Reportage culture

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  • Liban, la culture malgré tout: le sud, terre d'artisanat où l'on prend soin de l'environnement

    Le Liban commémore cette année 50 ans du début de la guerre civile. Mais une guerre en chasse une autre dans ce petit pays de 4 millions d'habitants qui compte presque autant de Libanais que de réfugiés syriens et palestiniens. Et malgré toutes ces catastrophes, la créativité libanaise est à son apogée. Beyrouth fourmille d'expositions, pièces de théâtre, festivals de toutes sortes, cinéma, musique et le public est au rendez-vous. On vous propose de vous emmener dans cette vitalité tous les dimanches de ce mois d'août. Liban : la culture malgré tout. Direction le sud, région qui a le plus souffert durant la guerre civile et pendant la guerre menée par Israël contre le Hezbollah. Des villages entiers furent détruits, mais la population ne baisse pas les bras, entre initiatives environnementales et créativité.

    « Tu sens l'odeur, il y a un tilleul sauvage en haut qui sent ! Donc, tu vois les tonnelles en bas, après il y a un terrain et tu montes comme ça, jusqu'en haut. Là, les arbres ont grandi, mais derrière, tu as toute une forêt de cèdres ». Mabelle Serhal vit dans un petit paradis entre oliviers, pommiers et cultures en terrasse. Nous sommes dans la région de Jezzine, pas loin de Saïda, la ville principale du sud du Liban. Ce sud qui, il y a peu, vivait sous le vrombissement constant des drones israéliens. Et pourtant, Mabelle, avec son mari Bechara, poursuivent leur projet de maisons et tables d'hôtes :

    « C'est ça qu'on avait commencé à établir pour faire des maisons, en essayant de ne pas toucher aux gros rochers. Parce que c'est ça qui fait que cette région est magnifique. On voulait donner aux gens la possibilité de vivre pendant un moment, une nuit, un mois, j'en sais rien, en pleine nature. »

    Ali Karout, lui, se trouve près de Saïda. Il se consacre à la céramique depuis une dizaine d'années : « Ça, c'est l'argile libanaise locale. La couleur est grise au départ, mais après la cuisson, elle devient rouge car cette terre est riche en fer. C'est comme ça qu'on pétrit cette argile, pour la rendre homogène et enlever toutes les bulles d'air avant le passage au four. »

    Et comme la région d'Ali dans le sud du Liban est en proie régulièrement à l'insécurité, il a ouvert un autre atelier à Beyrouth, dans le quartier d'Ashrafieh, avec son complice Hassan Kamel el Sabah, où ils utilisent le savoir-faire traditionnel : « On travaille beaucoup avec des artisans dans le Chouf. Beaucoup de céramistes libanais n'utilisent que de l'argile importée, donc on essaye de lancer, de créer une petite mode en utilisant l'argile locale, qui est en général vue comme une argile pas très propre. Elle n'est pas blanche, donc pour émailler, c'est plus compliqué. On arrive à avoir moins de couleurs vives. »

    « Nous avons d'abord commencé ici, en petit comité. Et nous avons été surpris par l'engouement pour cette terre locale rouge qui rappelle finalement la cruche traditionnelle ou ces plats qu'on utilise pour les mezzés. Nous avons à l'atelier des personnes de tous les âges, de la vingtaine à plus de 60 ans, qui viennent apprendre le travail de cette terre et qui créent des objets décoratifs pour leur intérieur comme tout artiste », raconte Hassan Kamel el Sabah.

    Soucieux de leur patrimoine comme de l'environnement, Ali et Hassan, céramistes, tout comme Mabelle, entrepreneure, sont aussi attachés à ce sud du Liban. Un sud qui a sans doute échappé à l'urbanisation anarchiste qui ravage le Liban, car plus qu'ailleurs, il a été en proie à la guerre.

