
Sign up to save your podcasts
Or


Le président ukrainien Volodymyr Zelensky se dit optimiste sur les chances de faire avancer les discussions visant à mettre fin à la guerre entre la Russie et l’Ukraine et annonce une rencontre avec Donald Trump dimanche 28 décembre en Floride. Les questions sensibles, telles que le sort du Donbass, devraient être abordées. Sous pression de l’administration américaine pour conclure un plan de paix, Volodymyr Zelensky a connu une fin d’année délicate. Il parvient malgré tout à conserver la confiance des Ukrainiens.
Donald Trump voulait un accord avant Noël. Son vœu n’a pas été exaucé. « Beaucoup de choses peuvent être décidées avant le Nouvel an », veut croire Volodymyr Zelensky, au lendemain de discussions avec les envoyés de la Maison Blanche. En dépit de cet optimisme affiché, le président ukrainien est soumis à forte pression, d’autant que les positions russes restent, pour l’heure, inflexibles.
Mardi, Volodymyr Zelensky a détaillé devant la presse le plan de paix révisé en 20 points, le présentant comme la meilleure tentative de l’Ukraine de mettre fin à la guerre. Le document aborde un large éventail de questions, allant des éventuels arrangements territoriaux aux garanties de sécurité que Kiev souhaite obtenir pour prévenir toute future agression russe, en passant par les plans de reconstruction du pays ravagé par la guerre.
Selon Volodymyr Zelensky, les diverses sections du plan « reflètent en grande partie la position commune ukraino-américaine ». Reste quelques points de blocage, à commencer par la question épineuse de l’avenir du Donbass. La Russie exige que les forces ukrainiennes se retirent des territoires de la région de Donetsk qu’elles contrôlent encore. Le président ukrainien ne peut accepter cette demande.
À écouter et à lire aussiVolodymyr Zelensky, président ukrainien
S’il cède, « il n'aura plus d'avenir politique », tranche le politologue Volodymyr Fessenko du centre Penta à Kiev. « En Ukraine, le sentiment qui domine est qu’il est impossible d'accepter de reconnaitre juridiquement les territoires occupés comme étant russes. Si, en cas de cessez-le-feu le long de la ligne de front, une partie du territoire ukrainien restait sous contrôle russe, la plupart des Ukrainiens pourraient accepter ce scénario mais à condition que ces territoires ne soient pas reconnus juridiquement comme étant russes. »
Militairement, l'Ukraine ne peut pas se permettre de céder des zones fortement fortifiées de Donetsk, note pour sa part la chercheuse ukrainienne Olena Prokopenko, du centre de réflexion German Marshall Fund. « Céder des territoires fortifiés sans combat offrirait à la Russie une base idéale pour intensifier son invasion. Si l’Ukraine acceptait ces concessions, notre position sur la ligne de front serait gravement affaiblie. Les abandonner sans combat, donner à la Russie des territoires qu’elle n’a pas réussi à conquérir en onze ans depuis l’invasion du Donbass, constituerait une décision militairement désastreuse », explique-t-elle.
Le scénario dans lequel Volodymyr Zelensky se verrait contraint de céder tout le Donbass à la Russie « ne pourrait se produire qu’en cas de situation catastrophique sur le front ou dans le secteur énergétique, qui ne lui laisserait pas d’autre choix », avance Volodymyr Fessenko.
Concessions territorialesQuoi qu’il en soit, le président ukrainien n’en sortirait pas indemne. Seule concession à laquelle Volodymyr Zelensky se dit prêt : l’Ukraine pourrait retirer ses troupes des zones de l'ouest de la région de Donetsk encore sous son contrôle, pour les transformer en une zone démilitarisée dans le cadre d'un éventuel accord de paix avec Moscou, à condition que la Russie retire ses forces d’une zone équivalente. En tout état de cause, Volodymyr Zelensky estime que la création d'une zone démilitarisée doit être approuvée par le biais d'un référendum.
Parallèlement aux discussions autour du plan de paix, le président ukrainien a dû affronter une tempête intérieure ces derniers mois. L’affaire Midas, vaste affaire de corruption qui touche le secteur énergétique ukrainien, a poussé les ministres de la Justice Herman Halouchtchenko et la ministre de l'Énergie, Svitlana Hryntchouk à démissionner le mois dernier. Volodymyr Zelensky a ensuite dû se défaire de son plus proche conseiller, Andriy Iermak.
En écartant le chef de l’administration présidentielle, qu’il n’a pas encore remplacé, tout en maintenant une ligne relativement ferme dans les pourparlers de paix, sa côte de popularité est remontée. Selon une enquête récente menée par l’Institut international de sociologie de Kyiv (KIIS), 61% des Ukrainiens lui font confiance. « Aussi étrange que cela puisse paraître, la confrontation autour du plan de paix de Donald Trump a une fois de plus aidé », affirme Volodymyr Fessenko.
Le plan de paix amendé par Kiev prévoit également la tenue d'élections en Ukraine dès que possible après la signature d'un accord de paix. Le mandat présidentiel de cinq ans de Volodymyr Zelensky aurait dû expirer en mai de l'année dernière, mais il a été prolongé en vertu de la loi martiale en vigueur depuis l'invasion russe de 2022. Le chef de l'État a chargé le Parlement de réfléchir à des modifications de la législation électorale pour examiner la possibilité d’organiser une présidentielle.
Olena Prokopenko y voit une « démarche habile » tant sur le plan intérieur qu’à l’international. « Cela envoie le signal qu’il redonne un rôle central au Parlement, qui a été largement marginalisé ces dernières années, en lui confiant une décision potentiellement historique. Sur le plan international, cela montre qu’il est prêt à participer à des élections et qu’il ne fuit pas ses responsabilités », explique-t-elle.
Sur le plan international, cette initiative est vue comme importante car elle renvoie la pression vers Donald Trump, qui accuse son homologue ukrainien d’utiliser la guerre comme prétexte pour éviter une élection et se maintenir au pouvoir. « En acceptant de préparer un cadre législatif, Zelensky contraint Trump à faire pression sur Vladimir Poutine afin d’obtenir un cessez-le-feu, que ce dernier a rejeté à plusieurs reprises ces derniers mois. Cela permet de mettre en évidence que l’obstacle à la paix n’est pas l’Ukraine, mais bien la Russie », note Olena Prokopenko.
Élection présidentielleDans le cas, très hypothétique, où une élection présidentielle pourrait se tenir avant la fin des hostilités, quelles chances Volodymyr Zelensky aurait-il de remporter le scrutin ? La probabilité d’une victoire du président sortant est « très forte », selon la chercheuse du German Marshall Fund, « non pas parce qu’il n’existe pas de griefs à son égard, mais parce que l’Ukraine a besoin d’une unité maximale pour résister à la pression de l’administration américaine dans le cadre des négociations de paix. Ses chances de victoire seraient aujourd’hui bien supérieures à ce qu’elles seraient après la guerre ».
La perspective pour Volodymyr Zelensky de remporter le scrutin est plus élevée aujourd’hui, abonde Volodymyr Fessenko : « Les citoyens qui lui sont favorables ou neutres évaluent positivement son rôle comme chef de la politique étrangère et commandant en chef. Après la guerre, surtout s’il devait conclure un accord de paix perçu comme défavorable, ses chances pourraient diminuer. »
Dans ces conditions, certaines figures de l’opposition estiment que Volodymyr Zelensky pourrait être tenté d’organiser au plus vite des élections. Conformément aux engagements pris par le président auprès de Donald Trump, la Rada, le Parlement ukrainien s’apprête à examiner la question de l’organisation d'élections. Cependant, « il existe une faible probabilité qu’un projet de loi sur les élections en temps de guerre voit le jour. Son adoption reste incertaine. Le scénario le plus probable pour l’an prochain serait la tenue d’élections uniquement si un accord de cessez-le-feu était conclu au premier semestre », pronostique Volodymyr Fessenko, qui constate que « même au sein du parti présidentiel Serviteur du peuple, nombreux sont ceux qui s’opposent à des élections en temps de guerre. Si l’opposition et les députés réticents se mobilisent, l’adoption d’une telle loi sera impossible », souligne le politologue.
