Européen de la semaine

Européen de la semaine

By RFI
Download on the App Store

Européen de la semaine episodes

  • António Costa, un adepte du compromis au service de l’Union européenne

    Il a vécu son baptême du feu en présidant son premier Conseil européen à Bruxelles jeudi 19 décembre : António Costa veut secouer les habitudes prises ces dernières années à Bruxelles…  La « méthode Costa », faite de compromis et de relationnel, lui a plutôt réussi au Portugal, mais peut-elle fonctionner à Bruxelles dans un contexte de fortes tensions économiques et politiques ?  [Rediffusion]

    Lunettes rondes, cheveux argentés et sourire communicatif : António Costa est visiblement satisfait de « son » premier Conseil européen en tant que président de l’institution. Il faut dire que l’ancien Premier ministre portugais a déjà réalisé un petit exploit en concluant en une seule journée ce conclave des dirigeants européens… une « méthode Costa » déjà saluée par ses interlocuteurs de l’Union européenne.

    « Je pense que nous avons réussi à concentrer le travail des dirigeants sur la discussion stratégique et politique, en confiant la préparation du sommet à nos ambassadeurs », s’est donc félicité l’ancien Premier ministre à l’issue de ce premier Conseil européen, tandis qu’aux étages du bâtiment Justus Lipsius, les dirigeants européens ne cachaient pas leur soulagement de pouvoir rentrer dans leurs pays respectifs aussi rapidement.

    « Il a voulu ramasser le Conseil européen sur une seule journée alors que jusqu’à présent, c'était sur deux jours », salue Pascale Joannin, directrice générale de l’Institut Robert Schuman. « C’est vraiment la première mesure tangible que l’on voit de la "méthode Costa" – l’idée étant de permettre aux 27 de se voir, d’échanger, mais de le faire plus rapidement, même si l’agenda est chargé. »

    Origines indiennes 

    Un premier point positif donc pour ce nouveau président du Conseil européen, nommé le 1ᵉʳ décembre dernier pour un premier mandat de deux ans et demi – renouvelable une seule fois. Aujourd’hui âgé de 63 ans, António Costa a grandi au Portugal dans une famille très politisée et engagée contre la dictature de Salazar, une histoire familiale qui l’a beaucoup marqué, de même que les origines indiennes de son père.

    « Orlando da Costa était originaire d’une famille de Goa, un comptoir indien resté portugais jusque dans les années 1960, et il a ensuite vécu un temps au Mozambique, il a donc eu une histoire familiale liée à la colonisation portugaise », raconte Victor Pereira, chercheur à l’Institut d’histoire contemporaine de l’Université nouvelle de Lisbonne.

    « Autre élément important dans cette histoire familiale : son père était écrivain et il militait au Parti communiste portugais, qui était le principal parti d’opposition pendant la dictature de Salazar. Sa mère, Maria Antonia Palla, était une journaliste engagée à gauche. Elle a fait notamment des reportages sur les avortements clandestins, ce qui lui a valu des mésaventures avec la justice, mais aussi une réputation de journaliste courageuse et engagée. »

    Une première grève à 14 ans

    C’est donc très jeune qu’António Costa s’engage en politique, il a d’ailleurs organisé sa première grève à l’âge de 14 ans pour dénoncer l’éviction d’une professeure dans son collège. Passionné de football – il soutient le Benfica –  et de cinéma, il devient avocat, milite au Parti socialiste et entre pour la première fois au gouvernement en 1995 à l’âge de 34 ans, sous la houlette d’António Guterres, l’actuel secrétaire général de l’ONU.

    Il est maire de Lisbonne pendant huit ans, un mandat qu’il met à profit pour revaloriser et dynamiser la capitale portugaise. Puis, en 2015, il devient Premier ministre en formant une alliance à gauche qui est alors totalement inédite au Portugal. Cet amateur de puzzle à 1 000 pièces déploie alors des talents de négociateur hors pair afin d’y parvenir.

    « Il va réussir à gouverner durant quatre ans avec une formation de gauche radicale et avec les communistes, dont les relations avec les socialistes portugais ont toujours été très tendues, décrypte Victor Pereira. Et ce alors que c’est la droite qui était arrivée en tête aux élections ! En outre, il parvient à rompre avec la politique d’austérité de ses prédécesseurs tout en améliorant la situation financière du pays. »

    Un « miracle portugais » qui finit mal pour António Costa : le dirigeant portugais est contraint de démissionner, fin 2023, lorsque son nom apparaît dans une affaire de corruption. L’enquête n’aboutit pas, mais l’ancien avocat doit renoncer à ses ambitions nationales et finit par rebondir au niveau européen, en profitant du départ de Charles Michel pour diriger le Conseil européen.

    À lire aussiDémission du Premier ministre portugais emporté par un scandale de corruption

    La « méthode Costa »

    À Bruxelles, l’ancien Premier ministre n’arrive pas en terrain inconnu. Il a été député européen, et, surtout, il a participé durant huit ans aux Conseils européens dont il connaît toutes les ficelles. Il bénéficie d’une réputation flatteuse : on le sait adepte du compromis — qualité indispensable à Bruxelles. Il maîtrise plusieurs langues, dont le français et l’anglais. Et il a un très bon sens des relations humaines, ce qui pourra lui être utile pour « pacifier » les relations avec Ursula von der Leyen, qui étaient notoirement exécrables avec Charles Michel. 

    « Il souhaite que cette rivalité entre institutions n’existe plus, et qu’il n’y ait plus ces chicaneries et ces mauvaises manières qui ont pu exister auparavant », observe Pascale Joannin, de l’Institut Robert Schuman. « Même si l’on n’est pas toujours d’accord et même si les objectifs ne sont pas toujours les mêmes, il veut éviter que s’installe une rivalité avec la présidente de la Commission comme cela a été le cas durant le mandat de Charles Michel. »   

    La « méthode Costa », ce sera également plus d’entretiens bilatéraux avec les dirigeants européens – plus de relationnel pour que l’Europe fonctionne mieux… Et pour cela, António Costa veut organiser des « retraites informelles » en plus des traditionnels sommets à Bruxelles. Avec moins de journalistes, et sans déclaration finale. La première de ces « retraites » sera consacrée aux questions de Défense, et devrait avoir lieu en février prochain à Bruxelles.

    À lire aussiUkraine: l'UE réaffirme son soutien à Kiev pour une paix juste, «pas à n'importe quel prix»

    5 min
  • Gergely Karacsony, l’opposant de Budapest

    Il s’est fait connaître hors des frontières de son pays en sauvant la marche des fiertés de Budapest : Gergely Karacsony est notre Européen de la semaine. Le maire de Budapest est devenu le nouveau héraut de l’opposition au nationaliste Viktor Orban.

