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Or


La presse aux États-Unis est confrontée à des mouvements de grève après plusieurs vagues de licenciements.
En décembre, c'est le Washington Post, propriété de Jeff Bezos, qui s’est mis en grève pendant 24 heures pour protester contre un plan de départs volontaires touchant près de 10% des effectifs, soit 240 personnes. Les journalistes pointaient aussi le fait que leurs salaires n’augmentaient pas malgré l’inflation, et que beaucoup étaient contraints de partir ou d’abandonner le métier. En janvier, c’est au tour du Los Angeles Times de connaître sa première grève depuis sa fondation en 1881, après l’annonce d’un plan social touchant 115 salariés. Soit un cinquième des effectifs, et ce, malgré le rachat du titre par un milliardaire de la biotech Patrick Soon-Shiong.
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Au même moment, on apprenait que le magazine Sports Illustrated se séparait de la moitié de ses salariés et se tournait vers l’intelligence artificielle pour produire des contenus. Quant au groupe Condé Nast, ses employés ont, eux aussi, débrayé le mois dernier pour protester contre un plan de départs portant sur 5 % des effectifs, soit 300 personnes, avec à la clé la fusion de deux magazines GQ et Pitchfork.
Ces mouvements sociaux se retrouvent maintenant dans la presse régionaleDébut février, sept rédactions du même groupe, au Chicago Tribune, au Orlando Sentinel ou au Virginian Pilot, ont aussi débrayé en raison de salaires insuffisants et d’inquiétudes sur leur épargne retraite par capitalisation. En cinq ans, le Chicago Tribune comme le Orlando Sentinel ont perdu près de la moitié de leur rédaction. Ce qui veut dire une charge de travail de plus en plus lourde pour une rémunération qui ne bouge pas.
Le bilan de la presse locale aux États-Unis est alarmant. Il suffit de regarder les chiffres de la Northwestern University : 1 477 quotidiens en 2005, 1 213 l’an dernier, soit 160 de moins. Sur 8900 publications au global, un tiers a disparu. Et on ne compte qu’un peu plus de 30 000 journalistes, contre 75 000 en 2005. Au fond, il se passe un peu ce qu’il s’est passé dans la radio : les médias les plus informatifs, les plus progressistes aussi, sont fragilisés.
Au contraire, les médias plus conservateurs et populistes, pro-Trump, s’en sortent mieux. Cela inquiète des fondations philanthropiques pro-démocrates qui commencent à injecter de l’argent pour sauver ce qui peut l’être. Selon le State of Local News, c’est dans les zones suburbaines ou rurales, soit la moitié des comtés aux États-Unis, qu’on trouve les déserts de l’information, propices à la circulation des infox et des discours populistes.
Le groupe Canal+ a annoncé son intention de racheter le groupe de télé payante sud-africain Multichoice. Une nouvelle étape dans son développement en Afrique.
MultiChoice c’est jusqu’à présent, avec le chinois Star Times, le grand concurrent de Canal+ sur le continent. Avec une caractéristique : l’opérateur sud-africain est présent en Afrique anglophone et lusophone, dans sept pays, là où Canal+ s’impose sur toute l’Afrique francophone. C’est donc la possibilité d’un développement très complémentaire pour le groupe français. Un groupe qui connaît bien MultiChoice puisqu’il est déjà entré dans son capital, il y a trois ans, qu’il a pris de plus en plus de poids jusqu’à devenir son premier actionnaire avec un tiers des actions et un milliard d’euros investis. Les deux groupes ont aussi multiplié les passerelles en réalisant des coproductions originales, comme sur Spinners, une série sur le monde des gangs autour de Cape Town, qui est emblématique des ambitions de Canal sur le continent.
