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Bouchra Khalili est à l’honneur du festival d’Automne avec des œuvres vidéos installées dans trois théâtres pour retrouver la mémoire du Mouvement des travailleurs arabes.
Avec ses trois projets Astérismes (Fig. 1 à 3), l'artiste Bouchra Khalili refait surgir la mémoire des histoires effacées, des traces fragiles de mémoires.
Trois installations qui correspondent à trois périodes de travail puisque la première date de 2017 et la dernière de 2025 et qui sont réunies sous ce titre de «Astérisme» qui est un terme d’astronomie pour designer une figure dessinée par les étoiles : une constellation... C’est donc un ensemble.
On découvre notamment, dans l'une de ces expositions, le Mouvement des Travailleurs arabes qui avait constitué deux troupes de théâtre avec un slogan, «de la rue à la scène et de la scène à la rue». «Ce qui m'a interpellée, c'est que des ouvriers qui travaillaient dans des usines aient pensé au théâtre». Une histoire très peu connue. Elle a retrouvé pour faire ce travail certains acteurs de l'époque qu'elle a filmés.
«Ces expositions opèrent comme une forme de résurrection», nous raconte l'artiste Bouchra Khalili. «Ce qui m'intéresse, c'est ce qui n'a pas été archivé, des mémoires dont il ne reste uniquement que quelques fragments».
Et quand il n’y a pas d’archives, elle imagine des fictions pour dire ce qui a eu lieu comme dans l'exposition Astérismes (Fig. 3) : L’Écrivain public avec, par exemple, avec Mririda n’Aït Attik, poétesse amazighe, active dans la première moitié du XXè siècle dans le Haut-Atlas qui «maitrisait la poésie sans l’écrit» et dont on a que des traductions.
L'artiste réactive également un élément de la culture marocaine : le conte avec un jeune conteur de Marrakech qui salue l’histoire de Djelali Kamal, immigré et gréviste de la faim et candidat à la présidence de la République en 1974.
Invitée : Bouchra Khalili est une artiste visuelle franco-marocaine née en 1975 à Casablanca. Elle est diplômée en Études cinématographiques et médiatiques de la Sorbonne Nouvelle et en arts visuels de l’École nationale supérieure d’arts de Paris-Cergy. Multidisciplinaire, elle utilise le textile, la photographie, la sérigraphie et la vidéo pour concevoir ses œuvres.
À voir dans le cadre du Festival d'automne :
- Astérismes (Fig. 1) : The Tempest Society - T2G Théâtre de Gennevilliers, Centre Dramatique
-Astérismes (Fig. 2) : The Circle and The Public Storyteller - Odéon Théâtre de l’Europe – Berthier Paris 17 2 – 26 octobre
- Astérismes (Fig. 3) : L’Écrivain public Théâtre de la Ville – Sarah Bernhardt 22 – 29 octobre.
Programmation musicale :
Les Artistes Amadou et Mariam avec le titre L'amour à la folie.
Dans cette narration, l'autrice Laura Vazquez reprend et détourne les motifs du roman d'apprentissage.
«Les heures étaient longues dans mon enfance, mais je ne me suis pas tuée».
Elle raconte l'odyssée d'une jeune fille avec en toile de fond une critique de l'éducation, du salariat, du matérialisme et de la norme générale : «des asticots dans les cerveaux».
La narratrice est une jeune fille, qui voit et sent la souffrance autour d'elle : «Quand j'écris, au départ, une voix arrive, et parfois, il y a plusieurs voix. Pour «les forces», il n'y en a eu qu'une qui a tenu le texte pendant un bon moment. Cette voix, c'est celle de cette fille.»
De l'enfance à l'écriture, en passant par un bar lesbien étrange, une maison abandonnée et un immeuble rempli de sectes, Laura Vazquez nous entraîne dans une odyssée parsemée de miroirs homériques. Le monde est décrit de façon réaliste, parfois cynique, mais l'autrice parvient aussi à nous transporter dans une sorte de troisième dimension, un monde onirique, un univers transréaliste nous décrit l'autrice.