    Grâce à lui, la Marche des fiertés a pu avoir lieu dans les rues de la capitale hongroise. Une édition historique. Jusqu’à 200 000 personnes auraient défilé à Budapest le samedi 28 juin 2025. Du jamais vu ! Elles ont manifesté pour le respect des droits LGBTQ+ mais aussi – et surtout – contre Viktor Orban. Le Premier ministre hongrois a tout fait pour interdire ce rassemblement. Mais Gergely Karacsony a entamé un bras de fer avec le gouvernement pour que la Gay Pride ait bien lieu. « Nous avons décidé de soutenir cette cause, et la municipalité de la capitale organisera cet événement à la place de la Budapest Pride interdite », déclarait-il avant la manifestation. « Cet événement sera pleinement conforme aux lois hongroises et à notre conviction morale : nul en Hongrie ne devrait être victime de discrimination. » Le maire de Budapest n’a rien lâché. Cette Gay Pride s’est tenue sans heurts avec la police, alors que les manifestants étaient menacés d’amendes de plusieurs centaines d’euros et d’un an de prison. C’est même la plus grande manifestation anti-Orban depuis une décennie dans le pays.

    « Vrai opposant »

    Gergely Karacsony est un opposant à Viktor Orban depuis le début de son engagement politique. Il y a quatre ans, il a même tenté de se présenter comme le candidat de l’opposition contre Viktor Orban, mais il échoue à la primaire des partis de gauche. Un opposant de longue date, plus que le favori des sondages, le dissident du Fidesz Péter Magyar. « Les médias occidentaux ont focalisé l'attention sur Péter Magyar en oubliant un petit peu le maire de Budapest qui en fait à une grande antériorité par rapport à Magyar dans l'opposition à Orban », explique Catherine Horel, directrice de recherches au CNRS et spécialiste de la Hongrie. « Parce que Karacsony, à la différence de Péter Magyar, c'est un vrai opposant. On a affaire à quelqu'un qui dès le départ, dès le début de sa carrière politique est à gauche. C'est quelqu'un qui a maintenu son profil d'opposant depuis le début de sa carrière politique. »

    À lire aussiMarche des fiertés: Irlande, Hongrie... les droits LGBT+ reculent dangereusement

    Engagé à gauche

    Gergely Karacsony ne vient pas de l’élite. Il a monté une à une les marches de l’ascension sociale, retient Catherine Horel : « C'est quelqu'un de très modeste, qui vient de province, qui s'est fait tout seul, qui est monté faire ses études à Budapest, qui vient d'une famille avec une maman veuve. C'est quelqu'un qui n’a pas eu la cuillère d'argent dans la bouche. Il est venu jeune étudiant à Budapest, il a fait des études de sociologie et de sciences politiques. Et puis à un moment, il s'est engagé et il a été repéré par l'état-major du parti socialiste. Et il a commencé à travailler pour le gouvernement socialiste à partir de 2002. » Il crée ensuite son propre parti, « Dialogue ». Maire d’arrondissement, il remporte la ville de Budapest en 2019. Il se présente comme écologiste, mais il a plutôt fédéré des écologistes autour de lui. Et à la tête de la capitale, il est aussi engagé dans un bras de fer permanent avec le gouvernement. « Il y a plein de choses qu'on ne peut pas faire à Budapest parce que ça dépend de l'État », retient Catherine Horel. « Et systématiquement des initiatives de la mairie sont battues en brèche par le gouvernement. Il a donc été empêché dans un certain nombre d'initiatives par des décisions ministérielles. Les réalisations de monsieur Karacsony sont assez limitées à Budapest, mais en partie à cause de ça. » 50 ans, lunettes, sans cravate, il apparaît toujours souriant, on le voit sur X avec un tee-shirt Budapest aux couleurs du drapeau LGBT. Marié et père de famille, discret et sans aspérité, on ne lui connaît pas de passions en dehors de son métier chronophage de maire.

    Relance dans la course pour détrôner Orban ? 

    Après le succès de la Marche des fiertés, on lui prête maintenant un destin national. Mais si Gergely Karacsony est bien connu des habitants de la capitale, c’est dans les campagnes qu’il va devoir convaincre et séduire la population, souligne Catherine Horel : « Il faudrait qu'il rebâtisse une figure nationale. Et je ne suis pas sûre que l’initiative qu'il a prise d'autoriser la Marche des fiertés ait beaucoup d'écho chez le petit électeur rural du Nord-Est et qui vote Orban, qui va dire "Ah bah oui, à Budapest, c'est bien connu, c'est tous des dégénérés, etcetera". »  Les prochaines élections auront lieu en mars prochain. Une primaire pourrait être organisée pour choisir le candidat de gauche. Une nouvelle chance de s’imposer pour Gergely Karacsony 

    5 min
  • Sergueï Tikhanovski, figure de l’opposition biélorusse, libéré de prison

    L’opposant biélorusse Sergueï Tikhanovski est sorti de prison ce dimanche 22 juin, grâce à une médiation américaine. Le mari de Svetlana Tikhanovskaïa, devenue, en son absence, la principale figure d’opposition en exil, a passé cinq années éprouvantes en détention. Il a immédiatement réclamé la libération de tous les autres prisonniers politiques, détenus en Biélorussie, ex-République soviétique tenue d’une main de fer depuis 30 ans par le président Alexandre Loukachenko.

    Méconnaissable. Lorsqu’il est libéré le 22 juin 2025 de prison, Sergueï Tikhanovski n’est plus que l’ombre de lui-même. Extrêmement amaigri, visage émacié et crâne rasé, le blogueur trublion de la politique biélorusse craque lorsqu’il évoque devant la presse ses conditions de détention très difficiles. Coupé du monde dans sa cellule qu’il est forcé de nettoyer « quatre fois par jour », il manque de tout, il ne peut même pas « s’acheter un savon ou une brosse à dents », raconte-t-il. Il n’a aucun contact avec sa famille et ni d’accès à un avocat. Condamné en 2021 à 18 ans de prison pour « organisation d’émeutes et incitation à la haine », il a finalement été libéré au bout de cinq ans, grâce à une médiation des États-Unis.

    C’est en Lituanie, qu’il a pu rejoindre son épouse dès sa libération. Svetlana Tikhanovskaïa, devenue la figure de proue de l’opposition biélorusse, y vit en exil avec ses deux enfants. Elle qui n’a cessé de se battre pour réclamer sa libération se réjouit de son retour dans un entretien à RFI : « Je suis heureuse que le père de nos enfants puisse leur lire des contes de fées avant d’aller se coucher ou faire des barbecues avec eux ». Elle espère également « qu’il sera une voix forte de plus au sein de notre mouvement ».

