Reportage culture

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Reportage culture episodes

  • Hip-Hop: de Marseille à Medellín, la danseuse Marina Gomes raconte les quartiers populaires

    Déconstruire les clichés par la danse et le hip-hop : c’est la mission que s’est donnée la chorégraphe marseillaise Marina Gomes. Sa trilogie — Asmanti, La Cuenta, Bach Nord — est affichée au festival Suresnes Cités Danse, en banlieue parisienne. Trois pièces pour raconter la résilience, la jeunesse et la puissance de création des quartiers populaires.

    Survêts, baskets, casquette… Des jeunes traînent autour d’un banc. Leur démarche nonchalante pleine d’attitude se mue en danse. « C’est une pièce qui se passe dans les quartiers populaires. Elle raconte différents moments du quotidien, différentes trajectoires, avec l’idée d’offrir un espace de représentativité à nos paroles, à nos récits, à nos vécus. Ce sont des fragments de vie, dans différents pays, à différents moments, mais on pourrait être dans un seul et même quartier », explique Marina Gomes.

    Originaire de Marseille, la danseuse et chorégraphe raconte la vie et son vécu dans les villes touchées par la violence et le narcotrafic. Après avoir composé Asmanti et Bach Nord, c’est en Colombie, à Medellín, qu’elle puise l’idée de la troisième pièce - La Cuenta – qui compose sa trilogie. « Là-bas, j’ai rencontré des collectifs de jeunes qui menaient un travail de mémoire et de résilience avec les familles de victimes. Ce qui m’a frappée, c’est la force de leur parole », raconte-t-elle.

    « Leur slogan était : “Nos vies comptent”, “chaque être assassiné était un être aimé”. Ils affirmaient que rien ne justifie l’homicide. Quand je suis rentrée à Marseille, cela a fait écho avec ce que nous traversions alors, notamment en 2023, l’une des années les plus sanglantes. Mais ce qui m’a marquée, c’est qu’en France, j’avais parfois l’impression qu’on comptait les morts, poursuit la chorégraphe. On les réduit à des chiffres, surtout lorsqu’on suppose, parfois sans rien savoir, un lien avec le narcotrafic. On ne s’émeut pas, alors qu’il s’agit souvent de mineurs ou de très jeunes personnes », déplore-t-elle. Ces constats soulèvent, selon elle, une question fondamentale : « Les enfants des quartiers populaires sont-ils considérés comme des enfants français ? Et les enfants racisés ? »

    Rendre des visages et des récits à celles et ceux qu’on réduit au silence

    Sur scène, des fleurs poussent sur des grillages, déplacés comme des cercueils. Le décor évoque un point de deal : un danseur, assis, encagoulé, attend, guitare à la main, tel un fusil. « Les cagoules renvoient à la déshumanisation. Les victimes sont souvent présentées comme des personnes sans visage, sans histoire, analyse Marina Gomes. Je commence donc par entrer dans le cliché — les “méchants”, les “criminels” — puis j’enlève les masques pour montrer qu’il y a des personnes, des histoires, des émotions, précise-t-elle. Nous dansons avec nos vêtements du quotidien. Ils font partie de la street culture. Ces codes sont immédiatement lisibles pour les jeunes et les publics issus du hip-hop, mais beaucoup moins pour les publics des théâtres. Il y a là un renversement de domination culturelle », souligne la chorégraphe.

    Une fête, des corps qui s’enlacent… puis des tirs. Lumière rouge sang. Lui veut se battre, elle le retient. « Je ne voulais pas parler seulement de celles et ceux qui meurent, mais de celles qui restent, dont on ne parle jamais, insiste Marina Gomes. On ne parle pas de ces familles meurtries, de ces femmes qui pleurent un enfant, un frère, un amoureux. La danse est un langage sans frontières, ni géographiques ni linguistiques. L’émotion est un terrain commun : face à quelqu’un qui ressent quelque chose, il est difficile de rester indifférent. Mon travail consiste à créer un espace où l’on partage la même émotion. À partir de là, le dialogue devient possible », conclut-elle.

