Européen de la semaine

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  • Italie: Silvia Salis, une lanceuse de marteau à la mairie de Gênes, et bientôt Première ministre?

    Depuis son élection surprise en mai 2025 en tant que maire de Gênes, Silvia Salis dynamite la scène politique italienne : nouvel optimisme progressiste, soutien à la flottille pour Gaza, administration majoritairement féminine... Au point d'avoir un destin national ?

    Silvia Salis a peut-être écrit son autobiographie un peu trop tôt. La bambina più forte del mondo (La petite fille la plus forte du monde, éditions Salani) : un livre pour enfants sorti en 2022 dans lequel elle raconte sa jeunesse de lanceuse de marteau. Ou comment elle a dû jouer des coudes dans un environnement masculin avant de devenir dix fois championne d'Italie et de participer à deux reprises aux Jeux olympiques.

    En 2025, la jeune femme passe des stades d'athlétisme à l'arène politique. Elle est en train de s'imposer dans un autre milieu à peine plus féminin : celui de la politique italienne. Sa candidature d'indépendante de centre-gauche pour la mairie de Gênes a obtenu le soutien d'une très large coalition. La réformiste séduit, de la gauche socialiste aux centristes libéraux en passant par l'attrape-tout Mouvement 5 étoiles. C'est ainsi qu'en mai 2025, elle est élue maire de la sixième ville d'Italie, à 39 ans.

    Une transition tout en douceur

    Ce passage du sport à la politique ne s'est pas fait du jour au lendemain. « Après sa carrière d'athlète, elle a eu un poste au Coni, le comité olympique italien, rembobine Massimiliano Panarari, professeur de communication politique à l'université de Modène et Reggio Emilia et éditorialiste à La Stampa. Avant cela, elle a même dirigé l'équipe d'athlétisme de la police pénitentiaire et s'est occupée du marketing à la fédération. »

    Des postes à responsabilité, donc, « mais aucune expérience politique directe dans la politique politicienne à l'intérieur d'un parti », note Massimiliano Panarari. Silvia Salis apporte alors de la fraîcheur au débat politique. Il faut dire qu'avec un père communiste et une mère fonctionnaire, elle ne partait pas de si loin.

    « C'est une figure entre le sport et la politique spectacle, qui a épousé le très célèbre metteur en scène Fausto Brizzi, analyse le professeur de communication politique. Silvia Salis représente un exemple de ce qu'on pourrait appeler une ''poussée anti-politique'', mais pas négative, dans le paysage politique italien. »

    Une caractéristique qui se remarque, dans ce paysage marqué par le populisme. Mais cela n'empêche pas l'ancienne athlète, qui court toujours 10 kilomètres chaque matin, de prendre des mesures fortes. Dès sa prise de fonction à Gênes, elle nomme une majorité de sept femmes sur les douze membres de son équipe municipale.

    Un réformisme mieux taillé pour affronter Giorgia Meloni

    En voyant Silvia Salis prendre les rênes du mouvement pro-palestinien italien, certains la voient déjà mener la gauche à la conquête du poste de Première ministre en 2027. La lanceuse de marteau affiche en effet son soutien à la flottille pour Gaza au départ de Gênes fin août. « Palestina libra ! », scande-t-elle encore samedi 27 septembre aux manifestations contre les ventes d'armes à Israël, toujours dans le port de Gênes.

    Elle aime également mobiliser le passé de Gênes, ville résistante à l'extrême droite, qu'elle soit nazie ou fasciste. Mais sa position sur Gaza reste commune à toute la gauche italienne. Si Silvia Salis se distingue d'Elly Schlein, la cheffe du Parti démocrate et leader de l'opposition, c'est plutôt grâce à sa modération sur les autres sujets.

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    La gauche gagnerait-elle à être plus réformiste que radicale ? « On entre aujourd'hui dans une nouvelle phase, pour Lorenzo Castellani, professeur d'histoire et d'institutions politiques à l'université Luiss à Rome. Giorgia Meloni se présentait en anti-système, une politicienne d'extrême droite. Or, après trois ans de pouvoir, elle s'avère bien plus modérée que prévu et fait valoir ses talents de politicienne... On est donc loin de l'anti-système ! Cela pourrait changer la stratégie de la coalition de gauche. Celle-ci pourrait chercher un nouveau candidat capable aussi d'attirer les électeurs de droite. »

    Un registre dans lequel Silvia Salis brille justement à Gênes. Mais pour convertir l'essai à l'échelon national, son inexpérience pourrait finalement se retourner contre elle. « C'est extrêmement compliqué de passer au niveau national depuis une ville comme Gênes, qui bien sûr avait été gagnée par la droite, mais qui a quand même des traditions progressistes », nuance en effet Massimiliano Panarari.

    Silvia Salis jure pour l'instant se consacrer entièrement à la mairie de Gênes, ainsi qu'à son jeune fils. Ce dernier porte le nom du père de Silvia, Eugenio, mort brutalement au début de la campagne pour les municipales.

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  • Tomio Okamura, l'ancien éboueur devenu chef de file de l'extrême droite tchèque

    Le 3 octobre prochain auront lieu des élections législatives cruciales en République Tchèque. Elles pourraient marquer le retour au pouvoir de l’homme d’affaires eurosceptique Andrej Babis, et la défaite du premier ministre libéral Petr Fiala. Mais c’est un troisième homme qui jouera un rôle crucial dans ce scrutin : le dirigeant du parti d’extrême-droite SPD, Tomio Okamura. Un homme d’affaires, lui aussi, mais au parcours détonnant sur la scène politique tchèque.

    Hostile aux migrants, à l’aide à l’Ukraine, au « Pacte vert » et à l’UE, il coche toutes les cases ou presque de l’extrême-droite européenne. Mais son parcours et sa biographie tranche singulièrement avec ceux de Marine Le Pen, de Georgia Meloni ou de Geert Wilders. D’origine japonaise, il a passé une partie de son enfance dans un orphelinat praguois où il fut victime de brimades en raison de ses origines mêlées… Et ses deux frères, engagés, eux aussi, en politique, mais au centre et à gauche de l’échiquier politique, lui reprochent amèrement son virage ultraconservateur. « C’est un grand paradoxe de voir que le principal dirigeant d’extrême-droite tchèque, grand défenseur de l’identité tchèque, de la protection face aux migrations et aux influences extérieures se nomme Tomio Okamura, de mère tchèque et de père japonais, note Jacques Rupnik, professeur à Sciences-Po et fin connaisseur de l’Europe centrale, il a d’ailleurs tenté sa chance au Japon, mais il y a découvert que là-bas aussi, il pouvait souffrir de xénophobie ».