    À lire aussiBiélorussie: l'opposant Sergueï Tikhanovski libéré après cinq ans de prison

    D’entrepreneur à blogueur, critique du régime

    Rien ne prédestinait Sergueï Tiskhanovski, âgé de 46 ans aujourd’hui, à faire de la politique. Linguiste de formation, il se lance dans l’évènementiel, organise notamment des concerts, fait partie du milieu de la nuit, dans les années 1990. Il monte les affaires. C’est en rachetant une maison pour la rénover et la transformer en lieu culturel qu’il est confronté à des problèmes administratifs et bureaucratiques, qu’il dénonce sur sa chaîne YouTube baptisée « Le pays à vivre ». « Il est devenu blogueur et a commencé à publier des vidéos, de plus en plus populaires. Il parlait de choses concrètes et il a obtenu le soutien de cette partie de la société qui n’était pas politisée, mais mécontente, explique le politiste Yauheni Kryzhanouski. Son idée était de construire un pays vivable. »

    Sergueï Tikhanovski fait des émules. « Dans une certaine mesure, on peut le comparer à Navalny [l’opposant russe à Valdimir Poutine, mort en détention en 2024, NDLR], car il a créé un blog où d’autres personnes peuvent s’exprimer et dénoncent le côté kafkaïen de cette administration dysfonctionnelle qui étouffe les initiatives des entrepreneurs », ajoute Olga Gille-Belova, maîtresse de conférences à l’Université Bordeaux-Montaigne. Ses critiques contre le système virent à la satire politique et aux attaques directes contre le président autoritaire Alexandre Loukachenko. Et c’est lorsqu’il décide de se présenter contre lui à la présidentielle de 2020 qu’il s’attire les foudres du pouvoir. Sa notoriété inquiète et sa candidature est invalidée. Son épouse Svetlana Tikhanovskaïa, alors enseignante, prend le relais et se présente à sa place. Sergueï Tikhanovski organise sa campagne et est arrêté à plusieurs reprises avant d’être enfermé pour de bon en mai 2020. « Il fait partie de toute cette vague de personnes arrêtées et condamnés à de lourdes peines, fabriquées par les autorités pour étouffer l’opposition », commente Olga Gille-Belova.

    Un destin lié à celui de son épouse

    En août 2020, Alexandre Loukachenko remporte une nouvelle fois la présidence. Les Biélorusses descendent massivement dans la rue pour dénoncer des fraudes. La répression est sévère. Svetlana Tikhanovskaïa, devenue une figure majeure de l’opposition, est menacée. Elle est contrainte de fuir, avec ses deux enfants, en Lituanie, d’où elle continue de mener son combat politique et plaide sans relâche pour la libération de son mari. « Svetlana ne voulait pas d’engager en politique, elle l’a fait un peu malgré elle. C’est engagement politique était aussi un moyen de faire libérer son mari », estime Yauheni Kryzhanouski qui a côtoyé l’opposante.

    Aujourd’hui libre, Sergueï Tikhnavoski a annoncé qu’il souhaitait continuer à soutenir l’opposition. « Il pourra jouer un rôle dans l’opposition, mais il ne va pas remplacer sa femme, prédit Olga Gille-Belova. C’est elle qui a la légitimité, elle était candidate, elle est devenue une vraie personnalité publique, même si c’est lui qui s’était présenté au départ et le fait qu’il a été en prison lui donne aussi une certaine légitimité ». Quant à rentrer un jour dans son pays, Tikhanovski le souhaite, mais quand ? Alexandre Loukachenko a remporté un septième mandat au début de l’année avec plus de 87% des voix, lors d’un scrutin qualifié de « mascarade » par l’Union européenne. Selon l’ONG de droits humains Viasna, il resterait près de 1 200 prisonniers politiques dans les prisons de Biélorussie.

    À lire aussiSvetlana Tikhanovskaïa et l’opposition biélorusse jugées à Minsk pour haute trahison

    6 min
  • Blaise Metreweli, première femme à la tête du MI6

    Une nomination historique au Royaume-Uni. Blaise Metreweli devient la première femme à prendre la tête des services de renseignements extérieurs, le MI6. Après une longue carrière dans les services secrets, à des postes opérationnels ou à la direction, elle sort de l'anonymat et succèdera cet automne à Richard Moore, chef des renseignements depuis 2020.

    Regard bleu, cheveux blonds, boucles d’oreille en argent. Le portrait officiel publié par le gouvernement britannique est l'une des seules images qui circule de Blaise Metreweli. Elle est la future cheffe des services de renseignements du Royaume-Uni, que l'on connaît aussi sous le nom de code « C », l'équivalent du personnage de « M », interprété par l'actrice Judi Dench dans la saga James Bond. Blaise Metreweli est issue d'une famille originaire de l'Europe de l'Est, son patronyme est d’ailleurs le dérivé du nom géorgien Metreveli. Elle deviendra à l'automne la première femme à diriger le MI6 depuis sa création, en 1909. 

    Le Premier ministre britannique Keir Starmer a salué une nomination historique. « L'idée que le travail dans les renseignements est effectué par des sosies de Daniel Craig qui conduisent des voitures rapides et tirent sur des gens est fausse, mais elle a un impact réel sur les femmes qui voudraient faire carrière dans le renseignement, explique Dan Lomas, chercheur en relations internationales à l'université de Nottingham. Metreweli, fonctionnaire relativement jeune, très performante, je pense qu'il s'agit d'un signal fort. C’est la nomination d'une personne qui a été choisie sur la base de son CV. Mais cela dit aussi qu'il s'agit d'une personne qui est parvenue au sommet grâce à un travail acharné et qui peut potentiellement servir d'inspiration à la prochaine génération de femmes agentes », poursuit-il.

    Une longue carrière dans les renseignements 

    Si en théorie, le chef des renseignements extérieurs britanniques est le seul membre du MI6 à être connu du grand public, beaucoup d'informations sont accessibles sur la vie et la carrière de l’agente de 47 ans. « Elle a rejoint le MI6 en 1999. Elle est diplômée en anthropologie de l'université de Cambridge. Elle a servi à l'étranger, dans certaines parties du Moyen-Orient et de l'Europe. Elle a travaillé un temps pour le MI5, les renseignements intérieurs. Et elle est actuellement à la tête de la branche Q du MI6, c'est-à -dire directrice des services d'innovation technique du Service des renseignements extérieurs. Ils sont chargés de créer des gadgets pour communiquer avec les agents à l'étranger », explique Dan Lomas. La branche Q, qui, elle aussi, dira peut-être quelque chose aux fans des aventures de l'agent 007.

    En 2022, Blaise Metreweli a donné une interview dans le Financial Times sous couvert d'anonymat. « Ada », le nom d’emprunt qui lui permet de témoigner en tant qu’agente du MI6, y parle beaucoup de sa vie d'agent des renseignements en poste à l'étranger et de sa vie de mère. « Elle parle des problèmes liés au fait d'être à la fois enceinte et de travailler pour le MI6. On en apprend sur l'éducation de ses enfants, son engagement à travailler pour les services. Et sur l'amour qu'elle porte à son travail. Nous savons également qu'elle est assez athlétique », décrypte Dan Lomas de l’Université de Nottingham. On apprend dans la presse britannique que pendant ses études d'anthropologie, elle a fait partie de l'équipe d'aviron de Cambridge, et qu'elle s'est engagée pour que l'on recrute davantage de personnes neuro divergentes dans les services de renseignement. 

    Une geek autoproclamée 

    Dans l’interview qu’elle accorde en 2022 au Financial Times, Blaise Metreweli indique être une « geek autoproclamée ». Une compétence qui lui a sans aucun doute servi pour obtenir son nouveau poste. Pour le ministre britannique des Affaires étrangères, David Lammy, Blaise Metreweli était « une candidate idéale dans un contexte d'instabilité mondiale et de nouvelles menaces pour la sécurité de nos concitoyens ». La passion de la future cheffe du MI6 pour la technologie et l'IA est essentielle dans le contexte actuel. « Les auditeurs peuvent s'imaginer que lorsqu'on parle d'espions, on parle de personnes en trench-coat qui transmettent des documents avec un journal sous le bras, plaisante Dan Lomas. Ce type d'espionnage existe encore. Mais il y a certaines cibles qu'il est très, très difficile de rencontrer face à face. La Russie, l'Iran, la Chine... Comment communiquer avec eux ? L'habileté consiste aujourd'hui à utiliser des méthodes ancestrales, mais à les appuyer à l'aide des nouvelles technologies. C'est là que Metreweli entre en jeu. C'est une déclaration importante de la part du MI6 : il prend ses innovations technologiques au sérieux parce qu'il choisit de placer la directrice de la branche Q au poste le plus élevé ».

