Chronique des médias

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  • En Argentine, la trumpisation de Javier Milei face aux médias

    L'Argentine fait face à sa troisième grève générale depuis l'accession au pouvoir du président Javier Milei, qui assume une forme de trumpisation face aux médias.

    On a tous en tête la tronçonneuse de Javier Milei, symbole de coupes sombres dans les dépenses publiques. Cette tronçonneuse a été offerte à Elon Musk, qui n'a pas manqué de la brandir à son tour. Entre Donald Trump et Javier Milei, il y a plus que des affinités idéologiques. Même volonté de dérégulation, même tendance anti-« woke » et climatosceptique, même défiance envers les organismes internationaux et les consensus scientifiques comme le prouve la sortie des deux pays de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).

    Depuis l'investiture de son homologue à Washington, où il était présent, l'Argentin multiplie les signes de soutien. Il dit même comprendre le relèvement des tarifs douaniers que l'Argentine va pourtant subir, car elle est membre du bloc du Mercosur. Et s'il n'a pas arrêté le financement de Voice of America, décision d'ailleurs suspendue par la justice américaine cette semaine, il a fermé Télam, l'agence de presse nationale.

    Reporters sans frontières a émis un droit d'alerte sur l'Argentine

    L'ONG Reporters sans frontières a certes émis un droit d'alerte, mais le pays ne semble pas être une priorité pour l'organisation. Sur son ranking sur la liberté de la presse, l'Argentine est le 66ème pays sur 180 et la liberté de la presse y est à peu près respectée, notamment quand il s'agit de couvrir de grandes manifestations ou des grèves générales.

    Mais il y a des signes inquiétants, d'autant que l'Argentine était à la quarantième place en 2023, juste avant l'élection de Javier Milei. D'abord, comme Donald Trump, le chef d'État argentin a tendance à insulter et à stigmatiser les journalistes ou à les traiter d'« ennemis ». Ce qui favorise l'agressivité de la police. Ensuite, il a levé les dernières barrières anti-concentration qui s'imposaient aux grands groupes médias qui peuvent désormais acquérir autant de licences de télé ou de radios qu'ils souhaitent. Une mesure qui ne peut que renforcer la propriété autour de groupes comme Clarin ou la chaîne Telefe.

    Les médias publics aussi dans le collimateur

    En revoyant les dépenses des médias publics à la baisse, ils sont aussi dans le collimateur du président argentin. Mais cela se traduit par des licenciements et des budgets de programmes décimés, comme on a pu le voir sur Canal 7 ou Radio Nacional.

    Et il y a ce qui ne relève pas que du symbolique, comme la destruction de ce monument en Patagonie à la gloire du journaliste anarchiste Osvaldo Bayer. Il était connu pour avoir enquêté sur les mouvements sociaux et la répression de 2 000 travailleurs pendant la dictature de 1976 à 1983.

    Cette destruction s'accompagne d'un révisionnisme de Milei censé lutter contre une hégémonie culturelle de la gauche. Pour lui, il n'y a pas eu 30 000 disparus durant la dictature, mais quatre fois moins. Une réécriture de l'histoire qui signe une filiation avec l'extrême droite. 

    À lire aussiArgentine: grève générale de 24h pour protester la politique d'austérité du gouvernement Milei

    3 min
  • France: un intérêt médiatique et sociétal toujours grandissant pour les faits divers

    Le fait divers est de plus en plus présent dans les médias et rencontre l'intérêt des Français, comme l’a montré une étude récente présentée aux Assises du Journalisme de Tours.

    Un sondage Viavoice, paru mi-mars à l’occasion des Assises du journalisme, l’a montré, près de sept Français sur dix se disent intéressés par le fait divers et 62 % estiment qu’il est « parfois » nécessaire que les politiques s’en saisissent. Les motivations sont plus ou moins avouées. La plupart considèrent qu'il s'agit d'un bon moyen de s’intéresser à l’actualité judiciaire et sécuritaire. Mais il peut y avoir des récupérations politiques, comme on l'a vu l'an dernier à Crépol, dans la Drôme, où une rixe qui a fait un mort a alimenté la thèse extra-judiciaire d'un « racisme anti-blancs ».