    « Profitez de la nature. Et ça, c'est je pense très important, pour l'humain aujourd'hui, en tout cas. C'est un peu houleux ce qui se passe dans le monde. Dernièrement, on a eu peur. J'ai peur quand ça éclate. On était là tout le temps. On garde espoir. C'est pour ça que l'on construit tout ça, et c'est pour ça que l'on dit aux gens : "Venez, venez, le sud est beau" », s'enthousiasme Mabelle.

    Le sud est beau, et sa population, qui souffre aussi d'un sentiment d'abandon de la part de l'État libanais, résiste et survit encore plus que dans le reste du pays.

    À lire aussiLiban la culture malgré tout: Beit Beyrouth, l'héritage d'un passé douloureux pour ne pas oublier

    8 min
  • Les raisons du succès indéniable des livres de cuisine en France

    En France, la traditionnelle rentrée littéraire commence à remplir les rayons des librairies : 484 romans sont annoncés et la concurrence sera rude. Et si le secteur de l'édition n'échappe pas à la crise, certains tirent leur épingle du jeu comme les livres de cuisine. Cuisine du monde, gastronomie française ou recettes de grand-mère, il y en a pour tous les goûts. À l'ère du numérique et des contenus accessibles gratuitement, comment sont-ils encore si populaires ? Reportage de Lola Marteau.

    Ils ont été les grands gagnants de la pandémie de Covid-19. Confinés, les Français s'étaient remis aux fourneaux, plébiscitant les livres de cuisine. Sept millions d'exemplaires avaient été vendus en 2021. Aujourd'hui, les ventes se sont stabilisées, mais les ouvrages culinaires n'ont jamais été aussi nombreux et divers. Mais que cherchent donc les acheteurs ?

    L'abondance des titres entraîne une forte concurrence. Il faut se démarquer à tout prix. Le chef pâtissier français Christophe Felder, auteur d'une cinquantaine d'ouvrages, mise sur des recettes simples : « On a deux pâtisseries en Alsace, on fait des mille-feuilles, des Paris-Brest, tous les jours. Et toutes les recettes qui nous plaisent, ou qui ont plu aux clients qui les achètent, on se dit qu'on va les mettre dans les prochains livres. Dès mon premier livre, je voulais que les gens puissent refaire les recettes sans trop de difficultés pour pouvoir faire un truc rapide, mais fait maison. »

    Son best-seller, Pâtisserie, publié aux éditions de La Martinière, s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires en dix ans. Ce livre dense, de couleur fuchsia, attire l'œil des plus curieux. « Quand j'avais fait MasterChef (une émission télévisée culinaire, NDLR), la productrice de l'émission m'a dit : "Vous savez Christophe, moi, je ne vous connaissais pas, mais mon mari m'avait offert ce livre car il trouvait la couverture super". Il y a des gens qui adorent le design, des gens qui ne sont ni cuisiniers, ni pâtissiers, mais qui veulent un peu toucher à ça. Donc le graphisme va aider à la vente, au succès d'un livre aussi », raconte Christophe Felder.

    Marion, directrice d'une librairie parisienne, a vu un réel changement s'opérer dans ses rayons : « Alors, la nouvelle tendance du livre de cuisine, c'est que ce sont des livres qui font effectivement plus décoration, cadeau. Autour de 300, 400 pages. Avant, on avait plutôt uniquement la recette. Aujourd'hui, on propose une idée de voyage, qui accompagne souvent les recettes. »

    Les livres de cuisine sont aujourd'hui souvent des beaux livres. Parmi les plus populaires, on remarque les déclinaisons du chef anglo-israélien Yotam Ottolenghi. Des succès qui offrent de belles opportunités aux maisons d'édition : « Pour l'éditeur, cela permet de vendre des livres plus chers, qui sont quand même entre 30, 50, 60 euros. Ça combine aussi bien le livre de voyage que le livre de recettes. Graphiquement, il y a des identités. La cuisine du monde, c'est très coloré. »

    Avec son héritage gastronomique, la France perpétue et réinvente la tradition et l'attachement pour ces livres qui, comme la cuisine, suivent les tendances et les époques pour satisfaire les nouvelles papilles. 