    Blaise Metreweli va être confrontée à des défis majeurs durant son mandat à la tête du MI6. Jusqu'alors, la priorité des services de renseignements était la lutte contre le terrorisme. Aujourd'hui, les évolutions géopolitiques changent la donne. Pour Dan Lomas, ce sont certains États qui représentent désormais une menace pour le Royaume-Uni. Il évoque aussi la possibilité pour tout un chacun de faire du renseignement sur Internet. Face à ces enjeux, le MI6 va devoir se réinventer. La nouvelle cheffe du MI6 sera intronisée après l'été. Si Blaise Metreweli suit les traces de son prédécesseur Richard Moore, elle devrait être une figure présente dans les médias. Le dernier chef du MI6 avait surpris les participants du festival du Financial Times en septembre dernier. Il y avait mené une conférence conjointe avec le directeur de la CIA. 

    À lire aussiRoyaume-Uni: Blaise Metreweli devient la première femme à la tête du renseignement extérieur

    6 min
  • Groenland: Jens-Frederik Nielsen, un jeune Premier ministre face aux appétits de Donald Trump

    Emmanuel Macron se rend en visite officielle au Groenland ce dimanche. Ce territoire autonome du Danemark est convoité par Donald Trump qui a répété qu’il voulait s’en emparer. Le président français annonce s'y rendre pour éviter toute « prédation » et toute « menace » et pour « être en solidarité avec le Premier ministre groenlandais », Jens-Frederik Nielsen. Celui-ci, arrivé au pouvoir en mars, doit veiller à maintenir l’unité de l’île face aux pressions extérieures.

    Avant de conduire son parti Demokraatit à la victoire, en mars, Jens-Frederik Nielsen était déjà, à maintes reprises, monté sur la première marche du podium, mais dans une tout autre catégorie. Avant de devenir chef de gouvernement, il était surtout connu des Groenlandais pour ses performances au badminton. Membre de l’équipe nationale, il a remporté le championnat à plusieurs reprises. « C’est un très bon joueur. Il est très talentueux en sport. Il est très bon au handball, très bon au foot », raconte son ami d’enfance Hans Brummerstedt, qui a, lui aussi, pratiqué le badminton dans le même club. Pour le jeune homme, qui vit depuis six ans au Danemark et qui s’excuse par avance pour son impartialité, « Jens-Frederik Nielsen est la meilleure personne pour diriger le Groenland aujourd’hui », louant ses qualités de « concentration » et de « persévérance ».

    Le jeune dirigeant aux yeux rieurs pratique aussi la chasse aux rennes et aime se promener dans la nature en famille. Il élève trois enfants avec sa compagne à Nuuk, la capitale. Il joue aussi du soft rock sur sa guitare lors d'événements de son parti. « Il est très charmant, affable. Il est peut-être jeune, mais il a eu l'expérience d'un rôle ministériel important dans un passé récent », affirme Dwayne Ryan Menezes, directeur du groupe de réflexion britannique Polar Research and Policy Initiative.

    Le Groenland n’est pas à vendre 

    Avant d’accéder au poste de chef du gouvernement, Jens-Frederik Nielsen a été ministre du Travail et des Ressources minérales à 28 ans. Un an plus tard, il prenait les rênes du parti social libéral Demokraatit. Son ascension politique a été rapide. Étudiant en sciences sociales, il est repéré par la cheffe du parti de l’époque, Nivi Olsen, séduite par ses écrits sur les réseaux sociaux, comme elle l’a raconté sur le site de KNR, la radio publique nationale du Groenland. Lorsqu’elle est nommée ministre, elle en fait son secrétaire. Il n’a alors que 22 ans. À moins de 30 ans, il accède à la tête du parti social libéral, arrivé premier des élections législatives en mars. À seulement 33 ans, il est le plus jeune Premier ministre du monde, avec de nombreux dossiers à traiter, dont le plus sensible : le statut de l’île, territoire danois autonome de quelque 57 000 habitants, convoité par Donald Trump. « We need Greenland » (« Nous avons besoin du Groenland »), répète à l’envi le président américain.

    Face à ces velléités, Jens-Frederik Nielsen affiche la fermeté : « le Groenland ne fera jamais partie des États-Unis, nous ne serons jamais à vendre et nous ne serons jamais Américains. Nous ne voulons pas non plus être Danois à l’avenir, nous voulons être indépendants, mais pour l'instant, nous faisons partie du Royaume du Danemark et c'est ainsi ». 

    Si l’indépendance du Groenland est l’objectif final pour tous les partis politiques du territoire, les moyens d’y parvenir et le calendrier différent. Personne n’envisage sérieusement un rattachement aux États-Unis. Le parti Demokraatit est favorable à une indépendance, à terme, du Groenland, qui possède un statut d’autonomie renforcée au sein du Royaume du Danemark. « Jens-Frederik Nielsen a opéré un changement en pivotant vers le Danemark et l'Europe », souligne le Dr Dwayne Ryan Menezes.

    « Le gouvernement précédent ne ressentait pas tellement le besoin de discuter des relations entre le Groenland et le Danemark. En l'absence de l'éléphant américain dans la pièce, les problèmes essentiels étaient les griefs du Groenland à l'égard du Danemark. Et soyons honnêtes, ils étaient légitimes. Mais avec le gouvernement Nielsen, il y a eu un renforcement des liens avec le Danemark. Parce que, sur fond de menace Trump, il prend conscience que le statu quo n'est peut-être pas si terrible que cela », complète le spécialiste. C’est d’ailleurs aux côtés de la Première ministre danois Mette Frederiksen que Jens-Frederik Nielsen accueillera Emmanuel Macron dimanche.

    Large gouvernement de coalition

    Face aux provocations américaines, le Premier ministre groenlandais a formé un large gouvernement de coalition, sans précédent dans l’ile arctique, composé de quatre des cinq partis élus, en plus de Demokratit, Siumut, IA et Atassut. Seuls les ultranationalistes de Naleraq n’en sont pas. Dans l’accord signé le 28 mars 2025, plusieurs priorités ont été définies, parmi lesquelles, la nécessité de stimuler le secteur privé et d’assainir les finances publiques pour aboutir à une réduction de la dépendance aux subventions danoises. Autre objectif : développer une coopération pragmatique et plus équitable avec le Danemark, tout en se préparant à une gouvernance future indépendante. Enfin, les membres de la coalition ont promis de maintenir une position collective pour répondre à la pression américaine et d’afficher un front uni pour protéger la souveraineté groenlandaise.