Invitée : Laura Vazquez, poète et romancière, née en 1986. Elle enseigne l'écriture à Marseille. En 2023, elle reçoit le prix Goncourt de la poésie pour l'ensemble de son œuvre qui a été traduite dans une dizaine de langues dont le chinois, anglais, espagnol.
«Les forces», publié aux éditions du Sous-sol, est son deuxième roman.
Et comme chaque semaine, la chronique de Lucie Bouteloup décrypte les expressions de la langue française ! Et si vous ne voulez pas vous «faire appeler Arthur», soyez attentif !
Une chronique en partenariat avec Benjamin Rouxel, des éditions Le Robert, et toujours avec la complicité des enfants de la classe de CM2 de l'École élémentaire Vulpian à Paris !
Programmation musicale :
L'artiste Camille Frillex, dite Frix avec le titre Auto psycho.
Dans «Peu Importe», Robin Ormond, adapte la pièce du dramaturge allemand Marius von Mayenburg, dans laquelle les fragilités d'un couple «comme les autres» sont analysées...
«Peu importe» : le titre interroge. Qu'est-ce qui est sans importance ? Et d'ailleurs : est-ce vraiment sans importance ? Que se passe-t-il lorsque toute tentative d’affection et d’intimité s’enferme dans un cycle infini de conflits et de ressentiment ?
Une femme, Simone, ingénieure dans l'industrie automobile, revient d'une semaine de voyage avec un cadeau pour son mari, Erik, éditeur et traducteur en télétravail. Mais, «voilà», cet évènement banal va révéler les inégalités du couple et mettre le feu aux poudres, dans ce foyer... Mais tout va se retourner. Plusieurs fois. C'est l'histoire de deux personnes qui essaient de se dire à quel point ils s'aiment sans parvenir à le formuler. Ils n'ont pas le temps de leur propre histoire d'amour, nous dit Assane Timbo qui joue le rôle d'Erik.
Ce texte fait partie d'un corpus de textes écrits pendant le confinement et dans lesquels le dramaturge Marius von Mayenburg s’emploie à interroger jusqu’à l’absurde tout ce qui semble pouvoir cimenter un couple : l’égalité, l’écoute, le dialogue. En nous donnant cette vision de la famille un peu tordue, Marius von Mayenburg, nous replace aussi face à ce qu'on prétend être une nouvelle norme, précise Robin Ormond, traducteur et metteur en scène de la pièce Peu Importe.
Invités :
Assane Timbo, comédien, metteur en scène, traducteur. Il joue le rôle d'Erik dans la pièce. Formé au Conservatoire et aux Cours Florent, il a joué sous la direction de nombreux metteurs.ses en scène tels que Anne-Laure Liégeois, Célie Pauthe, Stéphane Braunschweig, Simon Stone, Jean Boillot, François Rancillac, Jean-Michel Ribes, Johanny Bert, mais aussi dans ses propres travaux de mise en scène. Au sein de sa compagnie, La Surface de Réparation, il met en scène un théâtre du corps, à travers Molière, Claudel, Pinter, Dagerman, Akakpo et deux textes originaux. Il a aussi tourné pour le cinéma…
Artiste du mouvement et de la parole, il est professeur d’art dramatique aux Cours Florent, et a enseigné à l’ESJ Paris. Il a cotraduit «Générations» de Debbie Tucker Green pour la Maison Antoine Vitez.
Robin Ormond, traducteur et metteur en scène de la pièce de Marius von Mayenburg Peu importe. Né en 1993, il a grandi à Strasbourg où il a étudié le jeu auprès de la troupe du Théâtre National de Strasbourg. Il a ensuite étudié à Sciences Po Paris. Parallèlement à ses études, il monte ses premières productions, dont «Tourista» de Marius von Mayenburg au Théâtre de la Manufacture à Nancy - Lorraine (2013). Il est enseignant à Sciences Po Paris et a été metteur en scène-dramaturge à l’académie de la Comédie-Française pour la saison 2022-2023. Au cours de la saison 2024-2025, il a effectué des mises en scène à la Scala Provence et Paris, au Burgtheater de Vienne, au Nationaltheater de Weimaret à la Comédie-Française.
