Les dessous de l'infox, la chronique

Les dessous de l'infox, la chronique

By RFI
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Les dessous de l'infox, la chronique episodes

  • Des contenus alarmistes sur l’imminence d’une guerre nucléaire apparaissent sur les réseaux sociaux

    L’embrasement du Proche-Orient alimente des publications apocalyptiques. Certaines théories sont farfelues, mais d’autres, plus ambiguës, s’appuient sur des événements récents pour susciter la peur et alimenter les tensions. Des images montrant le transport de bombes atomiques factices sur une base américaine ont été vues des millions de fois. Différents comptes s’en servent pour soutenir l’idée qu'une guerre nucléaire est toute proche. Une vidéo sortie de son contexte.

    Les images sont impressionnantes. Un convoi de véhicules militaires lourdement chargés de missiles croisières passent devant un alignement de bombardiers stratégiques américains. Les mécaniciens accrochent ensuite cet armement sous les ailes d’un B-52.

    La vidéo a fait le tour des réseaux, accompagnée de commentaires comme « Alerte 3e guerre mondiale, les tensions au Moyen-Orient s’intensifient, les B52 sont chargés d’ogives nucléaires  ». Sur YouTube, un autre compte veut laisser croire que ces bombardiers « arrivent en Ukraine ». Sur un troisième, d’origine turque, ces mêmes images ont été vues plus d’un million de fois. On peut y lire que « les bombardiers américains se sont posés sur la base de l’Otan d’Incirlik » dans le sud du pays. Mais toutes ces publications sont trompeuses.

     

     

    Une scène filmée aux États-Unis 

    La cellule Info vérif de RFI est parvenue à géolocaliser cette vidéo. Ce qui nous a mis sur la piste, c'est le code inscrit sur la queue des bombardiers. Sur certains, on peut lire « MT ». C'est le tail code : l'immatriculation pour Minot Air Force Base dans le Dakota du Nord. Il s’agit d’une base stratégique américaine, c'est-à-dire une base de bombardiers nucléaires. Après recoupements, en nous appuyant sur des images satellites grand public, nous avons déterminé précisément l’endroit où cette vidéo a été tournée. On retrouve en effet les murs d’enceinte ocre, le positionnement des éclairages et les avions stationnés sur le parking.

    Un exercice régulier 

    Après vérifications, la vidéo remonte au 4 avril dernier. Nous l’avons retrouvée sur le site internet de l’agence de presse vidéo de la Défense américaine. Dix jours donc avant les frappes iraniennes sur Israël. Cela ne peut donc pas constituer une réponse américaine aux tirs de drones et de missiles iraniens puisque la vidéo est antérieure à cet événement. En fait, il s’agit des images d’un exercice destiné à entrainer les armuriers de l'US Air Force avec des munitions factices. Si l'on remonte dans les archives du Strategic Command, (le commandement de la dissuasion nucléaire aux États-Unis), on constate que des exercices identiques ont déjà été conduits en 2023 et 2022 et même auparavant…

    Ambiguïtés 

    Comment souvent les auteurs d’infox mélangent le vrai et le faux et jouent sur les peurs du public. Dans un contexte de tensions persistantes, pour l’armée américaine, diffuser de telles images, c'est évidemment envoyer un message sur sa capacité de riposte ou d’intervention à l’échelle globale. Les missiles sur la vidéo représentent des engins (AGM-86)  nucléaires ou conventionnels en fonction de leurs versions. Pour schématiser, ils ont la même forme, mais leur emploi n’est pas le même. Enfin, ceux qui apparaissent sur le film sont factices. Les manipulations avec de vraies armes nucléaires restent secrètes pour des raisons de sécurité opérationnelle. 

    Les comptes pourvoyeurs de fausses informations parient sur le manque de connaissances ou de discernement du public pour faire passer leurs messages anxiogènes. Le concept de la dissuasion atomique répond en réalité à des codes précis sur la doctrine d’emploi, mais aussi sur la communication vers le public ou l’adversaire.  

    Rassurer les alliés

    Le bombardier B-52 conçu durant la guerre froide, renvoie au traumatisme du Vietnam, mais est aujourd’hui encore un symbole de la puissance américaine. Des démonstrations de force de bombardiers américains dans le voisinage de l’Ukraine, dans le cadre des mesures de réassurance de l’Otan en Baltique et en Europe centrale, sont fréquentes. Contrairement à ce qu’écrivent les auteurs de contenus trompeurs, ces avions ne se posent pas en Ukraine pour aller bombarder les soldats russes.

    Enfin, il y avait le 15 avril, des bombardiers américains de passage à Incirlik en Turquie, mais il s’agissait de B-1, et non de B-52 comme le suggèrent les post cités plus haut. Leurs auteurs ont simplement superposé des affirmations erronées sur une vidéo sortie de son contexte. Ajoutons que techniquement, le B-1B est désormais dépourvu de capacité nucléaire. Toutes ces informations sont accessibles au plus grand nombre. Elles permettent d’y voir clair dans le brouillard de la désinformation, à condition de ne pas se laisser submerger par les émotions. 

    4 min
  • Non, une Ukrainienne n’a pas gagné le «championnat du monde de sexe»

    La nouvelle a fait le tour des réseaux sociaux cette semaine. Une jeune femme ukrainienne aurait remporté « le championnat du monde de sexe » en Espagne, fin mars. Alertée par un auditeur congolais, la cellule Info Vérif a vérifié cette information devenue virale. En réalité, l’événement n’a rien d’officiel et la gagnante n’est pas ukrainienne. Il s’agit là d'une nouvelle infox poussée par la propagande russe dans le but de dépeindre une Ukraine décadente.

