réponse. « Face à l'intensification de l'aide militaire française à l'Ukraine, nous nous attendons à ce que cette manœuvre d'intoxication russe se poursuive : nous la condamnons et nous renforçons notre dispositif de suivi de ces manipulations », a communiqué le ministère français des Armées ce vendredi 26 janvier.
Des centaines de tracteurs en plein cœur de Berlin. Les images de la mobilisation massive des agriculteurs allemands ont fait le tour du monde. Les manifestants s’opposent à la remise en cause de subventions décidées en décembre par le gouvernement d‘Olaf Scholz. Cette mobilisation, lancée début janvier, agite toujours les réseaux sociaux ces derniers jours. Pour cause, le mouvement de colère a été récupéré par les sphères complotistes et la propagande russe.
L’analyse des hashtags utilisés pour évoquer cette mobilisation sur les réseaux sociaux le montre : les influenceurs adeptes des théories complotistes ont fait de cette mobilisation leur cheval de bataille. Les nombreuses publications qu’ils partagent autour de ce mouvement véhiculent souvent le même narratif, celui d’un soulèvement massif, volontairement invisibilisé dans les médias occidentaux. Une accusation fallacieuse puisque de nombreux médias, dont RFI, ont largement couvert cette mobilisation ces derniers jours.
Alors pourquoi cette communauté adepte des théories complotistes, soutient-elle les agriculteurs allemands ? Cela s’explique par leur volonté de récupérer cette mobilisation et d’en faire un symbole de résistance antisystème, comme ont pu l’être le mouvement contre l’obligation vaccinale du convoi de la liberté, ou encore les gilets jaunes. D’après eux, l’Allemagne ne fait pas face à un mouvement de protestation des agriculteurs mais à une véritable révolte du peuple contre des élites corrompues par la mondialisation.
Le Forum de Davos pris pour cibleCe discours est depuis longtemps au cœur de la pensée complotiste. Il a été particulièrement ravivé ces derniers jours par la tenue du Forum économique mondial de Davos du 15 au 19 janvier 2024. Chaque année, cet événement cristallise les théories complotistes. Certains voient en ce forum un sanctuaire où les dirigeants et les personnalités les plus puissantes se réunissent pour établir un supposé plan d’asservissement des populations.
À en croire plusieurs internautes, Klaus Schwab, le fondateur du forum de Davos et bouc émissaire des théories complotistes, se serait exprimé sur la protestation des agriculteurs allemands. Il aurait déclaré : « Voici comment nous traitons les agriculteurs en colère. Nous provoquons une protestation, les laissons exprimer leur colère pendant quelques jours et nous leur donnons l'illusion d'un grand pouvoir. Ensuite, ils rentreront chez eux et se conformeront à nouveau. Tout est conforme à notre plan, nous pouvons le dire ».
Vérification faite, Klaus Schwab n’a jamais tenu ces propos qui lui sont attribués. Nos recherches en allemand, en anglais et en français n’ont rien donné. Aucun document officiel du Forum de Davos, ni aucune interview dans la presse ne rapporte ces propos. Il s’agit donc d’une manipulation.
La propagande russe s'en mêleDans la lignée des milieux complotistes, la propagande russe s’est elle aussi emparée de la mobilisation des agriculteurs allemands. Une photo est ainsi rapidement devenue populaire sur plusieurs chaînes Telegram russophones. On y voit un tracteur portant une pancarte sur laquelle est inscrit en allemand « Scholz en Sibérie ! Poutine à Berlin ».
Un cliché présenté comme la preuve d’une certaine popularité du président russe et d’un essoufflement du modèle occidental. Mais en réalité, cette photo a été manipulée. Une recherche par image inversée nous a permis de retrouver le cliché original. Il a été publié dans plusieurs médias allemands il y a plus de quatre ans pour illustrer une manifestation d’agriculteurs en 2019.
En zoomant sur la pancarte originale, on remarque aussi que le slogan ne fait pas référence à Vladimir Poutine. Il est écrit « Sans paysans, il n’y a pas de pain ».
La photo a donc été modifiée. Cette technique de désinformation est régulièrement utilisée par la propagande pro-russe lors des manifestations sur le sol européen.
Au Burkina Faso, une rumeur agite particulièrement les réseaux sociaux ces derniers jours. Certains affirment, vidéo à l’appui, qu’un important gisement de pétrole aurait été découvert sur le territoire. Cette nouvelle suscite énormément de réactions et beaucoup d’interrogations dans un pays qui n’est pas connu pour ses réserves naturelles de pétrole. Des soupçons légitimes puisque vérification faite, cette découverte est une infox.