    Depuis l’émission à succès Faites entrer l’accusé, passée de France 2 à RMC Story, il peut y avoir aussi une forme de voyeurisme pour des détails morbides dans certains traitements d’affaires criminelles. Patricia Tourancheau, une journaliste chevronnée qui vient de signer une série documentaire sur l’affaire Grégory pour Netflix, se défend par exemple d’avoir recours à des reconstitutions, en refusant de montrer un enfant ligoté dans une camionnette. Mais elle n’hésite pas à livrer des « évocations », comme de vrais corbeaux, allégorie de ceux qui persécutaient les parents de Grégory Villemin, l'enfant disparu il y a 40 ans dans les Vosges.

    À lire aussiFrance: 40 ans plus tard, l'affaire Grégory toujours en suspens

    Un genre qui fait florès dans les médias

    D’après Patricia Tourancheau, car les gens s’identifient à des victimes et se rassurent en se disant que c’est loin de chez eux ou de leur vie. Vincent Vantighem de BFMTV explique même que cela permet de se dire que « ça va bien puisqu'il y a pire ailleurs ». Ce qui est sûr, c’est que le genre fait florès. « Affaires sensibles », l'émission de France Inter, trouve une extension sur France 2. Les miniséries Laetitia ou Sambre, de Jean-Xavier de Lestrade, sur des affaires réelles, ont été des cartons d'audience. Et les plateformes comme Netflix s’y mettent abondamment avec des séries comme Le Serpent ou un documentaire sur l’affaire Cantat, le chanteur de Noir Désir qui a tué Marie Trintignant.

    Les féminicides, un sujet de plus en plus abordé

    On parle ainsi plus fréquemment des féminicides, un terme que l’on entend surtout en France où l’on tend à bannir le terme de « crime passionnel », qui trouvait une certaine indulgence dans les jurys populaires. C’est parfois tout à fait évident, comme dans l’affaire Chahinez Daoud, brûlée vive par son ex-compagnon. Mais on retrouve aussi de grandes affaires qui sont susceptibles de s’inscrire dans le temps par le mystère qu’elles entretiennent et leur dimension sociétale ou politique. C’est le cas de la disparition du petit Émile dans les Alpes de Hautes Provence. En filigrane, il y a une société patriarcale finissante et sa violence plus ou moins contenue.

    À lire aussiFaits divers: faits de société?

    3 min
  • Un relatif silence médiatique autour du procès du financement libyen de Nicolas Sarkozy

    Dans le procès du financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, après des réquisitions extrêmement lourdes délivrées le 27 mars 2025, l'affaire a été enfin médiatisée.

    Ces réquisitions pèsent lourd dans cette soudaine médiatisation. Le Parquet national financier a requis sept ans de prison contre l'ancien président, 300 000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité. Les mots employés par les procureurs ont aussi porté. Ils ont dépeint l'ancien chef d'État comme le véritable « commanditaire » d'un « pacte de corruption », « inconcevable, inouï, indécent », noué avec Mouammar Kadhafi.

    Pourtant, alors que le procès a débuté le 6 janvier 2025, ce n'est qu'une toute petite médiatisation dans la durée si on la compare à d'autres procès. La société Aday, qui scrute les médias, a compté 7 800 articles ou contenus liés à ce procès dans les médias français, soit deux fois moins que les procès Dominique Pélicot sur les viols de Mazan (14 981) ou sur le pédocriminel Joël Le Souarnec (14 199). 

    Pourquoi cette frilosité vis-à-vis d'un tel procès politique ?

    Il y a d'abord, le fait que l'affaire a été révélée par un outsider, Mediapart, en 2011. Or, ce journal a parfois été soupçonné d'être de parti-pris, ce que Sarkozy a entretenu en le traitant « d'officine » et en le poursuivant pour faux et usage de faux, sans obtenir gain de cause. Ensuite, le fait qu'elle a pu apparaître complexe à des médias audiovisuels qui doivent résumer les faits en deux minutes.