En Ukraine, l’opinion publique estime, dans une très large majorité, qu’aucune des conditions sécuritaires, juridiques ou structurelles ne sont réunies pour organiser des élections, note Olena Prokopenko. « Les Ukrainiens comprennent que ce n’est pas le moment. Il n’existe aucune demande sociale en ce sens, et ce débat est principalement ravivé sous la pression de la Russie et des États-Unis ». Selon le sondage récent du KIIS, seuls 9 % des Ukrainiens soutiennent l’idée d’élections en temps de guerre.
À lire aussiGel du front, élections, Otan: ce que contient la dernière version du plan américain pour la paix en Ukraine
Il dit que la guerre entre la Russie et l'Europe a déjà commencé. Il souhaite envoyer un missile nucléaire sur Berlin. Intellectuel russe, proche des sphères du pouvoir, Sergueï Karaganov multiplie les déclarations chocs à l'égard du Vieux Continent, et semble davantage prêcher pour une Troisième Guerre mondiale que pour une paix en Ukraine. Avec quel poids au sein du Kremlin ?
« Notre véritable adversaire est bien l’Europe. » « Cette guerre ne prendra fin qu'avec une défaite morale et politique de l'Europe. » L'Europe, « redevenue l’expression la plus absolue du Mal qui ronge l’humanité. » Tels sont les mots crus que Sergueï Karaganov a lâchés au début de ce mois de décembre 2025 sur la première chaîne de télévision russe, et que la revue Le Grand Continent a traduits en français. Une intervention évidemment destinée aux Européens, qui, selon lui, n'ont plus assez peur de la Russie.
Pour cet intellectuel russe, « une façon de remettre les pendules à l'heure ce serait de se livrer à un tir d'arme nucléaire », relate Igor Delanoë, directeur adjoint de l'Observatoire franco-russe. « Ce serait un tir de démonstration. Le but ne serait pas de raser Kiev ou Varsovie. Mais sa grande théorie, c’est qu’il faudrait réinstiller la peur. »
Premier holà du Kremlin, qui nuance de fait l’influence de Karaganov : « C'est dans cette séquence-là qu'il a été manifestement recadré par la diplomatie russe. Elle lui a demandé de lever le pied sur ces éléments de langage », ajoute le chercheur à l’Iris.
Toujours est-il que cette escalade verbale coïncide avec l'escalade de ce qu'on appelle la guerre hybride. En cette fin d'année, la Russie est accusée d'incursions de drones, d'avions de chasse et même de sabotages à la bombe. Le tout dans le territoire de l'Union européenne.
La frange radicale d’une galaxie de commentateurs mainstreamSergueï Karaganov a une voix qui porte, mais dont il faut nuancer la portée. Le politologue n'est ni porte-parole du Kremlin, ni conseiller officiel. Il s'inscrit dans une nébuleuse de commentateurs, journalistes, intellectuels et autres propagandistes. Parmi eux, beaucoup se réclament proches de Vladimir Poutine. La prudence reste donc de mise.
« C'est très difficile de savoir qui a véritablement l'oreille de Vladimir Poutine », explique Cyrille Bret, chercheur associé à l'Institut Jacques Delors sur les enjeux relatifs à la Russie. « Ça participe d'ailleurs à la puissance du président russe : il ne laisse pas son entourage cartographié. »
Une chose est sûre : Sergueï Karaganov fait partie de l'élite russe. Il est reconnu pour son expertise sur la politique internationale. Aujourd’hui président d'honneur du bureau du Conseil pour la politique extérieure et de défense, il a une longue carrière de chercheur et de conseiller depuis les années 1980. En fait, il est l'un des intellectuels qui ont le mieux réussi la transition entre l'ère soviétique et celle de la Fédération de Russie.
Mais son discours radical n’en reste pas moins mainstream à Moscou. S'il a voix au chapitre, c'est parce qu'il sert le régime, comme l’indique Cyrille Bret :
« La première vocation d'une voix telle que celle de Karaganov ou de [Alexandre] Douguine, ou d'autres théoriciens, c'est d'abord de faire entendre la voix de la Russie. La Russie considère qu'elle a été réduite au silence. Et c'est pour cette raison que des déclarations fracassantes servent l'intérêt national russe tel que Karaganov l'interprète : faire entendre la vision proprement russe, non occidentale, des relations internationales et des rapports entre la Russie et l'étranger. »
De la doctrine Karaganov à l’eurasianisme2022 a été une rupture pour Karaganov. Après l’invasion russe de l’Ukraine, il se détourne complètement de l'Occident, qu'il considère minoritaire. L'heure est à « une majorité globale » dirigée par la Russie. Son mépris pour l’Europe s’accentue tellement qu'il prône une stratégie sino-russe. Au point de devenir un chantre de l'eurasianisme.
« Il appelle même à déplacer la capitale du pays pour matérialiser ce tournant ! », note Igor Delanoë. « Il veut bâtir une nouvelle capitale en Sibérie, de l'autre côté de l'Oural, qui permettrait d'ancrer dans la géographie ce tournant avec une capitale orientale au sens géographique du terme. »
S'il veut laisser tomber l'Europe, c'est parce que, selon lui, le libéralisme a fait son temps. Les démocraties ne sont bonnes qu'à s'écrouler. L'Occident s'enfonce dans la décadence par la surconsommation, la mondialisation et le transhumanisme. Lui, décrit la Russie comme un empire asiatique.
Finalement, le seul intérêt que Sergueï Karaganov continue de voir en Europe, c’est son vœu historique de récupérer les anciennes parties de l’Union soviétique. Il a même donné son nom à ce courant : la doctrine Karaganov. Elle postule que la Russie doit défendre les droits des ethnies russes dans les pays voisins. Un discours que partage Vladimir Poutine.
À lire aussiGuerre en Ukraine: Vladimir Poutine assure que «la balle est dans le camp» de ses adversaires
Plus de deux mois après sa victoire sans appel aux élections législatives avec 35% des voix pour son parti ANO, Andrej Babis a été nommé, ce mardi 9 décembre, Premier ministre de la République tchèque. Le milliardaire de 71 ans retrouve la direction du gouvernement après quatre années dans l’opposition, et un virage à droite toute pour cet admirateur déclaré de Donald Trump.
C’est un « come-back » politique impressionnant : après avoir passé quatre ans dans les rangs de l’opposition et subi plusieurs enquêtes pour détournements de fonds, Andrej Babis est de nouveau nommé à la tête du gouvernement tchèque. Toute ressemblance avec Donald Trump est parfaitement assumée et même revendiquée par cet homme d’affaires septuagénaire qui a multiplié les références au président américain durant la campagne électorale. La première de ces références étant bien sûr son statut de milliardaire et d’entrepreneur, d’homme d’affaires « contraint » d’entrer en politique pour gérer l'État comme on gère une entreprise. « C'est l’un de ces entrepreneurs qui, à un moment donné, a considéré que son influence économique ne suffisait plus et qui décide de s’impliquer personnellement dans la vie politique, décrypte Jana Vargovcikova, maîtresse de conférences à l’Inalco. Il a créé son parti en 2011, le parti ANO… Les politistes parlent d’un parti-entreprise, c’est-à-dire qu’il ne faut pas imaginer des dynamiques internes, une implantation locale. C’est le chef qui a le dernier mot et qui constitue son équipe autour de lui, comme bon lui semble. »
À lire aussiRépublique tchèque: le milliardaire Andrej Babis nommé au poste de Premier ministre
Virage à droiteLa comparaison avec Donald Trump ne s’arrête pas là : comme le président américain, Andrej Babis a dirigé une première fois le pays, de 2017 à 2021, et a ensuite perdu les élections avant de triompher dans les urnes quatre ans plus tard. Et comme Donald Trump, il s’est radicalisé entre son premier et son deuxième mandat. Un virage vers la droite populiste qui n’avait rien d’évident. « N’oublions pas que, jusqu’aux élections européennes de 2024, son parti ANO était associé aux libéraux à Strasbourg, rappelle Jacques Rupnik, directeur de recherches à Sciences-Po Paris. Il a ensuite changé de casquette. C'est le cas de le dire puisqu’il arbore désormais la casquette rouge de Donald Trump. Au Parlement européen, son parti siège maintenant avec les Patriotes de Viktor Orban. Il y a donc un déplacement vers la droite populiste – sans en partager les excès, mais en jouant très clairement sur la fibre nationale-populiste. »