En quelques jours seulement, les images ont fait le tour des réseaux sociaux. Une pelleteuse creuse une tranchée et découvre par hasard un épais liquide noir qui s’échappe de plusieurs endroits du sol. Cette vidéo, devenue virale, est la preuve pour de nombreux internautes qu’un important gisement de pétrole vient d’être découvert au Burkina, à quelques mètres sous terre.
En réalité, ces images n'ont pas été filmées au pays des hommes intègres. Plusieurs recherches d’image inversée nous ont permis de retrouver la vidéo originale. Elle apparaît pour la première fois en ligne sur la page Facebook d’une société de plomberie américaine le 23 décembre 2023. La scène se déroule dans l'État du Minnesota, ce qui explique les quelques mots en anglais audibles dans cette vidéo, vue par plus de 10 millions de personnes en quelques jours.
Non seulement, les images ont été tournées aux États-Unis et non au Burkina Faso, mais en outre cette vidéo ne montre pas la découverte de pétrole. Au plus grand regret des ouvriers américains qui ironisent en légende « nous aurions aimé que ce soit du pétrole ! ». Cette vidéo montre en effet une de leurs travaux de remplacement d’un égout bouché par des racines d’arbres.
Nous avons également fait analyser ces images par un ingénieur spécialiste des infrastructures pétrolières. Son constat est sans appel : les images ne montre pas une résurgence naturelle de pétrole. Dans la vidéo, les flaques noires apparaissent à trois endroits différents, sur une même ligne et sous forme de petits geysers. S'il s'agissait d'une remontée naturelle, « le pétrole aurait progressivement imbibé la terre », explique l’expert. Il conclut qu’il « n’existe pas de gisement de pétrole à 2 mètres de profondeur ».
Amplification artificielle et récupération politiqueD’après nos recherches, la circulation de cette fausse information a été amplifiée artificiellement à des fins de récupération politique. La vidéo a notamment été massivement partagée par des comptes de propagande à la gloire du leader burkinabé Ibrahim Traoré. Sur TikTok, ces profils diffusent des montages mixant les images de cette fausse découverte de pétrole et des extraits de discours du chef de la junte.
D’autres internautes ajoutent également des voix artificielles en surimpression. Une manière peu coûteuse et anonyme permettant de maximiser l’audience, procédé très utilisée par certains désinformateurs.
L’un de ces montages cumule par exemple à lui seul plus de 4 millions de vues, rien que sur Tik Tok. Ce qui n’empêche pas de nombreux internautes burkinabè de pointer en commentaires les incohérences de ces vidéos.
Discours anti-occidentalCertains comptes instrumentalisent également cette infox pour s’attaquer aux Occidentaux et à la France : « Cette découverte explique pourquoi la France et les Occidentaux ne voulaient pas quitter le Burkina Faso », « Joe Biden va bien trouver un prétexte pour imposer de l'ingérence américaine au Burkina Faso afin de piller le pétrole », « J'annonce dans quelques jours que l'Europe va aller piller le Burkina Faso sous prétexte qu'il y aura des terroristes de Daech caché là-bas et quand ils seront partis, car il n'y a personne, bah, il n'y aura plus de pétrole non plus étrangement ».
De nombreux messages de ce genre accompagnent cette vidéo détournée. Quels que soient les montages, les mêmes éléments de langage sont utilisés. Un narratif anti-occidental véhiculé massivement par des influenceurs et de nombreux faux comptes sur les réseaux sociaux.
En République démocratique du Congo (RDC), l’opposition maintient la pression après la réélection annoncée de Félix Tshisekedi, dimanche 31 décembre. Les chiffres provisoires de la commission électorale le créditent de 73% des voix, loin devant ses concurrents qui dénoncent des irrégularités et contestent sa victoire. Aujourd’hui, ce scrutin agite encore les réseaux sociaux en RDC. Un contexte tendu, particulièrement propice aux fausses informations.
Vidéos sorties de leur contexte, images manipulées, citations fabriquées, plusieurs jours après le scrutin, des auditeurs continuent à nous faire remonter quotidiennement de nouvelles fausses informations autour de cette élection. Certaines sont devenues très populaires sur les réseaux sociaux et se répandent sur les groupes WhatsApp. Parmi les derniers exemples en date figure une vidéo dans laquelle apparaît Joseph Kabila. Les internautes qui la partagent prétendent qu’elle montre l’ancien président en train de féliciter Félix Tshisekedi pour sa réélection. Cet extrait d’une trentaine de secondes, estampillé avec le logo de la télévision nationale congolaise, a été vu plusieurs dizaines de milliers de fois sur X, Facebook ou encore TikTok.
