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En Géorgie, la loi sur « l'influence étrangère » menace la société civile et les médias indépendants, et provoque des manifestations à Tbilissi, la capitale.
Des manifestations réprimées par la police anti-émeute et où il n'est pas rare que des journalistes indépendants soient pris à partie. L'un d'eux, Giorgi Baskhajauri, du média Aprili, a raconté au Monde qu'avoir été battu, il a été traité de « pédé » (sic) et qu'on lui a lancé : « Tu vas apprendre à être intelligent. » Le pouvoir tente de discréditer les manifestations en les assimilant à un « mouvement gay ».
Mais s'il en va de mœurs, c'est bien de mœurs démocratiques qu’il s'agit. Car cette loi sur l'influence étrangère, qui doit être adoptée d'ici au 17 mai, semble être une copie conforme de la loi sur « les agents de l'étranger » qui a été votée en Russie, après le début de la guerre en Ukraine. Une loi qui visait à faire taire les médias indépendants ainsi que toute critique de la guerre. Une loi que l'on retrouve, à peu de choses près, au Kirghizistan et en Abkhasie, sous influence russe.
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Esprit de contradiction ?Le gouvernement géorgien est pris dans une contradiction. D'un côté, il y a cette loi qui oblige les ONG recevant au moins 20% de financements étrangers à s'enregistrer, sous peine d'amende, en tant qu'« organisation servant les intérêts d'une puissance étrangère ». Un terme qui revient à les désigner comme des traitres ou des vendus.
De l'autre, il y a l'aspiration majoritaire de la population à intégrer l'Union européenne. Le Premier ministre Irakli Kobakhidze n'y est pas insensible puisqu'il continue de promettre pour 2030 l'intégration à l'UE à laquelle le pays est candidat officiel depuis décembre. Seulement, Bruxelles a fait part de sa « grande inquiétude » en Géorgie et si la loi est adoptée, cela risque de compromettre le processus d'adhésion.
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Ingérences du pouvoir dans les médias publicsLa Géorgie fait partie des pays où la censure des médias s'est intensifiée, selon Reporters sans frontières. Dans le classement que l'ONG vient de publier, elle dégringole de la 77e à la 103e place et RSF parle pour ce pays de « mimétisme spectaculaire des actes de répression russe ». On constate des ingérences du pouvoir dans les médias publics, mais aussi la reprise en mains de la ligne éditoriale par des propriétaires amis, comme sur la chaîne Rustavi 2, ou des campagnes de dénigrement, comme sur la chaîne Imedi.
La loi sur l'influence étrangère arrive après une première tentative, il y a un an et un retrait du texte sous la pression de la rue. Pourquoi ce retour, alors, de ce qu'on appelle la « loi russe » ? L'influence de l'oligarque Bidzina Ivanichvili, ancien Premier ministre qui a fait fortune en Russie, n'y est pas pour rien, alors qu'une réforme fiscale permettrait parallèlement de protéger ses avoirs.
Un appel à la grève a été lancé par les syndicats de journalistes à la RAI, la radiotélévision publique italienne, pour protester contre des ingérences politiques toujours plus nombreuses.
La grève sera observée du 6 au 7 mai, à la suite d'un appel téléphonique du Premier ministre albanais Edi Rama. Il s'agit d'un proche de Giorgia Meloni, qui a passé avec elle un accord migratoire controversé, qui a appelé un rédacteur en chef de la RAI pour se plaindre d'un reportage. Le syndicat des journalistes Usigrai a appelé à la grève, faute d'avoir été rassuré par la direction à propos de cette intervention et des ingérences politiques sur l'antenne.
Ce qui n'est guère étonnant, toute la direction ayant été reprise en mains par le pouvoir. Giampaolo Rossi, un proche de Giorgia Meloni, a été nommé directeur général de la RAI il y a un an. Même s'il y a une grande tradition de dépendance des patrons de la télé publique au gouvernement, les syndicats de journalistes dénoncent un contrôle toujours plus asphyxiant et le zèle de ses dirigeants.