Avec une inquiétude à la clé pour les partenaires européens de la République tchèque : Andrej Babis va-t-il jouer les trouble-fêtes à Bruxelles, à l’image de Viktor Orban, le dirigeant hongrois dont il se dit proche ? « On peut s’attendre raisonnablement à ce qu’il s’oppose aux politiques environnementales du Pacte Vert, et qu’il assume une position très conservatrice sur les politiques d’immigration et d'asile », pointe Jana Vargovcikova. « Sur la question du soutien à l’Ukraine en revanche, c’est plus flou. Il a promis de réduire le soutien de Prague à l’Ukraine durant la campagne électorale… mais l’incertitude demeure sur ce point et il n’est pas certain qu’il se mette aux côtés d’Orban pour créer des situations de blocage au moment de renouveler ou d’augmenter l’aide à Kiev. »
Un pragmatique, pas un idéologueAccusé par ses adversaires politiques et par le Premier ministre sortant, le libéral Pietr Fiala, de vouloir éloigner Prague de son axe européen et occidental, Andrej Babis s’en défend. Dès le soir de sa victoire électorale, le 4 octobre dernier, il réaffirme sa volonté de maintenir l’ancrage européen et atlantiste de son pays et rejette fermement toute velléité de rapprochement avec Moscou. « De toute façon, il n’ira pas chercher la confrontation à Bruxelles parce qu’il est essentiellement pragmatique et qu’il n’a aucun intérêt, en tant qu’homme d’affaires, à s’éloigner de l'UE », souligne Jacques Rupnik. « Son entreprise agro-alimentaire opère dans plusieurs pays de l'Union européenne, dont l'Allemagne, l'Autriche, la Hongrie, etc. Il sera un compagnon de route des Trumpistes européens, tels qu’ils se mettent en place avec le mouvement des Patriotes au Parlement européen. Mais ce n’est pas un idéologue, il n’a pas pour mission de sauver ou de détruire l’Europe. » Un premier test de ce « Babis bis » se jouera dès le 18 décembre à Bruxelles, où le milliardaire tchèque retrouvera les conciliabules du Conseil européen. À l’ordre du jour, notamment, le financement de l’aide à l’Ukraine par le biais des avoirs russes gelés. Un excellent révélateur des intentions, à l’international, du nouveau Premier ministre tchèque.
À lire aussiGuerre en Ukraine: «L’utilisation des avoirs russes gelés serait un pas audacieux de l’Union européenne»
De retour de Moscou, Steve Witkoff, l’envoyé spécial de Donald Trump, devait rencontrer ce vendredi 5 décembre en Floride le négociateur en chef ukrainien Roustem Oumerov. Depuis la démission du chef du bureau du président Andrii Yermak sur fond de scandale de corruption, le chef du Conseil national de défense et de sécurité a pris la tête de la délégation ukrainienne pour les négociations de paix avec les Américains. Considéré comme un négociateur chevronné, Roustem Oumerov a aussi quelques points faibles.
L’ancien ministre de la Défense n’en est pas à sa première mission diplomatique. Il a été membre de la délégation ukrainienne lors des négociations avec la Russie dès 2022. Il a aussi participé aux pourparlers sous l’égide de la Turquie et de l'ONU, qui ont débouché sur un accord pour débloquer les exportations céréalières en mer Noire et a joué un rôle dans les négociations qui ont abouti à des échanges de prisonniers de guerre et de civils. Musulman, Roustem Oumerov est né en Ouzbékistan soviétique, dans une famille de Tatars de Crimée déportée de la péninsule sur ordre de Staline. Cheveux rasés, visage rond, barbe de trois jours, carrure épaisse, toujours vêtu d’un treillis militaire, ce polyglotte a aussi participé cette année à deux cycles de pourparlers à Istanbul avec la délégation russe. Et il était déjà présent en Floride le mois dernier, lorsque le plan de paix en 28 points a fait surface. « C’est un négociateur pas facile, assez compétent, persévérant et méthodique. Il est entré dans le processus de négociation notamment grâce à ses liens étendus avec le monde islamique, puisqu’il est issu du peuple tatar de Crimée. La Turquie lui était donc proche, il s’y sentait à l’aise, et il s’est révélé dans son travail comme un négociateur sérieux et respecté », note le politologue ukrainien Ruslan Bortnik. « Il est l’une des figures de négociation les plus importantes dont dispose encore le président », après la démission du chef de son administration qui menait aussi les discussions internationales pour la partie ukrainienne.
À lire aussiUkraine: Roustem Oumerov, un «incorruptible» au ministère de la Défense
RéformateurLorsqu’il a pris le portefeuille de la Défense en 2023, en remplacement d’Oleksiy Reznikov, empêtré dans une affaire de corruption, la société civile, dans l’ensemble, avait applaudi, voyant en Rustem Oumerov, un réformateur qui pourrait mettre de l’ordre dans ce ministère et en particulier dans les achats de matériel militaire. Député du parti libéral d’opposition Holos entre 2019 et 2022, il avait été à la tête de la commission parlementaire chargée de contrôler les livraisons d’armes occidentales, s’y forgeant une réputation de militant anti-corruption qu’il a consolidée en tant que directeur du Fonds des biens d’État, le principal fonds de privatisation du pays. Mais, les attentes de la société civile ont été déçues. « Sa nomination comme ministre de la Défense a été une erreur », affirme Daria Kaleniuk, directrice et fondatrice de l'Anti-Corruption Action Centre (AntAC). « Notre organisation et moi-même avons reconnu que nous nous étions trompés dans notre évaluation de Roustem Oumerov. Nous l’avons fortement critiqué pour sa gestion défaillante du ministère. En réalité, il ne gérait rien du tout. C’était devenu un véritable "ministère du chaos" ». Selon l’experte, l’ancien ministre de la Défense aurait même annulé certaines de ses propres réformes dans le domaine des achats militaires. Sous pression, Roustem Oumerov avait fini par quitter le ministère l’été dernier pour prendre la tête du Conseil de défense et de sécurité nationale, un changement présenté comme une promotion.
À lire aussiUkraine: Roustem Oumerov nommé nouveau ministre de la Défense par le président Zelensky
« Ministère du chaos »Sa nomination comme négociateur-clé avec les Américains est intervenue après son audition par le Bureau national anticorruption (NABU), le 26 novembre, dans le cadre du vaste scandale dans le secteur de l’énergie. Cette affaire, dont toute l'ampleur n'a pas encore été révélée et qui a poussé à la démission Andrii Yermak, le bras droit du président, a pour personnage principal l’homme d'affaires en fuite Timour Minditch. Selon le NABU, ce dernier est soupçonné d’avoir influencé des décisions de hauts responsables du gouvernement, dont l’ex-ministre de la Défense, Roustem Oumerov. Entendu en tant que témoin, il n’a jusque-là pas fait l’objet d’accusations. « Il est possible que cette nomination doive aussi être perçue comme une tentative du président de protéger une figure politique dont il a besoin », note Ruslan Bortnik, soulignant que le président ukrainien avait utilisé une méthode similaire avec son chef de l’administration.
Le NABU n’a pas encore révélé tous les détails des heures d’enregistrements auxquelles il a eu accès. « Nous nous attendons à de nouvelles révélations, notamment concernant Fire Point — une société considérée comme contrôlée par Timour Minditch, qui a reçu d’énormes contrats du ministère de la Défense pour des drones et le projet de missile "Flamingo". De nombreuses questions se posent à propos de cette entreprise », souligne Daria Kaleniuk. Pour la militante anti-corruption, la désignation de Roustem Oumerov comme principal négociateur ukrainien dans les pourparlers de paix est « une très mauvaise décision », en raison d’un « conflit d’intérêts potentiel : il pourrait utiliser ces négociations pour se maintenir au pouvoir ou éviter des poursuites. Ses intentions pourraient ne pas être alignées sur les intérêts de l’Ukraine mais sur les siens. » La directrice de l'ONG Anti-Corruption Action Center, « Zelenskyy devrait démettre Oumerov de ses fonctions sans attendre qu'il soit inculpé ou qu'il fasse l'objet d’enquêtes. Il n'est tout simplement pas la personne en qui les Ukrainiens ont confiance ».