    Peluches et télé-réalité

    Parti au Japon à 18 ans, Tomio Okamura multiplie les petits boulots : chauffeur de taxi, vendeur de pop-corn, éboueur… Et finit par jeter l’éponge. À son retour à Prague, il se lance dans le secteur du tourisme avec des idées parfois étonnantes. « Il a cofondé une agence de voyages qui proposait d’envoyer votre peluche ou votre jouet à l’autre bout du monde pour y être photographié », s’amuse le politologue Michel Perottino, qui enseigne à l’Université Charles de Prague.

    « Il a aussi participé à une émission de télé-réalité sur l’entrepreneuriat et il est devenu vice-président de l’Association tchèque des agences de voyage ! », ajoute-t-il. Aujourd’hui âgé de 53 ans, l’homme d’affaires présente volontiers son parcours comme une « success story » digne d’Hollywood. Son bagout et son charisme indéniables lui permettent en tout cas de rapidement s’imposer sur la scène politique.

    Eurosceptique et anti-islam

    En 2015, il fonde le parti d’extrême droite SPD (Liberté et démocratie directe) et il engrange très vite de premiers succès électoraux puisqu’il remporte un peu plus de 10 % des voix aux élections législatives de 2017. Tomio Okamura se réclame de Marine Le Pen et de Donald Trump, milite pour une sortie de l’Union européenne et fustige le « diktat écologique » de Bruxelles. Sur l’islam, son discours particulièrement virulent le rapproche de Geert Wilders, le dirigeant de l’extrême droite néerlandaise.

    À partir de 2022 et de l’invasion générale de l’Ukraine par la Russie, il tient un discours très hostile aux réfugiés ukrainiens et dénonce l’aide militaire apportée à Kiev. « Le point de départ, et c'est ça qui peut être le plus important pour son électorat, c'est la très forte présence de réfugiés ukrainiens, principalement de femmes et d’enfants qu’il faut aider et qui obtiennent des allocations, pointe Michel Perottino, de l’université Charles de Prague. Ensuite, il y a un positionnement pro-russe, et un discours qui consiste à dire "faisons la paix à tout prix, et coupons les livraisons d’armes et de munitions aux Ukrainiens". Ce serait une décision très importante dans la mesure où la République tchèque a joué et joue encore un rôle crucial dans les livraisons de munitions à l’Ukraine ».

    Un « tournant » pour toute la région

    À la faveur du vent conservateur qui souffle sur l’Europe, Tomio Okamura peut ambitionner, désormais, sinon d’entrer au gouvernement, en tout cas de devenir le « faiseur de rois » du prochain scrutin. Grand favori des élections législatives qui auront lieu les 3 et 4 octobre prochain, l’ancien Premier ministre Andrej Babis est crédité de 30 % des voix et aura besoin d’un partenaire. Ce partenaire pourrait être le SPD de Tomio Okamura, crédité de 12 % des voix selon les derniers sondages.

    Un scénario qui serait un tournant pour le pays bien sûr, mais aussi pour toute l’Europe centrale. « Il y a actuellement un équilibre entre les quatre pays qui forment le groupe de Visegrad : d’un côté la Pologne et la République tchèque, dirigées par des gouvernements modérés, libéraux, pro-européens, décrypte le chercheur Jacques Rupnik. Et de l’autre, la Hongrie d'Orban et la Slovaquie de Robert Fico, qui sont sur une ligne nationale-populiste. Si Babis remporte l'élection et s'il forme un gouvernement avec le soutien de Tomio Okamura, il y aura alors un glissement vers Orban et Fico. Cela crée, en Europe centrale, un pôle national souverainiste fort et très hostile au soutien à l'Ukraine. Bref, cela recompose totalement le paysage politique de la région ».

    En attendant les résultats de ce scrutin décisif pour sa formation, une inconnue judiciaire de taille se dresse sur la route de l’homme d’affaires tchéco-japonais. Le SPD de Tomio Okamura est en effet poursuivi pour des affiches électorales ayant appelé à la haine – l’une d’entre elles montrant à un homme à la peau foncée, un couteau ensanglanté entre les dents. Selon la presse tchèque, le chef de file de l’extrême droite tchèque a déjà anticipé une éventuelle condamnation avec la fondation d’un nouveau parti qui pourrait succéder au SPD – une formation appelée, en toute modestie, Parti des soutiens de la démocratie et de Tomio Okamura.

    5 min
  • Stephen Graham, l’acteur britannique engagé derrière la série choc «Adolescence»

    Sa série a touché des millions de personnes à travers le monde. Stephen Graham, le co-créateur de la série Adolescence sur Netflix, est notre Européen de la semaine. L’acteur britannique a été récompensé à la cérémonie des Emmy Awards aux Etats-Unis la semaine dernière. Une reconnaissance pour cette fiction qui a fait bouger les lignes dans le monde réel.

    Deuxième plus gros succès pour une série anglophone sur la plateforme américaine, Adolescence, raconte en quatre épisodes l'histoire d'un jeune adolescent de treize ans accusé du meurtre d'une camarade de classe. La série met en lumière l'influence des idées masculinistes sur les réseaux sociaux. Stéphane Graham a écrit la série avec le scénariste Jack Thorne et il joue le père de l'adolescent.

    Habitué des films de gangsters

    On l’a vu dans The Irishman de Martin Scorsese, Public Enemies de Michael Mann ou encore Snatch de Guy Ritchie.  Mais il a aussi joué dans des drames : un skinhead dans This is England ou la série The Virtues sur les violences faites aux enfants. Massif, tout en muscles, l’acteur de 52 ans est né à Kirby dans la périphérie de Liverpool, dans un milieu populaire. Un père travailleur social, une mère infirmière et un grand-père jamaïcain. Et ce sont justement ses origines qu’il a mises en avant dans son discours après avoir reçu l’Emmy Award de la meilleure mini-série : « Ce genre de chose n'arrive généralement pas à un enfant comme moi. Je suis juste un métis issu d'un immeuble du quartier de Kirby. Alors, pour moi, être ici aujourd'hui devant mes camarades et être reconnu par vous est la plus grande leçon d'humilité que je puisse imaginer et cela vous montre que tous les rêves sont possibles ».