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La censure d'un texte d'Antonio Scurati dénoncéeTout est arrivé samedi dernier. Antonio Scurati, qui a reçu le prix Strega, l'équivalent du Goncourt pour une trilogie sur Mussolini, est invité pour intervenir sur la chaîne publique Rai 3. En vue de l'anniversaire de la libération de l'Italie, le 25 avril 1945, il a prévu de lire un texte dans lequel il ferait le lien fondamental entre le fascisme historique et le populisme autoritaire du parti de Giorgia Meloni. Seulement, sur le chemin du studio, il reçoit un message annulant son intervention.
Alors, Giorgia Meloni a affirmé qu'elle n'y était pour rien, que c'était une pure décision éditoriale, elle a même publié le texte de Scrurati sur sa page Facebook et laissé entendre que c'est la somme demandée par l'écrivain – 1800 euros – qui serait à l'origine du problème. Reste qu'il y a bien eu censure. Dans le texte lu à l'antenne par la présentatrice de l'émission, Serena Bortone, l'écrivain accusait Meloni ne jamais avoir répudié l'expérience fasciste.
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La liberté d'expression menacée ?Honnêtement, non. C'est le 41e pays sur 180 dans le classement de Reporters sans frontières et il y a une large diversité d'opinions dans les médias. Mais il y a quand même des signes inquiétants, comme ce qu'on appelle la loi « Bâillon » qui vise à interdire toute reproduction d'une ordonnance de garde à vue. Une façon de se protéger d'enquêtes journalistiques. Ensuite, à la RAI, une série de Roberto Saviano sur la criminalité a été passée à la trappe. On peut dire que la loi européenne sur la liberté des médias, qui protège les rédactions des interférences politiques, sera bien accueillie à la RAI.
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À l'occasion des élections législatives qui ont débuté vendredi, tour d'horizon des menaces qui pèsent sur le pluralisme et la liberté des médias en Inde.
Il y a un mois, une figure majeure de l'opposition indienne, le ministre en chef de la région de Delhi, Arvind Kejriwal, a été arrêté et emprisonné pour corruption. Un prétexte, selon ses partisans, pour l'écarter de ces élections. Or, il y a une chaîne de télévision qui aurait sans conteste pu faire entendre sa voix contre ce type de procédé il y a encore 18 mois, c'est la New Delhi Television, la NDTV, qui était la dernière grande chaîne indépendante du pays. Seulement, à la fin 2022, la NDTV a été rachetée par Gautam Adani, un multimilliardaire proche du Premier ministre Narendra Damodardas Modi et elle a vu partir tous ses journalistes vedettes.
« 99,9% des médias indiens vont maintenant faire l'éloge du gouvernement Modi », a prévenu Ravish Kumar, un ancien rédacteur en chef de NDTV. Gautam Adani, première fortune d'Asie, a construit son empire dans les pas de Narendra Modi lorsqu'il était à la tête de l'État du Gujarat. Et l'autre grand propriétaire de médias, Mukesh Ambani, à la tête du groupe Reliance, est aussi un ami personnel du Premier ministre. Son groupe touche 800 millions d'Indiens avec 70 médias.
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Une très mauvaise place dans le classement de Reporters sans frontièresL'Inde hérite désormais de la 161ᵉ place sur 180 au classement mondial sur la liberté de la presse de Reporters sans frontière, peu après la Russie – ce qui est rarissime dans une démocratie. L'Inde a d'ailleurs perdu 21 places en dix ans depuis l'arrivée au pouvoir de Modi. L'oligarchie a eu raison du pluralisme. Et ce n’est pas le seul problème : 29 journalistes ont aussi été tués depuis 2014, neuf sont emprisonnés et on ne compte plus les mesures de répression, de censure ou d'espionnage. Même les médias étrangers ne sont pas à l'abri, comme on l'a vu avec l'expulsion de Vanessa Dougnac, une correspondante française depuis plus de vingt ans.