Si Roustem Oumerov a été entendu en tant que témoin, sans qu’aucune accusation ne soit formulée à son encontre, sa situation pose un problème, selon Ruslan Bortnik. « Le chef de la délégation ukrainienne se retrouve dans une position vulnérable, d’un côté en raison des enquêtes anti-corruption, et de l’autre, parce que sa famille vit aux États-Unis ». Plusieurs organisations de la société civile ont affirmé que la famille de Roustem Oumerov possédait plusieurs propriétés de luxe aux États-Unis — une affirmation que lui et son service de presse démentent. Selon une enquête récente de l’ONG AntAC, la famille Oumerov posséderait ou louerait plusieurs biens immobiliers outre-Atlantique : trois appartements en Floride, un appartement à New York, et quatre villas près de Miami. « Tous ces biens n’ont pas été déclarés conformément à la législation ukrainienne, or nous disposons de preuves provenant de registres publics américains et de certains registres non publics. Nous connaissons exactement les adresses des villas et des appartements », affirme Daria Kaleniuk, « et on ne sait absolument pas d’où proviennent les fonds permettant un tel train de vie ».
En Russie, la chanteuse Naoko, 18 ans, est devenue, peut-être malgré elle, un symbole. La musicienne de rue, de son vrai nom Diana Loguinova, a été, une nouvelle fois, condamnée, le 11 novembre 2025, à une peine de 13 jours de prison, comme son guitariste Alexandre Orlov. Les jeunes musiciens venaient de purger deux peines similaires. Leurs performances publiques, où ils interprètent des chansons de musiciens russes opposés au pouvoir, leur valent des ennuis judiciaires en cascade.
Étudiante au conservatoire en classe de piano, Diana Loguinova aime aussi se produire dans la rue, où elle chante, derrière son piano électrique, aux côtés d’un guitariste, Alexandre Orlov, son fiancé, et d’un percussionniste. Avec son visage aux traits poupins, ses cheveux décolorés et ses grandes lunettes aux montures translucides, Naoko et son groupe Stoptime a commencé à chanter à Saint-Pétersbourg en août dernier. La vidéo du concert sur la perspective Nevsky a activement circulé sur les réseaux sociaux et le groupe nouvellement créé a vite gagné en notoriété, attirant des dizaines de spectateurs à chacune de ses performances. Interpelés le 15 octobre, les trois musiciens ont été condamnés à 13 jours de détention pour « trouble à l’ordre public », puis, pour « discrédit » de l’armée russe. À l’issue de cette peine, le batteur du groupe, Vladislav Leontiev, âgé de 18 ans, a été libéré, mais Diana et Alexandre ont été condamnés une troisième fois pour avoir organisé un « rassemblement de masse » sans y être autorisés. Amnesty international estime dans un communiqué que des jeunes gens sont punis « pour leurs performances, qui ont apporté une bouffée d'air frais dans un pays étouffé par la répression et l'autocensure ».
Cette pratique des condamnations à des peines d’emprisonnement dites « administratives » pour des motifs souvent futiles ou contestables, comme celui d’avoir gêné la circulation des piétons, a été surnommée « le carrousel », par les défenseurs des droits humains. Son but : effrayer les militants. « Nous constatons que cette pratique est utilisée de plus en plus activement dans les affaires politiques », note Oleg Kozlovsky, chercheur pour la Russie dans les domaines de la liberté d'expression, de rassemblement et des crimes contre les activistes pour Amnesty International. « Contrairement aux affaires pénales, ces cas ne nécessitent qu'un minimum de travail et de préparation. Les tribunaux n’examinent pratiquement aucune preuve. À l'expiration de leur peine, les personnes sont immédiatement arrêtées pour un autre motif. Dans la pratique, elles peuvent donc passer plusieurs mois en détention administrative », explique Oleg Kozlovsky.
Cette méthode des petites peines qui s’accumulent permet aux autorités de garder la personne sous pression et de se donner la possibilité de rassembler un dossier pour ouvrir une affaire pénale. « Le comportement des autorités indique que la décision concernant Diana et les musiciens de rue en général n'a pas été prise au Kremlin », estime le critique musical Artemi Troïtsky. « D'une part, les autorités veulent les punir sévèrement et intimider la population. D'autre part, elles craignent que cela ne provoque une réaction forte, de nouveaux actes de solidarité ».
De jeunes gens ordinairesNaoko et son groupe ont reçu une vague de soutien à travers de pays : des musiciens leur ont emboité le pas, certains ont été arrêtés et condamnés, comme eux, à des peines de prison. Des affiches avec le visage de la chanteuse ont fleuri dans l’espace public et les vidéos et photos se multiplient sur les réseaux sociaux. « Cette histoire réfute le mythe que les autorités russes s'efforcent de promouvoir, à savoir que l'ensemble de la société russe approuve la guerre ou, du moins, n'y est pas opposée et que tous ceux qui s'y opposent sont une poignée d'agents étrangers rémunérés, qui ont tous quitté le pays. On voit ici des jeunes gens ordinaires qui sortent dans la rue et qui attirent des foules de plus en plus importantes », affirme Oleg Kozlovsky.
Si les autorités russes s’en prennent aux musiciens de rue qui portent des messages pacifistes ou critiques du pouvoir, c’est aussi parce qu’ils portent un caractère d’imprévisibilité, estime Artemi Troïtsky, ancien guitariste du groupe rock expérimental Zvuki Mu, qui a participé, dans les années 1980, à l’organisation des petits concerts improvisés entre musiciens en marge des circuits officiels dans des appartements, surnommés « kvartirniki ». « La musique de rue n'a rien à voir avec les concerts dans des appartements, où un cercle très étroit de personnes se réunit et où tout le monde se connaît plus ou moins », note le journaliste musical, désigné par la justice russe « agent de l’étranger ». « Ce type d’événement n’intéresse par le pouvoir. Ce qui les inquiète en revanche, ce sont ces musiciens de rue qui attirent un grand nombre de personnes, aux profils très variés. Tout cela est imprévisible et cela fait peur aux forces de sécurité ».
Dans un entretien à un média local, Diana Loguinova a expliqué que l’art était la seule façon de pouvoir exprimer sa pensée, confiant qu’elle avait peur de chanter des chansons interdites, mais que c’était un « devoir ». À travers ses concerts de rue, la jeune musicienne dit apporter de la chaleur et de l’espoir. « Si ce type d'îlots de liberté prend de l'ampleur, cela peut être dangereux pour le régime. Et c'est pour cela qu'il coupe à la source toute tentative d'expression civique », note Olga Prokopieva, directrice de l’association Russie-Liberté, soulignant que la rapide notoriété de Naoko « montre que les jeunes ont envie d'écouter de la musique qu’ils aiment, avec des paroles qui ont une résonance, des paroles de chanteurs qui ont dû s'exiler parce qu'ils étaient réprimés par le régime, parce qu'ils portaient un message à travers leur musique ».