Canal+ cherche à grossir en taille en s’appuyant sur l’AfriqueActuellement, le groupe compte 26 millions d’abonnés avec ses développements en Europe ou au Vietnam. C’est à la fois beaucoup et très peu face aux plateformes mondiales comme Netflix, Amazon Prime Video ou Disney+. Amazon produit d’ailleurs autant de films et de séries que Canal sur le continent. L’idée est donc de s’appuyer sur MultiChoice et ses vingt millions d’abonnés pour presque doubler de taille et passer rapidement les 50 millions de clients. Pour cela, Canal met sur la table un milliard et demi d’euros et est prêt à laisser la société cotée à Johannesburg. Il n’est pas tout à fait sûr que les Sud-africains acceptent de perdre le contrôle de leur groupe. Mais les Français ont quelques arguments : d’abord une prime de 40% sur l’action et ensuite la possibilité donnée au sport et à la création audiovisuelle sud-africaine de toucher l’ensemble du continent.
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Les Américains de Comcast pourraient aussi avoir leur mot à direEux aussi sont entrés dans MultiChoice, mais par la petite porte, si je puis dire, en prenant 30% de sa plateforme de streaming ShowMax. Alors, Comcast, le groupe de NBC Universal, ne peut pas rentabiliser son investissement en s’appuyant sur des synergies africaines comme Canal. Mais il pourrait toujours faire une contre-offre s’il pense qu’un développement continental est incontournable. Pour l’heure, ce n’est pas le cas. Seule Bolloré voit dans l’Afrique une occasion de vendre des abonnements à de la télé, mais aussi à la fibre pour des accès internet à très haut débit. Cette fois, il s’agit pour lui de passer d’une télé de l’artisanat à un service d’industrie lourde.
Cette semaine, la chronique des médias parle du double discours d’Elon Musk, le propriétaire de X, à propos de la lutte contre l’antisémitisme et l’expression de la haine en ligne.
Le 22 janvier, on a pu voir le milliardaire en visite à Auschwitz, tenant son enfant sur les épaules, comme dans un parc d’attraction. Comme le relate Daniel Schneidermann, auteur de Berlin 1933 et fondateur d’Arrêt sur Images, il donne ensuite une interview dans laquelle il estime qu’à l’époque du nazisme, son réseau X, l’ancien Twitter, aurait sauvé des Juifs, voire les Juifs, suivant la traduction.
Selon la Jewish Telegraphic Agency, il répondait à une vidéo qui imaginait un message d’alerte sur X après un massacre dans une synagogue. Impossible alors de cacher le crime de masse, les nazis n’auraient pas pu empêcher la transmission de l’information par leur censure de la presse. Seulement, comme le note cette même agence, « les nazis étaient passés maîtres dans l’art d’utiliser les médias existants pour faire valoir leurs arguments contre les Juifs ». Nul doute, pour pousser l’uchronie jusqu’au bout, qu’un Goebbels se serait délecté de nos réseaux sociaux.
La déclaration d’Elon Musk entre en contradiction avec ses actes. Et pas seulement parce que Musk est l’auteur d’un tweet, en novembre, approuvant un discours ouvertement complotiste et antisémite. Pas seulement parce que le nombre de messages contre les Juifs a doublé sur X depuis qu’il en a pris le contrôle, ce qui a d’ailleurs valu au réseau la désertion de grands annonceurs. Non, si Musk ne peut pas se prévaloir d’un rôle de vigie contre la barbarie, c’est parce qu’il refuse de mettre un frein au déversement de la haine en ligne. Rappelons qu’il a n’a pas souscrit aux règles sur l’information de l’Union européenne, ce qui a déclenché une enquête de Bruxelles, et qu’il a joué un rôle crucial dans la prolifération de fausses nouvelles pendant le conflit Israël-Hamas.
Elon Musk propose aussi de payer les frais de justice des internautes qui seraient poursuivis par une loi contre la haine en ligne en Irlande. Cette loi irlandaise a été décidée après des émeutes, en novembre, alimentées en particulier par des comptes d’extrême droite. Son but est d’obliger les plateformes à retirer les messages haineux ou incitant à la violence, comme le prévoit d’ailleurs le règlement numérique européen. Mais pour Musk, c’est là une censure intolérable. Au nom de la liberté d’expression, il propose donc de payer les recours contre les poursuites engagées.
Alors, pour revenir au nazisme, on peut douter avec Schneidermann que le monde sous X soit plus sûr. D’ailleurs, le massacre des Palestiniens à Gaza est su et documenté par les réseaux sociaux. Au mieux, il suscite l’indignation.