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Une censure qui s'exprime aussi sur InternetL'Inde est aussi devenue la championne du monde des coupures d'accès à internet, selon RSF. Ce qui favorise les infox et la désinformation en période électorale. Mais le pouvoir sait aussi user des réseaux alors que 700 millions d'Indiens ont moins de 30 ans et que la moitié de la population a accès au web. Il profite de la très grande notoriété de Modi, qui a plus de followers sur X que Donald Trump, pour attirer des influenceurs dans les filets de son parti, le BJP. Certains sont payés, d'autres sont des stars des réseaux qui tirent profit d'un post de Modi diffusant leur musique, par exemple depuis un temple hindou. Ils influencent à leur tour des micro-influenceurs qui finissent par relayer la bonne parole du gouvernement. Si bien que la crainte existe d'une élection... sous influence.
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Retour sur la réforme de l’audiovisuel public voulue par la ministre de la Culture, Rachida Dati.
C'est une réforme qui marque le retour d'un serpent de mer : celui d'une BBC à la française. De quoi s'agit-il ? Et bien, tout simplement de réunir les forces de France Télévisions, Radio France et France Médias Monde, groupe auquel appartiennent Radio France Internationale, France 24 et Monte Carlo Doualiya, avec en plus l'intégration de l'Institut national de l'audiovisuel pour les archives.
L'idée était déjà dans les tuyaux en 2020 lorsque Franck Riester était ministre de la Culture avec l'idée de créer une gouvernance commune à ces entités avant d'être interrompue par le Covid-19. Depuis sa nomination en janvier, Rachida Dati a déclaré sa volonté politique d'arriver vite à une telle réforme pour donner plus de poids à l'audiovisuel public, dans un monde transformé par l'arrivée des plateformes numériques.
Quelle gouvernance pour quel périmètre ?Il s'agit de créer une holding publique qui pourrait s'appeler France Médias sur le modèle esquissé par le rapport et la proposition de loi de Laurent Lafon, adoptée par le Sénat en juin 2023. Ce qui veut dire qu'un PDG serait nommé pour cinq ans par le régulateur, l'Arcom, sur proposition du conseil d'administration de la société, pour présider la société commune et veiller à des coopérations renforcées entre ses différentes filiales.
Pour Rachida Dati, ce sera l'occasion de mettre en place des services transversaux et de favoriser les synergies, voire les fusions, dans trois domaines clés : l'information, la proximité et le numérique. France Télévisions et Radio France sont au cœur de la réforme et deux nominations la semaine dernière montrent la voie. Celle de Jean-Philippe Baille, qui est en charge de France Info et qui devra réunir encore davantage les forces pour en faire un média puissant, aussi bien en télévision qu'en radio ou sur le numérique. Celle ensuite de Xavier Riboulet qui devra « approfondir les rapprochements » sous la marque « Ici » entre la chaîne France 3 et les radios locales France Bleu.
Des réticences, des syndicats jusqu'aux anciens ministres de la CultureLe financement de l'audiovisuel public est lié à l'avancement de cette réforme. Rachida Dati a bien dit qu'elle se faisait fort d'obtenir un financement pérenne par la prolongation d'un prélèvement sur la TVA, à condition que la réforme se mette en place. Ce qui n'empêche pas les réticences des syndicats et même des anciens ministres de la Culture, qui ont fait part de leurs critiques à l'idée d'une holding commune qui pourrait engendrer des surcoûts dans un premier temps. Mais Rachida Dati semble bien décidée à aller au bout, avec un examen dès le mois de mai à l'Assemblée de la proposition de loi déjà votée au Sénat.
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Le Parlement israélien a voté, lundi 1er avril, une loi permettant d'interdire la diffusion en Israël de médias étrangers portant atteinte à la sécurité de l'État. Ce texte vise un média en particulier : la chaîne qatarienne Al-Jazeera.
Ceux qui attendaient un sursaut démocratique en seront pour leurs frais : ce n’est pas un cessez-le-feu que la Knesset a voté le 1er avril par 71 voix contre 10, mais l’interdiction d’Al-Jazeera, à travers une loi accordant au gouvernement le pouvoir de fermer les médias étrangers portant atteinte à la sécurité de l’État.