Reprises de chansons d'"agents de l'étranger"Parmi les morceaux les plus discutés, repris par le groupe Stoptime : « Coopérative Lac des cygnes », du rappeur Noize MC, déclaré « agent de l’étranger », qui vit en exil. Cette chanson a été interdite en mai 2025, en Russie, pour avoir « suscité une attitude négative envers les représentants du pouvoir russe, le président russe et ses partisans », mais la décision du tribunal n'interdisait pas l'interprétation de la chanson elle-même. Ses paroles appellent, entre les lignes, au renversement du régime. Le ballet de Tchaïkovski était diffusé lors de la mort de dirigeants soviétiques ou encore le 19 août 1991, jour de l’effondrement de l’URSS. Par ailleurs, la coopérative « Ozero », qui signifie lac en russe, est une société créée dans les années 1990 par Vladimir Poutine pour construire quelques luxueuses datchas au bord d’un lac de Carélie avec des amis, Vladimir Iakounine, Iouri Kovaltchouk, Nikolaï Chamalov, Guennadi Timtchenko, devenus depuis, les représentants de l’élite économique du pays. La coopérative « Ozéro » symbolise la corruption dans les hautes sphères du pouvoir. Dans une interview, Diana Loginova a déclaré que le groupe interprétait rarement cette chanson et ne l'enregistrait pas. Mais la vidéo où l’on voit Naoko devant une foule de jeunes chantant et dansant sur les paroles de Noize MC est devenue virale. Plusieurs personnalités, parmi lesquelles un élu local, un rappeur pro-pouvoir ou encore la journaliste Marina Akhmedova, membre du Conseil des droits de l'homme auprès du président, ont écrit des dénonciations.
Autre chanson qui heurte les défenseurs du Kremlin, « Tu es soldat », de Monetotchka, artiste en exil, elle aussi désignée « agent de l’étranger ». « Tu es soldat/Et quelle que soit la guerre dans laquelle tu te bats/Pardonne-moi, je serai de l'autre côté », dit le refrain. Invitée du forum organisé par l’association Russie-Libertés, à Paris, en octobre, l’artiste pop a repris cette chanson. « La salle était pleine, les gens pleuraient tellement ces paroles sont fortes », se remémore Olga Prokopieva, « ces morceaux étant interdits en Russie, quand des chanteurs de rue les reprennent, on voit que ça résonne dans l'esprit des jeunes et c'est encourageant ». Le groupe fait de nombreuses reprises, y compris d'artistes en odeur de sainteté au Kremlin, mais ce sont précisément les morceaux d'artistes « agents de l'étranger » qui ont recueilli des dizaines de milliers de likes.
Présente à toutes les audiences, pour soutenir sa fille, la mère de Diana Loguinova n’a fait que de courtes déclarations à la sortie du tribunal. Dans une interview à l’agence de presse progouvernementale Regnum, elle a déclaré qu’elle chantait ces chansons « pour faire le buzz », insistant sur le fait qu’elle se produisait souvent lors d'événements consacrés au Jour de la Victoire, interprétant des compositions patriotiques. La mère de Diana a également indiqué que sa famille comptait des combattants des forces armées russes qui participent à « l’opération militaire spéciale », terme officiel pour désigner la guerre en Ukraine.
Naoko avait-elle conscience des risques encourus et de la charge qu’elle porte en chantant des chansons aux paroles chargées de sens ? « Je pense qu'elle est devenue un symbole, peut-être malgré elle, mais en grande partie grâce aux efforts des autorités russes. Certes, des vidéos sont devenues virales, mais si elles n'avaient pas réagi de manière aussi disproportionnée à la menace qu'elles ont perçue, les choses n’auraient pas pris une telle ampleur », affirme le chercheur Oleg Kozlovsky. La jeune chanteuse, aujourd’hui derrière les barreaux, l’a dit : elle avait juste envie de se produire en public et chanter des chansons qu’elle aime et qui lui parlent. « Elle chante des chansons qui ont un sens ou qui le touchent tout simplement, comme elles nous touchent tous. Et le naturel et la vérité viennent toujours au-dessus du mensonge et de la propagande », note Olga Prokopieva, appelant à la mobilisation pour venir en aide à ces musiciens. « Si nous, les Russes en exil, mais aussi les pays démocratiques européens, ne protégeons pas ces îlots de liberté, le régime finira par les étouffer ».
L'ancienne présentatrice de la télévision régionale de Valence a témoigné, lundi 3 novembre 2025, devant la juge chargée de l'enquête sur la gestion des inondations meurtrières du 29 octobre 2024. Un an après la catastrophe, pour avoir déjeuné avec le président de la région Carlos Mazon, Maribel Vilaplana reste au cœur d'un scandale né dans les semaines qui ont suivi le drame.
Cédant à la pression des proches de victimes qui l'accusent d'avoir sous-estimé la catastrophe et d'avoir tardé à réagir, Carlos Mazon a fini par présenter sa démission, lundi 3 novembre, plus d'un an après les inondations qui ont provoqué la mort de 229 personnes dans la région de Valence. L'annonce du président conservateur de la région de Valence a coïncidé avec le témoignage, devant la justice espagnole, d'une personnalité impliquée malgré elle dans cette affaire : la journaliste Maribel Vilaplana.
De son propre aveu, celle-ci s'est trouvée, ce jour-là, « au pire endroit, au pire moment, avec la pire personne ». De 15h à 18h45, ce 29 octobre 2024, elle passe près de quatre heures avec Carlos Mazon à la table d'El Ventorro, un restaurant chic de Valence, alors que les inondations sont en train de semer la mort et la destruction dans plusieurs localités de la région. Durant ces quatre heures, au lieu de gérer la crise, Carlos Mazon est resté attablé avec Maribel Vilaplana, tardant à prendre les mesures qui s'imposaient. « Tu vas au restaurant, tu regardes ton téléphone, tu vois tous les appels, tous les messages sur ce qui est en train de passer… Et tu continues à faire ton truc, à manger, à boire comme si de rien n'était ? », s'étrangle Ernesto Martinez Alfaro, un habitant de Valence qui a perdu deux de ses proches dans la catastrophe.
Dans les mois qui suivent les inondations, cette colère va se diriger contre Carlos Mazon bien sûr, mais aussi, par ricochet, contre la personne qui a passé cet après-midi fatidique avec lui. Avec ses longs cheveux blonds et son sourire éclatant, Maribel Vilaplana était une célébrité locale avant même que n'éclate le scandale. « Elle était une journaliste connue, non pas au niveau national, mais ici dans la région de Valence », pointe la journaliste Laura Ballester Beyneto, qui a suivi toute l'affaire pour le journal régional Levante. « Elle a fait pratiquement toute sa carrière à la télévision régionale. Puis, elle est devenue conseillère en communication… et elle s'est mise à présenter ou à organiser des évènements publics ici, à Valence », poursuit-elle. Âgée de 50 ans, mère divorcée de deux enfants, Maribel Vilaplana a vu sa vie basculer après ce déjeuner devenu un « scandale dans le scandale » – en partie parce que les principaux protagonistes ont d'abord tenté de le cacher, puis de le minimiser.
À lire aussiInondations de 2024 en Espagne: Carlos Mazón, le président de la région de Valence, démissionne
Un déjeuner « strictement professionnel »De nombreuses rumeurs ont circulé sur les réseaux sociaux, notamment sur la nature de cette rencontre. Pourtant, la journaliste affirme que Carlos Mazon l'a invitée pour des raisons strictement professionnelles – pour lui proposer, a-t-elle expliqué, de diriger la chaîne de télévision régionale, proposition qu'elle assure d'ailleurs avoir refusée. En tout cas, lors de son audition devant la juge chargée de l'enquête, la journaliste a répété qu'à aucun moment, elle n'a parlé des inondations avec le responsable politique. Elle a précisé en revanche qu'à plusieurs reprises, Carlos Mazon s'est écarté pour répondre à des appels téléphoniques. « Son témoignage a été utile et a permis de clarifier certains détails, décrypte Laura Ballester Beyneto. Comme le fait que le président de la région répondait à des messages, qu'il prenait des appels… Il avait été dit à un moment qu'il était coupé du monde parce qu'il n'avait pas de réseau. Donc, cette déclaration confirme qu'en réalité, il était joignable à tout moment. »
Autre élément apporté par la journaliste : celle-ci affirme avoir été raccompagnée par le président de la région jusqu'au parking où était garée sa voiture. Après avoir changé plusieurs fois de versions sur la durée du déjeuner, elle fixe à 18h45 l'heure à laquelle elle se sépare de Carlos Mazon. À la fin de leur rencontre, ils discutent du club de football dont la journaliste assure la communication, et le président de la région rejette plusieurs appels téléphoniques venant de son administration.