    Une Ukrainienne a-t-elle récemment remporté le « championnat du monde de sexe » ? C’est ce qu’avancent, à tort, des milliers d’internautes ces derniers jours. La même photo, vue des millions de fois, accompagne chacune de ces publications. On y voit une jeune femme blonde, tout sourire, prenant la pose avec son attestation de gagnante du championnat du monde de sexe 2024. Nausi Love, de son som de scène, tient un drapeau aux couleurs bleu et jaune sur ses épaules. Ceux qui partagent ce cliché affirment que Nausi Love s'appellerait « Olesia Prikhodko », et qu'elle serait originaire d’Ukraine. « L'Ukrainienne a réussi à satisfaire 210 hommes (...) et la guerre dans tout ça », s'indigne un internaute dans un tweet cumulant plus de 512 000 vues, « la déprave de l'Ukraine », commente un autre.

    Sauf qu’en réalité, Nausi Love n’est pas ukrainienne. Cette travailleuse du sexe de 26 ans, que nous avons contactée, nous a confirmé qu’elle était est Suédoise. « Je m'appelle Nausi Love. Récemment, sur Twitter, Telegram et d'autres sites, il y a eu beaucoup de messages disant que je suis Ukrainienne, et que je m'appelle Olesia Prikhodko.Tout ça est faux. Je suis uniquement Suédoise ».

    La photo sur laquelle elle tient son drapeau a été volontairement recadrée, de sorte que le drapeau suédois qu’elle porte ressemble au drapeau ukrainien, lui aussi jaune et bleu.

    Sur le fond aussi, il y a du faux. Certains affirment que Nausi Love aurait « couché avec 210 hommes pour remporter le concours », un chiffre totalement inventé. « On a aussi prétendu que mon mari se battait sur le front en Ukraine, ou encore que j'étais Russe, ce qui n'est pas le cas », ajoute Nausi Love qui a découvert cette infox en se réveillant et en voyant son compte Telegram « rempli de messages en provenance de Russie et d'Ukraine ».

    Un championnat du monde de sexe ?

    Existe-t-il vraiment un championnat du monde de sexe ? Présenté comme un concours officiel et reconnu par certains médias et internautes, le sujet suscite de nombreuses interrogations sur les réseaux sociaux. En réalité, il n’y a pas de championnat officiel. Le sexe n’est pas reconnu comme une pratique sportive en Suède ou ailleurs. Cet événement a été organisé par une entité privée se présentant comme « la Fédération suédoise du sexe ».

    Un nom volontairement trompeur puisque cette organisation n’est pas reconnue par la Confédération nationale du sport suédois, ni d’autres pays. Ce concours est une initiative privée lancée par un Suédois. L’édition 2024 a rassemblé en Espagne une dizaine d’acteurs X et de travailleurs du sexe venus « d’un peu partout, des États-Unis, de Colombie, d’Iran, de Suède, mais pas d’Ukraine », explique Nausi Love.

    Présenter l’Ukraine comme un pays décadent

    D’après nos recherches, cette fausse information a d’abord été publiée par des internautes russophones sur Telegram et VKontatke. Parmi eux, on retrouve de nombreux comptes identifiés comme des vecteurs importants de la propagande russe. C’est le cas d’Olga Skabeyeva, journaliste russe, véritable star des médias officiels du Kremlin.

    La rumeur est ensuite devenue virale sur X (anciennement Twitter) et Facebook, avant de se retrouver dans différents médias, notamment africains, du Togo, de Côte d'Ivoire, du Bénin ou encore du Sénégal. Ce qui a poussé l’un de nos auditeurs à nous alerter pour démêler le vrai du faux.

    L’objectif initial de cette infox, repartagée par certains uniquement pour faire du clic, est de présenter l’Ukraine et plus globalement l’Occident comme décadent. Ce narratif est omniprésent dans le discours officiel russe depuis le début de la guerre en Ukraine. Il y a quelques mois, la propagande russe avait affirmé qu’une actrice porno ukrainienne était candidate à l’élection présidentielle de son pays, mais là encore, c’était une infox.

    3 min
  • Comment une tempête de sable du Sahara génère un brouillard d’infox

    Une partie de l’Europe va être de nouveau confrontée ce week-end au passage d’un nuage de poussière venant du Sahara. Il va se répandre dans le Sud de l’Espagne puis en France. Ces phénomènes sont naturels, mais il n’en faut pas plus pour alimenter des théories complotistes sur les réseaux sociaux, laissant penser que ces nuages sont créés de toutes pièces et sont constitués de produits chimiques destinés à empoisonner la population. Des thèses battues en brèche par les scientifiques.

    En Afrique saharienne, au Sahel et au Maghreb, les tempêtes de poussières sont bien connues des populations, mais quand le sable du Sahara arrive en Europe ou en Amérique, des thèses farfelues refont surface sur les réseaux sociaux. Lors du passage sur l’Europe d’un premier nuage, fin mars, on a pu lire sur X  (anciennement Twitter) des commentaires venant de la famille complotiste des adeptes de la théorie des « ChemTrails », selon laquelle des nuages toxiques sont secrètement fabriqués par le gouvernement américain pour provoquer des famines ou masquer le réchauffement climatique. Un narratif apparu dès les années 60, une théorie fumeuse reprise et adaptée au fil du temps.

    Phénomènes naturels

    Ces théories relayées par certains comptes sont totalement fausses : ces   tempêtes de sable sont des phénomènes naturels, comme l’explique Vincent Guidard, chercheur à Météo-France : « Tout commence sur des espaces de désert, en l’occurrence le Sahara. Quand les conditions météos sont réunies, le vent peut soulever le sable, qui retombe sur le sol et se fracture en plus petits morceaux, ensuite emportés par le flux jusqu’à 3, 5, 7 kilomètres d’altitude dans l’atmosphère. À cette altitude, les poussières sont transportées à travers l’Atlantique, ou vers l’Europe, en fonction de la situation météo (…)  On est dans la saison ou ces épisodes de poussières désertiques peuvent arriver sur l’Europe, et ce sont donc des choses qui arrivent régulièrement tous les ans, mais pas toujours avec le même nombre d’épisodes, et pas toujours avec la même intensité ».