    Dans une interview, il expliquait qu’il était urgent d’avoir « une discussion » au sujet des violences en ligne contre les femmes : « nous sommes tous responsables : le système éducatif, les parents, la communauté, le gouvernement et surtout les réseaux sociaux ». « Il est très sérieux dans son travail », raconte Lanre Bakare, journaliste culture au quotidien britannique The Guardian. « Il peut paraître jovial, et il a cette image publique d'un homme calme, amusant et frivole. Mais quand on parle de son travail, il le prend très au sérieux. »

    Débat de société

    La série et son sujet de radicalisation masculiniste en ligne se sont invités au Parlement britannique. Keir Starmer a raconté avoir visionné la série en famille et proposé de la diffuser dans les collèges et les lycées. Le chef du gouvernement britannique a aussi reconnu la nécessité de s’attaquer à ce « problème émergent et croissant ». Il a promis que des policiers allaient prochainement être formés. Le journaliste Lanre Bakare fait le parallèle avec le film français La Haine : « On disait dans la presse que Jacques Chirac l'avait montré au gouvernement, ce qui avait déclenché un grand débat en France sur la situation des jeunes immigrés vivant en banlieue parisienne. Je pense que c'est très similaire au débat ouvert par la série Adolescence au Royaume-Uni. Stephen et son équipe ont mis le doigt sur un sujet qui inquiétait beaucoup de gens. C'est un phénomène dont on sait qu'il existe, qui est constamment débattu, mais aucune fiction n'avait vraiment mis le doigt dessus et humanisé la situation ».

    En France, la ministre de l'Éducation sortante Elisabeth Borne veut proposer la série Adolescence comme support pédagogique à partir de la 4ᵉ. En Italie, de plus en plus de séries explorent les tourments de l’adolescence. Stephen Graham a créé plus qu’un divertissement. Un acteur engagé sans être politisé. « Je pense que son travail est politique, car tout l'est, mais sans pour autant devenir partisan », analyse Lanre Bakare qui l'a interviewé il y a quelques années. « Il n'est pas forcément une figure de gauche. Je pense qu'il veut que son travail parle pour lui. Et on voit à ses sujets qu'il aborde ce qui lui tient à cœur, les grands enjeux qu'il souhaite porter à l'attention du public. Et je pense que c'est, d'une certaine manière, politique. »

    Une épouse omniprésente

    Dans son discours aux Emmy Award, Stephen Graham a aussi beaucoup remercié sa femme. Elle joue un rôle clé à ses côtés. Hanna Walter est, elle aussi, actrice. Ils se sont rencontrés pendant leurs études de théâtre dramatique. Ils vivent dans la campagne anglaise avec leurs deux enfants. La place d’Hanna Walter est cruciale : c’est elle qui relie ses scénarios et c’est elle qui l’aide à apprendre ses textes. Car Stephen Graham souffre de dyslexie. Il a gardé son accent, ce qui est très rare. Authentique et engagé jusqu’au bout.

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    5 min
  • Simen Velle, le Jordan Bardella norvégien

    Le Parti du progrès, un mouvement de droite radicale, a réuni près de 24% des suffrages lors des législatives organisées lundi 8 septembre en Norvège, score qui en fait la première force d’opposition aux travaillistes du Premier ministre Jonas Gahr Store arrivés en tête. En tête chez les jeunes, la formation séduit notamment par sa figure montante, Simen Velle.  

    C’est un peu le Jordan Bardella norvégien, autrement dit une figure montante de la droite radicale européenne. Cheveux blonds gominés tirés en queue de cheval, regard bleu acier, Simen Velle entre au Storting - le Parlement norvégien - à 24 ans seulement.

    À la tête de la branche « Jeunes » du Parti du progrès (FrP) depuis deux ans, ce dernier a largement contribué à populariser son mouvement auprès de la jeunesse du pays. À tel point qu'à l'occasion des législatives du 8 septembre, le FrP a remporté le vote organisé dans les lycées avant le scrutin. Simen Velle incarne « à la fois une tradition très scandinave de politisation des jeunes et une nouvelle forme de communication, celle des réseaux sociaux », analyse Yohann Aucante, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

    Simen Velle, star des réseaux sociaux

    Depuis des années en effet, Simen Velle s’affiche sur TikTok ou Instagram, plateformes sur lesquelles il apparaît tour à tour en costume-cravate ou en tenue décontractée et où il n’hésite pas non plus à publier des photos de lui en maillot de bain ou dans des fêtes, un verre à la main.

    « C’est un jeune homme de sa génération qui a grandi avec les réseaux sociaux et qui les utilise extrêmement bien », explique de son côté Marie Cazes, politologue et spécialiste des mouvements populistes en Europe du Nord. « Il va créer son image, se mettre en scène, un peu comme un influenceur. Il va aussi aller dans la rue interviewer des gens pour leur demander ce qu’ils pensent de telle ou telle proposition politique, pour créer une sorte de proximité avec son électorat », poursuit celle-ci.

    Légalisation des drogues

    Sur le fond, le jeune homme se distingue par certaines prises de position conservatrices. « Il a un discours affirmé, notamment sur le plan du masculinisme ou des traditions norvégiennes, mais au sein du Parti du progrès, il s'illustre aussi par son point de vue sur certains sujets. Lui qui a revendiqué l’utilisation du cannabis à des fins thérapeutiques pendant des années, il est par exemple favorable à la libéralisation des drogues. À ce propos, son avis est original dans le débat politique norvégien, plutôt terne et policé sur le sujet », reprend Yohann Aucante.

    Le FrP, un parti à la fois libertarien et anti-immigration

    Dans l’ensemble toutefois, Simen Velle s’inscrit dans l’idéologie de son parti. Créé en 1973 comme un parti anti-système, le FrP s’oppose à l’État providence. « Historiquement, il a été fondé contre les taxes, contre la bureaucratie, et pour avoir une réglementation plus souple sur le marché du travail. C’est donc un parti qu’on peut qualifier de libertarien sur les questions économiques et conservateur sur d’autres sujets. Il incarne une branche plus libertarienne du populisme que l'on peut connaître ailleurs en Europe », relève Marie Cazes.

    Le parti n'a musclé son discours contre l’immigration que bien après. « Dans les années 1970, c’était une non-question », rappelle Yohann Aucante. « Sa conversion aux sujets d’immigration et aux sujets identitaires s’est faite plus tardivement, même s’il y a toujours eu dans cette formation une tonalité dissidente par rapport à l’establishment ».  

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  • Stefano Beltrame, l’œil de Matteo Salvini à Moscou

    La nomination de Stefano Beltrame, nouvel ambassadeur italien à Moscou, a fait du bruit lorsqu'elle a été annoncée. Ce diplomate a la particularité d'être un proche de Matteo Salvini. Or, le dirigeant de la Ligue du Nord, allié de Georgia Meloni, n'a jamais caché son admiration pour la Russie de Vladimir Poutine.