À propos du dramaturge :
Marius von Mayenburg est un dramaturge et metteur en scène allemand né en 1972 à Berlin. Il est également traducteur et dramaturge pour la Schaubühne. Auteur des pièces Le moche ou Visage de feu des pièces dans lesquelles il s'empare de sujets de société.
«Peu importe» à voir à la Scala jusqu'au 4 janvier 2026.
Le texte «Peu importe» à retrouver aux éditions de l'Arche.
Programmation musicale :
Les artistes Malik Djoudi avec Alka Balbir qui reprennent le titre «L'été indien» de Joe Dassin.
Dans son ouvrage «Écrire le français», Gabriella Parussa retrace l'histoire de l'écrit de la langue française, et son évolution.
Comment le français est-il devenu une langue écrite ?
Le français fut tout d'abord une langue orale, une langue parlée, une langue de la communication, alors que la langue écrite, celle de la culture, de la justice, de l'administration, était le latin.
Le français a beaucoup évolué, tant au niveau de la phonétique qu'au niveau de la syntaxe et la morphologie.
Les premiers textes (rarissimes) écrits en français remontent à la deuxième partie du IXè siècle. C'est l'alphabet latin qui est utilisé pour «transférer» cette langue de l'oral à l'écrit, mais Il faut faire des ajustements, car l'alphabet latin n'est pas parfait et ne permet pas de restituer tous les sons… Il y a alors vingt-trois lettres dans l'alphabet latin.
Le passage à l'écrit s'est fait avec la volonté de conserver la mémoire. Les premiers «livres» s'écrivaient grâce à des copistes ; cela pouvait prendre des mois.
L'écriture : comme une «peinture de la voix»
En 842, les petits-fils de Charlemagne signent une alliance militaire : les serments de Strasbourg, Nithard écrit alors en ce qu'on appelle «le proto français» : un mélange entre le latin tardif et le français. C'est l'un des premiers textes conservés avec des traces de français écrit. «C'est une étape importante, on écrit dans les deux langues vernaculaires de l'époque».
Ils écrivent cette nouvelle langue en «écoutant». «On dira que l'écriture doit être comme une peinture de la voix, doit correspondre à ce que l'on dit, ce qu'on prononce».
Le français est alors très mouvant : on ne parle pas et on n'écrit pas de la même manière selon qu'on habite Arras ou Lyon. Mais les choses vont se fixer avec l'invention de l'imprimerie puis des premières grammaires écrites. Les variations vont alors s'estomper peu à peu. Les imprimeurs vont alors jouer un rôle très important dans la standardisation pour que le livre qu'ils diffusent soit lu et compris et plus grand nombre. Les graphies régionales vont alors peu à peu disparaître.
À lire :
Bernard Cerquiglini, auteur de L'invention de Nithard aux éditions de Minuit.
Invitée :
Gabriella Parussa, spécialiste de l’histoire de la langue française, est professeure de linguistique et philologie à la Faculté des Lettres – Sorbonne Université. Ses travaux portent sur le code écrit et son histoire des origines à nos jours. Son ouvrage «Écrire le français, toute une histoire» est publié aux éditions Actes Sud.
Dans la chronique Ailleurs, nous parlerons du Festival Beyrouth Livres qui aura lieu dans la capitale libanaise, du 22 au 26 octobre 2025. Et c'est Sarra Ghorbal, attachée pour le livre et le débat d'idées et co-commissaire générale du festival Beyrouth livres qui nous parle de l'évènement.
Programmation musicale : Le collectif musical Lamomali avec le titre Totem.