    La parole des scientifiques, pas plus que celle des défenseurs de l’environnement, ne semble convaincre les sympathisants de ces théories du complot. Certains adeptes vont plus loin, en se basant sur des graphiques truqués ou documents sortis de leur contexte, afin d'affirmer que ces nuages contiennent des composés chimiques dangereux pulvérisés intentionnellement.

    Sphère complotiste

    Sur les réseaux sociaux, un long article refait surface régulièrement. Un contenu en ligne, datant de 2022, publié sur le site internet tchèque Aeronet (AENews) qui n’est autre qu’un vecteur de la propagande russe considéré depuis longtemps par les autorités de Prague comme un site de désinformation. L’article a été reproduit le 2 avril et vu plus de 300 000 fois sur un seul compte X. Il est calqué mot pour mot sur la théorie complotiste des « Chem-Trail » assurant que du nickel, du baryum, et de l’aluminium et d'autres métaux sont retrouvés dans des proportions alarmantes dans les nuages empêchant, la lumière de passer et fragilisant les êtres vivants sur terre. Bien sûr, il n’en est rien.

    En France, l’Institut national de l’environnement industriel et des risques, qui analyse scientifiquement la composition de ces nuages de poussière n'évoque que des traces de substances, présentes à l'état naturel.

    Olivier Favez, chercheur à l’Ineris, explique : « Tout dépend du lieu, et de la saison, les particules sont un mélange très complexe avec une grande diversité de sources et des mécanismes de formation ou de transformation dans l’atmosphère. Quand on parle de particules fines – celles qu’il faut surveiller dans le cadre de veille sanitaire – on parle de PM10 ou PM2.5 donc des particules qui ont un diamètre inférieur à 10 ou 2,5 micromètres.  Un micromètre, c'est un millième de millimètre. Évidement, tout cela n’est pas visible à l’œil nu (…) La coloration rouge orangé du ciel, vient des oxydes de fer présents dans les poussières. Ils absorbent la lumière dans une certaine longueur d’onde, cela explique cette couleur particulière ».  

    Le scientifique de l’Ineris, que nous avons consulté, poursuit : « Dans les nuages de poussières, on va retrouver essentiellement des espèces carbonées émises par les activités humaines, issues de la combustion par exemple, (carbone suie / Black Carbon) (…) on va retrouver des sels, comme le nitrate d’ammonium, le plus souvent au printemps (…)  Enfin, on va retrouver dans une fraction un peu plus grossière des particules naturelles comme des sels marins (sodium-chlore) et puis des poussières minérales qui proviennent de l’érosion des sols. Si on s’intéresse essentiellement aux poussières sahariennes, nous allons retrouver du quartz, (silice) des aluminosilicates, donc avec de l’aluminium, et puis de la calcique, donc du calcium, du magnésium et des carbonates ».

    Radioactivité naturelle

    Concernant la présence d’éléments radioactifs — souvent brandie par les complotistes pour susciter la peur – il ajoute :  « C’est vrai qu’on va trouver ce genre de substances en concentrations dites traces ».   En chimie analytique, une trace désigne un produit présent en très faible quantité, donc très loin des prétendus dépassements de normes monumentaux que l’on retrouve systématiquement sur les sites complotistes. Olivier Favez précise : « Ce sont des substances naturelles, donc dans les particules de sable, on va retrouver la même chose que ce qu’il y avait dans la roche initiale au Sahara. Par exemple, si c’était un granite – comme on peut retrouver en Bretagne qui présente un sol radioactif naturel -, on va aussi retrouver ces éléments dans ces petites particules, mais je le répète, il s’agit d’éléments d’origine naturelle ».

    Dans la majorité des cas d’infox, visant des phénomènes naturels, explicables, et étudiés, on se retrouve confrontés à des déformations de données scientifiques, et à la production d’analyses trompeuses afin de contribuer à la création d’un climat anxiogène et d'alimenter des théories conspirationnistes. Le passage du nuage de sable du Sahara en est un exemple.

    Cet épisode météo est l'occasion de rappeler que la France est dotée d'une réglementation précise sur la surveillance de la qualité de l'air, puisqu'il existe des effets sanitaires avérés des polluants atmosphériques sur les personnes les plus fragiles. Un travail de prévention des risques conduit par la communauté scientifique au profit de la santé publique. 

    4 min
  • De fausses couvertures de journaux alimentent le narratif des punaises de lit

    Rien n’est exclu pour empêcher la Russie de gagner la guerre en Ukraine, pas même l’envoi de troupes au sol. Depuis qu’Emmanuel Macron a tenu cette position fin février, il est devenu une cible de choix de la propagande pro-russe. Ces dernières semaines, plusieurs fausses Unes de journaux caricaturant le président français sont apparues sur les réseaux sociaux. Cette campagne de désinformation s’appuie sur différents médias européens.

    Emmanuel Macron a-t-il été caricaturé à la Une de Charlie Hebdo dans l’édition du 20 mars 2024 ? C’est ce que prétendent, à tort, plusieurs internautes sur les réseaux sociaux, images à l'appui. On y voit Emmanuel Macron dessiné, torse nu, drapeau français à la main, partant à l’assaut avec une armée de punaises de lit, fusils vers le ciel. Une référence directe au célèbre tableau La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix. Sous cette caricature, il est écrit « seuls ceux qui vivent bien sous Macron suivront Macron en Ukraine », à savoir « les punaises de lit », ajoute un commentaire russophone en légende.

    En réalité, ce dessin n’a jamais été publié à la Une de Charlie Hebdo. En se rendant sur le site officiel de l’hebdomadaire satirique français, on retrouve la couverture originale du 20 mars 2024. Elle est dédiée non pas à Emmanuel Macron, mais à Vladimir Poutine et au Rassemblement national. Autres éléments de vérification sur cette Une manipulée, le positionnement du code barre, le numéro d’identification du journal et les titres des articles ne correspondent pas au journal officiel.