Diffusée jeudi 18 janvier, l'émission Complément d'enquête sur France 2 consacrée à Jordan Bardella, le président du Rassemblement national, a provoqué la fureur du parti qui parle de « manipulation grossière ».
Vous vous souvenez peut-être de l'affaire Mehdi Meklat, ce jeune chroniqueur de France Inter, ancien du Bondy Blog, qui avait fait scandale en 2017 après une série de tweets ouvertement racistes, antisémites ou homophobes qu'il avait publiés sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps. Il avait accusé la fachosphère d'être à l'origine de sa disgrâce.
Selon Complément d'enquête, au même moment, entre 2015 et 2017, Jordan Bardella publiait lui aussi sur Twitter, sous le pseudo RepNat du Gaito, des messages racistes, homophobes ou insultants des journalistes. Sur ce compte, une photo de la piscine de Créteil est assortie du commentaire « la mer Noire » et l'antisémite Alain Soral qualifié de « grand sociologue » et paraphrasé en ces termes « un journaliste est soit un chômeur, soit une pute ».
Plus grave encore, en plein procès aujourd'hui sur les violences policières contre Théo Luhaka, un dessin représentait la victime une semaine après le drame, avec une matraque enfoncée dans l'anus et le slogan détourné « Je suis Théo ».
Des révélations que nie Jordan BardellaJordan Bardella nie être l'auteur de ces tweets. Il affirme qu'il n'a qu'un compte Twitter. Il a d'ailleurs mis en demeure France Télévisions et annoncé des poursuites. Seulement, Tristan Waleckx, le présentateur de l'émission que nous avons joint vendredi 19 janvier, est formel : « On est sûr de nous à 100% », dit-il. « On a des témoignages, mais aussi des éléments matériels ». Le reportage de Pierre-Stéphane Fort mentionne trois sources anonymes. Libération en invoque deux autres qui confirment la version du journaliste.
Un détail est assez révélateur : ce compte sous pseudo de RepNat du Gaito, selon Libération, n'avait que 54 abonnés, dont Marine Le Pen qui s'est discrètement désinscrite en milieu de semaine quand l'émission a publié ses premières images sur les réseaux sociaux.
Une image écornée de la normalisation du RN ?Cela peut-il nuire à l'image de celui qui sera aussi le candidat du RN aux élections européennes ? Ce qui est sûr, c'est que ça rompt avec sa stratégie de normalisation, d'autant que le reportage explique bien que ce jeune homme lisse et sans aspérité a été choisi par Florian Philippot, l'ancien vice-président du parti et façonné par l'ex-journaliste Pascal Humeau pour apporter un récit d'homme sans casserole originaire de Saint-Denis.
Or, on le découvre proche de Jean-Marie Le Pen qu'il ne jugeait pas antisémite sur un plateau TV et assistant parlementaire européen, tout en étant dans l'organigramme du RN, ce qui le rend plus proche de l'affaire. Des soupçons d'emplois fictifs sur fonds européens qui valent à Marine Le Pen une mise en examen.
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La désinformation est devenue une variable de plus en plus importante lors des élections. On le voit à Taïwan, comme on peut le craindre en Europe ou aux États-Unis cette année.
C’est une infox archi-classique que l’on a déjà vu à l’œuvre lors des élections en RDC à propos d’un candidat dit « de l’étranger. » Cette fois, il s’agit de Hsiao Bi-khim, la colististière du candidat Lai Ching-te. Elle apparaît dans plusieurs vidéos sur TikTok comme une étrangère, ce qui la rendrait inéligible alors qu’il a été prouvé qu’elle avait abandonné la nationalité américaine il y a des décennies. Ce n’est qu’un exemple de cette désinformation électorale derrière laquelle de nombreux Taïwanais voient la main de la Chine.