Alors bien sûr, Benyamin Netanyahu s’est empressé de dire qu’il allait agir immédiatement pour arrêter cette chaîne, qu’il qualifie de « terroriste » et qui est regardée par les 21% d’Israéliens arabes. Il a accusé Al-Jazeera d’être un organe de propagande du Hamas et même d’avoir participé aux massacres du 7 octobre. Des accusations qualifiées de « mensonges dangereux et ridicules » par la chaîne qatarienne. Et qui n’estompent pas une réalité : Al-Jazeera est une cible.
On se souvient de la présentatrice vedette Shireen Abu Akleh tuée en Cisjordanie en 2022, ou du tir de char israélien en octobre dernier au sud Liban qui a tué un journaliste de Reuters et blessé deux reporters d’Al-Jazeera. Puis, c’est le chef du bureau de la chaîne à Gaza qui a été blessé par une frappe qui a tué un de ses cameramen. Son fils et un autre journaliste, qui travaillaient tous deux pour Al-Jazeera, ont aussi été tués en janvier par une frappe aérienne en étant accusés, déjà, d’être des « agents terroristes ».
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Une chaîne qui dérange l'armée israélienneL'ONG Reporters sans frontière demande aux autorités israéliennes de cesser leur « acharnement violent » contre Al-Jazeera. La Maison Blanche comme l’Union européenne ont jugé « préoccupante » la nouvelle loi visant Al-Jazeera. Alors, on peut bien sûr reprocher à la chaîne d’être proche des intérêts du Qatar. Ses détracteurs disent qu’elle parle de « martyrs » à propos de combattants palestiniens ou que la chaîne en arabe est très différente de la version en anglais, en diffusant des vidéos du Hamas.
Mais les journalistes savent que c’est surtout une chaîne d’information qui dérange l'armée israélienne, car elle est la seule à documenter l’ampleur des souffrances et des pertes civiles à Gaza. Elle le fait d’ailleurs avec une grande crédibilité, puisque c’est elle qui a fourni en octobre les images prouvant qu’un bombardement de l’hôpital Al Alhi Arabi n’était pas le fait de l’armée israélienne.
En fait, estime dans Mediapart Claire Talon, auteure d’un livre sur Al-Jazeera et chercheuse au Centre arabe de recherche et d’études politiques de Paris, la rédaction de la chaîne « jouit d’une grande liberté et représente un spectre politique large ». Elle a fait de la Palestine, dit-elle, le cœur d’un contre-récit à la vision occidentale en « représentant la violence vécue dans le sud et invisibilisée en Occident ».
Revue en détail du paysage médiatique et de l’état de la liberté de la presse au Sénégal, près d’une semaine après l’élection de son président Bassirou Diomaye Faye.
En un an, le Sénégal a perdu plus de trente places pour se situer à la 104e position du classement mondial de la liberté de la presse, selon Reporters sans frontières. l'ONG estimait juste avant l’élection que « la presse sénégalaise vit ses années les plus sombres depuis 2021 avec des arrestations de journalistes, des suspensions de médias, des blocages d’accès à Internet, etc ».
L’organisation vient d’ailleurs de publier dix recommandations pour améliorer la situation. Elle suggère notamment une loi garantissant l’accès à l’information, l’indépendance de l’audiovisuel public, une meilleure gouvernance de la publicité ou une régulation des plateformes numériques.
Mais l’essentiel de ces « dix points » concerne la sécurité des journalistes pour empêcher les menaces ou les violences à leur encontre, notamment pendant les manifestations, et surtout pour en finir avec les peines de prison et les amendes exorbitantes. RSF demande aussi d’abandonner les charges qui pèsent contre les journalistes Pape Alé Niang, Serine Saliou Guèye et Pape Ndiaye, tous en liberté provisoire.
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Les médias, un reflet de la vie démocratique du paysLe Sénégal est une démocratie ancienne où l'on trouve 27 quotidiens, essentiellement à Dakar et une vingtaine de chaînes de télé comme de radios généralistes. On trouve aussi une presse en ligne très active et des chaînes d’info sur internet qui donnent la parole à un large spectre politique alors que la télévision publique nationale suit en particulier les activités du pouvoir. La Haute autorité de régulation est d’ailleurs dépendante du chef de l’État qui a le pouvoir de nommer ses membres.