    À lire aussiVoyager, mitonner, transmettre : la tête dans les livres de cuisine

    3 min
  • RDC: le centre Ndaku ya-La vie est belle décentralise l'art pour tous et dénonce la pollution au plastique

    En République démocratique du Congo, direction, La vie est belle à Kinshasa. Une résidence artistique en plein cœur de la capitale congolaise où peintres, sculpteurs et musiciens se rencontrent. Le lieu a été impulsé par Eddy Ekete, artiste plasticien connu pour ses performances dans des costumes géants dans les rues de Kinshasa. Reportage Aurélie Bazzara-Kibangula.

    De notre correspondante à Kinshasa,

    Avec des airs de rumba du groupe Bakolo, le temps s'arrête au centre Ndaku ya-La vie est belle à Matonge. Le groupe d'anciens musiciens y répète toutes les semaines. Le centre culturel est ouvert et accueille tous les artistes. Une résidence conviviale gérée par le sculpteur Eddy Ekete.

    « C'est une maison coloniale de la première femme qui a obtenu le permis de conduire dans tout le Congo et elle, elle travaillait avec son mari qui est l'oncle de papa Wemba. C'est pour cela, le film La vie est belle, il y a un petit morceau qui s'est fait ici », raconte Eddy Ekete

    Ndaku ya-La vie est belle est un musée à ciel ouvert. Partout sur les murs sont accrochés des toiles, parfois inachevées, de l’artiste Dolet, des dessins d’étudiants, des graffitis. Il y a aussi des dizaines de costumes aux allures de bibendums géants faits de déchets. Ces créations ont fait la réputation d’Eddy Ekete.

    « C'est aussi une sculpture et on peut aussi la porter et ça devient une sculpture vivante. Et quand on marche, des fois ça fait peur aux gens parce qu'une statue, quand ça bouge, ça impressionne, ça fait du bruit, raconte-t-il. On se rend compte, c'est la surconsommation de l'Occident qui se contamine aussi ici. Mais on ne se rend pas compte que si on ne travaille pas les déchets, on ne peut pas savoir pourquoi il y a toutes ces maladies, pourquoi il y a tous ces insectes. Parce que la poubelle, c'est un endroit, on vient, on jette seulement et après, on tourne le dos vite. Et maintenant, ce que nous, on fait, c'est que les gens regardent la poubelle », explique Eddy Ekete.

    Un espace « focalisé sur la Gombe », où l’art rencontre son public

    « Donc là, il y a une multitude de costumes. Il y en a de toutes formes. Il y a des caoutchoucs. Là, il y a les gobelets d'usage unique, là où on vend des boissons fortes. Il y a des claviers d'ordinateur. Voilà, ce sont des trucs qui traînent dans les rues de Kinshasa », détaille l'un des gérants du lieu.

    Si le centre veut booster la créativité des artistes, c’est aussi un espace où l’art rencontre son public. « Ici tout est focalisé dans la commune de la Gombe. Du coup, la culture n'est pas décentralisée. Nous, on s'est dit, pourquoi pas avoir une miniature du centre culturel dans la cité ? Les concerts de musique, les spectacles de ballet. Matonge c'est la capitale culturelle », explique Christian Miki Mundiri, membre du collectif.

    Le centre Ndaku ya-La vie est belle est ouvert aux enfants. Des ateliers y sont organisés avec les artistes. Pour Eddy Ekete, l’important, c’est de transmettre le gout de la création aux futures générations : « Moi, je leur fournis des feutres, des crayons de couleur, des feuilles, mais par terre. Et ça, c'est pour montrer et aux parents et aux autorités, les enfants, là, ils ont besoin de quelque chose parce qu'ils sont concentrés. On garde les enfants des heures et des heures, sans faire du bruit, sans qu'on leur dise quoi que ce soit. Mais je suis sûr puisqu'en fait, c'est quand même la génération qui va nous remplacer. »

    À Matonge, les différentes générations se côtoient entre musique et art plastique, signant un passage de témoin pour les créateurs de Ndaku Ya-La vie est belle pour continuer d’alerter sur les dangers des déchets en ville.