C'est un point crucial, car les autorités locales ont attendu 20h17 pour envoyer aux habitants de la région le texto d'alerte qui aurait pu sauver des vies, s'il avait été envoyé plus tôt dans la journée. Carlos Mazon était-il en mesure de prendre la décision plus rapidement, et était-ce à lui de le faire ? Les proches des victimes en sont persuadés et ils demandent à la justice espagnole de s'emparer de cette question. « Pour moi, c'est un assassin… et il devrait rendre des comptes, et finir en prison, souffle Ernesto Martinez Alfaro. Ma sœur est morte, le corps de ma nièce n'a jamais été retrouvé et c'est lui qui en est responsable ! »
« Une mauvaise décision »De son côté, Maribel Vilaplana maintient qu'elle-même n'était pas consciente de ce qui se passait à l'extérieur du restaurant. « Quand elle s'est rendu compte, plus tard dans la soirée, de ce qui s'était passé, elle a paniqué et a demandé à Carlos Mazon de ne pas mentionner son nom, raconte la journaliste Laura Ballester Beyneto. Il a fallu attendre 78 jours pour que cela se sache, et à ce moment, l'attention s'est portée vers elle. Cela a été très dur, très éprouvant pour elle… Elle a évité de s'exprimer publiquement, a communiqué par l'intermédiaire de tiers et, finalement, en septembre dernier, elle a publié une lettre ouverte après dix mois de silence. Je crois que ces silences, ces demi-vérités et ces mensonges ont aggravé la situation autour de cette question. »
Harcelée sur les réseaux sociaux et conspuée quand elle apparaît en public, Maribel Vilaplana regrette aujourd'hui d'avoir d'abord menti sur sa présence au restaurant et d'avoir changé plusieurs fois de versions sur la durée du déjeuner. « C'était une mauvaise décision, a-t-elle déclaré devant la juge chargée de l'affaire, et si j'avais su, je ne l'aurais jamais prise. »
Maribel Vilaplana restera un témoin pour la justice, mais un témoin seulement. Carlos Mazon, lui, pourrait être poursuivi pour sa gestion de la catastrophe – il faudra néanmoins, pour cela, que son immunité de parlementaire régional soit levée. Or, malgré sa démission de la présidence de région lundi 3 novembre, il conserve pour l'instant le mandat d'élu qui le met à l'abri d'éventuelles poursuites.
La nouvelle présidente de la République d'Irlande a été élue la semaine dernière. Catherine Connolly, candidate indépendante, soutenue par tous les partis de gauche, a obtenu plus de 63% des voix. Une victoire écrasante pour une candidate radicalement de gauche.
Catherine Connolly, une ancienne avocate de 68 ans, est originaire de la banlieue de Galway, à l'ouest du pays. Elle naît dans une famille de quatorze enfants. Son entrée en politique se fait d'abord sous la bannière du Parti travailliste, qu'elle quitte pour devenir indépendante. Députée de la circonscription de Galway-Ouest depuis 2016, son profil surprend dans le paysage politique irlandais. « Elle est sans doute la députée irlandaise la plus à gauche, explique Gary Murphy, professeur de sciences politiques à l'université de Dublin, une indépendante avec un sacré passif d’activisme de gauche, qui a passé sa carrière dans l'opposition, et n'a jamais cherché à rejoindre une coalition gouvernementale. »
Lors de l'élection, elle a obtenu plus de 63% des suffrages. Loin derrière elle, sa seule rivale, Heather Humphreys, du parti de centre droit le Fine Gael, a obtenu un peu moins de 30% des voix. Une victoire surprenante, car avant l'élection, Catherine Connolly était une personnalité politique de second plan. « Elle a un ancrage local dans la circonscription de Galway, indique Gary Murphy. Mais sur la scène nationale, avant l'élection présidentielle, elle était vue comme une figure politique marginale, elle n'avait pas un profil très connu, très public. Quand elle a annoncé sa candidature en juillet dernier, beaucoup de personnes, et j'en fais partie, étaient sceptiques. »
Une candidate dissidenteUn des éléments pour comprendre la victoire de cette figure politique de second plan est en partie sa position de dissidente. Catherine Connolly ne porte pas de bilan. Face à elle, sa rivale, Heather Humphreys, était membre du gouvernement actuel, un gouvernement impopulaire.
« Humphreys, c'est une femme politique avec cette prudence, voire certaines fois une langue de bois, qui ne suscite pas d'intérêt particulier », décrypte Christophe Gillissen, professeur d’études irlandaises à l’université de Caen Normandie. « Donc le contraste avec Connolly, qui défend des positions sur l'environnement, c'est devenu quelque chose de très largement accepté malgré tout, mais le fait qu'elle le défende depuis longtemps, et avec sincérité, le fait qu'elle croit en certaines causes, ont montré qu'il y avait là une vraie personne et pas une apparatchik, si j’ose dire », ajoute-t-il.
Catherine Connolly a également bénéficié d'une union de tous les partis de gauche, notamment du Sinn Féin, le parti qui promeut la réunification de l'Irlande, et une des forces politiques les plus importantes du pays.
Des positions radicales en matière de politique étrangèreDurant sa campagne, Catherine Connolly a défendu l'idée de l'Irlande comme une terre d'opportunités et d’accueil pour les migrants. Elle a aussi déploré les politiques du logement du gouvernement, un secteur en crise dans le pays. Mais elle s'est surtout illustrée par ses déclarations radicales en matière de politique étrangère. Elle a dénoncé le génocide à Gaza. « Elle a dressé un parallèle entre la militarisation de l'Allemagne actuelle et celle qui a eu lieu dans les années 1930, elle a critiqué l'invasion russe en Ukraine, mais elle a dans le même temps critiqué le déploiement de troupes de l'Otan en Europe de l'Est, liste Gary Murphy de l’université de la ville de Dublin. Ses opinions ne sont pas les plus communes. »
Catherine Connolly a été durant sa campagne une candidate de rupture, qui a suscité de l'espoir, en particulier chez les jeunes Irlandais. Mais la fonction présidentielle est essentiellement symbolique en Irlande. Catherine Connolly accueillera des dirigeants étrangers lors des visites officielles, elle prononcera des discours qui résonneront sans doute chez ses sympathisants, mais elle n'aura pas de pouvoir exécutif.
Elle a promis d'être la présidente de tous les Irlandais, qu'ils aient voté pour elle, ou non. C’est sans doute là que réside sa tâche la plus importante. L’Irlande est extrêmement divisée, et l’abstention a atteint presque 55% la semaine dernière.
À lire aussiIrlande: donnée favorite, Catherine Connolly élue nouvelle présidente du pays
Élu avec 62% des voix dimanche 19 octobre à la présidence de la République turque de Chypre-Nord (RTCN), Tufan Erhürman a largement battu le président sortant soutenu par la Turquie. Juriste de formation, le nouveau dirigeant chypriote turc souhaite relancer les négociations avec le Sud et résoudre un conflit enlisé depuis plus de 50 ans.
Les sondages laissaient présager une victoire, mais pas de cette ampleur. Avec 62,7% des voix contre 35,8% à son adversaire, le candidat du Parti turc républicain (centre-gauche) a infligé une cuisante défaite à Ersin Tatar, le président sortant. Âgé de 55 ans, Tufan Erhürman n’avait que trois ans quand la Turquie a lancé l’opération Attila, le 20 juillet 1974, provoquant la partition de l’île. Or, en battant largement le candidat soutenu par la Turquie de Recep Tayyip Erdogan, il relance l’espoir d’une solution négociée et d’une réunification des deux Chypre… « Il a fait ses études dans une université très réputée en Turquie et il est très respecté dans les milieux académiques et juridiques, rappelle Sertaç Sonan, professeur de sciences politiques à l’Université internationale de Chypre. Durant la campagne électorale, il a su rassembler sans polariser les opinions. Sa campagne était très sérieuse, très disciplinée. Avec un message clair : "Nous promettons la respectabilité, l’égalité, la méritocratie". Je dirais que cela a séduit l'ensemble de la communauté chypriote turque, à gauche, mais aussi au centre. »
À lire aussiChypre divisée: les racines d’une scission vieille de 50 ans