De Bruxelles à Abidjan en passant par Yaoundé et Kinshasa : les spectateurs de Barber Shop Chronicles suivent les histoires de quelques habitués des salons de coiffure pour hommes...
Qu'est-ce qui se raconte dans les salons de coiffure pour hommes ?
En deux heures vingt de spectacle, les metteurs en scène Michael de Cock et Junior Mthombeni adaptent la pièce de l'auteur et poète anglo-nigérian Inua Ellams.
Entre documentaire et fiction, la pièce nous plonge dans les questionnements qui traversent les masculinités noires d’aujourd’hui avec une douzaine de comédiens sur scène. Dans ces lieux très particuliers, on cause de tout, des femmes, de la politique, du foot et de sa famille.
Quand on arrive là-bas [chez le barbier] tu existes, tu as le droit d'être sans préjugés et automatiquement, le barbier se transforme en thérapeute. On partage tout.
Junior Akwety
L'adaptation de cette pièce anglophone a commencé, il y a un an et demi. Il y a eu tout d'abord une traduction puis une «transplantation» vers des pays francophones tout en gardant la même trame dramaturgique. On passe donc de Londres, de l'Angola ou du Ghana à Bruxelles, Kinshasa ou Dakar. On voyage dans le quotidien des gens, mais aussi dans les situations politiques des pays concernés...
Il y a beaucoup d'amusements, mais il y a aussi beaucoup de choses qui sont dites, des messages qui sont clairs qu'on arrive à passer.
Salif Cissé
Une pièce qui parle aussi des pères : les pères absents, les pères violents. Un lien qu'on essaye de chercher, de retrouver avec nos cultures, précise Junior Akwety.
On parle aussi beaucoup de société politique, mais aussi de l'histoire de la colonisation et de l'esclavage entre deux coupes de cheveux, mais on discute aussi des langues et de... foot !
Invités : Salif Cissé, un des comédiens de la pièce et Junior Akwety, comédien. Ce dernier a également participé à l'adaptation de la pièce.
Salif Cissé est un comédien né en 1992. Il grandit à La Courneuve, en banlieue parisienne. Il découvre le théâtre au lycée. Après un baccalauréat, il suit une formation au Conservatoire dont il sort diplômé en 2017, puis au Conservatoire national supérieur d'art dramatique. Il jouera avec ses camarades de promotion dans le film À l'abordage, sorti en 2020. Il enchaîne depuis les rôles au cinéma et au théâtre.
Junior Akwety est un chanteur, acteur, musicien de néo-rumba né au Congo.
Le spectacle Barber Shop Chronicles est à voir à la MC 93 du 15 au 19 octobre 2025, puis en tournée, en Italie, en Belgique, à Bruxelles et à Lisbonne au Portugal.
Programmation musicale :
L'artiste Steve Ibrahim avec le titre Sur le mur du salon.
Dans son nouvel essai, la philosophe Barbara Cassin analyse les pratiques langagières de Donald Trump et Vladimir Poutine.
Selon la philosophe et académicienne Barbara Cassin, Trump et Poutine accordent une importance capitale au langage !
Comment parlent Donald Trump et Vladimir Poutine ? Le premier parle comme un môme de 14 ans avec très peu de mots, l'autre comme un malfrat, nous dit Barbara Cassin.
L’un comme l’autre semble inventer une novlangue. Mais qu’attaquent-ils au-delà des mots ? Comment se déroule cette «guerre des mots» ?
«Un livre urgent et nécessaire», selon Barbara Cassin
Depuis sa prise de fonction en janvier 2025, le président Donald Trump a banni des sites officiels, documents administratifs, des centaines de mots : woke, activisme, non-binaire, golfe du Mexique, injustice. Donald Trump utilise un pouvoir performatif inversé du langage : il pense qu'en supprimant les mots, il supprime les choses.
Quant à Vladimir Poutine, il utilise des mots à la place d'autres mots : Il va utiliser l'expression «opération spéciale en Ukraine» à la place de «guerre».