Mais ce qui inquiète, c’est aussi le recours à l’intelligence artificielle générative qui peut rendre quasi indétectable les deepfakes, ces vidéos où on peut faire dire ce qu’on veut à un responsable politique en dupliquant sa voix et le mouvement de ses lèvres. Signe qui ne trompe pas, dans ces vidéos réactives et trompeuses, ce sont les candidats du Parti démocrate progressiste, attachés à l’indépendance de l’île, qui sont visés.
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Risque de voir la démocratie dénaturéeEt d’autres élections sont menacées par la désinformation. Selon le rapport sur les risques mondiaux publié à l’occasion du Forum de Davos, ce serait aujourd’hui l’un des plus grands risques pour l’humanité. Le risque est de voir la démocratie dénaturée, pervertie par les fake news ou les idées de post-vérité. Il a suffi que Joe Biden annonce sa candidature en avril pour voir déferler des vidéos montrant une invasion de migrants latinos, une multiplication des faillites ou une explosion de la criminalité.
La qualité des détournements conduit de plus en plus à se méfier de l’image. Mais il y a aussi l’audio. Dans le journal La Croix cette semaine, Tristan Mendès France, un expert des infox, évoque le cas d’un faux enregistrement de la voix de Macron sur un pseudo-plan secret pour déstabiliser le Mali. Malgré le démenti, il en reste toujours quelque chose, car dans un régime privé de médias libres, dit-il, la vérité ne remonte pas toujours à la surface.
L'alerte sur le risque d'intox aux prochaines élections européennesLes élections européennes en juin seront là aussi un test. La Commission a déjà mis en garde contre les risques d’intox comme on l’a vu en Slovaquie. Elle dispose désormais d’une loi sur les services numériques, qui oblige les plateformes à lutter contre la désinformation, les discours de haine et les manipulations destinées à fausser le résultat des élections.
Et puis, comme on ne voit avec le label « vrai ou faux », que vont développer les médias publics français, il s’agit aussi de répondre très vite et davantage à la propagation d’une infox sur les réseaux sociaux et demain – peut-être – d’obtenir que la vérité soit préférée au mensonge par les algorithmes.
Dans la Chronique des médias, la reprise en mains des médias d’État par le nouveau gouvernement de Donald Tusk en Pologne.
Des centaines de manifestants brandissant le drapeau rouge et blanc de la Pologne pour défendre les « médias libres » devant le siège de la télévision publique, à Varsovie. C’est l’image saisissante qui est restée de la décision du nouveau gouvernement de limoger les dirigeants de l’audiovisuel public et de suspendre la chaîne TVP Info le 20 décembre. Pourtant, cette décision est loin de marquer le retour à une radiotélévision aux ordres. Car c’est plutôt la situation antérieure qui attestait d’un contrôle étroit des moyens de diffusion publics, celle qui prévalait lorsque le parti national conservateur au pouvoir avait transformé en chaînes de propagande d’État un service public.
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Pendant ses huit ans de règne, le PiS ne s’est pas contenté de faire le ménage dans l’état-major et les personnels des médias publics. Il a aussi imposé sa ligne éditoriale et permis la calomnie d’une opposition rarement invitée à s’exprimer en plateau. Un seul exemple : les manifestations contre la limitation du droit à l’avortement en 2020 ont été résumées par un bandeau à l’écran les assimilant à un « fascisme de gauche ».
RestrictionLe PiS, aujourd’hui dans l’opposition, est aussi responsable d’une législation restreignant la liberté d’informer. Celle-ci a notamment eu des effets pendant la crise des migrants en 2021-2022 puisque les journalistes n’avaient pas le droit de circuler à la frontière avec la Biélorussie où pourtant des douzaines d’immigrants ont péri. Le re-polonisation des médias voulue par le pouvoir s’est traduite par de grosses opérations comme le rachat de vingt journaux régionaux, une tentative de taxe sur les médias privés, mais aussi par des attaques verbales contre des journalistes ou des procédures bâillons.