    À lire aussiStéphan Gladieu et Wilfried N'Sondé, les portraits de l'homo détritus

    4 min
  • «L'Océan révélé» aux Franciscaines de Deauville: immersion réussie entre curiosités et chefs-d'œuvre

    L'Océan révélé. Bleu Profond : c'est la nouvelle exposition dans le magnifique couvent rénové des Franciscaines à Deauville qui nous invite à un voyage en eaux profondes. De quoi se rafraîchir cet été et s'émerveiller à la découverte d'une faune et d'une flore aquatique qui ne cessent d'émerveiller. Des pièces entre œuvres d'art et curiosités du XVIIIᵉ siècle à la fin du XXᵉ témoignent de la fascination exercée par les océans.

    3 min
  • Liban la culture malgré tout: Beit Beyrouth, l'héritage d'un passé douloureux pour ne pas oublier

    Le Liban commémore cette année 50 ans du début de la guerre civile. Mais une guerre en chasse une autre dans ce petit pays de 4 millions d'habitants qui compte presque autant de Libanais que de réfugiés syriens et palestiniens. Et malgré toutes ces catastrophes, la créativité libanaise est à son apogée. Beyrouth fourmille d'expositions, pièces de théâtre, festivals de toutes sortes, cinéma, musique et le public est au rendez-vous. On vous propose de vous emmener dans cette vitalité tous les dimanches de ce mois d'août. Liban : la culture malgré tout. Nous visitons Beit Beyrouth ou la maison de Beyrouth, c'est le nom donné à un immeuble, l'un des rares vestiges de la guerre civile, conservée comme un lieu de mémoire.

    « À l'entrée du bâtiment, il n'y a pas de plafond, c'est assez exceptionnel. Cela a été voulu par l'architecte. Toutes les salles de Beit Beyrouth de l'immeuble Barakat sont liées à la ville, ce qui a permis aux snipers, entre autres, d'avoir une vue à 180° de la rue. »

    Delphine Abi-Rached, coordinatrice de l'exposition à Beit Beyrouth intitulé aussi la maison jaune qui se situe au cœur vibrant de la ville. D'un côté la rue de Damas qui borde Beyrouth ouest et les quartiers musulmans. De l'autre, la rue du Liban qui nous emmène au cœur d'Ashrafieh, le quartier chrétien bourgeois. Une position stratégique donc occupée par les francs-tireurs durant la guerre civile. L'immeuble est ouvert au public aujourd'hui après une longue lutte menée par la militante Mona Hallak pour le sauvegarder et en faire un lieu de mémoire. Youssef Haidar architecte l'a consolidé.

    « Je n'ai jamais considéré ce bâtiment-là comme un bâtiment. J'ai toujours considéré comme un être vivant. Pour moi, c'est un Libanais, c'est une personne qui a 90 ans d'âge. Et pour moi, il n'était pas du tout question de faire un lifting. C'est que d'un coup, on efface toutes les traces du temps et de la mémoire et que ça devienne une jeune personne. Non, c'est une vieille personne et qui garde dans son corps tous les stigmates du temps et de la guerre, toutes ses blessures qui étaient là. »

    L'exposition qui revisite la guerre civile

    À présent, Beit Beyrouth invite le visiteur à s'immerger dans le passé pour ne pas recommencer les mêmes erreurs ou simplement évacuer les traumatismes.

    « Donc ici vous allez vous apercevoir donc un mur qui a été construit par les snipers, un mur de brique et on aperçoit trois meurtrières. Et donc l'expérience des visiteurs, c'est de se mettre à la place des snipers et de voir les passants passer », explique Delphine Abi-Rached.