    La danse comme émotion partagée et geste politique

    Faire danser les jeunes des quartiers est aussi au cœur de son engagement. Une vingtaine de lycéens de Nanterre participent au spectacle, comme Myriam, élève au lycée Joliot-Curie.

    « Tout le monde pense que ceux qui viennent de la banlieue font du trafic ou des affaires louches. Alors qu’en vérité, on est sérieux, déterminés, et on a aussi du génie, témoigne-t-elle. Faire ce spectacle de danse nous rend fiers et montre qu’on peut y arriver », ajoute la lycéenne.

    Du bitume à la scène, le hip-hop est aujourd’hui pratiqué par près de 600 000 personnes en France et s’impose comme l’un des arts vivants les plus populaires et fédérateurs du pays. Depuis plus de 30 ans, le festival Suresnes Cités Danse a contribué à faire entrer les danses urbaines sur les scènes institutionnelles, les reconnaissant comme un art chorégraphique à part entière. « Être ici, à Suresnes, avec ces trois spectacles, est symboliquement très fort pour moi, confie Marina Gomes. Quand un théâtre ouvre ses portes à des récits comme les nôtres, racontés sans compromis, c’est un geste politique. Cela dit que le vivre-ensemble est possible. »

    3 min
  • «ID. Noires»: une bande dessinée à 16 mains pour et par des sans-papiers africains

    On ne compte plus les œuvres d'art, films, romans ou bandes dessinées, qui parlent des parcours migratoires. Mais peu sont le fait de personnes exilées. Une bande dessinée, publiée par Fremok éditions, en fait partie. ID. Noires, récits d'exils des mains des sans-papiers a été créée par huit auteurs à partir du parcours de certains d'entre eux, membres de Baraka Grafika et d'un collectif de sans-papiers à Bruxelles.

     

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    3 min
  • Au festival Flamenco de Nîmes, «Nocturna» de la chorégraphe et danseuse Rafaela Carrasco

    Dans le sud de la France, la ville de Nîmes accueille pour la 36ᵉ année le festival Flamenco, le plus ancien d'Europe en dehors de l’Espagne. Guitaristes virtuoses, artistes dont les voix s’élèvent en autant de chants tragiques, et chorégraphes qui ne cessent de revisiter cet art. Le flamenco prend ses quartiers au sein du public nîmois familier de cet art. L’un des spectacles phares de la programmation, Nocturna de la grande chorégraphe et danseuse Rafaela Carrasco, nous entraîne dans les profondeurs de la nuit.

     

    À lire aussi«Les Saisons» de Pomme sublimées par les circassiens Marie et Yoann Bourgeois

    3 min
  • Rétrospective Escher à la Monnaie de Paris: quand les mathématiques se font art

    C’est une première en France : longtemps négligé par les historiens de l’art, le peintre Maurits Cornelis Escher bénéficie d’une grande rétrospective à la Monnaie de Paris jusqu’au 1er mars 2026. Celui qu’on surnomme le « mathémagicien » ne fascine pas que les scientifiques : ses trompe-l’œil et ses espaces impossibles ont marqué la culture hippie. Nicolas Pichon-Loevenbruck a visité l’exposition en compagnie de Jean-Hubert Martin, son commissaire.

    Montent-ils… ou descendent-ils ? Sur cette gravure, les personnages semblent prisonniers d’escaliers infinis. Avec cette illusion vertigineuse, Maurits Cornelis Escher, un artiste inclassable né en 1898 aux Pays-Bas et longtemps resté en marge, devient une icône des années 1970, séduisant jusqu’aux plus grandes stars. « Mick Jagger voulait avoir une couverture de lui et il s’est adressé à lui en lui envoyant une lettre. Escher a été très choqué par cette manière de s’adresser à lui, et donc il a refusé de la faire », raconte à ce propos Jean-Hubert Martin, le commissaire de l’exposition.