    Pourtant, comme le note le journaliste de Mediapart Yunnès Abzouz, l'affaire montre « la délinquance en col blanc, ce crime social qui se nourrit de l'indifférence médiatique ». Avec des détails cocasses, comme le coffre-fort de Claude Guéant, prétendument loué pour entreposer des discours de Sarkozy.

    Un ex-président proche des médias

    Les liens des médias avec Nicolas Sarkozy sont à prendre en compte. C'est un ami de Vincent Bolloré, de Martin Bouygues ou d'Arnaud Lagardère, et forcément, leurs médias peuvent avoir des biais, des gênes ou des silences. Là où CNews parle « d'acharnement judiciaire », TF1 préfère suivre le procès Gérard Depardieu ou l'enquête sur la disparition du petit Émile. Quant au Figaro, qui avait caviardé en 2011 une interview de Kadhafi où il déclarait avoir donné des fonds à Sarkozy pour sa campagne, le journal fait le service minimum. Son actionnaire Dassault avait obtenu un contrat pour vendre des Rafale à la Libye.

    Et puis il y a les médias qui ont été impliqués dans la défense de Sarkozy, soit en le faisant venir en plateau, soit en prêtant la main à des manipulations comme les fausses rétractations de Ziad Takkieddine dans Paris Match ou sur BFMTV. « On préfère la force d'un démenti à la brutalité des faits », avait déclaré Fabrice Arfi, de Mediapart, en rappelant qu'il n'y avait eu aucune couverture de news magazine sur cette affaire. 

    3 min
  • États-Unis: la suspension des médias extérieurs publics, une décision lourde de conséquences

    Donald Trump a décidé de suspendre les médias publics extérieurs américains en mettant en congés les personnels de l'US Agency for Global Media.

    Avec les négociations sur l'Ukraine, la suppression de Radio Free Europe, de Radio Liberty ou de Voice of America pourrait sembler, de prime abord, être un gage donné à la Russie. On se souvient du rôle joué par les médias publics extérieurs des États-Unis, qui émettaient en ukrainien durant la révolution orange de 2004. Des médias qui ont joué un rôle de soutien à la démocratie en couvrant les manifestations et en apportant des informations extérieures à la propagande gouvernementale.

    Mais ce n'est sans doute pas la première motivation de ce décret. Elon Musk, responsable du département de l'efficacité gouvernementale (DOGE), l'avait annoncé sur X : il faut fermer Voice of America et Radio Free Europe/Radio Liberty. Pourquoi ? À cause de la « bureaucratie fédérale inutile » et de la « propagande radicale » qu'ils véhiculeraient, selon Donald Trump.

    La fin d'un outil de soft power pour les États-Unis d'Amérique

    On pourrait croire que cet outil formidable du soft power états-unien serait important aux yeux de la Maison Blanche, sachant que cette agence de médias mondiaux touche une audience record de 427 millions de personnes par semaine, que Voice of America s'exprime en 47 langues, et qu'il importe, plus que jamais, de défendre des valeurs démocratiques face à la Russie, mais aussi face à la Chine, Cuba et l'Iran. Le démantèlement de l'agence, qui a dénoncé son bail de location cette semaine, implique aussi la suppression de Radio Free Asia, de la radio-télévision anti-castriste Marti ou encore de Middle East Broadcasting Networks (MBN).

    L'administration Trump veut réduire les dépenses publiques, mais aussi avoir les mains libres pour signer des accords bilatéraux avec des pays autoritaires et faire triompher les lois du business sur les droits humains. Cela passe par une sorte de « reset », de réinitialisation des médias extérieurs, en rompant avec le passé et donc avec leurs journalistes.