    Et malheureusement au Liban une guerre en chasse une autre. L'exposition qui revisite la guerre civile dans Beit Beyrouth se termine par un volet sur la dernière guerre entre Israël et le Hezbollah en octobre dernier.

    « Ici, on a le symbole de la clé qui est souvent en fait lié aux Palestiniens et à cette idée du droit du retour, de retourner dans leur maison. Les libanais du Sud et de la Bekaa cette fois-ci, quand ils sont partis de chez eux, ils ne savaient pas s'ils allaient pouvoir revenir. Donc le symbole de la clé a été très fort. Et ici, les clés qu'on voit, ce sont des clés de maison qui ont été démolies et détruites par les attaques israéliennes », raconte la coordinatrice de l'exposition.

    « Le lieu est ouvert comme un lieu public »

    Beit Beyrouth est aussi un lieu qui se veut vivant et non pas juste tourné vers le passé. « Ça, c'est un bon exemple de ce qu'on veut pour Beit Beyrouth. C'est un groupe de personnes qui trouve Beit Beyrouth maintenant comme un lieu de rassemblement parce que le lieu est ouvert comme un lieu public », souligne Delphine Abi-Rached.

    Ainsi, durant notre visite, un groupe de personnes constitué en association pour la paix s'était réuni. « Nous sommes un groupe de personnes qui travaillons sur la paix au Liban. Car après toutes les destructions et les drames que nous avons vécus, nous nous demandons quels changements nous pouvons apporter pour être plus constructifs », explique Soha Fleifel.

    Beit Beyrouth un lieu cathartique et citoyen unique au Liban, accueille le public gratuitement.

    À lire aussiLiban, la culture malgré tout: visite du Musée national de Beyrouth

    5 min
  • Exposition: «Le mystère de Cléopâtre» en question à l'Institut du monde arabe

    Au fil des siècles, elle a fasciné les artistes, qui l'ont décrite et peinte sous toutes les coutures, tant et si bien qu'il nous semble la connaître. Mais la connaissons-nous réellement ? Les équipes de l'Institut du monde arabe, à Paris, se sont posé cette question dans le cadre de l'exposition Le mystère de Cléopâtre.

     

    À lire aussiÀ Marseille, l'exposition «Tatouage. Histoires de la Méditerranée» retrace l'histoire de cette pratique ancestrale

    3 min
  • Afrique du Sud: l’August House, la grande colocation d'artistes en plein centre de Johannesburg

    Le centre-ville de Johannesburg en Afrique du Sud, autrefois quartier des affaires animé, est aujourd’hui devenu un lieu énigmatique : le crime a pris de la place avec la présence de gangs et de toutes sortes de trafics, mais c'est toujours un haut lieu de culture. Si depuis la fin de l’apartheid, le secteur économique s’est déplacé vers le nord de la ville, les artistes, eux, sont restés fidèles au centre. On y trouve de nombreuses résidences d’artistes, parfois juste en face d’immeubles squattés. Dans l’August House, les peintres s’inspirent de ce centre-ville abîmé et donnent de l’espoir en mettant l’art en plein cœur de la ville.

    De notre correspondant à Johannesburg,

    Pour entrer dans ce grand immeuble du centre-ville. Il faut ouvrir une petite porte en verre. Puis direction l’ascenseur. Premier arrêt dans l’appartement de Shandre, qu’elle occupe depuis un an. « Mon matelas est posé sur le sol. Autour, il y a mes chaussures. Et ici à gauche, c’est ma petite collection de livres avec tous mes romans préférés. Et ça, c’est un mannequin avec ma tenue de diplômé. Parce que je viens tout juste d’obtenir mon diplôme ».

    Comme une cinquantaine d’artistes, la jeune diplômée de 26 ans habite ici, dans une grande pièce éclairée par le soleil, où les pinceaux côtoient les ustensiles de cuisine.