Invitée : Barbara Cassin, philologue, philosophe et académicienne. «La guerre des mots» est publié chez Flammarion.
Et comme chaque semaine, la chronique de Lucie Bouteloup décrypte les expressions de la langue française ! Et cette semaine, elle nous dit les choses «de but en blanc !»
Une chronique en partenariat avec Benjamin Rouxel, des éditions Le Robert, et toujours avec la complicité des enfants de la classe de CM2 de l'École élémentaire Vulpian à Paris !
Programmation musicale :
L'artiste Solann en duo avec Yoa avec le titre Thelma et Louise.
Six ans après Bleue, la chanteuse Keren Ann sort Paris Amour, un album dans lequel elle clame son amour pour la capitale.
« Je suis rentrée par la fêlure d'un monde qui m'a eue à l'usure. »
Il lui aura fallu six ans pour composer ce nouvel album Paris Amour. Six années pendant lesquelles l'autrice compositrice aura fait un pas de côté et aura travaillé pour le théâtre, composé un opéra, fait des concerts avec le quatuor Debussy.
Je suis méticuleuse dans le son, je veux que la fréquence que je recherche dans l'album, soit la bonne.
En neuf titres et trente-trois minutes, elle rend hommage à Paris, sa ville d'adoption et chante l'éloge de l'amour, mais parle également du deuil et de la guerre.
Issue d'une famille multiculturelle et métissée, Keren Ann est née en 1974 à Césarée en Israël.
Elle a vécu en Israël et aux Pays-Bas jusqu'à ses onze ans, puis sa famille s'installe à Paris, où elle apprend le français grâce aux chansons de Gainsbourg, de Françoise Hardy ou de Bourvil. Elle écrit ses premières chansons avec l'aide de dictionnaires de traduction.
Son premier album, La Vie de Luka Philipsen, coécrit avec Benjamin Biolay est sorti en 2000. En 2002, sort La disparition. Son troisième album, entièrement écrit en anglais, Not Going Anywhere, sort en 2003. Elle est nommée en 2004 aux Victoires de la Musique dans la catégorie artiste féminine de l'année.
Dans ses albums, elle écrit en français ou en anglais, « deux langues qui m'intriguent, qui sont pour moi intéressantes dans l'écriture sans fin. J'aime le fait de comprendre différentes sonorités, différentes langues. Il y a une manière à travers les langues d'entendre les choses ».
Elle joue du piano, de la clarinette et de la guitare et écrit des chansons comme des « récits ».
À lire aussiKeren Ann : « Paris Amour », un album solaire malgré les échos de la guerre
Invitée : La chanteuse Keren Ann pour la sortie de son neuvième album studio Paris Amour.
Programmation musicale :
Paris Amour.
Comme si la mer se divisait.
Expérience étrange de l’inégal.
Et la chanson Jardin d'hiver qu'elle a écrite et composée avec Benjamin Biolay, pour Henri Salvador.
Faut-il encore écrire à la main à l’heure du tout numérique ? La question mérite d’être posée quand partout sur les réseaux des influenceurs vantent l’écriture manuscrite et que, selon un sondage OpinionWay, 69 % des Français regrettent de ne pas écrire davantage à la main. Comment comprendre ce sondage ? C’est de la nostalgie de la part des Français ou un rejet des écrans et des claviers qui envahissent notre quotidien ?
Invités :
Philippe Dabasse, graphiste-typographe, formateur et calligraphe.
Dans un monde de plus en plus numérique, l’écriture manuscrite conserve une place centrale dans l’apprentissage. C’est ce que défend avec conviction Grégoire Borst. Pour lui, écrire à la main reste primordial, et ce, pour deux raisons fondamentales :
La première, c’est que c’est une façon de développer sa motricité fine, la motricité de nos petits doigts. Mais c’est aussi très important parce que quand on apprend la graphie des lettres, ça aide notre cerveau à mieux lire les lettres.