    La propagande russe en action

    D’après nos recherches, cette infox apparaît pour la première fois sur la chaîne Telegram d’un influenceur ukrainien pro-russe, suivi par plus de 417 000 personnes. Ce n’est pas la première fois que ce compte partage en premier des fausses Unes qui sont ensuite relayées en masse par les traditionnels canaux de propagande pro-russe.

    Ces relais de diffusion ont également récemment publié une autre fausse couverture avec Emmanuel Macron. Cette fois, c’est l’identité du magazine turc, Leman qui est usurpée. On y voit Emmanuel Macron, en studio, avant une interview télévisée, pendant que des punaises de lit lui apportent du café et préparent le matériel vidéo.

    Cette caricature, publiée un jour après l’intervention du chef de l’État sur France 2, est baptisée « le président des insectes s'est exprimé ». Une nouvelle fois, la couverture authentique du magazine disponible sur le site internet de Leman ne fait pas référence à Emmanuel Macron.

    Le narratif des punaises de lit

    Pour comprendre cette référence constante aux punaises de lit dans la propagande russe, il faut remonter en fin d’année dernière quand la psychose autour des punaises de lit a envahi le débat public en France. Le gouvernement affirme aujourd’hui que cette paranoïa a été « artificiellement amplifiée » par des « comptes liés au Kremlin ». Depuis, la propagande russe continue de véhiculer ce narratif pour dénigrer la France. Les fausses Unes de journaux sont un support parmi d’autres pour pousser ce récit. Des montages photos avec des punaises de lit envahissant Paris circulent d’ailleurs sur les réseaux sociaux ces dernières semaines, jusqu’ici à bas bruits.

    Cela montre que ce levier de désinformation risque aussi d’être activé pendant les Jeux olympiques. Une période fortement exposée aux attaques informationnelles, venues de Russie et d’ailleurs.

    À écouter aussiStop fake, une décennie de résistance à la désinformation russe en Ukraine

    4 min
  • Afrique du Sud: un deep-fake de Donald Trump s’invite dans la campagne électorale

    En Afrique du Sud, la prolifération des fausses informations suscite des inquiétudes à l’approche des élections du 29 mai. Un scrutin crucial alors que le Congrès national africain (ANC) pourrait perdre sa majorité. Le 9 mars dernier, une vidéo a fait couler beaucoup d’encre. On y voyait l’ancien président américain Donald Trump appeler à voter pour un nouveau parti d’opposition rejoint par l’ancien président Jacob Zuma. En réalité, la vidéo a été créée par un outil d’intelligence artificielle.

    Lors des élections générales, les Sud-Africains votent pour un parti et non pour un candidat à la présidence. Les partis se voient ensuite attribuer des sièges au Parlement, qui en compte 400, en fonction de leur part de voix, et les députés élisent le Président. Le pays est actuellement en campagne électorale et comme l’Afrique du Sud compte plus de 45 millions d’internautes actifs, la bataille se joue bien sûr aussi sur les réseaux sociaux. C’est dans ce contexte qu’est apparue cette vidéo trompeuse de Donald Trump.

    Un court extrait au format Tik-Tok 

    La vidéo n’a pas été postée n’importe où. Elle figure toujours, à la date du 9 mars, sur le compte X de Duduzilé Zuma-Sambudla, qui n’est autre que la fille de l’ancien président sud-africain Jacob Zuma… Nous y reviendrons. L’extrait ne dure qu’une vingtaine de secondes : « Salutations à tous les Sud-Africains. Je m'appelle le président Donald Trump. J'exhorte tous les Sud-Africains à voter pour uMkhonto WeSizwe le 29 mai. Le Congrès national africain de Cyril Ramaphosa a laissé tomber tous les Sud-Africains. Avec ce nouveau parti noir, dirigé par le président Jacob Zuma, tous les Sud-Africains compteront ».

    À en croire cet enregistrement, Donald Trump lui-même candidat à la Maison-Blanche aux États-Unis, appelle à voter  « MK », cette formation dissidente de l’ANC qui est aujourd’hui un petit parti radical rejoint, donc, par le sulfureux Jacob Zuma. L’intonation, la syntaxe, et même les erreurs de prononciation courantes sur les noms sud-africains renforcent la crédibilité de cette vidéo. L’audio est de très bonne qualité, mais les images qui vont avec sont moins bonnes, même si le mouvement des lèvres est plutôt bien reproduit. Pourtant, il s’agit bien d’un détournement de l’image de Donald Trump au service d’un parti politique local.

    Des deep-fakes faciles à fabriquer 

    La technique est de plus en plus courante : elle consiste à utiliser un outil d'intelligence artificielle permettant de truquer un discours, en faisant dire à quelqu’un des mots qu’il n’a jamais prononcés. En Afrique du Sud, le centre d’étude ISS African Futures qui s’est penché sur la question.

    Dans une publication sortie cette semaine et intitulée « Désinformation et Gouvernance à l’approche de l’élection sud-africaine » les auteurs de l'étude assurent que le faux discours de Donald Trump a été créé par le Logiciel « Parrot AI ».  Ce dernier, permet à un utilisateur de sélectionner un avatar de célébrité. Dans le catalogue, on trouve les principaux dirigeants mondiaux. Il suffit ensuite de taper un script qui sera prononcé par une voix artificielle…

    Le rôle de la puissante influenceuse Zuma-Sambudla

    Sur les réseaux, les réactions ont été contrastées face à ce Deep-Fake. Les citoyens qui connaissent la technologie en question ont tout de suite compris qu’il s’agissait d’une manipulation, les autres se sont posés des questions comme en témoignent les commentaires laissés le 9 mars sur le compte X de Zuma-Sambudla.