    Une décision applaudie par les médias russes

    Une décision qui semble avoir été appréciée par le Global Times, le quotidien soutenu par l'État chinois, ou par Sputnik, le média extérieur russe. Tous deux se réjouissent de cet arrêt de médias publics qu'ils qualifient dans un cas « d'usine à mensonges », dans l'autre de producteurs de « fausses informations », notamment lors du massacre de Boutcha, pourtant internationalement documenté en Ukraine. L'agence fédérale américaine de médias a aussi renoncé à ses abonnements à l'AFP, Associated Press et Reuters, et on sent bien que c'est un autre narratif qui se prépare. La fin d'une « information équilibrée et vérifiée » et d'un « ​​​​​​​rempart contre la désinformation », comme l'ont exprimé conjointement la Deutsche Welle et France Médias Monde.

    À écouter aussiSuppression de Voice of America: «l’Amérique va devenir inaudible»

    3 min
  • Journalistes syriens en exil: rester ou revenir?

    Le président par intérim de la Syrie, Ahmed al-Charaa, vient de signer une déclaration constitutionnelle rétablissant la liberté d’expression et la liberté de la presse dans le pays.

    Rester ou revenir ? C’est la question que se posaient la semaine dernière à l’Institut du monde arabe, à Paris, des journalistes syriens en exil réunis par CFI, l'agence française de développement des médias. Et cette déclaration de l’ancien chef rebelle de HTS, devenu président par intérim, va sans doute contribuer à accroître leur perplexité.  

    D’un côté, il y a ce qui peut être ressenti par les citoyens syriens, un vent de liberté qui permet de s’exprimer avec force contre des responsables du régime de Bachar al-Assad, selon Ali Akhabour, journaliste en exil de Focus Aleppo. Et de l’autre, ces massacres qui ont tué plus de mille personnes dans les régions alaouites de l’ouest du pays. D’un côté, le rétablissement officiel des libertés de la presse et d’expression, et de l’autre, une sécurité qui est loin d’être garantie, y compris pour les professionnels de l’information. D’après Reporters sans frontières, cinq journalistes, notamment des chaînes Al Jazeera et Al Araby, ont été blessés ces derniers jours après avoir été pris pour cible par des tirs dans leurs voitures marquées Presse. Comme si, une fois de plus, on cherchait à éviter tout témoignage filmé. 

    À lire aussiSyrie: la désinformation s'ajoute aux violences subies par la communauté alaouite

    La Syrie sort d’un bilan catastrophique en matière de liberté de la presse

    Il est intéressant de noter que la déclaration du président autorise « la liberté d’opinion, d’expression, de la presse », mais elle prévoit aussi de créer une commission de justice transitionnelle pour les victimes et les disparus. Or, il ne peut y avoir de véritable liberté s’il n’y a pas de justice pour exprimer la vérité de ce qui a été, et cela le nouveau pouvoir le sait.

    Depuis 2011, le régime d’Assad a tué 181 journalistes, d’après RSF, qui demande que justice leur soit rendue. Mais il a aussi conditionné des générations de reporters. Non seulement par la peur de l’emprisonnement, de la torture ou de l’assassinat, mais aussi par une autocensure qui faisait que c’était un peu, selon Walid Al Nofal, de Syria Direct, « comme s’il y avait un policier à l’intérieur de chaque journaliste », puis un « royaume du silence ».

    Des hommes de HTS dans la presse d'État 

    « Le climat n’est pas bien clair », juge Ali Akhabour. Le nouveau pouvoir a placé à la tête de l’agence de presse étatique Sana et de la télévision d’État des hommes de HTS. Il y a sans doute la volonté de gagner la confiance des Syriens par des médias professionnels, mais aussi des pratiques de contrôle du travail des journalistes, comme la demande de communiquer les questions à l’avance ou l'accès aux sources. Parallèlement, les rumeurs et les vidéos trompeuses prolifèrent sur les réseaux sociaux ou les messageries. Finalement, l’idée de rentrer dans une Syrie apaisée est encore un rêve. 