    Stefano Beltrame était auparavant ambassadeur à Vienne en Autriche et il va désormais bientôt présenter ses lettres de créance à Vladimir Poutine. Cette nomination n'a pas manqué de susciter la controverse à Rome. Pourtant, le diplomate de 64  ans peut se targuer d’un parcours exemplaire et d’un CV justifiant à lui seul cette nomination. 

    « C’est un diplomate chevronné qui a eu un parcours classique, souligne Guiseppe Bettoni, professeur de géopolitique à l'Université de Rome Unitelma Sapienza. Il a eu sa licence en sciences politiques puis il a suivi une formation au ministère des Affaires étrangères et a intégré le corps diplomatique en 1991. Depuis, il a franchi chaque étape requise pour un diplomate italien. »

    Il est nommé à diverses fonctions au Moyen-Orient, en Europe et en Asie. Un parcours exemplaire qui le conduira au poste d'ambassadeur à Vienne, puis à Moscou. Parallèlement, il se rapproche de la Ligue du Nord en devenant le conseiller de l’un des hommes forts du parti italien, l’inamovible président de la région de Vénétie Luca Zaia. « Stefano Beltrame est lui-même originaire d’une toute petite commune du département de Vérone, et son entrée dans le giron de la Ligue s’est faite par échelons, jusqu’au niveau gouvernemental, puisqu’il finit par devenir le conseiller diplomatique de Matteo Salvini en 2018-2019 », poursuit Guiseppe Bettoni. 

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    L’affaire du « Metropol » de Moscou

    En 2018, Matteo Salvini, le tonitruant dirigeant de la Ligue du Nord, est alors au faîte de sa popularité. Il occupe le poste de ministre de l'Intérieur dans le premier gouvernement de Giuseppe Conte. Stefano Beltrame va organiser plusieurs déplacements pour le ministre, dont l’un à Moscou, qui va rester dans les mémoires en Italie en raison de l’affaire « du Métropol », du nom du célèbre hôtel situé non loin de la place Rouge. « Un rendez-vous a eu lieu entre trois conseillers de Salvini et des pseudo-entrepreneurs russes, raconte Guiseppe Bettoni. En fait, on leur proposait un financement illégal de la Ligue du Nord, par le biais de la vente de pétrole. L’affaire s’est terminée par un non-lieu parce que la transaction n’a pas abouti, mais les magistrats ont bien reconnu qu’il y avait eu négociation et c’est une tache qui n'a pas disparu. »

    Le dossier a été classé par la justice italienne, mais il reste les nombreuses déclarations pro-russes de Matteo Salvini. De la justification de l’annexion de la Crimée en 2014 aux lauriers tressés en 2019 à Vladimir Poutine, qu'il avait décrit comme « le meilleur homme d’État actuellement sur terre ». Depuis l'invasion à grande échelle de l'Ukraine, Matteo Salvini a quelque peu nuancé ces louanges, mais il reste extrêmement critique de la ligne pro-Ukraine adoptée par Georgia Meloni.

    Dans ces conditions, pourquoi la dirigeante italienne a-t-elle accepté de nommer à Moscou un ambassadeur proche de Matteo Salvini ? Pour le chercheur italien Lorenzo Castellani, de l’Université libre Guido Carli à Rome, il ne s'agit pas d'une inflexion diplomatique de la part de Georgia Meloni, mais plutôt d’un accord pragmatique avec un allié dont elle dépend politiquement. « Georgia Meloni doit payer le prix pour gouverner avec Salvini, et elle le paie sur certaines réformes nationales ou nominations, mais pas sur les questions fondamentales, telles que la politique étrangère ou les relations avec l’Europe, analyse-t-il. Je pense qu'avec son ministre des Affaires Étrangères, Antonio Tajani, elle a décidé d’accorder à Salvini cette nomination et le droit de faire des déclarations sur la Russie, tout en réaffirmant leur emprise sur la politique étrangère et sur le soutien à l’Ukraine. »

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    Une nomination symbolique

    Certes, Georgia Meloni s'est, elle aussi, montrée élogieuse à l'égard de Vladimir Poutine avant d'arriver au pouvoir. Mais, contrairement à son allié de la Ligue du Nord, elle a adopté une position très claire à partir de février 2022 et de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, en rangeant son pays dans le camp des alliés de Kiev. « Giorgia Meloni n'a jamais voulu devenir la Viktor Orban de la Méditerranée et n'imagine pas une seconde le devenir, pointe le chercheur Guiseppe Bettoni. Être souverainiste et anti-immigration ne veut pas forcément dire devenir pro-Poutine et anti-Zelensky. Sur ce point fondamental, je ne pense vraiment pas qu'il y aura du changement. »

    Le nouvel ambassadeur italien à Moscou n'aura donc que peu de marge de manœuvre pour infléchir la position italienne. Bien que symbolique, sa nomination peut être considérée cependant comme une victoire pour Matteo Salvini, car le dirigeant de la Ligue du Nord continue de prôner et d'espérer une reprise du dialogue avec Vladimir Poutine. « Salvini table sur un processus de paix qui pourrait aboutir d’ici trois à quatre ans, décrypte de son côté Lorenzo Castellani. Et lorsque ce jour viendra, ce sera une excellente chose pour lui d’avoir un homme à lui à Moscou. » 

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  • Croatie: l’insaisissable président Zoran Milanović

    Le 12 janvier dernier, Zoran Milanović a été réélu pour un second mandat consécutif à la tête de la Croatie. Sans majorité au Parlement, le président doit aujourd’hui composer avec l’opposition. Qui est Zoran Milanović, cet ancien fonctionnaire croate qui a travaillé pour les Nations unies, mais aussi pour la mission croate auprès de l'Union européenne et de l'Otan à Bruxelles dans les années 1990 et qui aujourd’hui tient un discours anti-Otan, anti-européen et qui est souvent présenté comme pro-russe ? Beaucoup le surnomment le « Trump des Balkans ».