    C’est précisément l’origine de l’infox qui est venue semer le trouble dans la tête du public. Le faux discours a été publié sur le compte X de la fille de Jacob Zuma qui à 42 ans est une dirigeante importante au sein du parti, et qui s'est révélée être aussi une super influenceuse, propagatrice de fausses informations.

    En 2022, Zuma-Sambudla avait largement participé à l'amplification en Afrique du Sud de la campagne #IStandWithPoutine  #IStandWithRussia. Traduction : « Je reste aux côtés de Poutine et de la Russie » au moment de l'invasion de l'Ukraine. L'ISS African Futures, souligne que la fille de Jacob Zuma relaie déjà des menaces de violences si les élections ne se déroulaient pas comme prévu, le 29 mai. Enfin, la messagerie WhatsApp, (principal mode de communication en Afrique du Sud) est par ailleurs devenue un important portail de diffusion d'Infox, d'autant puisqu’elle échappe à la modération des contenus, rappelle le centre de recherche. À lire, au propos de la désinformation, la charte sur l'usage des réseaux sociaux en Afrique du Sud de la SAHRCommission.

    4 min
  • Haïti: le mythe de l’iridium ravivé en pleine crise politique et sécuritaire

    Quatre jours après la démission du Premier ministre Ariel Henry, la situation politique et sécuritaire ne s’améliore pas en Haïti. Face à la crise humanitaire, l'ONU a promis ce mercredi 13 mars la mise en place d'un pont aérien pour acheminer de l’aide. Un contexte particulièrement propice aux infox et aux théories du complot. La dernière en date affirme que l’effondrement de l’État serait lié à la présence d’iridium dans le sous-sol haïtien. Un métal qui attirerait les puissances étrangères.

    Depuis l’annonce de la démission du Premier ministre, Ariel Henry, des centaines d’internautes affirment sur les réseaux sociaux que les États-Unis, l’ONU ou encore Israël, entretiendraient volontairement le chaos en Haïti pour piller son sous-sol. Le métal tant convoité serait l’iridium, un dérivé du platine de couleur argenté, notamment utilisé dans l'industrie automobile, aéronautique et spatiale pour sa forte résistance à la corrosion. « Les Haïtiens blâment les États-Unis et Israël pour le récent soulèvement des gangs en Haïti afin que les nations occidentales puissent voler leur iridium. Haïti possède actuellement le deuxième plus grand gisement d'iridium au monde », avance ainsi un internaute. Cette rumeur mensongère repose sur un extrait d’interview d’une activiste haïtienne, interrogée sur la chaîne YouTube américaine, RockNewmanShow.

    Une recherche par image inversée permet de retrouver l’extrait original publié sur la plateforme de vidéo en ligne le 16 novembre 2017.

    Dans cet extrait, vu des centaines de milliers de fois en quelques jours, elle affirme, en substance, qu'Haïti « est assis sur une montagne d’iridium », qu’une tonne de ce métal « vaut 45 milliards de dollars », et que « l’armée américaine et l’ONU pilleraient les réserves haïtiennes depuis 1986 » et la chute de la dictature Duvalier.

    Une curiosité géologique

    Vérification faîte, le sous-sol haïtien est loin d’être riche en iridium. C’est ce que conclut un rapport du Bureau des Mines et de l’énergie haïtien, daté de décembre 2022. L’un de ces auteurs, que nous avons contacté, insiste sur la conclusion de l’étude qui indique que la présence d’iridium en Haïti doit être considérée « comme une curiosité géologique ». En effet, la quantité découverte dans une mince couche d’argile localisée près de Beloc, est si faible qu’elle rend impossible son exploitation.

    « Il y a dans le sous-sol haïtien, comme dans beaucoup de parties du monde, des tas de métaux en teneur relativement faible. Ces teneurs faibles ne permettent pas d'exploiter ces métaux. Je fais souvent l'analogie avec l'or qui est contenu dans l'eau de mer. Il y a des tonnes et des milliers de tonnes d'or contenues dans l'eau de mer, mais les teneurs sont si faibles que c'est inexploitable. C'est tout à fait le même raisonnement que l'on peut appliquer concernant l'iridium en Haïti », explique Didier Julienne, expert du marché des métaux.

    L’iridium, un marché réduit

    Contrairement à ce qui est affirmé dans cette vidéo, une tonne d’iridium ne vaut pas 45 milliards de dollars. Cette semaine, la tonne était estimée entre 140 et 150 millions d’euros. En 2017, au moment de l’interview, la tonne était jusqu’à cinq fois moins chère qu’aujourd’hui. Vincent Donnen, expert dans le marché métaux, rappelle que « la production annuelle mondiale d’iridium se compte entre 6 et 9 tonnes seulement ». Un marché réduit, largement dominé par l’Afrique du Sud qui produit à elle seule plus de 80 % de l’iridium mondiale, loin devant le Zimbabwe, le Canada et la Russie.

    Désinformer pour déstabiliser

    Ce n’est pas la première fois que des fausses informations circulent autour du sous-sol haïtien. Le narratif d’un chaos organisé par des puissances étrangères pour piller les ressources minières d’Haïti revient à chaque crise. Cette interview d’une activiste haïtienne en 2017, repartagée sur les réseaux sociaux depuis la démission d’Ariel Henry, en est un parfait exemple. Si cette fois-ci, c’est l’iridium qui est ciblé, les infox concernent aussi l’or et le pétrole.

    4 min
  • Comment le discours climatosceptique s’arrange avec la réalité

    Jusqu’à -47° en Chine, -43° aux États-Unis, -40° en Suède. Plusieurs pays ont été touchés par d’intenses vagues de froid ces dernières semaines. Les images impressionnantes de maisons gelées et de villes paralysées par la neige et le blizzard ont fait le tour du monde. Sur les réseaux sociaux, ces images sont activement relayées et détournées par les climatosceptiques, avec l’objectif de faire croire, à tort, que le réchauffement climatique n’existe pas.