    À lire aussiSyrie: le président par intérim annonce de nouvelles institutions pour le pays

    3 min
  • «Le Parisien» en grève pour son identité

    La grève au Parisien a été déclenchée pour protester contre un plan de départs touchant près de 40 personnes. 

    La direction a annoncé mi-février la suppression de 39 postes exactement, dont 29 à la rédaction, soit près de 10% des effectifs, dans ce qu'elle appelle un « projet de modernisation de l'organisation ». Comme beaucoup de quotidiens régionaux, Le Parisien perd de l'argent, 34 millions d'euros, et compte tenu des projections qu'il fait en termes d'abonnements numériques et d'audience, il lui faut passer par un plan de départs volontaires. C'est ce qui explique cette grève qui a été décidée jeudi 6 mars et qui est assortie d'une motion de défiance envers la direction. Une direction qui se justifie en expliquant que malgré près de 100 000 abonnés numériques pour une diffusion journalière de 190 000 exemplaires, Le Parisien ne parvient pas à compenser ce qu'il perd sur le papier par des revenus en ligne. Un classique des difficultés des quotidiens et qui justifie les économies. 

    La contestation interne tient aussi à l'identité de l'actionnaire Bernard Arnault

    La mobilisation ne le vise pas explicitement, même si la rédaction s'est plusieurs fois inquiétée pour son indépendance, notamment en 2023 lorsqu'elle a pointé une « dérive éditoriale » trop favorable à l'exécutif pendant la réforme des retraites. Cette fois, ce n'est plus une question éditoriale. Quoique... Ce plan arrive cinq ans après 30 suppressions de postes liées à l'arrêt des neuf éditions départementales du Parisien qui sont aujourd'hui regroupées dans un unique cahier Île-de-France. La direction rappelle que l'actionnaire a essuyé les pertes et qu'il ne peut pas soutenir indéfiniment un journal qui creuse les déficits. De son côté, une majorité de la rédaction pense que Bernard Arnault a les poches suffisamment profondes pour soutenir le quotidien dans ses missions locales et investir dans sa relance.

    La relance numérique implique de nouveaux modèles

    C'est que dit Pierre Louette, le patron du groupe Les Echos-Le Parisien, pour qui il faut « continuer à produire de mieux en mieux des contenus qui seront achetés, choisis, qui provoqueront des abonnements ». En clair, il s'agit de créer des articles ou des vidéos qui se transforment directement en revenus. C'est ce que cherche aussi Sud-Ouest et Le Télégramme, où l'on investit dans la production vidéo. Au Midi Libre, une centaine de correspondants locaux menace de déposer la plume après avoir vu leurs tarifs baisser. Le danger, c'est que soit de plus en plus délaissée l'information locale. C'est ce qu'on a vu aux États-Unis où un tiers des journaux locaux ont disparu en vingt ans. Cela a créé des déserts de l'information et un électorat trumpiste. 

    3 min
  • Menace sur «le journalisme des faits» dans les États-Unis de Donald Trump

    La Maison Blanche a décidé de restreindre l'accès aux agences de presse, mais aussi de sélectionner elle-même les journalistes aptes à suivre le président Donald Trump.

    Cette décision, qui a été dénoncée par les grandes agences du pays, AP (Associated Press), Reuters ou Bloomberg, porte encore un coup au pluralisme des médias. Jusqu'à présent, c'était l'association des correspondants de la Maison Blanche, WHCA, qui déterminait elle-même les journalistes qui suivaient le président ou les conférences de presse de sa porte-parole.

    Or, non seulement, ce n'est plus le cas – puisque c'est désormais la Maison Blanche qui choisit –, mais la principale agence du pays, AP, qui existe depuis 1846, a été bannie du centre du pouvoir de l'exécutif américain. Son seul tort a été de ne pas se conformer au désir présidentiel de renommer le Golfe du Mexique en Golfe d'Amérique. Comme si Trump ne supportait pas que l'on puisse contester sa prétention à retracer les contours du réel.