Apprendre à bien écrire, à bien former les lettres, c'est une préoccupation des pédagogues comme Grégoire Borst qui réfléchissent sur l'apprentissage de l'écriture des enfants : « C'est un enjeu effectivement, il y a une difficulté dans l'apprentissage du langage écrit dans notre pays. On voit qu'il y a des inégalités extrêmement fortes du point de vue de la capacité à bien apprendre à lire et que, encore une fois, la cursive, l'apprentissage de l'écriture, aide finalement à mieux lire. Et au-delà de mieux lire, ça aide aussi à penser. On voit bien que quand on écrit, il y a un rythme dans l'écriture qui nous contraint d'une certaine manière. On ne peut pas écrire très vite, contrairement à ce qu'on peut faire avec nos claviers. Et donc, on a une obligation de réfléchir, de penser avant d'écrire. Et ça, c'est assez transformant. Parce que l'éducation, c'est apprendre à penser. Et donc, peut-être que l'apprentissage de l'écriture, le fait de continuer à utiliser l'écrit, c'est une façon de mieux penser. »
Notre deuxième invité nous apprend à écrire, il est formateur, et il nous apprend la calligraphie, la « belle écriture ». Philippe Dabasse :
La belle écriture, c’est apprendre à maîtriser les gestes historiques et toute l’évolution de ces gestes, de l’écriture latine, pour en maîtriser les codes et, ou bien, se les approprier pour soi-même, ou bien pour des professionnels en acquérir les codes pour des utilisations dans leur domaine d’activité.
Dans son centre de formation, Philippe Dabasse accueille des graphistes, des dessinateurs de caractères, des peintres en lettres... Il enseigne la calligraphie latine : « Si vous suivez les cours de calligraphie latine, vous ne serez pas que moine, vous pourrez être maître-écrivain, vous pourrez être esclave sous l'Empire romain… Vous pourrez découvrir plein de facettes de notre histoire, c'est une porte d'entrée vers l'histoire de notre civilisation gréco-romaine. Et c'est tout à fait passionnant de suivre les traces de ces gens qui ont écrit toutes ces lettres. »
Parce que Philippe Dabasse raconte aussi l'histoire, il n’enseigne pas que le geste, il apprend aussi comment ce geste s'inscrit dans le temps et dans l'espace géographique de l'Occident : « Chaque période génère un contexte pour l'écriture, que ce soit par des contraintes ou des changements de société : l'apparition du livre manuscrit, le codex, le rotulus ou les élections à Pompéi… Tous ces contextes-là génèrent des formes d'écriture spécifiques. »
Dans la chronique Ailleurs, nous parlerons du Festival des Littératures du Sud avec Marielle Anselmo, co-organisatrice de l’événement. Ce festival se tiendra les 17 et 18 octobre 2025 sur l’île de Djerba.
Programmation musicale : Vanessa Paradis – Le retour des beaux jours
Ramsès Kefi publie son premier roman «Quatre jours sans ma mère» dans lequel il dresse le portrait sensible d'une mère.
C'est l'histoire de Salmane, un «Tanguy» qui vit encore chez sa mère dans le quartier imaginaire de La Caverne ! Il partage son temps entre son boulot dans un fast-food, ses potes et son Master en histoire. Un jour, sa maman Amani, pilier de la maison, disparait quelques jours... Le monde de cet ex-enfant surcouvé «pas capable de sacrifier un milligramme de routine» va alors s'écrouler ! Puis viendront les souvenirs et les remises en question. Il va alors partir à la recherche de sa mère. Les secrets vont alors resurgir...
Pour écrire ce premier roman non-autobiographique, Ramsès Kefi a fait appel à ses souvenirs d'enfance, mais aussi à ce qu'il a vu lorsqu'il était journaliste. Dans un langage mâtiné d'argot, de verlan, de mot-valise et de trouvailles linguistiques, il raconte un quartier comme il en existe des milliers en France «mais qu'on raconte peu», nous dit-il. J'ai utilisé le «je» fait passer les émotions avec plus de facilité et de force.