    « Il est tombé jusqu'à 2 mètres de neige en Sierra Nevada en 48 heures. Les escrocs du Giec, un commentaire ? », « avez-vous déjà vu un temps pareil auparavant ? Les bâtiments et les voitures sont gelés. Mais s’il vous plaît, continuez à nous faire la leçon sur la façon dont le réchauffement climatique va détruire la planète. » Voici le genre de commentaires qui accompagnent les images de tempête de neige et de blizzard venues des quatre coins du monde. Les climatosceptiques sont convaincus que ces vagues de froid isolées seraient la preuve que le climat ne se réchauffe pas. Un discours mensonger qui repose sur la confusion volontaire entre la météorologie et la climatologie.

    La confusion entre ces deux sciences est un des piliers du discours climatosceptique. « Quand on parle de météorologie, on parle du temps qu'il a fait hier ou du temps qu'il fera dans les jours à venir. Quand on parle de climat, on parle des moyennes, des conditions météorologiques sur des durées longues qui sont au moins de 20 à 30 ans », explique Françoise Vimeux, climatologue à l’Institut de recherche pour le développement.

    « Le climatologue va regarder les tendances de la météorologie et le météorologue, lui, va vraiment regarder le temps au jour le jour. Je vais vous donner une métaphore. Aujourd'hui, les prix augmentent partout en France. Dans nos supermarchés, il y a de l'inflation. Il est possible en France, aujourd'hui, dans un village, qu’un supermarché fasse une promotion sur le kilo de carottes. Même si le prix est bas, cela ne viendrait à l'idée de personne de dire qu'il n'y a pas d'inflation en France parce que le kilo de carottes dans un village est vraiment très peu cher. On ne peut pas faire de généralité quand on se base sur un événement ponctuel et local. » Un pic de température localisé, négatif comme positif, ne dit donc rien de l'évolution du climat.

    La rhétorique du cherry picking

    Cette rhétorique, mise en place par les climatosceptiques, porte un nom. C’est ce que l’on appelle le cherry picking, autrement dit la sélection des plus belles cerises. « Le cherry picking consiste à prendre un événement local, par exemple un épisode de neige ou un record de température, et l’interpréter comme une preuve de l’inexistence du réchauffement climatique », précise Davide Faranda, climatologue au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

    Cette stratégie mise en place par les climatosceptiques « a pris des proportions énormes avec l’apparition d’une forte communauté climatosceptique sur les différents réseaux sociaux », ajoute l’expert. « Ceux qui partagent ces images de tempête de neige oublient que les occurrences de record de température négatives sont en diminution par rapport aux records de chaleur. »

    À ce jour, 2023 est l’année la plus chaude jamais enregistrée. Sur ce point, 2024 commence tout aussi mal.

    Vagues de froid et réchauffement climatique

    Contrairement à ce qu’affirment des internautes, les vagues de froid ne sont pas incompatibles avec le réchauffement climatique. Les épisodes de froid « vont continuer même s’ils seront moins fréquents », pointe Françoise Vimeux. Le réchauffement climatique va aussi les rendre moins intenses. C’est notamment ce qu’il s’est passé en janvier dernier dans les pays nordiques malgré une météo extrême, selon Davide Faranda. « Dans les études que nous avons réalisées récemment, nous avons analysé la vague de froid survenue récemment en Scandinavie. Nous avons constaté que même si le thermomètre est descendu jusqu’à -40° par endroits, le mercure serait descendu encore plus bas sans le réchauffement climatique, principalement dans les zones côtières. »

    Le réchauffement climatique ne va pas non plus faire disparaître l’hiver. « Le réchauffement va faire que toutes les saisons vont être un peu plus chaudes. Nos hivers vont donc être de moins en moins froids. On va aussi observer ce qu'on appelle un allongement de la saison estivale. C'est-à-dire que les conditions météorologiques estivales vont arriver plus précocement au printemps et vont pouvoir se poursuivre plus tardivement vers l'automne. Mais on aura toujours quatre saisons. C'est juste que les caractéristiques de ces saisons vont être modifiées par le changement climatique », explique Françoise Vimeux.

    Le succès de la désinformation climatique

    Le discours climatosceptique est très populaire aujourd’hui sur les réseaux sociaux. Les publications trompeuses, souvent spectaculaires, cumulent parfois des millions de vues que certaines plateformes comme YouTube, TikTok ou X (ex-Twitter) permettent de monétiser. Certains influenceurs font donc du climatodénialisme leur fonds de commerce.

    Le plus inquiétant, pointent les experts, c'est que ce discours continue de gagner du terrain. Un sondage de l’institut Ipsos réalisé en 2023 montre que 43% des Français pense qu’il n’y a pas de réchauffement climatique, ou qu’il n’est pas lié à l’activité humaine.

    4 min
  • Ioulia Navalnaïa, nouvelle cible de la propagande russe depuis la mort d’Alexeï Navalny

    En Russie, les funérailles d’Alexeï Navalny se sont déroulées ce vendredi 1er mars à Moscou. Des centaines de personnes se sont rassemblées pour lui rendre hommage. Deux semaines après la mort de l’opposant russe en prison, son épouse, Ioulia Navalnaïa est devenue le nouveau visage de l’opposition à Vladimir Poutine. En réponse, une vaste campagne de désinformation a été lancée à son encontre avec l’objectif de faire croire que Ioulia Navalnaïa entretient des relations avec d’autres hommes.

    Le 16 février 2024, quelques heures seulement après l’annonce de la mort d’Alexeï Navalny dans la colonie de l'Arctique où il purgeait sa peine de prison, une photo est rapidement devenue virale sur les réseaux sociaux. On y voit Ioulia Navalnaïa tout sourire, sur une plage, prenant la pose avec un homme. Les commentaires, ouvertement misogynes, assurent que cette photo est récente et qu’elle montrerait la veuve de Navalny en train de passer du bon temps avec son nouveau compagnon, juste après la mort de son mari. « La veuve éplorée de Navalny en compagnie de son nouveau compagnon. Elle semble particulièrement malheureuse… », commente un internaute. Sa tristesse « c’est du foutage de gueule », ajoute un autre.

