Reportage culture

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By RFIArts
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Reportage culture episodes

  • Liban, la culture malgré tout: rendez-vous avec la danse

    Le Liban commémore cette année 50 ans du début de la guerre civile. Mais une guerre en chasse une autre dans ce petit pays de 4 millions d'habitants qui compte presque autant de Libanais que de réfugiés syriens et palestiniens. Guerre entre Israël et le Hezbollah qui perdure malgré le cessez-le-feu, les drones israéliens survolent toujours le sud du pays et les bombes pleuvent par intermittence. Et cela sans compter l'effondrement bancaire dans un pays réduit à fonctionner avec du cash et une explosion dans le port de Beyrouth équivalente à une bombe nucléaire qui a laissé la capitale exsangue. Et malgré toutes ces catastrophes la créativité libanaise est à son apogée. Beyrouth fourmille d'expositions, pièces de théâtre, festivals de toutes sortes cinéma, musique et le public est au rendez-vous. On vous propose de vous emmener dans cette vitalité tous les dimanches de ce mois d'août. « Liban : la culture malgré tout », une série proposée par Muriel Maalouf à la réalisation Diego Tenorio. Aujourd'hui rendez-vous avec la danse.

    4 min
  • Rue des artistes : Côte d'Ivoire, le village Ki-Yi commémore ses 40 ans

    C’est une institution culturelle au coeur d’Abidjan... le village Ki-Yi fête cette année ses 40 ans – avec toujours à sa tête, l’autrice, plasticienne, chorégraphe camerounaise Were-were Liking, 75 ans, six décennies de carrière derrière elle. La communauté des “Ki-Yistes” tente d'explorer de nouvelles formes de création pour parler à la nouvelle génération et assurer sa pérennité. Reportage 

    5 min
  • Les productions hollywoodiennes règnent sur la 82ème Mostra de Venise

    On part à Venise, en Italie, où se tient jusqu'à samedi 6 septembre la 82ème Mostra. Le plus ancien festival de cinéma au monde fait la part belle aux productions américaines, notamment en compétition. On se souvient qu'en 2016, La La Land ouvrait le festival vénitien, Emma Stone remportait le prix d’interprétation féminine quelques mois avant la razzia aux Oscars. Les majors et les plateformes de streaming profitent du rendez-vous vénitien pour faire la promotion de leurs productions.

    De notre envoyée spéciale à Venise, 

    Moins exposée que le festival de Cannes, idéalement programmée pour lancer la campagne des Oscars, la Mostra est devenue ces dernières années l’écrin rêvé pour les productions hollywoodiennes de prestige. Et notamment les films de plateformes qui peuvent ici concourir en compétition.

    Parmi les blockbusters d’auteurs en lice pour le Lion d’or : Frankenstein. Netflix a accordé un budget faramineux, 120 millions de dollars à Guillermo del Toro, pour revisiter ce classique de Mary Shelley : la création contre-nature d’un être humain à partir de cadavres. « On vit dans une époque de terreur et d’intimidation. Et pour moi la réponse, c’est l’amour et l’art en fait partie. La question que pose le roman, c’est : qu’est-ce qu’un être humain ? Il n’y a pas de tâche plus urgente que de préserver notre humanité. Mon film montre des personnages imparfaits et le droit d’être imparfaits », explique Guillermo del Toro.