Le « ras-le-bol » des électeursTufan Erhürman a aussi bénéficié des erreurs commises par son adversaire, Ersin Tatar ayant résolument rejeté toute idée de négociation avec le Sud durant son mandat, et pris parti pour une solution « à deux États ». « Les partisans d’une solution négociée et de la réconciliation avec le Sud se sont lassés de la politique menée par Ersin Tatar, décrypte Mete Hatay, consultant au centre de recherche PRIO à Nicosie. Et ils ont l’impression que cette politique isolationniste, alignée à 100% sur la Turquie, allait éloigner encore plus les Chypriotes turcs d’une perspective de dialogue international. » Les facteurs internes ont également joué un rôle dans la défaite du président sortant, ajoute la journaliste chypriote Rally Papageorgiou. « Les électeurs en ont eu assez de la corruption, et de la mainmise de la Turquie sur l’économie. La question du voile pour les lycéennes a pesé également… Car la société chypriote turque est attachée à la laïcité et s’inquiète de l’orientation prise par la Turquie sur cette question. Ce qui a aidé enfin Tufan Erhürman c’est la très forte présence des responsables turcs, durant la campagne, auprès de son adversaire : les Turcs chypriotes n’ont pas envie d’être étouffés par la Turquie ! »
À écouter aussiChypre Nord : 50 ans après les espoirs vains d'une réunification
Une « période de grâce » d’un anLe nouveau président de la RTCN s’est donc affirmé comme un partisan d’une reprise des négociations et d’une solution « fédérative » pour réconcilier les deux Chypre. Mais cette volonté pourra-t-elle aboutir ? Depuis 1974 et l’intervention militaire de la Turquie, de nombreuses tentatives ont lamentablement échoué… et le conflit s’est enlisé sans qu’aucune perspective de solution ne puisse être envisagée. Tufan Erhürman devra composer avec les Chypriotes grecs, qui ont rejeté au début des années 2000, par référendum, un premier projet de fédération. Il lui faudra également convaincre la Turquie, parrain aussi indispensable qu’incontournable. Or, sur ce point, la position inflexible de Recep Tayyip Erdogan pourrait évoluer – c’est du moins l’analyse du politologue Sertaç Sonan. « N’oublions pas que la Turquie était favorable, de 2002 à 2017, aux négociations et à l’idée d’une fédération. Mais tout a changé en 2017, quand les derniers pourparlers ont échoué, en Suisse. Cela s’est produit après la tentative de coup d'État contre Erdogan : il s'est senti lâché par les pays occidentaux et il a adopté une politique étrangère plus agressive. Ensuite, au fil du temps, il a voulu améliorer ses relations avec ses partenaires dans la région et aussi avec les pays occidentaux. Il a rétabli ses relations avec l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l'Égypte. Il entretient de meilleures relations avec la Grèce. Je pense donc que Chypre est la seule pièce manquante dans ce tableau. »
Signe, peut-être, que le dirigeant turc n’est pas totalement fermé à l’idée d’une reprise du dialogue, sa réaction plutôt positive à la victoire de Tufan Erhürman. Le président turc a félicité le nouveau dirigeant, disant « espérer que ces élections seront bénéfiques pour nos pays et pour nos régions ». De son côté, Tufan Erhürman s’est voulu rassurant à l’égard de la Turquie, et ses premières déclarations en témoignent : « J’exercerai mes responsabilités, notamment en matière de politique étrangère, en concertation avec la Turquie. » Des discussions informelles entre les deux Chypre devraient être organisées sous l’égide de l’ONU d’ici à la fin de l’année. « L’élection de Tufan Erhürman précède la présidence chypriote de l’UE qui doit débuter le 1er janvier, note avec une pointe d’optimisme le chercheur Mete Hatay. Et il y aura sans doute une période de grâce d’un an pour enclencher des négociations sur une base solide… »
À écouter aussiChypre, un cas inédit en Europe
Il est devenu l’un des visages de l’Ukraine à l’étranger. Illia Zabarnyi est non seulement capitaine de l’équipe nationale, mais aussi l’un des piliers de la défense parisienne. Après son transfert au PSG cet été, le footballeur espère réaliser l’exploit en qualifiant son pays pour le Mondial de football.
Illia Zabarnyi a seulement 22 ans, mais déjà plusieurs vies derrière lui. Celle d’un adolescent qui grandit dans un pays menacé par la Russie – il a douze ans en 2014 lorsqu’il voit débarquer les réfugiés de Crimée ou du Donbass. Celle d’un gamin d’une banlieue déshéritée de Kiev qui rêve de ballon rond, de crampons et de gloire… sur les terrains de football. « Il a grandi dans un quartier un peu difficile de Kiev appelé Troyeshchyna, raconte le journaliste anglo-ukrainien Andrew Todos. Ses parents travaillaient très dur et ils vivaient dans des conditions assez modestes, dormant dans la même pièce pour économiser un peu d’argent. Mais malgré tout, il allait s’entraîner tous les jours au foot et il a commencé assez jeune à jouer pour des équipes du quartier… Il est repéré par l’Académie du Dynamo de Kiev, et il fait très vite ses débuts dans l’équipe pro, à 18 ans. Depuis, il n’a cessé de progresser jusqu’à jouer aujourd’hui pour les Champions d’Europe ! »
« J’ai pensé à m’engager »L’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022 ne détourne pas le jeune joueur de son objectif. Même si, de son propre aveu, il envisage de renoncer à son rêve et de prendre les armes. « Je me suis demandé : que puis-je faire de mieux pour mon pays ? J’ai pensé à m’engager » a-t-il confié en mars 2024 au Times. « Mais je dois jouer, car les Ukrainiens ont besoin que je parle au monde ». Un rôle de représentant que le jeune joueur assume avec beaucoup de conviction, sur les réseaux sociaux, dans les médias… et sur les terrains. « C’est un immense ambassadeur de l’Ukraine dans le monde, et c’est quelque chose dont l’Ukraine a besoin, pointe Andrew Todos. Quand il joue pour l’une des plus grandes équipes du monde, quand il marque des buts, quand il brille en Ligue des champions — tout cela contribue à maintenir l’Ukraine présente dans les esprits, notamment auprès d’un public qui ne suit pas forcément l’actualité de près. » Dans ses interviews, Illya Zabarnyi n’évite pas le sujet et parle de la guerre, de ses amis, de sa famille restée à Kiev. Avec d’autres joueurs ukrainiens expatriés, il finance également des achats de drones et vient en aide à plusieurs familles de supporters tués au combat.
« I Wanna Dance With Zabarnyi »En janvier 2023, le joueur quitte l’Ukraine pour une première expérience à l’étranger, à Bournemouth en Angleterre. Les « Cherries », supporters de Bournemouth, ont tôt fait de l’adopter et de lui dédier l’un de ces hymnes dont les stades anglais ont le secret – « I Wanna Dance With Zabarnyi », emprunté à Whitney Houston. Devenu l’un des meilleurs défenseurs du championnat anglais, remarqué par le PSG, il est transféré cet été pour 66 millions d’euros dans le club francilien. Problème, il doit y côtoyer durant les entraînements le gardien remplaçant Matvey Safonov, de nationalité russe. Pour éteindre la polémique en Ukraine, il s’engage à limiter au strict minimum ses relations avec le gardien : « Les Russes sont des agresseurs qui tentent en vain de détruire la liberté et l’indépendance de l’Ukraine… la guerre continue et je n’entretiens aucune relation avec les Russes », déclare-t-il dans un entretien accordé à la télévision ukrainienne. La controverse ne l’empêche pas de très vite s’imposer sur le terrain. Après quelques matches de Ligue 1 (et un but face à Auxerre le 27 septembre) il s’illustre lors d’une première rencontre en Ligue des champions, face à Barcelone, le 1er octobre dernier. À la fois technique et véloce, il séduit par son sens du jeu… « Il est bon dans les duels et dans la gestion de l’espace, apprécie, en connaisseur, l’ancien joueur du PSG Eric Rabesandratana, qui a occupé lui aussi le poste de défenseur central. « Il a un gabarit plutôt intéressant (1,89 m pour 83 kg), mais il n’est pas encore assez performant avec son jeu de tête, nuance-t-il. Il manque encore un peu de détermination, mais bien sûr, il lui faut un temps d’adaptation ! »