    Sauf qu’en réalité, cette photo est sortie de son contexte. Une recherche d'image inversée nous a permis de retrouver le cliché original. Il a été publié sur Instagram il y a plus de deux ans, le 17 août 2021 par Evgueni Tchitchvarkine. C’est lui qui pose au côté de Ioulia Navalnaïa sur une plage en Lettonie. Ce milliardaire russe en exil est un fervent opposant à Vladimir Poutine et un ami de longue date d’Alexeï Navalny.

    Désinformer pour salir une réputation

    Une autre photo détournée est massivement partagée pour salir la réputation de la veuve de Navalny. Sur celle-ci, elle apparaît de dos en train d’enlacer un homme. Encore une fois, il s’agit d’Evgueni Tchitchvarkine.

    Vérification faite, cette image vue plus d’un million de fois, a été manipulée. La vraie photo, publiée par l’Agence France-Presse, montre Ioulia Navalnaïa en train d’embrasser Alexeï Navalny à sa sortie de prison en 2013. Quelqu’un a donc remplacé Alexeï Navalny par Evgueni Tchitchvarkine pour tromper les internautes.

    Cette campagne de désinformation s’appuie aussi sur de fausses vidéos. La plus partagée usurpe l’identité de l’Association américaine de psychologie. Les images prétendent que le célèbre psychologue américain, Paul Ekman, aurait analysé le comportement de Ioulia Navalnaïa. L’auteur du livre « L’art de détecter les menteurs » aurait déclaré : « La réaction de Ioulia Navalnaïa n'est pas la réaction d'une femme triste mais celle d’une femme puissante qui veut que le monde entier parle d’elle. »

    Cette déclaration a été totalement inventée puisque cette vidéo n’a pas été publiée par l'Association américaine de psychologie, ni par Paul Ekman. Dans le même registre, un clip affirme que Ioulia Navalnaïa aurait avorté au mois de janvier en Allemagne. Mais là encore, c’est une infox.

    L’ombre russe derrière cette campagne

    Toutes ces infox visant Ioulia Navalnaïa sont partagées par des comptes et des sites internet identifiés par RFI et par des experts comme les relais numériques de la propagande russe. Certains sont très populaires comme le canal Telegram du présentateur russe Vladimir Soloviev, d’autres agissent masqués à l’aide de faux comptes. Leur objectif, c’est de ternir la réputation de Ioulia Navalnaïa dans l’opinion russe et occidentale, alors qu’elle gagne en popularité. Une stratégie en contradiction avec le discours pro-russe qui affirme que Ioulia Navalnaïa et son mari n’ont jamais été une menace pour le pouvoir en place.

    4 min
  • Ukraine: le commandement militaire ciblé par de fausses couvertures de journaux

    Près de deux ans après le début de l’invasion russe en Ukraine, la situation s’enlise sur le front. Pénurie de munitions, manque de personnel, affaiblissement de l’aide occidentale : les dossiers sur la table du nouveau chef de l’armée ukrainienne sont nombreux. Oleksandr Syrsky a remplacé il y a deux semaines le populaire général Valery Zaluzhny. Une nomination ciblée par la propagande pro-russe à coups de fausses couvertures de journaux.

    Oleksandr Syrsky a-t-il été caricaturé à la Une de l’hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo le 14 février 2024 ? C’est ce que prétendent, image à l'appui, des centaines d’internautes russophones sur les réseaux sociaux ces derniers jours. On y voit le nouveau chef de l’armée ukrainienne, Oleksandr Syrsky, désabusé, assis dans un cratère rempli de sang et de soldats ukrainiens démembrés.

    La scène se passe à Selidove, une ville proche de Donetsk, bombardée dans la nuit du mardi au mercredi 13 février 2024 par les Russes. Le titre, à l’écriture sanguinolente, critique ouvertement Oleksandr Syrsky le présentant comme le « Général cratère ».

    En réalité, l’hebdomadaire satirique français n’a jamais publié cette caricature du nouvel homme fort de l’armée ukrainienne. Pour s’en rendre compte, il suffit d’aller sur le site internet de Charlie Hebdo et de chercher le journal paru en kiosque le 14 février 2024. On découvre alors la couverture originale, dédiée non pas au chef de l’armée ukrainienne, mais à la suppression du droit du sol à Mayotte. Cette Une a donc été manipulée. La charte graphique, le prix et la signature du dessinateur ont été fidèlement reproduits. Le numéro du journal et l’orientation du code barre en bas de la couverture ne sont, eux, pas corrects.

    Malgré ça, cette couverture manipulée, repérée par Gwara Media, a été massivement relayée sur des comptes Telegram pro-russe, sur Vkontakte (l’équivalent de Facebook en Russie) et aussi sur TikTok. On la retrouve aussi sur zp-news.ru, un site internet dédié à la ville de Zaporijjia, identifié par le service français de détection des ingérences numériques étrangères, Viginum, comme un relais de propagande du dispositif d’influence Portal Kombat.

    Valery Zaluzhny dans le viseur

    Oleksandr Syrsky n’est pas la seule victime de cette campagne de désinformation. Son prédécesseur, Valery Zaluzhny, est lui aussi pris pour cible. Cette fois, c’est le magazine satirique allemand Titanic qui a été détourné. La fausse Une est une bande dessinée intitulée « le perdant prend sa retraite ». On y voit le général Zaluzhny dormir sur des cadavres ukrainiens, se laver avec un morceau de bras, ou encore payer ses courses avec l’argent d’un soldat mort.