    « On a de grandes fenêtres qui donnent sur la ville. Pour moi, c'est important parce que je travaille sur l’identité. En Afrique du Sud, il y a un problème de xénophobie. Et juste en bas de l’immeuble, ici, il y a beaucoup d’immigrés qui travaillent. Très souvent, je vois la police arriver, juste sous mes yeux. Ils viennent pour tout leur confisquer, les légumes, les fruits, tout ce qu'ils ont. C'est trouve ça vraiment inhumain. Ce sont des scènes qui m’inspirent, car c'est un sujet que j'aborde dans mes œuvres. C’est donc important pour moi de vivre ici, pour voir ce qu’y s'y passe. »

    Le Jazz en peinture vu du Township

    À chaque nouvel étage, une nouvelle porte dévoile un nouvel univers, comme celui de Kamogelo : un jeune papa, son fils, est d’ailleurs devant la télé ce jour-là. Parce que dans ces appartements, les canapés du salon cohabitent avec les peintures inachevées.

    « Tout ce qu’il y a au sol, vous pouvez marcher dessus, ne vous inquiétez pas ! Donc juste ici, ce sont mes peintures sur le Jazz. Pour cette série de tableaux, je m’inspire du Township d’où je viens. Là-bas, il y a des anciens qui se réunissent tous les dimanches. Qui apportent leurs collections de disques de jazz. Et qui accompagnent la musique avec leur danse. C’est une pratique qui date de l’époque de l’Apartheid. Et je m’en inspire. »

    À l'image de cet immeuble dont le loyer d'environ 350 euros par mois, on trouve une dizaine d’immeubles comme celui-ci à Johannesburg. Comme des grandes colocations d'artistes. Tous sont situés en plein centre-ville. « Le rôle d'un artiste, c’est d'inspirer les gens, et de changer l’image que l'on a des choses. Il s'agit de raconter de belles histoires. Dans le centre-ville, oui, il y a de la criminalité ! Mais il y a aussi beaucoup de beauté, et c'est cette beauté que nous devons partager en tant qu'artistes », avance Kamogelo.

    « Chaque pièce abrite un cœur, avec une histoire unique »

    Au dernier étage se trouve un groupe d’étudiants internationaux en plein cours de dessin. Melissa est derrière une porte en bois blanche : « En temps normal, c'est plus calme qu’aujourd’hui. Ici, c'est une échappatoire qui me permet de me vider l'esprit. Et les autres artistes vous inspirent, vous encouragent. Je n'avais jamais connu ça auparavant, quand je travaillais dans mon coin. »

    « Et comment pourriez-vous décrire ce bâtiment en une seule phrase ? » « Je dirais que c'est une sorte de labyrinthe sombre. Et dès que vous ouvrez une porte, vous entrez dans une pièce lumineuse, avec de la couleur et de l'inspiration. C'est magique ! Chaque pièce abrite un cœur, avec une histoire unique », développe Melissa.

    August House, où la maison Auguste en français, un immeuble de Johannesburg où tous ces artistes inspirés vivent ensemble et font battre, quotidiennement, le cœur de la culture.

    À lire aussiAfrique du Sud: la foire d'art contemporain veut réinvestir le centre de Johannesburg

    4 min
  • Divinité ou bête de somme, l’animal nous fascine autant qu'il nous effraie

    Qu'est-ce qu'une vidéo YouTube, une immense sculpture de centaure et un tableau abstrait peuvent bien avoir en commun ? Des murs de grottes préhistoriques aux vidéos de chatons qui peuplent YouTube, en passant par les grands musées, les animaux parsèment l’Histoire de l’art. Mais qu'est-ce que cette présence des animaux raconte de nous ? C’est la question qu’ont choisi de se poser les équipes du fonds privé Hélène et Edouard Leclerc à Landerneau, en Bretagne, avec l’exposition « Animal !? ».

    Une araignée géante, un centaure, une biche qui donne naissance à une femme et d'étranges oiseaux à tête de peluche : un impressionnant bestiaire s'est installé au fonds Hélène et Édouard Leclerc pour questionner le rapport que nous, les humains, entretenons avec les autres espèces.