    Ce qui fascinait Mick Jagger et fascine encore les visiteurs, c’est le génie d’Escher pour le trompe-l’œil : des escaliers qui descendent quand on les monte, une cascade qui se déverse sur elle-même, des mains qui se dessinent seules... « Cette main se dessine elle-même, se renvoie à elle-même. Et pour bien nous montrer qu’il s’agit là totalement d’illusion, ces deux mains qui sortent de la feuille sont sur une feuille qui est, elle-même, punaisée sur un support », poursuit Jean-Hubert Martin.

    « Les mathématiciens et les savants ont été fascinés par les gravures d’Escher »

    Ces illusions n’ont rien de magique. Elles sont le fruit d’un travail minutieux, nourri par les mathématiques. Grâce à son frère physicien, Escher lit les travaux les plus avancés de son temps sur la perspective qu’il transforme en moteur créatif. Et, en retour, son art fascine les savants de son époque. « Les mathématiciens et les savants ont été fascinés par les gravures d’Escher justement parce qu’elles représentaient des figures géométriques dont ils pouvaient donner la formule mais qu’ils ne savaient pas représenter », reprend Jean-Hubert Martin.

    Mais chez Escher, pas d’aridité mathématique. Ses œuvres sont, avant tout, des jeux pour le spectateur, comme Métamorphose, l’un de ses chefs-d'œuvre. Sur cette gravure longue de quatre mètres, Escher joue avec notre regard : un échiquier se transforme en salamandre, puis en une multitude d'hexagones, puis en une ruche d’où s’échappe une nuée d’abeilles qui, à leur tour, deviennent des cubes. « Et ces cubes donnent naissance à une ville qui elle-même se termine par un échiquier : tout cela est un grand jeu pour lui. »

    Faire l’expérience de l’infini

    Comme pour nous inviter à entrer dans le jeu d’Escher, les commissaires de l'exposition ont imaginé des espaces immersifs où l’on se promène au cœur des géographies paradoxales du peintre néerlandais. « On entre dans une sorte de palais des glaces. Sur un certain nombre de surfaces sont représentées des gravures d’Escher, mais qui sont ici animées pour donner le sentiment de l’infini en réalité », explique Jean-Hubert Martin. Faire l’expérience de l’infini : c’est ce que les hippies ont cherché dans l’œuvre d’Escher, qu’ils ont propulsée sous les projecteurs - une influence toujours bien vivante chez les artistes, musiciens et designers d’aujourd’hui auxquels l'exposition consacre sa dernière salle. 

    3 min
  • «Les Saisons» de Pomme sublimées par les circassiens Marie et Yoann Bourgeois

    La compositrice et chanteuse Pomme donne corps à son album Saisons dans une nouvelle création imaginée avec les circassiens Marie et Yoann Bourgeois, intitulée Le Petit Cirque. Un spectacle poétique déployé en quatre mouvements, qui représentent à la fois les quatre saisons d'une année, mais aussi les quatre grands âges de la vie, de l'enfance à la vieillesse en passant par l'adolescence et l'âge adulte. À découvrir sur scène les 9 et 10 janvier à Brive, en France, et les 20 et 21 mars à Tournai, en Belgique.

    5 min
  • En Martinique, les peuples taïnos et kalinagos racontés dans une exposition inédite

    Plus de 330 pièces réunies en un seul et même lieu : en Martinique, l’exposition Aux origines de la Caraïbe : Taïnos et Kalinagos – co-organisée par le musée du Quai Branly-Jacques Chirac et la Fondation Clément – présente, pour la première fois de manière aussi riche, l’histoire de ces peuples premiers quasiment anéantis par Christophe Colomb et les conquistadors après 1492. Un événement à lourde teneur historique mais surtout symbolique.

    Un siège cérémoniel - un « duho » - taillé dans du bois de gaïac et finement gravé ; un porte-missel unique au monde sculpté dans de l’écaille de tortue offert par les Taïnos aux missionnaires ; ou encore des colliers funéraires en pierres semi-précieuses et des figures humaines modelées dans des coquillages : André Delpuech, le commissaire derrière Aux origines de la Caraïbe : Taïnos et Kalinagos parcourt les 1000m² de l’exposition comme s'il parcourait son empire. 