    Ces films hollywoodiens questionnent tous la perte ou la quête de sens. Dans Jay Kelly, le réalisateur Noah Baumbach met en scène George Clooney en mégastar se rendant compte, à 60 ans passés, qu’il est bien seul dans la vie. « Quand vous faites un film sur un acteur, vous faites en réalité un film sur l’identité et la représentation, finalement la quête de soi, raconte le réalisateur. C’est ce que nous éprouvons tous : nous ne sommes pas les mêmes avec notre famille, nos amis ou nos collègues. Nous sommes différents personnages selon les situations. »

    Plus radical, mêlant science-fiction et satire de l’époque, Bugonia de Yorgos Lanthimos montre une Amérique en perte de sens. Deux Américains complotistes kidnappent une cheffe d’entreprise, campée par Emma Stone, qu’ils prennent pour une extraterrestre. Pour le réalisateur, déjà primé à Venise il y a deux ans, le propos est plus réaliste que dystopique : « Mon film reflète le monde réel. Tout ce que l’on voit dans le monde, l’intelligence artificielle, les guerres, le dérèglement climatique, c’est ce qui se passe en ce moment. »

    La Mostra doit encore présenter plusieurs gros calibres américains en compétition, comme le nouveau film de Kathryn Bigelow avec notamment Idris Elba, ou The Smashing Machine avec Dwayne Johnson, alias The Rock, dans un rôle à transformation comme les adore l'Académie des Oscars.

    À lire aussiCinéma: une 82e Mostra de Venise très politique qui déroule aussi le tapis rouge au septième art américain

    4 min
  • «De Saint-Phalle, Jean Tinguely, Pontus Hulten»: le Grand Palais fête une époque libre et joyeuse

    L'exposition « Niki de Saint-Phalle, Jean Tinguely, Pontus Hulten » est l'histoire de deux artistes soutenus par un grand conservateur. Pontus Hulten est le premier directeur du Centre Pompidou. Le musée, fermé pour travaux jusqu'en 2030, revient ainsi sur une période florissante et utopique de son histoire grâce à l'amitié d'un commissaire et de deux artistes. C'est au Grand Palais jusqu'au 4 janvier. 

    Si le couple d'artistes Niki de Saint-Phalle et Jean Tinguely marquent les premières décennies du Centre Pompidou, c'est aussi grâce à leur amitié avec le directeur atypique de l'époque Pontus Hulten. Il défend une vision anarchiste du musée : un lieu ludique ouvert à tous. L'exposition du Grand Palais revient sur cette époque enjouée et libre.

    « Pontus Hulten fait intervenir, notamment en 1977, les deux artistes Jean Tinguely, Niki de Saint-Phalle pour occuper le forum du Centre Pompidou avec une installation absolument extraordinaire : le crocodrome de Zig et Puce, raconte la commissaire Sophie Duplaix. Donc tout ça est évoqué dans l'exposition pour parler de cette histoire, histoire d'une institution, histoire aussi des liens entre conservateurs et artistes. On découvre un peu les coulisses de l'art. » 

    Le crocodrome de Zig et Puce, c'est une sorte de fête foraine mêlant train fantôme, flipper géant et distributeurs gratuits de chocolat. Une ambiance joyeuse à l'encontre de l'objet commercialisable. C'est ce qui meut aussi Jean Tinguely aux machines productrices de mouvements gratuits en ces années 1970, synonymes de nouvelles technologies. 

    « Le son se matérialise dans les machines, de façon complétement débridée, qui sont effectivement des machines inutiles et qu'on peut vraiment lire comme une critique, de cette mécanisation dont on nous explique qu'elle vise à améliorer notre quotidien », raconte Sophie Duplaix. 

    Aux côtés des installations légères et poétiques de Tinguely trônent les œuvres gigantesques de Niki de Saint Phalle, dont certaines figurent seulement en image, car trop imposantes pour entrer dans le musée. Celle qui est connue pour ses nanas rondes et colorées a révolutionné l'art avec une puissance toute féminine

    « Elle va nous montrer effectivement que la femme peut tout à fait s'emparer de ce qui d'habitude est attribué aux hommes, comme par exemple les armes. Quand elle fait sa série des Tirs, tout au début des années 1960, poursuit Sophie Duplaix. Elle fait des reliefs, des panneaux qu'elle met à l'horizontal pour les recouvrir de poches de couleurs. Après, elle déverse du plâtre, pour que ce soit immaculé. Elle tire dessus et les poches de couleurs qu'elle a mises explosent. Elles font donc dégouliner la peinture sur le relief blanc immaculé. Ce qui est à la fois un pied de nez à la peinture traditionnelle, et aussi une affirmation du pouvoir féminin. » 

    Un pied de nez aux conventions que l'exposition met joyeusement en avant.