    AP a attaqué en justice la Maison Blanche. Elle a été pour l'heure déboutée, mais l'affaire n'est pas close. Quant à Reuters et Bloomberg, elles doivent maintenant se partager l'accès au bureau ovale et à Air Force One. 

    « Un journalisme des faits » menacé

    Cette expression a été utilisée en janvier par Fabrice Fries, le patron de l'AFP (Agence France Presse), qui estime que « le journalisme des faits est désormais attaqué ». À la Maison Blanche, on voit un journaliste de la chaîne Right Side accepter de porter une casquette « Trump avait raison sur tout » et demander de commenter un sondage favorable au président. Un podcasteur, en tant que nouvel admis, a aussi interrogé la porte-parole Karoline Leavitt sur la déconnexion des médias à propos de l'immigration illégale.

    Pourtant, les journalistes sont indispensables pour décrire les annonces du président et les confronter aux réalités, comme par exemple lorsqu'il supprime 92% des financements à l'étranger de l'USAID (Agence des États-Unis pour le développement international) ou toute mention du dérèglement climatique sur les sites officiels.

    Cela rappelle « ​​​​​​​des mesures liberticides » prises dans d'autres pays.

    C'est Peter Baker, le chef des correspondants du New York Times, qui a osé la comparaison sur X. Cela lui rappelle la façon dont le Kremlin a repris en main son pool presse en Russie en le recomposant de « ​​​​​​​journalistes obéissants ». Pour Trump, les journalistes sont très souvent des « ennemis du peuple », voire « d'extrême gauche » quand ils travaillent à AP.

    On voit en tout cas que les agences de presse sont les premières à être fragilisées. Un phénomène qui n'est pas isolé. Dans l'Argentine de Javier Milei, l'agence de presse nationale, Telam, a été supprimée. Dans la Slovaquie de Robert Fico, elle a été complètement transformée en agence gouvernementale. Deux pays sur un nouvel axe libertaire-liberticide.

    3 min
  • France: clap de fin pour la diffusion TNT des chaînes de télévision C8 et NRJ12

    Après la décision de l'Arcom, confirmée par le Conseil d'État mercredi 19 février, le retrait de leur fréquence TNT devrait acter la disparition prochaine des chaines de télévision C8 et NRJ12.

    Les espoirs de C8 et de NRJ12 se sont évanouis mercredi 19 février. Le Conseil d'État a rendu sa décision, défavorable, entraînant le retrait de leur fréquence TNT et donc la prochaine fin de leur diffusion, prévue le 28 février au soir, 20 ans après leur lancement. Une décision rare, mais pas sans précédent. C'est arrivé par deux fois en France, en 1987 avec la chaîne musicale TV6 et en 1992 avec l'arrêt de la Cinq. Le Conseil d'État a bien pesé les arguments de l'Arcom et des plaignants, les groupes Canal+ et NRJ. Et a donné raison au régulateur.

    Pour C8, la fréquence lui est retirée principalement à cause des manquements répétés de son animateur vedette Cyril Hanouna dans son émission Touche pas à mon poste, qui ont amené la chaîne à cumuler 7,6 millions d'euros d'amendes. Jeudi 20 février, ses insultes proférées en direct envers le député LFI Louis Boyard lui ont même valu 4 000 euros d'amende. Un incident déjà sanctionné par l'Arcom, le régulateur des médias, d'une amende de 3,5 millions d'euros, au nom de la non-maîtrise répétée de l'antenne. Mais ce n'est pas le seul facteur. La chaîne du milliardaire français Vincent Bolloré n'a jamais atteint l'équilibre et n'a donc pas fait la preuve de sa pérennité financière. 

    NRJ12, une chaîne estimée « sans viabilité »

    C'est également le cas de l'autre chaîne plaignante, NRJ12, qui n'a pas su convaincre le régulateur quant à sa viabilité. Pour rappel, celle-ci n'a eu qu'un seul exercice bénéficiaire en 20 ans et ses audiences n'ont jamais vraiment réussi à décoller. Après avoir diffusé des émissions de téléréalité comme les Anges ou Allo Nabila, elle a parié sur les magazines de divertissement ou les séries américaines.