    Zoran Milanović est tout sauf un inconnu, en tout cas dans les Balkans. Ce juriste de formation, né en 1966 à Zagreb, qui a été réélu pour un second mandat présidentiel, avait par exemple déjà dirigé le pays en tant que Premier ministre entre 2011 et 2016. À l’époque, à la tête du Parti social-démocrate, il avait mené une politique de gauche. Il avait alors des positions modérées et plutôt progressistes, même s’il était accusé par l’aile gauche de son parti de mener une politique économique trop libérale. Mais comme l’explique Romain Le Quiniou, directeur général d’Eurocreative, un think tank sur l’Europe centrale et orientale, ce Milanović-là n’est pas celui qui a pris la présidence du pays en 2020 :

    « Monsieur Milanović a réussi à être élu président de la République et à changer de discours. Il disait qu'il voulait être un président avec de l'attitude. Et finalement, il a gardé cette ambition : essayer d'être un président qui dit ce qu'il pense, qui parle franchement, qui n'a pas peur des outrances, qui n'a pas peur de dire la vérité. Un président un petit peu antisystème. Mais on n'a pas forcément compris que c'était un virage que Monsieur Milanović n'avait pas utilisé seulement pour gagner cette présidentielle en 2020, mais qu’il utilisait cette position pour rester au pouvoir également. »

    Élu pour un premier mandat en 2020, il devient alors le premier opposant du gouvernement d’Andrej Plenković, membre du HDZ, l’Union démocratique croate, formation de droite qui gouverne de manière presque continue le pays depuis l’indépendance en 1991. Zoran Milanović s’oppose aux restrictions mises en place pendant la pandémie, s’oppose à l’aide militaire à l’Ukraine, soutient des positions russes, critique l’Otan et l’Union européenne.

    Des positions pas forcément partagées par ses compatriotes 

    SI les Croates ne partagent pas forcément ses positions, elles ont eu leur effet. Florian Bieber, politologue et spécialiste des Balkans : « La majorité des Croates n'est pas pro-russe. Je crois que les gens soutiennent Zoran Milanović plutôt pour le fait qu'il est populiste, qu'il dit les choses comme il pense. Il a l’image de quelqu'un qui n’a aucune crainte de dire ce qu'il pense. »

    Cette liberté de ton plaît aux Croates. Et Zoran Milanović est devenu maître en la matière. Il faut dire qu’aujourd’hui, comme le détaille l’historien et spécialiste des Balkans Joseph Krulic, c’est le seul pouvoir que détient le président croate : « Depuis une réforme constitutionnelle de juillet 2001, le président croate, bien qu'il soit élu au suffrage universel depuis 1992, n'a en gros aucun pouvoir exécutif. Donc il est relativement paralysé. Mais il a le ministère de la parole et il se le permet, notamment en politique extérieure. »

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    Éviter une concentration des pouvoirs

    Il n’y a pas que cette liberté de ton qui plaît aux Croates. Ils veulent aussi éviter une concentration des pouvoirs. Et la présence de Zoran Milanović à la tête de la République permet de bénéficier en quelque sorte d’un certain équilibre face au gouvernement conservateur d’Andrej Plenković. Un gouvernement qui soutient l’Ukraine, qui est en phase avec l’Union européenne et l’Otan. En somme, tout l’inverse des positions de Zoran Milanović qui, pourtant, bénéficie de nombreux soutiens dans la classe politique croate.

    « Il a gagné beaucoup de soutien suite à ses critiques très fortes contre le gouvernement actuel et spécialement le Premier ministre Andrej Plenković, poursuit Florian Bieber. Donc il est évident qu'il va encore plus critiquer le gouvernement. Et donc on peut s’attendre à beaucoup de batailles entre lui et le gouvernement actuel, et pas seulement en matière de politique étrangère, mais aussi en matière de politique intérieure. »

    Zoran Milanović a été reconduit à la tête de la République croate pour les cinq ans à venir. Cinq ans de bras de fer avec le gouvernement, mais aussi avec l’Otan et l’Union européenne. En somme, un mandat qui s’inscrit dans la continuité pour celui que l’on surnomme le « Trump des Balkans ». 

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  • Kemi Badenoch, une tenante de la droite dure à la tête des conservateurs britanniques

    C'est un virage à droite toute qui se confirme à la tête des conservateurs britanniques avec la désignation de Kemi Badenoch. Âgée de 44 ans, élevée au Nigeria, elle devient la première femme d'origine africaine à occuper un tel poste au Royaume-Uni. Son ambition : relancer un parti très affaibli après la débâcle subie aux dernières élections législatives.  (Rediffusion 9/11/2024)

    Désignée avec près de 57% des suffrages pour succéder à l'ancien Premier ministre Rishi Sunak, elle promet de revenir aux valeurs fondamentales du Parti conservateur britannique. Députée depuis 2017, plusieurs fois ministre depuis 2019, Kemi Badenoch est l'une des figures d'une aile droite qui a pris le dessus au sein du parti.

    « Pour être entendus, nous devons être honnêtes sur le fait que nous avons commis des erreurs et que nous avons laissé nos principes de base nous échapper », a-t-elle ainsi déclaré après sa victoire face à Robert Jenrick, qui s'était, lui aussi, positionné à la droite du parti. Avant d'arriver à la tête des Tories, cette informaticienne de formation a eu un parcours hors du commun.

    Aujourd'hui âgée de 44 ans, mère de trois enfants, elle a grandi au Nigeria au sein d'une famille plutôt aisée – son père est médecin, sa mère universitaire. Dans les années 1990, ses parents décident de l'envoyer au Royaume-Uni en raison des turbulences politiques et économiques qui secouent le Nigeria. Et, dès les années 2000, elle s'inscrit au Parti conservateur où elle rencontre son futur mari, Hamish Badenoch, un banquier d'origine écossaise.

    Elle va rapidement gravir les échelons au sein d'un parti qui souhaite se montrer plus inclusif sous la houlette de David Cameron. « Il y avait eu un ensemble de dispositifs et de mesures pour promouvoir les minorités ethniques, mais aussi les femmes au sein du Parti conservateur, décrypte Agnès Alexandre-Collier, professeur en civilisation britannique à l'université de Bourgogne. Et on a vu apparaître plusieurs personnalités issues de minorités ethniques comme Priti Patel ou Rishi Sunak, tous deux d'ascendance indienne. Kemi Badenoch parvient à réconcilier ces deux stratégies d'un parti qui se veut inclusif et qui poursuit sa progression idéologique vers la droite de l'échiquier politique. »

    Franc-parler et « vrai conservatisme »

    Au-delà de ce parcours, il y a la personnalité de la nouvelle dirigeante conservatrice, reconnue pour son charisme et son franc-parler, mais parfois critiquée pour ses déclarations à l'emporte-pièce. « Kemi Badenoch tient des propos assez provocateurs, mais, à la différence d'autres personnalités auxquelles elle est parfois comparée, c'est aussi quelqu'un d'assez réfléchi dans ses déclarations, sans l'agressivité et la virulence que l'on perçoit souvent à l'aile droite de la classe politique », nuance toutefois Agnès Alexandre-Collier.

    Sur le fond, Kemi Badenoch propose un retour à ce qu'elle appelle le « vrai conservatisme » : favorable au Brexit, elle veut réduire l'immigration illégale, limiter le rôle de l'État, favoriser les entreprises. Enfin, elle affirme vouloir lutter contre le « wokisme », c'est-à-dire l'influence supposée des idées gauchistes au sein de la société. Et elle met en avant deux modèles : Winston Churchill et surtout Margaret Thatcher, la première femme à avoir dirigé le Parti conservateur (elle fut désignée en 1975) et le Royaume-Uni (de 1979 à 1989).