En réalité, cette vidéo n’a rien à voir avec la réélection de Félix Tshisekedi annoncée ce dimanche 31 décembre. Grâce à une recherche d’image inversée, on sait que cette déclaration de Joseph Kabila est sortie de son contexte. La vidéo originale a été publiée par l’Agence France-Presse le 24 janvier 2019. L’ancien président adressait alors ses félicitations à Félix Tshisekedi pour son élection en 2019 et non pour sa réélection.
Au moment de la rédaction de cet article, Joseph Kabila ne s’est pas exprimé personnellement sur cette réélection de Félix Tshisekedi, à l’inverse de son parti. Le FCC, volontairement absent de toutes les listes électorales, a rejeté les résultats demandant la tenue d’un nouveau scrutin.
Les États-Unis ont-ils rejeté les élections ?Autre infox tenace qui circule sur les réseaux sociaux, les États-Unis auraient « rejeté la victoire de Tshisekedi ». C’est ce qu’avancent de nombreux internautes, dont plusieurs journalistes congolais ces derniers jours. Selon eux, les États-Unis auraient refusé « de valider la réélection de Félix Tshisekedi suite à la violation de la loi électorale et la fraude planifiée et exécutée ».
Vérification faite, aucune communication de la part des autorités américaines ne va dans ce sens. Dans un communiqué publié sur leur site internet, l’ambassade des États-Unis en RDC déclare « prendre note des résultats provisoires ». Pour l’heure, elle appelle les autorités à enquêter « de manière équitable et transparente sur toutes les préoccupations exprimées concernant le non-respect des procédures du code électoral et les allégations de fraude et de violence », mais ne rejette à aucun moment la réélection de Félix Tshisekedi.
Fausse citationToujours pour accréditer ce narratif des États-Unis qui auraient « rejeté la victoire de Tshisekedi », certains internautes partagent de fausses citations, attribuées à tort, à des médias réputés. « Selon le New York Times, les élections organisées en RDC sont les plus ridicules et les plus honteuses de l'histoire des démocraties. Raison pour laquelle Biden ne félicitera pas Tshisekedi. » Voilà ce qu’affirme par exemple un tweet partagé plus d’une centaine de fois ces derniers jours sur X, anciennement Twitter. Là encore, c’est faux. Nous n’avons retrouvé aucune trace d’une telle déclaration dans les colonnes du quotidien new-yorkais.
Après 84 jours de guerre, l’armée israélienne poursuit son opération militaire dans la bande de Gaza, malgré les appels au cessez-le-feu. Selon le Hamas, plus de 21 000 Palestiniens sont morts depuis le début de l’offensive. Côté israélien, 167 soldats ont perdu la vie. Sur les réseaux sociaux, plusieurs infox circulent autour de la présence de militaires étrangers en soutien à l’armée israélienne. L'une d'elles avance, à tort, qu’un haut-gradé britannique aurait été tué par le Hamas.
À en croire les publications de centaines d’internautes sur les réseaux sociaux, un général nommé « Hambrick Thomas » aurait été tué récemment dans la bande de Gaza. Ce commandant d’un certain « bataillon Panther » aurait perdu la vie « suite au bombardement d'une maison dans laquelle il était enfermé avec un groupe de membres de son bataillon ». Une fausse information devenue virale ces derniers jours, toujours accompagnée d’une photo vue plusieurs centaines de milliers de fois. On y voit un militaire debout, arme à la main, présenté comme le général britannique « Hambrick Thomas ».
En réalité, cette photo est sortie de contexte. Grâce à une recherche d’image inversée, nous avons retrouvé cette même photo publiée dans la presse anglaise en février 2021. On y apprend alors que l’homme photographié est Patrick Sanders, l’actuel chef d'état-major de l'armée britannique. Aujourd’hui, absolument rien n’indique que le général de 57 ans s’est rendu dans la bande de Gaza, ni qu’il aurait été tué dans un bombardement du Hamas.
Hambrick Thomas, le général fantômeSi le chef de l’armée britannique n’a pas été tué, qu’en est-il de ce général « Hambrick Thomas » présenté comme mort par de nombreux internautes ? Vérification faîte, cette affirmation est également fausse. Ce prétendu général britannique n’apparaît nulle part dans nos recherches en ligne, que ce soit dans les registres de l’armée britannique ou bien sur les réseaux sociaux. Certains internautes vont même jusqu’à affirmer que la « communauté internationale a exprimé ses profondes condoléances pour la perte d’Hambrick Thomas ». Des condoléances également introuvables et totalement inventées.