     

    À lire aussiLa Révolte à l'oeuvre de Niki de Saint-Phalle

    3 min
  • Liban, la culture malgré tout: visite au théâtre

    Le Liban commémore cette année 50 ans du début de la guerre civile. Mais une guerre en chasse une autre dans ce petit pays de 4 millions d'habitants qui compte presque autant de Libanais que de réfugiés syriens et palestiniens. Guerre entre Israël et le Hezbollah qui perdure. Et cela sans compter l'effondrement bancaire dans un pays réduit à fonctionner avec du cash et une explosion dans le port de Beyrouth équivalente à une bombe nucléaire qui a laissé la capitale exsangue. Et malgré toutes ces catastrophes, la créativité libanaise est à son apogée. Beyrouth fourmille d'expositions, pièces de théâtre, festivals de toutes sortes, cinéma, musique et le public est au rendez-vous. On vous propose de vous emmener dans cette vitalité tous les dimanches de ce mois d'août. Liban : la culture malgré tout. Aujourd'hui, visite au théâtre.

    4 min
  • Rue des artistes: au Cameroun, le Laboratoire musical de Bastos à Yaoundé, un lieu pour répéter

    Suite de la série qui vous emmène tout au long de l’été dans les lieux où l’art vibre et se crée sur le continent. Pour ce sixième rendez-vous, direction Yaoundé au Cameroun, pour y découvrir le Laboratoire musical de Bastos. Notre correspondant Richard Onanena y a rencontré plusieurs artistes. 

    Patrick, guitariste, a rejoint le Laboratoire musical de Bastos il y a trois ans à son arrivée à Yaoundé. Une salle en brique de terre cuite, insonorisée, qu'il fréquente régulièrement avant chaque séquence. Il n'hésite pas à répéter ses gammes. « Quand j'arrive, je m'installe, je branche mon matériel, je vérifie que tout est ok, et je me mets au boulot », raconte l'artiste. 

    Parmi les artistes que Patrick a accompagnés sur scène, figure Joys Sa'a, une autre pépite du Laboratoire musical de Bastos. Joys s'est fait connaître du grand public grâce à ses talents de comédienne. Quand elle a voulu faire de la musique sa priorité, elle s'est rapprochée du Laboratoire.

    « Tout ce que j'avais fait avant, c'était d'envoyer une chanson, et je ne savais même pas qu'il avait tenu compte de cette chanson. Un jour, il m'appelle, il me dit, je veux que tu fasses un essai. Pour moi, le Laboratoire musical de Bastos, c'est la maison mère. Parce que, c'est cette maison, qui a bien voulu m'accueillir la première fois, sur scène, en live, ici à Yaoundé. Je ne savais même pas si j'en étais capable. Tout le labo m'a accompagnée, encouragée et soutenue », explique la jeune femme.

    La chanteuse camerounaise Sandrine Nanga, qui vient de se produire à l'Alambra de Paris, a répété ses gammes ici au Laboratoire musical de Bastos, qu'elle visite toujours régulièrement malgré le succès. « Après mon éducation donnée par mes parents, qui est l'amour du travail bien fait, je suis entrée du bon côté de la musique, et c'est ça qui me permet aujourd'hui d'avoir cette vision de la musique entre deux générations, la génération mature et la génération jeune, on va dire. Parce que ma musique, est écoutée par toutes les générations », confie-t-elle. 