    « La menace extérieure posée par Donald Trump a permis aux quatre partis qui étaient traditionnellement opposés l'un à l'autre et occasionnellement en coalition l'un avec l'autre, de s'unir dans une coalition unique », analyse Dwayne Ryan Menezes, tout en prévenant : « c'est une chose de parvenir à former une coalition, mais la maintenir, c'en est une autre ».

    À lire aussiAu Groenland, le débat sur l'indépendance relancé par l'offensive de Donald Trump

    5 min
  • Luis Enrique, l’intransigeant entraineur du PSG

    Il est l'artisan de la victoire éclatante du PSG en Ligue des champions. L'Espagnol Luis Enrique, entraîneur du club de football parisien depuis deux ans, a réussi, là où d'autres se sont cassés les dents avant lui. Ancien joueur passé du Real Madrid au FC Barcelone avant d'être entraîneur, c’est un hyperactif au caractère bien trempé.

    Luis Enrique, 55 ans, c'est un physique sec et un caractère entier. Il est « passionnel et viscéral » résume le journaliste Manu Terradillos, correspondant Sports de la radio espagnole Onda Cero et journaliste à RFI. « C'est quelqu'un qui ressent les choses de façon très intense. Il dit ce qu'il pense. Il ne change pas sa façon de penser. Il a sa réalité des choses et il va la défendre jusqu'au bout ». Déterminé, affichant une mentalité de gagneur, il peut être aussi frontal, dans ses relations avec les journalistes notamment.  Lors d’une conférence de presse en octobre dernier, il répond avec aplomb aux critiques et aux interrogations sur l’avenir du PSG en Ligue des champions : « Jusqu’à preuve du contraire, je pense que nous allons tout gagner ! ».  Objectif atteint puisque samedi dernier, Luis Enrique a mené le PSG à la victoire pour la première fois en Ligue des champions. 

    « Il veut être le seul maître à bord »

    Ses choix stratégiques audacieux et parfois mal compris ont finalement payé. Luis Enrique a réussi à construire un collectif, après le départ de Kylian Mbappé, l’an dernier au Real Madrid. « Ce départ l’arrangeait quelque part. Puisqu’il n’y avait plus aucune star au Paris-Saint-Germain, il pouvait faire ce qu’il voulait, modéliser chaque joueur comme il l’avait imaginé dans sa tête, affirme Dominique Sévérac, journaliste sportif au journal Le Parisien, spécialiste du PSG depuis plus de 20 ans. Et puis le football est un métier d’égo, Enrique considère que la star ça doit être lui, il ne faut pas qu’il y ait une tête qui dépasse, il veut être le seul maître à bord. » Sa façon de travailler et de tout vouloir contrôler, avec les joueurs, ça passe ou ça casse, confirme Manu Teradillos : « Si tu rentres dans sa philosophie, il va te soutenir, il va être à mort avec toi, et t'améliorer, et sinon, les frictions vont être énormes. Et probablement, le joueur va quitter l'équipe. Soit tu es avec lui, soit tu n'es pas dans l'équipe. »

    Obsessionnel

    Luis Enrique est exigeant et impose une discipline à ses joueurs, discipline qu’il s’impose à lui-même. Obsessionnel sur l’entretien physique et la nutrition. « Il est un peu fou, admet Dominique Sévérac. Il marche pieds nus sur les pelouses du campus à Poissy même s'il fait froid. Il fait du gainage toute la journée, du vélo toute la journée, de la musculation toute la journée. Et ses joueurs, il ne les lâche pas, mais avec une forme d'humour, il fait passer ses idées avec un peu de pommade et de bienveillance. Mais il veut des sportifs qui mangent bien, qui dorment bien, ils sont grassement payés, mais sur le terrain : "vous allez vous dépenser et vous allez faire exactement ce que je vous ai demandé" ».

    Né à Gijon, le 8 mai 1970, dans le nord de l’Espagne, dans une famille modeste, Luis Enrique rêve de football. Il entre dans le club local et se fait remarquer par son style offensif et son fort esprit de compétition. Puis c’est le Real Madrid, avant de rejoindre le club ennemi, le FC Barcelone. Les supporters madrilènes ne lui pardonneront pas. En 1995, il rencontre celle qui deviendra son épouse, Elena Cullell, une économiste issue de la bourgeoisie catalane.

    Un drame familial

    Ils forment depuis une trentaine d’années un couple uni, ont trois enfants, dont la plus jeune, Xana, meurt tragiquement en 2019 d'un cancer rare, à l'âge de 9 ans. Dévasté, Luis Enrique, disparaît plusieurs mois des terrains de football, alors qu’il est sélectionneur de l’équipe d’Espagne. « Cet épisode a changé la vision qu’on pouvait avoir de lui en Espagne, se rappelle le journaliste Manu Terradillos, on a vu le côté beaucoup plus humain ». Sur ce drame, l’entraîneur du PSG se confie avec émotion, dans un documentaire* qui lui est consacré, diffusé l’automne dernier sur Canal+ : « C'est dans les événements tristes de la vie qu'on apprend le plus, dit-il. Je m’estime très chanceux, car ma fille a vécu 9 années merveilleuses à nos côtés(...) Xana est vivante, pas physiquement, mais spirituellement, parce qu'on parle d'elle, on rit, on se souvient ». Luis Enrique a créé une fondation portant le nom de sa fille pour soutenir les familles confrontées au même drame que lui. Avant, il l’emmenait sur les terrains de football. Aujourd'hui, les jours de matches, elle est toujours présente, dit-il, en pensée. Elle le soutient quand il perd, et il partage avec elle ses victoires. 

     

    *  Vous ne pouvez pas comprendre de Duncan MacMath 

    5 min
  • Alain Berset, le Suisse qui veut faire exister le Conseil de l'Europe

    Habituellement discret, le Conseil de l'Europe s’est fait entendre la semaine dernière : Alain Berset, son secrétaire général, a fait la Une, il y a quelques jours, pour avoir riposté aux pays européens qui aimeraient avoir les mains libres sur leurs politiques migratoires. 

    Alain Berset a dit stop. Dans un communiqué, il rappelle à l’Italie, au Danemark, à la Pologne ou encore à l’Estonie que la Cour européenne des droits de l'Homme est sacrée. Alain Berset est monté au filet pour réaffirmer l’indépendance de la plus haute juridiction de l’UE. « Il est comme ça », réagit Richard Werly, le correspondant en France du quotidien suisse Blick. « Lors de son long passage au Conseil fédéral suisse, il s'est toujours singularisé, d'une part par une voix forte, c'est-à-dire par sa capacité à prendre ses responsabilités et à les assumer. Et la deuxième chose, c'est un homme de valeur. C'est un homme qui est socialiste, ne l'oublions pas. Et pour lui, les conventions internationales, le multilatéralisme, l'ordre international sont des choses qui doivent être défendues ».