    Voilà plusieurs dizaines d’années que l’ancien directeur du musée de l’Homme travaille sur ces deux peuples amérindiens : « la boucle est bouclée », souffle-t-il en embrassant du regard les centaines de pièces collectées pour l’occasion, dont certaines découvertes lors de fouilles qu’il a lui-même dirigées.  

    Un événement d’une ampleur inédite  

    D’autres expositions ont déjà raconté les Taïnos et les Kalinagos : ce fut le cas en 1994, lors d’un événement qui devait préfigurer la naissance du musée du quai Branly-Jacques Chirac ; puis en 2024, avec une exposition qui a donné son fil conducteur à celle présentée en ce moment à la Martinique. Mais, grâce à la participation de la Fondation Clément, c’est la première fois qu’un tel espace leur est consacré. 

    Un événement nécessaire, selon André Delpuech, pour changer le regard occidental sur la fameuse « rencontre » de 1492. « Tout le monde connaît le voyage de Christophe Colomb, admet le commissaire. Mais les vrais découvreurs de la Caraïbe, ce sont ceux qui sont arrivés sur ces îles 6000 ou 7000 ans avant Jésus-Christ, et y ont prospéré jusqu’à l’arrivée des Européens. » Avant de regretter : « On a souvent occulté les sociétés qui vivaient là avant, et surtout leur profondeur historique. »

    Parmi les témoignages de cet héritage : le « jardin créole », c’est-à-dire les fruits et légumes encore cultivés aujourd’hui dans la Caraïbe : manioc, patate douce, ananas, piments, etc., autant d’aliments consommés quotidiennement dans la région et qui ont été importés par les Taïnos et les Kalinagos de leurs terres natales, en Amérique centrale.  

    L’héritage kalinago, toujours vivant 

    En quelques décennies, l’arrivée des colons espagnols a décimé ces deux peuples millénaires. Mais quelques-uns ont survécu. « Il y a des Garifunas, des Amérindiens métissés et des Noirs africains à Saint-Vincent. Les études génétiques montrent, notamment dans les Grandes Antilles, qu’une large partie de la population a une ascendance taïno », développe André Delpuech.

    Aujourd’hui encore, 3 000 descendants kalinago vivent sur l’île de la Dominique. Sa présidente, Sylvanie Burton, en fait d'ailleurs partie. Signe de l’importance de cette exposition, la cheffe d'État s'est déplacée pour son inauguration, tout comme la cheffe élue du territoire kalinago, Anette Sanford.  

    Émue aux larmes, cette dernière n’est pas parvenue à aller au bout de son discours introductif. « C’est un moment très émouvant pour moi. Être face à mon héritage ancestral, voir la créativité et l’inventivité de ma lignée tout en sachant ce qu’ils ont enduré – les meurtres, les viols –, ce n’est pas évident », a-t-elle expliqué, encore remuée, quelques minutes plus tard.  

    « Donner la parole aux oubliés de l’Histoire »

    La présence de ces représentants était essentielle, cruciale, pour le commissaire de l’exposition. « Dans ces sociétés dans lesquelles le récit était jusqu'à présent écrit uniquement par les blancs, il fallait donner la parole aux oubliés de l’Histoire », souligne André Delpuech. Ce à quoi s'attellent les deux dernières salles de l’événement, consacrées aux massacres de la colonisation et à la survivance des peuples amérindiens de la Caraïbe. Très complète, Aux origines de la Caraïbe : Taïnos et Kalinagos ouvre une fenêtre sur un pan de l’histoire souvent ignoré par les manuels et les institutions.