Pour le nouveau gouvernement, l’heure est aujourd’hui au bras de fer. Il devra d’abord asseoir la légitimité du président de la télé publique (TVP), qu’il a nommé, Tomasz Sygut. Pas simple quand on sait qu’un Conseil des médias, créé par le PiS, a lui-même nommé un ancien présentateur comme patron. Il doit aussi composer avec le président Andrzej Duda, qui a mis son veto à une subvention de 700 millions d’euros aux médias publics, ce qui a justifié la liquidation par le gouvernement des trois sociétés de télé, radio et agence de presse qu’il entend restructurer. Pour l’heure, il n’y a plus qu’un seul programme d’info sur TVP diffusé à 19h30. Le gouvernement devra sans doute s’atteler à une « réforme systémique » pour garantir l’indépendance des médias dans la loi. Mais, là aussi, il lui faudra passer l’obstacle du droit de veto du président.
À l’occasion des élections en RDC, nous revenons cette semaine sur la médiatisation du conflit au Nord-Kivu et les obstacles auxquels les journalistes sur le terrain sont contraints de faire face.
En fin d’année dernière, Pascal Boniface, directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), alertait sur l’invisibilisation du conflit au Nord-Kivu et sur l’indifférence de la communauté internationale qui se soucie pourtant des atteintes à la souveraineté des États en Europe. Cette année, ce constat n'a pas été démenti en France si l’on en croit la plateforme de veille média Tagaday qui a recensé près d’un million de contenus liés à la guerre en Ukraine, plus d’un demi-million sur le conflit Israël-Hamas et seulement 7 871 sur le Kivu alors que la RDC dans son ensemble a suscité 61 700 articles ou contenus.
Concernant les élections elles-mêmes, ce sont souvent les mêmes médias qui en parlent : RFI, France 24, TV5 Monde et Jeune Afrique, mais aussi Le Monde Afrique et de temps à autre Radio France, Arte, Le Point, Mediapart ou Libération.
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Une couverture du conflit difficile
En raison des millions de morts qu’il a provoqué depuis 1998 et du retrait des casques bleus et de la permanence des tensions et des exactions dans la région, les rédactions françaises y dépêchent rarement des reporters. Peut-être également parce qu’on ne veut pas toujours voir le rôle dans cette déstabilisation du Rwanda de Paul Kagame qui, selon l'ONU, apporte son soutien à la rébellion armée du M23. Côté congolais, le Nord-Kivu est d’après Reporters sans frontières un « tabou dans la presse » et un « problème de sécurité » avec ses représailles, ses arrestations, ses exactions, même après un cessez-le-feu en mars.
La loi sur la presse votée en avril dernier n’a pas changé fondamentalement les choses. Elle a bien garanti l’accès aux sources publiques, mais pas celles couvertes par le secret d’État. Elle a aussi instauré une clause de mauvaise foi sur la publication d’allégations troublant l’ordre public et n’a pas mis fin aux privations de liberté pour les journalistes (selon RSF).
On compte 7 000 journalistes en RDC, ils sont souvent dans la précarité et parfois adeptes du « coupage », qui consiste à couvrir un événement contre rémunération. Ils doivent également faire face aux influenceurs qui travaillent l’opinion et diffusent de la désinformation, comme celle sur un rapprochement possible entre le président Tshisekedi et le candidat Denis Mukwege. De même, on a vu des discours de haine sur Internet faisant de tel candidat un agent de l’étranger ou appelant à une guerre ethnique.
Contrairement à un influenceur, rappelons qu’un journaliste cite ses sources, vérifie ses informations et établit des faits.
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Retour sur Vincent Bolloré, et sur le rôle qu’il joue, au-delà de la vie des affaires, dans le monde politique français, en pleine loi sur l’immigration.
C’est un détail, mais Éric Ciotti, le président de LR, est venu cet été apporter son soutien à Vincent Bolloré lors de la grève des journalistes au Journal du dimanche contre la nomination d’un directeur, Geoffroy Lejeune, affilié à l’extrême droite. LR se retrouvait alors de fait sur la même ligne que le Rassemblement national. C’était l’époque où l’on se demandait si le gouvernement, si les entreprises pouvaient intervenir dans ce JDD.