Mais sous la présidence de Macky Sall, il n’y avait même pas besoin du régulateur pour interdire une chaîne. Plusieurs fois, la chaîne Walf TV a ainsi été coupée sur ordre du ministère de la Communication pour avoir diffusé des images de manifestations. Elle a ainsi été accusée d’« inciter à la violence ».
Il s’agissait de manifestations de soutien à Ousmane Sonko, le leader de l’opposition accusé de viol, acquitté pour ce motif, mais condamné pour « corruption de la jeunesse ». Il a ensuite été condamné dans une autre affaire pour diffamation contre le ministre du Tourisme, ce qui l’a rendu inéligible pour cette présidentielle.
Quelle sera la politique de Bassirou Diomaye Faye à l’égard des médias ? Il a déjà annoncé une loi sur la protection des lanceurs d’alerte. Et peut-être que lui, qui a connu la prison, sera sensible à la question de la privation de liberté pour les journalistes, toujours autorisée par le code de la presse au Sénégal.
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Retour sur le risque d’ingérences étrangères et de manipulations de l’information avant les élections européennes, en particulier via l’intelligence artificielle.
L’IA, oui, et surtout l’IA générative, qui peut être un outil au service d’États étrangers qui cherchent à perturber les élections européennes du 9 juin. On pense évidemment à la Russie, car il y a des précédents. En septembre dernier, avant les élections en Slovaquie qui ont porté le pro-russe Robert Fico au pouvoir, une journaliste, Monika Todova, a été victime d’un hypertrucage de sa voix dans une fausse conversation avec le dirigeant du parti progressiste slovaque. L’avant-veille du scrutin, cette mise en scène à base d’IA, qu’on appelle aussi deepfake, a été abondamment partagée sur les réseaux sociaux pour faire croire à l’organisation d’une fraude électorale.
Le procureur a ensuite ouvert une enquête pour diffamation alors que la police refusait d’enquêter. Mais Reporters sans frontières voit dans cette affaire un signal d’alarme : il est « impératif », dit RSF, de mettre nos démocraties à l’abri de ces manipulations en créant un délit spécifique de deepfake avec des sanctions pénales. RSF appelle à « un new deal pour le droit à l’information ». Elle demande notamment un plan européen sur l’intelligence artificielle qui passe par la création d’un modèle de langage de l’UE pour l’IA dans les médias et que soit imposé aux algorithmes une obligation de promouvoir des sources fiables.
Le règlement numérique européen (DSA) ne prévoit-il pas déjà des mesures de prévention ?Si, bien sûr, le DSA dit que les très grandes plateformes et les moteurs de recherche doivent garantir « un marquage bien visible pour garantir qu’un élément d’information généré soit reconnaissable ». Et en février, les entreprises Google, Meta, TikTok et Microsoft se sont engagées à labelliser les images générées par l’IA. Est-ce que ce sera suffisant ? En fait, la prolifération des fausses informations passe par la viralité, et il est déjà bien tard quand elles sont retirées. C’est pourquoi le Forum sur l’information et la démocratie appelle les plateformes à favoriser un système d’infos certifiées, et adapté à l’IA, avec des normes qui garantissent l’authenticité et la provenance, bref une sorte de traçabilité des contenus, un peu comme dans l’alimentaire.
Il y a urgence : une étude de Sopra Steria, publiée mardi, montre que 74% des personnes interrogées estiment être capables de faire le tri entre les vraies et les fausses infos, mais que les deux tiers adhèrent en parallèle à une infox testée dans l’étude. Comme dit David Colon, professeur à Sciences Po, face aux ingérences russes : « La France est un ventre mou, car il y a une trop faible confiance dans les institutions, le processus électoral et les médias. »
La Chronique des médias de cette semaine aborde la difficulté à donner la mesure de la guerre à Gaza à travers les chiffres, les mots et les images.
30 000, c’est le nombre de morts à Gaza que Libération a publié à sa Une, jeudi, dont les deux tiers de femmes et d’enfants. Il s’agit là, dit le journal, d’un chiffre du ministère de la Santé du Hamas, considéré comme fiable par les médias comme par les Israéliens, mais qui est « probablement sous-estimé », précise Libé, si on considère ceux qui meurent ensevelis dans les décombres ou enterrés à la hâte. Aussitôt, l’ambassade d’Israël àParis a accusé Libération d’être « le porte-voix d’un mouvement terroriste islamiste ».