    Pour Christian Alandete, commissaire de l'exposition Animal!?, « c’est une exposition qui, à travers de l’animal, traite de la condition humaine. À la fois dans l’Histoire de l’art, l’animal est un sujet central, mais aussi dans notre vie quotidienne. Il a d’ailleurs une section sur l’animal domestique, mais aussi sur la manière dont les réseaux sociaux ont utilisé l’animal, au fil des évolutions et des révolutions de notre relation aux réseaux sociaux. On voit que l’animal y joue un rôle très important. »

    Parmi les thématiques abordées, il y a aussi celle de la place de l'humain dans l'écosystème : « Pendant longtemps, on a cru ; et certains le croient encore ; que l’homme est distinct du règne animal. On sait que biologiquement, on est une espèce parmi d’autres espèces, qui s’est crue supérieure. Et ce sont des idées que les éthologues remettent aujourd’hui en question. »

    Domination de l'homme sur les autres espèces, mais aussi racisme et homophobie : avec ses 150 œuvres, l'exposition Animal !?  met en lumière des questions de société. C'est le cas d'un court-métrage de l'artiste Isabella Rossellini : « Là, on voit un film d’Isabella Rossellini qui raconte l’histoire de Noé. Il doit faire rentrer des couples d’animaux sur son bateau, mais en s’appuyant sur les informations des scientifiques. Et il va se rendre compte qu’existent dans la nature des êtres hermaphrodites, homosexuels, transsexuels chez des espèces non humaines. »

    Des thématiques qui parlent aussi aux visiteurs nombreux à venir voir l'exposition. C'est le cas d'Elsa qui vient tous les ans admirer les nouveautés du fonds. « Il y a des peintures, des sculptures et ça permet d’avoir une autre vision sur un thème auquel on n’a pas forcément accès de base. Et j’aime aussi le fait que ce soit relié à des thématiques plus actuelles, comme le racisme par exemple. Je n’ai jamais vu d’autres expositions de ce type. »

    Les œuvres de Brancusi, Louise Bourgeois, Kandinsky et bien d'autres continueront de se côtoyer au sein de l'exposition jusqu'au mois de novembre.

    3 min
  • Liban, la culture malgré tout: visite du Musée national de Beyrouth

    Le Liban commémore cette année 50 ans du début de la guerre civile. Mais une guerre en chasse une autre dans ce petit pays de 4 millions d'habitants qui compte presque autant de Libanais que de réfugiés syriens et palestiniens. Guerre entre Israël et le Hezbollah qui perdure. Et cela sans compter l'effondrement bancaire dans un pays réduit à fonctionner avec du cash et une explosion dans le port de Beyrouth équivalente à une bombe nucléaire qui a laissé la capitale exsangue. Et malgré toutes ces catastrophes, la créativité libanaise est à son apogée. Beyrouth fourmille d'expositions, pièces de théâtre, festivals de toutes sortes, cinéma, musique et le public est au rendez-vous. On vous propose de vous emmener dans cette vitalité tous les dimanches de ce mois d'août. Liban : la culture malgré tout. Aujourd'hui, visite du Musée national de Beyrouth.

    7 min
  • Le Gstaad Menuhin Festival place sa nouvelle édition sous le signe de la migration

    Doter chaque édition d'un thème pour inspirer artistes et public, c'est ce qui fait du Gstaad Menuhin Festival & Academy en Suisse non seulement l'un des plus grands événements musicaux en Europe s'étalant sur plus de sept semaines, mais également l'un des plus engagés. Cette année, il s'empare de la question de la migration et donne carte blanche au compositeur et pianiste turc Fazil Say, artiste en résidence 2025, pour trois concerts et une commande basée sur sa propre expérience de l'exil : Immigrants.

    Le 69e Gstaad Menuhin Festival & Academy présente 70 concerts du 18 juillet au 6 septembre 2025. 

    3 min

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