    Ancien président de la Confédération helvétique

    Alain Berset a présidé la Confédération helvétique jusqu’à la fin de l’année 2023. Et pour Pascal Sciarini, professeur de science politique à l’université de Genève, il a laissé un bon bilan aux yeux : « Il s'est imposé comme un des personnages forts de ce gouvernement collégial qui comporte sept membres. Il est entré très jeune. D'ailleurs, il a commencé très jeune sa carrière politique. Et il a été vraiment un personnage constant dans l'exécutif suisse. Pas flamboyant, mais pas populiste non plus, plutôt rigoureux, pragmatique. Et je crois que, ce qui a beaucoup marqué son mandat, c'est la crise du Covid-19 ». Ministre de la Santé pendant le Covid, il a marqué les esprits, notamment avec cette petite phrase sur la durée du confinement prononcée lors d’une conférence de presse : « Nous souhaitons donc agir aussi vite que possible, mais aussi lentement que nécessaire ». La maxime est devenue virale, jusqu’à devenir un slogan sur des tee-shirts et des drapeaux.

    « Bon papa de la nation »

    Pendant la crise du Covid, Alain Berset a su tenir tête aux cantons, attachés à leurs prérogatives. Avec le bon ton. « Il a vraiment assuré un peu un rôle de bon papa de la nation », raconte le professeur Pascal Sciarini. « À la fois tout à fait humble, sincère, authentique, mais très rassurant. Ça, je pense que c'est vraiment son principal fait d'armes ». Le journaliste Richard Werly, lui, retient les réformes sociales pour lesquelles il n'a pas hésité à aller contre son propre camp : « Il reste celui qui a, tout en étant un élu socialiste, accepté les différentes réformes, notamment de l'Assurance maladie, de la retraite. Des réformes qui toutes tendent à faire que les gens cotisent plus. Donc, c'est un socialiste qui, à l'échelle européenne, est tout à fait pragmatique en termes budgétaires ». 

    Des scandales...

    La fin de son mandat à la tête de la Confédération a été émaillé de plusieurs scandales. Alain Berset a été victime d’une tentative de chantage exercée par une ancienne maîtresse. Un cas à part en Suisse. « Il est l'un des rares politiciens suisses de haut niveau qui ait provoqué quelques polémiques pour sa vie personnelle », rappelle Richard Werly. « Il a utilisé des véhicules de fonction pour rendre visite à une compagne à une époque de sa vie. C'est quelqu'un qui clairement a pris la lumière aussi sur le plan personnel, à tel point qu'il a fallu sécuriser la maison familiale à Fribourg, ce qui est assez rare en Suisse ».

    Mais toujours populaire

    Malgré ces casseroles, Alain Berset est resté populaire, tempère le chercheur Pascal Sciarini : « Les sondages ont montré qu'il restait tout à fait populaire auprès d'une majorité de la population. Et arriver à un tel soutien majoritaire dans le pays, je crois démontre qu'il a vraiment été apprécié pendant son mandat ».

    Pilote d'avion 

    À 53 ans, marié, et père de trois enfants, il est toujours accessible, vous pouviez le croiser en train de faire ses courses. Ancien jeune champion d’athlétisme, il est passionné d’aviation. Il pilote sur son temps libre. Parfois un peu trop librement. En juillet 2022, il est intercepté par deux Rafale français pour avoir survolé une base militaire.

    Quel avenir après le Conseil de l’Europe ? 

    Certains lui prêtent une autre vie d'homme d'affaires. Pourquoi pas siéger au conseil d’administration de plusieurs grandes entreprises. D'autres le voient bien encore diriger une institution internationale comme une agence de l’ONU ou un poste d'envoyé spécial des Nations unies, lui qui a passé dans sa jeunesse le concours diplomatique pour intégrer le ministère suisse des Affaires étrangères. 

    5 min
  • Luis Montenegro, un Premier ministre portugais en quête d'alliés

    Au Portugal, après les législatives anticipées du 18 mai, l'actuel Premier ministre Luis Montenegro doit prendre la tête d'un gouvernement minoritaire. Si son Alliance démocratique de centre-droit est arrivée en tête, elle n’atteint toujours pas la majorité absolue et va devoir composer avec un paysage politique chamboulé, où les socialistes sont en net recul et l’extrême droite bat des records.

    « Non, c'est non ». Luis Montenegro a martelé ce slogan à chaque fois qu’il était interrogé sur la question d’une éventuelle alliance avec le parti ultranationaliste Chega. Mais après le résultat obtenu par cette formation (58 députés, autant que le Parti socialiste, mais quatre sièges des circonscriptions de l’étranger n’ont pas encore été pourvus), ce « non » pourrait être plus nuancé. Dans un contexte où l’Alliance démocratique se retrouve sans majorité absolue au Parlement, « cette position de principe peut souffrir quelques aménagements cosmétiques », avance Yves Leonard, historien et politologue, spécialiste de l’histoire contemporaine du Portugal.

    La formation d’André Ventura, grand admirateur de Donald Trump, a franchi pour la première fois la barre des 20% et est en passe de devenir le premier parti d’opposition. Au sein même du Parti social-démocrate de Luis Montenegro, certains plaident pour une stratégie qui consiste à s’assurer du soutien sans participation de Chega au gouvernement. « Il y a effectivement une nuance qui se met en place parce que les alternatives pour le Premier ministre sortant ne sont pas simples et toutes désirables », souligne Yves Leonard.

    Jusqu’à présent, le Premier ministre sortant, à la tête d’un gouvernement minoritaire, s’est assuré de soutiens au cas par cas pour faire passer des textes de loi au Parlement. Le président Marcelo Rebelo de Sousa, qui a entamé les consultations avec les chefs des partis politiques, a déjà prévenu qu'il prendrait son temps pour s'assurer de la viabilité du prochain exécutif et de sa capacité à faire adopter son programme.

    Messages aux électeurs d'extrême droite

    Sans attendre le résultat de ce scrutin anticipé, Luis Montenegro a donné des signaux forts aux électeurs de Chega, sur les thèmes de la sécurité et de l’immigration, chères à l'extrême droite. Début mai, il a largement médiatisé l'annonce de l’expulsion prochaine de 14 000 personnes en situation irrégulière. « La droite modérée portugaise a eu, à peu près, la même stratégie que la droite et le centre-droit européen vis-à-vis du défi de la droite radicale », analyse Antonio Costa Pinto, professeur de sciences politiques à l'université de Lisbonne, relevant que le PSD sous la direction de Luis Montenegro avait adopté une position plus dure vis-à-vis de l'immigration, plaçant le parti un peu plus à droite, sur fond de défi lancé par la popularité grandissante de Chega.

    « Luis Montenegro est un politicien mainstream de centre-droit, mais qui, vis à vis du défi de la droite radicale, ne va pas hésiter à faire des concessions », pronostique le politologue portugais. Le chef du parti social-démocrate de 52 ans, présenté comme discret, sans charisme, mais obstiné, a appelé, au soir de l’élection, à « dialoguer et faire passer l’intérêt national au-dessus de tout ».

    Avocat de formation, l’homme à la carrure solide, aux yeux verts et à la fossette au milieu du menton, a longtemps été voué aux seconds rôles au sein du parti. Ce passionné de football a aussi été maître-nageur dans la station balnéaire d’Espinho, où il a grandi et vit encore avec son épouse et leurs deux enfants. Par deux fois, il s’est présenté à la mairie, mais a échoué face au candidat socialiste. Conseiller municipal à 24 ans, élu député cinq ans plus tard, ce conservateur pragmatique de culture libérale et entrepreneuriale, a essuyé plusieurs échecs avant de prendre les rênes du PSD en 2022 et de devenir Premier ministre à la tête d’un gouvernement minoritaire deux ans plus tard.