Et elle a fourni un autre nombre : celui de « 14 000 terroristes neutralisés par Tsahal », ce qui en matière de terrorisme va au-delà de toute limite. Difficulté donc à s’entendre sur les chiffres, mais aussi sur les faits. Des tirs sur la foule rassemblée pour un convoi humanitaire à l’ouest de Gaza City ont provoqué jeudi plus de 110 morts. Ces tirs proviennent de chars israéliens, mais ils n’étaient que de sommation, selon Tsahal, qui réplique à des vidéos amateurs par des images de drones, version contre version. À l’Élysée, il a été décidé de durcir le ton. Emmanuel Macron a tweeté sa « profonde indignation face aux images qui nous parviennent de Gaza où des civils ont été pris pour cible par des soldats israéliens ».
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L'évidence de la famineLes mots et les images peinent aussi à rendre compte de l’ampleur de la catastrophe pour la simple raison qu’Israël organise un blocus à Gaza en ne laissant pas entrer les journalistes occidentaux. Résultat, on a des images, oui, mais ce sont celles de reporters ou de vidéastes palestiniens, ce qui permet à Tsahal de dire qu’il y a un prisme, que le Hamas n’est pas loin. Bien sûr, devant l’ampleur des destructions, l’évidence de la famine et des déplacements forcés, les images parlent. Ce sont aussi parfois des vidéos indécentes de soldats israéliens posant devant les décombres.
Mais les mots ne suivent pas toujours. Pour porter les plumes dans les plaies, les rédactions du Monde ou de Libération racontent les vies de gens tués. Ce sont des journalistes, des femmes, des enfants, un agent de l’institut français, dont on retrace la vie, les derniers moments, en joignant leurs proches par les réseaux. On cherche à humaniser, à montrer la vie et la souffrance qu’il y a derrière les grands nombres. Mais mesure-t-on bien pour autant la responsabilité historique d’un État réputé démocratique dans ces morts, ces destructions, ces déplacements, cette famine ? On peut en douter en voyant le peu de cas fait en France à la plaidoirie de l’Afrique du Sud dans son accusation de génocide devant la Cour internationale de Justice.
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Les tout derniers outils d’intelligence artificielle d’Open AI ou de Google viennent bouleverser le monde des médias
Elles s’appellent Sora ou Gemini, et ce sont les dernières innovations de l’IA, prometteuses à la fois en termes de création, de publicité et de désinformation. Alors commençons par Sora, la dernière prouesse d’Open AI, qui n’est pas encore disponible pour le grand public. Sora, c’est ce générateur de vidéos capable de produire des scènes complexes, avec un ou plusieurs personnages, des mouvements réalistes et des décors fantaisistes ou au contraire ressemblant à la réalité.
Dans le monde des influenceurs sur les réseaux sociaux, l’outil intéresse beaucoup, car ce peut être l’occasion de se mettre en scène dans un monde de rêve ou même de créer son avatar. En Chine, certains influenceurs ont déjà eu l’idée de se servir de l’IA pour se faire remplacer par eux-mêmes, ou plutôt par leur copie parfaite, ce qui leur permet d’assurer les cadences d’animation de ventes par internet avec un même dynamisme.
Google est aussi en pointe à la fois pour Youtube et pour la publicitéGoogle ne peut pas laisser les Youtubeurs se détourner de sa plateforme vidéo. Il a donc créé en septembre Dream Screen qui permet d’ajouter des arrière-plans ou des décors en composant à partir de sa base d’images. Côté publicité, Google a annoncé jeudi qu’il allait intégrer Gemini, son modèle d’IA de dernière génération, à son outil de gestion publicitaire. À partir de mars, les petits annonceurs pourront créer des pubs avec du texte et des images sans avoir à tourner de séquence. Google se charge de proposer des créations publicitaires correspondant à nos requêtes sur le moteur de recherche qui seront automatiquement générées.