    Mais là encore, vérification faite, cette caricature n’a aucun rapport avec la couverture authentique du journal, qui ne fait même pas référence à l'Ukraine. Tout comme pour Charlie Hebdo, la couverture de Titanic est disponible sur leur site internet.

    Manipuler l’opinion russe et occidentale

    L’objectif premier de la diffusion de ces infox est de faire croire au peuple russe que la presse occidentale critique l’Ukraine et son commandement militaire. C’est pourquoi ces fausses couvertures de Charlie Hebdo et de Titanic ont d’abord été partagées en russe, par des comptes de propagande très suivis sur Telegram, comme celui de la journaliste Olesya Loseva. On les retrouve ensuite publiés sur les réseaux sociaux, dans différentes langues, ce qui permet de toucher une audience plus large et de tromper aussi l’opinion occidentale. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que la propagande pro-russe fabrique des fausses couvertures de journaux.

    Ce genre de faux circulent beaucoup depuis le début de l’invasion de l’Ukraine. RFI en a identifié plus d’une dizaine en ligne ces derniers mois. Ce sont d’ailleurs souvent les mêmes journaux qui sont détournés : le français Charlie Hebdo, le turc Léman, l’allemand Titanic ou encore l’espagnol El Jueves. Le but est toujours de faire croire que les Occidentaux ne veulent plus soutenir l’Ukraine, à coups d’infox.

    4 min
  • France 24 ciblée pour laisser croire à une tentative d’assassinat d'Emmanuel Macron

    Le président français Emmanuel Macron devait recevoir ce vendredi son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky. À Paris, les deux hommes devaient signer un accord bilatéral de sécurité. À l’origine, Emmanuel Macron devait se rendre à Kiev. Une visite annulée au dernier moment, ce qui n’a pas manqué d’alimenter la propagande pro-russe avec la diffusion d’une vidéo, censée provenir de la chaine France 24 évoquant une tentative d'attentat de la part de l'Ukraine contre le président français.

    La vidéo apparait le 13 février 2024 sur des chaines Telegram pro-russe, mais quelques jours avant certains comptes affiliés à Moscou bruissaient déjà de spéculations sur l’annulation de cette visite. Ils cherchaient à accréditer l’idée selon laquelle Emmanuel Macron n’irait pas à Kiev car il était en désaccord avec le pouvoir ukrainien et qu'il pourrait être victime d’un assassinat. Certains sites de propagande comme News.ru annonçaient dès le 12 février : « Très probablement, dans un avenir proche, certaines des informations qui ont guidé Paris à renoncer -à la visite- seront rendues publiques, notamment dans les médias ou sur les réseaux sociaux français ». 

    Apparition d’un deep fake

    De fait, les publications vont rapidement s’enchaîner. Le 13 février sur Telegram, puis le 14 sur X, anciennement Twitter, la cellule info-vérif de RFI prévient la direction de l'information de FMM : la vidéo d’un « faux journal » de France 24 circule. Sur la vidéo on y entend notre confrère Julien Fanciulli affirmer que : « Le président français, Emmanuel Macron, a été contraint d'annuler sa visite en Ukraine à la suite d'une provocation meurtrière à son encontre ». On nous explique ensuite que : « Selon une source proche du conseil national du renseignement, cette tentative a été stoppée par les services secrets français… »

    Joint par RFI, notre confrère assure « qu’il n’a jamais prononcé ces mots ». Nous sommes effectivement confrontés à un deep fake : l’utilisation d’un outil d'intelligence artificielle permettant de truquer un discours, en faisant dire à quelqu’un des mots qu’il n’a jamais prononcé en réalité.

    Un trucage relativement bien ficelé

    Quelques indices, permettent de déceler la manipulation. Ceci étant, l’auteur de la vidéo, a pris soin de filmer un écran, comme s’il regardait la télévision, ce qui explique aussi que la qualité d’écoute n’est pas très bonne. En fait cela permet de masquer une voix un peu synthétique, et une intonation assez monotone comme le souligne les Observateurs de France 24. Le style ne colle pas avec l’écriture journalistique et si on y regarde plus près les lèvres ne suivent pas toujours les mots prononcés. Les « synthés », c’est-à-dire les incrustations de textes et les « bandeaux titres » ont été modifiés. Enfin une traduction en russe apparait au bas de l’écran.

    Une vidéo amplifiée par la propagande russe

    Après les signaux annonciateurs sur les réseaux et l’amorce de la tentative de désinformation avec la vidéo, vient le temps de l’exploitation à des fins de propagande. Dès le 14 février, les propos attribués au journaliste de France 24, sont repris sur VKontakt l’équivalent de Facebook en Russe, ou encore le compte Twitter attribué à Dmitri Medvedev qui les commente abondamment.

    On retrouve la vidéo, sur le fameux site pravda.fr, un site bien connu puisqu’il a été épinglé en début de semaine par l’organisme interministériel français Viginum, (qui lutte contre les ingérences numériques étrangères). Viginum parle même d'écosystème Pravda : un réseau de sites, qui cible directement les pays occidentaux qui soutiennent l'Ukraine. Le 15 février, pravda.fr se livre à une explication de texte, en se basant sur la fausse information portée par le deep fake du journal de France 24.

    On peut lire sur leur site  « L’objectif de la destruction physique de Macron était d’entraîner la France dans le conflit en Ukraine : tout le monde aurait dû rejeter la faute sur la DRG russe ». La DRG : les unités clandestines russes, en charge des sabotages chez l’ennemi. Tout cela est faux, mais la vidéo truquée a quand même été partagée sur des chaînes Telegram pro-russe, a plus de 200 000 abonnés…

    5 min

About Les dessous de l'infox, la chronique

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Info ou intox ? Chaque semaine, RFI épingle une de ces tentatives de manipulation de l’information, pour en expliquer les ressorts. Vous souhaitez que «Les dessous de l'infox» vérifie la véracité…

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