    « Onction du suffrage »

    À la suite de révélations par la presse d’une affaire de possibles conflits d’intérêt autour de contrats publics accordés à des entreprises liées à sa famille, il a perdu une motion de confiance au Parlement et a décidé de démissionner. En dépit du scandale, Luis Montenegro a réussi son pari. Il sort vainqueur de ce scrutin, obtenant une majorité plus large, mais toujours pas absolue. « Le facteur éthique n’a pas joué un rôle important. Son problème personnel n’a pas beaucoup intéressé la société portugaise​​​​​​ », note Antonio Costa Pinto.

    « En sciences politiques, on sait que toutes ces questions d'affaires, de conflits, d'intérêts, et de corruption, ne pénalisent pas forcément leurs auteurs lors des élections. La liste est longue, à commencer par Donald Trump », note Yves Léonard. « Non seulement il n'est pas sanctionné pour cette affaire-là, mais les électeurs lui ont majoritairement donné quitus, permettant à son parti d'obtenir une majorité un peu plus large, un peu plus confortable. Comme c’est souvent le cas, l'onction du suffrage l'immunise d'une certaine manière », complète le politologue.

    Cette affaire restera quand même une épine dans le pied de Luis Montenegro, que l’opposition et en particulier, l’extrême droite de Chega ne se privera pas d’utiliser. Dans cette période de fortes turbulences et d’incertitudes sur la scène politique portugaise, qui connaitra des élections municipales en septembre et présidentielle en janvier, le Premier ministre ne peut qu'être certain d’une seule chose : il ne pourra pas y avoir d'élections législatives avant mai 2026. Le Portugal vient d'en connaître trois en trois ans. 

    5 min
  • Présidentielle en Pologne: duel entre un europhile polyglotte et un historien nationaliste

    Les Polonais votent ce dimanche 18 mai pour choisir leur président. Portraits croisés des deux favoris du scrutin : l’europhile libéral Rafal Trzaskowski face au nationaliste Karol Nawrocki. 

    Rafal Trzaskowski est le candidat de la Coalition civique du Premier ministre Donald Tusk. Il est à plus de 30% dans les enquêtes d’opinion. À 53 ans, ce candidat télégénique, qui arbore une légère barbe poivre et sel, est le maire de Varsovie depuis six ans. Très actif sur les réseaux sociaux, il a étudié au Royaume-Uni et à Paris, et a été député européen. C’est un europhile convaincu, avec des convictions sociétales très ouvertes, qu’il a mis en sourdine dans cette campagne.

    « Il a un peu caché ses sentiments envers ces groupes de gauche, raconte Bartosz Wielinski, rédacteur en chef adjoint au grand journal Gazeta Wyborcza. Pour gagner des élections en Pologne, il faut aussi convaincre des forces conservatrices qui dominent à la campagne polonaise. » Rafal Trzaskowski a d’ailleurs multiplié les déplacements dans les villages ruraux pour convaincre de nouveaux électeurs. Les voix progressistes continueront à voter pour lui, faute d’alternative. 

    Son expérience à la mairie de Varsovie l’a rendu très accessible. « Il est plutôt discret, mais il n'hésite pas à venir vers les gens et à répondre aux questions, aux interrogations de gens, relève Krzysztof Soloch, spécialiste de la Pologne et professeur à Sorbonne-Université. C'est quelqu'un d'abordable et qui a un côté un peu populaire, tout à fait proche de gens. » Rafal Trzaskowski vient d’une famille d’intellectuels de Varsovie et parle cinq langues, dont le français. Ses opposants l’ont attaqué là-dessus jusqu’à le surnommer « Bonjour », mais le candidat lui-même en a ri.

    « Les Polonais d’abord »

    Son principal rival est Karol Nawrocki, le candidat du PiS, le parti d’opposition Droit et Justice. Son slogan de campagne : « La Pologne d’abord, les Polonais d’abord ». Cet historien de 42 ans était un inconnu sur la scène politique. « Est-ce qu'il a réellement la carrure de Donald Trump ? Je ne crois pas, relativise le chercheur Krzysztof Soloch. Est-ce qu'il partage les idées de Trump ? Oui, sans doute. Il est extrêmement réticent à la fédéralisation de l'Union européenne, donc il défend une Europe des nations, la souveraineté, un mot clé aussi pour Trump. Il y a plein de similitudes entre Nawrocki et Trump. » Le candidat, inconnu avant cette campagne, est très entouré par les cadres du PiS.

    Ses livres et ses enquêtes sur les crimes du régime communiste lui ont valu d’être sur la liste des personnes recherchées par la Russie. À 42 ans, costumes et coiffure classiques, marié et père de trois enfants, c’est un passionné de boxe. Mais pour Krzysztof Soloch, ce candidat a un problème de proximité et d’authenticité : « Il essaie de montrer un peu son côté accessible, qu’il aime bien le foot, les promenades en famille. Mais c'est un candidat qui, pour beaucoup de Polonais, reste mystérieux ». 

    Sans compter qu’il traîne aussi plusieurs casseroles. Karol Nawrocki s’est attribué un luxueux logement de fonction dans le complexe du musée de la Seconde Guerre mondiale qu’il dirigeait, alors que son appartement se trouvait à cinq kilomètres de son bureau. Il a été éclaboussé par un autre scandale immobilier. Durant la campagne, on a découvert qu’il avait acheté à bas prix un logement auprès d’un homme âgé. « Tout ce qu’il essaie de faire maintenant, c'est de cacher ce scandale, de trouver quelque chose de différent pour les médias et promettre que ça ne va plus se répéter. Mais cela ne marche pas », raconte le journaliste polonais Bartosz Wielinski, qui estime que ces révélations qui vont peser au moment du vote. Karol Nawrocki a déjà perdu des points dans les sondages. 

    L'inconnue de la participation

    Un troisième homme aimerait bien s’inviter dans ce duel. Slwomir Mentzen, candidat de l’extrême droite, est un homme d’affaires millionnaire, antimigrants, anti-avortement et eurosceptique. Mais, à force d’outrances, il a dégringolé dans les sondages et n’est plus aussi sûr d’être le faiseur de roi. Dimanche 18 mars, les Polonais voteront d’abord contre un candidat que par adhésion, expliquent la plupart des interlocuteurs croisés à Varsovie. Ce qu’il faudra surveiller aussi, c’est le vote des 500 000 Polonais vivant à l’étranger, électorat clé pour Rafal Trzaskowski. Enfin, la principale inconnue demeure ce que décideront les 10% d’indécis. 

    À lire aussiPrésidentielle en Pologne: «L’enjeu est absolument considérable pour Donald Tusk et sa coalition»

    5 min
  • Lars Klingbeil, l’étoile montante de la politique allemande

    Il est désormais le deuxième homme le plus puissant d’Allemagne, après le chancelier Friedrich Merz, élu dans la douleur mardi 6 mai. Lars Klingbeil est devenu cette semaine vice-chancelier et surtout ministre des Finances, un poste-clé. Il a réussi, à 47 ans seulement, à se hisser aux premiers rangs du pouvoir

    Le jour de ses 47 ans, le 23 février dernier, Lars Klingbeil assiste à la défaite cuisante de son parti. Le SPD (Parti social-démocrate), qu’il codirige, n’obtient que 16,4% des suffrages aux élections législatives en Allemagne. Pourtant, quelques semaines plus tard, Lars Klingbeil scelle un accord de coalition avec le conservateur Friedrich Merz, qui deviendra chancelier, et réussit le tour de force de s’imposer comme vice-chancelier et ministre des Finances, un poste stratégique.