    Serge Maboma, promoteur du laboratoire, ambitionne de créer une génération d'artistes capable de faire voyager les rythmes camerounais, en live. Il retrace l'histoire du laboratoire : « Quand on est un artiste au Cameroun, comment on fait pour pouvoir vendre sa musique, pour s'exporter ? Au départ, cet espace était le lieu de répétition de mon groupe. On a pensé qu'il était bon d'avoir un endroit où travailler sereinement. On occupait les pièces de la maison. Et finalement, on nous a dit, prenez un bout de terrain et construisez quelque chose, qui va appartenir à la musique. Donc cet endroit-ci, est né pour abriter les répétitions des Macase. Il n'y avait pas de lieu de répétition à Yaoundé, alors, on a commencé à accueillir des amis qui venaient travailler. De fil en aiguille, on s'est rendu compte que ce lieu n'appartenait plus qu'au groupe Macase, mais à tous les jeunes aspirants musiciens. Il nous est alors venu à l'idée de dire, ça, ça ressemble à un laboratoire. C'est un laboratoire pour les musiciens ! ».

    La salle est aussi un lieu de répétition pour les musiciens confirmés. Sur les murs, une photo de Manu Dibango, décédé en 2025, rappelle qu’il est passé par là.

    À lire aussiAu Cameroun, la colère des artistes monte face aux 850 millions de FCFA de droits d’auteur impayés

    4 min
  • Le festival Rock en Seine s'achève après une édition 2025 mouvementée

    Clap de fin ce dimanche 24 août pour Rock en Seine, qui a lieu tous les ans au domaine national de Saint-Cloud, aux portes de Paris. Si l'édition 2025 du festival a fait vibrer les foules avec ses têtes d'affiche, comme Chappell Roan ou Empire of the Sun, et ses jeunes talents, il a aussi dû affronter des défis financiers et politiques. Entre annulations de dernière minute, perte de nombreuses subventions et tensions médiatiques, retour sur une édition riche en rebondissements. 

    À lire aussiSofia Isella: poésie féministe et rock indé, la nouvelle vague venue de Los Angeles

    3 min
  • «Alpha» de Julia Ducournau, un film pour se souvenir des morts

    Quatre ans après sa Palme d'or au Festival de Cannes obtenue avec son film Titane, la réalisatrice française Julia Ducournau est de retour sur les écrans avec Alpha. Elle délaisse quelque peu son genre de prédilection « le body horror » pour mettre en scène une histoire de famille sur le deuil dans un monde apocalyptique post pandémie avec Golshifteh Farahani, Tahar Rahim et Mélissa Boros.

    3 min
  • Rue des artistes: à Nairobi, le collectif Kuona fait rayonner les arts

    Suite de la série qui vous emmène tout au long de l’été dans les lieux où l’art vibre et se crée sur le continent. Pour ce sixième rendez-vous direction le Kenya. Et plus précisément sa capitale, Nairobi. Le collectif Kuona y rassemble une vingtaine d’artistes, dans un groupe de containers. Sculpture, peinture, charpenterie ou encore mode, chaque créateur a son studio sur place, et il y expose. 

    Il est presque caché dans un jardin calme, au fond d’une rue à Nairobi. Lorsque l’on franchit le portail du collectif d’artistes Kuona, l’art envahit le regard. Des sculptures sont éparpillées un peu partout. Dans les conteneurs alignés en rang, les artistes travaillent sur leurs prochaines œuvres. Ils sont plus d’une vingtaine à y avoir aménagé leurs studios et à y exposer leurs créations. Meshack Oiro est le président du collectif. « Nous avons des sculpteurs, des graveurs sur bois, des artistes qui travaillent dans la mode, des peintres qui font de la peinture à l’eau, des encadreurs... Nous avons de tout ici à Kuona », dit-il. Meshack est lui sculpteur. Il crée à partir de métaux récupérés. « Regardez cette œuvre : le client va venir la voir aujourd’hui. On distingue bien le moule en deux parties. Je vais souder les métaux tout autour, puis une fois que je l’aurai retiré, je verrai le résultat. Ensuite, j’assemblerai les deux parties, et ça formera un buffle. Ça se voit, non ? »