Moment d’unité nationaleAvec le PSG, Ilia Zabarnyi va connaître les frissons de la Ligue des champions – mais une autre échéance majeure va motiver encore plus le jeune joueur dans les semaines et les mois qui viennent. Avec un rêve, celui de qualifier l'Ukraine pour la Coupe du monde qui sera organisée l’année prochaine en Amérique du Nord. Une première depuis 2006 (dernière et unique participation de l'Ukraine pour une phase finale de Coupe du Monde) et un véritable exploit pour une équipe dont le pays est en guerre. Obligés de s’entraîner en Pologne et de jouer tous leurs matchs hors d’Ukraine, les footballeurs ukrainiens parviennent malgré tout à entretenir cet espoir puisqu’ils sont deuxièmes de leur groupe derrière la France. « Chaque match de l’équipe nationale est un moment d’unité et de ferveur pour les Ukrainiens qui suivent les qualifications en temps de guerre, souligne le journaliste Andrew Todos. Plusieurs de mes amis ont suivi le match contre l’Islande (victoire 5 buts à 3 de l’Ukraine, le 10 octobre) sur leur téléphone à la lueur d’une bougie – parce qu’il n’y avait plus de courant à cause des bombardements russes. Donc, quoi qu’il arrive, les gens essaient de suivre l'équipe nationale. Le temps d’un match, cela leur permet d’oublier ce qui se passe autour d’eux… Et lorsque l'Ukraine gagne, et surtout dans ce cas, ce sont des émotions qui font beaucoup de bien au moral. »
Suivez nos dernières infos, reportages et émissions sur l'Ukraine
Rétablir le contrôle dans les ports européens et restaurer l’autorité fiscale de l’UE : c’est l’ambition de Laura Kövesi, la cheffe du Parquet européen (EPPO). Nommée en 2019, la magistrate de 51 ans est réputée et saluée pour son sérieux et son opiniâtreté. Mais elle se heurte, de son propre aveu, à l’inertie des pays européens.
C’est une conférence de presse qui a marqué les esprits en Grèce comme dans les autres pays de l’Union européenne. D’ordinaire discrète, et avare en interviews, Laura Kövesi a choisi le port grec du Pirée pour tirer le signal d’alarme et dénoncer les « organisations criminelles » qui pratiquent la fraude douanière à un niveau industriel.
« Dans toute l’Europe, des sommes considérables de droits de douane et de taxe ne sont pas payées comme elles le devraient, martèle la procureure en chef du Parquet européen, après l’annonce de la plus grande saisie de conteneurs jamais effectuée par l’UE – pour une valeur d’au moins 250 millions d’euros. « Ces fraudes ne sont pas dues à de petits contrebandiers, mais à des groupes criminels organisés soutenus par la corruption de fonctionnaires des douanes et des impôts, et d’employés de banque. Mais nous voulons envoyer un message fort aux criminels à l'origine de cette fraude massive : les règles du jeu ont changé, vous n'avez plus aucun refuge ! »
Une mise en garde qui s’adresse autant aux criminels qu’aux dirigeants de l’Union européenne – accusés de ne pas toujours mesurer l’ampleur des fraudes commises dans les ports européens. Au-delà de l’opération « Calypso » qui a abouti à l’arrestation de six personnes, dont deux agents des douanes, la procureure en chef du Parquet européen annonce que les investigations seront menées dans d’autres ports européens – citant ceux de Marseille en France, de Gdansk en Belgique ou de Constanta en Roumanie.
« L’incorruptible des Carpates »Cheveux noirs coupés au carré, stature imposante (plus d’1 mètre 80), Laura Kövesi a fait du basket à un niveau quasi professionnel – elle a même été vice-championne d’Europe dans sa jeunesse. Mais elle choisit de faire des études de droit et sa carrière de magistrate sera fulgurante. En 2006, elle devient, à 33 ans, la plus jeune procureure générale de Roumanie et la première femme nommée à ce poste.
« Il fallait à l’époque renouveler le domaine judiciaire, qui était marqué par une corruption endémique, mais aussi par un âge très élevé des procureurs, souligne Sergiu Miscoiu, professeur de sciences politiques à l’Université de Cluj en Roumanie. Et à la différence d'une grande partie de ses confrères, elle a opté pour le métier de procureur, alors que tout le monde voulait devenir avocat. Et ceci lui a permis, par sa compétence et par son abnégation, d'avoir une carrière rapide. »
En 2013, elle est nommée à la tête de la Direction nationale anticorruption et part en croisade contre la classe politique roumaine… avec des résultats spectaculaires. « Elle a fait condamner un ancien Premier ministre, d’autres ministres et parlementaires qui ont été jugés pour la première fois de l’histoire de la Roumanie. Elle a été accusée d’être instrumentalisée à des fins politiques, mais finalement, les Roumains ont célébré le fait qu’après vingt années de quasi-impunité, personne ne se trouvait à l’abri de la justice : ni les sénateurs, ni les députés, ni les ministres. »
Déni de réalitéUn style et une méthode que Laura Kövesi tente d’appliquer au niveau européen. À sa nomination en 2019, elle part de zéro puisque le Bureau du parquet général européen vient tout juste d’être créé par 24 des 27 pays de l’UE (le Danemark, l’Irlande et la Hongrie ont refusé d’en faire partie). Il a fallu recruter des équipes et des procureurs dans chaque pays. Mais le résultat est là : plus de 2 000 enquêtes ouvertes en 2024 pour un préjudice estimé à plus de 20 milliards d’euros.
Des résultats salués par l’eurodéputée belge Saskia Bricmont, membre écologiste de la Commission justice et libertés civiles du Parlement européen. « Que ce soit devant nous, au Parlement européen, que ce soit via la presse, et elle l'a encore montré ces derniers jours, que ce soit dans son travail, elle n'y va pas par quatre chemins, elle n'utilise pas la langue de bois et elle dit les choses comme elles sont. La rigueur de son travail montre des résultats, puisque ce sont des dizaines de milliards d'euros qui sont derrière le travail effectué par le parquet européen. »
Une efficacité qui dérange ? Dans certains pays, Laura Kövesi se heurte aux réticences et parfois à la mauvaise volonté des autorités. Le gouvernement grec lui a ainsi demandé de « s’en tenir à ses compétences » alors qu’elle enquêtait sur plusieurs affaires de corruption touchant aux subventions européennes.
La cheffe du parquet européen dénonce également le déni de réalité des dirigeants européens et des institutions face à la corruption et à la criminalité organisée qui gangrène la fiscalité et les douanes européennes. Avec, à la clé, d’immenses manques à gagner pour les finances publiques de l’UE et des pays concernés. « Les États membres ne mettent pas en œuvre les moyens judiciaires et policiers suffisants pour lutter contre cette fraude et récupérer l’argent qui manque aujourd’hui cruellement aux finances publiques, abonde Saskia Bricmont. Il y a clairement un manque de volonté politique de s'attaquer clairement à la fraude de la TVA et d’autres problématiques, comme la criminalité environnementale. »
Confrontée à des enquêtes tentaculaires et à des moyens réduits, Laura Kövesi demande et espère davantage de fonds, d’enquêteurs et de procureurs dans chaque pays. Surtout si son champ d’action s’agrandit comme le souhaitent certains pays membres de l’UE – à l’image de la France et de l'Allemagne qui appellent à confier au Parquet européen les enquêtes pour violations des sanctions contre la Russie.
From the publisher's feed
Chaque semaine, la rédaction Europe de RFI, fait le portrait d’un Européen qui est au cœur de l’actualité. Un portrait qui permet de découvrir les acteurs du monde dans lequel nous vivons et…

0 Listeners

9 Listeners

202 Listeners

10 Listeners

8 Listeners

19 Listeners

32 Listeners

1 Listeners

4 Listeners

0 Listeners

1 Listeners

5 Listeners

13 Listeners

0 Listeners

25 Listeners

2 Listeners

3 Listeners

2 Listeners

0 Listeners

0 Listeners

28 Listeners

20 Listeners

0 Listeners

2 Listeners

4 Listeners

1 Listeners

4 Listeners

0 Listeners

0 Listeners

1 Listeners

0 Listeners

0 Listeners

0 Listeners

0 Listeners