    Une étape cruciale, mais insuffisante, selon Anette Sanford : « Pour nous maintenant, ce qui compte, c’est de se revitaliser. C’est bien de constater que notre héritage perdure, mais nous avons aussi notre rôle à jouer pour transmettre notre histoire à nos enfants, la leur apprendre, et nous assurer qu’ils aient ce savoir ». C’est ce que disent, également, les personnes interrogées dans le court-métrage Voix Kalinagos diffusé en fin de parcours. Une femme y entonne une chanson traditionnelle. À voix basse, dans la salle, Anette Sanford fredonne l’air à son tour. Signe, s’il en fallait encore, que la tradition kalinago vit toujours.

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    3 min
  • Avec «While My Guitar Gently Weeps», Renaud Cojo rend hommage à nos influences musicales

    Quel serait l'album de votre vie ? Après avoir posé cette question qui le travaille depuis 2019 à des anonymes, le metteur en scène français Renaud Cojo l'a soumise plus récemment à des chanteurs et à des musiciens. Parmi eux, plusieurs ont accepté de lui raconter le lien particulier qu'ils entretiennent avec un disque. Des confidences qui ont débouché sur la création intitulée While My Guitar Gently Weeps, une succession de témoignages intimes dans lesquels chacun se raconte à tour de rôle à travers l'album qui a marqué sa vie.

     

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    9 min
  • Le Musée Guimet démontre que le manga, c'est bien tout un art

    Comment attirer dans les musées un public plus jeune ? Guimet, le musée des arts asiatiques à Paris, a trouvé une bonne idée : faire dialoguer ses collections avec un objet de pop culture par excellence. En l'occurrence, les mangas, les bandes dessinées japonaises. L'exposition, qui s'y tient actuellement jusqu'au 9 mars 2026, s'intitule « Manga, tout un art ! ».

    Le manga « c'est une pop culture qui n'a pas d'équivalent », précise Didier Pasamonik, l'un des commissaires de l'exposition. « Si on prend, en termes de vente, One Piece c'est 550 millions d'exemplaires, Tintin c'est 250 millions et Astérix doit être à 325 millions. On est vraiment sur des chiffres énormes. Et surtout, il s'agit de 1 118 épisodes de One Piece, en face il y a combien d'Astérix ? », ajoute-t-il.

    Des rouleaux anciens des monastères bouddhiques, préhistoire du geste du dessin japonais, jusqu'au triomphe des séries modernes, le musée Guimet fait dialoguer ses collections avec des centaines de planches d'auteurs majeurs. Le manga, proprement dit, naît à la fin du XIXᵉ siècle, avec l'ouverture du Japon à l'influence occidentale.

    « Rakuten Kitazawa, qui est en fait le premier mangaka professionnel, est directement influencé par la bande dessinée occidentale. Les mangas n'existent que quand une tradition du dessin et de la narration japonaise rencontre l'Occident. Rakuten Kitazawa va publier notamment une revue qui s'appelle Jiji Manga et qui va faire rentrer le mot manga pour la première fois dans un sens bande dessinée. Manga veut dire dessin libre, croquis », raconte le commissaire d'exposition. 

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    Les non-initiés et les amateurs du genre pourront admirer de nombreuses planches originales, dont celles du maître Osamu Tezuka, qui a révolutionné le manga au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

    « Tezuka n'est pas nommé le dieu des mangas pour rien. Il est à la fois un dessinateur extrêmement productif, puisqu'il va dessiner 150 000 planches, mais en même temps c'est le premier à faire des dessins animés qui ont une portée internationale, puisque Astro Boy en 1963 va être diffusé aux États-Unis. Et là ça devient le modèle d'une production qui se pense comme un film, un objet de marchandising, d'adaptation au théâtre », explique Didier Pasamonik.

    Pour l'occasion, le musée expose à titre exceptionnel sa « Joconde »: La grande vague de Kanagawa, une des deux estampes d'Hokusai en sa possession, un chef-d'œuvre présenté en vis-à-vis de planches de bandes dessinées franco-belges qui lui rendent hommage. 