Tendresse: c'est mon mot préféré de la langue française.
Avec cette histoire, l'auteur nous parle avant tout d'amour et de tendresse et rend hommage aux mères : «ces super héroïnes».
Invité : Ramsès Kefi. Après des études d'histoire, il travaille quelques temps dans la restauration avant de s'orienter vers le journalisme. Il parcourt la France entière et écrit pour Rue89 et le Bondy Blog avant de rejoindre le service Société de Libération en 2016, où il se spécialise dans les périphéries. En 2022, il part pour la revue XXI avec qui il publie À la base, c’était lui le gentil, un livre sur les rixes adolescentes. Quatre jours sans ma mère publié aux éditions Philippe Rey est son premier roman.
Programmation musicale :
L'artiste Pomme avec le titre Des excuses.
Quel a été le rôle de l'État français dans le déclin des langues locales en France ? Rozenn Milin a mené un travail d'enquête de près de dix ans.
Rozenn Milin a travaillé pendant sept ans sur le déclin des langues minoritaires en France et ailleurs dans le monde.
L'autrice, née en Bretagne, a été marquée par son histoire familiale. Petite, elle a vu les adultes autour d'elles d'exprimer en breton, sauf lorsque ces derniers s'adressaient aux enfants. Elle s'est alors demandée pourquoi cette langue était-elle « interdite » aux enfants ?
À ce moment-là, il y avait plus d'un million de locuteurs du breton. Aujourd'hui, il ne reste que 107 000 locuteurs, selon la dernière étude menée en 2024.
Elle a découvert que toute une génération avait été interdite de parler le breton à l'époque. L'école a joué un rôle prépondérant : les enfants devaient parler le français et étaient sévèrement punis lorsqu'ils parlaient une autre langue que le français : ils étaient alors humiliés et devaient porter le « symbole » un objet lourd, type un sabot de bois, autour du cou. Cette méthode a également été utilisée dans d'autres régions de France et même à l'étranger.
À lire aussiEn France, les jeunes peuvent-ils sauver le breton ?
L'objectif en France était de faire disparaître les langues locales : « anéantir les patois » pour créer une nation de langue unique. À l'origine, il y avait la peur que les langues soient utilisées pour véhiculer des idées contre-révolutionnaires. En Afrique, il s'agissait de former une élite intellectuelle.
C'est donc toute une génération traumatisée qui a interdit à ses enfants d'apprendre ou de parler la langue bretonne, ce qui a donné lieu à ce que des chercheurs ont appelé « suicide linguistique », un phénomène qui se produit partout dans le monde, lorsque des langues dites « minoritaires » sont confrontées à des langues dites « dominantes ».
Rozenn Milin a entamé un travail de recherches auprès de témoins et a enquêté en Bretagne, mais aussi en Afrique (Côte d'Ivoire, Sénégal, Gabon...), où les méthodes d'imposition de la langue française à l'école ont perduré jusque très récemment.
Invitée : Rozenn Milin, historienne de formation, sociologue, autrice et journaliste. Rozenn Milin est titulaire d’un doctorat en sociologie. Son ouvrage La honte et le châtiment. Imposer le français : Bretagne, France, Afrique et autres territoires est publié aux éditions Champ Vallon.
Et comme chaque semaine, la chronique de Lucie Bouteloup décrypte les expressions de la langue française ! Cette semaine, « on décroche la timbale » avec Benjamin Roussel. Une chronique en partenariat avec les éditions Le Robert, avec la complicité des enfants de la classe de CM2 de l'École élémentaire Vulpian à Paris !
Programmation musicale :
- Le chanteur Denez Prigent avec le titre Gwerz Penmarch'
- Le groupe Malaka avec le titre Blaky Blood.
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Une émission consacrée à la langue française dans le monde et aux cultures orales. Un rendez-vous quotidien du lundi au jeudi, pour rendre plus vivant notre rapport à la langue, et être la vitrine…

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