    Or l'Arcom lui a reproché l'omniprésence des rediffusions ou du téléachat à l'antenne, au détriment de ses obligations contractuelles. Elle paye ainsi un manque d'investissements dans les programmes. L'Arcom a préféré mettre fin à cette chaîne alors qu'il reste de la place sur la TNT, même en comptant les deux nouvelles attendues pour juin et septembre : T18, la chaîne de Daniel Kretinsky, et Ouest France TV sur le canal 19. 

    Un avenir incertain pour Cyril Hanouna

    Le sort de l'animateur vedette du groupe Canal+, largement décrié pour ses fresques répétées, reste inconnu. Le groupe M6 semble prêt à le recruter pour sa chaîne W9 et Fun Radio. À condition que celui-ci se limite au strict divertissement, peut-être saupoudré d'un peu de fait divers ou de politique, mais surtout sans attaques ad hominem.

    Seulement, selon Le Parisien, c'est de nouveau le groupe Canal+ qui tient la corde. Cela permettrait à Hanouna de faire la même émission sur la chaîne CStar et de rester sur Europe1. « Vincent, c'est ma famille », aurait dit l'animateur à propos de Vincent Bolloré. En tout cas, du RN aux Républicains, Laurent Wauquiez ou Bruno Retailleau, le soutien à Hanouna ou à C8 est très marqué à droite et à l'extrême droite.

    À écouter aussiDébat du jour: fallait-il déprogrammer les chaînes C8 et NRJ12 ?

    3 min
  • Foot français: le diffuseur DAZN refuse de verser une partie des échéances des droits télé

    La plateforme britannique DAZN, principal diffuseur de matchs de la Ligue 1, refuse de payer une partie de l'échéance due pour le championnat de foot français.
     

    DAZN refuse de verser à la LFP, la Ligue de football professionnelle, la moitié de la quatrième échéance des droits télé, soit 35 millions d'euros. La plateforme britannique invoque deux motifs : le piratage élevé et la mauvaise volonté des grands clubs à fournir des images sur les à-côtés des matchs, comme des interviews de joueurs qu'ils préfèrent se réserver.

    C'est donc une affaire de gros sous qui a mené la Ligue à porter plainte en référé contre DAZN. Le tribunal de commerce de Paris a statué vendredi 14 février et devrait rendre sa décision dans les prochains jours.

    Si l'argent des droits du foot soutient les grands clubs, il est aussi essentiel pour les clubs plus modestes — qui n'ont pratiquement pas d'autres ressources — et pour le sport amateur via une taxe de 5%. 

    Le piratage du visionnage des matchs de football

    Cette pratique s'est incontestablement popularisée. En octobre dernier, la LFP avait indiqué que 55% des téléspectateurs du match vedette OM-PSG avaient regardé le match illégalement. Et pourtant, l'Arcom, chargée de la lutte contre le piratage, avait bloqué 340 noms de domaine sur internet avant le coup d'envoi. Mais c'est un peu comme écoper dans un bateau qui prend l'eau avec une passoire. Car le propre des matchs, c'est qu'ils se regardent en direct : il faut bloquer le site pirate pendant la retransmission. Ni avant, ni après.  

    Près de 7 000 sites ont été bloqués depuis 2021, lorsqu'un blocage plus dynamique a été permis. Mais selon les professionnels, c'est une goutte d'eau, il faudrait que les titulaires de droits puissent faire bloquer les diffusions pirates directement par les fournisseurs d'accès à internet, en temps réel, comme en Italie ou Royaume-Uni. 