Et puis, à la rentrée, Emmanuel Macron a autorisé ses ministres à s’y faire interviewer, comme LVMH et Publicis ont laissé les annonceurs revenir. Or, cette alliance RN-LR, c’est aussi ce qui ressort de la loi sur l’immigration, en bonne partie écrite par LR au Sénat et revendiquée comme une « victoire idéologique » par Marine Le Pen.
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Empire médiatiqueUne enquête du Monde voit cette semaine en Vincent Bolloré le « parrain d’une alliance entre la droite et l’extrême droite ». L’homme continue de bâtir son empire dans les médias et l’édition, il vient d’ailleurs d’annoncer que cet empire, pour des raisons financières, pourrait se scinder – sous son contrôle – en trois entités autour de Canal+, Havas et Lagardère-Hachette.
Mais ce qu’on mesure aussi, c’est combien Bolloré est aussi en train de composer un bloc des droites incluant LR, le RN et Reconquête. Selon Le Monde, il soutiendra « sans doute » aux Européennes Marion Maréchal, tête de liste de Reconquête, comme il a soutenu Eric Zemmour sur CNews ou chez Cyril Hanouna sur C8. Mais pour la présidentielle de 2027, il rêve d’une Georgia Meloni à la française, avec le RN pour s’occuper de l’immigration et LR pour l’économie.
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Du libéral au traditionalisteSes médias et sa puissance dans l’édition sont des atouts. La ministre de la Culture Rima Abdul Malak ou Pap Ndiaye, alors ministre de l’Éducation, ont pu le mesurer quand ils se sont montrés solidaires des journalistes du JDD face à leur directeur d’« extrême droite ». Ils ont alors vu toute la puissance de feu des médias du groupe contre eux. Pourquoi ? Tout simplement, car pour ces médias, Éric Zemmour comme Marine Le Pen ne sont pas d’extrême droite. C’est ce que nous a confié cet été un dirigeant de Canal+.
Pourtant, Vincent Bolloré, venu du libéralisme, est aujourd’hui très proche des catholiques traditionalistes, il voit dans le drame de Crépol, qui a coûté la vie à un jeune rugbyman, le signe d’un combat de civilisation entre la France et l’islam. Et Emmanuel Macron, dans tout cela ? Eh bien, selon Le Monde, il a reçu mi-septembre le patron breton à l’Élysée, il arrange les affaires de Paris Match qui le lui rend bien par un portrait de Brigitte Macron.
Cette semaine, La chronique des médias parle de l’intelligence artificielle au service des médias avec, en particulier, les projets qu’annonce le groupe allemand Axel Springer en partenariat avec la start-up californienne Open AI.
Le patron du groupe Axel Springer, Mathias Dorfner, avait un peu surpris tout le monde en mars en disant que l’IA allait révolutionner les médias en remplaçant le journalisme, lequel allait devoir se concentrer sur son cœur de métier, à savoir la recherche d’infos, la création éditoriale, pendant que tout ce qui est production allait devenir un « sous-produit ». Et voilà que cette semaine, son groupe a mis fin à un partenariat avec Samsung qui lui permettait d’être présent sur les mobiles avec un agrégateur d’informations, Upday, pour le transformer l’été prochain en un « générateur de tendances d’actualité exclusivement dirigé par l’IA », avec zéro employé. Deux jours plus tard, Axel Springer s’est associé à OpenAI, le créateur de ChatGPT, pour proposer les contenus de ses médias, Die Welt, Bild, Politico, Business Insider. Avec une idée simple : quand vous poserez une question à ChatGPT, il vous répondra avec des résumés d’articles issus de la base de données du groupe.
ChatGPT indiquera aussi les sources utilisées avec les liens vers les articles completsTransparence et rémunération, avec respect du droit d’auteur, l’accord coche toutes les cases de la future législation européenne sur l’IA. Mathias Dorfner parle même de renforcer ainsi la « pertinence sociale » du journalisme. Son accord est non exclusif, ce qui veut dire que le groupe Springer est le premier d’une longue liste de partenaires en Europe. Car tous les éditeurs voudront intégrer ChatGPT, et tant mieux s’ils sont rémunérés pour cela. Mais que se passe-t-il si les médias sont court-circuités par l’IA elle-même, si l’on va sur ChatGPT pour avoir toutes les informations pour lesquelles il faut parfois de l’investigation, du reportage, bref du journalisme ? Que se passe-t-il aussi si l’IA nous fournit une réponse où une vérité alternative de Russia Today, par exemple « les Ukrainiens sont des nazis » selon, devient une vérité ?