    « La référence à Margaret Thatcher est un peu une référence obligatoire pour tout leader du Parti conservateur, pointe Thibaud Harrois, maître de conférences en civilisation britannique à l'université Sorbonne Nouvelle. Mais c'est aussi une façon pour elle d'assumer cet héritage libéral, de montrer qu'elle ne cherchera pas à transiger avec ce libéralisme, et qu'elle n'est pas du tout dans la lignée plus modérée de certains conservateurs. »

    Le double pari des Tories

    C'est donc un virage à droite assumé que propose Kemi Badenoch avec un double objectif : incarner une opposition frontale au nouveau gouvernement travailliste et reconquérir les électeurs séduits par Reform UK, le parti de Nigel Farage, positionné à la droite des Tories. Un double pari risqué pour la nouvelle dirigeante conservatrice, qui s'est fixé comme objectif de ramener son parti au 10 Downing Street, en 2029, lors des prochaines élections législatives.

    Pour ce faire, elle devra remettre sur pied un Parti conservateur qui vient de subir sa pire défaite depuis des décennies – et qui se voit pris en tenaille sur sa droite par le Reform Party, et sur sa gauche par le Parti libéral-démocrate, revenu en force à la Chambre des Communes avec 72 députés. Avec seulement 121 sièges, le parti dont elle prend la direction aura du mal à exister face à un Parti travailliste, qui bénéficie d'une large majorité (402 députés).

    Lorsque le Parti conservateur avait abandonné le pouvoir en 1997 au bénéfice des Travaillistes de Tony Blair, il avait mis 14 années à retrouver le pouvoir. La tâche s'annonce ardue pour Kemi Badenoch, qui pourrait bénéficier cependant des débuts plus que laborieux du gouvernement de Keir Starmer, déjà confronté à de nombreuses polémiques depuis que le dirigeant du Labour est entré au 10 Downing Street.

    5 min
  • Géorgie: Mikhaïl Kavelachvili, un ex-footballeur propulsé à la présidence d'un pays en pleine crise

    Alors que les manifestations perdurent depuis plus de deux semaines contre la décision du gouvernement de suspendre jusqu'à 2028 les négociations d’adhésion de la Géorgie à l'Union européenne, l'ex-footballeur Mikhaïl Kavelachvili a été élu samedi 14 décembre 2024 pour succéder à la présidente pro-européenne Salomé Zourabichvili. (Rediffusion du 14 décembre 2024)

    Quarante-six sélections, neuf buts en équipe nationale, sacré trois fois champion de Géorgie avec le Dinamo Tbilissi… Mikhaïl Kavelachvili, 53 ans, est considéré dans son pays comme un des attaquants les plus talentueux de sa génération. Passé par Manchester City, il a fait carrière dans des clubs suisses — du Grasshopper Zurich au FC Bâle — avant de retirer ses crampons en 2007. Reconverti en agent, pour aider ses jeunes compatriotes à partir jouer à l’étranger, il brigue en 2015 la présidence de la Fédération géorgienne de football. Mais, faute de diplômes suffisants (il n'a pas fait d'études supérieures), il est écarté de ce poste.

    C’est alors qu’il bascule en politique : en 2016, il devient député pour Le Rêve géorgien, un parti national-populiste fondé par l’oligarque Bidzina Ivanichvili, qui a fait fortune en Russie et est devenu en une dizaine d’années le véritable homme fort du pays.

    S’il n’a a priori pas le CV pour être président, il est un fidèle du parti et a le physique de l’emploi. « Le Rêve géorgien utilise beaucoup le sport dans sa propagande », constate Thorniké Gordadzé, ancien ministre de l’Intégration européenne entre 2010 et 2012, et chercheur à l’Institut Jacques Delors et au sein du think tank géorgien Gnomon Wise. « Parmi les députés du Rêve géorgien, il y a des haltérophiles, des rugbymen, des joueurs de basket, plusieurs footballeurs, des lutteurs. C’est un parti populiste qui capitalise beaucoup sur la renommée des sportifs géorgiens. Kavelachvili fait partie de cette stratégie ».

    Footballeur devenu député d’extrême droite

    En tant que député, Mikhaïl Kavelachvili a notamment défendu la loi dite « des agents étrangers », calquée sur la Russie, selon laquelle les ONG qui reçoivent plus de 20 % de leur financement de l’étranger doivent s’enregistrer en tant « qu’organisations servant les intérêts d’une puissance étrangère. » Une décision adoptée par la majorité parlementaire du Rêve géorgien qui avait provoqué des manifestations massives à Tbilissi au printemps 2024.  

    « Mikhaïl Kavelachvili représente l’aile la plus radicale du Rêve géorgien, juge Thorniké Gordadzé. Il faisait même partie d’un groupe de députés qui étaient les avant-coureurs de la stratégie anti-occidentale et anti-européenne du Rêve géorgien. Ils ont repris la rhétorique, le narratif russe sur la menace LGBTQ+, sur l’Europe et les États-Unis comme étant les ennemis des traditions géorgiennes, et les Occidentaux comme étant promoteurs et instigateurs de la guerre en Ukraine… Il est de cette mouvance ».

    Pour la première fois, le futur président n'est pas élu au suffrage universel direct, mais nommé par une commission électorale d’élus, suite à un changement constitutionnel décidé en 2017 à la demande du Rêve géorgien. Ainsi, le parti au pouvoir contrôlera la dernière institution qui lui échappait encore. En effet, l’actuelle présidente, Salomé Zourabichvili, une diplomate pro-européenne, est devenue la porte-voix de ceux qui s’opposent à l’éloignement de la trajectoire européenne de la Géorgie, acté par l’actuel Premier ministre, Irakli Kobakhidzé, qui a annoncé il y a deux semaines reporter l’adhésion de la Géorgie à l’UE à 2028. Une décision qui a déclenché de nouvelles manifestations massives à Tbilissi et dans tout le pays, soutenues par Salomé Zourabichvili qui réclame de nouvelles élections depuis les législatives du 26 octobre, entachées de fraudes. 