    Un collectif aux multiples talents

    Dans le conteneur mitoyen, les murs sont recouverts d’œuvres colorées. Représentant des fleurs, des animaux, des portraits... Elnah Akware les peint en utilisant des planches en bois sur lesquelles elle a gravé des motifs. Elle travaille, assise à son bureau. « Une fois que j’ai esquissé l’œuvre que j’ai en tête, je grave le motif dans le bois. Parfois, je fais même le croquis directement sur la planche. Une fois que c’est prêt, j’applique la peinture sur la surface gravée, puis je transfère le tout sur une feuille de papier en utilisant des rouleaux pour bien faire adhérer la peinture. Ensuite, il ne reste plus qu’à laisser sécher », raconte-t-elle.

    Elnah a 27 ans, elle a rejoint le collectif Kuona en 2019, en lançant sa carrière d’artiste professionnelle. « J’ai étudié les arts à l’université, mais on ne nous a pas vraiment appris cette technique de peinture à partir de gravure sur bois. C’est en arrivant à Kuona que je l’ai découverte. J’aimais déjà beaucoup la gravure à l’école, donc ça m’a tout de suite plu. Ce que j’apprécie particulièrement ici, c’est que je peux aller voir d’autres artistes et leur dire : “Je travaille là-dessus, qu’est-ce que tu en penses ? Comment je peux m’améliorer ? Tu peux m’aider ?” Il y a énormément de solidarité. Par moments, je me demande où j’en serai dans ma vie d’artiste si je n’avais pas rejoint ce collectif. Je pense que ce serait beaucoup plus difficile de vendre mes œuvres, d’être exposée à différentes techniques, ou même de comprendre comment les artistes gèrent l’aspect commercial de ce métier », raconte-t-elle.

    Une meilleure visibilité

    Ici, des artistes reconnus côtoient des jeunes pousses émergentes. Et chacun profite de la visibilité des autres. Un des avantages d’être en communauté. Comme le reconnait Wanjohi Maina. Âgé de 39 ans, il a rejoint le collectif en 2017. « Lorsqu’une personne vient ici pour voir un artiste en particulier, les autres artistes, en bénéficient puisque cette personne découvre en même temps notre travail. Et par la suite peut même en devenir collectionneuse ! Être regroupés au même endroit nous donne une meilleure visibilité : cela permet à un plus grand nombre de personnes de découvrir nos œuvres… et parfois d’en tomber amoureuses ». Wanjohi peint sur des plaques en métal. Ces œuvres représentent des scènes de la vie à Nairobi. Des vendeurs à la sauvette notamment que connaissent bien les habitants de la capitale. « J’aime bien dire que je saisis des moments... Des moments que je vois dans la rue. La vie du quotidien avec ses défis... C’est ça que j’essaye de représenter à travers mon travail ».

    Presque chaque premier samedi du mois, Kuona accueille une journée d’exposition avec des concerts. Certains artistes organisent aussi régulièrement des ateliers pour faire découvrir leur technique. De quoi faire vibrer la culture de la capitale.

    4 min
  • Voyage à Nantes: plongée au cœur de l'étrangeté avec Jenna Kaës

    Cette année, l'exposition à ciel ouvert Voyage à Nantes nous emmène au cœur de « l'étrangeté », thème de l'édition 2025. Parmi les œuvres exposées au sein de ce parcours urbain de 20 kilomètres, celle de l'artiste designer Jenna Kaës propose de combler les lacunes de l'histoire des lieux par l'art et l'imagination.

    Jenna Kaës est artiste designer. Son travail, à la croisée de trois disciplines – le design, les arts décoratifs et l'installation –, explore les questions de la mort, du deuil, du sacré et du rêve.