    À lire aussiLe manga sous toutes ses coutures: au Japon comme en France, en livre comme en animé

    4 min
  • À Paris, l'appartement de Jacques Prévert, une capsule temporelle sauvée in extremis

    À Paris, les appartements de Jacques Prévert et de Boris Vian sont sauvés. Les deux logements, laissés à l’identique depuis cinquante ans, risquaient de disparaître, menacés par un projet d’expansion du Moulin Rouge, le propriétaire des lieux. Un accord a finalement été trouvé. Depuis des mois, la petite-fille de Jacques Prévert, Eugénie Bachelot-Prévert, se battait pour sauver ce patrimoine historique. 

    Combien de touristes passent à côté de ce petit bijou sans même le savoir ? Pour accéder aux appartements de Jacques Prévert et de Boris Vian, dans le quartier Pigalle (XVIIIe arrondissement), il faut emprunter une petite ruelle adossée au Moulin Rouge. Tout au fond se trouve une petite bâtisse. Là, derrière une lourde porte du deuxième étage, se cache l’appartement dans lequel Jacques Prévert a vécu de 1954 à 1975, juste avant sa mort en 1977.  

    De la table de travail du poète au fauteuil consacré à sa sieste – et qui porte encore la trace de sa sueur –, tout a été conservé à l’identique. Un petit miracle que l’on doit à Eugénie Bachelot-Prévert, la petite-fille et unique ayant droit de l’auteur.  

    Un véritable inventaire à la Prévert 

    Ici, un pape lumineux ; là, une carte postale qui fait du bruit lorsque l’on appuie dessus. « Il y a tout l’univers de Jacques Prévert dans son bureau, comme un cabinet de curiosités », raconte Eugénie Bachelot-Prévert. Un monde fantasque, aux accents malicieux, et surtout plein d’humour. « Les surréalistes adorent les farces et attrapes, il y en a plein ici », explique encore celle qui est aujourd’hui artiste.  

    Mais l’appartement et ses 100 m² sont aussi une véritable capsule temporelle. Il y a d’abord les murs eux-mêmes : l’endroit a été aménagé par Jacques Couëlle, architecte-sculpteur emblématique du milieu du siècle dernier. C’est lui qui a pensé ces murs blanchis à la chaux, grêlés de dizaines de petites niches de rangement, dans une ambiance méditerranéenne. 

    Et puis il y a ces objets, qui témoignent de l’actualité d’une époque : une lampe de mineur, offerte par les grévistes de 1963 – Jacques Prévert avait publiquement soutenu le mouvement – ; des portraits disséminés de Brigitte Bardot, que le poète admirait ; un vieux téléphone à cadran ; et même le lit d'Esmeralda, interprétée par Gina Lollobrigida dans le film Notre-Dame de Paris sorti en 1956.

    Des souvenirs dans un écrin, un temps menacés 

    Le matériel, c’est une chose ; le vivant en est une autre. De la vie, cet appartement en a connu : « Jean Gabin est venu ici fumer des cigarettes avec mon grand-père ; Arletty y a lu un texte... Sur cette table [dans la pièce à vivre], Serge Gainsbourg est venu, solennellement et timidement, demander l’autorisation à Jacques Prévert d’utiliser son nom pour sa chanson, la chanson de Prévert. Il l’a chantée à mon grand-père qui a dit : "C'est très bien, mon p’tit gars", puis ils ont ouvert une bouteille de champagne à 10 heures. »

    Une foule de souvenirs qui ont failli disparaître lorsque le Moulin Rouge, propriétaire des lieux, a refusé de renouveler le bail, sans concertation préalable. Il s’agissait, pour le célèbre cabaret, de mener d’importants travaux afin de réhabiliter la salle historique dans laquelle se produisait la chanteuse Mistinguett. « L’appartement de Jacques Prévert représente 0,67 % de la superficie totale du Moulin Rouge, c’est une goutte d’eau. Il n’y a pas un patrimoine qui doit en écrabouiller un autre », se désolait à l’époque Eugénie Bachelot-Prévert.  