    À lire aussiSalomé Zourabichvili, présidente de la Géorgie: «Je reste la seule institution indépendante et légitime»

     

    Président : une fonction symbolique qui tombe dans l’escarcelle du pouvoir

    « Depuis que le Rêve géorgien est au pouvoir, nous avons eu deux présidents de la République. Les deux ont fini par prendre leurs distances et s'opposer à Bidzina Ivanichvili, qui dirige le pays comme son entreprise et ne tolère pas d’indépendance d’esprit, estime Thorniké Gordadzé, qui ne cache pas son opposition au pouvoir en place. Donc, cette fois, Ivanichvili a choisi Mikhaïl Kavelachvili, parce qu’il n’a pas les compétences, qu’il lui est fidèle et ne se servira pas de l’institution contre lui ».

    Le mandat de Salomé Zourabichvili arrivant à son terme le 29 décembre, « il n’est pas très étonnant que le Rêve géorgien choisisse une personnalité plus favorable à la ligne du gouvernement », nuance Taline Ter Minassian, directrice de l’Observatoire des États post-soviétiques. Elle souligne que « malgré les sincères aspirations d’une partie de la population à rejoindre l’Union européenne, la Géorgie reste très dépendante de la Russie » dans ses approvisionnements en blé ou en gaz naturel, ainsi que pour l’exportation de son vin.

    Selon cette spécialiste des pays du Caucase, au-delà des questions idéologiques qui divisent le pays et des soupçons de fraude électorale non élucidés, le gouvernement géorgien actuel défend une posture pragmatique, de realpolitik, au vu de la géographie et des intérêts vitaux de la Géorgie.

    Quel futur pour la contestation ?

    La présidence en Géorgie est une fonction essentiellement symbolique, aux ressources très limitées. Mais il lui reste des prérogatives, garanties par la Constitution. Notamment une qui pourrait s'avérer déterminante pour l'avenir de la contestation dans les rues : si le gouvernement souhaitait décréter l'état d'urgence, pour imposer un couvre-feu par exemple — et ainsi faire taire la contestation de manière légale — il aurait besoin de la signature du président.

    Une signature impossible à obtenir de l'actuelle présidente pro-européenne, Salomé Zourabichvili, qui a par ailleurs déclaré qu'elle ne quittera pas le palais présidentiel tant que de nouvelles élections législatives ne sont pas convoquées, le Parlement élu étant « illégitime » selon elle et, par extension, le président choisi par un collège électoral le 14 décembre l’est également. Une position que n’a pas manqué de critiquer le président élu, Mikhaïl Kavelachvili : « Le président actuel a ouvertement insulté et méprisé notre document le plus important, la Constitution de la Géorgie, et continue de la violer à ce jour. En conséquence, notre société s'est divisée. La radicalisation et la polarisation sont alimentées, d'autant plus que nos "amis" malveillants contribuent à exacerber ce processus. »

    La Géorgie aura-t-elle deux présidents ? Les prochaines semaines risquent d’être mouvementées.

    À écouter dans GéopolitiqueGéorgie, la fin du rêve européen ?

    5 min
  • Allemagne: clap de fin pour Olaf Scholz (rediffusion)

    Dimanche 23 février, les électeurs allemands voteront dans le cadre des élections fédérales anticipées suite à l'éclatement de la coalition « feu tricolore » emmenée par Olaf Scholz. Un scrutin qui pourrait bien rester dans les annales de la politique allemande, car si l'on en croit les sondages, l'AfD, l'Alternative pour l'Allemagne, formation d'extrême droite, pourrait devenir la deuxième force politique du pays. Un changement brutal après la chute du gouvernement d'Olaf Scholz, tête de liste du parti social-démocrate pour ces élections, pris de cours durant son mandat par un contexte géopolitique aux multiples impacts pour un pays qui voit ses certitudes s'effondrer les unes après les autres. (rediffusion du 12 février 2025)

    Ces élections pourraient bien marquer la fin de la carrière politique d'Olaf Scholz. À soixante-six ans, le chancelier sortant, ancien ministre des Finances dans le dernier gouvernement d'Angela Merkel, qui fut également maire de Hambourg entre 2011 et 2019, pourrait bien tirer sa révérence si sa formation, le SPD, le Parti social-démocrate, subit une défaite historique, ce que prédisent les sondages.

    Une coalition vouée à l'échec

    Il faut dire que la coalition « feu tricolore » qu'il dirigeait, avec le Parti social-démocrate, les Verts et le Parti libéral-démocrate, était plus ou moins vouée à l'échec, surtout dans un contexte de crises énergétique, économique et géopolitique. ​​​​​​ « C'était une coalition un peu contre-nature, estime Étienne Dubslaff, docteur en civilisation allemande et en histoire contemporaine et maître de conférences à l'Université Paris Nanterre. Il y a bien certains points communs, notamment dans la politique sociétale — ce sont trois partis plutôt libéraux somme toute, ils sont favorables par exemple au mariage gay ou encore plus ou moins favorables à la légalisation du cannabis. C'est anecdotique, mais néanmoins, ça joue quand même un rôle. Donc, là-dessus, ces trois partis pouvaient tout à fait s'entendre. En revanche, il y a toujours eu de graves dissensions, notamment entre les Verts et les Libéraux, autour des questions économique et financière. »

    Le déficit public : un verrou qui a eu raison de la coalition

    Et ce sont justement ces questions d'ordre économique et financière qui ont fait imploser la coalition. Les sociaux-démocrates et les Verts souhaitaient faire sauter le verrou de la dette publique, un thème tabou en Allemagne. Mais mettre fin à ce verrou était indispensable, selon Olaf Scholz, pour relancer l'économie allemande, qui pourrait connaître une troisième année de récession en 2025, ce qui serait une première.

    Mais son ministre des Finances, également chef du FDP, le parti libéral, était totalement opposé à cette idée contraire aux principes de son parti. Et c'est ce point de crispation qui a fait éclater en novembre dernier la coalition « feu tricolore ». Une situation dont n'est pas vraiment responsable Olaf Scholz, détaille Marie Krpata, chercheuse au Cerfa, le Comité d'études des relations franco-allemandes à l'Ifri : « Avant lui, Angela Merkel a été au pouvoir pendant seize ans. Et un certain nombre de décisions ont été prises qui finalement ont fragilisé l'Allemagne. Et cela ne date pas d'Olaf Scholz en tant que chancelier, puisqu'en effet, la dépendance par rapport à la Russie sur le plan énergétique, c'était bien avant Olaf Scholz. Sous Angela Merkel aussi, il y a eu un sous-investissement dans l'armée allemande et aujourd'hui, on se rend compte de l'impact négatif que cela peut avoir. Alors effectivement, les sociaux-démocrates ont aussi été au gouvernement sous Angela Merkel, mais il est un peu trop simple de dire que la faute finalement est celle d'Olaf Scholz. »

    À écouter dans DécryptageÉconomie, politique: la fin du modèle allemand?