    Lars Klingbeil est un animal politique. Ce géant de 1,96 m « peut être décrit comme un nounours, au visage rond et sympathique, qui s’exprime très bien, mais c’est quelqu’un qui a une volonté de puissance étonnante », résume Patrick Moreau, spécialiste de la droite et de l’extrême droite allemande.

    S’il a réussi à transformer la défaite électorale de février en une victoire personnelle, c’est qu’il est « un fin stratège », renchérit Étienne Dubslaff, maître de conférences à l’Université Paris-Nanterre et spécialiste du SPD. « Il a réussi à faire porter le chapeau à sa coprésidente Saskia Esken (…) et à s’imposer comme l’homme fort du parti au sortir des élections. Il a dirigé les négociations avec les chrétiens-démocrates [pour la future coalition, NDLR], et s’est rendu incontournable ».

    Il représente la nouvelle génération

    Né à Soltau, dans le bassin industriel de Basse-Saxe, Lars Klingbeil se présente dans sa biographie comme le « fils d’un soldat professionnel et d’une vendeuse ». Issu d’un milieu relativement modeste, cet amateur de football et de musique rock a fait des études de sciences politiques et de sociologie avant d’entrer en politique. Il fait ses armes auprès de l’ancien chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, est élu pour la première fois député à 27 ans, et participe à la campagne qui propulse Olaf Scholz à la chancellerie en 2021, date à laquelle Lars Klingbeil prend la codirection du SPD.

    Depuis, il s’évertue à écarter la vieille garde. Il veut incarner une nouvelle génération. Peu expérimenté dans le domaine des finances, il aura fort à faire dans une Allemagne en pleine récession. Lors de sa première prise de parole mercredi, Lars Klingbeil a promis de remettre son pays sur le chemin de la croissance en attirant les investissements privés et de présenter un budget d'ici à l'été.

    Il pourra compter sur le fonds exceptionnel de 500 milliards d’euros, voté par les députés en mars, en s’affranchissant des contraintes de la dette, afin de rénover notamment les infrastructures. Quels que soient ses choix, c’est un homme « capable de faire des compromis », selon Étienne Dubslaff. « Avec Merz, les relations ne sont pas chaleureuses. Ce n’est pas l’amour fou, mais ils devraient s’entendre ».

    À lire aussiAllemagne: Friedrich Merz finalement élu chancelier après un second tour historique

    Klingbeil vise la chancellerie

    Quelle orientation Lars Klingbeil va-t-il donner à son parti ? Pour Patrick Moreau, Lars Klingbeil est « difficile à cerner ». « À l’origine classé à l’aile droite du SPD, il pourrait marquer l’identité du parti à gauche pour rénover la sociale-démocratie, car c’est aussi sa voie vers le pouvoir ». Étienne Dubslaff tempère. Selon lui, « Klingbeil consolidera sa position dominante au SPD en misant sur une ligne plus centriste, pariant que Merz aille plus à droite ».

    L’objectif est de préparer l’après. Lars Klingbeil vise la chancellerie. « Il est très ambitieux, assure Patrick Moreau. Il a besoin de temps pour refaire son image. Il a été très critiqué après la défaite du SPD aux législatives. Mais maintenant qu’il a éliminé la vieille garde, il va monter son équipe et préparer son parti à la grande confrontation qui aura lieu plus tôt qu’on ne l’imagine ».

    La prochaine élection doit avoir lieu théoriquement dans quatre ans, mais le nouveau chancelier Friedrich Merz, élu dans la douleur en début de semaine par les députés, est impopulaire, et Lars Klingbeil pourrait bien en profiter pour avancer ses pions. Rien ne semble lui faire peur. Dans une récente interview à Die Zeit, ce gros fumeur, en rémission d’un cancer de la langue, expliquait : « On regarde la vie d’une autre manière quand on a été proche du précipice (…) Cela donne beaucoup de force ».

    À lire aussiFragilisé par une élection chaotique, le chancelier allemand à Paris puis Varsovie

    4 min

About Européen de la semaine

From the publisher's feed

Chaque semaine, la rédaction Europe de RFI, fait le portrait d’un Européen qui est au cœur de l’actualité. Un portrait qui permet de découvrir les acteurs du monde dans lequel nous vivons et…

More shows like Européen de la semaine

Le Reportage de la rédaction by France Culture

Le Reportage de la rédaction

0 Listeners

Le Billet politique by France Culture

Le Billet politique

9 Listeners

Géopolitique by France Inter

Géopolitique

202 Listeners

Le vrai ou faux by franceinfo

Le vrai ou faux

10 Listeners

L'édito éco by France Inter

L'édito éco

8 Listeners

L'édito politique by France Inter

L'édito politique

19 Listeners

La Revue de presse internationale by France Culture

La Revue de presse internationale

32 Listeners

L'Invité(e) des Matins du samedi by France Culture

L'Invité(e) des Matins du samedi

1 Listeners

Dans la peau by RFI

Dans la peau

4 Listeners

Tour du monde des correspondants by RFI

Tour du monde des correspondants

0 Listeners

100 % création by RFI

100 % création

1 Listeners

Revue de presse internationale by RFI

Revue de presse internationale

5 Listeners

8 milliards de voisins by RFI

8 milliards de voisins

13 Listeners

Afrique économie by RFI

Afrique économie

0 Listeners

Journal Monde by RFI

Journal Monde

25 Listeners

Reportage international by RFI

Reportage international

2 Listeners

Le conseil santé by RFI

Le conseil santé

3 Listeners

Musiques du monde by RFI

Musiques du monde

2 Listeners

Lignes de défense by RFI

Lignes de défense

0 Listeners

Si loin si proche by RFI

Si loin si proche

0 Listeners

Géopolitique by RFI

Géopolitique

28 Listeners

Priorité santé by RFI

Priorité santé

20 Listeners

Sur le pont des arts by RFI

Sur le pont des arts

0 Listeners

Reportage Afrique by RFI

Reportage Afrique

2 Listeners

Parents, enfants, d’ici et d’ailleurs by RFI

Parents, enfants, d’ici et d’ailleurs

4 Listeners

Le goût du monde by RFI

Le goût du monde

1 Listeners

Le coq chante by RFI

Le coq chante

4 Listeners

Invité international by RFI

Invité international

0 Listeners

Ondes de choc by RFI

Ondes de choc

0 Listeners

07H15 by RFI

07H15

1 Listeners

Les mots des JO by Français Facile - RFI

Les mots des JO

0 Listeners

La fabrique des fake news by RFI

La fabrique des fake news

0 Listeners

Cinéastes d’Afrique by RFI

Cinéastes d’Afrique

0 Listeners

Invité Afrique Midi by RFI

Invité Afrique Midi

0 Listeners