Le constat est le même pour ce supposé « bataillon Panther » cité par les internautes. Il n’existe aucune trace de ce bataillon dans les forces britanniques, tout comme de la présence de soldats anglais dans la bande de Gaza. Début décembre, le ministère de la Défense britannique à annoncé la mise en place de vols de surveillance au-dessus d’Israël et de Gaza, précisant que « les avions de surveillance ne seront pas armés, n’auront pas de rôle de combat et seront uniquement chargés de localiser les otages ». Cependant, aucun déploiement n’est prévu jusqu’ici sur le terrain. Cette histoire d’un général britannique tué avec son bataillon a donc été entièrement fabriquée.
Plus d'un million de vuesD’après nos recherches, cette infox apparaît pour la première fois le 26 décembre 2023 sur une chaîne Telegram palestinienne, dédiée aux informations en Cisjordanie et ouvertement pro-Hamas.
Le message, en arabe, se répand ensuite sur X (ex-Twitter), Facebook et Instagram dans différentes langues, avant de se retrouver dans plusieurs médias en ligne. Toutes plateformes confondues, cette fausse information a touché plus d’un million d'internautes en moins de trois jours.
Ce type d’infox n’est pas nouveau et a déjà ciblé d’autres conflits. Au début de la guerre en Ukraine par exemple, certains affirmaient qu’un haut gradé américain avait été fait prisonnier par les Russes. Une fois encore, il s'agissait d’une infox.
Les États-Unis se préparent à prendre la tête d’une coalition navale destinée à lutter contre les attaques en mer rouge. Pour leur part, les Houthis, soutenus par l'Iran, se disent déterminés à poursuivre leurs attaques. « Même si l'Amérique mobilise le monde entier, nos opérations militaires ne s'arrêteront pas » assurent les rebelles yéménites, via le réseau « X ». Sur les réseaux sociaux, des post trompeurs et des vidéos de propagande alimentent la montée des tensions.
Une vidéo impressionnante circule depuis quelques jours sur les réseaux. Elle a été reprise par de nombreux comptes « X » anciennement Twitter, et sur TikTok. On y voit une trentaine de navires de guerre alignés derrière un porte-avions américain. La tonalité des post est souvent la même, et prend la forme d’une mise en garde qui pourrait se traduire ainsi : « L’armada occidentale arrive, les Houthis devront en assumer les conséquences ». Cette vidéo qui fait étalage de toute la puissance américaine a été vue près d’un million de fois. Problème : jamais des bâtiments de guerre navigueraient aussi proches, les uns derrières les autres et de manière aussi visible, dans un contexte aussi tendu. Après vérifications, ces images ont été prises durant une parade navale. Plus précisément, après une recherche par image inversée, il apparaît qu’elles proviennent d’une séance photo clôturant les grands exercices militaires interalliés dans le Pacifique : exercices RIMPAC. Ces images n’ont donc rien à voir avec la situation actuelle dans le golfe d'Aden et en mer Rouge.
Une bataille navale sur les réseauxAu moment où nous mettons en ligne cet article, il faut rappeler qu’effectivement un bateau de commerce a été attaqué par des drones et des missiles, mais c'est un chimiquier norvégien : le « Strinda ».
Pour leur part, les marines française et américaine ont réalisé des interceptions de drones Des incidents mineurs sont signalés chaque jour, mais à ce stade aucun navire de guerre n’a été touché et aucun pétrolier n'a été perdu.
Des vidéos circulent, censées montrer des navires américains frappés par des missiles houthisLa cellule Info-Vérif de RFI a passé trois de ces vidéos en revue. La première est relayée par des comptes proches de l’Iran et de leurs alliés houthis, et voudrait faire croire à la destruction d’un croiseur américain près du port de Berbera en Somalie, alors que c’est un exercice anti-navire en Norvège en 2013.
Deux autres extraits vidéos se retrouvent dans des films de propagande sur les forces navales yéménites : L’une montre une attaque suicide contre la frégate saoudienne Al Madina, mais elle date de 2017 et l’autre un tir contre une frégate américaine de la classe « Perry », mais c’est là encore lors d’un exercice avec des munitions réelles (SINKEX) en 2022 dans le Pacifique.