    Olaf Scholz : un candidat hors sujet ?

    Fini donc la coalition « feu tricolore », et pourtant, Olaf Scholz décide malgré tout de prendre la tête de la liste du SPD pour les prochaines élections. Mais le problème, c'est que les thèmes qui lui sont chers ne sont pas les thèmes qui dominent la campagne électorale. L'Allemagne a besoin de relancer son économie, d'investir dans des secteurs clés selon lui, mais ce sont d'autres questions qui dominent les débats, comme l'explique Marie Krpata : « Le thème de l'immigration est aujourd'hui un des thèmes phares de cette campagne électorale, qui plus est après un certain nombre d'attaques au couteau et différents attentats qu'il y a pu y avoir précédemment. Ce sujet de l'immigration et ce sujet de la sécurité aujourd'hui domine cette campagne électorale, même si, évidemment, la question de l'économie, de la compétitivité joue un rôle, mais aussi l'ingérence étrangère, avec Elon Musk qui soutient l'AfD effectivement. »  

    Alors, bien que donné vainqueur après le premier débat face à Friedrich Merz, le chef des chrétiens-démocrates, et donc tête de liste de la CDU-CSU, Olaf Scholz, ne devrait pas être reconduit pour un éventuel gouvernement Scholz 2. L'ancien maire de Hambourg devrait donc quitter la scène politique prochainement, laissant derrière lui un parti social-démocrate qui pourrait bien mettre des années à se remettre d'un score qui s'annonce comme le plus mauvais de son histoire.

    À lire aussiLégislatives allemandes: la stratégie périlleuse du favori des sondages Friedrich Merz

    5 min
  • Biélorussie: indéboulonnable mais vieillissant, le président Loukachenko brigue un 7e mandat (rediffusion)

    Dimanche 26 janvier, les électeurs biélorusses sont appelés à voter dans le cadre de l'élection présidentielle. Comme le dénonce depuis des décennies la communauté internationale, c'est par un processus électoral ni libre, ni équitable, qu'Alexandre Loukachenko devrait être reconduit pour un nouveau mandat, son septième consécutif à la tête d'un pays considéré comme un satellite de la Russie. Un pays déserté par une opposition victime d'une répression féroce. (rediffusion du 25 janvier 2025)

    Il est au pouvoir depuis 1994. Alexandre Loukachenko est aujourd'hui le plus ancien dirigeant des ex-républiques de l'espace soviétique. À 70 ans, il continue de diriger d'une main de fer un régime considéré par beaucoup comme le plus autoritaire en Europe et se présente sans véritable opposant dans ce scrutin présidentiel. Il devrait logiquement être reconduit pour un septième mandat à la tête d'un pays dont le régime s'est encore plus durci depuis août 2020, après une dernière élection entachée de nombreuses fraudes.

    « Souvent, quand on parle de Biélorussie, on parle d'une forme d'accord tacite qui existait plus ou moins avec les classes moyennes biélorusses, en tout cas qui a permis l'émergence de ces classes moyennes biélorusses, qui pouvaient circuler à l'époque assez librement, qui pouvaient donc gagner leur vie assez facilement. Mais en échange, il ne devait évidemment pas manifester d'ambitions politiques. C'est ce pacte qui, du point de vue d'Alexandre Loukachenko, a été rompu en 2020, quand beaucoup de citoyens biélorusses ont exprimé des revendications politiques », estime Olga Gille-Belova, docteur en sciences politiques et maître de conférences à l'université Bordeaux-Montaigne.

    Une opposition muselée, en exil ou en prison

    La répression féroce qui a suivi ces manifestations sans précédent a permis à Alexandre Loukachenko d'écarter toute opposition. Si certains de ces opposants ont été arrêtés et sont désormais en prison, d'autres sont parvenus à fuir. « Dès l'automne 2020, des Biélorusses par milliers, des dizaines de milliers même, ont fui le pays par peur de répression, par peur de l'emprisonnement, par peur des tortures, par peur des menaces sur leur famille, et beaucoup sont arrivés en Lituanie, en Pologne et également en Géorgie, détaille Ronan Hervouet, sociologue, professeur à l'université de Bordeaux-Montaigne et qui mène actuellement des recherches sur les exilés biélorusses. Ces personnes, au début, continuaient de participer à des formes de mobilisation, de manifestation, de soutien aux prisonniers politiques, etc. Mais rapidement, ils se sont rendu compte qu'ils ne se sentaient pas en sécurité, même dans les pays d'accueil. Ils avaient peur que leur mobilisation à l'étranger puisse nuire à leurs proches. Aujourd'hui, la mobilisation, l'action contre le régime apparaissent extrêmement difficile à mener collectivement, à l'intérieur du pays comme depuis l'étranger. »

    Une dépendance à la Russie qui va de pair avec la répression

    Svetlana Tikhanovskaïa, considérée comme la cheffe de file de l'opposition biélorusse et adversaire du président sortant en 2020, continue de se battre, mais en exil. Ainsi, Alexandre Loukachenko est sans opposant aujourd'hui et compte rester sur la même ligne, c'est-à-dire avancer main dans la main avec la Russie de Vladimir Poutine, dont la Biélorussie aujourd'hui ne peut se passer. « Il y a une dépendance beaucoup plus importante qui s'est instaurée à l'égard de la Russie. La dépendance militaire, la dépendance stratégique, la dépendance économique, qui existaient déjà auparavant, se sont beaucoup renforcées depuis 2022 », énumère Olga Gille-Belova.

    Alexandre Loukachenko applique aujourd'hui la méthode Poutine. C'est donc la peur qui domine dans le pays. À tel point que, cette année, personne de s'attend à ce que les Biélorusses mécontents sortent s'exprimer dans les rues après cette élection. « Il y a un tel degré de répression… Tout a été traqué et continue d'être traqué. Il y a 1 250 prisonniers politiques, mais il y en a qui ont pris des peines d'un an de prison, de deux ans de prison. Certains sont sortis, mais il y a d'autres qui entrent. En fait, ça ne s'arrête pas depuis 2020. La répression à l'intérieur du pays est telle qu'une mobilisation apparaît complètement impossible », explique Ronan Hervouet.

    Alexandre Loukachenko va donc enchaîner un septième mandat, personne n'en doute. Mais à 70 ans, il n'est pas éternel. Et s'il peut encore enchaîner un ou deux mandats, la question de sa succession se pose aujourd'hui. Ce qui semble être la seule issue possible pour un changement de pouvoir à la tête de la Biélorussie.

    À lire aussiBiélorussie: un «simulacre d'élection» dans un pays avec «des milliers de prisonniers politiques»

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