Oui, c'est tout cela qu’il faut éclaircir. Et en France, où en sont les médias ?Eh bien, les médias se servent de l’IA pour des transcriptions ou des traductions, notamment dans les vidéos, pour les illustrations aussi, à condition de préciser que cela a été fait par une IA. On s’en sert également pour des résultats électoraux et sportifs et toujours avec un contrôle humain. Mais les éditeurs cherchent aussi à faire en sorte que les IA ne s’entraînent pas sur leur dos, c’est-à-dire non seulement sans les payer, mais en étant mélangés avec n’importe quelle source. ChatGPT, comme les autres robots, y ont intérêt, car ce qui fait leur valeur, c’est la justesse de leurs réponses.
Cette semaine, La chronique des médias parle du lourd bilan des journalistes tués depuis le début de la guerre Israël-Hamas, le 7 octobre dernier.
On sait déjà que 2023 est une année où le nombre de journalistes tués sera hors-norme, en très grande partie en raison du conflit israélo-palestinien. Alors qu’il y a eu au total 67 journalistes ou professionnels des médias tués dans le monde l’an dernier, on en est à déjà 63 rien que pour cette guerre, selon le Comité pour la protection des journalistes basé à New York. 56 ont été tués à Gaza et, bien sûr, ces 56 sont tous Palestiniens. Ils ont été tués par des frappes israéliennes, dont 14 dans l’exercice de leurs fonctions.
La responsabilité de l’État d’Israël engagéeAlors officiellement, l’armée israélienne dit que les journalistes ne sont pas délibérément pris pour cible mais qu’elle ne peut pas garantir leur sécurité. Ce serait d’ailleurs pour cela que l’accès à Gaza serait fermé aux journalistes occidentaux. Les témoignages sur place évoquent pourtant des cas de bombardements ciblés sur des appartements de journalistes ou encore des tirs de chars vers des photojournalistes et caméramans en train de filmer malgré un dossard « Press ».
C’est aussi ce qu’il ressort de l’enquête de l’AFP sur ce qu’il s’est passé au sud du Liban, le 13 octobre. Il est aujourd’hui prouvé que c'est un obus israélien qui a tué un journaliste de Reuters, Issam Abdallah, et blessé grièvement une photographe de l’AFP, Christina Assi, qui a dû être amputée d’une jambe. Or, il est désormais avéré que ce sont deux tirs successifs qui ont blessé, voire tué ce groupe de six journalistes internationaux, qu’il n’y avait pas d’activité militaire à proximité, que les reporters étaient bien visibles et que l’armée israélienne disposait d’un drone et d’un hélicoptère pour les identifier.
La Cour pénale internationale saisie par Reporters sans frontièresReporters sans frontières a saisi la Cour pour « des crimes de guerre contre les journalistes en Palestine et en Israël », sachant que quatre journalistes israéliens ont aussi été tués. Mais l’ONG, qui appelle à une enquête prioritaire du procureur de la CPI, est claire. Elle a titré fin novembre sur son site : « Israël éradique le journalisme à Gaza ». Ce qui apparaît, c’est que l’État en guerre a tenté d’étouffer les informations sur les conséquences de sa stratégie de riposte disproportionnée à Gaza et qu’il n’a pas pu y arriver grâce à ce millier de reporters palestiniens, pour la plupart freelance, qui ont continué d’envoyer des images. Avec l’intelligence artificielle, on sait qu’Israël a la possibilité d’opérer des frappes en masse et ciblées 24h sur 24. Son armée n’a pas plus prévu d’épargner la vie des journalistes que celle des civils.
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L’actu des médias, les médias dans l’actu : tel est le propos de cette chronique qui se propose de décrypter ce qui change les médias à l’ère numérique - et donc la façon dont on est informé. Les…

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