Agitations sur les réseaux et répercussions dans le monde réelOn pourrait parler des gesticulations sur fond de menace bien réelle. En tout cas, les primes d’assurances pour les bateaux souhaitant transiter par le détroit de Bab-el-Mandeb flambent, les cours du baril augmentent également même si pour l’heure les experts estiment qu’il n’y a pas de risques de pénuries.
À écouter aussiCanal de Suez / corne de l'Afrique : enjeux stratégiques majeurs
Un rapport de Microsoft vient de mettre au jour une nouvelle campagne de manipulation informationnelle pro-russe. Plusieurs célébrités américaines ont été manipulées ces derniers mois dans une vaste opération de dénigrement de l’Ukraine. Des vidéos de stars, acteurs, chanteurs, sportifs, ont ainsi été détournées sur les réseaux sociaux pour s’attaquer au président Volodymyr Zelensky.
L’histoire commence au mois de juillet 2023. Plusieurs vidéos de stars américaines, comme les acteurs Elijah Wood, Dean Norris ou encore le boxeur Mike Tyson, font leur apparition sur les réseaux sociaux. Dans chacune d’elles, la personnalité en question se filme et s’exprime face caméra durant quelques minutes. On l’entend alors conseiller à un certain « Vladimir » de se faire soigner pour ses addictions aux drogues.
Des émojis de drapeaux ukrainiens, la mention Volodymyr Zelensky ou encore un lien vers une fondation de lutte contre la toxicomanie sont apposés sur ces images. Ces éléments visuels servent à faire croire aux internautes que ces stars parlent en fait du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, le présentant comme un toxicomane.
Manipulation de masseEn réalité, ces stars se sont fait manipuler via le site internet Caméo. Cette plateforme en ligne permet de commander des vidéos personnalisées à des célébrités contre rémunération. Il est par exemple possible de demander à Roger Milla, Lindsay Lohan ou Chuck Norris de vous souhaiter un joyeux Noël pour quelques centaines d’euros. Dans le cas de cette opération informationnelle, au moins sept célébrités américaines ont été payées pour enregistrer ce message de soutien à ce « Vladimir ». Un message suffisamment vague pour ne pas éveiller leurs soupçons. Ces vidéos issues de Caméo ont été visuellement modifiées pour les faire passer pour des stories Instagram, présentées ensuite comme des preuves de la supposée toxicomanie de Volodymyr Zelensky. Ce narratif d’un président ukrainien cocaïnomane est véhiculé en masse par la propagande russe depuis le début de l’invasion de l’Ukraine.
Entités « alignées sur la Russie »Les experts de Microsoft attribuent cette campagne de manipulation à des entités « alignées sur la Russie ». Une analyse qui correspond à ce que la cellule Info Vérif de RFI a pu observer sur les réseaux sociaux en traquant ces vidéos et en examinant les comptes qui les ont partagées. Une fois relayées sur les réseaux sociaux, certaines de ces déclarations détournées ont été reprises à l’identique dans les médias russes, et notamment par Ria Novosti, l’agence de presse sous la tutelle du Kremlin.
L’ombre d’Evgueni PrigojineCe mode opératoire a déjà été mis en place par la propagande du Kremlin dans le passé. D’après le chercheur spécialiste de l’influence russe, Colin Gérard, le premier recours documenté à ce procédé est directement attribué à la galaxie d’Evgueni Prigojine. Les services de l’ancien patron du groupe Wagner avaient déjà détourné des vidéos obtenues via Caméo en 2020. Le but était notamment de militer pour la libération de l’un de ses idéologues, Maxsim Chougaleï, alors détenu en Libye. Cette fois aussi, plusieurs personnalités s’étaient fait manipuler à l’instar de Charlie Sheen et Vinnie Jones.
Cette campagne de désinformation semble aujourd’hui se poursuivre sous une forme différente. Ces dernières semaines, de fausses citations de stars, comme Taylor Swift, Will Smith, ou Vincent Cassel sont apparues en ligne, dans différentes langues. Ces faux messages appellent tous à arrêter le soutien à l’Ukraine. Rien que sur Facebook, cette opération a touché plus de 7 millions d’utilisateurs d’après une analyse des publicités sur la plateforme consultée par Wired.
La propagande russe semble donc vouloir continuer à miser sur la manipulation de la notoriété des stars pour tromper les internautes avec l'objectif d’affaiblir le soutien occidental à l’Ukraine.
From the publisher's feed
Info ou intox ? Chaque semaine, RFI épingle une de ces tentatives de manipulation de l’information, pour en expliquer les ressorts. Vous souhaitez que «Les dessous de l'infox» vérifie la véracité…

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