    Des thématiques que l'on retrouve dans son œuvre réalisée pour le Voyage à Nantes de 2025. L'œuvre, intitulée Aurarium, a pris ses quartiers dans un dispensaire construit entre 1903 et 1906 à Nantes, sous l'impulsion de Thomas Dobrée, mécène et collectionneur nantais à l'origine du musée Dobrée, auquel le dispensaire est aujourd'hui rattaché. Pourtant, jusqu'à très récemment, ce dispensaire accueillait encore des malades de la tuberculose. Pour l'artiste, il a fallu revenir aux sources et donc à la conception du lieu :

    « La première entrée du projet, c'est un peu une sorte de restauration décorative contemporaine dans ce lieu. J'ai voulu retirer tous les éléments qui avaient été ajoutés tardivement et qui ne faisaient donc pas partis du projet initial des architectes du lieu, entre autres : les luminaires, qui étaient certainement des lumières des années 1980, mais aussi les portes, qui ont été changées. »

    Pour opérer ce relooking contemporain du dispensaire, Jenna Kaës a joué sur les lumières, les portes, les vitres et les anciennes salles de consultation transformées en vitrines ésotériques :

    « On trouve dans ce hall : six appliques lumineuses et un très grand lustre en fonte d'aluminium à la cire perdue et en verre soufflé, qui sont des techniques qui étaient très utilisées pour les luminaires de villes et de passage au début du siècle dernier dans les grandes villes, à Nantes et partout en Europe. Ensuite, on a des portes qui sont complètement matelassées, réalisées avec des rebuts de cuir et qui présentent des motifs gothiques d'araignées et de toiles et qui rappellent aussi les portes qu'on trouve chez les médecins, qui sont censées étouffer le son et garder le secret. Il faut s'imaginer qu'il y a une multitude de portes dans ce hall, puisqu'elles donnaient toutes accès à des salles de consultation, des salles de radio qui sont un peu secrètes et dont on connaît plus trop l'usage ancien. »

    L'art comme une façon de prendre soin des lieux, de rendre hommage à leur histoire

    Derrière cette réappropriation artistique de l'histoire, il y aussi l'idée de rendre hommage à un lieu et à son histoire par l'esthétique. Camille assure la médiation autour de l'œuvre de Jenna Kaës. Elle rappelle que ce travail s'inspire du mouvement des arts décoratifs qui s'est développé au début du XXe siècle autour de l'architecture et de la décoration d'intérieur :

    « L'artiste ne vient pas combler un trou mais revaloriser les marques du temps, les traces qui ont été laissées par l'usage de ces murs et par l'usage du lieu. Elle nous montre comment l'art décoratif est aussi une manière de prendre soin d'un lieu, de revaloriser et de donner de la mémoire. Par son travail, elle rend visible l'invisible, une histoire qu'on raconte très peu, celle des malades de la tuberculose. »

    L'aspect gothique revendiqué par l'artiste devient une possibilité d'échapper au réel quand il est trop lourd, et d'y puiser le magique et le mystérieux. Cette dimension touche certains visiteurs. C'est le cas de Mathilde : « Ça me fait voyager dans mon imaginaire, comme par exemple sur cette œuvre où elle reproduit le motif du sol sur un tapis… On est entre la réalité et l'imitation. »

    Par son œuvre à la fois belle et menaçante, Jenna Kaës reproduit le paradoxe qui entoure le milieu médical : à la fois lieu de soin, de guérison et de vie mais aussi de souffrance, de mystère et de mort. En outre, l'artiste designer remet au goût du jour une idée du soin profondément politique : celle d'une guérison qui ne peut être envisagée sous le seul angle du corps mais qui doit aussi prendre en compte celui de la santé mentale en créant des lieux d'accueil et de soin agréables pour les patients.

    À lire aussiÀ Nantes, la renaissance du Vishnou du Mébon, chef-d'œuvre de l'art khmer et trésor du Cambodge

    3 min

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