    À lire aussiLe piratage, ce poison qui met en péril DAZN et le foot français

    DAZN mis en cause pour sa politique tarifaire

    Pour 2024-2029, où elle paye 400 millions d'euros par an, la plateforme a obtenu huit matchs sur neuf cet été en proposant des prix à 30, voire 40 euros par mois. Ce n'est pas loin ce de qui se fait ailleurs en Europe, mais c'est bien plus cher que ce qui se pratiquait jusque-là en France. Des signaux ont alors clignoté pour montrer une recrudescence du piratage. Et le diffuseur a pris du retard dans sa conquête d'abonnés.

    Il lui en faudrait 1,5 million à la fin de l'année, il n'en aurait que le tiers aujourd'hui. Or une clause de sortie permet de mettre fin au contrat si le chiffre n'est pas atteint. Depuis, DAZN multiplie les promotions de milieu ou de fin de saison. Mais la faillite de Mediapro est dans toutes les têtes. Et un grand absent, Canal+, est regardé avec un brin de nostalgie. 

    À lire aussiFoot: le litige LFP/DAZN pas réglé avant 15 jours, trop long pour les clubs

    3 min
  • L'intelligence artificielle dans le journalisme suscite craintes et espoirs

    Les 10 et 11 février se tient un Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle (IA) à Paris, l’IA qui a des conséquences sur la presse. Analyse des espoirs, mais aussi des craintes et des dangers de cette technologie pour le journalisme. 

    L’Institut national de l’audiovisuel, l’INA, a publié cette semaine une cartographie des usages de l’intelligence artificielle pour le journalisme. Et ce dont on s’aperçoit, c’est que l’IA offre des avantages, comme de lui laisser les tâches répétitives pour se concentrer sur des sujets à valeur ajoutée ou de gagner du temps dans la rédaction, la vérification et même l’enquête. On l’a vu dans les Panama Papers ou d’autres fuites de documents, il est très utile de pouvoir interroger une masse de données à partir d’un robot pour extraire un compte, des liens, des ramifications...

    L'intelligence artificielle permet aussi de mieux connaître l’internaute et donc de lui adresser un contenu qui corresponde davantage à ses centres d’intérêt et qui favorise son engagement sur les réseaux sociaux. Elle peut aussi aider à créer des titres pertinents ou à faire remonter des tendances. Sans compter bien sûr les traductions automatiques qui peuvent rendre accessibles des médias de multiples pays.

    La technologie suscite des craintes dans les rédactions

    Ces craintes ne sont pas seulement liées à la peur de perdre son emploi. On peut se demander si les journalistes ne vont pas devenir « IA-dépendants », façonnés par les algorithmes, avec moins le souci de la découverte fortuite sur le terrain. D’autant que ces algorithmes renvoient à ce qui a été dit, écrit dans le passé, fût-il récent. Ils peuvent être un obstacle à la compréhension de l’inattendu.

    Il y a aussi une crainte sur les droits d’auteurs, tous les acteurs de l’IA se refusent à engager des négociations avec les médias sur ce sujet en particulier. Le New York Times a attaqué Open AI et des organisations représentant 3 000 titres de presse en France ont demandé, mercredi 5 février, que les pouvoirs publics imposent un dialogue à ces entreprises qui pillent leurs contenus pour entraîner leur modèle sans les rémunérer.

    À lire aussi Face à ChatGPT, le New York Times attaque en justice OpenAI et Microsoft

    De possibles dangers pour l’information 

    L’IA fait redouter une grande vague de désinformation, surtout avec des modèles comme celui du chinois DeepSeek qui sont plus accessibles à des manipulateurs. On a vu en Roumanie comment des milliers de comptes se coordonnant pour amplifier la popularité de mots clés sur TikTok ont fait monter un candidat, au point d’entraîner l’annulation de l’élection. Le service français Viginum estime que le même type d’ingérence peut se produire en France.

    France Culture a d’ailleurs diffusé vendredi 7 février une émission, Les pieds sur Terre, avec des témoignages fabriqués par l’IA pour alerter sur le risque de manipulation. Alors l’IA favorise-t-elle les infox, les ingérences russes ou donne-t-elle des armes aux journalistes pour contrer cette désinformation ? Les deux sans doute. 

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