Et dans l’audiovisuel et le monde de l’information, c’est aussi un tremblement de terre, parce que d’une part, on peut très bien imaginer une multiplication des décors ou des univers de fiction entièrement produits par l’IA, comme dans le film Avatar 2. Les diffuseurs et producteurs y voient déjà des sources d’économies. Ensuite, parce qu’on peut montrer ou faire dire n’importe quoi à une vidéo. On l’a vu avec Emmanuel Macron, lorsqu’une constellation de sites et de comptes pro-russes ont repris des images où on le voyait justifier l’annulation de sa visite à Kiev, en raison d’un projet d’attentat ukrainien. Bien sûr, tout cela était une manipulation qu’il a été facile de démonter.
Mais que faire quand les rédactions ne peuvent pas suivre le rythme en raison d’une prolifération d’infox de ce genre ? Et que faire quand la fausse vidéo poursuit sa route sur les réseaux sans être mise à jour efficacement ? à quelques semaines des élections européennes, cela inquiète.
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Cette semaine dans la Chronique des médias, la décision du Conseil d’État sur la chaîne d’information CNews, du groupe Canal+, qui rebat les cartes sur le contrôle du pluralisme des médias en France.
Le Conseil d’État avait été saisi par Reporters sans frontières (RSF) après le refus de l’autorité de régulation, aujourd’hui l’Arcom, de mettre en demeure CNews de respecter le « pluralisme des courants de pensée et d’opinion ». Nous sommes alors en novembre 2021, le mois même où Eric Zemmour devient un candidat d’extrême droite à l’élection présidentielle après avoir été un animateur quotidien sur CNews. L’Arcom a déjà mis en garde la chaîne pour une infographie favorable à Zemmour, mais elle assure ne pas pouvoir aller plus loin s’il apparaît soutenu à l’antenne. La loi sur l’audiovisuel de 1986 ne lui permet de ne prendre en compte, dit-elle, que le temps de parole des personnalités politiques. Et c’est sur ce point que le Conseil d’État diverge : il estime que le régulateur doit apprécier « l’ensemble des participants » aux émissions, « y compris les chroniqueurs, animateurs et invités ».
Une nouvelle lecture de la loi qui fait jurisprudence ?
En effet, car c’est alors valable pour tous les médias audiovisuels. C’est ce qui fait dire à Laurence Ferrari, une présentatrice de CNews : « vivement qu’une telle attention soit portée sur tous les autres médias, y compris les chaînes publiques ». Sitôt la décision annoncée, la chaîne et les médias du groupe Bolloré se sont mis en ordre de bataille pour dénoncer une « censure » ou une « dictature de la pensée ».
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Ils ont été rejoints à droite par les présidents du parti Les Républicains et du Rassemblement national qui savent qu’ils ont beaucoup à perdre. Car si le Conseil d’État ne valide pas l’idée poussée par RSF que CNews est une chaîne d’opinion, il juge que le régulateur doit regarder l’ensemble des conditions de fonctionnement de la chaîne pour évaluer l’indépendance de son information. Ce qui veut dire un contrôle renforcé de CNews non seulement sur le pluralisme, mais aussi sur son lien avec Bolloré.
La crainte d’un étiquetage politique des journalistes
S'il y a la crainte d’un étiquetage politique des journalistes, cela semble peu probable, car ce serait la « police de la pensée », comme dit l’Arcom. En réalité, le Conseil d’État laisse au régulateur six mois pour réexaminer la question CNews, dont la fréquence sur la TNT est par ailleurs remise en jeu. On peut espérer qu’au moins pendant cette période, la chaîne rééquilibre ses intervenants et laisse s’exprimer une plus grande diversité de points de vue. Après tout, une chaîne repose sur une fréquence gratuite qui est un bien public et qui suppose le respect d’obligations internes en termes d’équilibre éditorial. Sinon, elle peut très bien aller sur internet pour s’affranchir de toute contrainte.
From the publisher's feed
L’actu des médias, les médias dans l’actu : tel est le propos de cette chronique qui se propose de décrypter ce qui change les médias à l’ère numérique - et donc la façon dont on est informé. Les…

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