    Courriers adressés au ministère de la Culture, pétition en ligne, demandes de conciliation. Rien ne semblait y faire, jusqu’à un rendez-vous fin décembre au cours duquel un accord de principe, formulé oralement, a été trouvé. « Cela nous a donné l’occasion de discuter, ce qui aurait dû être fait dès le début, relate l’unique ayant-droit de Jacques Prévert. En fait, on a eu l’impression d’un grand malentendu. »

    Les termes de l’accord restent encore à définir mais l’appartement de Jacques Prévert et celui de son voisin, Boris Vian, pourraient être transformés en musée. « Tout est à inventer, pointe Eugénie Bachelot-Prévert. Mais j’ai confiance, cela va être fait en bonne intelligence. » En attendant, pour éviter toute frayeur à l’avenir, elle a pris une décision : les démarches pour que l’appartement soit classé aux monuments historiques ont été lancées.

    À écouter aussiNotre-Dame de Paris, le miracle touristique

    5 min
  • L'exposition Giacometti / Marwan Obsessions à l'Institut Giacometti

    L’Institut Giacometti à Paris aime confronter les œuvres d’artistes contemporains avec celles du sculpteur auquel le musée est dédié. En ce moment, les peintures de l’artiste syrien Marwan, décédé en 1972, dialoguent avec les sculptures du Suisse Alberto Giacometti. Les artistes partagent une même obsession pour la figure humaine qu'on retrouve dans les œuvres. Une exposition qui prend place dans le très bel hôtel particulier où s’est établi le musée entre art nouveau et art déco. L'exposition Giacometti / Marwan Obsessions, c'est au musée Giacometti jusqu'au 25 janvier 2026.

     

    Dès l'entrée de l'exposition, on est accueilli par trois peintures grand format de Marwan représentant des figures. Elles font face à des têtes et bustes de Giacometti. « Ce qui a suscité notre envie, c'étaient les grandes têtes de la fin de l'œuvre de Marwan, qui, bien sûr, évoquaient un certain écho avec la façon dont Giacometti, lui aussi, faisait des bustes, des têtes et s'est attaché à la figure humaine pendant une très très grande partie de sa carrière », explique Françoise Cohen, co-commissaire de l'exposition. 

    Marwan met en avant dans sa peinture des humains anti-héros. Des êtres fragiles, silhouettes androgynes, se tenant parfois dans un coin du tableau, délaissant la place centrale. Ils font ainsi naturellement pendant aux sculptures diaphanes toutes en longueur de Giacometti. Les deux artistes sont reliés aussi par leur rapport à la matière. 

    « Giacometti est connu pour utiliser le plâtre de façon complètement personnelle, un peu comme de la terre. C'est-à-dire, qu'il va ajouter des parcelles de plâtre. Quand on est proche, on voit bien la trace de ses doigts. Dans l'oeuvre de Marwan, les tableaux sont souvent des huiles sur toile. Avec une certaine transparence, on a comme ça une construction de touches, les unes au-dessus des autres. Sans que la matière soit très très épaisse, mais qui montre une construction dans le temps », raconte Françoise Cohen.

    Et si Marwan a fait toute sa carrière à Berlin où il s'est établi, il est toujours en lien avec son pays. Il peint les intellectuels syriens, mais aussi son ami le poète irakien Badr Chaker el Sayyab. Quant à sa ville Damas, c'est une source continuelle d'inspiration, notamment dans les visages-paysages où l'abstraction est un leurre. « Le visage est étalé comme un paysage, dans lequel il incite le spectateur à rentrer. Pour lui, il s'exprime en disant, que toutes les bosses, les volumes qui apparaissent pour rendre les cheveux, le front, etc, sont en fait les reliefs, les collines de la ville de Damas, sa ville d'origine », précise la co-commissaire de l'exposition.

    Une peinture puissante qui nous happe et qui dialogue avec beaucoup de justesse avec les sculptures de Giacometti. Les deux artistes ayant en partage une quête constante de la condition humaine, vulnérable et fragile. 

    3 min

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